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5. ARBITRAGE INTERNATIONAL ET AUTRES MODES DE RÈGLEMENT DES CONFLITS INTERNATIONAL ARBITRATION AND ALTERNATIVE DISPUTE RESOLUTION LES «BRÈVES» de Christophe IMHOOS * La Cour d’appel de Paris, 1 re chambre C, a rendu trois arrêts en date du 15 juin 2006. Le premier, dans une affaire opposant le Gouvernement de la République de Djibouti à la Société Cotecna Inspection SA dans le cadre d’un recours en annulation formé contre une sentence arbitrale internationale CCI sur trois motifs principaux. La Cour d’appel reprend sa jurisprudence classique sur la validité de la clause compromissoire internationale « sans condition de la nature administrative ou autre du contrat litigieux ». En deuxième lieu, le demandeur reprochait au tribunal arbitral d’avoir retenu un taux légal différent de celui qui avait été prévu dans l’acte de mission, ayant donc outrepassé sa mission. Mais la Cour d’appel répond fermement que l’arbitre s’est conformé aux termes de l’acte de mission, et que le fait que « le taux retenu dans la sentence déplaise au recourant (…) est une circonstance indifférente pour l’annulation de la sentence». Enfin, en troisième lieu, une contradiction de motifs était reprochée à la sentence. C’est l’occasion pour la Cour d’appel de rappeler qu’elle ne contrôle pas la contradiction de motifs. Dans le second, opposant la République du Gabon à la Société Prodoil Gabon SA, la Cour s’est prononcée sur un recours en annulation formé contre une sentence arbitrale internationale CCI au motif que le principe du contradictoire n’aurait pas été respecté. Mais si l’arrêt retient l’attention, c’est parce que le demandeur adopte une conception large du principe du contradictoire allant, comme on le fait de plus en plus, jusqu’à estimer que pour que ce principe soit parfaitement respecté, il faut que les parties * Avocat au Barreau de Genève, M.C.J. New York University, ancien Conseiller juriste au secrétariat de la Cour internationale d’arbitrage de la CCI. 724 disposent d’un temps égal pour présenter leurs écritures. Or le demandeur prétendait n’avoir bénéficié que de 63 jours alors que le défendeur aurait eu 243 jours. Le recours invoquait aussi une communication tardive de pièces. La Cour d’appel ne prend pas le reproche à la légère puisqu’elle procède à un décompte précis du nombre de jours alloués à chaque partie et conclut qu’il n’est pas démontré « une inéluctable inégalité de traitement entre les parties, l’égalité procédurale ne supposant d’ailleurs aucun principe d’automaticité ». On peut en déduire que, sauf en cas de trop forte inégalité dans les délais impartis à chaque litigant, le tribunal arbitral n’est pas tenu d’observer une égalité absolue. Quant au reproche sur la communication tardive d’une pièce volumineuse, la Cour répond que la recourante a eu, en l’espèce, le temps d’examiner la pièce dans un délai prorogé, et qu’elle en a d’ailleurs parfaitement profité. Dans le troisième, dans la cause opposant le Legal Department du Ministère de la justice de la République d’Irak aux Sociétés Fincantieri Navali Italiani, Finmec-canica, Armamenti e Aerospazio, se posait la question de l’application de la Convention de Bruxelles de 1968 sur la compétence judiciaire et l’exécution des décisions en matière civile et commerciale. En l’espèce, la Cour d’appel de Gênes avait rendu un arrêt déclarant la compétence des juridictions judiciaires italiennes dans le présent litige en dépit des conventions d’arbitrage conclues, et cet arrêt a obtenu l’exequatur en France par une Ordonnance du Président du Tribunal de grande instance de Paris du 19 octobre 2004. Or cette RDAI / IBLJ, N° 5, 2006 LES « BRÈVES » de Christophe IMHOOS Ordonnance a été accordée au visa de la Convention de Bruxelles de 1968, alors que celle-ci écarte en principe l’arbitrage de son champ d’application (article 1, al. 2, 4°). La question est donc de savoir si une décision de justice écartant la compétence arbitrale pour retenir celle des juridictions étatiques peut être exequaturée en France sur le fondement de la Convention de Bruxelles. La Cour d’appel de Paris répond par la négative et infirme l’ordonnance d’exequatur sur plusieurs motifs : d’abord parce que l’arrêt génois était limité « à la seule constatation de l’invalidité de la convention d’arbitrage et exclusif de tout jugement au fond de l’affaire » ; ensuite parce que l’exclusion de l’arbitrage dans la Convention de Bruxelles s’explique par la volonté de ne pas « contredire les objectifs souscrits par les États parties dans les accords internationaux concernant l’arbitrage » ; dans la foulée, la Cour d’appel de Paris écarte ensuite, pour des raisons semblables, l’application de la Convention francoitalienne du 3 juin 1930 sur l’exécution des jugements en matière civile et commerciale. Enfin, l’arrêt estime que l’article II de la Convention de New York aurait dû contraindre la Cour d’appel de Gênes à se déclarer incompétente tant qu’un tribunal arbitral n’avait pas statué sur sa propre compétence dans ce litige. La Cour d’appel de Paris accueille donc l’appel de la République d’Irak et conclut que la décision dont l’exequatur est demandée a été rendue par une juridiction incompétente et qu’elle ne peut être accueillie en France. (Information aimablement communiquée par le Professeur Thomas Clay dans le cadre du forum de discussion arbitrage-ADR ; inscription au forum à l’adresse suivante : [email protected]). La Cour suprême du Mexique, dans un arrêt quelque peu contestable, a décidé qu’il appartient aux tribunaux étatiques et non aux arbitres de se prononcer sur la nullité de la clause compromissoire. La demanderesse avait présenté une action devant le juge étatique sur le fondement de l’article 8.1 de la Loi modèle UNCITRAL (qui dispose que tribunal saisi d’un différend sur une question faisant l’objet d’une convention d’arbitrage renverra les parties à l’arbitrage si l’une d’entre elles le demande au plus tard lorsqu’elle soumet ses premières conclusions quant au fond du différend, à moins qu’il ne constate que ladite convention est caduque, inopérante ou non susceptible d’être exécutée), mais ne sollicitait pas du juge qu’il se prononce sur le fond de l’affaire, sinon qu’il décide directement si l’accord d’arbitrage était valide ou non. La Cour suprême, sans se rendre compte de cette situation, a décidé que seuls les tribunaux étatiques pouvaient se prononcer sur une éventuelle nullité de la clause d’arbitrage. Le raisonnement a consisté à soutenir que l’arbitrage tient sa source dans la volonté des parties. Mais s’il y a un doute sur cette volonté, aucun tribunal arbitral ne peut être compétent pour se prononcer, et il revient au juge judiciaire de décider sur la validité de la clause compromissoire. Cet arrêt constitue un précèdent obligatoire pour toutes les juridictions inférieures et met un frein à tout un courant jurisprudentiel favorable à l’arbitrage international. ( Infor mation communiquée par Me James Graham dans le cadre du forum de discussion arbitrage-ADR). The US Supreme Court reaffirms fundamental arbitration principles. The Supreme Court’s decision in Buckeye demonstrates the strong federal policy favouring arbitration and limits judicial authority once it has been found that a dispute comes within the scope of a valid arbitration agreement. This precedent further prevents litigants from merely invoking the illegality of an agreement to evade arbitration and also limits forum shopping between State and Federal Courts (International Law Office Newsletter, read article at http://www.internationallawoffice.com/ ?l=L740 H&i=20435; authors: David Lindsey, James Hosking, Yasmine Lahlou). The Austrian Supreme Court clarifies the New York Convention form requirements. In a case in which a Spanish company sought to enforce 725 ARBITRAGE INTERNATIONAL ET AUTRES MODES DE RÈGLEMENT DES CONFLITS the decision of an International Chamber of Commerce arbitral tribunal against an Austrian company, the Supreme Court has provided clarity in respect of the practical issues which may arise in the course of attempting to enforce such an award (International Law Office Newsletter, read article at http://www.internationallawoffice.com/ ?l=L7AFF&i=20435; Authors: Gerold Zeiler, Barbara Steindl). The United Arab Emirates has agreed to ratify the New York Convention, following a decree signed in July 2006 by the country’s President, Sheikh Khalifa Bin Zayed Al Nahyan. Ratification would make the UAE the 138th State to implement the terms of the Convention, and boost its chances of becoming a keystone State for Middle Eastern arbitration (Global Arbitration Review/ Gulf News, Dubai, 16th July 2006, p. 39). Development of DIS Arbitration in 2005. The continuing popularity of arbitration as an alternative dispute resolution tool in Germany in recent years has been confirmed by a recent report of Deutsche Institution für Schiedsgerichtsbarkeit eV (DIS), Germany’s foremost arbitration institution, on the development of DIS arbitration in 2005. The aggregate amount in dispute in 2005 amounted to an impressive € 451 million. (International Law Office Newsletter, read article at http://www.internationallawoffice.com/?l=L7DHP &i=20435; author: Philipp Beckers). Depuis l’ouver ture des enregistrements en décembre 2005, on compte plus de deux millions de noms de domaine en « .eu ». Le Règlement communautaire relatif à ces noms prévoyait l’instauration d’une procédure extrajudiciaire de règlements des litiges. L’Arbitration Center for .eu Disputes (Prague) est le prestataire qui a été désigné à cette fin. A la mi-juillet, plus de 400 procédures avaient été engagées devant lui sur le fondement du Règlement communautaire, et plus d’une centaine de décisions ont été rendues. 726 Il s’agit pour l’essentiel de conflits relatifs à un refus d’enregistrement d’un nom identique à une marque sur laquelle le demandeur prétend avoir des droits. Ces décisions sont publiées à : http://adreu.eurid.eu/adr/decisions/index.php. A ce stade, l’Arbitration Center for .eu Disputes souhaite faire évoluer certaines des règles qui gouvernent la procédure. Il a lancé un appel à commentaires afin de recueillir les avis sur cette évolution. Pour connaître les changements proposés : http://adreu.eurid.eu/about_us/news/ index.php (information aimablement communiquée par le Professeur Cédric Manara dans le cadre du forum de discussion arbitrage-ADR). A one day symposium on international commercial arbitration presented by the London Court of International Arbitration (LCIA) and the CANACO (Centro de Mediacion y Arbitraje) shall take place on Saturday, 28 October 2006 at the JW Marriott Hotel – Mexico City – covering the major current issues in international commercial arbitration with a particular focus on how these relate to Mexico and the surrounding regions (LCIA – 70 Fleet Street Londres EC4Y 1EU – contact Mme Irène Bates – Tel. +44-20 7936 7007 – Fax +44-20 7936 7009 – E-mail [email protected] – Site web www.lcia.org). IAAP Workshop – International Advanced Arbitration Practice will take place in Paris on 13-14 November 2006 under the auspices of the International Chamber of Commerce Institute of World Business Law. IAAP Workshops are geared towards experienced practitioners to provide a deeper understanding of ICC arbitration. Interactive sessions, conducted by experts in international arbitration, allow key questions to be tackled and experience of dispute resolution to be shared. Several discussion leaders were instrumental in the development of the ICC Rules of Arbitration, and will give keen insight on their background and practical implications. The Workshop will end with the specific topic on Assessment of damages in international commercial LES « BRÈVES » de Christophe IMHOOS arbitration (Institut du Droit des Affaires Internationale de la CCI, 38, cours Alber t 1 er , F-75008 Paris – Tel. +33-1 49 53 28 46 – Fax +33-1 49 53 30 30, E-mail [email protected], site web www.iccconference.com; on-line registration at http://www.iccwbo.org/events). arbitres suisses ou à ceux qui ont le désir d’entreprendre une carrière dans l’arbitrage (inscription auprès de la Commission suisse d’arbitrage ; Fax : 044 421 34 88 ; E-mail à [email protected]). On November 17, 2006, the International Center for Settlement of Investment Disputes (ICSID) will host the 23rd Joint Colloquium on International Arbitration, co-sponsored by the American Arbitration Association (AAA), the International Court of Arbitration of the International Chamber of Commerce (ICC). The panel discussions will focus on recent developments at the three institutions; production of documents and other evidentiary issues; new challenges regarding confidentiality; and selected substantive issues arising from arbitration involving State parties. During the luncheon session, a panel will take questions and observations from colloquium participants, enabling an interactive discussion on current issues in international arbitration (http://www.worldbank.org/icsid/highlights/ conf-072006/main.htm). Vient de paraître aux éditions Bruylant, un livre sur « L’impartialité du juge et de l’arbitre. Études de droit comparé », publié sous la direction du regretté Giuseppe Tarzia et de Jacques Van Compernolle. Ce livre est issu d’un séminaire exclusivement consacré à la question de l’impartialité du juge et de l’arbitre, qui s’est tenu pendant trois ans dans plusieurs pays. On y trouve deux types de contributions : celles qui concernent l’exposé de la question dans un droit national, et celles qui proposent une synthèse de la question dans l’ensemble des droits étudiés (336 pages ; 65 € ; pour en savoir plus : http://www.bruylant.be/fr/index.php). La Commission Suisse d’Arbitrage tient une conférence/séance d’instruction : arbitre CCI du débutant à l’arbitre chevronné / ICC Schiedsrichter Von den ersten Schritten zur langjährigen Erfahrung qui aura lieu mercredi 22 novembre 2006 à Zurich. La séance s’adresse à tous les Toujours aux éditions Bruylant, il faut signaler la parution du premier tome du livre de Guy Keutgen et Georges-Albert Dal : « L’arbitrage en droit belge et international » (670 pages, 145 €). Le premier tome, consacré au droit belge, expose de manière critique à la fois la théorie et la pratique de l’arbitrage en Belgique en étudiant ses différents aspects. Pour en savoir plus : http://www.bruylant.be/fr/index.php. 727
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