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ENSEMBLE AL KINDI SHEIKH HABBOUSH C’est la voix qui ravive la lettre cette voix qui nous vient d’Alep nous rappelle que le poème a pour Etorigine et raison d’être le chant. La voix sort du tréfonds et se répand dans le monde, se répercute sur les obstacles, les traverse et monte très haut, jusqu’aux cieux. L’idée de l’élévation ne quitte pas cette voix. La voix provient du fond de la caverne, elle s’échappe de la prison du corps. Les lettres qu’elle module émanent de l’espace du dedans, où, dans les ténèbres, palpitent et travaillent les organes. Du son le plus guttural au son le plus labial, le souffle traverse l’intégralité de l’appareil vocal. Et chez les soufis un mot symbolise cette traversée de l’itinéraire le plus ample à l’intérieur du corps, c’est le mot Hawa, qui est composé de deux lettres: Ha est le plus profond, il provient du plus bas de la glotte; et le Waw est le plus extérieur, porté par le bout des lèvres. Huwa, c’est la troisième personne, Lui, qui désigne Dieu. La troisième personne pour dire la gloire de l’ambivalence divine, entre l’absence et la présence, l’apparent et le caché, le visible et l’invisible, l’évidence et le mystère. Ici, la célébration de la lettre, comme signe éminent, dans l’indétermination du sens, dans la densité de son indécidable, se réalise à travers la voix. Et cette voix qui nous vient d’Alep est une grâce. Celui qui en jouit l’exerce d’une manière innée, selon une technique ancestrale, transmise par les hommes qui entretiennent le génie du site. J’ai presque le désir de dire que cette grâce qui s’accorde à l’héritage transmis excède toute forme de conscience. Car le don a pour lui de brouiller les frontières entre le juste et l’injuste. Avec quelle joie l’oreille, le chœur et l’esprit reçoivent cette voix qui émane de ce qui reste d’une tradition populaire ayant pu se mouvoir jusqu’à nous satisfaire par sa capacité naturelle de se nourrir de l’autre tradition savante qui lui est parallèle. J’ai écouté cette voix et le chœur qui l’accompagne à Alep même dans un salon mamelouk au décor aussi profus que celui que recèle une zawiya qui regorge d’ex-voto, offrande de riches et affiliés. Et le qânoun aux cordes pincées par les doigts de Julien Jalal Eddine Weiss enveloppe de ses ondes le flux et le reflux de la voix. Un répertoire s’est développé devant nous où le connaisseur reconnaît les éclats des haltes et des demeures qui scandent les étapes que l’initié parcourt sur la Voie. A votre tour de les découvrir et d’y élire séjour. Abdelwahab Meddeb, professeur de littérature comparée écrivain et poète, fondateur de la revue littéraire Dédale il anime l’émission Cultures d’Islam sur France Culture. Transe Soufie d’Alep Le Soufisme à Alep L e Soufisme (tasawuf) représente la tendance mystique de l’Islam qui cherche à garder vivante la dimension ésotérique de la révélation prophétique. Ali, le 4e Calife et gendre du prophète, est considéré comme le premier maillon de la chaîne de transmission (silsila) des savoirs mystiques et des pratiques qui forment le soufisme. Le soufisme propose une voie qui s’éloigne des apparences exotériques (zahiri) du monde matériel vers la réalité ésotérique (batini) de l’unité de Dieu (tawhid) de qui toutes les choses émanent. A l’origine, le soufisme consistait en un ensemble de pratiques ascétiques et mystiques individuelles, puis il devint rapidement l’objet d’un enseignement systématique dans le cadre de la relation maître/disciple (murshid/murid) et finit par s’institutionnaliser en tant qu’ordre soufi (tariqa pl. turuq) au cours des 12e et 13e siècles. La systématisation et l’institutionnalisation du soufisme ont permis son intégration dans l’univers des sciences religieuses qui composait le noyau de la tradition islamique, avec la jurisprudence (fiqh) et la théologie (kalam). Alep est un lieu important du soufisme depuis le 13 e siècle, lorsque les souverains de la dynastie Ayubid commencèrent la construction de couvents soufis (khanaqa) et de logements (zawiya, pl zawaiya) en vue de faciliter leur politique d’encouragement de l’islam sunnite face à la double menace du chiisme d’Ismaël et des croisés. Alep était un carrefour culturel en raison de sa situation géographique et de son rôle de centre commercial vers lequel convergeaient les caravanes venant d’Anatolie, d’Iran, de Mésopotamie et de Syrie du sud. Cet environnement cosmopolite se retrouve dans les caractéristiques doctrinaires et rituelles du soufisme tel qu’il fut pratiqué à Alep, et qui fit fusionner les tendances mystiques et les cultures arabes, turques et perses. Sous l’empire ottoman, certains ordres soufi furent organisés, centralisés et hiérarchisés, soumettant les loges locales au commandement d’un sheikh al mashaykh. 1 Transe Soufie d’Alep A ujourd’hui, malgré les défis sociologiques et culturels créés par l’industrialisation et l’urbanisation de la société syrienne ainsi que l’expansion des idéaux d’un nationalisme traditionaliste et d’un réformisme islamique, le soufisme en Syrie conserve toute sa vitalité et montre des signes évidents de renouveau interne et d’expansion. Il est certain que des zawiyas et des pratiques soufies déclinèrent ou disparurent purement et simplement sous l’influence grandissante des idéaux séculaires et de l’Islam Salafi, hostiles au soufisme. La nationalisation des awqaf (encadrements religieux) par l’état détruit les bases économiques de nombreuses activités soufi. Néanmoins, de nombreuses zawiyas traditionnelles demeurent actives à Alep et de nouvelles zawiyas virent le jour au cours des dernières décennies, étendant les activités soufies au contexte moderne par delà la vieille cité. La permanence et l’expansion du soufisme à Alep montrent qu’il n’y a pas de contradiction fondamentale entre les croyances et les pratiques soufies et la modernité. Bien plus, l’idée que le soufisme serait une tendance religieuse marginale ou simplement un Islam populaire ne tient pas en Syrie où ses rituels forment une large part de l’expression publique de l’Islam et dont la doctrine attire de nombreux adeptes dans toutes les couches de la société syrienne. Le meilleur exemple de la place centrale qu’occupe le soufisme dans l’Islam syrien est fourni par le Sheikh Ahmad Kuftaru, qui est à la fois le leader officiel de l’Islam sunni comme grand mufti de Syrie, et le guide suprême de l’ordre soufi connu sous le nom de Sheikh de la tariqa Naqshbandiyya Kuftariyya. La Naqshbandiyya L a tariqa Naqshbandiyya fut fondée à Bukhara, aujourd’hui en Ouzbekistan, grâce aux enseignements du mystique Baha ad-Din an-Naqshbandi au 14e siècle, et atteignit la Syrie au 17e siècle. Son adhésion stricte aux principes du sunnisme est confirmée par le fait qu’elle est la seule tariqa soufie qui se vante d’avoir reçu ses directives d’Abu Bakr plutôt que d’Ali. Elle se caractérise par la pratique d’une dhikr (al-dhikr al-samit) silencieuse et par l’importance accordée au savoir comme le fondement de la quête mystique. Au 19e siècle, la Naqshbandira a entraîné un mouvement réformiste conduit par le Sheikh Khalid, qui encourageait une forme de mysticisme soumise aux principes de la loi islamique (shari’a). La Nashbandiyya atteignit les kurdes au cours du 19e siècle, faisant du Qadiriyya le plus important ordre soufi du Kurdistan, et conserve encore une grande importance dans la population kurde d’Alep. Au cours des dernières décennies, la branche Kuftariyya de la Naqshbandiyya, dirigée par Ahmed Kuftaru, le Mufti de Syrie, devint un ordre soufi international. A Alep, le Kuftariyya, qui met l’accent sur la piété personnelle basée sur la connaissance et la réflexion sur les textes doctrinaires attire de nombreux membres des classes moyennes. 2 Transe Soufie d’Alep 3 Transe Soufie d’Alep La Mawlawiyya L a tariqa Mawlawiyya, plus connue en occident comme les derviches tourneurs, a son saint fondateur représenté par le poète et mystique Jalal al-Din Rumi, qui vécut au Kenya au 13e siècle. Cet ordre soufi a eu une grande influence dans la propagation de l’Islam en Anatolie et la tombe de Rumi au Kenya devint un lieu important de pèlerinage. Plus tard, elle entretint des relations étroites avec l’état ottoman, attirant un public et le patronage des membres de l’administration à Istanbul et dans les provinces. A partir du 16e siècle, des zawiyas se forment dans les principales villes de l’empire ottoman comme Alep, Le Caire, Damas et Tripoli. Le déclin de l’empire ottoman fut un désastre pour les malawis qui perdirent leurs appuis politiques et économiques. Plus encore, la Mawlawiyya fut mise hors la loi par la république turque et ne fut que récemment autorisée à reprendre ses activités en Turquie sous le couvert de l’héritage culturel turque. A Alep où le grand maître de l’ordre a vécu un temps dans les années 50, avant d’émigrer aux USA, la zawiya Malawi reste encore en activité. Les derviches mawlawi continuent d’exécuter régulièrement des samas comme rites initiatiques mais également comme spectacles culturels pour les touristes et les curieux, ce qui permet de conserver vivace la fascination des publics occidentaux envers ce rite artistique et raffiné. La principale originalité des malawiyyas est le sama, rituel durant lequel un concert de flûte, de tambours et de chansons du poète mystique Rumi est associé aux mouvements tournoyants des derviches autour du Sheikh. Cette danse tournante représente le mouvement des planètes autour du soleil qui symbolise Dieu. Pendant qu’il tourne dans sa longue robe blanche, le derviche a les bras ouverts, une main tournée vers le ciel pour recevoir la bénédiction divine et l’autre tournée vers la terre afin de renvoyer cette bénédiction à tous les participants. A la fin du sama, le derviche recouvre sa robe blanche d’une grande cape noire qui symbolise le confinement de l’âme dans le carcan matériel du corps. 4 Transe Soufie d’Alep La Qadiriya U ne des plus importantes tariqas d’Alep est la Qadiriya apparue après le saint soufi Abd al-Qadir Jeilani et développée à partir du 16e siècle. La tradition du Qadiriya considère que le savoir, aussi bien sacré que profane, doit constituer le fondement de la tariqa et insiste sur l’obéissance à la loi de la shari’a comme condition de l’inspiration mystique. Depuis le 18e siècle le titre de Sheikh al mashaykh du Qadiriya revient à l’aîné de la famille Hilali, dynastie de Sheikhs soufis qui se succédèrent à la tête de la tariqa. A la fin du 18e siècle, le Sheikh Ibrahim al-Hilali introduisit dans la zawiya al Hilaliyya la tariqa Khalwatiyya, à laquelle il avait été initié au Caire pendant ses études religieuses à Al-Azhar. La tradition khalwati ajoute la pratique ascétique du khalwa (retraite) au processus d’initiation mystique de la zawiya al-Hilaliyya. Durant 40 jours chaque année, les disciples s’isolent dans de petites cellules, pour jeûner, méditer en répétant leur wird pendant que le Sheikh fait de fréquentes lectures sur des sujets aussi bien scientifiques que religieux. Ces pratiques se diluèrent au début du 20e siècle à cause de la difficulté d’adaptation aux conditions sociales et intellectuelles crées par l’économie capitaliste, la complexité et la spécialisation du savoir scientifique moderne. Néanmoins, en dépit de ces changements, la zawiya al-Hilaliyya demeure en activité, et est aujourd’hui la plus importante zawiya qadiri et khalwati d’Alep, sous la direction de Sheikh Jamal al-Din Hilali. Celui-ci maintint la tradition de l’unité des savoirs scientifiques et religieux en complétant ses études religieuses par des études de médecine en Allemagne et en Italie. Il est connu autant comme Sheikh soufi que comme savant religieux (‘alim, pl ‘ulama’). L’initiation à l’intérieur de la tariqa étant aujourd’hui réduite à la simple éducation de l’aîné des Hilali, la dikhr est régulièrement exécutée tous les vendredis, attirant un nombre important de participants, et la zawiya est le centre d’une communauté soufie dynamique. 5 Transe Soufie d’Alep La Rifa’iyya L a tariqa Rifa’iyya, appelée ainsi depuis le saint soufi Ahmad al-Rifa’i qui vécut au 12e siècle, a elle aussi joué un rôle important dans l’histoire du soufisme à Alep. Depuis le 18e siècle, son histoire est liée à celles de trois familles : les Rifa’i qui descendent du saint fondateur de la tariqa, les Kaiyali et les Khairallah. Ces derniers conservent le titre de Sheikh al-mashaykh depuis les années 80. Le déclin progressif des familles Rifa’i comme leaders religieux et la disparition de leurs zawiyas tout au long du 20e siècle n’entraînèrent pas le déclin des rifa’iyya, puisque d’autres zawiyas gagnèrent en importance grâce à l’expansion des rifa’iyya dans les couches populaires d’Alep. La disparition du poste de Sheikh al-mashaykh à Alep permit le développement de zawiyas Rifa’i autonomes. Malgré l’absence d’une tradition écrite aussi riche que celle des Qadiriya, elle accorde une place très importante aux caractères miraculeux de la Sheikh baraka, en mettant l’accent sur l’exécution du karamat (acte miraculeux) comme la voie de la rencontre avec Dieu. 6 La Rifa’iyya est connue comme étant la tariqa présentant le système d’épreuves d’initiation le plus développé, incluant un large éventail d’épreuves extraordinaires comme manger du verre, manger des charbons brûlants, lécher des fers rouges, marcher sur du feu, attraper des serpents venimeux, se planter des couteaux ou des épingles en acier ou se transpercer le corps de brochettes en acier (darab al-shish) ou de lames (darab al-seyf). Le darab al-shish fut initié dans l’ordre Rifa’iyya, dont le fondateur Ahmed ai-Rifa’i est reconnu unanimement comme l’inventeur de cette pratique. Les origines du darab al-shish ne sont pas claires mais il fut régulièrement pratiqué en Iraq après les invasions mongoles du 13e siècle, ce qui conduisit certains érudits à démontrer les possibles influences des pratiques shamaniques des envahisseurs sur lui. A partir de cette période, le darab al-shish se perpétua comme une tradition orale et rituelle des zawiyas Rifa’iyya en Iraq, d’où il se répandit dans d’autres régions du monde islamique et fut également adopté par les zawiyas des autres ordres soufis. Transe Soufie d’Alep La Tariqa L e mot arabe tariqa (pl. turuq) recouvre deux niveaux de réalité distincts mais complémentaires : a) le chemin mystique que l’âme doit parcourir dans sa quête de la réalité divine, l’haqiqa, b) le large éventail d’ordres soufis qui institutionnalisèrent cette quête mystique et l’organisèrent en établissant des rituels collectifs sous la houlette d’un Sheikh. La doctrine soufie établit que la rencontre mystique avec Dieu doit être poursuivie à travers de nombreuses étapes (maqam, pl. maqamat) qui forment la voie soufie. Ces étapes correspondent à des états de l’âme (hal, pl. ahwal) qui conduisent à la transformation continuelle des différentes formes d’existence du moi (nafs). Si l’on en croit la doctrine soufie, le moi est responsable de nos envies terrestres, ce qui nous distrait et nous éloigne de Dieu. Il est donc nécessaire d’en limiter l’influence, voire de le combattre afin de permettre une transition progressive (suluk) de l’âme à travers différentes étapes mystiques qui, éventuellement, conduiront à la dissolution de l’individu dans Dieu (fana’fi-llah). De cette façon, cette quête se termine avec la révélation de l’ultime vérité que toutes choses émanent de l’unité divine. La doctrine connue sous l’expression “unité du moi” (wahdat al-wujud) fut systématisée au 13e siècle par le mystique Ibn ‘Arabi et ses disciples et devint un élément central du soufisme en dépit de la résistance farouche que lui opposèrent les écoles religieuses soufies ou non. La théorie du savoir comme inhérent à la quête mystique sous entend une expérience de Dieu, directe et non médiatisée, plus qu’une appréhension intellectuelle de ses manifestations, car la vérité réside dans l’essence de Dieu et non dans ses apparences. Actuellement, les multiples manifestations de la vérité divine ne sont là que pour être dépassées et finalement rejetées au moment final où se lève le voile (kashf) qui cache la réalité divine, l’haqiqa. L’expérience mystique que constitue la voie soufie est ainsi en relation directe avec l’expérience prophétique de la présence de Dieu. Les premiers ordres soufis se structurèrent autour de la mémoire des saints fondateurs du soufisme institutionnel : ‘Abd al-Qadir Jeilani et Ahmed al-Rifa’i. Tous deux vécurent en Iraq au 12e siècle et engendrèrent deux ordres éponymes : les qadiriyya et les rifa’iyya. Ces deux saints incarnèrent les principaux modèles de l’autorité religieuse et accédèrent au savoir mystique à travers le soufisme. Jeilani fut un prêcheur important de l’école Hanbali à Bagdad, et dont la réputation de saint charismatique se transforma en légende après sa mort, et Ahmed ai-Rifa’i fut un mystique faiseur de miracles dans les terres marécageuses du sud iraquien. Plus tard au 13e siècle, deux autres personnages saints, Ahmed al-Badawi et Ibrahim al-Dusuqi, tous deux enterrés en Egypte, complétèrent les quatre pôles (al-aqtab al-arba’) de la tradition soufie. En dépit du fait que d’innombrables autres saints furent à l’origine d’ordres soufis, les chaînes de l’initiation mystique (silsila) tendent à converger vers ces quatre personnages qui sont considérés comme les plus importants dans la hiérarchie des saints. 7 Transe Soufie d’Alep Historiquement, les ordres soufis étaient des communautés mystiques organisées autour de la vénération du saint éponyme, la transmission de ses enseignements et l’exécution des rites qui incarnent son parcours mystique. Les chaînes initiatiques (silsila) garantissaient la permanence de la tradition dans chaque zawiya soufie locale. Certains ordres, comme les Qadiriyya ou les Naqshbandiyya se répandirent sur un espace géographique de plus en plus vaste en convertissant à l’Islam des populations situées au-delà des empires musulmans, aussi loin que l’Afrique centrale et Java. Les tariqas les plus importants, comme les Qadiriyya, les Rifa’iyya, les Shadhiliyya ou les Naqshbandiyya se retrouvent aujourd’hui dans tout le monde musulman, du Maroc à l’Indonésie. Quoi qu’il en soit, elles ne peuvent être considérées comme des sectes, en raison des caractéristiques institutionnelles, doctrinales et rituelles des communautés soufies, lesquelles restent intégrées à l’Islam sunnite ou chiite. Les tariqa doivent être considérées comme un ensemble de traditions doctrinaires et rituelles dispensées par des Sheikhs soufis dans le but de légitimer leur autorité religieuse grâce à la tradition soufie. Plus encore, comme l’organisation des communautés soufies repose sur les zawiyas locales, ceci permet d’importantes variations doctrinaires, rituelles et organisationnelles locales à partir d’une même tariqa. 8 Transe Soufie d’Alep Le Sheikh L ’autorité religieuse du Sheikh soufi est fondée sur la baraka (grâce divine) qu’il a acquise grâce à sa propre expérience de la réalité divine (haqiqa). L’expérience qu’il a de l’haqiqa fait qu’il peut incarner la tariqa ; il devient ainsi le canal à travers lequel le disciple doit passer pour accéder à Dieu. Ceci est résumé dans un proverbe soufi qui dit “la tariqa est le Sheikh”. Ainsi, en vue d’accéder à la voie soufie, le disciple doit faire vœu d’allégeance (bay’a) au maître qui le guidera tout au long du processus initiatique. Les formes les plus répandues de légitimation de l’autorité religieuse des Sheikhs soufis sont les chaînes d’initiation (silsila) qui les relient spirituellement aux saints fondateurs du soufisme aussi bien qu’à Ali et Mohamed. Les liens entre les différents sheikhs d’une silsila peuvent être basés sur une relation maître/disciple antérieure, prouvée par un certificat (ijaza), ou par un contact spirituel à travers des rêves ou des visions. Parfois ces liens spirituels sont renforcés par les liens généalogiques aux saints soufis ou au prophète Mohamed. Le savoir (‘ilm) est un autre élément important de l’autorité religieuse des sheikhs soufis. L’idée que la maîtrise des sciences religieuses est une condition nécessaire à toute autorité religieuse est largement répandue dans l’Islam. En outre, la capacité à réaliser ou faire réaliser des miracles (karamat) est une preuve supplémentaire de la baraka des Sheikhs. La faculté d’exécuter des actes qui vont au-delà des possibilités humaines ordinaires marque définitivement la différence entre le simple ‘alim (enseignant religieux) et le Sheikh soufi. Les soufis considèrent le karamat comme la conséquence directe de la baraka qui émane du corps du Sheikh et imprègne les autres personnes et objets. Ainsi la force de la baraka d’un Sheikh peut-elle se lire dans les effets de sa présence sur l’environnement immédiat. La combinaison des éléments intellectuels et miraculeux dans l’autorité religieuse des Sheikhs soufis leur permet de jouer de nombreux rôles sociaux de direction et d’assistance. Par exemple, les Sheikhs soufis sont connus pour être capables de fabriquer des amulettes au pouvoir protecteur contre l’œil du diable ou qui portent chance à celui qui les porte. D’un autre côté, dans les faubourgs d’Alep, il est fréquent que les Sheikhs soufis aient un pouvoir local de rendre la justice, de faire la charité et de régler les conflits entre personnes. 9 Transe Soufie d’Alep Saints et Mawlids A lep contient de nombreuses tombes et mausolées dédiés aux saints musulmans. Le culte des saints (wali, pl. awali) et l’idée de sainteté (wilaiya/walayia) furent introduit dans l’Islam par les mystiques soufis. Le concept central de la notion islamique de sainteté est la baraka, qui est le pouvoir spirituel que Dieu confère à certains individus de façon ininterrompue depuis Mahomet. Une fois touché par la grâce de la baraka, l’individu peut faire profiter la communauté de ses lumières, lui apporter protection et bienfaits. Les saints musulmans sont les héritiers des prophètes avec pour mission de protéger et guider la communauté. Leur sainteté se révèle lorsqu’ils réalisent des actes extraordinaires tels que la prédiction de l’avenir qui sont l’émanation de leur karamat. Bien qu’il soit en principe possible d’accéder à la sainteté au cours d’une vie, et que la réalisation du karamat et l’acquisition de la baraka sont tous deux effectives pour la plupart des Sheikhs soufis à Alep, le terme wali (saint, lit. L’ami de Dieu) est utilisé pour désigner les saints hommes morts. Comme l’Islam sunni ne possède pas de corps de prêtres pour contrôler la sainteté, un tel statut dépend exclusivement de la reconnaissance sociale conférée par un homme ou une collectivité après la mort de l’élu. Une fois acquise, la sainteté peut être transmise généalogiquement (nasab) ou par initiation spirituelle (silsila) à une lignée de descendants. 10 Bien que le culte des saints soit intimement lié au soufisme, il ne se limite pas aux adeptes et est une pratique sociale largement répandue. A Alep on trouve des tombes de saints dans toute sorte d’immeubles, des mosquées aux bains publics, et chacun peut les vénérer en même temps qu’il vaque à ses propres activités, les tombes étant accessibles de la rue et protégées par de simples grilles. On peut se rendre compte de la vitalité du culte des saints à Alep avec l’apparition de nouveaux saints et de tombes comme des objets de pieuse dévotion, et l’enrichissement permanent des légendes et des hagiographies d’épisodes reliés à des évènements contemporains. Un bon exemple de la présence des saints comme défenseurs de l’Islam et comme garants des croyances contre les peurs Transe Soufie d’Alep contemporaines fut le cas du saint Sheikh Yusuf Qarliq dont on croit qu’il a quitté sa tombe en 1991 pour aller en Iraq combattre les “croisés” lors de la 1e Guerre du Golfe. Des centaines de personnes à Alep envahirent le cimetière afin de voir sa tombe ouverte, preuve de cette intervention miraculeuse. Aux abords des villages de la région d’Alep, la campagne est parsemée de tombes de saints et de Sheikhs soufis locaux. Ces tombes sont situées près de cimetières ruraux, de cascades, au sommet de petits tertres, parfois de ruines pré-islamiques. Pendant la fête des saints, la mawlid, les membres de certaines zawiyas des villages environnants et d’Alep se rassemblent autour des tombes des saints. Ces célébrations commencent par la visite (ziraya) à la tombe, où l’on sépare les hommes et les femmes. Puis un Sheikh local fait un prêche qui en général évoque la généalogie spirituelle du saint. Autour de la tombe s’organisent de nombreuses activités économiques, de la vente d’exemplaires du Coran et de chapelets jusqu’au commerce d’ustensiles de cuisine. Les membres des zawiyas visiteuses se rendent en procession à la tombe, en portant les drapeaux de leurs ordres soufis et entonnant leurs dhikr accompagnés de tambours et de cymbales. A côté de cela, certains exécutent le darab al-shish, qui consiste à se perforer l’abdomen avec des broches en métal. Ceci afin de prouver leur proximité avec Dieu et leur dévotion au saint. Ils considèrent ces évènements miraculeux (karamat) comme les effets de la baraka accessible grâce à la médiation du saint. En général, ces performances attirent un petit nombre de curieux qui témoigneront des merveilles accomplies par ceux qui possèdent une vraie foi. 11 Transe Soufie d’Alep Le Dhikr D hikr signifie “évocation” et recouvre la répétition des noms de Dieu à travers des rituels qui peuvent être accomplis individuellement ou collectivement, ce rituel prend le nom de hadra. Le terme hadra signifie “présence” en arabe et il sert à désigner le principal rituel collectif soufi. On peut aussi l’entendre comme une référence simultanée à la présence des participants, du Sheikh, des saints soufi, du prophète et de Dieu. Ces différents niveaux de référence condensent en un rituel unique la doctrine soufie de “l’unité du moi” (wahdat al-wujud). Un hadra normal combine la récitation de wird collectifs (formules mystiques), à l’exécution du dhikr. L’hadra est l’occasion pour l’ensemble des adeptes d’un Sheikh de se réaliser en tant que communauté religieuse. Plus encore, c’est l’occasion de montrer publiquement la particularité étrange de la baraka du Sheikh. Pendant le hadra, les portes des zawiras restent ouvertes et n’importe qui, qu’il soit membre de la communauté ou non, peut entrer et prendre part à la cérémonie. Ainsi, tous les niveaux de participation à une communauté soufie, du simple curieux au disciple le plus initié, sont réunis dans l’exécution du hadra. Habituellement, l’hadra commence par la récitation collective du wird de la tariqa. Le wird est un exercice mystique basé sur la récitation de prières destinées à exalter le désir de Dieu dans chaque âme, la préparant à entamer son parcours mystique. Après la récitation du wird commence le dhikr. Pendant le dhikr, la récitation des noms de Dieu s’accompagne de mouvements corporels. Tandis que les chanteurs (munshid, pl. munshidun) chantent les noms de Dieu, du prophète ou de sa famille, les autres participants, sous la conduite du Sheikh, répondent en clamant “Allah”, ou “Allah-Hu”, ou d’autres évocations de Dieu. Chaque déclamation est accompagnée de mouvements du corps, d’arrière en avant ou côte à côte, intégrant totalement le moi des participants au rituel. Le contenu des chansons plonge les participants dans des états émotionnels de tristesse, de joie ou de paix, jusqu’au moment suprême de la cérémonie où ils s’abandonnent au sentiment de l’amour de Dieu. Le dhikr peut être combiné avec le sama’ (concert spirituel), où le rythme de la musique et/ou les paroles des chansons élèvent l’assistance à l’état de dhikr. Il n’est pas rare que le dhikr mélange des chansons et des textes de différentes tariqas, ce qui renvoie à l’idée soufie que les voies différentes sont des éléments d’une unique tariqa Muhammadiyya (la voie de Muhamad). Le dhikr est également l’occasion pour ceux qui furent initiés à la voie soufie de montrer publiquement que leur moi intérieur s’est trouvé transformé au cours de leur progression initiatique par l’accession aux plus hauts états mystiques ou la réalisation d’actes miraculeux (karamat). 12 Transe Soufie d’Alep L’initiation mystique L a progression dans la voie mystique du soufisme se déroule sur une longue période d’éducation spirituelle et d’initiation (tarbiyya) sous la conduite d’un Sheikh. Pour entrer dans la voie soufie, il est nécessaire d’établir une relation maître/disciple (murshid/murid) par l’allégeance aveugle (bay’a) à un guide spirituel. Le rôle de guide du Sheikh est un élément fondamental du soufisme car il prévient les tentations des fausses voies, ce qui se résume par un proverbe soufi : “ceux qui n’ont pas de Sheikh ont le diable comme guide”. Dans certaines zawiyas, l’initiation débute par l’étude de la tradition zahiri (exotérique), c’est-à-dire la shari’a et les fondements de l’Islam. Après que le disciple ait fait la preuve qu’il possède une solide connaissance du savoir religieux, le Sheikh entame son apprentissage du batini (savoir ésotérique). Ici aussi la progression s’effectue graduellement, débutant par la lecture des textes qui présentent une version de la voie soufie en relation étroite avec les règles religieuses prescrites par la shari’a pour aller progressivement vers des textes au contenu ésotérique plus profond. Le corpus de textes de la tradition soufie est extrêmement vaste et diversifié, ce qui fait que la sélection des textes servant à l’initiation de la voie ésotérique peut varier selon les préférences de chaque Sheikh et la disponibilité des écrits. Une des premières tâches que le disciple doit accomplir dans son initiation est de purifier son cœur par la répétition de formules de dévotion (wird) que lui enseigne le Sheikh. Le wird se compose habituellement de formules simples, telles que Allah Hu (il est Dieu) ou Hay Hu (il est la vie), qui doivent être répétées des centaines de fois chaque jour. La répétition des wird est une manière d’exécuter le dhikr et son premier objectif est de créer un état permanent de dhikr chez le disciple. En second lieu, cet exercice spirituel constant vise à effectuer la transition des formes les plus simples du dhikr, le dhikr al-lissan (le dhikr de la langue, la simple vocalisation du wird), vers le dhikr al-‘aql (le dhikr de l’esprit – la compréhension du wird), puis enfin vers le dhikr al-qalb (le dhikr du cœur – l’expérience émotionnelle du wird). Le disciple doit donc se concentrer non seulement dans l’exécution de ses devoirs, mais aussi dans la recherche des sensations qui l’informent du succès de ses efforts à atteindre la plénitude de l’expérience mystique. Les règles de comportement constituent également une part importante du processus soufi d’initiation. Le disciple doit exprimer les qualités requises pour devenir un soufi dans chacun de ses actions, gestes et attitudes. Plus encore, les qualités morales requises par la tradition soufie comme tauba (repentance), subr (patience), sidq (rigueur) et ikhlas (dévotion) doivent devenir une part importante de sa personnalité. L’initiation ne prend fin que lorsque le maître décide que le disciple et prêt à devenir lui-même un Sheikh. Le disciple reçoit alors un ijaza, certificat d’études signé par le Sheikh qui dépeint toutes ses qualités intellectuelles et religieuses, ainsi que les livres et les publications qu’il a étudiés pendant son initiation. Ce document autorise le disciple à devenir un Sheikh et à avoir sa propre communauté de disciples et d’adeptes en légitimant son autorité religieuse par celle de son maître. 13 Transe Soufie d’Alep Les ordres mystique : Le rite du Darab Al-Sish D ans le processus d’initiation de nombreuses zawiyas la fin de chaque étape de la voie soufi est marquée par une épreuve dans laquelle le néophyte doit faire montre publiquement des qualités et capacités requises par la tradition mystique pour accéder à l’étape suivante. Les épreuves que les disciples doivent endurer pour pouvoir progresser dans leur initiation mystique sont destinées à montrer des preuves concrètes de leurs qualités morales. Ceci s’exprime dans le langage qui parle des épreuves comme “preuves de foi” (dalil al-iman), signifiant qu’elles constituent des preuves évidentes des qualités religieuses de la personnalité du disciple. Le darab al-shish présente différents degrés de difficulté en fonction de la région du corps transpercée et du diamètre de l’instrument qui la traverse. Il comprend les actes suivants par ordre de difficulté croissante : la perforation des joues, de la langue, du cou, des épaules et de l’abdomen. Le darab al-shish de l’abdomen a aussi plusieurs degrés de difficulté qui augmente avec le risque d’endommager des organes vitaux, cela va des parties faciles des côtés du ventre aux parties difficiles du tour du nombril. De la même façon, pour chaque partie du corps, la difficulté augmente en allant de petites aiguilles jusqu’à atteindre des broches d’un diamètre de 1,5 cm et le sommet de la difficulté étant les lames. Afin d’exécuter le darab al-shish le disciple a besoin de l’autorisation du Sheikh qui va décider s’il est spirituellement apte ou non à l’effectuer. Après avoir baisé la main du Sheikh, le disciple gagne le centre de la zawiya et récite la fatiha, invoquant Muhammad, Ali, ‘Abd al Qadir Jeilani et Ahmed al-Rifa’i, et relève sa chemise. La musique atteint des sommets d’intensité avec des chansons sur l’amour et le pouvoir de Dieu et du prophète. Un autre disciple se saisit des broches (shish) et, d’un mouvement sec et précis, transperce l’abdomen de celui qui subit l’épreuve. Alors ce dernier marche autour de la zawiya de façon à ce que chacun puisse voir et toucher la preuve physique du miracle qui s’accomplit. Après quelques minutes, la broche est retirée et le disciple retourne à sa place pour que le dhikr puisse continuer. Bien que l’exécution du darab al-shish soit en elle-même un évènement extraordinaire, sa nature miraculeuse doit être déterminée par une combinaison de signes comme l’absence de saignement. Ainsi, l’acte et la blessure qui en résulte sont soigneusement scrutés par le Sheikh et les autres membres de la zawiya, les manifestations de saignement étant interprétées comme résultant de l’intervention des jinns, caractérisant la magie plutôt que le miracle. L’exécution du darab al-shish procure au disciple une intense expérience existentielle de la réalité de la voie soufie. L’expérience d’avoir choisi son propre corps comme l’instrument et le moyen d’un acte divin est un puissant mécanisme d’incarnation de la doctrine et des principes rituels du soufisme. Enfin, le darab al-shish constitue également la preuve publique des progrès du disciple dans la voie soufie, de l’étrangeté de la baraka du Sheikh et de la réalité religieuse du soufisme. 14 Transe Soufie d’Alep La Zawiya du Sheikh Habboush L e Sheikh Habboush a hérité du savoir mystique de son père, luimême Sheikh soufi. Il fut initié à plusieurs traditions mystiques, mais les tariqas Qadiriyya et Rifa’iyya sont les principales sources de son enseignement mystique et de la structure rituelle de son dhikr. L’influence Rifa’i est perceptible à travers la présence dans sa zawiya de broches d’acier utilisées pour l’exécution du darab al’shish. Bien qu’habilité par son initiation Rifa’iyy à diriger le darab al-shish, il préfère le plus souvent d’autres modes d’évaluation des progrès de ses disciples dans la voie mystique. Chaque mercredi soir les disciples et les adeptes se rassemblent dans la zawiya située près de Bab al-Hadid, dans la vieille ville d’Alep, afin de prendre part au dhikr. Celui-ci débute par un sama’ pendant lequel le Sheikh Habboush chante des poèmes mystiques à propos de l’amour de Dieu et du prophète. Ces chants doivent imprégner l’auditoire des émotions favorables aux états mystiques qui rapprochera de Dieu. Le Sheikh Habboush est versé dans l’art du inshad (chant mystique) et sa faculté à captiver son auditoire grâce à la beauté de son chant, le pouvoir de sa voix et l’originalité de sa performance sont célèbres dans tous les cercles soufi d’Alep. Après le sama’, tous les participants se lèvent et entament la partie finale du dhikr, exécutant des mouvements d’avant en arrière et psalmodiant Allah au son des tambours et des cymbales. Le dhikr prend ainsi fin et le Sheikh Habboush fait un sermon. Des sucreries et du thé sont servis aux participants en témoignage de l’hospitalité du Sheikh. Après une petite conversation et un dernier message du Sheikh, les participants quittent la zawiya pour regagner leurs foyers convaincus d’avoir renoué leurs liens avec le divin. Paulo G. Pinto Docteur en anthropologie à l’université de Boston Professeur honoraire en anthropologie et sciences politiques à l’université fédérale de Fluminense - Brésil 15 Transe Soufie d’Alep Aleppian Sufi Transe Sufism in Aleppo S ufism (tasawuf) is the mystical trend in Islam that aims to keep alive the esoteric dimension of the prophetic revelation. Ali, the fourth caliph and son-in-law of the prophet, is believed to be the first link in the chain of transmission (silsila) of the mystical knowledge and practices that compose Sufism. Sufism proposes a move from the exoteric (zahiri) appearances of the material world to the esoteric (batini) reality of the unity of God (tawhid) from where all things emanate. While Sufism started as a set of individual ascetic and mystical practices, it soon became the object of a systematic teaching within the framework of a master/disciple (murshid/murid) relation and was finally institutionalized as Sufi orders (tariqa, pl. turuq) during the twelfth and thirteenth centuries. The systematization and institutionalization of Sufism helped its incorporation to the realm of the religious sciences that composed the core of the Islamic tradition, such as jurisprudence (fiqh) and theology (kalam). Aleppo has been an important center for Sufism since the thirteenth century, when the rulers of the Ayubid dynasty started building Sufi convents (khanaqa) and lodges (zawiya, pl. zawaiya) as part of their policy of fostering Sunni Islam against the threat of Ismaili Shi‘ism and the Crusaders. Aleppo was a cultural crossroad due its geographical location and its function as a trading center to where converged caravans coming from Anatolia, Iran, Mesopotamia and southern Syria. This cosmopolitan environment was reflected in the doctrinal and ritual traits of the Sufism practiced in Aleppo, which fused mystical trends developed in the Arab, Turkish and Persian religious and cultural contexts. Under the Ottoman Empire some Sufi tariqas where organized into centralized and hierarchical structures, putting the local zawiyas under the leadership of a sheikh al-mashaykh. 17 Aleppian Sufi Transe N owadays despite the sociological and cultural challenges created by the industrialization and urbanization of the Syrian society as well as the rise of the ideas of secular nationalism and Islamic reform, Sufism in Syria retains its vitality and show clear signs of internal renewal and expansion. It is a fact that some zawiyas and Sufi practices declined or simply disappeared due the influence of secular ideas and Salafi Islam, which were hostile to Sufism. The nationalization of the awqaf (religious endowments) by the state also cut the economic basis of many Sufi activities. Nevertheless, many traditional zawiyas remain active in Aleppo and new Sufi zawiyas were created in the last decades, expanding the Sufi activities to the modern neighborhoods beyond the Old City. The permanence and expansion of Sufism in Aleppo shows that there is no inherent contradiction between Sufi practices or beliefs and modernity. Furthermore, the idea that Sufism is a marginal religious trend or simply “folk” Islam does not hold in Syria, where its rituals are part of the public expression of Islam and its doctrines attract followers from all strata of the Syrian society. Maybe the best example of the central place occupied by Sufism in Syrian Islam is sheikh Ahmad Kuftaru, who is both the official leader of Sunni Islam as the Grand Mufti of Syria and the supreme guide of a Sufi order as the sheikh of the tariqa Naqshbandiyya Kuftariyya. 18 Aleppian Sufi Transe The Naqshbandiyya T he tariqa Naqshbandiyya was founded in Bukhara, today’s Uzbekistan, by the teachings of the fourteenth century mystic Baha ad-Din an-Naqshbandi and arrived in Syria in the seventeenth century. Its strict adherence to the principles of Sunnism is reflected in the fact that it is the only Sufi tariqa that claim to have received its dhikr from Abu Bakr instead of Ali. The Naqshbandiyya is characterized by the practice of a silent dhikr (al-dhikr al-samit) and by its emphasis on knowledge as the basis for the mystical quest. In the nineteenth century the Naqshbandiyya experienced a reform movement leaded by sheikh Khalid, who promoted mysticism submitted to the principles of the Islamic law (shari’a). The Naqshbandiyya expanded among the Kurds during the nineteenth century displacing the Qadiriyya as the most important Sufi order in Kurdistan, and still has an important presence among the Kurdish population in Aleppo. In the last decades the Kuftariyya branch of the Naqshbandiyya, which is led by Ahmed Kuftaru the Mufti of Syria, expanded into an international Sufi order. In Aleppo the Kuftariyya, with its emphasis on a personal piety based on reflexivity and on the knowledge of the doctrinal texts attracts followers among the educated middle class. 19 Aleppian Sufi Transe The Mawlawiyya T he tariqa Mawlawiyya, better known in the West as the “whirling derwishes”, has its founding saint in the figure of the poet and mystic Jalal al-Din Rumi who lived in Konya during the thirteenth century. This Sufi order had a great importance in spreading Islam in Anatolia, and the tomb of Rumi in Konya became an important center of pilgrimage. Later on the Mawlawiyya established close links with the Ottoman state, attracting followers and patronage from members of the Ottoman administration in Istanbul and in the provinces. Since the sixteenth century Mawlawi zawiyas were created in the major cities of the Ottoman Empire, such as Cairo, Aleppo, Damascus and Tripoli. The end of the Ottoman Empire was a disaster for the Mawlawis, for they lost their political and economical support. Furthermore the Mawlawiyya was outlawed by the Turkish republic and only recently was allowed to reorganize its activities in Turkey under the cover of “Turkish cultural heritage”. In Aleppo, where the grand master of the order lived for a while during the 50’s before moving to the USA, the Mawlawi zawiya is still active. The Mawlawi derwishes perform regular sessions of the sama‘ as part of their mystical initiation in their zawiya as well as cultural performances for tourists and curious, keeping alive the fascination that the Western audiences experience towards this refined and artistic ritual. The main characteristic of the Mawlawiyya is the ritual of the sama‘, during which a spiritual concert of flute (nay), drums and the singing of the mystical poetry of Rumi is combined with the whirling of the derwishes around the sheikh. This whirling dance reproduces the movements of the planets around the sun, which symbolizes God. While whirling in a long white robe the Mawlawi derwish has his arms open and one hand turned up, in order to gather the blessings that come from God, and other turned down, in order to redistribute these blessings to all participants. When the sama‘ is over the derwishes cover their white robes with black cloaks symbolizing the confinement of their soul within the material limits of their bodies. 20 Aleppian Sufi Transe The Qadiriyya O ne of the most important tariqas in Aleppo is the Qadiriyya, named after the twelfth century Sufi saint ‘Abd al-Qadir Jeilani and present in the city since the sixteenth century. The tradition of the Qadiriyya considers that knowledge, both sacred and profane, must be the basis for the tariqa and stresses obedience to the rules of the shari‘a as a precondition for mystical inspiration. Since the eighteenth century the title of sheikh al-mashaykh of the Qadiriyya belongs to the elder son of the Hilali family, constituting a true dynasty of Sufi sheikhs who succeeded one another in the leadership of the tariqa. At the end of the eighteenth century sheikh Ibrahim al-Hilali introduced in the zawiya al-Hilaliyya the tariqa Khalwatiyya, into which he was initiated in Cairo during his religious studies at Al-Azhar. The Khalwati tradition added the ascetic practice of the khalwa (retreat) to the process of mystical initiation of the zawiya al-Hilaliyya. For forty days every year the sheikh’s disciples stayed isolated in small cells fasting, performing meditation and repeating their wird while the sheikh delivered periodical lectures about subjects related to either religious or scientific knowledge. These practices were discontinued in the beginning of the twentieth century due the impossibility of reproducing them in the social and intellectual conditions created by the capitalist economy and by the complexity and specialization of modern scientific knowledge. Nevertheless, despite these changes the zawiya al-Hilaliyya remains active nowadays as the main Qadiri and Khalwati zawiya in Aleppo under the leadership of sheikh Jamal al-Din Hilali. Shaykh Hilali kept the tradition of fusing religious and scientific knowledge by complementing his religious studies with medical studies in Germany and Italy. He is known in Aleppo as both a Sufi sheikh and a religious scholar (‘alim, pl. ‘ulama’). While the initiation in the tariqa is now restricted to the preparation of sheikh Hilali’s elder son, the dhikr is regularly performed every Friday attracting a large number of participants and the zawiya is the center of a dynamic Sufi community. 21 Aleppian Sufi Transe The Rifa‘iyya T he tariqa Rifa‘iyya, which is named after the twelfth century Sufi saint Ahmad al-Rif_a‘i, also had an important role in the history of Sufism in Aleppo. Since the eighteenth century the Rifa‘iyya in Aleppo was linked to three families: the Rifa‘i family, which claimed to descend from the founding saint of the tariqa, the Kaiyali family and the Khairallah family. The Khairallah family kept the title of sheikh al-mashaykh until the 80’s of the twentieth century. The gradual decline of these “Rifa‘i” families as religious leaders and the disappearance of their zawiyas throughout the twentieth century did not mean a decline of the Rifa‘iyya, because other zawiyas gained importance with the expansion of the Rifa‘iyya among the popular milieus of Aleppo. The disappearance of the post of sheikh al-mashaykh in Aleppo allowed the development of autonomous Rifa‘i zawiyas. Despite having a textual tradition as rich as that of the Qadiriyya, the tariqa Rifa‘iyya gives a very importance place to the miraculous qualities of the sheikh’s baraka, emphasizing the performance of karamat (miraculous deeds) as a way to connect with God. 22 The Rifa’iyya is reputed to be the tariqa with the most developed system of initiatory ordeals, which includes a vast range of extraordinary deeds such as eating glass, eating burning charcoals, licking red-hot iron, walking on fire, handling poisonous snakes, stabbing oneself with knifes or iron pins, and perforating one’s body with iron skewers (darab al-shish) or with swords (darab al-seyf). The darab al-shish was created in the Rifa’iyya order, and its founder Ahmed al-Rifa’i is unanimously pointed as the initiator of this practice. The origins of the darab al-shish are not clear, but it becomes a documented practice after the Mongol invasions of Iraq in the thirteenth century, which led some scholars to see in it the possible influence of shamanic practices brought by the invaders. From this period on, the darab al-shish was perpetuated as an oral and ritual tradition of the zawiyas of the Rifa’iyya in Iraq, from whence it spread to other regions of the Islamic world and was also adopted by zawiyas linked to other Sufi orders. Aleppian Sufi Transe The Tariqa T he Arabic word tariqa (pl. turuq) covers two distinct, albeit complementary realities: a) The mystical path that the soul has to traverse in its way to the divine reality, the haqiqa. b) The vast range of Sufi orders which institutionalized the mystical path and organized it through the establishment of collective rituals and the absolute guidance of a sheikh. The Sufi doctrines establish that the mystical encounter with God must be pursued through the many stages (maqam, pl. maqamat) that form the Sufi path. These stages correspond to states of the soul (hal, pl. ahwal) which are achieved by the continuous transformation of the different forms of existence of the self (nafs). According to Sufi doctrines, the self is responsible for our earthly appetites, thus distracting and distancing us from God. Therefore it must be subdued and even combated in order to allow the progressive transition (suluk) of the soul through different mystical states that will, eventually, lead to the dissolution of the individual into God (fana’ fi-llah). Thus, the path ends with the revelation of the ultimate truth that all things are emanations from God’s unity. This doctrine known as the “unity of the self” (wahdat al-wujud) was systematized by the thirteenth century mystic Ibn ‘Arabi and his followers, becoming a central element in Sufism despite the fierce resistance that it encountered among Sufi and non-Sufi religious scholars. The theory of knowledge implicit in the mystical path implies a direct and unmediated experience of the object (God), rather than an intellectual apprehension of its manifestations, because the truth resides in the essence of the object and not in its appearance. Actually the multiple manifestations of the divine truth are only experienced in order to be overcome and finally discarded in the last movement of removing the veil (kashf) that hides the divine reality, the haqiqa. The mystical experience of the Sufi path thus has a direct connection with the prophetic experience of God’s presence. The first Sufi orders were structured around the memory of the “founding saints” of institutional Sufism: ‘Abd al-Qadir Jeilani and Ahmed al-Rifa‘i. Both lived in Iraq during the twelfth century and originated two eponymous orders: the Qadiriyya and the Rifa‘iyya. These two saints embodied the main models of religious authority and access to mystical knowledge in Sufism. ‘Abd al-Qadir Jeilani was an important preacher in Baghdad linked to the Hanbali legal school, whose reputation as a charismatic saint grew into legend after his death, and Ahmed al-Rifa’i was a mystic and performer of miracles in the marshlands of southern Iraq. Later on in the thirteenth century, two other saintly figures, Ahmed al-Badawi and Ibrahim al-Dusuqi, both buried in Egypt, completed the four “poles” (al-aqtab al-arba‘) of the Sufi tradition. Despite the fact that innumerable other saintly figures gave origin to Sufi orders, the chains of mystical initiation (silsila) tend to converge back to these four figures who are considered to be the heads of the hierarchy of the saints. 23 Aleppian Sufi Transe H istorically the Sufi orders consisted of mystical communities organized around the veneration of the eponymous saint, the transmission of his teachings, and the performance of a ritual tradition that embodied his mystical path. The initiatory chains (silsila) guaranteed the replication of the tradition in each local Sufi zawiya. Some orders, such as the Qadiriyya or the Naqshbandiyya, spread through even vaster geographical areas, converting to Islam populations that were beyond the limits of the Muslim empires, as far as Central Africa, or Java. The major tariqas, such as the Qadiriyya, the Rifa‘iyya, the Shadhiliyya or the Naqshbandiyya, can be found nowadays throughout the Muslim world, from Morocco to Indonesia. However, the tariqa should not be seen as a “sect” because it does do not define completely the institutional, doctrinal or ritual boundaries of the Sufi communities, which remain integrated to the body of Sunni or Shi‘i Islam. The tariqa is better understood as a set of ritual and doctrinal traditions that are claimed by the Sufi sheikhs in order to legitimate their religious authority within the Sufi tradition. Furthermore, as the organization of the Sufi communities is based on the local zawiyas, it allows for important organizational, ritual and doctrinal local variations within the same tariqa. 24 Aleppian Sufi Transe The Shaykh T he religious authority of the Sufi sheikh is based on the baraka (divine grace) that he acquired through his direct experience of the divine reality (haqiqa). The sheikh’s experiential knowledge of the haqiqa makes him embody the tariqa, becoming the channel through which the disciple must pass in his way to God. This is summarized in a Sufi proverb that says: “the tariqa is the sheikh”. Thus in order to access the Sufi path the disciple must take an oath of allegiance (bay’a) from the master who will guide him throughout the process of initiation. The most widespread form of legitimization of the Sufi sheikhs’ religious authority are the chains of initiation (silsila) that link them spiritually to the “founding saints” of Sufism as well as to Ali and Muhammad. The links between the different sheikhs in a silsila can be based on a previous master/disciple relation, which is proved by a certificate (ijaza), or on a spiritual connection through dreams or visions. Sometimes these spiritual links are reinforced by claims of genealogical descent from the Sufi saints or from the prophet Muhammad. Knowledge (‘ilm) is another major sign of religious authority among Sufi sheikhs. The idea that the mastering of the religious sciences is a necessary condition for all religious leadership is quite widespread in Islam. In addition to that, the capacity to perform or to engender the performance of miraculous deeds (karamat) is an important proof of the sheikh’s baraka. The ability to produce acts that are beyond the ordinary human capacity marks definitively the difference between the regular ‘alim (religious scholar) and the Sufi sheikh. The Sufis understand karamat as a direct consequence of the baraka that flows from the sheikh’s body towards other persons and objects. Therefore, the force of the baraka of a sheikh can be measured by the effects that his presence has in the surrounding environment. The combination of intellectual and miraculous elements in the religious authority of the Sufi sheikhs allowed them to develop multiple social roles of leadership and assistance. For example, Sufi sheikhs are known to be able to produce powerful amulets that give protection against the evil eye or bring luck to their holders. On the other hand, in the popular neighborhoods of Aleppo it is very common that Sufi sheikhs have the role of local leaders by dispensing justice, doing charity and mediating conflicts among the population. 25 Aleppian Sufi Transe Saints and Mawlids T hroughout Aleppo there are numerous tombs and mausoleums dedicated to Muslim saints. The cult of saints (wali, pl. awali) and the idea of sainthood (wilaiya/walaiya) were introduced in Islam by Sufi mystics. The central concept in the Islamic notion of sainthood is baraka, which is the spiritual power that God concedes to some individuals in a continuous flow that started with the prophet Muhammad. Once graced with baraka, the individual can distribute it to his community in the form of blessings, protection, guidance, or good deeds. Muslim saints are considered to be heirs of the prophets, having the mission of protecting and guiding the Muslim community. Their holy nature is revealed by the performance of extraordinary deeds, such as knowledge of the future, which are referred as karamat. While it is theoretically possible to achieve sainthood during one’s lifetime, and the performance of karamat and the distribution of baraka are both performed by most Sufi sheikhs, in Aleppo the term wali (saint, lit. “God’s friend”) is used only to designate dead holy men. As Sunni Islam does not have a priestly corporation that controls sainthood, such a status depends only on social recognition achieved by the person or ascribed by a social group after his or her death. Once achieved, sainthood can be transmitted through genealogical (nasab) or spiritual/initiatory (silsila) lines of descent. 26 While the cult of saints is closely related to Sufism, by no means it is limited to its followers, being rather a widespread social practice. In Aleppo there are tombs of saints in almost every kind of building from mosques to public baths and everyone can pay his or her respects to a saint while doing ordinary activities, for the tombs are usually accessible from the street level through grilled windows. The vitality of the cult of saints in Aleppo is shown in the appearance of new saints and tombs as objects of pious devotion and the continuous enrichment of the saints’ legends and hagiographies with episodes connected to contemporary events. A good example of the presence of the saints as defenders of Islam and the believers against contemporary threats was the case of the Aleppine saint Shaykh Yusuf Qarliq who was believed to have left his tomb in 1991 in order to go Aleppian Sufi Transe to Iraq and fight against the “crusaders” in the first Gulf War. Hundreds of people in Aleppo flocked to the cemetery in order to see his open grave as the proof of this miraculous intervention. Around the villages near Aleppo the countryside is dotted with tombs of saints, usually local Sufi sheikhs. These tombs are located near rural cemeteries, water springs, on hilltops, or even pre-Islamic ruins. During the saint’s feast, the mawlid, the members of several zawiyas from the surrounding villages and from Aleppo gather in the saint’s tomb. The celebrations start with the visit (ziyara) to the tomb, where there are segregated spaces for men and women. Then, a preaching is done by the local sheikh, who usually claims genealogical or spiritual descent from the saint. Around the tomb all sorts of economic activities take place, from the selling of copies of the Quran and prayer-beads to the marketing of kitchenware. The members of the visiting zawiyas go in procession to the tomb, carrying the flags of their Sufi order and chanting their dhikr accompanied by the music of cymbals and drums. Along with this, some of them perform the darab al-shish, which consists of perforating the abdomen with iron skewers. This is meant to prove their closeness to God and their devotion to the saint. They consider these miraculous deeds (karamat) to be a result of the baraka accessed through the mediation of the saint. Usually these performances attract a small crowd of curious, who gather to witness the wonders accomplished by those seen as the “truly faithful”. 27 Aleppian Sufi Transe The Dhikr D hikr means “evocation” and it consists of the repetition of God’s names within ritual patterns that can be performed individually or collectively in a ritual session called hadra. The term hadra means “presence” in Arabic and it is used to designate the main collective ritual of Sufi communities, it also can be understood as referring simultaneously to the presence of the participants, the sheikh, the Sufi saints, the Prophet and God. These various levels of references condense in the ritual setting the Sufi doctrine of “unity of the self” (wahdat al-wujud). A regular hadra consists of the combined recitation of the collective wird (mystical formula) and the performance of the dhikr. The hadra is the occasion where the collectivity of the followers of a sheikh socially materializes as a religious community. Furthermore it is the occasion when the strength of the sheikh’s baraka is publicly demonstrated. During the hadra the doors of the zawiya remain open and anyone, whether a member of community or not, can walk in and take part in the ritual. Therefore, all the levels of participation in a Sufi community, ranging from the fully initiated disciples to the simply curious, are united in the performance of the hadra. Usually a hadra starts with the collective recitation of the wird of the tariqa. The wird is a mystical exercise based on the recitation of prayers destined to induce the desire for God in each soul, preparing them to enter the mystical path. After the recitation of the wird is over, the dhikr begins. During the dhikr the repetition of God’s names is accompanied by the performance of bodily movements. While the singers (munshid, pl. munshidun) perform songs about God’s love or the Prophet and his family, the rest of the participants respond under the guidance of the sheikh with utterances of “Allah”, “AllahHu” or other evocations of God. Each utterance is accompanied by a movement of the body, back-forth or side-to-side, completely engaging the self of the participants in the ritual. The content of the songs raise emotional states of joy, sadness, or peace in the participants until the apex of the ceremony when many people abandon themselves to the feeling of God’s love. The dhikr can be associated with the performance of the sama‘ (spiritual concert), which consists of musical performances where the rhythm of the music and/or the lyrics of the songs aim to bring the audience to a state of dhikr. It is not uncommon that a dhikr combines songs and lyrics from different tariqas, which derives from the Sufi idea that the various paths are part of the same tariqa Muhammadiyya (Muhamad’s path). The dhikr is also the occasion for those who were initiated in the Sufi path to demonstrate publicly that their inner self was transformed trough their progression into the degrees of initiation by attaining higher mystical states or performing miraculous deeds (karamat). 28 Aleppian Sufi Transe The Mystical Initiation T he progression in the mystical path of Sufism is done through a long period of initiation and spiritual education (tarbiyya) under the guidance of a sheikh. To enter in the Sufi path, one has to establish a relationship of master/disciple (murshid/murid) through a vow of allegiance (bay’a) to a spiritual guide (murshid). The guidance of the sheikh is a fundamental element of Sufism, for it prevents the temptation of the false paths, which is summarized in a Sufi proverb as: “those who don’t have a sheikh, have the devil as their guide”. In some zawiyas, the initiation starts with the study of the zahiri (exoteric) tradition, which consists of the shari’a and the fundaments of Islam. After the disciple has proven to have a solid mastery of the religious knowledge the sheikh begins his education in the batini (esoteric) knowledge. Here also the process follows gradual steps, first beginning with the reading of texts that present a version of the Sufi path in close connection with the religious rules prescribed by the shari’a and slowly moving to the texts with a deeper esoteric message. The textual corpus of the Sufi tradition is enormously vast and diversified, so the selection of the texts used during the initiation in the esoteric path can vary according to the preferences of each sheikh and the availability of the texts. One of the first tasks that the disciple has to accomplish in his process of initiation is to purify his heart with the repetition of the devotional formula (wird) that was given to him by the sheikh. The wird usually consists of simple formulas, such as Allah Hu (He is God) or Hay Hu (He is the Living One), which must be repeated hundreds of times every day. The repetition of the wird is a form of performing dhikr and the first objective of it is to create a continuous state of dhikr in the disciple. Secondly, this constant spiritual exercise aims to accomplish the passage from the simplest forms of dhikr, the dhikr al-lissan (“the dhikr of the tongue”, i.e. the simple vocalization of the wird), to the dhikr al-‘aql (“the dhikr of the mind”, i.e. the understanding of the wird), and finally to the dhikr al-qalb (“the dhikr of the heart”, i.e. the emotional experience of the wird). Therefore, the disciple must concentrate not only in performing the task, but also in searching for the sensations that inform him of the success of his effort in achieving the fullness of the mystical experience contained in it. Rules of behavior also form a very important part of the process of the Sufi initiation. The disciple must express the qualities required for being a Sufi in all his acts, gestures and postures. Therefore, moral qualities demanded by the Sufi tradition, such as tauba (repentance), subr (patience), sidq (righteousness) or ikhlas (devotion) must become a constituent part of the disciple’s self. The initiation process only ends when the master decides that the disciple is ready to become a sheikh himself. Then the disciple receives an ijaza, which is a certificate of studies signed by the sheikh that describes all his intellectual and religious qualities, as well as the books and issues studied during the initiation process. This document enables the disciple to become a sheikh and start his own community of followers and disciples, as well as legitimizes his religious authority by linking it to that of his master. 29 Aleppian Sufi Transe Mystical Ordeals: The Ritual of the Darab al-Shish T hroughout the process of initiation in many Sufi zawiyas the achievement of each stage of the Sufi path is marked by an ordeal in which the neophyte must publicly display the qualities and abilities ascribed by the mystical tradition to the position that he aspires to reach in the Sufi path. The ordeals that the disciples must endure in order to progress in their mystical initiation are meant to produce concrete proofs that validate their moral status. This is reflected in the Sufi vocabulary, where the ordeals are referred as a “proof of faith” (dalil al-iman), meaning that they are empirical evidences of the religious qualities of the disciple’s self. The darab al-shish has several degrees of difficulty depending on the area of the body that is pierced and on the diameter of the piercing instrument. The darab al-shish comprises the following acts in order of growing difficulty: the perforation of the cheeks, the tongue, the neck, the shoulders and the abdomen. The darab al-shish in the abdomen also have degrees of difficulty that increase with the risk of damaging vital organs, beginning with the “easy” lateral parts of the belly until the “difficult” parts around the navel. Similarly, in each part of the body there is a gradation of difficulty that starts with the thin needle-like skewers and increases until reaching those that have half an inch of diameter or, the most difficult of all, the sword. In order to perform the darab al-shish the disciple has to ask permission to the sheikh, who will decide if he is spiritually ready or not to do it. After kissing the sheikh’s hand, the disciple goes to the center of the zawiya and recites the fatiha, evokes the names of Muhammad, Ali, ‘Abd al-Qadir Jeilani and Ahmed al-Rifa’i and lifts his shirt. The music achieves heights of intensity, with songs about the love and the power of God and his prophet. Another disciple of the sheikh grabs the iron skewer (shish) and, with a sharp and precise movement, trespasses the abdomen of the one who is passing the ordeal. Then the latter walks around the zawiya so that everyone can see and touch the physical proof of the miraculous deed that is taking place within his body. After a few minutes the skewer is removed and the disciple returns to his place so that the dhikr can continue its course. While the performance of the darab al-shish is in itself an extraordinary deed, the miraculous nature of the act has to be determined by a combinations of signs, such as absence of bleeding. Thus the act and the resulting wound are carefully scrutinized by the sheikh and the other members of the zawiya, for any sign of bleeding would indicate that the act was merely the result of the intervention of jinns, characterizing it as magic rather than miraculous. The performance of the darab al-shish provides the disciple a very intense existential experience of the reality of the Sufi path. The experience of having one’s own body chosen as the instrument and the stage for a divine act is a powerful mechanism of embodiment of the doctrinal and ritual principles of Sufism. Furthermore, the darab al-shish is also a public proof of the advancement of the disciple in the Sufi path, of the strength of the sheikh’s baraka and of the religious reality of Sufism. 30 Aleppian Sufi Transe The Zawiya of Sheikh Habbush S heikh Habbush inherited his mystical knowledge from his father who was also a Sufi sheikh. He was initiated in several mystical traditions, but the tariqa Qadiriyya and the tariqa Rifa‘iyya are the main sources of his mystical teachings and of the ritual structure of his dhikr. The Rifa‘i influence on sheikh Habbush can be seen on the presence in his zawiya of the iron skewers used in the performance of the darab al-shish. While he is entitled by his initiation in the Rifa‘iyya to perform the darab al-shish in his disciples, he usually prefers other forms of evaluation of their advance in the mystical path. Every Wednesday night disciples and followers flock into his zawiya located in the traditional neighborhood of Bab al-Hadid in the Old City of Aleppo in order to take part in the dhikr. The dhikr starts with a sama‘ during which sheikh Habush sings mystical poems about God’s love or the prophet together with other singers. These songs are meant to induce emotions in the audience in order to help the participants to achieve the mystical states that will bring them closer to God. Shaykh Habbush is versed in the art of the inshad (mystical singing) and his capacity of enrapturing the audience through the beauty of his singing, the power of his voice and the strength of his performance are well known in the Sufi circles of Aleppo. After the sama‘ all participants stand up and start the final part of the dhikr, engaging their selves into the performance of back-forth movements and utterance of “Allah” at the sound of drums and cymbals. Then, the dhikr ends and sheikh Habbush delivers a sermon. Sweets and tea are served to the participants as a token of the sheikh’s hospitality. After some small conversation and a last message from the sheikh the participants leave the zawiya for their homes sure of having renewed their links with the divine. Paulo G. Pinto Ph.D. in Anthropology from Boston University Visiting Professor of the Graduate Program in Anthropology and Political Science in the Universidade Federal Fluminense, Brazil 31 Transe Soufie d’Alep Aleppian Sufi Transe CD I - 77’51” MAWLED, chants d’éloge au prophète, song of praise to the prophet 1 Taqsim nay maqam rast 5’35 improvisation de flûte par Ziad Kadi Amin improvisation on the flute by Ziad Kadi Amin - man anwa - ruhu lama’at” Tahtirat “Qef wastame dhikra prières par Abdelkader Massarani Prayers by Abdelkader Massarani écoute le souvenir de celui dont les lumières ont scintillé listen to the memory of the one whose lights twinkled. 2 Bashraf rast 28/4, rythme dawr kabir 11’53 prélude instrumental ancien ancient instrumental prelude - rasu - l Allah ya - man”- messager d’Allah. Ô toi qui Muwashshah: “ya God’s messenger. O! you who - da - ’-1 l fala - h”- il faut déjà travailler Muwashshah: “Qad bada we have to start working 3 Sama’1 maqam rast 12’58 prélude instrumental instrumental prelude Muwashshah, chant classique mesuré - measured classical song - n-1 zama - n-1 bi ma - ‘artad-1” - le temps m’ a donné ce que je souhaitais “‘Ata time gave me what I wished. 4 Djoubi 5’44 ostinato sur un rythme irakien avec taqassim de Julien Jalâl Eddine Weiss et qaçida mawzouna par Sheikh Habboush ostinato on irakian rythm with taqassim by Julien Jalâl Eddine Weiss and qaçida mawzouna by Shaykh Habboush 5 Qaçida falet, maqam rast 5’19 improvisation vocale libre sur poème classique: free vocal improvisation on a classical poem: - lutfan waruhma - ” - je demande grâce pour... - I ask merci for “Uh-1l ul h-1ma 6 Ughniya 9’01 chants populaires / popular chants: “’ahl el ard bethebbak”- les gens t’aiment - people likes you... - Muhammad ya - nu - r l kel” - Muhammad, lumière de tous “ya Muhammad, light of all “Muhammad... Muhammad.” 32 Aleppian Sufi Transe Transe Soufie d’Alep DHIKR, Rituel de transe, Transe ritual 7 Taqsim nay et samaï houzam (Sherif Muyeddin Haydar) 6’23 solo de flûte et prélude instrumental en 10/8 flute solo and instrumental prelude 10/8 8 Qaçida falt 5’01 improvisation vocale libre sur un poème classique par Sheikh Habboush improvised classical poem by Shaykh Habboush 9 Fas,l aj jalale 6’52 suite de muwashshahat sur un ostinato ascendant : muwashshahat suite on an ascending ostinato: “law badat li”- Si elle m’était apparue - If she had appeared to me. - tu ‘ala - l muzllal (maqam houzam do 1/2 dièse) Muwashshah: “al ,sala - R-1m”: prières sur l’ombre - prayers on the shaded Muwashshah: “ya 10 “tarqiyat madad” 4’47 récitation des noms des Saints soufis par Abdelkader Massarani recitation of soufi saints by Abdelkader Massarani - ,saqa - n-1” (maqam nawa ou khanabat mi) Muwashshah: “lamma quand il m’abreuva - when he quended my thirst - mawju - d” Ô toi l’existant - O! you existing Muwashshah: “ya Muwashshah: “oukheiya” Mon frère - My brother - kath-1r l ghefra - n” (maqa - m jaharkah - sol) Muwashshah: “jed ya Sois généreux, toi le clément - Be generous, you merciful - l nawa - (maqa - m baya - t-1- la - ) la séparation - séparation Muwashshah: “‘ala Muwashshah: “‘ayn l ‘yun” (maqam ‘ajam do) Mon plus cher - My dearest 11 Qaç1da mawzun 4’12 - t-1 ré par Sheikh Habboush poème classique improvisé mesuré, maqam baya improvised and measured classical poem maqam bayati ré by Shaykh Habboush Arrangements traditionnels : Julien Jalâl Eddine Weiss Traditionnal arrangements: Julien Jalâl Eddine Weiss 33 Transe Soufie d’Alep Aleppian Sufi Transe CD II - 60’16” 1 taqsim ‘ud maqam bayati 3’02 improvisation de luth par Muhammad Qadri Dalal luth improvisation by Muhammad Qadri Dalal -2 qaçida falet maqam bayat1 (re) 6’06 improvisation vocale libre sur un poème classique par Sheikh Habboush vocal improvisation on a classical poem by Shaykh Habboush 3 Fas,l maqs,oum 12’35 suite de muwashshahat sur un ostinato ascendant: muwashshah suite on ascending ostinato: - n man dhikruhu” - Qu’il soit loué... Muwashshah: “sibha - qa - Nostalgie - Nostalgy. Muwashshah: “hayyaja l’ashwa Muwashshah: “yarabana” maqam ras,t-re , Notre seigneur - Our Lord - remtu” - Quand je m’approche... - When I approach... Muwashshah: “kulla - ’ -1 lya - ”... Rifa - ’ -1, à moi - to me Muwashshah: “Rifa Muwashshah: “J1lan1, J1lan1”... splendeur - splendor... -” (maqam sigah) - Entre naqa et... - Between naqa and... Muwashshah: “bayna l naqa Muwashshah: “min Makka” - De la Mecque... - From Mekka - l” - Beauté extrême... - Extreme beauty Muwashshah: “mubarqa’ l jama Muwashshah: “yasam1r1 da’ çabr-1” - Compagnon, j’ai perdu patience... My friend I losed patience... - rab nazra - ” - Mon Dieu, un regard... - My god, a sight... Muwashshah: “ya 4 Taqassim qanoun et ‘oud, duo cythare et luth 2’02 par Julien Jalal Eddine Weiss et Qadri Dalal zyther and luth duo by Julien Jalal Eddine Weiss and Qadri Dalal 5 Qaçida Sheikh Habboush . maqam ras,t re 4’16 (improvisation vocale sur un poème classique) (vocal improvisation on classical poem) - 6 Fas,l as, ,saw1 9’52 suite de muwashshahat sur un ostinato ascendant avec accompagnement de percussions : daff, tambour, cymbales, riqq, tabl de confrérie. muwashshah suite on an ascending ostinato with percussions: daff, drum, cymbals, riqq, brotherhood tabl. Taqassim Mawzouna nay, ‘oud et qanoun - t Sheikh Habboush. Madadiya - m ras,t do Qaçida mawzouna . maqa improvisation vocale mesurée sur poème classique vocal improvisation on classical poem - d-1” - vous êtes mes devoirs - you are my duties Muwashshah: “antom furu Muwashshah: “ya layt as wasl” - ô la nuit des rencontres - O! , the meeting night Muwashshah: “nasamat hawaka” - les brises de ton amour - your love’s breeze 34 Aleppian Sufi Transe Transe Soufie d’Alep 7 Fas,l khammar 6’10 suite vocale avec accompagnement de percussions : vocal suite with percussions: - m nahawand ré, maqam hija - z - la” Taqassim nay et qanoun, qaçida Sab’awi “maqa 8 2’24 Muwashshah: “wamin ‘ajab-1... je suis étonné - I’m astonished - l ba - la - bel.” du chant des canaris - canari’s song Muwashshah: “min ghina - yura - ...” toi qui vois et qui n’es pas vu Muwashshah: “yaman yarawa la you who sees and is not sawn 9 Fas,l Bahlul 5’48 suite vocale avec accompagnement de percussions : Vocal suite with percussions: - t - laTaqassim ‘oud, qanoun, nay et qaçida mawzouna Sheikh Habboush maqam baya 10 5’57 - qalbu theq billa - h” Mon cœur, aie confiance en Allah Muwashshah: “ya my heart, trust in Allah - n . zama - n” Il y a longtemps - a long time ago Muwashshah: “zama Muwashshah: “qabel ya‘az1m” Avant la grandeur - before greatness 11 1’57 Prière conclusive du rituel par le derviche Yahyah Hamami Ritual final prayer of dervish Yahyah Hamami Arrangements traditionnels : Julien Jalâl Eddine Weiss Traditionnal arrangements: Julien Jalâl Eddine Weiss 35 n Enregistré à Paris Studio Cargo décembre 2002 et septembre 2003 n Direction musicale Julien Jâlal Eddine Weiss n Montage studio Cargo Prise de son et editing : Xavier Brunetière et Antoine Demantke Mixage : Romain Frydman n Création mondiale pour le Théâtre de la Ville à Paris et le Festival International de Baalbek. n Crédits photographiques : Amar Ab-Rabbo (couverture et 4e de couverture) Nicolas Nilsson (couv. livret, pages 2, 3, 5, 6, 8, 10, 11, couv livret anglais, pages 18, 19, 20, 21, 22, 24, 25, 26, 27) Sabine Châtel (pages 1, 4, 9, 17) n Contact production : Sabine Châtel - Zamzama Productions - [email protected] Site web officiel : www.alkindi.org n Nos sincères remerciements à Mesdames May Arida, Neyla de Freige, Joumana Debbané du Festival de Baalbeck, à Monsieur Gérard Violette, Jacqueline Magnier et l’équipe du Théâtre de la Ville à Paris. Merci également à Abdel Wahab Meddeb et Paulo Pinto pour leur précieuse collaboration et à Abderrahim Hafidi, Alexandre Ivlef, Bassel Kasnasrallah, Myrtille Petit, Marwane et Mona Sahnaoui pour leur soutien et leur amitié. n C 2003 Al Kindî - O P 2003 Le Chant du Monde O The voice gives life to the letters this voice that comes from Aleppo reminds us that the poem was Andoriginally a song, the song was its raison d’être. The voice emerges from the furthermost depths and spreads into the world, echoes as it comes up against obstacles, crosses through or over them and ascends high, high into the heavens. The idea of elevation is ever-present with this voice. The voice comes from the depths of the body’s cavern, escapes from its prison. The letters it modulates emanate from deep inside where the vocal organs pulse and throb as they accomplish their tasks. From the most guttural to the most labial of sounds, the breath passes through the whole vocal apparatus. For the Sufis a single word expresses this movement, the fullness of this path through the body. It is the word Hawa, made up of two letters: Ha, the deepest, comes form the very bottom of the glottis: the Waw is more externalised, carried by the lips. Huwa is the third person, He, and denotes God; the third person to express the glory of divine ambivalence, between absence and presence, the apparent and the concealed, the visible and the invisible, obvious facts and mystery. Here the letter is celebrated as a distinguished sign without any clearly defined sense, in the very density of its undeciphered sound; this celebration is rendered through the voice. And this voice that reaches us from Aleppo is pure grace. Its owner uses it in the most innately natural way, according to an ancestral technique passed on by the men who keep up the special spirit of the place. I would be tempted to say that the grace of this legacy inherited through time goes beyond all forms of consciousness. For it is in the nature of talent to blur the barrier between what is just and unjust. The ear, the heart and the mind all welcome this voice with joy. It is a voice arising from what remains of a popular tradition that has remained strong enough to satisfy us by its natural ability to take whatever it needs from the other scholarly tradition that has grown up alongside it. I have listened to this voice and the accompanying chorus in Aleppo, in a sumptuous Mamluk drawing room decorated as richly as any zawiya full of ex-votos, the offerings of rich men and their colleagues. And the music flowing from Julien Weiss’s fingers as he delicately plucks the strings of the qanun weaves subtly around the ebb and flow of the voice. A repertoire unfolds before us in which the connoisseur will recognize the halts and dwelling places that mark the different stages of the itinerary an adept will come across as he progresses along the Way. Now it is the listener’s turn to discover them and take up abode there. Abdelwahab Meddeb, teacher of comparative literature, writer and poet, founder of the literary magazine Dédale, regular presenter of the broadcast “Cultures d’Islam” (Islamic Cultures) on the France Culture radio station.
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