1.2.1- Cours
Transcription
CHAPITRE 1.2 : LES GLUCIDES Groupe de composés aux fonctions très importantes : • Rôle énergétique : glucose (forme d’énergie directement utilisable par les cellules), amidon (forme de stockage du glucose chez les végétaux), glycogène (forme de stockage du glucose chez les animaux) … • Rôle structural : cellulose (constituant principal de la paroi des cellules végétales, polymère de glucose), chitine (polymère de N-acétylglucosamine, carapace des arthropodes et paroi des mycètes)… • Signaux de reconnaissance et de communication entre les cellules : glycoprotéines membranaires (exemple des antigènes des groupes sanguins A, B, O). 1. Composition élémentaire C, H, O 2. Fonctions chimiques Groupement carbonyle : fonctions aldéhyde ou cétone Groupement hydroxyle : fonction alcool 3. Classification des glucides Non hydrolysables = oses = molécules de base Glucides Hydrolysables = osides Condensation d’un ou de plusieurs oses = holosides Condensation d’oses et de constituants non glucidiques = hétérosides Classification des glucides C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 1 / 19 – Également appelés monosaccharides ou sucres simples Non hydrolysables Molécules comportant de 3 à 7 atomes de carbone Formule brute : CnH2nOn : Cn(H2O)n Cette formule brute explique le terme utilisé en anglais d’hydrate de carbone. Polyol qui porte au moins 2 fonctions alcools dont l’une au moins est une fonction alcool primaire, et une groupement carbonyle réductrice, soit : • aldéhyde (-CHO) dans ce cas l’ose est un aldose. • cétone (>C=O) dans ce cas l’ose est un cétose. L’ose le plus répandu est un aldohexose en C6 : le glucose. Formule brute : C6H12O6 1. Formule développée et isomérie 1.1. Isomères de constitution (de fonction)1 Des isomères sont des molécules de même formule brute mais de formules développées différentes. Des isomères de constitution comportent des enchaînements d’atomes différents. Des isomères de fonction possèdent des groupes fonctionnels différents, donc des propriétés physiques et chimiques différentes. Les oses les plus simples ont trois atomes de carbone : glycéraldéhyde et dihydroxyacétone • Aldose : glucide avec fonction aldéhydique en bout de chaîne (C1) • Cétose : glucide avec fonction cétone à l’intérieur de la chaîne (C2). H O C CHOH CH2OH CH2OH H C O H C H CH2OH C OH CH2OH D(+)-glycéraldéhyde HO O O H CH2OH L(-)-glycéraldéhyde Dihydroxyacétone Figure 1 : distinction entre un aldose et un cétose (exemple avec C3) On remarque que le C2 du glycéraldéhyde porte 4 substituants différents ⇒ C asymétrique ⇒ propriétés optiques (pouvoir rotatoire) : existence de 2 isomères optiques images l’un de l’autre dans un miroir : on parle d’énantiomères (D-glycéraldéhyde et L-glycéraldéhyde). 1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Isomérie#Diast.C3.A9r.C3.A9oisom.C3.A9rie C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 2 / 19 – 1.2. Stéréoisomères Le glucose a pour formule développée : HOH2C – C*HOH – C*HOH – C*HOH – C*HOH – CH = O Il possède 4 carbones asymétriques (C*). Il existe donc 24 = 16 stéréoisomères différents. Les stéréoisomères sont des isomères de configuration, c’est-à-dire des molécules de constitution identique mais dont l’organisation spatiale des atomes est différente. Pour visualiser les stéréoisomères, on utilise la représentation ou projection de Fischer. 1.2.1. Représentation de Cram • C dans le plan de la feuille. • Liaison en pointillés : liaison dirigée vers l’arrière. • Liaison en trait épais : liaison dirigée vers l’avant. 1.2.2. Représentation de Fischer La projection de Fischer est surtout utilisée pour représenter les sucres et les acides aminés. Elle fut inventée par Hermann Emil Fischer. Passage de la représentation de Cram à la représentation de Fischer : • la chaîne carbonée est orientée avec son groupement le plus oxydé dirigé vers le haut • les traits verticaux symbolisent des liaisons dirigées vers l’arrière • les traits horizontaux symbolisent des liaisons dirigées vers l’avant On ne représente pas les atomes de carbone, ils sont situés à l’intersection des segments horizontaux et du trait vertical. La représentation de Fischer est souvent allégée en ne marquant la position des groupements OH que par des tirets. Par convention, le D-glycéraldéhyde est l’énantiomère qui a le groupement OH positionné à droite dans la représentation de Fischer. Cette représentation permet de différencier facilement les énantiomères chiraux2 L ou D. Figure 2 : représentations de Cram et de Fischer du D-glucose On classe les isomères de configuration en trois grands groupes : les énantiomères, les diastéréoisomères et les épimères. 1.2.3. Diversité des stéréoisomères a. Enantiomères Un énantiomère est un isomère de configuration non superposable à son homologue après symétrie dans un miroir. Tous les oses possèdent un pouvoir rotatoire3 du fait de la présence d’un carbone asymétrique, les oses sont dits chiraux. 2 3 Molécule chirale : molécule qui ne peut pas se superposer à son image dans un miroir Pouvoir rotatoire : se dit du pouvoir qu'ont les substances asymétriques de faire tourner le plan de polarisation de la lumière. C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 3 / 19 – Deux énantiomères (antipodes optiques) ont les mêmes propriétés physiques et chimiques à l’exception d’une seule : leur pouvoir rotatoire opposé (voir paragraphe 3.1.1 : propriétés optiques). Dans la forme D, le groupement alcool (–OH) porté par le carbone n − 1 est à droite (en représentation de Fischer) comme le (+)-glycéraldéhyde. Dans la forme L, le groupement alcool (–OH) porté par le carbone n − 1 est à gauche (en représentation de Fischer) comme le (–)-glycéraldéhyde. La figure 4 représente les deux énantiomères du glucose, la forme D-glucose est la forme naturelle. Les oses de la série D sont naturels. Figure 3 : énantiomères du glucose Un mélange équimolaire de 2 énantiomères est appelé mélange racémique. Il se caractérise par l’absence d’un pouvoir rotatoire car les effets d’un des énantiomères sur la déviation du plan de la lumière polarisée sont annulés par ceux du second (voir paragraphe 1.2.4). b. Diastéréoisomères Les diastéréoisomères sont les stéréoisomères qui ne sont pas des énantiomères. c. Epimères Deux épimères ne diffèrent entre eux que par la configuration absolue d’un seul carbone asymétrique, comme par exemple entre le D-mannose et le D-glucose ou encore entre le D-glucose et le D-galactose. 1.2.4. Pouvoir rotatoire Voir TP sur la polarimétrie En solution, les formes énantiomères d’une molécule portant un carbone asymétrique présentent des propriétés optiques différentes. Elles sont douées d’une activité optique : chacune d’entre elles dévie de manière spécifique le plan de polarisation d’une onde monochromatique polarisée. Le plan de polarisation est dévié d’un angle égal en valeur absolue mais de sens inverse. Cette propriété est caractérisée par le pouvoir rotatoire spécifique qui répond à la loi de Biot : α = [α ]T , λ × c α : angle de rotation observée en degré (°). [α]T : pouvoir rotatoire spécifique de la substance, constant pour une température et une € longueur d’onde données (en °.g-1.cm2, unité souvent non mentionnée car rébarbative, à convertir en °.g-1.dm2 pour le calcul). : longueur de la cellule contenant la substance, traversée par la lumière (en dm) c : concentration massique de la substance (en g.mL-1) ,λ C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 4 / 19 – L’un des énantiomères du glycéraldéhyde à la concentration de 1 g.mL-1 dévie vers la droite le plan de polarisation d’un faisceau monochromatique (λ = 570 nm) de 14° pour un chemin optique de 10 dm à une température de 20°C. Cet énantiomère est une substance dextrogyre, il est noté (+). L’autre énantiomère est dit lévogyre (–). Ces deux énantiomères sont aussi appelés isomères optiques. Un mélange équimolaire de deux énantiomères est optiquement inactif : il est dit racémique. H O H CH2OH O CH2OH D-glucose L-glucose ENANTIOMÈRES Epimère (en C2) du D-glucose H Epimère (en C4) du D-glucose O H O CH2OH CH2OH D-mannose D-galactose DIASTÉRÉOISOMÈRES Figure 4 : illustration de la notion d’énantiomères, d’épimères et de diastéréoisomères Voir planche 2 chapitre 1.2.1 : filiation des oses Remarque : en général, le suffixe des aldoses est « -ose » alors que celui des cétoses est « -ulose » (sauf exceptions : fructose, sorbose,…). C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 5 / 19 – 2. Structures cyclisées 2.1. Mise en évidence de l’existence de la structure cyclisée du glucose 2.1.1. Réaction au réactif de Schiff Le glucose possède une fonction aldéhydique. En présence du réactif de Schiff, on devrait obtenir une coloration rouge que l’on n’obtient pas ! 2.1.2. Réaction d’hémiacétalisation en présence d’un alcool Une molécule d’aldéhyde comme une cétone est capable de réagir successivement avec deux molécules d’alcool (ici le méthanol) suivant les réactions suivantes : En présence d’HCl anhydre Aldéhyde + méthanol → hémiacétal Hémiacétal + méthanol → acétal + eau OH R-CHO + CH3OH R → C H OCH3 Aldéhyde + méthanol Hémiacétal OH R C OCH3 H + CH3OH → OCH3 Hémiacétal R C H + H2O OCH3 méthanol Acétal Figure 5 : réaction d’hémiacétalisation entre un aldéhyde et un alcool Dans les mêmes conditions, le glucose ne réagit qu’avec une seule molécule de méthanol ! 2.1.3. Explication possible aux deux premières expériences Dans le glucose, il s’est produit une réaction entre la fonction aldéhydique et un des groupements OH (= réaction d’hémiacétalisation intramoléculaire). Ceci expliquerait pourquoi le glucose n’est pas capable de colorer le réactif de Schiff et pourquoi il ne peut réagir qu’avec une seule molécule de méthanol (puisqu’il aurait déjà réagi avec une fonction alcool pour se retrouver sous la forme d’un hémiacétal). 2.1.4. Phénomène de mutarotation La cristallisation du D-glucose dans des solvants différents (éthanol, pyrimidine) conduit non pas à un seul produit mais à 2 produits dont les pouvoirs rotatoires sont différents. Ces 2 formes ont été qualifiées de forme α (+ 112°), cristallisation dans l’éthanol (conditions ), et de forme β (+ 19°), cristallisation dans la pyrimidine (conditions ). Ces deux formes sont dites anomères. Cristallisation dans conditions ⇒ obtention du composé 1, α = + 112° FORME α Solution de D-glucose Cristallisation dans conditions ⇒ obtention du composé 2, α = + 19° FORME β On observe pour chacune des formes mises en solution aqueuse, en fonction du temps, une évolution du pouvoir rotatoire qui atteint pour chacune des formes la même valeur + 52,5°. Cette valeur correspond à une proportion d’environ 1/3 de l’anomère α et 2/3 de l’anomère β. C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 6 / 19 – L’établissement de l’équilibre ci-dessus à partir de l’un ou l’autre des glucopyranoses s’appelle la mutarotation du glucose : D-α-glucose pur Equilibre : 1/3 forme a et 2/3 forme b D-β-glucose pur 112° 52,5° 19° 2.1.5. Conclusion Seule explication possible à ce phénomène appelé mutarotation : il se produit un changement de conformation entre les deux formes en solution. En fait, la mutarotation correspond au passage d’une forme anomérique à une autre par ouverture du glucose sous forme hémiacétalique et recyclisation (β-D-glucose ⇔ glucose linéaire ⇔ α-D-glucose). O OH O O 2.2. Représentation de Tollens Pour expliquer ces différentes expériences, Tollens proposa une structure où le carbone 1 du glucose devient asymétrique après l’apparition d’un cycle formé suite à l’hémiacétalisation de la fonction aldéhydique par un groupement hydroxyle (du carbone 4 ou du carbone 5) créant un pont oxydique. C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 7 / 19 – H H O OH C C H OH + H2O → OH C – H2O → O OH CH2OH CH2OH D-glucose Forme aldéhydique libre CH2OH Hémiacétal Forme glucopyranose (pont oxydique en C1 et C5) Hydrate d’aldéhyde Passage du D-glucose de la forme linéaire à la forme glucopyranose * Pour les aldoses : • Dans le cas d’un pont oxydique entre C1 et C5, on obtient un cycle hexagonal comportant 5 carbones et un atome d’oxygène ; c’est un noyau pyranose. • Dans le cas d’un pont oxydique entre C1 et C4, on obtient un cycle pentagonal comportant 4 carbones et un atome d’oxygène ; c’est un noyau furanose. * Pour les cétoses : • Dans le cas d’un pont oxydique entre C2 et C6, on obtient un noyau pyranose. • Dans le cas d’un pont oxydique entre C2 et C5, on obtient un noyau furanose. O Noyau pyrane O Noyau furane Figure 6 : représentation des noyaux pyrane et furane C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 8 / 19 – Figure 7 : cyclisation du D-glucose par hémiacétalisation 1-5 (glucopyranose) ou 1-4 (glucofuranose) Dans la forme cyclisée apparaît donc un nouveau carbone asymétrique en C1 dans le cas des aldoses et en C2 dans le cas des cétoses. En fonction de la position de l’hydroxyle porté par ce carbone, on distingue les formes anomériques α et β. Dans la représentation de Tollens, on représente l’anomère α en plaçant l’hydroxyle en C1 du même côté que l’hydroxyle qui détermine la série de l’ose, c’est-à-dire du même côté que le pont oxydique. Les oses étant de la série D, les isomères α sont ceux dont l’hydroxyle porté par le C1 (aldose) ou C2 (cétose) est situé à droite, alors les isomères β sont représentés avec cet hydroxyle à gauche. 2.3. Représentation de Haworth Cette représentation est la plus employée actuellement. Le cycle est perpendiculaire au plan de la feuille ; les liaisons en trait fin sont derrière le plan de la feuille ; celles en trait épais sont en avant de ce plan. Les règles pour passer de la représentation de Tollens à celle d’Haworth sont les suivantes : Règle n°1 Règle n°2 Représentation de Tollens Hydroxyles à droite de la chaîne carbonée Hydroxyles à gauche de la chaîne carbonée Nombre de carbones de l’ose supérieur au nombre de carbone du cycle (5 pour pyranose et 4 pour furanose) et pont oxydique à droite Représentation d’Haworth Hydroxyles en bas en dessous du plan du cycle Hydroxyles en haut en dessus du plan du cycle Carbone excédentaire représenté vers le haut Figure 8 : règles de passage de la représentation de Tollens à la représentation d’Haworth En cas de carbone comportant un hydroxyle et un carbone excédentaire au cycle à placer, c’est la règle n°1 qui prime (cas du β-D-fructofuranose). C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 9 / 19 – En réalité, le cycle hexagonal (pyranose) n’est pas plan : en raison des angles de valence de l’atome de carbone, le cycle pyranique prend une conformation en bateau ou en chaise : O O Bateau Chaise Figure 9 : conformations bateau et chaise du cycle pyranique En représentation d’Haworth, l’anomère est dit α (alpha), si la fonction hydroxyle du carbone 1 est en-dessous du plan et β (béta) si l’hydroxyle du carbone 1 est au-dessus du plan. Cette nomenclature est très importante pour décrire les liaisons chimiques contractées dans les disaccharides et les polysaccharides. Voir chapitre 1.2.2 : les osides. Exemple : le saccharose (α-D-glucopyranosyl (1→2) β-D-fructofuranoside) est un dissacharide formé de α-glucose et de β-fructose liés en α 1→2. 3. Propriétés des oses et du glucose 3.1. Propriétés physiques 3.1.1. Propriétés optiques Les propriétés optiques de leurs solutions se limitent à la modification de l’indice de réfraction et au pouvoir rotatoire. Ils ne présentent pas d’absorption dans le visible ou l’ultraviolet. Ces propriétés optiques permettent le dosage des oses par réfractométrie et polarimétrie (voir TP). 3.1.2. Propriétés polaires Leur richesse en groupements hydroxyles leur confère des propriétés polaires capables de multiples liaisons hydrogène : • avec l’eau : ils ont très hydrosolubles • avec d’autres molécules comme les protéines Cela permet de préparer des solutions très concentrées, visqueuses : les sirops. 3.1.3. Thermodégradable Leur structure est thermodégradable (caramélisation). Ceci interdit la séparation par chromatographie en phase vapeur. 3.1.4. Goût sucré Les oses ont une saveur sucrée qui est perçue par les papilles gustatives. 3.2. Propriétés chimiques Leurs propriétés chimiques sont caractéristiques des groupements hydroxyles alcooliques et des groupements carbonyles. 3.2.1. Stabilité Milieu acide Faible Stable Fort à chaud Déshydratation en dérivé du furfural Milieu basique Épimérisation et mutarotation accélérées Oxydation de l’ose qui réduit des composés minéraux ou organiques Figure 10 : les différentes conditions de stabilité C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 10 / 19 – 3.2.2. Réactions d’oxydation des oses On appelle fonction réductrice d’un ose, sa fonction aldéhydique ou sa fonction cétonique car elles sont susceptibles de donner des électrons à d’autres molécules au cours d’une réduction. Oxydant + ne – ===== réducteur (sens 1 : réaction de réduction ; sens 2 : réaction d’oxydation). Comme les aldéhydes, les aldoses et les cétoses sont réducteurs. Cette propriété ne s’exerce qu’en milieu alcalin et à chaud. a. Réduction des sels métalliques La fonction aldéhydique ou cétonique des oses est susceptible d’être oxydée c’est-à-dire qu’elle se comporte comme une fonction réductrice. Ainsi, elle va pouvoir réduire des sels métalliques en milieu alcalin à chaud. L’un des réactifs les plus utilisés pour déceler la présence d’oses réducteurs et pour les doser est un réactif à base d’un sel cuivrique bleu (Cu2+) maintenu en solution grâce à du tartrate de sodium et de potassium qui forme un complexe appelé liqueur de Fehling. Le principe de la réaction est le suivant (exemple sur une fonction aldéhydique) : En milieu alcalin à chaud : R-CHO + H2O ⎯→ R-COOH + 2 H+ + 2 e– 2 Cu(OH)2 + 2 H+ + 2 e– ⎯→ Cu2O + 3 H2O Cette réaction sera positive pour tous les oses qui ont une fonction aldéhydique ou cétonique libre ou prise dans une fonction hémiacétal. Par contre, si la fonction est engagée dans une liaison osidique, elle perd son caractère réducteur. Exemple : le saccharose n’est pas un diholoside réducteur (voir plus loin). b. Réduction de composés organiques Ex : l’acide picrique, le bleu de méthylène, le 3,5-DNS L’acide 3,5 dinitrosalicylique est réduit en acide 3-amino 5-nitro salicylique (composé rouge-orangé). OH OH O2N H2N COOH + 6 H+ + 6 e– ⎯→ COOH 2 H2O + NO2 NO2 Acide 3,5 dinitrosalicylique Acide 3-amino 5-nitro salicylique Figure 11 : principe du dosage des oses par le 3,5 DNS Le composé réduit présente une coloration stable d’intensité proportionnelle à la concentration initiale en sucre réducteur. Cela permet un dosage spectrophotométrique à 530 nm du sucre réducteur. C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 11 / 19 – c. Oxydation douce des oses par l’iode en milieu basique ∗ Cas des aldoses À partir du D-glucose, on obtient de l’acide D-gluconique (oxydation en C1). De manière générique, un ose donne un acide aldonique (car seuls les aldoses peuvent être oxydés sur leur fonction réductrice). In vivo, cette oxydation est catalysée par la glucose oxydase (GOD). ∗ Cas des cétoses Le groupement cétone n’est pas oxydé par l’iode en milieu basique. d. Oxydation énergique des aldoses par l’acide nitrique (HNO3) à chaud La fonction alcool primaire et la fonction aldéhyde sont oxydées en fonction acide. acide glucarique e. Oxydation contrôlée des aldoses Le carbone anomérique C1 est protégée par méthylation (méthanol chlorhydrique). Seule la fonction alcool primaire est oxydée en fonction acide carboxylique (voir Figure 12 : structure des différents acides obtenus par oxydation du D-glucose). Cette oxydation sélective a lieu in vivo et de manière générique, les oses donnes des acides (glyc)uroniques. Ils sont très répandus et sont retrouvés dans des polyosides. COOH COOH CHO CH2OH COOH COOH Acide D-gluconique Acide D-glucarique Acide D-glucuronique Figure 12 : structure des différents acides obtenus par oxydation du D-glucose 3.2.3. Réaction de réduction des oses a. Réduction de la fonction réductrice et formation de polyols La fonction aldéhyde et la fonction cétone peuvent être réduites par hydrogénation catalytique (borohydrure de sodium NaBH4) pour donner un polyalcool ou polyol. Le polyol correspondant possède un suffixe « -itol ». C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 12 / 19 – CHO CH2OH OH HO OH HO O HO CH2OH CHO HO HO HO HO OH OH OH OH OH OH OH OH OH OH CH2OH D-glucose CH2OH CH2OH D-sorbitol CH2OH D-fructose CH2OH D-mannitol CH2OH D-mannose Figure 13 : réduction du D-glucose et du D-fructose en polyols Le sorbitol et le mannitol sont des édulcorants utilisés comme additifs alimentaires (respectivement E420 et E421) (ex : chewing-gum) mais qui ont un effet laxatif à haute dose ! Le D-glycéraldéhyde et la dihydroxyacétone sont réduites en glycérol (molécule permettant de fixer des acides gras pour donner un glycéride : voir chapitre sur les lipides). CHO CH2OH CH2OH CHOH O CH2OH CH2OH CH2OH D-glycéraldéhyde Glycérol Dihydroxyacétone Figure 14 : réduction des trioses en glycérol b. Réduction de la fonction alcool primaire ou secondaire Cette réduction permet l’obtention de désoxy-oses constitutifs entre autres de l’acide désoxyribonucléique (ADN). Exemple : le D-ribose est réduit en désoxy-D-ribose R-OH + 2e – + 2H+ → RH + H2O CH2OH O OH OH OH β-D-ribose ou ribofuranose ARN gain d’électrons = réduction CH2OH O OH OH β-2-désoxy-D-ribose ADN Figure 15 : structure du β-D-ribose (constitutif de l’ARN) et du β-2-désoxy-D-ribose (constitutif de l’ADN) C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 13 / 19 – 3.2.4. Méthylation Il s’agit d’une éthérification. La méthylation permet de fixer un CH3 sur un OH (R-O-CH3). Au laboratoire, la méthylation des oses se fait avec l’iodure de méthyle (ICH3) et de l’oxyde d’argent (Ag2O), ou bien avec du sulfate de diméthyle (CH3)2SO4 en milieu alcalin (NaOH). La méthylation peut être : • ménagée : seul le OH de l’hémiacétal est alors méthylé, • complète, totale, prolongée = perméthylation : tous les OH libres de l’ose (qu’ils soient alcoolique ou hémiacétalique) sont méthylés. Parmi les hydroxyles, se trouve l’hydroxyle hémiacétalique dont les propriétés diffèrent de celles des hydroxyles d’alcools. Sa méthylation conduit à la formation réversible d’un acétal. Contrairement aux éthers, les acétals sont sensibles à l’hydrolyse acide. Cette technique de méthylation a 2 applications principales : • détermination de la structure des cycles (pyranose ou furanose). • détermination de l’enchaînement des oses dans un oside car les groupements OH engagés dans la formation de liaisons osidiques ne peuvent pas être méthylés. CH2OCH3 CH2OCH3 O O OCH3 OCH3 H,OCH3 OCH3 H,OH OCH3 OCH3 OCH3 1, 2, 3, 4, 6-penta-O-méthylglucopyranose 2, 3, 4, 6-penta-O-méthylglucopyranose Perméthylation suivie d’une hydrolyse acide Perméthylation seule Figure 16 : résultat de la perméthylation du glucose suivie ou non d’une hydrolyse acide 3.2.5. Estérification L’estérification correspond à l’action d’acides (minéraux ou organiques) sur les oses. Exemple du glucose-6-P. O CH2OH CH2O CH2O O P O- P O O O- H,OH H,OH H,OH Glucose Glucose-6-phosphate Les esters phosphoriques des oses (= esters minéraux) ont une grande importance métabolique. En effet, ces esters phosphoriques mettent l’ose sous une forme anionique ce qui permet : • la rétention dans la cellule du glucose capté (glucose-6-phosphate chargé négativement ne peut pas retraverser la membrane plasmique). • la formation de liaisons ioniques avec les sites actifs des enzymes ce qui permet au glucose d’être métabolisé. C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 14 / 19 – 3.2.6. Déshydratation à chaud En présence d’acides forts concentrés et à chaud (HCl, HBr, H2SO4), les pentoses et les hexoses sont déshydratés pour former du furfural ou l’un de ses dérivés. CH2OH O OH OH CHO O OH Pentose (ribose) CH2OH Acide concentré à chaud → O Furfural CHO O CH2OH H,OH Hexose (glucose) Hydroxyméthylfurfural Figure 17 : déshydratation à chaud d’un pentose et d’un hexose aboutissant à la formation de dérivés furfuraliques Le furfural et ses dérivés peuvent se condenser avec des phénols (naphtol,…) pour former des dérivés colorés caractéristiques permettant l’identification et le dosage des oses (réactions furfuraliques) : • Réaction de Molisch en TP (les oses donnent un composé brun-violet avec l’αnaphtol ; révélation non spécifique des glucides) • Réaction de Bial (les pentoses donnent un composé vert avec l’orcinol ; révélation spécifique des pentoses). 3.2.7. Épimérisation Deux oses sont épimères lorsque leurs formules ne diffèrent que par l’orientation de l’hydroxyle d’un seul carbone asymétrique L’épimérisation s’effectue par voie enzymatique ou en milieu basique faible. Le D-mannose est l’épimère C2 du D-glucose. Le D-galactose est l’épimère C4 du D-glucose. Voir Figure 4 : illustration de la notion d’énantiomères, d’épimères et de diastéréoisomères 3.2.8. Interconversion des oses Il s’agit de la réaction équilibrée qui provoque la transformation partielle : • d’un aldose Cn en cétose Cn correspondant • d’un cétose Cn en ces deux aldoses Cn correspondants. C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 15 / 19 – CHO CH2OH OH HO O HO HO HO OH OH OH OH OH OH CH2OH D-glucose CHO CH2OH D-fructose CH2OH D-mannose Figure 18 : exemple d’interconversion des oses (passage aldose-cétose) Figure 19 : schéma récapitulant les propriétés chimiques du glucose C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 16 / 19 – 4. Diversité des oses 4.1. Classification des oses 4.1.1. En fonction du nombre de carbones Figure 20 : nomenclature en fonction du nombre de carbones 4.1.2. En fonction de la nature de la fonction réductrice Fonction réductrice Terme générique Suffixe utilisé Aldéhyde Cétone Aldose Cétose -ose -ulose sauf exception Figure 21 : nomenclature en fonction de la nature de la fonction réductrice Voir planche 2 chapitre 1.2.1 : filiation des oses 4.1.3. Convention de numérotation a. Cas de aldoses Pour numéroter les C, on commence par convention par celui qui porte la fonction aldéhyde. b. Cas des cétoses Pour numéroter les C, on commence par convention par celui qui porte la fonction alcool primaire contiguë à la fonction cétone. 4.2. Principaux oses 4.2.1. D-ribose Le D-ribose est un aldopentose présent dans les ARN. Il se trouve en très grande majorité sous la forme β-D-ribofuranose. Voir Figure 15 : structure du β-D-ribose (constitutif de l’ARN). 4.2.2. Hexoses a. D-glucose Le D-glucose est un aldohexose qui est une molécule énergétique du monde vivant. Il est abondant à l’état libre (miel, fruits, avec le fructose) et polymérisable en réserves (amidon, glycogène) sous sa forme α-D-glucopyranose (voir chapitre 1.2.2 : les osides). L’enchaînement de son anomère β donne un polyoside aux propriétés biologiques et physiques radicalement opposées à celles constituées par les anomères α : la cellulose est un polyoside au rôle structural et non énergétique (constituant des parois des végétaux). b. D-galactose Le D-galactose est un aldohexose, épimère du D-glucose en C4. La condensation d’un β-D-galactopyranose et d’un D-glucose conduit à la formation du lactose. C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 17 / 19 – CH2OH CH2OH CH2OH O O CH2OH O O O H,OH H,OH Lactose = β-D-galactopyranosyl (1 → 4)D-glucopyranose β-D-galactose D-glucose Figure 22 : structure du lactose, diholoside constitué de β-D-galactose et de D-glucose c. D-fructose Le D-fructose est un cétohexose (l’un des rares sucres cétoniques naturels). Il se trouve essentiellement sous la forme fructofuranose et est présent à l’état libre dans les fruits. CH2OH CH2OH OH HO CH2OH O O O CH2OH CH2OH Tollens CH2OH O CH2OH CH2OH CH2OH O OH OH CH2OH OH OH OH Fischer D-fructose OH Haworth α-D-fructose β-D-fructose Figure 23 : structure du D-fructose dans les représentations de Fischer, Tollens et Haworth 4.3. Dérivés d’oses 4.3.1. Désoxyoses Les désoxyoses sont des oses qui ont perdu un ou deux atomes d’oxygène sur une fonction alcool primaire ou secondaire. Le plus important des désoxyoses est un désoxypentose, le 2-désoxy-D-ribose, qui est l’ose constitutif du squelette de la double hélice d’ADN (voir Figure 15 : structure du β-D-ribose (constitutif de l’ARN)). 4.3.2. Acides (glyc)uroniques Les acides (glyc)uroniques dérivent des aldoses par oxydation de la fonction alcool primaire C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 18 / 19 – en fonction acide carboxylique (oxydation du C6). Voir Figure 12 : structure des différents acides obtenus par oxydation du D-glucose L’acide D-glucuronique participe aux processus de détoxification ; un certain nombre de composés sont en effet éliminés par les organismes supérieurs sous forme d’hétérosides appelés glucuronides ou glucuro-conjugués. 4.3.3. (Glyc)osamines ou (hex)osamines : dérivés aminés d’oses Les osamines dérivent des oses par remplacement d’un hydroxyle par une fonction amine (en général, celui porté par le carbone 2). On les rencontre souvent dans les polyosides (voir chapitre 1.2.2). Exemple : le peptidoglycane des bactéries est un polymère de glycosaminepeptide où la Nacétyl-glucosamine (NAG) et l’acide N-acétyl-muramique (NAM) sont liés par des liaisons osidiques. Le groupement aminé est fréquemment acétylé (groupement acétyl- : CH3-CO-) CH2OH CH2OH CH2OH O O O O H,OH H,OH CH3 H,OH HC HN C CH3 HN O D-galactosamine C CH3 COOH NH2 O N-acétyl-D-glucosamine NAG Acide N-acétyl-muramique NAM Figure 24 : structure de quelques osamines 4.3.4. Polyols ou glycitols : glycérol, sorbitol, xylitol Voir Figure 13 : réduction du D-glucose et du D-fructose en polyols 4.3.5. Dérivés autres : acide ascorbique L’acide L-ascorbique est une substance qui s’oxyde facilement en acide déhydroascorbique (réaction réversible) qui lui permet de participer aux processus d’oxydo-réduction cellulaires. L’acide ascorbique est un anti-oxydant. HO HO O O HO OH Acide ascorbique (C6H8O6) Figure 25 : structure de l’acide ascorbique C. LARCHER 1.2.1- Oses – Page 19 / 19 –
Documents pareils
LES GLUCIDES
1° ) Définition
Les oses (ou glucides simples ou monosaccharides) sont des aldéhydes ou des cétones polyhydroxylées, c'està-dire des molécules caractérisées par :
- une chaîne carbonée non ramifiée...
LES GLUCIDES
Les oses sont des molécules très riches en groupement hydroxyle ce qui leur confère des propriétés polaires
capables de multiples liaisons hydrogène :
- avec l’eau : ce sont des molécules très hydr...
Cours 1 Glucides 2009
représentation des oses
1- série D ou L :
appartenance déterminée par la position de l’hydroxyle du carbone
asymétrique voisin de la fonction alcool primaire la plus éloignée de la
fonction réductr...
Les Glucides
carbones asymétriques, l'usage a consacré la représentation de Fisher qui est plus aisée à
manipuler et à la place de la nomenclature absolue, la nomenclature D et L.
La molécule est représentée da...