Météores, Thessalonique, 2 – 6 mai 2012
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Météores, Thessalonique, 2 – 6 mai 2012
Mercredi 2 mai Petit déjeuner pris, la matinée est consacrée au remplissage de la voiture, au ménage et à la mise en ordre de la maison ; Catherine et Éric rentrent en France après ces quelques semaines passées en famille, je les escorterai un bout de chemin jusque Kalambaka, ma prochaine étape. Nous allons chercher Valentine à la pharmacie où, durant une bonne demi-heure nous assistons au défilé quasi ininterrompu des personnes du village aux profils si différents. Un des clients, parfaitement francophone, nous expose rapidement la situation de ses deux enfants, polytechniciens grecs incapables de trouver un travail à la hauteur de leurs espérances et prétentions. Les contrastes que l’on observe au sein de toute société éclatent ici évidemment avec plus de force mais, dans ce cadre naturel préservé et si beau, l’âme a tant soit peu la possibilité de puiser quelque nourriture régénératrice, du moins veut-on le croire pour ne pas sombrer dans la sinistrose. La matinée passe vite et, le dernier repas en commun pris, Catherine, Éric et moi quittons Arkitsa pour rejoindre ces fameux Météores que j’ai tellement envie de découvrir et où nous arrivons vers 15h. L’hôtel Odysseon où j’ai réservé une chambre se trouve au bout de la ville, sur la route vers les monastères. Après avoir pris un pot à l'ombre des platanes, mes deux hôtes et amis reprennent la route vers Igoumenitsa pour leur retour vers Pessac. L’hôtelier, d’une grande serviabilité, m’énumère les différents endroits vers lesquels je peux me rendre ce soir ou demain. J’entreprends donc d’abord d’aller visiter la merveilleuse église de l'Assomption de la vierge au flanc d’une des collines qui entoure le village et où je découvre des fresques extrêmement vivantes couvrant tous les murs intérieurs de l’édifice. L’état de conservation est assez bon et, malgré la présence du Cerbère femelle de service, je peux apprécier pleinement les différentes scènes évangéliques ou hagiographiques plus ou moins morbides ; pour seul touriste, un jeune Japonais me tient compagnie quelques instants, il semble lui aussi goûter la sérénité du lieu et l'absence de la foule dans un lieu si particulier. La chaire en marbre qui trône au milieu de l’église a gagné une belle réputation, étant la seule de toute la Grèce à avoir été conçue initialement dans ce matériau. L’entrée de l’église se fait douloureusement, de gentils diables sur fond noir harponnant les pécheurs pour les pousser vers les antres infernaux. Bienvenue dans la maison de Dieu, conduisez-vous comme l’Église vous l’ordonne, sinon voyez ce qui vous attend. L'église de l'Assomption de la vierge, Kalambaka Contrit, je quitte l’église, non sans avoir soutiré un soupir de soulagement à mon Cerbère, heureuse de me voir quitter les lieux pour pouvoir reprendre sa conversation avec ses acolytes assises sur le banc du parvis, et gravis tranquillement le chemin pavé de pierres plates et de bonnes intentions qui conduit au monastère Aghia Triada. Le chemin serpente à travers une forêt d’abord clairsemée puis de plus en plus touffue, réseau de verdure apaisant parmi ce vertige de colonnes de pierre assemblées selon un ordre mystérieux mais néanmoins harmonieux. Chaque détour du chemin laisse apparaître un nouveau paysage, faisant découvrir la belle régularité du village niché au pied du complexe lithique. Pendant toute la montée, je ne croise qu’un couple de Grecs qui laisse échapper, juste au moment où nous nous croisons deux mots subitement compréhensibles et qui me laissent sans voix : Sarkozy et Hollande ! Je souris, médusé par ce hasard improbable qui vous fait être au bon endroit au bon moment. Arrivé au premier monastère qui croise ma route, celui nommé Aghia Triada, je tente ma chance et gravis les escaliers qui conduisent jusque la porte d’entrée que je trouve malheureusement close, il est 18h30, la plupart des édifices ne se visitent que jusque 17h. Je rebrousse chemin et décide d’aller au belvédère tout proche d'où l'on peut apprécier l’ampleur de cette vallée traversée par une rivière imposante et bordée à l’ouest par des montagnes encore enneigées, à l’est par les rochers des Météores. Le soleil décline et va se coucher entre deux colonnes érigées par des siècles de persévérance et de contraintes paisiblement acceptées. Nous ne sommes que quelques rares touristes à profiter de ce moment de plénitude ; je reprends le chemin qui serpente dans la forêt, faisant halte ici ou là pour apprécier l’ambiance vespérale et le calme des lieux. Après une pause à l’hôtel, je parcours le village en quête de nourriture que je vais vite avaler, décidant de me coucher tôt pour être en forme pour la journée du lendemain que j’espère enthousiasmante. Jeudi 3 mai Les formes physique et mentale sont excellentes ! Petit-déjeuner avalé, je décide donc de parcourir le site des Météores à pied pour éviter une cohabitation non désirée avec les touristes du matin ; un bus, en effet, part de Kalambaka pour rejoindre le monastère de Grand Météore et laisser les voyageurs crapahuter d’un lieu à un autre selon un ordre prédéfini. Je choisis donc de partir assez tôt pour voir le maximum de ces prisons dorées pendant la seule journée dont je peux disposer. La route qui conduit à Kastraki est peu encombrée de voitures en cette heure matinale, la balade se fait donc facilement, et, après avoir acheté une sorte de beignet grec copieux à la boulangerie du village, je parviens rapidement au monastère Saint Nicolas Anapafsa, premier monastère du circuit que je me suis improvisé. Bien que je sois plus tôt que l’heure annoncée d’ouverture (9h), je trouve porte ouverte et un cerbère fort peu aimable me prélève ma participation à l’entretien du lieu. J’apprendrai de lui, tout de même, que ce monastère n’est habité que par deux moines ; au moins ont-ils assez d’espace pour ne pas se disputer, une fois les portes closes ! Je parcours des yeux pendant plus d’une demi-heure les parois de l’église recouvertes de fresques magnifiques du XIVe siècle et dont certaines ont conservé une grande fraîcheur. D’autres sont recouvertes d’un voile noirâtre, celui que le suif dépose par la ferveur des fidèles et qui, peu à peu, vient donc à bout de l’excellence des maîtres coloristes, ces anonymes ou peintres reconnus qui parcoururent des décennies durant les plus beaux lieux dédiés à la prière et à l’expression d’une dévotion sans nul doute sincère. Je profite d’être seul pour flâner sur la terrasse qui surplombe la vallée qui ramène vers Kalambaka. La vue est magnifique, de quoi laisser l’âme vagabonder vers les plus belles destinées. Mon parcours dans ce monastère achevé, après avoir salué mon cerbère dont le portable semble vissé à son oreille, je choisis de redescendre vers la route qui me conduira au prochain lieu saint via un chemin dans la forêt. Ce sera en fait le monastère du Grand Météore car, en coupant à travers bois, on y arrive relativement vite. Je dépasse un quintette de Français dont la gouaille me fait à la fois sourire et soupirer, les entendant commenter non sans humour leurs découvertes apostasiées ! La quiétude du précédent monastère que j’ai visité totalement seul laisse place ici au brouhaha de la foule des grands jours. Outre les touristes étrangers plus ou moins discrets, un troupeau d’enfants grecs arpente le lieu avec force cris et invectives ; les accompagnateurs semblent complètement dépassés, et ce ne sont pas les quelques moines débonnaires qui circulent dans les couloirs qui vont les faire taire, tant ce tintamarre semble leur convenir ! Que leur faut-il sans doute accepter pour sauvegarder ce patrimoine qui doit engloutir de fortes sommes pour un entretien correct. Heureusement que la beauté du lieu permet de se concentrer sur des valeurs qui nous élèvent ! Au bout d’une bonne heure de visite, je décide de poursuivre ma pérégrination vers le monastère de Varlaam que l’on voit depuis celui du Grand Météore. Tout petit, il pourrait faire pâle figure face au grand frère, mais comme chacun d’entre eux, ce monastère possède son charme propre, malgré le campanile récemment construit qui défigure en partie l’harmonie créée par les anciens bâtiments. Visite terminée, je me glisse dans un repli de terrain sur le chemin qui conduit vers le monastère Aghios Stefanos pour déguster mon pantagruélique repas, fort bienvenu d’ailleurs ! Le monastère de Roussanou est tenu par des sœurs. Ce sont sans doute les plus courageuses car ce nid d’aigle est réellement posé sur un piton rocheux imprenable. À chaque fois je me demanderai comment les fondations de ces édifices ont pu être construites, tant la synthèse entre la roche naturelle et le soubassement des parois est impeccablement faite. Techniques de nos ancêtres qui en savaient tellement plus que nous, embourbés que nous sommes dans nos technologies déresponsabilisantes. Sans doute le plus petit de tous, ce monastère révèle lui aussi de belles fresques, et c’est l’esprit paisible que je repars vers d’autres autels perchés qui, malheureusement, s’avéreront fermés. Monastère de Roussanou Ma journée aura cependant été bien remplie, le corps ayant répondu favorablement aux requêtes incessantes de l’esprit, et je regagne Kalambaka par le même sentier que la veille au soir, pris entre le désir de flâner et le désir de me mettre à l’abri d’une possible cataracte, le ciel étant particulièrement menaçant. Las, la pluie ne tombera pas sur le village, me laissant ainsi le loisir de le parcourir, sans y trouver de nouveau lieu intéressant à visiter. Je regagne donc l’hôtel pour passer la soirée au calme et jouir d’un sommeil réparateur. Vue sur Kalambaka Vendredi 4 mai, Kalambaka Thessalonique Départ pour Thessalonique par le train du matin qui parcourt assez rapidement les quelques 250 km. J'arrive donc vers 12h00 dans ce grand port qui doit s'avérer assez agréable à vivre malgré tout. Mon auberge est située dans la ville haute, constituée de petites ruelles assez imbriquées les unes dans les autres et d'où, à certains endroits, on peut voir en partie la ville nouvelle. Je pénètre dans mon studio de rez-de-chaussée très bien équipé où, pour 17€ par nuit, je bénéficie d'un confort extrême, ma chambre donnant même sur une petite cour très calme. L'hôtesse est d'une gentillesse communicative, refusant toute expression de gratitude, sage qu'elle est malgré son jeune âge. Nous partagerons quelques moments de fou rire en évoquant certains épisodes de nos vies personnelles, en Grèce ou à l'étranger ; il se trouve qu'elle a passé un mois à Bénodet l'été passé, cela ne s'invente pas ! Nous communiquons en anglais, cela reste la béquille de tous les corsaires, même les plus aventureux ! Mon désir de visiter la ville est frustré par le fait que tous les lieux dignes d'intérêt sont fermés, soit pour restauration, soit parce que la municipalité n'a plus les moyens de payer le moindre gardien. Je me mets cependant à longer la côte jusque la fameuse tour blanche qui sert de point de ralliement à toutes les générations, puis m'engouffre dans les avenues aux magasins grands ouverts que la population aisée ne semble pas bouder. Je prends le temps de regarder, de l'extérieur donc, quelques églises byzantines aux murs constellés de briques rouges scellées par un mortier gris et dont l'homogénéité à travers la ville est intéressante. Thessalonique, la tour blanche Dimanche 6 mai, Thessalonique Temps splendide, petite lessive du matin, petit-déjeuner au calme du studio. Matin de la messe dominicale. Dans le quartier où je loge, je pénètre rapidement dans une église byzantine d'un bel extérieur mais laide à l'intérieur. Je poursuis donc ma route et parviens à la belle Aghios Dimitrios. Les va-et-vient des fidèles sur le parvis m'incitent à entrer bien que l'office batte son plein. Les voix poursuivent leurs mélodies ancestrales aux intonations si particulières. La longue nef n'abrite pas autant de monde que j'imaginais. Les bancs proposent trois sièges, les uns garnis de velours rouge, les autres ne sont qu'en bois. Le long des murs, d'autres bancs accueillent d'autres croyants, les travées étant parcourues en tous sens par des personnes peu soucieuses semble-t-il de suivre l'office. A l'instar des églises du Pays Basque, je me rends compte qu'à l'étage d'autres fidèles suivent l'office. Je m'invite à monter, pressentant que grâce à une vue plongeante, je verrai mieux ce qui se passe. L'église est divisée en deux parties, le chœur abritant l'autel, caché au public par l'iconostase. Au moment où j'arrive en haut, je peux voir les popes communier, avalant goulûment une bonne rasade d'une boisson sans nul doute capiteuse, essuyer le calice par un linge pourpre avant de le passer au suivant. Les enfants de chœur papotent, quittent leurs chasubles trop lourdes et trop chaudes sans doute, les popes entretiennent entre eux des gestes attentionnés – qui de remettre l'étole sur le dos de l'un, qui de tenir l'étui à lunettes du patriarche qui prépare son prêche. Une vraie vie toute simple, non affectée malgré l'or des chasubles, la splendeur des fresques et le sobre équilibre de l'édifice. Les piliers de marbre sont terminés par de beaux chapiteaux sculptés d'animaux ou de motifs végétaux entrelacés. Pendant le prêche les enfants piaillent, les téléphones portables s'ébrouent, il est temps que j'aille à mon rendez-vous, place Aristotélès. Du haut de l'hôtel où je retrouve les collègues compositeurs, j'ai une vue imprenable sur la baie de Thessalonique, le mont Olympe se dessinant dans la brume maritime qui peu à peu se dissipe à mesure que nos discussions s'enflamment ! Moment grandiose où la terre émerge de la mer, comme une île se dressant dans la vapeur maritime au fur et à mesure que le soleil frémit à l'azur. Les journées à Thessalonique se passeront calmement, émaillées par les différents rendez-vous que j'ai pu obtenir en amont. Le concert du dimanche soir duquel je m'étais réjoui est malheureusement annulé, l'une des raisons évoquées étant la tenue des élections le même jour. Arts et politique feraient-ils mauvais ménage ?
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