Arts-Ruptures
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Quelques informations supplémentaires pour ceux qui en veulent plus… … sur la Séquence 1 1. A propos de la chanson « ZINGT AF YIDISH » de A. Gendler… Avec l’avènement de l’ Union Soviétique qui succède à l’Empire Russe, et plus particulièrement en République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie, la situation des Juifs se dégrade. De prime abord, la politique anti religieuse du gouvernement soviétique affecte autant le judaïsme que le christianisme orthodoxe. En lutte contre les premiers bolchéviks idéalistes, parmi lesquels les juifs, en tant qu'intellectuels, furent nombreux, et qui étaient en majorité internationalistes, Staline mène une politique « anti-cosmopolite » et antisémite : dans les années 1930 il développe la théorie du « socialisme dans un seul pays », en 1934 il crée l’« Oblast autonome juif » en Sibérie, proposant sans guère de succès aux Juifs de s’y auto-gouverner, il exclut les dirigeants juifs du Parti communiste, dissout la plupart des organisations juives et élabore après la création de l’État d’Israël la théorie de la « sionologie » qui culmine avec l’exécution des poètes juifs du front anti-fasciste et des médecins juifs lors du prétendu complot des blouses blanches. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, de nombreux Juifs profitent de la libéralisation de la politique d’émigration soviétique et plus de la moitié de la communauté quitte le pays, principalement pour Israël, les États-Unis et l’Allemagne. Après la désintégration de l’Union soviétique, fin 1991, les Juifs qui restent dans la Fédération de Russie cherchent à se reconstituer institutionnellement, économiquement, culturellement et spirituellement. Cette chanson sonne donc comme une célébration des droits retrouvés. Elle est de tempo rapide et de structure Rondo (3 couplets/ un refrain) Texte (extraits significatifs) : Couplet 1 Mit a fidl, on a fidl Vider klingt a yidish lidl Mame-loshn-s’iz dokh a mekhae Klezmer-ayntike khakhomim Shpiln yidishe nigunim Tsvishn alte lider shpilt men naye Khoch oyf yidish lang geshvign M’geyt derbai a tentel mole taam Tomer feylt a grom tsum lidl Tsi a strune ba dem fidl Zingt men unter : chiri biri bom ! x2 Refrain Chiri bim, chiri bom Zingt baznder tsi ineynem Chiri bim, chiri bom Un far keynem zikh mit sheymen Chiri bim, chiri bom … Couplet 3 Idist vider vert geboym S’iz der shoyresh nit farloym S’fayer oyf pripchnik nit farloshn Yidn zenen eyn mishpokhe Shiknumetum a brokhe M’redt , M’shraybt, M’zingt oyf mame-loshn Moskve, Peterburg un Kiev Zaporozhye, Tel’Aviv Krim, Odes, Nyu-York, Jerusholaim San Francisco un Berdichev Yede shtot un yeder ishev Makhn dort oyf yidish a lekhaim Traduction Couplet 1 Avec ou sans violon Un chant Yiddish résonne encore Notre langue maternelle est une joie Aujourd’hui de sages musiciens jouent des mélodies yiddish, et parmi les vieux chants, certains sont nouveaux Bien que le yiddish ait été silencieux pendant longtemps Nous chantons maintenant avec une grande joie C’est une si délicieuse expérience Si une rime manque aux paroles, Ou si une corde manque au violon, x2 Nous chantons juste « chiri biri bom » Refrain Chiri bim, chiri bom, Chantons tous ensemble Chiri bim, chiri bom, Et chantons sans honte Chiri bim chiri bom… Couplet 3 Maintenant nous ressentons notre valeur Nos racines ne sont pas perdues Le feu dans l’âtre n’est pas éteint Les juifs sont une famille Ils répandent leur bénédiction partout Nous parlons, nous écrivons, nous chantons dans notre langue maternelle A Moscou, St Petersbourg et Kiev Zaporozhe, Tel-Aviv En Crimée, à Odessa, new York, Jérusalem San Francisco et Berdichev Dans chaque ville et chaque communauté Nous portons un toast en Yiddish 2. A propos de la chanson « RUSSIANS » de Sting Voici une chanson qui peut illustrer les derniers avatars de la Guerre Froide. Ecrite en 1985, elle fut un tube au moment où les Russes étaient encore les "méchants" de la Guerre Froide pour les populations du bloc de l’Ouest. La même année sortait d'ailleurs « Rocky IV », où le gentil Rocky Balboa devait avoir affaire au monstrueux Ivan Drago ... Mais heureusement, tout finit bien, Rocky gagne son combat et prononce un beau discours de concorde et de tolérance, plein de bons sentiments ... Cette chanson, quoique moins naïve, est inspirée de la même veine ... Russians est un point de vue occidental sur la Guerre Froide du milieu des années 80. L'opinion publique est fatiguée de cette guerre si singulière et devine inconsciemment que le système soviétique n'en pas plus pour longtemps... Sa dangerosité s'effrite surtout depuis que le réformateur Gorbatchev est arrivé au pouvoir en mars 1985. L'anticommunisme est donc moins virulent ou tout au moins, plus ciblé. A la sortie de l'album, la Perestroïka (= reconstruction, par les réformes engagées par Gorbatchev) et le rapprochement Est-Ouest transforment immédiatement Russians en objet d'histoire puisque les dirigeants ont changé. Certes, la méfiance vis-à-vis de Gorbatchev va quelque peu perdurer. Tout cela n'empêche pas la chanson de rencontrer un franc succès, particulièrement en France. Sting, ancien chanteur du groupe The Police (formé en 1977) débute donc sa carrière solo par cet album. Il aurait selon lui, fait un rêve de tortues bleues, ce qui lui aurait donné l'idée du titre. Quant à la chanson elle-même, Sting a utilisé un vieux truc de musicien, il a emprunté la mélodie au répertoire « savant ». Il n'est pas le premier, on se souvient par exemple de Gainsbourg qui multiplia le procédé… Sting s'est ainsi très largement inspiré d'un thème de Prokofiev, La Romance Du Lieutenant Kijé, écrit en 1933 pour la bande son d'un film de propagande qui dénigrait un empereur russe, Paul Ier, puis repris en 1934 dans la Suite Orchestrale du même nom. Suggestions pour l’analyse musicale C’est une musique vocale Chantée par une voix de ténor Avec un accompagnement instrumental discret Aux sons « synthétiques » Ajout de bruits Tempo modéré Forme strophique Intermèdes instrumentaux entre les strophes ... Le texte In Europe and America, There’s a growing feeling of hysteria Conditioned to respond to all the threats In the rhetorical speeches of the Soviets Mr. Krushchev said we will bury you I don’t subscribe to this point of view It would be such an ignorant thing to do If the Russians love their children too How can I save my little boy From Oppenheimer’s deadly toy There is no monopoly in common sense On either side of the political fence We share the same biology Regardless of ideology Believe me when I say to you I hope the Russians love their children too There is no historical precedent To put the words in the mouth of the President There’s no such thing as a winnable war It’s a lie that we don’t believe anymore Mr. Reagan says we will protect you I don’t subscribe to this point of view Believe me when I say to you I hope the Russians love their children too We share the same biology Regardless of ideology What might save us, me, and you Is that the Russians love their children too. On peut écouter et de comparer la version originale de Sting, relativement douce et mélancolique, puis la reprise un peu plus « musclée » du groupe Manic Movement (groupe belge) dans un style gothique symphonique. Le contexte historique La chanson évoque la Guerre Froide dans toute son absurdité. Si on s’intéresse au texte de la chanson, on aimera la phrase pleine d'humanisme : I hope the russians love their childrens too. Il évoque également entre les lignes, la crise des euromissiles : Mister Reagan says, "He will protect you" c'est-à-dire, le regain de tension entre les deux Grands au début des années 80 à l'occasion de l'installation en Europe de missiles SS20 soviétiques et Pershing II américains. Cette phrase évoque sans doute également le programme IDS : Initiative de Défense Stratégique appelé aussi Guerre des étoiles qui prévoyait de mettre en place un bouclier anti-missile à partir de satellites dans l'espace. From Oppenheimer's deadly toy? Le physicien américain, Robert Oppenheimer (1904-1967) est considéré comme le père de la bombe nucléaire. La chanson n'évoque cependant pas ses sympathies communistes et son limogeage qui en découle en 1953. Il regrettera son invention, car il pensait que l’énergie atomique n’aurait dû servir que pour les temps de paix. Cette chanson marqua une génération parce qu’elle incarnait à la fois les angoisses des hommes dans le contexte de tensions entre Est et Ouest mais aussi les espoirs d’une solution pacifique. En effet, en mars 1985 Mikhaïl Gorbatchev devient Secrétaire général du Parti Communiste d’URSS. Sa nomination est synonyme d’espoir d’un monde nouveau, d’un dialogue renoué entre les blocs et d’un assouplissement du régime soviétique. Sa présidence est marquée par la chute du mur de Berlin en novembre 1989 (à laquelle fait référence la chanson « Wind of Change » du groupe allemand The Scorpions. Le clip L’atmosphère du clip est sombre ; il semble inspiré du cinéma expressionniste allemand : noir et blanc, gros plan sur les visages, machineries, villes monstrueuses. Le rapport au temps est omniprésent. On peut citer en exemple le film « Metropolis » de Fritz Lang. Prokofiev Né en Ukraine en 1891, il est mort à Moscou en 1953, le même jour que Staline. En 1918, suite aux événements politiques qui secouent son pays, Prokofiev choisit de s’exiler aux Etats Unis. Pourtant, en 1933, attiré par les promesses du régime soviétique, il rentre en Russie. Il devient même le compositeur propagandiste du parti. En 1947, il obtient le titre d’« artiste du peuple ». Le Lieutenant Kijé Le Lieutenant Kijé est une nouvelle écrite en 1927 par l’écrivain soviétique Iouri Tynianov (1894-1943) d’après une histoire vraie. Cette nouvelle a servi de base au film réalisé par Alexander Feinzimmer en 1933 et dont Sergueï Prokofiev écrivit la musique, qu’il reprit ultérieurement dans la Suite symphonique pour orchestre, op. 60 portant le même nom. Ce fut une commande officielle faite à Prokofiev par le pouvoir en place en 1934. La Suite existe en deux versions : l’une avec une voix de baryton, l’autre avec un saxophone. L’histoire se passe en Russie sous le règne du tsar Paul 1er. Il s’agit d’un homme qui n’existe pas, sauf pour l’administration impériale, suite à une erreur de transcription d’un ordre du jour par un scribe. Un être fictif est né dont l’entourage du tsar n’osera jamais avouer l’inexistence. La nouvelle est ainsi une satire de la bureaucratie russe. L’empereur irascible et capricieux évoque alors Staline. Pistes supplémentaires de travail (historiques, artistiques…) L’Art Engagé (une séquence de musique vous sera proposée sur le sujet) Le Stalinisme et la dictature intellectuelle sous Staline, la propagande Stalinienne (possibilité de travailler sur le sujet à des niveaux divers : littérature/musique/arts plastiques / architecture/faits historiques marquants …) La Guerre Froide (des œuvres seront mises en lien dans deux autres séquences musicales) Les mouvements pacifistes au XXe siècle au travers d’œuvres diverses (rejoint l’Art Engagé) La comparaison entre l’œuvre de Prokofiev et celle de Sting (citation / emprunt) Le thème du savant fou (notamment par rapport à l’énergie nucléaire) (Voir « La Java des Bombes Atomiques » de Boris Vian etc…) 3. A propos des versions du 3°mouvement de la Symphonie N°1 « Titan » Caine/Mahler Structure générale de la version de Caine : Section A : Elle est construite sur le thème de « Frère Jacques », transposé en mineur, transformé en marche funèbre, et jouée en canon, comme chez Mahler. Section B : Elle utilise une mélodie d’une danse populaire, « Hatscho », qui génère une succession d’improvisations évoluant vers un caractère free-jazz et des sonorités atonales (clusters) Section A’ : L’atmosphère est plus tendue, avec des rythmes plus irréguliers. A la fin de la pièce, des bribes du canon se font entendre. Deux remarques sur la structure : La forme initiale de la version de Mahler ABA’ est maintenue dans la version de Caine. La partie B chez Caine est très symétrique : On a 3 fois la partie : Fanfare mesurée - Chaos non mesuré - Cadence d’un instrument. La partie centrale en sol majeur (sur le Lied) n’est pas reprise dans la version de Caine. Structure détaillée de la version de Caine : 01 Frère Jacques en mineur 0’00 02 Fanfare sur thèmes bohémiens, clarinette puis violon 2’54 03 Solo de clarinette 4’ 04 Chaos non mesuré avec solo de clarinette 4’11 05 Fanfare sur thèmes bohémiens : retour à une musique mesurée sur les accords des thèmes 4’53 06 Prétexte à la virtuosité de la clarinette et du violon 5’28 07 Chaos non mesuré sur solo de violon puis cadence de violon 6’13 08 Fanfare sur thèmes bohémiens : retour à une musique mesurée sur les accords des thèmes 6’28 09 Prétexte à la virtuosité du violon puis de la trompette 7’03 10 Chaos non mesuré sur solo de trompette puis cadence de trompette 7.35 11 Fanfare sur thème des « Feuilles Mortes » de Cosma : retour à une musique mesurée sur les accords 7.53 du thème, et Prétexte à la virtuosité de la trompette 12 Chaos non mesuré avec beaucoup de clusters du piano 8’06 13 Retour à la partie initiale sur Frère Jacques avec des décalages de tempo 8.25 Trois degrés de lecture de l’œuvre de Caine *1er degré = musique populaire *2ème degré = relecture et réappropriation de la musique populaire par Mahler *3ème degré = relecture et réappropriation de Mahler par Uri Caine, démarche empreinte d’une forte dose d’humour et d’une volonté de transcender les barrières stylistiques. Pistes supplémentaires de travail (historiques, artistiques…) L’Art Engagé au travers de l’affirmation des origines du compositeur dans sa musique, en réaction à un contexte socioculturel ou politique particulier … La comparaison entre l’œuvre de Mahler et celle de Caine (Citation / Recyclage / Réécriture). Le mélange ancien/moderne, populaire/savant Quelques exemples pour orienter les recherches… D’autres recyclages musicaux : « Recyclage » désigne des réutilisations d’œuvres existantes : transcriptions, arrangements, adaptations, parodies, paraphrases ; concerne aussi le recours à des citations, des fausses citations, des allusions, ainsi que la réactivation des styles et des langages du passé. Maurice Ravel (1875-1937) : « Pavane pour une Infante défunte », « Le Tombeau de Couperin » Benjamin Britten (1913-1976) : « Young person guide to orchestra » (sur un thème de Purcell) Luciano Berio (1925-2003) = « Sinfonia » György Ligeti (1923-2006) : Opéra « Le Grand Macabre » D’autres musiciens associant musique populaire et musique savante au XX° s. : Manuel de Falla (1876-1946) : « Nuits dans les jardins d’Espagne », « Le tricorne », « L’amour sorcier » Danses Sévillanes, Flamenco Béla Bartók (1881-1945) : « Danses Roumaines », « Rhapsodies », « Mikrokosmos », etc… Roumanie, Hongrie, Tzigane, Yiddish … Igor Stravinsky (1882-1971) : « Petrouchka », « Quatre Impressions Norvégiennes » Russie, Norvège Benjamin Britten (193-1976) : « Suite sur des airs populaires anglais » Angleterre Astor Piazzolla (1921-1992) : « Fuga y mysterio », « Adios Nonino », etc… Tango argentin Luciano Berio (1925-2003) : « Folk Songs » France, Sicile, Sardaigne, Italie, Arménie, USA … Exemples de réécriture en littérature/théâtre/cinéma/comédie musicale Sophocle (495 av. J.C - 406 av. J.C )/ Jean Anouilh (1910-1987) : « Antigone » (1944) Mythe d’Orphée (Antiquité Grecque)/ Marcel Camus (1912-1982) : « Orfeu Negro » (1959) William Shakespeare (1564-1616) poète et écrivain / Leonard Bernstein (1918-1990) compositeur, Stephen Sondheim (lyrics) et Arthur Laurents (livret) : « West Side Story » (1957) William Shakespeare (1564-1616) poète et écrivain /Baz Lhurmann (né en 1962) réalisateur : « Romeo+Juliet » (1996) Exemples de recyclage et réécriture en peinture : « Las Meninas » de Diego Velasquez (1599-1660), tableau revisité par divers peintres et plasticiens parmi lesquels on trouve Pablo Picasso (1881-1973) et Salvador Dali (1904-1989) http://madmegblog.blogspot.com/2008/06/las-meninas.html « Les Demoiselles d’Avignon » de Pablo Picasso (1881-1973) qui mêle références aux anciens, nouvelles techniques et art populaire
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