04-Dossier Digestion
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04-Dossier Digestion
r e i s s o d L a i c é sp Stop aux douleurs d’estomac (et autres problèmes digestifs) chapitre 1 Traiter les brûlures d’estomac_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 2 • Ce qui se passe dans l’estomac et l’œsophage_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 2 • Les médicaments : prudence à long terme_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 3 • Ce qu’on peut faire… sans garantie que ça marche ! _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 5 • Ce qu’on peut faire pour diminuer réellement les symptômes_ _ _ _ _ _ _ _ 5 • Ce qu’on peut faire à plus long terme _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 6 • Le régime Atkins : comment ça marche ? _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 7 –– Les principales règles à suivre _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 8 –– Qu’en dit la recherche scientifique ? _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 8 –– Bon à savoir sur la mélatonine_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 9 chapitre 2 Traiter le colon irritable_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 10 • L’alimentation et le syndrome du côlon irritable_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 11 –– Le cas du lactose et des laitages_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _11 –– Le cas du blé et du gluten_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 12 –– Lait PLUS céréales à gluten _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 12 –– Les autres aliments en cause_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _13 –– Les principales sources de FODMAP_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 14 –– Les médicaments qui aggravent le SII_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 14 • Faut-il faire un test pour rechercher des « intolérances alimentaires » ?_ 14 • Les autres approches qui soulagent_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 16 –– Le rôle du stress _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 16 –– Le Psyllium_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 16 –– L’huile essentielle de menthe_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ 16 –– Le curcuma_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _17 –– L’artichaud_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _17 –– Les probiotiques _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _17 Les dossiers de JEAN-marc dupuis et son équipe digestion Chapitre 1 - traiter les brûlures d’estomac chapitre 1 Traiter les brûlures d’estomac s a n t é n at u r e i n n o vat i o n Presque tout le monde a connu des brûlures d’estomac après un repas consistant. Pour la plupart d’entre nous, ces sensations désagréables disparaissent en une heure ou deux, avec ou sans l’aide d’antiacides. 2 Mais les millions de personnes qui souffrent de brûlures d’estomac récurrentes ont peutêtre une maladie chronique appelée reflux gastro-œsophagien ou RGO. Lorsqu’elle n’est pas traitée, elle peut endommager l’œsophage et dans certains cas (rares heureusement) conduire au cancer de l’œsophage. de l’acide pour aider à la décomposer afin qu’elle soit digérée. L’acide gastrique est un liquide composé d’acide chlorhydrique (0,5 %), de chlorure de potassium et de chlorure de sodium (sel). Cet acide nous permet de digérer les protéines et de les préparer à être séparées en acides aminés par des enzymes. Une enquête française sur 8 000 adultes a trouvé que 31,3 % des Français souffrent occasionnellement ou régulièrement de RGO. Parmi eux, 7,8 % auraient un RGO fréquent, avec des symptômes au moins une fois par semaine 1. Votre sphincter œsophagien, un anneau de fibres musculaires à l’entrée de l’estomac, est censé se refermer comme une valve une fois la nourriture passée, pour empêcher les acides gastriques de migrer dans l’œsophage. Mais si ce n’est pas le cas, de l’acide gagne l’œsophage (avec de la nourriture) et vous ressentez une brûlure. Elle débute généralement juste en dessous du sternum et peut aller jusqu’à la gorge. Elle s’accompagne aussi d’un goût aigre ou amer dans la bouche ou la gorge. La maladie a un coût. Une personne souffrant de RGO consacrerait 200 euros par mois en médicaments et autres traitements pour contrôler les symptômes. Les personnes obèses, les fumeurs et les femmes enceintes sont plus susceptibles que les autres de souffrir de RGO, mais cette maladie peut frapper les hommes et les femmes en bonne santé à tout âge. Ce qui se passe dans l’estomac et l’œsophage Les brûlures d’estomac occasionnelles ne sont ni inquiétantes ni dangereuses, et peuvent être soulagées avec les changements dans le régime alimentaire et le mode de vie. Si nécessaire, des antiacides ou d’autres substances peuvent vous aider. Mais si vous avez des brûlures d’estomac deux fois par semaine ou plus, et que le phénomène se reproduit pendant des semaines ou des mois, ou si vous régurgitez souvent la nourriture (avec ou sans douleur), il est nécessaire de consulter votre médecin. Dans tous les cas, des conseils simples peuvent réduire le recours aux médicaments. Lorsque vous avalez de la nourriture, elle passe de l’œsophage à l’estomac, qui produit Contrairement aux brûlures d’estomac occasionnelles, le RGO peut être dangereux. Au fil La plupart du temps, les médicaments en vente libre procurent un soulagement, mais si vos symptômes sont marqués et fréquents nous vous encourageons à rendre visite à votre médecin et à lire ce qui suit. .1. . Bretagne . . . J.F. . et. al.. Le. Reflux . . .Gastro-Osophagien . . . . . . dans . . la. population . . . . générale . .sujets. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . toutes les -solutions française résultats d’unenaturelles enquête sur 8 000 digestion du temps, le reflux acide peut enflammer et éroder la paroi de l’œsophage, entraînant une œsophagite. Vous pourriez ressentir une douleur chronique dans l’œsophage ou la poitrine. La plupart des œsophagites sont relativement bénignes, mais quand l’œsophagite n’est pas traitée, des saignements, des cicatrices et Chapitre 1 - traiter les brûlures d’estomac un rétrécissement de l’œsophage peuvent se produire, rendant la déglutition douloureuse et difficile. Les gens qui ont souffert de RGO pendant des années sans être traités ont un risque plus élevé de développer un cancer de l’œsophage, mais il s’agit tout de même d’une conséquence rare. Le reflux gastro-oesophagien chez le nourrisson Il est d’autant plus fréquent que l’enfant tête trop vite et en mauvaise position. Il ne s’agit plus du classique ”rot” mais d’un vomissement car l’enfant régurgite tout ce qu’il a mis trop vite dans son estomac. L’enfant souffre tellement de ses brûlures œsophagiennes qu’il peut refuser de téter. On considère que près d’un quart des nourrissons connaissent ce type de souffrance, responsable de pleurs incessants, réveils nocturnes qui fatiguent l’enfant et ses parents. Le stress de l’enfant retarde l’ouverture du pylore qui empêche le liquide gastrique de partir dans le bon sens vers le duodénum et l’intestin grêle. L’allaitement maternel (30 mg de calcium/ 100 g) est bien meilleur que le lait de vache qui apporte quatre fois trop de calcium (125 mg/100 g). Si l’enfant est nourri au lait de vache, le premier réflexe est de l’arrêter pour passer à des laits végétaux en poudre et BIO : le matin en le diluant de moitié par rapport aux doses adultes : amandes (200 mg de Ca/100 g), noisettes (160-200 mg/100 g) ou quinoa (80 mg/100 g), ou noix (70 mg/100 g) et le soir châtaignes (40 mg/100 g) car le plus facile à digérer. Pas de lait de soja car il ne contient pas de calcium, contient trop de phyto-hormones qui à la longue peuvent déclencher une puberté précoce, chez le petit garçon ou la petite fille. Si un bébé nourri au sein a des signes d’intolérances : reflux, diarrhée, fesses rouges, croûtes de lait sur la tête.., la maman doit arrêter de consommer des produits laitiers en particulier de vache. C’est le traitement en première intention, autrement dit le traitement par lequel il faut commencer. Traiter le reflux du nourrisson Il faut imposer à l’enfant des pauses pendant la tétée au sein ou au biberon, le laisser respirer, bien le positionner demi-assis dans les bras de sa maman. Ce sont les clés de la réussite. Si l’enfant a déjà eu du reflux et qu’il en souffre, ce qui se traduit par des pleurs et plaintes avant de téter, il faut alors soulager son œsophage en diluant la poudre de ”propolis ultra” vendue en vrac. On la mélange au biberon avec du miel ou même dans la soupe. A noter que le liquide ”gaviscon” contient de l’aluminium qui n’est pas nécessaire chez le nourrisson et peut être dangereux consommé trop longtemps. Les médicaments : prudence à long terme Les médecins (et les laboratoires pharmaceutiques) partent du principe qu’en faisant baisser l’acidité de l’estomac, on soulagera les patients qui souffrent de RGO. Et en effet le raisonnement se tient : s’il y a peu ou pas d’acide dans l’estomac, alors il en passera encore moins dans l’œsophage et l’état de santé du patient sera amélioré. Le problème, comme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . toutes les solutions naturelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 digestion s a n t é n at u r e i n n o vat i o n on va le voir, c’est que cet acide qu’on fait baisser ou qu’on supprime avec les médicaments a quand même une vraie fonction ! 4 Les antiacides, comme Maalox, Rennie, renferment une association de minéraux alcalinisants, qui tamponnent l’acidité régionale. Ainsi Rennie associe du carbonate de magnésium à du carbonate de calcium. Maalox est une association d’hydroxyde d’aluminium et d’hydroxyde de magnésium. D’une manière générale, les sels minéraux de potassium, de sodium, de magnésium, de calcium lorsqu’ils ne sont pas à base de chlorure sont basifiants (ou alcalinisants, ce qui est la même chose). Ils n’empêchent pas l’estomac de fabriquer de l’acide, mais « tamponnent » ou neutralisent en partie cet acide. Lorsque les symptômes sont plus marqués ou plus fréquents, le médecin peut prescrire un antihistaminique H2 comme la ranitidine. Ces médicaments inhibent les récepteurs d’une substance appelée histamine qui stimule (entre autres propriétés) la sécrétion gastrique d’acide chlorhydrique. La principale conséquence est la diminution de la sécrétion gastrique acide. Ces médicaments apportent un soulagement dans la moitié des cas environ. Mais votre médecin vous prescrira plus probablement un IPP (inhibateurs de la pompe à protons), tels l’ésoméprazole, le lansoprazole, ou l’oméprazole. Ces médicaments très populaires réduisent considérablement la quantité d’acide gastrique produite dans l’estomac. Ils agissent en bloquant une pompe cellulaire qui sécrète des ions hydrogènes (H+), c’est-à-dire des atomes d’hydrogène ayant perdu un électron. Ces ions sont normalement associés à des ions chlorures pour former l’acide chlorhydrique (HCl). En inhibant la sécrétion des ions H+, les IPP diminuent très fortement l’acidité gastrique (jusqu’à 99%). Chapitre 1 - traiter les brûlures d’estomac Les antihistaminiques et les inhibiteurs de la pompe à protons agissent donc directement en empêchant l’estomac de sécréter de l’acide. Ils sont bien tolérés lorsqu’ils sont prescrits pour des durées courtes. Mais s’il s’agit de les prendre régulièrement, vous devez être informé de ce qui suit. D’abord, l’acide est là pour permettre la digestion. Lorsqu’il y a moins d’acide, la digestion se fait moins bien, avec le risque que cette digestion compromise… aggrave en réalité la maladie ! L’acide de l’estomac a une autre fonction cruciale : il détruit les bactéries et les organismes pathogènes. Des études ont trouvé que les personnes qui prennent des IPP ou des antihistaminiques H2 ont un risque plus élevé de pneumonie, probablement parce que les micro-organismes responsables de cette maladie ne sont pas éliminés dans l’estomac. On conseille d’ailleurs aux personnes à risque de pneumonie d’éviter ces médicaments ou de n’en prendre que ponctuellement et à des doses faibles. Les IPP ont également été associés à un risque d’infection digestive par une bactérie qui provoque colite et diarrhées, appelée Clostridium difficile. L’estomac sécrète enfin de l’acide pour libérer la vitamine B12 et dissoudre le calcium des aliments. Une diminution importante de l’acide de l’estomac peut entraîner un déficit en B12 et en calcium 2. Par exemple, dans une étude, la prise d’antihistaminiques H2 a réduit de 53% l’absorption de vitamine B12 liée aux protéines alimentaires 3. D’autres études ont rapporté une diminution de l’absorption de vitamine B9, de fer et de zinc. Par ailleurs il a été trouvé un risque de fracture augmenté avec l’usage de doses élevées d’IPP. Pour résumer, on peut sans risque faire appel ponctuellement à des médicaments qui dimi- 2. Ghishan FK, Walker F, Meneely R, et al. Intestinal calcium transport: Effect of cimetidine. J Nutr. 1981;111:2157–2161. .3. . Salom . . IL, . Silvis . . SE, . .Doscherholmen . . . . . A.. Effect . . of. cimetidine . . . .on. the. absorption . toutes . . . . . . les solutions naturelles1982;17:129–131. of vitamin B12. Scand J Gastroenterol. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . digestion Chapitre 1 - traiter les brûlures d’estomac nuent l’acidité de l’estomac, mais cela ne réglera pas le problème sous-jacent. Poursuivre trop longtemps ce type de traitement, c’est prendre des risques pour sa santé. Il faut être particulièrement vigilant après 65 ans car la capacité naturelle à absorber et retenir les vitamines et les minéraux est diminuée à ce moment. Heureusement il existe à cet âge une alternative à ces médicaments, que vous découvrirez à la fin de cet article. consommaient un peu d’alcool, du chocolat ou des graisses n’ont généralement pas été plus importunés que ceux qui évitaient ces aliments. Par exemple, ceux qui ont renoncé à boire de l’alcool n’ont souvent pas vu d’amélioration 4. Bien sûr, rien ne vous empêche d’expérimenter sur vos propres symptômes un régime alimentaire excluant ces aliments… Notez bien vos réactions lorsque vous réintroduisez tel ou tel aliment. Ce qu’on peut faire… sans garantie que ça marche ! Ce qu’on peut faire pour diminuer réellement les symptômes Certains médecins conseillent de faire de petits repas et d’éviter toute une variété d’aliments acides ou d’excitants comme les agrumes, le chocolat, le café et la caféine, l’alcool, l’ail et l’oignon, les épices forts, la tomate et les aliments à base de tomate (sauce spaghetti, pizza…). Une mesure de simple bon sens consiste à attendre deux à trois heures après un repas pour se coucher. On conseille aussi de surélever le haut du lit de 10 à 20 cm avec des cales, pour créer une pente entre œsophage et estomac et faire en sorte que le contenu de l’estomac reste où il est. Attention : n’utilisez pas d’oreiller pour cela, car la flexion du corps au niveau de l’abdomen ne ferait qu’aggraver la situation. Autre mesure simple, mais qui peut réellement vous soulager : dormir sur le côté gauche. L’équipe du Dr Lauren Gerson, à l’université de Stanford a étudié l’influence de la position pendant le sommeil sur les symptômes du RGO. Conclusions : évitez de dormir sur le ventre, c’est ce qui aggrave le plus les symptômes. Quand on dort sur le côté droit, c’est à peine mieux. La bonne attitude, disent ces gastro-entérologues, c’est de dormir sur le côté gauche. Ces recommandations reposent plus sur des hypothèses que des preuves très solides (par exemple, le fait que les aliments acides pourraient augmenter l’acidité), sur quelques éléments de physiologie et sur les témoignages de rares patients. Si les épices forts et les fritures ne sont certes pas recommandés, on sera plus circonspect pour ce qui est d’éliminer les agrumes, le chocolat, l’ail et l’oignon, la tomate qui apportent des nutriments extrêmement intéressants pour la prévention des maladies chroniques. Même l’alcool (à petite dose) diminue la mortalité par infarctus. Du reste, les chercheurs de Stanford, aux ÉtatsUnis, admettent qu’il existe quelques données expérimentales pour dire que le chocolat, les repas gras, l’alcool, diminuent théoriquement la pression au niveau du sphincter de l’œsophage (ce qui pourrait favoriser les remontées acides), mais dans les études, les patients qui C’est dans cette position que l’on tire vraiment parti de l’anatomie et des effets de la gravité. Les personnes qui ont essayé ont vraiment vu un changement. Enfin, plusieurs études ont trouvé que l’on peut réduire les symptômes de reflux en mâchant un chewing-gum (sans sucre) après un repas, pendant 30 minutes environ. On l’explique par le fait 4. Kaltenbach T, Crockett S, Gerson LB. Are lifestyle measures effective in patients with gastroesophageal reflux disease? An evidence-based approach. Arch Intern Med. 2006 May 8;166(9):965-71. . . Review. . . . PubMed . . . PMID: . . 16682569. . . . . . . . . . . . . . . . toutes les solutions naturelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 digestion s a n t é n at u r e i n n o vat i o n que le chewing-gum fait saliver et que cette salive alcaline tamponne l’acidité de l’œsophage 5. Pour des raisons similaires, on recommande aux patients qui souffrent de RGO d’éviter le sel qui apporte un excès de chlorures (acidifiants). Il est d’ailleurs en cause dans plusieurs études 6. D’une manière générale, les compléments alimentaires à base de chlorure (par exemple chlorure de magnésium) sont à manier avec précaution quand on a un RGO. Ce qu’on peut faire à plus long terme Si vous avez des kilos en trop, c’est le moment d’envisager de les perdre. Beaucoup de chercheurs relèvent que l’incidence du RGO dans la population mondiale (estimée à 20 %) augmente au même rythme que celle de l’obésité. Les personnes en surpoids souffrent en effet plus souvent que les autres d’un RGO. Comment l’expliquer ? La graisse abdominale en excès (qui se manifeste par un tour de taille important) pourrait selon certains chercheurs augmenter la pression au niveau de l’estomac et de l’œsophage. Dans certains cas, cette pression intragastrique pourrait aboutir à une hernie hiatale 7. On peut aussi penser que chez les personnes obèses ou en surpoids, l’estomac a tendance à se distendre, ce qui entraîne un relâchement du sphincter œsophagien. Il existe un moyen très efficace de maigrir, c’est ce qu’on appelle le régime cétogène. Ce type de régime est pauvre en glucides. Comme les choses sont bien faites, il se trouve que ce régime cétogène non seulement fait maigrir, mais représente un espoir réel pour en finir avec le RGO ! 6 Chapitre 1 - traiter les brûlures d’estomac En fait, les patients en surpoids souffrant de RGO qui réduisent leur consommation de glucides (notamment sucres et féculents) à hauteur de 20 grammes (ou moins) par jour, voient leur condition s’améliorer très nettement en moins d’une semaine, selon une étude conduite par des chercheurs de l’université de Caroline du Nord à Chapel Hill 8. Ce régime diminue l’acidité mesurée dans la partie inférieure de l’œsophage. Le régime testé dans cette étude est le plus célèbre des régimes cétogènes. C’est celui du médecin américain Robert Atkins. De nombreux médecins américains commencent à proposer systématiquement à leurs patients d’essayer le régime Atkins. Selon le Dr Eric Westman, qui est l’un des auteurs de l’étude en question, le régime Atkins est efficace sur le RGO chez plus d’un patient sur deux, en surpoids ou pas. Dans tous les cas, il conseille d’essayer Atkins pendant deux à trois semaines. Si l’on n’a pas besoin de maigrir et qu’on ne constate aucune amélioration, les glucides ne sont pas en cause et on peut reprendre son régime habituel. En revanche si on a des kilos à perdre, on peut poursuivre le régime car il est très efficace pour maigrir. Bien sûr, des preuves complémentaires sont nécessaires. En 2011, une étude coréenne a cherché à savoir quels aliments aggravent les symptômes du RGO chez des patients. Cette étude est notamment basée sur un questionnaire alimentaire rempli par les patients, il faut donc en interpréter les résultats avec précaution. Les chercheurs relèvent d’abord que ce sont les personnes obèses ou en surpoids qui sont les plus gênées par leurs symptômes. Ensuite, selon les patients interrogés, ce sont les sodas, les boissons caféinées, les confiseries qui seraient responsables des symptômes les plus gênants. Mais les nouilles (un féculent) 5. Moazzez R, Bartlett D, Anggiansah A. The effect of chewing sugarfree gum on gastro-esophageal reflux. J Dent Res. 2005;84:1062–1065. 6. Nilsson M, Johnsen R, Ye W, Hveem K, Lagergren J. Lifestyle related risk factors in the aetiology of gastro-oesophageal reflux. Gut 2004;53:1730-1735. Falk GW. Obesity and gastroesophageal reflux disease: another piece of the puzzle. Gastroenterology. 2008 May;134(5):1620-2. PubMed PMID: 18471535 .7. . . GL, . .Thiny . .MT,. Westman . . . .EC,. et.al..A .very. low–carbohydrate . . . . . . diet . toutes . . Dig . .Dis. Sci. . .2006;51:1307–1312. . . . . . . . les solutionsreflux naturelles 8. . Austin improves gastroesophageal and its symptoms. . . . . . . . . . . . . digestion sont les aliments qui aggravent le plus les symptômes du RGO, et parmi elles les nouilles instantanées 9. Les nouilles sont un des aliments préférés des Coréens. Pour les auteurs de l’étude, c’est peut-être parce qu’elles sont riches en glucides que les nouilles sont si mal tolérées par les patients. Une autre explication est que les nouilles sont généralement fabriquées à partir de blé ; or le blé semble plus favoriser le reflux que le riz (qui est aussi un glucide) 10. Si vous voulez faire l’essai du régime Atkins, sachez qu’il exclut totalement les glucides de l’alimentation durant une à deux semaines, puis les réintroduit progressivement jusqu’à un certain seuil que chacun doit définir par rapport à son organisme. Le régime Atkins repose sur trois fondements : pas de sensation de faim, pas de comptage des calories, pas de pilule miracle. Le régime Atkins : comment ça marche ? Le Dr Robert Atkins est parti de trois constats : • Compter les calories, réduire les graisses, n’aide pas à perdre du poids. Il faut donc trouver un autre moyen pour maigrir. • Pendant deux siècles, les médecins ont éliminé les féculents pour faire maigrir efficacement leurs patients et ils avaient probablement raison • La majorité des personnes en surpoids présentent des problèmes d’assimilation des glucides, une histoire familiale de diabète ou sont pré-diabétiques. Éliminer les glucides permettrait donc de contrer ce déséquilibre métabolique. En 1972, pour se distinguer des autres régimes pauvres en glucides, pas suffisamment efficaces selon lui, il a mis au point un programme Chapitre 1 - traiter les brûlures d’estomac basé sur l’élimination (par les urines et la respiration) des cétones, qui sont des composés carbonés produits par la combustion incomplète des graisses. Selon les recommandations initiales du Dr Atkins, une personne suivant le régime doit réaliser quotidiennement un test urinaire pour mesurer le taux de cétones, vérifier qu’elle maigrit toujours et mesurer ainsi son seuil de tolérance aux glucides pendant la phase de réintroduction des glucides. Mais pour éliminer des cétones, il faut d’abord commencer par supprimer tous les glucides de l’alimentation, de telle sorte que ce soit la graisse stockée qui serve de combustible à l’organisme et non plus les sucres ingérés. Basé sur une forte réduction des glucides, ce régime était particulièrement efficace mais souffrait jusqu’ici d’une mauvaise réputation, souvent jugé trop restrictif, donc difficile à suivre sur le long terme, déséquilibré (trop de graisses saturées, pas assez de fruits et légumes) et s’accompagnant en plus d’effets secondaires gênants (au début fatigue, migraines…). En 2011, trois professeurs de médecine universitaires (dont Eric Westman), ont mis au point une nouvelle version du Régime Atkins qui se fait l’écho des réflexions les plus récentes en matière de nutrition et présente des modifications significatives rendant le programme plus facile à suivre et plus souple. Le Nouveau Régime Atkins est un régime pauvre en glucides, sans limitation de calories. Il favorise une consommation d’aliments à densité nutritionnelle élevée – des protéines maigres, une grande variété de fruits et légumes riches en fibres et des bonnes graisses – tout en limitant les sucres et glucides raffinés. Inutile aujourd’hui de mesurer le taux de cétones dans les urines. Grâce à ces choix nutritionnels, l’organisme devient une véritable « machine à brûler les graisses ». 9. Song JH, Chung SJ, Lee JH, Kim YH, Chang DK, Son HJ, Kim JJ, Rhee JC, Rhee PL. Relationship between gastroesophageal reflux symptoms and dietary factors in Korea. J Neurogastroenterol Motil. 2011 Jan;17(1):54-60. Epub 2011 Jan 26. PubMed PMID: 21369492; PubMed Central PMCID: PMC3042219. .10.. Sohn . . SM, . Song . . CW, . . Koo . .JS, .et al. . [Gastroesophageal . . . . . . . acid . .reflux . .according . toutes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . les meals: solutions naturelles to different flour cake vs rice cake.] Korean J Gastrointest Motil 2001;7:181-187. 7 digestion s a n t é n at u r e i n n o vat i o n Les principales règles à suivre : 8 • Ne comptez plus les calories. • Mangez autant d’aliments autorisés qu’il est nécessaire pour arriver à satiété. Ne mangez pas si vous n’avez pas faim. • Ne vous sentez pas obligé de finir votre assiette parce qu’il reste de la nourriture dedans. • Buvez autant d’eau que votre organisme le réclame. Ne restreignez pas les liquides… mais n’en abusez pas non plus. • Des petits repas fréquents sont à privilégier. • Si vous vous sentez faible à cause de la rapidité de la perte de poids, c’est que vous manquez peut-être de sel. • Prenez tous les jours un complément de multivitamines. Qu’en dit la recherche scientifique ? Le régime Atkins est très efficace lorsqu’il s’agit de maigrir et ne pas regrossir. On dispose aujourd’hui de nombreuses études ayant évalué les effets à court terme et à long terme du régime Atkins 11. L’une des plus récentes, publiée en juillet 2008, a comparé l’efficacité sur le poids corporel de trois types de régimes : un régime de type Atkins, pauvre en féculents et en sucres, sans restriction des calories consommées, un régime de type méditerranéen pauvre en calories, et finalement un régime pauvre en graisses et en calories. Résultat après deux ans : ce sont les personnes qui suivaient le régime pauvre en féculents qui ont perdu le plus de poids. Ce sont aussi elles qui ont vu leur santé s’améliorer le plus. L’étude portait sur 322 personnes modérément obèses. Parmi les 272 participants qui sont allés jusqu’au bout de Chapitre 1 - traiter les brûlures d’estomac l’expérience, les pertes moyennes de poids ont été de 3,3 kg pour le régime pauvre en graisses, 4,6 kg pour le régime méditerranéen et 5,5 kg pour le régime de type Atkins. Une autre étude parue dans le Journal of the American Medical Association en mars 2007 suggère que le régime Atkins est plus efficace que trois autres régimes préconisés par les nutritionnistes pour perdre du poids. Des chercheurs de la faculté de médecine de l’Université de Stanford ont comparé pendant un an les mérites des régimes Atkins, Zone, LEARN et Ornish chez 311 femmes obèses ou en surpoids. Les régimes LEARN et Ornish se rapprochent des recommandations traditionnelles des nutritionnistes (plus de céréales, moins de graisses), alors que Atkins et Zone préconisent de diminuer les glucides. Résultat : c’est avec le régime Atkins que ces femmes ont perdu le plus de poids : en moyenne deux fois plus que les autres. Au bout d’un an, les femmes du groupe Atkins avaient perdu en moyenne, 4,7 kg contre 2,6 kg, 2,2 kg et 1,6 kg, respectivement pour les groupes LEARN, Ornish et Zone. Leur tension artérielle a aussi davantage diminué qu’avec les autres régimes et leurs taux sanguins de triglycérides étaient plus bas 12. En 2006, une étude britannique a comparé le régime Atkins, pauvre en glucides aux programmes Slim-Fast (hyperprotéiné), Weight Watchers (pauvre en calories, avec un accompagnement psychologique sous la forme de réunions de groupe) Rosemary Conley (pauvre en graisses, avec soutien de type Weight Watchers). Les résultats à 6 mois montrent que tous les programmes permettent à peu près la même perte de poids, qui s’est accompagnée d’une diminution du tour de taille. Le régime Atkins semble plus efficace au cours des quatre premières semaines. 11. Shai I, Schwarzfuchs D, Henkin Y, Shahar DR, Witkow S, Greenberg I, Golan R, Fraser D, Bolotin A, Vardi H, Tangi-Rozental O, Zuk-Ramot R, Sarusi B, Brickner D, Schwartz Z, Sheiner E, Marko R, Katorza E, Thiery J, Fiedler GM, Blüher M, Stumvoll M, Stampfer MJ; Dietary Intervention Randomized Controlled Trial(DIRECT) Group. Weight loss with a low-carbohydrate, Mediterranean, or low-fat diet. N Engl J Med. 2008 Jul 17;359(3):229-41. 12. Gardner CD, Kiazand A et al. Comparison of the Atkins, Zone, Ornish, and LEARN diets for change in weight and related risk factors among overweight premenopausal women: the A TO Z Weight . . Loss . .Study: . . a .randomized . . . .trial. . .JAMA. . . 2007 . . Mar . 7;297(9):969-77. . . . . . . . toutes les solutions naturelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . digestion Ces résultats tranchent avec les recommandations classiques des nutritionnistes pour perdre du poids. Les recommandations officielles préconisent une alimentation riche en céréales et pommes de terre, et pauvre en matières grasses – l’exact inverse du régime Atkins. Mais aujourd’hui d’éminents chercheurs reconnaissent qu’Atkins, a été décrié à tort. Ainsi, Pr Walter Willet qui dirige à Harvard la plus importante unité de recherche en nutrition au monde, estime qu’ « Atkins avait vu juste ». Bon à savoir sur la mélatonine Impossible de conclure sans mentionner une piste intéressante, en particulier pour les plus âgés. La mélatonine est une hormone fabriquée par une petite structure qui se tient au centre même du cerveau, la glande pinéale. Sa production est orchestrée par l’alternance de la lumière et de l’obscurité. La nuit, le taux sanguin de mélatonine est 5 à 15 fois plus élevé que le jour, mais l’exposition à la lumière le fait rapidement chuter (on peut donc considérer la lumière comme un « médicament »). La mélatonine existe aussi sous une forme synthétique (pilule, liquide) en vue d’être administrée par voie orale. Or la mélatonine est sécrétée à tous les niveaux de la muqueuse digestive. La mélatonine a été testée dans un petit nombre d’études contre le RGO et les résultats sont très encourageants 13, notamment lorsqu’elle est associée à son précurseur, l’acide aminé tryptophane, des vitamines (B6, B9, B12), un autre acide aminé (méthionine) et de la bétaïne. Dans une étude, cette association s’est révélée plus efficace que l’oméprazole, un des IPP les plus prescrits 14. La mélatonine diminue l’acidité gastrique mais bien moins que les médicaments. Elle respecterait mieux notre Chapitre 1 - traiter les brûlures d’estomac physiologie. Des travaux récents montrent qu’elle protège les muqueuses de l’estomac et de l’œsophage. Un supplément de mélatonine peut aider à la guérison des stomatites, des oesophagites, des gastrites et des ulcères de l’estomac. La mélatonine pourrait agir aussi sur le sphincter œsophagien. L’étude sur le RGO a utilisé la mélatonine à la dose de 2 mg/j mais il est possible que des doses plus faibles (1 mg/j) soient tout aussi efficaces. La mélatonine est globalement sûre, mais il est conseillé de consulter un médecin avant de démarrer un traitement. Certains patients ont rapporté une baisse de la libido avec la prise de mélatonine. La mélatonine est une option intéressante pour celles et ceux qui ont des difficultés à dormir. Les études montrent que chez les insomniaques l’administration de mélatonine facilite le sommeil : elle recale l’horloge biologique, réduit la période de veille avant l’apparition du sommeil et favorise son maintien. Cependant, les effets les plus nets sont obtenus chez les personnes âgées, en particulier lorsque leur taux naturel de mélatonine est bas. La mélatonine est plus efficace sur le sommeil lorsqu’on a tendance à s’endormir trop tôt dans la soirée et se réveiller au petit matin, lorsqu’on se réveille souvent la nuit, qu’on somnole ou qu’on fait des siestes dans la journée, et enfin lorsqu’on met du temps à s’endormir. Si c’est votre cas, et que vous souffrez aussi de RGO, vous pourriez avec la mélatonine faire d’une pierre deux coups en échappant aussi aux somnifères de synthèse dont les effets indésirables sont nombreux, et le coût bien supérieur. On trouve de la mélatonie en pharmacie Circadin) et sous forme de complément alimentaire (Laboratoires D-Plantes). 13. de Oliveira Torres JD, de Souza Pereira R. Which is the best choice for gastroesophageal disorders: Melatonin or proton pump inhibitors? World J Gastrointest Pharmacol Ther. 2010 Oct 6;1(5):1026. PubMed PMID: 21577303; PubMed Central PMCID: PMC3091156. 14. Pereira Rde S. Regression of gastroesophageal reflux disease symptoms using dietary supplementation with melatonin, vitamins and aminoacids: comparison with omeprazole J Pineal Res. . . 2006;41:195–200. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . toutes les solutions naturelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 digestion Chapitre 2 - Le côlon irritable s a n t é n at u r e i n n o vat i o n chapitre 2 Le côlon irritable Le syndrome du côlon irritable touche 10 à 15 % de la population européenne. Peut-être plus, dans la mesure où une bonne partie de celles et ceux qui en souffrent ne consultent pas. Ce syndrome ne met pas la vie en danger ; il n’est associé ni à un risque de cancer intestinal, ni de maladie inflammatoire, ni de mortalité. En revanche, c’est un trouble qui nuit à la qualité de vie. Il peut perturber le travail, les relations sociales, le sommeil. Beaucoup de ceux qui en souffrent doivent rester à proximité d’un cabinet de toilettes. Dans ce dossier, nous ferons référence au syndrome du côlon irritable en utilisant l’acronyme SII (syndrome de l’intestin irritable) ou IBS en anglais (pour irritable bowel syndrom). Cela vous permettra de consulter les références d’études que nous proposons, ou d’en chercher d’autres sur Internet. Comment diagnostique-t-on le SII ? On utilise les critères dits « de Rome » • Symptômes présents depuis plus de 6 mois, • Douleur abdominale récurrente ou inconfort plus de trois jours par mois au cours des trois derniers mois, Au moins deux des caractéristiques suivantes : • Amélioration avec la défécation, • Symptômes associés à un changement dans la fréquence des défécations, • Symptômes associés à un changement dans la forme des selles. D’autres symptômes sont souvent associés et peuvent aider à faire le diagnostic : • Ballonnements, • Selles anormales (trop liquides ou trop dures), 10 • Fréquence anormale (moins de 3 fois par semaine ou plus de 3 fois par jour), • Difficultés pour déféquer, • Sensation d’urgence, • Sensation d’élimination incomplète, • Élimination de mucus par le rectum, • Aggravation après les repas, • Dyspepsie - rapportée par 42 à 87 % des patients, • Nausée, • Brûlures d’estomac, • Léthargie, • Douleurs dorsales et autres douleurs musculaires ou articulaires, • Maux de tête, • Symptômes urinaires : - Nocturie, - Mictions fréquentes et urgentes, - Vessie incomplètement vidée. • Chez la femme, douleurs pendant l’acte sexuel, • Insomnies, • Tolérance faible aux médicaments. En plus, les patients qui souffrent du SII ont souvent un profil psychologique particulier. Leurs symptômes sont aggravés par le stress. Ils ont fréquemment un tempérament anxieux ou peuvent souffrir de dépression. Il est intéres- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . toutes les solutions naturelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . digestion sant de noter qu’ils ont consulté dans le passé pour des symptômes extra-gastrointestinaux et d’autres symptômes qui n’ont pas trouvé d’explication médicale, ce qui donne un éclairage sur la facette psychologique du trouble, qui est pourtant bien réel. Environ 20 à 50 % des patients SII souffrent de fibromyalgie. Près de la moitié des personnes avec une fatigue chronique ont aussi un SII, ainsi que la moitié des personnes se plaignant de douleurs pelviennes. Les médecins aguerris font rapidement le diagnostic de SII. Il ne faut bien sûr pas passer à côté de quelque chose de plus de sérieux, comme : • La maladie cœliaque qui touche 1 % de la population et se manifeste par diarrhée chronique, retards de croissance chez l’enfant, fatigue… • Une maladie intestinale inflammatoire (Crohn, rectocolite hémorragique…): diarrhée de plus de 2 semaines, saignements, perte de poids, fièvre… • Cancer colorectal: selles sanglantes, perte de poids, douleur de type obstructif, anémie ou déficit en fer, • Infection intestinale: diarrhée d’apparition brutale. L’alimentation et le syndrome du côlon irritable Beaucoup de patients rapportent que leurs symptômes sont modulés par l’alimentation. Certains aliments soulageraient, d’autres exacerberaient leur état. Pendant longtemps, le corps médical a ignoré ces témoignages, préférant proposer des médicaments. Aujourd’hui, de nouvelles recherches montrent que l’alimentation est bien impliquée dans ce syndrome, même s’il reste beaucoup à découvrir. Voici un état des lieux. Chapitre 2 - Le côlon irritable Le cas du lactose et des laitages Le lactose est le sucre du lait. Une partie importante de la population (plus de 40 % en France), surtout les personnes d’ascendance méridionale, asiatique, africaine ne peuvent pas digérer le lactose après l’âge de 3 ans. La raison en est que pendant des millions d’années l’espèce humaine n’a connu que le seul lait maternel. Donc, après l’âge moyen du sevrage, l’enzyme qui permet de digérer le sucre du lait maternel s’éteint puisqu’elle est inutile. Ce mécanisme est la règle dans l’espèce humaine et il concerne encore 75 % des habitants de la planète. Lorsque ces personnes boivent du lait après 3 ans, son lactose est métabolisé par les bactéries intestinales pour donner naissance à des produits de fermentation et des agents toxiques. Ces toxines peuvent agir selon un mécanisme analogue à celui d’autres entérotoxines responsables de gastro-entérites. Les symptômes les plus courants de l’intolérance au lactose peuvent évoquer le SII : douleurs abdominales, ballonnements, flatulences, diarrhée, nausée, vomissements, et dans une moindre mesure, constipation. Mais aussi maux de tête, vertiges, difficultés de concentration, douleurs musculaires, eczéma, rhinite, sinusite. Un quart environ des habitants de la planète, qui sont les descendants de peuples d’éleveurs (Caucase, nord de l’Europe, Amérique du Nord, etc…) ont une mutation qui leur permet de continuer à digérer le lactose après 3 ans. Certaines études ont trouvé qu’il y a autant d’intolérants au lactose chez les personnes souffrant de SII, que chez celles qui n’en souffrent pas 15. Mais d’autres études au contraire rapportent qu’il y a plus d’intolérance au lactose dans le SII (40 % des patients). L’intolérance au lactose se diagnostique très facilement par un test qui mesure l’hydrogène expiré après in- 15. Farup PG, Monsbakken KW, Vandvik PO. Lactose malabsorption in a population with irritable bowel syndrome: prevalence and symptoms. A case-control study. Scand J Gastroente. . rol.2004;12:645–649. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . toutes les solutions naturelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 s a n t é n at u r e i n n o vat i o n digestion gestion de 50 g de lactose. Si le test est positif, tout rentre dans l’ordre une fois qu’on a éliminé le lait liquide, les yaourts enrichis en crème ou lait en poudre, les crèmes glacées, yaourts glacés, certains fromages et les produits contenant du lactose (lire attentivement les étiquettes : charcuteries, produits de boulangerie, gâteaux industriels, préparations pour gâteaux, chips et pommes de terre frites, hamburgers, viande de poulet, confiseries, sodas, bière, médicaments…). Certaines personnes peuvent cependant tolérer quotidiennement de petites quantités de lactose. Si le lactose n’est pas en cause dans le SII, cela ne signifie pas que les laitages eux-mêmes ne le sont pas. Les laitages apportent des protéines comme la caséine ; celle-ci coagule dans l’estomac et elle est difficile à digérer 16. Une étude a trouvé que les personnes qui ne tolèrent pas la caséine souffrent plus souvent de SII avec diarrhée, ou diarrhée et constipation en alternance 17. L’histamine, que l’on trouve dans les fromages, peut aussi provoquer des symptômes de type SII, comme des diarrhées et des flatulences 18. Le cas du blé et du gluten Le gluten est un ensemble de protéines du blé, de l’orge, du seigle et de leurs dérivés (épeautre, kamut, triticale). Une fraction de la population, peut-être comprise entre 6 et 10 %, est sensible au gluten ou à certaines substances anti-nutritionnelles présentes dans les céréales à gluten. Ces personnes n’ont pas de maladie cœliaque, la maladie auto-immune grave déclenchée par le gluten (voir plus haut). Elles n’ont pas nécessairement d’anticorps, pas d’atteinte intestinale, mais chez elles, l’immunité innée répond à l’ingestion de gluten (ou d’autres 12 Chapitre 2 - Le côlon irritable constituants) par une réaction inflammatoire. Les symptômes de la sensibilité au gluten sont proches de ceux de la maladie cœliaque, mais ils peuvent aussi inclure des maux de tête, des troubles de la concentration, des douleurs articulaires, une perte de sensibilité. Il y a de plus en plus de preuves de l’implication des céréales à gluten dans le SII. Dans une étude, 34 patients souffrant de SII qui avaient été améliorés après 6 mois d’un régime sans gluten ont reçu chaque jour pendant six semaines soit du pain et un muffin apportant 16 g de gluten, soit du pain et un muffin sans gluten. A l’issue de l’étude, les chercheurs ont... constaté que 68 % des membres du groupe «gluten» avaient rapporté des troubles liés au SII par rapport à 40 % des membres du groupe «sans gluten». 19 ATTENTION : il n’existe pas de test diagnostique sérieux de la sensibilité au gluten. Si vous soupçonnez une sensibilité au gluten, il faut faire l’essai d’un régime sans gluten de quelques semaines ou plus ; c’est le seul moyen de savoir si les céréales à gluten sont vraiment à l’origine de vos troubles. Lait PLUS céréales à gluten La gliadine (une composante du gluten) est capable de moduler la perméabilité intestinale. Il est possible que chez une partie des personnes souffrant du SII, peut-être celles qui sont sensibles aux céréales à gluten, la perméabilité de l’intestin grêle soit augmentée 20. Quand c’est le cas, l’intestin ne joue plus le rôle de barrière sélective et laisse passer dans l’organisme des fragments de protéines qui peuvent activer le système immunitaire ou une réponse inflammatoire à bas bruit. Ce qui expliquerait les symptômes extra-intestinaux qu’on observe 16. Boirie Y, Dangin M, Gachon P, Vasson MP, Maubois JL, Beaufrere B. Slow and fast dietary proteins diff erently modulate postprandial protein accretion. Proc Natl Acad Sci USA.1997;12:14930– 14935. 17. Liden M, Kristjansson G, Valtysdottir S, Venge P, Hallgren R. Cow’s milk protein sensitivity assessed by the mucosal patch technique is related to irritable bowel syndrome in patients with primary Sjogren’s syndrome. Clin Exp Allergy. 2008;12:929–935. 18. Wohrl S, Hemmer W, Focke M, Rappersberger K, Jarisch R. Histamine intolerance-like symptoms in healthy volunteers after oral provocation with liquid histamine. Allergy Asthma Proc. 2004;12:305–311. Biesiekierski JR, Newnham ED, Irving PM, et al. Gluten causes gastrointestinal symptoms in subjects without celiac disease: a double-blind randomized placebo-controlled trial. Am J Gastroenterol. .19.. 2011;106:508-514; . . . . . . .quiz . 515. . . . . . . . . . . . . . . . toutes les solutions naturelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . digestion parfois dans le syndrome du côlon irritable. Parmi les plus puissants antigènes alimentaires figurent les protéines laitières. Des chercheurs ont donc eu l’idée de regarder ce qui se passe chez des personnes souffrant d’IBS lorsqu’on élimine de leur alimentation blé et laitages ou au contraire lorsqu’on les réintroduit. Résultats : 20 % des patients ont été améliorés par un régime sans blé ou sans laitages ou sans blé ni laitages. Ce qui est intéressant, c’est qu’une fois réintroduit, le lait seul a entraîné des symptômes chez 3 % des patients, et le blé seul chez 2 % d’entre eux. Mais lorsque lait et céréales ont été pris ensemble, c’est 16 % des patients qui ont développé des symptômes SII. Les symptômes sont apparus dans les 3 jours qui ont suivi l’introduction de ces aliments 21. Donc l’association laitages-céréales à gluten peut être plus problématique que l’un ou l’autre de ces groupes d’aliments. Les autres aliments en cause Les aliments les plus fréquemment mis en cause par les patients sont, outre les laitages et les céréales à gluten, le café, les graisses, l’alcool, les solanacées (tomate, aubergine, pomme de terre). Mais on n’est absolument pas sûr qu’en évitant ces aliments on sera en meilleure santé, car les données scientifiques sont soit contradictoires, soit totalement absentes. Les preuves sont plus consistantes pour les glucides à chaînes courtes : sorbitol, fructose et lactose comme on l’a vu, ainsi que les fructo-oligosaccharides (fructanes) qu’on trouve par exemple dans les endives mais aussi les céréales, et les galacto-oligosaccharides (GOS) des légumes secs. Le polyol et le mannitol, qui sont des sucres utilisés par l’industrie agro-alimentaire, mais que l’on peut aussi trouver à l’état naturel dans l’alimentation seraient aussi en cause. Tous ces glucides à chaînes courtes, mal absorbés par l’intestin grêle, sont regroupés Chapitre 2 - Le côlon irritable sous l’acronyme FODMAP (pour « Fermentable, Oligo-, Di-, Mono-saccharides and Polyols »). Un régime alimentaire pauvre en FODMAP réduit la fermentation et la production de gaz, ce qui minimise la distension intestinale et donc la sévérité des symptômes. Tous les FODMAP ne provoquent pas de symptômes chez tous les patients, c’est seulement le cas de ceux qui sont mal absorbés. Les fructanes et les GOS sont toujours mal absorbés et fermentés par la flore intestinale. Les autres FODMAP ne provoquent de symptômes que chez les patients qui les absorbent mal. Les polyols, sorbitol et mannitol sont certes incomplètement absorbés, mais on en trouve des quantités faibles à l’état naturel et ces doses sont généralement bien tolérées. Attention cependant à ne pas trop consommer d’aliments sans sucre comme les chewinggums et les bonbons. Il y en a aussi dans certains médicaments. Les régimes pauvres en glucides semblent assez efficaces dans le SII à dominante de diarrhée, peut-être parce qu’ils conduisent à minorer les FODMAP, mais aussi les produits céréaliers. Ces régimes visent dans un premier temps à diminuer fortement les sources de glucides, en particulier produits céréaliers, pommes de terre et fruits. En général, les légumes verts ne sont pas interdits. Dans une petite étude, 13 volontaires souffrant de SII ont suivi pendant 2 semaines un régime classique (55 % de glucides, 15 % de protéines, 30 % de graisses) avant de basculer sur un régime très pauvre en glucides (4 % de glucides, 45 % de protéines, 51 % de graisses). Après 4 semaines de ce régime strict, 10 volontaires sur 13 ont été améliorés. 22 Ils ont aussi perdu plus de 3 kilos en moyenne, ce qui n’est pas étonnant car ces régimes sont à la base proposés à des personnes en surpoids. 20. Schmulson M, Chey WD. Abnormal immune regulation and low-grade infl ammation in IBS: does one size fi t all? Am J Gastroenterol. 2012;107:273-275. 21. Carroccio A, Brusca I, Mansueto P, et al. A cytologic assay for diagnosis of food hypersensitivity in patients with irritable bowel syndrome. Clin Gastroenterol Hepatol. 2010;8:254-260. 22. Austin GL, Dalton CB, Hu Y, Morris CB, Hankins J, Weinland SR, Westman EC,Yancy WS Jr, Drossman DA. A very low-carbohydrate diet improves symptoms and quality of life in diarrhea-predo. . minant . . .irritable . . bowel . . .syndrome. . . . Clin . . Gastroenterol . . . . .Hepatol. . . . 2009 . . Jun;7(6):706-708. toutes les solutions naturelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13 digestion Chapitre 2 - Le côlon irritable Ces régimes pauvres en glucides peuvent être difficiles à suivre sur le long terme. La dernière version du régime Atkins présente l’intérêt d’être pauvre en glucides tout en ayant le souci de rester équilibré. s a n t é n at u r e i n n o vat i o n Les principales sources de FODMAP Famille de sucres Sucres visés Sources Oligosaccharides FOS (fructo-oligosaccharides), GOS (galacto-oligosaccharides) Blé, seigle, orge, oignons, poireaux, ail, échalote, artichaut, betterave, fenouil, petits pois, chicorée, pistache, noix de cajou, légumineuses (lentilles, haricots secs, pois chiches) Disaccharides Lactose Lait et produits laitiers Monosaccharides Fructose (lorsqu’il est en excès par rapport au glucose) Pomme, poire, mangue, cerise, pastèque, asperge, sucre, miel, Sorbitol, mannitol, maltitol et xylitol Pomme, poire, abricot, cerise, nectarine, pêche, prune, pastèque, champignon, chou-fleur, chewing-gums et sucreries sans sucre sirop de glucose-fructose Polyols Les médicaments qui aggravent le SII Certains médicaments sont reconnus pour contribuer à l’apparition ou amplifier le SII : • Les inhibiteurs de la pompe à proton prescrits pour soulager les brûlures d’estomac. 23 • Certains antalgiques comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens. 24 • Certains antibiotiques comme les tétracyclines. 25 Faut-il faire un test pour rechercher des « intolérances alimentaires » ? Depuis quelques années, des sociétés et des laboratoires ont introduit des tests qui proposent de mesurer la présence de certains anticorps dans le sérum pour déterminer si vous êtes «intolérant» à tel ou tel aliment. Ces «intolérances alimentaires» sont un terme fourretout qui désigne en fait des hypersensibilités alimentaires non-allergiques. Pour comprendre le principe de ces tests, il faut dire un mot sur les allergies et les anticorps. 14 Le système immunitaire nous défend contre les micro-organismes (virus, champignons, parasites, bactéries). L’intrusion dans l’organisme d’une molécule étrangère, qu’on appelle aussi antigène, déclenche la fabrication de protéines qui peuvent se lier à l’antigène à l’origine de leur synthèse. On les appelle des anticorps. Les anticorps ont pour mission de reconnaître les intrus et les détruire. Le système immunitaire conserve la mémoire des antigènes; s’ils réapparaissent, les anticorps les reconnaissent et les éliminent. 23. Keszthelyi D, Dackus GH, Masclee GM, Kruimel JW, Masclee AA. Increased proton pump inhibitor and NSAID exposure in irritable bowel syndrome: results from a case-control study. BMC Gastroenterol. Sep 5 2012;12(1):121. Kerckhoffs AP, Akkermans LM, de Smet MB, et al. Intestinal permeability in irritable bowel syndrome patients: effects of NSAIDs. Dig Dis Sci. Mar 2010;55(3):716-723. .24. . . . AA, . .Aberger . . .FJ, .Benrud . . R,. Gundrum . . . .JD.. Use . of . broad-spectrum . . . . toutes . . .syndrome. . . . WMJ. . . Feb . .2012;111(1):17-20. . . . . . . . . . . . . . . . . lesandsolutions naturelles 25.. Villarreal antibiotics the development of irritable bowel digestion Les lymphocytes B produisent des anticorps appelés immunoglobulines, qui sont divisées en 5 classes (IgA, IgG, IgM, IgD et IgE). Chaque classe d’anticorps a une structure unique et remplit une fonction spécifique. Par exemple, IgG veut dire immunoglobuline G ou anticorps G, et ainsi de suite. Chaque classe comprend des milliers d’anticorps différents correspondant chacun aux divers micro-organismes, aliments et produits chimiques rencontrés par l’organisme. Les allergies alimentaires sont des réactions disproportionnées du système immunitaire à des protéines de l’alimentation, qu’il considère comme des intrus. La réaction allergique est toujours d’ordre immunologique contrairement à ce qui se passe pour les intolérances alimentaires. Dans la plupart des cas (mais pas tous), l’allergie alimentaire est une réaction qui fait intervenir des IgE. L’interaction entre les allergènes de l’aliment et les IgE provoque la libération de médiateurs de l’inflammation comme l’histamine et les leucotriènes, ce qui entraîne des symptômes connus des allergiques: rougeurs, démangeaisons, difficultés pour respirer. Les réactions non-IgE peuvent provoquer des réactions localisées comme l’eczéma, ou généralisées comme des diarrhées. Comme on l’a vu, les deux tiers des personnes souffrant de SII relient leurs symptômes à l’ingestion de certains aliments. Des études montrent que lorsqu’ils éliminent des aliments (comme le lait ou d’autres...), les patients sont soulagés. Mais il ne s’agit pas d’allergies alimentaires au sens strict. Ces patients sont négatifs pour ce qui est des IgE. Le principe derrière les tests qui promettent de dépister des « intolérances alimentaires», est que certaines classes d’IgG ont été associées à des mécanismes biologiques que l’on retrouve dans l’allergie vraie. Par ailleurs, il est vrai que dans quelques études, sur la base Chapitre 2 - Le côlon irritable de ces tests à IgG, des chercheurs ont éliminé certains aliments du régime de personnes souffrant d’IBS, et constaté une amélioration. Le problème, c’est que ces études ont été critiquées par d’autres chercheurs car leur protocole n’était pas adéquat. En fait, si les intolérances sont bien réelles, les tests pour les identifier à partir des IgG (et des sous-classes d’IgG, par exemple IgG4) sont chers et ne sont à l’heure actuelle pas considérés comme fiables. 26, 27 Toutes les organisations internationales qui font autorité dans le domaine de l’immunologie, de l’allergie ou des troubles intestinaux déconseillent actuellement l’usage des IgG pour identifier des réactions d’hypersensibilité aux aliments. En effet, dans de très nombreux cas, des IgG sériques élevés ne sont pas associés à des symptômes cliniques correspondants. Les IgG4 dirigés contre certains aliments, qui sont mesurés par certains de ces tests, sont vraisemblablement le signe que cette personne a été exposée à de multiples reprises à des composés de cet aliment, qui ont été identifiés comme protéines étrangères par le système immunitaire. La présence des ces IgG ne devrait pas être systématiquement vue comme un facteur d’hypersensibilité, mais plutôt comme un indicateur de tolérance alimentaire. Ainsi, la résolution (disparition) d’une allergie au lait de vache est associée à des taux plus élevés d’IgG. Donc à notre sens les tests à IgG ne sont pas fiables. Très souvent, ils conduisent à éliminer de nombreux aliments de son régime. Outre la difficulté qu’il y a à composer des repas sans une trentaine ou une quarantaine d’aliments courants (qui ne présentent pourtant aucun danger pour le patient), il faut prendre en considération les déficits nutritionnels que ce type de régime d’éviction élargie peut entraîner. 26. Beyer K, Teuber SS. Food allergy diagnostics: scientifi c and unproven procedures. Curr Opin Allergy Clin Immunol. 2005 Jun;5(3):261-6. Review. 27. (10) Antico A, Pagani M, Vescovi PP, Bonadonna P, Senna G. Food-specifi c IgG4 lack diagnostic value in adult patients with chronic urticaria and other suspected allergy skin symptoms. Int Arch . . Allergy . . .Immunol. . . . 2011;155(1):52-6. . . . . . . . . . . . . . . . . . toutes les solutions naturelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 digestion Les autres approches qui soulagent soulager les douleurs, au moins à court terme 32. L’acupuncture semblerait aussi représenter un traitement complémentaire efficace33. En plus des techniques de gestion du stress certains aliments ou substances peuvent apporter un soulagement durable au SII. Le psyllium s a n t é n at u r e i n n o vat i o n Le rôle du stress « C’est dans la tête ! » Après avoir fait culpabiliser les malades pendant de nombreuses années, la médecine officielle reconnaît enfin aujourd’hui que le syndrome du côlon irritable n’est pas une maladie psychologique car ni la psychothérapie, ni les thérapies cognitives 28 ni les médicaments antidépresseurs 29 ou anxiolytiques ne sont capables de la guérir. Néanmoins, le microbiote intestinal est en interaction directe avec le cerveau grâce à ses 200 millions de neurones qui lui envoient en permanence des données. On comprend dès lors comment le stress peut déclencher un orage neurologique expliquant en partie l’apparition ou l’entretien des symptômes, d’autant que la maladie est en elle-même une source de stress non négligeable. L’hypnose 30 ou la méditation de pleine conscience 31 sont reconnues comme des outils thérapeutiques valides et simples permettant de rééquilibrer le système nerveux et d’atténuer les symptômes gênants. D’autres techniques antistress peuvent aider de la même manière : cohérence cardiaque, relaxation, qi gong, etc. Sans oublier le sport ! Le recours à l’ostéopathie est un traitement encore mal documenté mais qui, au cours de petites études, montre des résultats encourageants pour 16 Chapitre 2 - Le côlon irritable Dans le SII, les graines de psyllium (ispaghul) ont montré leur efficacité. Les cosses de ces graines sont constituées de 20 à 30 % de fibres solubles capables de retenir l’eau. Ces mucilages soulagent la diarrhée (en ralentissant le transit des aliments) mais aussi la constipation (en ramollissant les selles). Les doses habituelles sont de l’ordre de 5 à 30g par jour 34. Le psyllium ne semble pas diminuer les douleurs. On trouve du psyllium sous diverses formes galéniques, en pharmacie ou ailleurs. Il faut les ingérer avec beaucoup d’eau. Il y a des contre-indications. A noter que le son de blé ne semble pas efficace. L’huile essentielle de menthe L’huile essentielle de menthe (Mentha piperita) a un effet anti-spasmodique sur les muscles du tube digestif. Elle a été évaluée avec succès dans au moins deux études contrôlées contre placebo chez des personnes souffrant de SII. Qu’il s’agisse de ballonnements, diarrhée, constipation, douleurs, de nombreux symptômes ont été améliorés. Il s’agissait de capsules gastro-résistantes. Les doses utilisées étaient respectivement de 225 mg deux fois par jour et 187 mg trois fois par jour. L’huile essentielle de menthe est approuvée dans le SII de l’enfant aux États-Unis, mais il peut y avoir des effets indésirables (brûlures d’estomac). 28. Kennedy T, Jones R, Darnley S, Seed P, Wessely S, Chalder T. Cognitive behaviour therapy in addition to antispasmodic treatment for irritable bowel syndrome in primary care: randomised controlled trial. BMJ. 2005 Aug 20;331(7514):435. 29. Vahedi H, Merat S, Rashidioon A, Ghoddoosi A, Malekzadeh R. The effect of fluoxetine in patients with pain and constipation-predominant irritable bowel syndrome: a double-blind randomized-controlled study. Aliment Pharmacol Ther. 2005 Sep 1;22(5):381-5. 30. Wilson S, Maddison T, Roberts L, Greenfield S, Singh S. Systematic review: the effectiveness of hypnotherapy in the management of irritable bowel syndrome. Aliment Pharmacol Ther 2006;24:769-780. 31. Zernicke KA, Campbell TS, Blustein PK, et al. Mindfulness-Based Stress Reduction for the Treatment of Irritable Bowel Syndrome Symptoms: A Randomized Wait-list Controlled Trial. Int J Behav Med. May 23 2012 32. Hundscheid, H. W.C. (2007). Treatment of irritable bowel syndrome with osteopathy: Results of a randomized controlled pilot study. Journal of Gastroenterology and Hepatology, Vol. 22, Issue 9, Septembre, p. 1394–1398. 33. Macpherson H, Tilbrook H, Bland MJ, Bloor K, Brabyn S, Cox H, Kang’ombe AR, Man MS, Stuardi T, Torgerson D, Watt I, Whorwell P. Acupuncture for irritable bowel syndrome: primary care based pragmatic randomised controlled trial. BMC Gastroenterol. 2012 Oct 24;12(1):150. 34. (11) Bijkerk CJ, de Wit NJ, Muris JW, Whorwell PJ, Knottnerus JA, Hoes AW. Soluble or insoluble fi bre in irritable bowel syndrome in primary care? Randomised placebo controlled trial. BMJ. 2009 . . Aug . .27;339:b3154. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . toutes les solutions naturelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . digestion Chapitre 2 - Le côlon irritable A notre connaissance, le curcuma naturel n’a pas été évalué (seulement l’extrait), mais rien ne vous empêche de faire l’essai chez vous, en l’incorporant à vos plats. Ces bactéries sont potentiellement intéressantes dans les colites, les diarrhées dues aux antibiotiques, les maladies intestinales inflammatoires et le SII. On pense que les probiotiques ont un effet bénéfique sur la muqueuse intestinale parce que ces bactéries s’opposeraient à la croissance et la prolifération de bactéries pathogènes, qu’elles renforceraient l’intégrité de la barrière intestinale et qu’elles stimuleraient l’immunité. Malheureusement, on manque encore d’études scientifiques de bonne qualité, et surtout indépendantes des industriels (comme l’industrie laitière). En plus, il existe des dizaines de souches différentes, et très peu ont été correctement testées, sans parler des doses hautement variables. L’artichaut Les résultats des études sur les probiotiques et le SII sont prometteurs mais pas Le curcuma Le curcuma (Curcuma longa) est utilisé traditionnellement pour les indigestions, les douleurs abdominales, les flatulences. Une étude sur 207 personnes souffrant d’IBS rapporte une amélioration après 8 semaines d’un régime alimentaire enrichi en extrait standardisé de curcuma. Deux doses étaient testées : 72 et 144 mg/j. Les auteurs de l’étude n’ont pas constaté de bénéfice supplémentaire avec les doses les plus élevées 35. L’extrait de feuille d’artichaut (Cynara scolymus) a montré une certaine efficacité sur des symptômes SII dans deux études, en particulier pour soulager les douleurs, les crampes, les flatulences, la constipation. Il ne s’agissait pas d’études contrôlées. Les doses utilisées étaient respectivement de 320 mg d’extrait 3 fois par jour aux repas, 320 mg par jour et 320 mg 2 fois par jour. 36, 37 Les probiotiques Les probiotiques sont des micro-organismes vivants, de « bonnes » bactéries. On en trouve dans tous les aliments fermentés comme les yaourts, la choucroute ; on en trouve aussi sous forme de compléments alimentaires. complètement convaincants. Les souches les plus fréquemment employées étaient des lactobacilles, des bifidobactéries et des streptocoques. La souche Bifidobacterium infantis apparaît bénéfique lorsqu’on considère un score composite de l’ensemble des symptômes, qu’elle soit donnée seule ou en association avec d’autres souches. D’une manière générale les bifidobactéries seraient plus intéressantes que les lactobacilles. 38 Dans ces études, les dosages sont vraiment très variables. Il est également possible de faire un essai avec les produits du commerce, en visant les souches que nous avons signalées. Infusion spéciale digestion Faites infuser dans une tasse d’eau chaude, pendant 10 minutes, 1 cuillère à soupe d’une ou plusieurs plantes choisies parmi celles-ci : Menthe feuilles, artichaut feuilles, camomille matricaire fleurs, fenouil graines, gingembre rhizome, mélisse feuilles. Boire 3 tasses par jour entre les repas ou en fin de repas. 35. Bundy R, Walker AF, Middleton RW, Booth J. Turmeric extract may improve irritable bowel syndrome symptomology in otherwise healthy adults: a pilot study. J Altern Complement Med 2004;10:1015-1018. 36. Walker AF, Middleton RW, Petrowicz O. Artichoke leaf extract reduces symptoms of irritable bowel syndrome in a post-marketing surveillance study. Phytother Res 2001;15:58-61. 37. Bundy R, Walker AF, Middleton RW, et al. Artichoke leaf extract reduces symptoms of irritable bowel syndrome and improves quality of life in otherwise healthy volunteers suff ering from concomitant dyspepsia: a subset analysis. J Altern Complement Med 2004;10:667-669. .38.. (15) . .Drossman . . . DA, . .Camilleri . . . M,. Mayer . . EA, . .Whitehead . . . .WE.. AGA . . technical . toutes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . solutions naturelles reviewles on irritable bowel syndrome. Gastroenterology 2002;123:2108-2131. 17 digestion Chapitre 2 - Le côlon irritable s a n t é n at u r e i n n o vat i o n Les bienfaits de la… transplantation fécale 18 Il existe un traitement prometteur pour soigner le SII, qui paraît délicat de prime abord : la transplantation fécale. Il s’agit de prélever des matières fécales chez une personne en bonne santé pour les introduire dans le tube digestif d’un malade. Une fois en place dans les intestins malades, les bactéries protectrices du donneur prolifèrent et se multiplient rapidement. Cela permet de régénérer la flore intestinale (microbiote) de la personne malade, qui se reconstitue et reprend le dessus pour éradiquer naturellement les bactéries pathogènes. Les résultats des essais ont montré une efficacité spectaculaire de la transplantation fécale dans le cas particulier des infections à 39. Els van Nood, Anne Vrieze, Max Nieuwdorp, et al. N Engl J Med 2013; Duodenal Infusion of Donor Feces for Recurrent Clostridium difficile 368:407-415 January 31, 2013DOI: 10.1056/NEJMoa1205037 40. Borody, T.J., et al., Bowel-flora alteration: a potential cure for inflammatory bowel disease . .and.irritable . . bowel . .syndrome? . . Med . . J Aust, . .1989. . 150(10): . . p.. 604. . . . . . . . . clostridium 39 (une bactérie virulente qui est la principale cause des diarrhées). Les infections à clostridium sont habituellement traitées par des antibiotiques, mais ils créent souvent un cercle vicieux : ils chamboulent le microbiote intestinal, enflamment le côlon et conduisent à des récidives. Une petite étude australienne 40 a testé la transplantation fécale en cas de côlon irritable : la moitié des patients ont montré au moins une amélioration et certains ont même guéri. Si ces premiers résultats viennent à être confirmés par d’autres études, il se pourrait bien que l’on propose bientôt cette solution. Les dossiers de Jean-Marc Dupuis et son équipe Dossier spécial Digestion Directeur de la publication : Vincent Laarman Rédaction : Jean-Marc Dupuis Conseil rédactionnel : Julien Venesson Mise en page : Isabelle Pillet Santé Nature Innovation - SNI Éditions SA Adresse : rue Faucigny 5, 1700 Fribourg – Suisse Registre journalier No 4835 du 16 octobre 2013 CH-217-3553876-1 Capital : 100.000 CHF
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