LA ZONA - Festival des 3 Continents
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LA ZONA - Festival des 3 Continents
7 rue de l’Héronnière - BP 43302 44033 Nantes cedex 1 Responsable jeunes publics : Guillaume Mainguet [email protected] Coordinatrice jeunes publics : Julie Brébion [email protected] 02 40 69 90 38 Le Festival des 3 Continents remercie pour leur soutien à ce programme le Conseil Général de Loire-Atlantique, la Ville de Nantes et le Conseil Régional des Pays de la Loire, ainsi que pour leur collaboration l’association Bul’Ciné, le CRDP des Pays de la Loire, l’Inspection académique de Loire-Atlantique. création graphique : Chloé Bergerat 20-27 novembre 2012 www.3continents.com Dossier pédagogique Conçu par Guillaume Mainguet et Julie Brébion. Textes « pistes pédagogiques » par Nicolas Thévenin. la zona propriété privée de rodrigo pla Synopsis PAGE 3 Biographie du réalisateur PAGE 3 communautés fermées PAGE 4 Pistes pédagogiques PAGE 5 propos du réalisateur PAGE 8 1 Pistes pédagogiques • LA ZONA // Festival des 3 Continents 2012 Biographie du réalisateur rodrigo pla Né en 1968 en Uruguay, Rodrigo Pla étudie l’écriture et la mise en scène à Mexico. Il réalise cinq courts métrages, dont Novia mía et Ojo en la nuca qui sont primés dans de nombreux festivals. La Zona, son premier long métrage, reçoit plusieurs prix internationaux, dont le Lion de l’Avenir pour le Meilleur Premier Film au Festival de Venise. Son deuxième film Desierto adentro est également fortement remarqué. En 2010, il participe au film Révolution, projet collectif dans lequel dix voix du cinéma mexicain se réunissent pour célébrer le centième anniversaire de la révolution Mexicaine. La Zona – propriété privée de Rodrigo Pla Gated Community - Communautés fermées FICHE TECHNIQUE Espagne/Mexique · 2007 Couleur · 98’ espagnol sous-titrés français · 35mm Réalisation : Rodrigo Pla Scénario : Laura Santullo, Rodrigo Pla Image : Emiliano Villanueva Montage : Bernat Vilaplana, Ana Garcia Musique : Fernando Velazquez Interprètes : Daniel Gimenez Cacho, Maribel Verdu, Carlos Bardem, Daniel Tovar Distributeur : Memento Films Ce terme dérive littéralement de l’anglo-américain gated communities, et recouvre, sur le sens de « communauté », des formes variées d’enclosure résidentielle soumise à des règles contractuelles de gouvernance territoriale privée. On compare souvent les lotissements, immeubles sécurisés et certaines grilles érigées par les municipalités entre quartiers pavillonnaires et logement sociaux en France, aux « gated communities » des EtatsUnis, aux « barrio cerrados » d’Amérique Latine, aux « compounds » et « streets closures » en Afrique du Sud ou au Liban. L’entre soi social, qui justifie la référence à une « communauté » sociale idéalisée, repose sur la forme contractuelle d’adhésion volontaire à un mode de gouvernance territoriale privée : la copropriété horizontale. Les règlements de copropriété, sévères, sont souvent mis en exergue, du fait des restrictions architecturales, des normes imposées (entretien des jardins, réglementation sur la possession d’animaux domestiques), et d’une certaine sélection sociale (surface - donc prix - des constructions, âge minimum pour résider dans les résidences pour personnes âgées). […] Le premier lotissement périurbain aux Etats-Unis, Extrait de l’article de Renaud Le Goix sur www.hypergeo.eu Synopsis Mexico. Trois adolescents des quartiers pauvres pénètrent dans l’enceinte de la Zona, une cité résidentielle aisée, entourée de murs et protégée par un service de sécurité privé. Ils s’introduisent dans une des maisons, mais le cambriolage tourne mal. Plutôt que de prévenir les autorités, les résidents décident de se faire justice eux-mêmes. 3 Pistes pédagogiques • LA ZONA // Festival des 3 Continents 2012 Llewellyn Park (New Jersey) dans la grande banlieue de New York fut dès 1854 enclos d’un périmètre de sécurité et protégé par un portail et incorpore des équipements collectifs (route, espaces de loisirs). Ce modèle se diffuse progressivement sous la houlette de promoteurs immobiliers : à Saint Louis en 1867, à Los Angeles en 1935 (Rolling Hills). Tous sont des ghetto-dorés et confortent le stéréotype d’un enfermement de riches cherchant à protéger un style de vie élitiste. […] Parties prenantes d’un discours sécuritaire dominant, des multinationales de l’immobilier commercialisent aujourd’hui un produit sécurisé, standardisé, à destination des classes moyennes. Ces gated communities sont par nature socialement plus homogènes que les quartiers voisins, et cela tient à la sélection sociale explicite ou implicite opérée par le promoteur, l’agent immobilier. Les observateurs s’accordent à dire que la fermeture sociale et spatiale contribuent à opérer d’une part une protection significative de la valeur immobilière comparée aux autres quartiers à proximité ; et d’autre part un accroissement relatif de la ségrégation observée à un échelon local. Festival des 3 Continents 2012 // LA ZONA • Pistes pédagogiques 4 Pistes pédagogiquES Regards de biais Au-delà de sa fonction introductive dans un lieu singulier, le prologue en appelle à la mémoire du spectateur, puisque différents personnages-clés croisent le regard d’Alejandro, et la redite de cette scène en fin de film ne permet que rétrospectivement de saisir qu’il est articulé comme un long flash-back. Plus largement, La zona interroge la notion de regard et de l’enregistrement des images, en en couvrant quelques occurrences. Les images enregistrées par les caméras de surveillance, comme prolongement d’un contrôle généralisé des mouvements au sein de la zone (qui est une ville dans la ville autant qu’une application à échelle réduite de la terreur orwellienne) trouvent en contrepoint celles qu’Alejandro enregistre avec sa petite caméra numérique, et qui prennent une tournure testimoniale lorsque Daniel se confesse devant lui. Plus tard, ces dernières révèleront aux habitants le caractère arbitraire de leur vengeance. Les regards passent aussi par quelques champscontrechamps lourds de sens : ils deviennent le véhicule de l’inquiétude et de la paranoïa installées dans la zone, tandis que ceux qu’échangent Alejandro et son père après l’acceptation par ce dernier de l’offre de la police pour se retirer dévalorise violemment le second, sous l’effet de la sentence muette de son fils. Un espace clos comme lieu de l’impunité Le prologue de La zona (qui est aussi l’entame de son épilogue) résonne avec ceux de Blue velvet de David Lynch ou Donnie Darko de Richard Kelly, déplacés au Mexique : de longs travellings aériens donnent un aperçu d’une banlieue résidentielle calme, standardisée, middle-class, que rien ne salit, mais couverte d’un vernis qui cache l’indicible et la brutalité. Le plan d’ouverture, une vitre de voiture teintée, en révèle symboliquement le fonctionnement premier : l’opacité. Et c’est presque par ironie que la trajectoire d’un papillon, libre de ses mouvements, accompagne le surplomb de la clôture de cette zone, dans laquelle est enfermé et a été assassiné Daniel. Comme le souligne Rodrigo Plá dans la note d’intention du film, les résidents de la zone sont dans une situation d’auto-emprisonnement autant que de protection du monde extérieur, et le caractère autarcique de leur cadre de vie génère des lois dégagées de la juridiction en vigueur (au policier qui désire entrer dans la zone - « La rue est à tout le monde. », une habitante répond « Pas celleci. »), jusqu’au retour de pratiques barbares, au mieux absurdes. A ce titre, les réunions dans la salle de sport, et le désaccord de l’un des personnages d’appliquer l’autodéfense font écho aux discussions de Douze hommes en colère de Sidney Lumet, tandis que les plans destinés à déterminer les autorisations d’aménagement des jardins achèvent de doter ce quartier d’un fonctionnement ouvert. 5 Pistes pédagogiques • LA ZONA // Festival des 3 Continents 2012 Pour y pénétrer, toutefois, La zona a recours à quelques codes du cinéma de genre, en premier lieu le registre de l’enquête et du suspense, ainsi que la présence de figures classiques, telle celle du policier intègre, incorruptible, qui se fie à ses intentions, et persiste malgré la tiédeur de sa hiérarchie. Sa volonté de se racheter une conduite pour faire oublier des antécédents problématiques ne résiste cependant pas au pessimisme du film, jusqu’au renversement total des perspectives de résolution, dans un refus marqué du happy end. Festival des 3 Continents 2012 // LA ZONA • Pistes pédagogiques 6 Propos du Réalisateur Extrait du dossier de presse – Memento Films Distribution La Zona parle d’une société déchirée, divisée en deux mondes qui se craignent et se haïssent. Que faire lorsque l’inefficacité et la corruption des autorités nous laissent sans protection ? Que faire dans un monde où une minorité est effrontément riche et la majorité, désespérément pauvre ? Que faire face à la terreur d’une personne qui s’isole derrière un mur, et face à la rancœur de celle qui vit de l’autre côté ? La Zona alerte le public sur les dérives d’un mode de vie dont les contours se précisent chaque jour davantage. Film initiatique Par son acte de déplacement du corps de Daniel (le sortir de la zone pour lui permettre d’être enterré près des siens) Alejandro tente de racheter la faute des ses parents, voisins et amis. Dans le film, sa trajectoire est celle d’une progressive prise de distance vis-vis de la pensée de groupe, aveuglante et guidée par des intérêts claniques, jusqu’à s’en émanciper totalement. Il fait l’expérience de l’amitié et de la vérité, lorsque le récit devient pirandellien et qu’il adhère à la version de la mort de la vieille dame de Daniel. En ce sens, la rencontre entre les deux garçons, au sous-sol de sa maison, ouvre un nouveau niveau de discussion, topographique et symbolique. La zona est donc un film initiatique, qui conduit Alejandro à être confronté à la violence, la mort (Rodrigo Plá a d’ailleurs fait le choix d’une frontalité dans les situations de meurtre, hormis pour celui de Daniel, privilégiant la vision de son cadavre) et la nécessité du libre-arbitre individuel. Pour mieux souligner cette progression, la mise en scène fait se rejoindre les deux garçons dans le même plan au cours d’un moment de confidences, alors qu’elle les avait jusque-là séparés par un système de champ-contrechamp. 7 Pistes pédagogiques • LA ZONA // Festival des 3 Continents 2012 Que faire dans un monde où une minorité est effrontément riche et la majorité, désespérément pauvre ? En s’entourant eux-mêmes de murs, les résidents de la Zona interdisent à d’autres d’entrer, sans se rendre compte que ces murs symbolisent leur propre emprisonnement. Au nom de leur protection, ils aliènent leur droit essentiel à l’intimité, une intimité qui se voit sacrifiée au profit d’un système de surveillance vidéo qui les contrôle tous. C’est un prix trop cher à payer en échange d’une sécurité qui ne peut jamais être totalement garantie. Quelles que soient la grandeur de la forteresse et la hauteur des murs, tant que des inégalités choquantes perdureront, il y aura toujours quelqu’un pour franchir le mur. C’était vital pour moi d’utiliser les images des caméras en circuit fermé, afin de renforcer cette atmosphère suintante de paranoïa. C’est justement cette paranoïa qui pousse les résidents de la Zona à adopter ce comportement de masse qui étouffe la moindre action susceptible de contredire la majorité. L’histoire du film se déroule à travers les yeux d’un jeune garçon, Alejandro, qui habite dans la Zona, et qui va découvrir un monde plus vaste que celui, artificiel et rassurant, dans lequel il a toujours évolué. La violente succession d’évènements qui se déroule dans la Zona et la relation qu’il noue avec le jeune cambrioleur l’obligent à remettre en question toutes ses certitudes. Déchiré entre le camp des résidents et celui des intrus, Alejandro va finir par se faire sa propre idée de la justice : « Il devrait exister une forme de justice qui nous protège tous sans nous rendre ennemis, sans laisser la haine et la misère se dresser entre nous ». L’un des thèmes majeurs du film est que la loi devrait avoir pour but d’instaurer une coexistence pacifique au sein d’une société, et que même un criminel a droit à un cadre judiciaire qui décide de son châtiment. La Zona, un lieu de tous les dangers La Zona est un personnage à part entière, c’est même le personnage phare de l’histoire. L’immersion dans ces univers clos gouvernés par la peur est passionnante : ils finissent par inventer leurs propres règles, au mépris de la loi qui s’impose à tous. Dans ce genre de système, les valeurs morales de respect et de coexistence dégénèrent graduellement pour aboutir à un comportement primitif, où « l’autre », le voleur, l’étranger, n’est plus considéré comme une personne mais comme un simple ennemi à abattre. J’ai aussi voulu organiser la structure du récit à la manière d’un film choral, où chaque personnage trouve sa voix dans la partition et contribue à la polyphonie que représente la Zona. J’envisage cette Zona comme un organisme à part entière qui se nourrit de lui-même, et qui, à travers son incapacité à détecter ses contradictions et ses défauts, sème les graines de sa propre autodestruction. Festival des 3 Continents 2012 // LA ZONA • Pistes pédagogiques 8
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