Fuite des cerveaux aux États-Unis - French
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Fuite des cerveaux aux États-Unis - French
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Document Category : Interview in EducPros.fr letudiant.fr
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Date : November 9 , 2010
Author : Propos recueillis par Mathieu Oui
Fuite des cerveaux aux États-Unis : l’Institut Montaigne relance le débat
"Gone for Good ? Partis pour de bon ?" Une étude de l’Institut Montaigne sur les expatriés de
l’enseignement supérieur français aux États-Unis relativise fortement la fuite des cerveaux. Educpros a
rencontré l’auteur de cette étude, Ioanna Kohler, ancienne diplômée de l’enseignement supérieur français
établie à New York. Premier volet de notre partenariat avec l’Institut Montaigne. Retrouvez, le deuxième
mardi de chaque mois, une tribune de l’Institut sur des problématiques liées à la jeunesse, à l’emploi
et/ou à l’éducation.
Selon les chiffres collectés pour votre enquête, seuls 1,3 % des chercheurs français étaient expatriés aux
États-Unis en 2000 et à peine 2 % des docteurs français sont formés chaque année outre-Atlantique. Ces
chiffres relativisent fortement la fuite des cerveaux. Y a-t-il néanmoins péril en la demeure pour la
recherche française ?
Vous avez raison. Ces chiffres sont limités, mais ils sont incomplets. Par exemple, l’inscription consulaire des
Français aux États-Unis n’est pas obligatoire. L’ambassade de France à Washington et les services
consulaires, pourtant très coopératifs, ne disposent pas de données quantitatives ou nominatives
complètes. Il y a un contraste frappant entre le discours alarmiste entendu parfois en France et l’absence de
véritable mesure de la mobilité des enseignants-chercheurs. De même, la France dépense beaucoup
d’argent pour former des doctorants étrangers à travers les bourses Chateaubriand ou Eiffel, sans se
préoccuper ensuite de suivre leurs traces. Il n’y a pas d’annuaires d’anciens de ces boursiers. Il faudrait donc
commencer par recenser précisément la mobilité scientifique sortante et entrante, c’est d’ailleurs l’une des
propositions du rapport. Mais, au-delà du faible nombre d’expatriés outre-Atlantique, il y a un impact plus
qualitatif qui semble préoccupant.
C’est-à-dire ?
Si l’on regarde les grands prix internationaux de la recherche, on s’aperçoit que nos meilleurs chercheurs
sont souvent à l’étranger. Prenez le Nobel de médecine : sur les cinq derniers attribués à la France depuis
1945, deux ont été décernés à des Français travaillant aux États-Unis. C’est la même chose pour le Prix du
meilleur jeune économiste de France, qui a également récemment récompensé deux jeunes chercheurs
français vivant dans ce pays : Esther Duflo, professeur au MIT récompensée en 2005, et Thomas Philippon,
Associate Professor à la NYU en 2009.
Cette expatriation des jeunes chercheurs qui montent est inquiétante. Mon étude montre également que,
parmi les Français qui enseignent dans les grandes universités américaines, une part importante est
constituée d’anciens diplômés de Polytechnique et de l’ENS.
Vous avez rencontré une soixantaine de chercheurs français aux États-Unis. Avez-vous été surprise par
leur retour d’expérience ?
Plus de la moitié d’entre eux soulignent l’insuffisance des liens avec le système de recherche français et leur
volonté d’être mieux informés, par exemple sur les opportunités de carrière en France. Il y a des
mécanismes incitatifs comme les retours postdoc de l’ANR ou les contrats ATIP [Action thématique et
incitative sur programme], mais qui sont encore méconnus des expatriés. Parmi les propositions du rapport
figure ainsi la création d’une base de données ouverte sur la diaspora scientifique et académique aux ÉtatsUnis ainsi que chez nos principaux concurrents scientifiques pour garder, rétablir et renforcer le contact
avec cette population. Le consulat de France à Shanghai a lancé cette année un portail Internet « Aurore »
qui vise à développer la coopération entre les communautés scientifiques française et chinoise. C’est une
initiative très intéressante.
Vos interlocuteurs aux États-Unis sont d’ailleurs nombreux à suivre avec intérêt les développements de la
loi LRU.
C’est vrai. Plusieurs d’entre eux ont été sollicités pour participer à des audits ou à des conseils
d’administration d’établissements français. D’une manière générale, il me semble que les universités
françaises ne profitent pas assez des marges de manœuvre offertes par la loi. Elles pourraient utiliser
l’autonomie de la gestion de la masse salariale pour sortir de la grille de salaires, et proposer des salaires
plus compétitifs à des chercheurs d’exception. Il pourrait aussi y avoir plus de souplesse par rapport aux
procédures habituelles du CNU afin de pouvoir dispenser de la qualification les meilleurs candidats français
ou étrangers titulaires d’un Ph.D. Par ailleurs, les établissements français qui vont bénéficier du grand
emprunt devraient être plus présents sur le marché international. Pour l’instant, seule l’école d’économie de
Toulouse participe aux forums de recrutement internationaux que l’on désigne sous le terme de « Job
Market ». Il faudrait aussi envisager de publier les offres de recrutement dans des revues spécialisées
comme The Chronicle of Higher Education, The Times Higher Education ou The Economist.
Vous soulignez la déperdition d’investissement pour la nation, mais face à la globalisation de la recherche,
une approche strictement nationale a-t-elle encore un sens ?
Vous avez raison. Il ne s’agit pas de défendre une position protectionniste et de faire absolument revenir les
chercheurs français au pays. L’intérêt de cette étude est de montrer, d’une part que ces derniers sont bien
formés donc exportables, mais aussi que la mobilité pourrait davantage s’effectuer dans les deux sens.
Il s’agirait par exemple d’attirer plus de chercheurs étrangers, ce qui constitue une grande faiblesse du
système français par rapport à la recherche américaine. Un système de package attractif permettrait
d’attirer des chercheurs américains ou d’inciter de jeunes docteurs étrangers formés en France à y rester.
Arrêtons donc de nous lamenter sur le brain drain et tentons de capitaliser sur le formidable réseau
dormant qui existe déjà.
Document Category : Press Dispatch from AFP
Date : November 9th, 2010
Author : AFP (Agence France Presse)
"Fuite des cerveaux" français vers les USA : encore limitée mais
s'accélère
La "fuite des cerveaux" français aux Etats-Unis reste limitée et inférieure à celle de l'Union européenne
mais elle s'accélère de façon d'autant plus préoccupante qu'elle touche souvent les meilleurs
chercheurs, selon une étude publiée mardi par l'Institut Montaigne.
Entre 1991 et 2000, les chercheurs français qui se sont expatriés aux Etats-Unis représentaient que 1,3%
de la population totale de chercheurs en France, contre 2% en moyenne à l'échelle européenne (UE à
15).
Selon le rapport, intitulé "Les chercheurs français qui s'expatrient aux Etats-Unis", la France connaît un
taux d'expatration bien plus faible que ses voisins immédiats: près de 3% au Royaume-Uni, 2,5% en
Italie, 2% en Espagne et en Allemagne.
"L'accélération de l'émigration scientifique française vers les Etats-Unis est récente et préoccupante",
estime toutefois ce rapport de l'Institut Montaigne, un cercle de réflexion libéral.
L'étude des "cohortes successives des Français" émigrant outre-Atlantique depuis les années 1970
montre que les chercheurs occupent une part grandissante. Alors qu'elle représentait environ 8% du
total entre 1971 et 1980, la proportion augmente considérablement à partir des années 1990, de façon
beaucoup plus accentuée que chez nos voisins européens, pour atteindre 27% de la cohorte des
expatriés français entre 1996 et 2006.
"Au-delà de l’aspect quantitatif, le phénomène démigration scientifique se mesure principalement sinon exclusivement - sur le plan qualitatif. En effet, si la proportion des chercheurs et des universitaires
français expatriés aux États-Unis reste modeste, certains dentre eux se situent parmi les meilleurs de la
communauté scientifique internationale", déplore l'étude, qui se fonde sur les prix et récompenses
internationales d'une part, et les publications dans des revues scientifiques de premier plan dautre part.
Quelle que soit leur discipline, "l'écrasante majorité des professeurs et chercheurs français ou formés en
France et exerçant aux États-Unis sont issus détablissements français délite", comme l'Ecole normale
supérieure ou Polytechnique, ajoute l'Institut Montaigne.
S'ils forment un groupe "très restreint", les normaliens expatriés aux Etats-Unis sont ainsi surreprésentés au sein des plus grandes universités américaines.
Parmi les principales explications citées par les chercheurs français expatriés figurent la reconnaissance
sociale et salariale de la recherche, des conditions de travail optimales et le temps qu'ils peuvent
consacrer à leurs travaux.
Document Category : Article in L'Expansion.com
Date : November 10th, 2010
Author : L'Expansion.com
Comment la France laisse partir ses cerveaux
Bien que limité, le départ des chercheurs vers les Etats-Unis s'accélère et le système français séduit peu
les universitaires étrangers. L'Institut Montaigne dresse un portrait de ces expatriés.
Faute de données officielles tant du côté américain que français, le phénomène est difficile à quantifier.
Mais depuis une vingtaine d'années, le sentiment d'un "brain drain", une fuite massive des cerveaux vers les
Etats-Unis notamment, s'est encore renforcé. L'Institut Montaigne vient de publier une étude sur le sujet "Partis pour de bon ? Les expatriés de l'enseignement supérieur français aux Etats-Unis"- et se penche sur
ces départs de plus en plus nombreux.
"Le flux d'immigration qualifiée de la France vers les États-Unis se situe en-deçà de la moyenne
européenne", reconnaît l'auteur du texte, qui observe que le nombre des universitaires expatriés aux ÉtatsUnis entre 1991 et 2000 représente 1,3% de la population totale des chercheurs dans l'Hexagone. La
moyenne européenne se situe à 2%, à 2,5% en Italie et jusqu'à 3% au Royaume-Uni. Mais "au-delà de
l'aspect quantitatif, le phénomène d'émigration scientifique se mesure principalement - sinon exclusivement
- sur le plan qualitatif. En effet, si la proportion des chercheurs et des universitaires français expatriés aux
États-Unis reste modeste, certains d'entre eux se situent parmi les meilleurs de la communauté scientifique
internationale", prévient l'étude. Or le nombre et la qualité des publications scientifiques jouent
directement sur le classement international des centres de recherche. Les expatriations sont d'ailleurs plus
fréquentes chez les post-doctorants, qui sont 30% à quitter l'Union européenne -principalement vers les
Etats-Unis- pour y trouver des filières d'excellence. La part des chercheurs dans les expatriés français n'a
aussi de cesse d'augmenter.
Retour sur investissement
70% des chercheurs français formés aux Etats-Unis envisagent aussi de s'y installer une fois terminée leur
cursus. Ce qu'ils y trouvent ? Une plus grande proximité entre la recherche et l'enseignement, une vraie
reconnaissance de leur travail avec à la clé des rémunérations attractives, et un esprit de compétition qui
valorise tous les talents. Pour l'écrasante majorité d'entre eux, trouver un emploi en Amérique du Nord leur
semble aussi plus facile qu'en France, où les procédures de recrutement sont longues et complexes.
Pourtant "la majorité des chercheurs français interrogés n'excluent pas de rentrer en France", constate
l'étude. D'où la proposition de l'Institut Montaigne de favoriser la reconnaissance des doctorats acquis à
l'étrangers, les fameux "PhD" par exemple, pour renforcer l'attractivité de la France. Car l'expatriation des
cerveaux, majoritairement issus des grandes écoles, pose aussi la question du "retour sur investissement"
des fonds publics consacrés à la formation des élites. Le think tank s'est par exemple penché sur la
formation de 25 économistes installés outre-Atlantique: parmi eux 10 sont des normaliens et 8 des
polytechniciens.
Document Category : Article in La Tribune
Date : November 10th, 2010
Author : Clarisse Jay
La France peine à attirer les meilleurs cerveaux mondiaux
Si peu de chercheurs français s'expatrient finalement aux États-Unis, la France doit améliorer son
attractivité pour faire revenir les meilleurs et surtout séduire elle aussi les pointures internationales.
Derrière les discours alarmistes se cache parfois une réalité plus nuancée. Contrairement aux idées reçues,
l'expatriation des chercheurs français, en particulier aux Etats-Unis, reste finalement limitée. Elle peut même
être un atout. Encore faudraut-il que la France se donne les moyens de faire revenir ces chercheurs et
surtout d'attirer elle aussi des pointures étrangères. Or, ce n'est pas le cas, constate un rapport sur "Les
expatriés de l'enseignement supérieur français aux Etats-Unis" que l'institut Montaigne publie ce mardi.
Les raisons ? "La notion de fuite des cerveaux reste floue. Il y n'a pas de statistiques, notamment sur les flux
sortants", déplore l'auteur de l'étude, Ioanna Kohler, directrice des programmes de politique sociale à la
French-American Foundation U.S. à New York. Conséquence, impossible de recenser ces chercheurs et donc
de mener des actions ciblées à leur encontre. Car si l'expatriation des cerveaux français aux Etats-Unis reste
inférieure à celle des autres pays (moins de 2 %), elle prend de l'ampleur. Surtout, ces chercheurs sont
souvent les meilleurs et.... ils reviennent rarement. Une fois partis, ils n'ont en effet plus accès aux
informations. "Faute de réseau dans l'Hexagone, ils ont l'impression d'un système opaque et favorisant le
localisme. Par ailleurs, le doctorat est peu reconnu en France", remarque Ioanna Kohler.
Autre lacune, l'absence des universités françaises sur le "job market" des chercheurs. Quant aux mesures
lancées depuis 2007, elle restent limitées ("retour post-doc", chaires d'excellence sur 2009-2010). Des freins
qui empêchent aussi la France d'attirer les grands chercheurs étrangers, ceux-ci étant confrontés en sus à
d'autres obstacles : rémunération, lourdeur administratives, difficultés d'insertion du conjoint ou parfois
impossibilité de dispenser des cours pour de simples raisons de limite d'âge.
Saluant les récents efforts du gouvernement (autonomie des universités, grand emprunt...), le rapport
formule donc 12 propositions visant à mieux recenser ses chercheurs expatriés ainsi que les étrangers
formés en France, à les démarcher (communication, publication d'offres d'emploi dans des revues tel le
Times Higher Education...), à faciliter le retour ou l'installation en France ainsi qu'à promouvoir la mobilité
transatlantique réciproque.
Document Category : Article in Le Monde
Date : November 10th, 2010
Author : Philippe Jacqué
Les meilleurs chercheurs choisissent de plus en plus souvent les EtatsUnis
Une étude de l'Institut Montaigne souligne une fuite de 2 % des « cerveaux » français outre-Atlantique
En 1985, quand je suis arrivé à l'université de Columbia, à New York, il y avait très peu de Français.
Désormais, leur nombre en mathématiques, en économie, en physique ou en médecine a vraiment augmenté
», confie au Monde Antoine Compagnon, également professeur de littérature au Collège de France.
Cet afflux de chercheurs français en terre nord-américaine est le signe que la recherche française « s'inscrit
dans le mouvement de mondialisation de la connaissance », assure l'Institut Montaigne, un groupe de
réflexion libéral, dans une étude sur l'expatriation des universitaires français aux Etats-Unis. Ce travail, que
Le Monde présente en exclusivité pose la question d'une « fuite des cerveaux ».
Le nombre de ces chercheurs français qui s'expatrient reste « limité », estime l'étude, puisque moins de 2 %
des chercheurs franç ais travaillent aux Etats-Unis. Mais les effectifs augmentent constamment depuis
trente ans. Entre 1985 et 2008, 2 745 Français ont préparé leur doctorat aux Etats-Unis, et 70 % y sont
restés. Dans le même temps, un cinquième des centaines de postdoctorants accueillis aux Etats-Unis,
chaque année, restent sur place.
Si cet exode reste modeste en nombre, il pose problème dans la mesure où ce sont les meilleurs qui partent.
Très vite, les expatriés français additionnent les publications dans les bonnes revues scientifiques, et
récoltent les prix les plus prestigieux.
Revers de médaille
En économie, sur les 25 professeurs français en poste dans les 30 meilleures universités américaines, 10
sont issus de l'Ecole normale supérieure (ENS) et 8 de l'Ecole polytechnique... En biologie, on compte 7
anciens de Normale-Sup sur 10... « Environ 2 % des anciens de Normale-Sup sont aujourd'hui aux Etats-Unis
», a calculé Ioanna Kohler, l'auteure de l'étud e. « Quand on a été mélangé pendant notre formation à des!
gens br illants et ambitieux, on a envie de poursuivre l'expérience, confie Julien Sage, 39 ans, normalien,
spécialiste de cancérologie et de biologie des cellules souches, à Stanford depuis 2004. Dans les grandes
universités américaines, il existe une densité intellectuelle hors du commun. »
« Les universités américaines, c'est là où tout se passe, confirme Souleymane Bachir Diagne, 55 ans,
normalien et philosophe sénégalais aujourd'hui à l'université Columbia, à New York. Pour ma génération,
venir ici était inimaginable. Je me voyais d'ailleurs plutôt revenir en France après avoir enseigné dans mon
pays... Mais, ce sont les hasards de la vie. »
C'est aussi un concours de circonstance qui a conduit Julien Sage à s'installer aux Etats-Unis. « Je suis parti
faire un postdoctorat au Massachusetts Institute of Technology (MIT), sans souhait d'y rester. Puis, j'ai vu
mes collègues obtenir de bons postes et je me suis demandé, «pourquoi m'en prive r ?» En définitive, j'ai
rejoint l'université de Stanford... »
Thomas Philippon, 36 ans, ancien de Polytechnique et économiste en poste à l'université de New York,
souhaitait préparer là-bas son doctorat. « On m'a dit que celui du MIT était le meilleur, j'y suis allé. On
m'aurait dit Düsseldorf, je serais allé en Allemagne. »
Les conditions de travail ne sont pas étrangères à ces choix. Le recrutement y est jugé plus juste qu'en
France, le temps de recherche important et le temps d'enseignement réduit. Surtout, le respect pour les
professeurs d'université se traduit par des salaires plus importants qu'en France... Bref, « on travaille une
fois et demie plus rapidement aux Etats-Unis qu'en France », juge Souleymane Bachir Diagne. Avec comme
revers de médaille : la forte pression pour produire, le temps important à consacrer à la recherche de fonds
et l'intense compétition.
Pour l'Institut Montaigne, s'il est bon d'avoir des cherch eurs français de très haut niveau aux Etats-Unis, se
pose to! ujours l a « question du «retour sur investissement» du point de vue de l'investissement consenti par
la nation. »
Comment la France tire-t-elle partie de l'expatriation de ces gens qu'elle a formés ? « Contrairement aux
chercheurs italiens, j'ai le sentiment que les Français conservent un contact fort avec la France », estime
Antoine Compagnon.
« Je donne des séminaires en France, mais la question de revenir en France est compliquée. Revenir avec une
famille n'est pas aisé... », assure Thomas Philippon. En revanche, Julien Sage n'a pas conservé beaucoup de
liens avec l'Hexagone : « Revenir est compliqué. Contrairement aux Etats-Unis ou aux autres pays d'Europe,
les universités françaises ne peuvent, pour l'instant, promettre un poste, des locaux, une équipe et des
financements pour déménager mon laboratoire. » Dans l'idéal, Souleymane Bachir Diagne, qui va bientôt
passer un semestre à Paris-VIII, aimerait avoir un pied de chaque côté de l'Atl antique. Un à Columbia et un
dans une université française.
Document Category : Article in Le Monde
Date : November 10th, 2010
Author : Philippe Jacqué
Une série de propositions pour faire revenir en France la diaspora scientifique
FAIRE revenir les chercheurs français expatriés aux Etats-Unis, ou, à tout le moins, tirer partie de l'élite
scientifique et intellectuelle expatriée, c'est ce que souhaite l'Institut Montaigne. Mais avant tout, ce club de
réflexion d'inspiration libérale propose de « se donner les moyens de recenser la communauté des
universitaires français expatriés, ainsi que celle des chercheurs étrangers formés en France, afin de renforcer
les liens avec cette diaspora scientifique »... Car les données actuelles sur leur nombre et leur évolution sont,
au mieux, partielles.
En deuxième lieu, l'institut estime essentiel de mener « une campagne de communication offensive sur les
offres d'emploi et les initiatives dont les chercheurs peuvent bénéficier ». Aujourd'hui, trouver sur les sites du
ministère et des diverses agences les offres d'emplois ou les dispositifs comme l'offre de « retour post-doc »
est fastidieux. Un effort de lisibilité serait nécessaire.
Par ailleurs, l'Institut Montaigne souhaite « insuffler une dimension internationale au recrutement
académique », et ce, même si des efforts dans ce sens ont déjà été fournis par les universités. Cela peut
passer par des « recrutements sur mesure » accélérés, pour prendre de vitesse les universités américaines.
Pour offrir le même standard que les Etats-Unis ou les voisins européens, l'institut préconise un « service
d'accueil personnalisé » : aide à l'obtention d'un titre de séjour, aide à l'installation pour la famille du
chercheur.
L'étude propose aussi de mieux promouvoir la mobilité transatlantique, en multipliant les liens et les
échanges entre chercheurs : bourses, semestre de visites, fonds pour financer des chaires d'une ou deux
années, développer le congé sabbatique en France, etc. Enfin, elle prône un encouragement des
collaborations entre laboratoires.
Document Category: Article in Le Figaro
Date: November 17th, 2010
Author: Natacha Polony
Les cerveaux français préfèrent les États-Unis
Selon l'Institut Montaigne, cet exode touche particulièrement les scientifiques et les économistes.
On avait coutume, jusqu'ici, de déplorer le manque de mobilité des jeunes Français, et leur peu d'entrain à
étudier à l'étranger. La situation s'améliore. Mais un rapport de l'Institut Montaigne tend à refréner les
satisfecit face à cette poussée d'expatriation chez les étudiants français. Car les jeunes gens qui passent une
année aux États-Unis durant leurs études ont tendance à y prendre goût. Pire, ces départs toucheraient
principalement les meilleurs chercheurs, plus enclins que les autres à aller chercher sous le ciel américain les
conditions qu'ils ne trouvent pas en France. Le rapport rédigé par Ioanna Kohler, directrice des programmes
de politique sociale à la French-American Foundation, à New York, et intitulé Gone for Good? Partis pour de
bon? Les expatriés de l'enseignement supérieur français aux États-Unis, montre l'image d'une recherche
française peu attirante pour ceux qu'elle a formés.
Certes, avec 1,3% de ses chercheurs expatriés aux États-Unis, la France se situe en dessous de la moyenne
européenne, et loin derrière le Royaume-Uni (3%) ou l'Italie (2,5%). Pourtant, ce chiffre est en augmentation
constante. Et surtout, la part des chercheurs parmi les Français qui émigrent aux États-Unis est passée de 8%
dans les années 1970 à 27% entre 1996 et 2006. L'auteur du rapport montre ainsi l'extrême ambivalence de
cette mobilité accrue dans un monde où les perspectives de carrière universitaires sont radicalement
différentes d'un pays à l'autre. «Il y a lieu, écrit-elle, à la fois de se féliciter de la montée en puissance des
jeunes Français parmi ceux qui cherchent à obtenir un PhD (doctorat de philosophie) et de craindre qu'ils
soient attirés par un marché du travail universitaire plus attractif que le marché hexagonal.»
Car les jeunes Français qui obtiennent un doctorat aux États-Unis restent très majoritairement outreAtlantique, qu'ils aient déjà un engagement dans une université ou une entreprise ou qu'ils aient
simplement le projet d'en obtenir un. Quant aux post-doctorants ayant obtenu leur doctorat en France, ils
sont 50 à 55% à partir à l'étranger, dont un tiers aux États-Unis. En effet, une enquête réalisée en 2005 par
la Mission scientifique et technologique de l'ambassade de France aux États-Unis auprès de jeunes
chercheurs ayant effectué une formation post-doctorale en Amérique du Nord indique qu'ils sont 75% à
estimer «facile» ou «assez facile» de trouver un emploi aux États-Unis; un taux de réponse qui est de
seulement 30% pour la France.
Les meilleurs éléments
Cependant, la nouveauté du rapport de l'Institut Montaigne réside moins dans ces données quantitatives
que dans une étude qualitative du type de chercheur qui a tendance à s'expatrier. Résultat: la France laisse
partir chaque année ses meilleurs éléments, ceux qui pourraient, intellectuellement et économiquement,
enrichir le pays. Au-delà des données anecdotiques sur l'expatriation massive des compositeurs français, le
rapport démontre que ce sont les économistes, les biologistes ou les mathématiciens qui ont le plus
tendance à chercher refuge sous de meilleurs cieux. Les méthodologies à l'œuvre en sciences humaines
limitent au contraire la mobilité dans ces domaines, puisque les sciences sociales s'appuient aux États-Unis
sur un postulat de rationalité des sujets, quand les chercheurs français privilégient la mise en avant de la
complexité des choix. Mais les domaines qui déterminent de près ou de loin une forme de puissance
nationale sont ceux dans lesquels les Français lorgnent vers les établissements américains.
Plus grave, parmi ces chercheurs, ce sont les anciens élèves des grandes écoles, normaliens ou
polytechniciens, ceux qui ont coûté le plus cher à former, qui partent le plus volontiers, et que l'on retrouve
à la tête de chaires prestigieuses. Ainsi, Catherine Dulac, normalienne et «Chair» du département de
biologie moléculaire et cellulaire à Harvard, explique son choix de l'exil: «À 34 ans, cela a été un véritable
déchirement. J'ai pensé que je rentrerais en France après cette expérience. Cela n'a pas été possible: je
n'aurais pas pu me retrouver dans un laboratoire où j'aurais perdu l'indépendance qui m'était acquise aux
États-Unis et avec des moyens tellement réduits que j'aurais été dans l'impossibilité d'effectuer un
programme de recherche compétitif.» Parmi ces exilés, nombreux sont ceux qui seraient prêts à revenir en
France si les conditions leur semblaient attractives. Question de salaire, de liberté et de facilités
administratives. Autant de domaines sur lesquelles les universités françaises commencent à travailler.
Des solutions pour ramener les chercheurs en France
Les jeunes chercheurs interrogés par Ioanna Kohler le disent: la lenteur administrative dans les procédures
de recrutement en France est l'élément rédhibitoire pour envisager un retour. Le «recrutement sur mesure
pour les professeurs et les chercheurs les plus talentueux», que l'auteur appelle de ses vœux, fait partie des
objectifs de la loi liberté responsabilité des universités. Mais, au-delà de quelques cas amplement
médiatisés, sa mise en œuvre prendra un certain temps. D'autant que Ioanna Kohler souligne le manque
d'information des jeunes chercheurs expatriés ou étrangers sur les possibilités qui leur seraient offertes en
France.
Pour elle, un «cadre favorable au retour» dépendrait non seulement d'une réelle souplesse dans la création
de chaires pour les profils atypiques, ou à la croisée des disciplines universitaires, dans la valorisation du PhD
(doctorat de philosophie) et de l'expérience professionnelle qui le suit, donnant droit à un avancement et
des points de retraites conséquents, mais surtout dans la mise en place d'un véritable réseau de chercheurs
formés en France, qui soit considéré comme une authentique communauté scientifique, et dont les liens
avec la France seraient facilités par un système de chaires tournantes.
Le rapport de l'Institut Montaigne ne prétend pas que l'Université française doive calquer son organisation
sur un standard international qui incarnerait la modernité. Il ressort au contraire de ce texte que les
établissements français peinent à faire connaître leurs atouts. Par exemple, Ioanna Kohler ne prône pas la
publication exclusive des recherches en langue anglaise. Mais elle cite la French-American Foundation
américaine, et son prix récompensant chaque année deux œuvres traduites du français vers l'anglais comme
un moyen de diffuser le savoir. Des traducteurs spécialisés dans les domaines de la recherche, notamment
en sciences sociales, seraient les meilleurs avocats de l'excellence française.
Document Category: Article in The New York Times
Date: November 21st, 2010
Author: Maïa de la Baume
French Professors Find Life in U.S. Hard to Resist
PARIS — Academics are increasingly leaving France for the United States, which carries the risk of a “brain
drain” in France, according to a report this month by an independent study group.
The report, by the Institut Montaigne, a leading independent research group in Paris, found that academics
constitute a much larger percentage of French émigrés to the United States today than 30 years ago.
According to the report, between 1971 and 1980, academics represented just 8 percent of the departing
population; between 1996 and 2006, they represented 27 percent of the departing population.
“The acceleration of French scientific emigration to the United States is recent and worrisome,” said the
report, called “Gone for good? The expatriates of French higher education in the United States.”
Of the 2,745 French citizens who obtained a doctorate in the United States from 1985 to 2008, 70 percent
settled there, the study found.
The number of French scientists who leave France for the United States remains limited, but the exodus of
the country’s most talented scientists could hurt the economy, the report suggested.
“Those who leave France are the best, the most prolific and the best integrated on an international scale,”
said the report, which surveyed about a hundred French researchers and professors who studied in France’s
top universities and elite schools like the École Normale Supérieure and the École Polytechnique.
Many of France’s best biologists and economists can now be found in the United States. According to a
study in 2007 by the École des Mines that looked at the 100 best economists in the world, according to the
amount of their work published from 1990 and 2000, four of the six top French researchers in economics
had left France for the United States.
“Biology and economics are poorly recognized in France,” said Thomas Philippon, a French economist who
began teaching finance at New York University Stern School of Business in 2003. “But the problem also
comes from the fact that the French labor market doesn’t value Ph.D. theses.”
The Institut Montaigne study concluded that, for the most talented French economics students, studies in
the United States are an “obligatory step” toward a doctorate.
Two of France’s best-known economists teach in the United States at the Massachusetts Institute of
Technology and obtained their doctorates there. One of them, Olivier Blanchard, is also the chief economist
at the International Monetary Fund. The other economist, Esther Duflo, received the John Bates Clark Medal
in 2010, which is one of most prestigious awards in economics. Dr. Duflo was granted tenure at 29 years old,
making her one of the youngest professors to receive tenure at the university.
The emigrant trend is more recent among French biologists, but their numbers have grown significantly.
“Biology is an extremely competitive field,” said Gérard Karsenty, a professor of genetics and and
development at Columbia University in New York.
“The notion of competition, the acceptance of competition is more in harmony with the American culture
than the French and Latin one,” he added.
The brain drain in French academia has been observed in other arenas, as well. The field of musical
composition, for example has been hurt by the trend, and composers are few, training offers scarce and jobs
rare. “We are in the process of killing contemporary music in France,” said an unidentified composer cited in
the report.
Today, many French academics working in the United States say their choice to leave their country was
largely motivated by an American system “where universities are larger, richer and more flexible than in
France,” said Dr. Philippon, the professor at New York University.
Mr. Karsenty, the biologist, said: “Scientific education in the U.S. embraces the philosophy of science, which
is a solitary and competitive field.”
The French lifestyle, which puts a higher value on quality of living and less emphasis on competition and
getting ahead, is no longer sufficient to keep talented researchers in France, many scientists said. In a
country where science is often viewed as cut off from society, French universities do little to glorify their
researchers, they said, and offer working conditions that are often mediocre.
“The freedom that academics garner in France is invaluable,” said Rava da Silveira, a physicist who teaches
neuroscience at the École Normale Supérieure and collaborates with researchers at Princeton, Harvard, and
Stanford, “but with it comes a deplorable waste of talent. People interact much less through informal
discussions, and there is little team spirit or consultation, in particular between faculty and students.”
Upon moving to France after nine years in the United States, Dr. da Silveira said, his salary was cut by about
two-thirds.
Like many other researchers, he agreed that the rigidity of the French higher education system and a lack of
financing, infrastructure and administrative help have prevented France’s scientific talents from reaching
their full potential in France.
For Pierre-André Chiappori, a professor of economics at Columbia who is mentioned in the report, the
American model is unique, and U.S. universities are havens of knowledge, the likes of which cannot be found
in France.
“If the United States attracts some of the best researchers in France, it is also true that a lot of them become
better in the United States,” Dr. Chiappori was quoted as saying. “My only regret, in that matter, is that I
should have come earlier.”
Document Category: Article in Les Echos
Date: November 24th, 2010
Author: Jean-Claude Lewandowski
Quand les cerveaux français mettent le cap sur l'Amérique
La « fuite des cerveaux » français en direction des Etats-Unis s'accélère : telle est le constat que dresse une
étude (« Gone for good ? Partis pour de bon ? Les expatriés de l'enseignement supérieur français aux EtatsUnis ») réalisée à l'initiative de l'Institut Montaigne par Ioanna Kohler, diplômée de Sciences Po, en charge
des programmes de politique sociale à la French-American Foundation, à New York. Un nombre croissant de
jeunes chercheurs français partis faire une thèse ou un « post-doc » outre-Atlantique choisissent finalement
de ne pas revenir en France, observe cette étude, qui vient d'être publiée. Principaux motifs, les conditions
de travail et les rémunérations alléchantes qui leur sont offertes aux Etats-Unis, et la difficulté de décrocher
un poste intéressant dans l'Hexagone.
L'auteure de l'étude va même plus loin. Selon elle, ce sont souvent « les meilleurs chercheurs » qui
choisissent de ne pas revenir au pays : les diplômés des grandes écoles les plus cotées, en particulier, ainsi
que les universitaires les plus mobiles. Un exode particulièrement dommageable, car ces jeunes talents ont
tous les atouts pour devenir demain des acteurs de l'innovation et des créateurs de richesse. La société
française laisse ainsi filer une part de son potentiel créatif et de sa richesse.
Certes, on peut relativiser le constat. D'abord en soulignant qu'il est bon que des jeunes diplômés ou
chercheurs s'ouvrent à l'international, et aillent faire l'expérience d'autres cultures et d'autres méthodes de
travail. Ensuite, en remarquant que la France est beaucoup moins touchée par ce phénomène du « brain
drain » que les pays d'Asie (à commencer par la Chine et l'Inde), et même moins que les autres pays
européens. Enfin, on soulignera que la France et l'Europe commencent à se préoccuper de cette question, et
à mettre en place des dispositifs destinés à renforcer leur attractivité pour les chercheurs et les diplômés en
général. Parmi ceux-ci, on peut citer la réforme de l'université française (loi LRU), les conventions Cifre, ou
encore, en Grande-Bretagne, le dispositif baptisé « Researchers Development Framework ».
Il n'en demeure pas moins que cette étude de l'Institut Montaigne pointe un problème réel. Et auquel, dans
cette période d'internationalisation accrue du « marché » des chercheurs, il devient urgent d'apporter des
solutions.
Document Category: Interview on French-Morning.com
Date: November 23, 2010
Author: Alexis Buisson
Fuite des cerveaux français aux Etats-Unis : info ou intox?
French Morning : Votre rapport montre que l’expatriation des chercheurs et universitaires français aux
Etats-Unis s’est accélérée ces vingt dernières années. Entre 1996 et 2007, ils représentaient 27% des
expatriés (contre 8% entre 1971 et 1980) . Mais vous commencez le rapport en rappelant que ce « brain
drain » est assez limité.
Ioanna Kohler : Les données en la matière sont incomplètes, mais disons que cela concerne une population
assez restreinte – à mon avis, quelques centaines d’individus de talent et quelques dizaines d’individus de
très grand talent. Et, en matière de « brain drain », la France est en-deçà de la moyenne européenne. Ce
n’est pas l’hémorragie, mais les symboles sont importants : quand on voit que les trois derniers
récipiendaires français du prix Richard Lounsberry, qui récompense en alternance un Français et un
Américain dans le domaine biomédical, sont installés aux Etats-Unis, cela ne peut laisser indifférent.
FM : Pourquoi les pouvoirs publics français devraient-ils se soucier du phénomène ?
Il faut se réjouir de la présence des Français dans la mondialisation scientifique car ils avaient la réputation
d’être peu mobiles, mais je ne suis pas sûre que la France tire pleinement profit des flux de cette économie
de la connaissance. En effet, il y a d’excellents chercheurs en France mais c’est ceux-là qui ont le plus
tendance à s’expatrier ou à être « débauchés » par des universités américaines. Il faut se poser la question
du « retour sur investissement » : dans les grandes écoles notamment, on investit 100 à 125.000 euros dans
leur formation, mais ensuite le suivi n’existe pas vraiment et les perspectives de carrière sont insuffisantes.
Parmi ceux que j’ai interrogés, il y en a beaucoup qui auraient envie de rendre quelque chose à la France,
sans vouloir d’une carrière dans la recherche qui ressemble à sacerdoce.
FM : Qu’avez vous été surprise de découvrir lors de vos recherches?
Le salaire n’est pas le premier argument donné pour l’expatriation. En revanche, il est le principal obstacle
pour revenir. Il est divisé par deux voire plus, notamment pour les économistes qui sont, aux Etats-Unis, les
professeurs les mieux payés. J’ai également été surprise par l’unanimité autour de l’excellence de
l’université américaine, la grande qualité des collègues qui forment un environnement de travail stimulant.
Cela s’explique par le fait que les Etats-Unis sont très ouverts sur le recrutement international, ce qui
maximise les chances de recruter les meilleurs spécialistes dans leur domaine, quelle que soit leur
nationalité. Les chercheurs interrogés citent aussi un cadre très favorable à la recherche, la flexibilité de la
négociation salariale, des frontières plus souples entre les disciplines, la mise en place d’avantages pour le
conjoint ou encore l’adaptabilité du système à l’individu. Dernier point surprenant: l’âge de la retraite. A 55
ans, un professeur n’a pas envie de rentrer en France pour se dire qu’il sera retraité bientôt. Cela pénalise la
France quand elle veut faire venir des enseignants-chercheurs étrangers de renom.
FM : Il y a quand même ceux qui rentrent en France…
Il y en a mais ils sont souvent motivés par des facteurs personnels ou liés au conjoint. Mais je suis optimiste.
Les outils mis en place – les « retours post-doc » (un programme de l’Agence Nationale de la Recherche
visant à faciliter le retour de chercheurs ayant obtenu leur thèse en France, ndlr) et les chaires d’excellence
(dont les titulaires bénéficient d’avantages financiers pour réaliser leurs recherches, ndlr) – sont bons. Il
existe également de nombreuses coopérations entre chercheurs français et américains et entre les
chercheurs expatriés avec leurs collègues en France. Les coopérations scientifiques passeront par les
individus.
Propos recueillis par Alexis Buisson
Télécharger le rapport Gone for Good ? ici
Pour plus d’infos : Une table-ronde sur le sujet est organisée le 2 décembre à Columbia. Programme ici
Document Category: Article in Inside Higher Ed
Date: December 1st, 2010
Author: Scott Jaschik
The French Academic Diaspora
WASHINGTON -- The Richard Lounsbery Award (overseen by the National Academy of Sciences and its
French counterpart) goes each year to a young scientist who has demonstrated "extraordinary scientific
achievement in science and medicine." The prize typically alternates between French and American
scientists. The last three French winners teach at Harvard, Rockefeller and Columbia Universities.
That anecdote was one bit of evidence cited by Ioanna Kohler, the author of a new analysis (available
here, in French only) by the Institut Montaigne, a French think tank, on the issue of brain drain to the United
States. Many developing nations worry about losing their top academic talent to universities in the United
States or other Western nations, many times as soon as doctorates are earned in those countries.
In the case of France, a country proud of its academic traditions, raising the issue can be sensitive -- as was
evident at a briefing at the French Embassy here Tuesday. While Kohler fielded polite questions from the
Americans in the audience, she received several critical ones from representatives of French academic
groups that were present, and several of them scoffed at parts of her presentation.
Kohler held her ground. "I'm sorry if it's not pleasant to hear," she said. And she cited a series of examples
and statistics that suggest some sort of migration that is favoring the United States when it comes to top
French talent.
The American Economic Association gives the John Bates Clark medal every other year to the economist
under the age of 40 judged to have made the most notable contributions to the field. The last two winners
are both French, and their honors have been "a point of pride" in the country, Kohler said. But the most
recent winner, Esther Duflo, teaches at the Massachusetts Institute of Technology. And the prior winner,
Emmanuel Saez, teaches at the University of California at Berkeley. Kohler also cited the Nobel Prizes and
said that two of the five French scientists to win since World War II were living in the United States
(although she was challenged from the audience about who counts as a French scientist).
Mathematics, an area of traditional French strength, may be one in which France remains relatively
successful. Of the last 18 recipients of the Fields Medal (viewed as a Nobel equivalent for mathematics),
seven were French, and not part of the new French academic diaspora. But one of the last two winners was
just hired by the University of Chicago.
If these award trends captured the attention of the audience, so did some of the statistics cited in the
report. For instance, a study to identify the top French researchers in economics and biology found that
about 40 percent live in the United States.
For the report, Kohler interviewed many of the researchers who have settled in the United States about
what attracted them -- and what could lure them back. She stressed that there is a positive side to the story,
even from a French perspective, in that all of this hiring in the U.S. shows that French academics are "fully
exportable" and says something about the quality of the French system. Still, she said that the country needs
to be worried about the loss of talent -- and to consider the "return on investment" question, since many of
these academics were trained for years at taxpayer-supported French universities and research institutes.
Why did the academics tell her they left? "We tend to think that the top issue is the financial one," she said,
but by far the main reason cited was the ability, at top American universities, to be surrounded by "a critical
mass" of leading scholars. Those who have left France also cite the international nature of American
research universities, where many more nations are represented than may be the case in France, said one
audience member.
In terms of finances, she said that American academics (both young stars and those whose careers have
been well established) earn more than their French counterparts. But beyond average salary figures, one
key difference is that French universities do not differentiate based on the market demands for various
disciplines in a way that American universities do. So biomedical scientists, economists and others in fields
for which American universities pay top dollar stand to gain the most from moving to the United States.
The report Kohler wrote calls for a series of reforms, some of which wouldn't seem controversial. For
example, the report urges French organizations to track those academics who leave the country, to identify
trends in their movement, and to keep them involved in academic issues in France.
Other changes could be more controversial. For example, the report calls for the use of "personalized
recruitment packages" to attract some scholars back from the United States, more of a willingness to recruit
spouses at the same time (a strategy that is, of course, common in the United States), greater inclination to
view academic recruitment as international in nature, and improved efforts to identify job openings in
France that might appeal to the best foreign talent.
Issues related to salaries may be among the most contentious.
Ben Wildavsky, a senior scholar in research and policy at the Ewing Marion Kauffman Foundation and author
of The Great Brain Race,appeared with Kohler at the French Embassy. In his book, Wildavsky argues that
academic excellence is not a zero sum game and that it's a good thing that there is more competition for
academic talent. Still, he said Tuesday that "without being alarmist," there is good reason for a country like
France to worry about its loss of talent.
He argued -- to the visible discomfort of some of the French academics in the audience -- that the "culture of
egalitarianism" and a "culture of mediocrity" have eroded the quality of French universities. (He later said he
"withdrew" the word "mediocrity" and that he should have referred instead to a culture of "insufficient
excellence.") Some of those who were challenging the report, he said, showed "elements of denial."
When the topic of differential salaries by disciplines came up and several in the audience made clear their
view that this American practice is inappropriate, Wildavsky said that it was "crazy" to think that universities
could operate without market influences. Differential salaries make sense, he said, ‘if you believe in the
market, if you believe in classical liberalism.”
Document Category: Interview in Capital
Date: January, 2011
Author: Frédéric Béghin
«ENRAYER LA FUITE DE NOS CERVEAUX, C'EST POSSIBLE"
Interview de loanna Kohler, de la French-American Foundation
Cette spécialiste des Etats-Unis a interrogé SO chercheurs français expatriés outreAtlantique. Pour connaître
leurs motivations et savoir comment les faire revenir.
Capital: Pourquoi s'intéresser à la fuite des cerveaux français aux Etats-Unis ?
loanna Kohler: L’expatriation des scientifiques français vers le principal pôle de la mobilité universitaire
mondiale s'est fortement accélérée depuis le milieu des années 1990. Selon des statistiques américaines
citées par Ahmed Tritah, économiste au Cepii, les ingénieurs, les chercheurs et les universitaires ont
représente 27% des expatriés français vers les Etatsunis entre 1996 et 2006. Dans les années 1980, cette
proportion était inférieure à 10%, comme chez nos voisins européens, où elle a bien moins augmente
depuis.
Autre symptôme: selon la National Science Foundation, 70% des Français partis décrocher un PhD,
l'équivalent de notre doctorat, dans une université américaine envisagent de rester sur place. Ce ne sont
que des intentions mais, dans cette étude, j'ai identifié 25 économistes français en poste dans les meilleures
universités américaines et constaté en effet que 19 d'entre eux avaient obtenu leur PhD aux Etats-Unis.
Capital: Votre étude se fonde sur une série d'entretiens avec des chercheurs expatriés. Pourquoi procéder
ainsi?
loanna Kohler: II n'existe pas de données statistiques sur la diaspora universitaire francaise.
Paradoxalement, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche en sait plus sur les chercheurs
étrangers présents en France que sur nos ressortissants expatriés ! Il fallait donc procéder de façon
qualitative. Recueillir ces témoignages permet de comprendre ce qui attire nos chercheurs dans les
universités américaines, ce qui les dissuade de revenir en France et, par ailleurs, le regard qu'ils portent sur
la réforme en cours de notre enseignement supérieur. C'est avec cette ambition comparative que l'Institut
Montaigne m'a confié ce travail.
Capital: Qu'avez-vous appris après 80 entretiens?
loanna Kohler: La France ne subit pas une fuite des cerveaux au sens strict, celle qui peut affecter un pays
en développement dont toute l'élite part. Mais l'accélération de l'expatriation représente un coût
économique certain car elle est particulièrement prononcée dans les sciences de la vie (biologie, recherche
biomédicale), un domaine où les retombées économiques sont très concrètes : brevets, nouveaux
médicaments, avancées dans le secteur de l'équipement médical.
Cela confirme les résultats d'une etude menée en 2007 par deux ingénieurs de l'Ecole des mines, selon
lesquels 40% des biologistes français les plus performants (au nombre de travaux publiés dans les revues
internationales) travailleraient aux Etats-Unis. Ce sont parmi les meilleurs, dans les disciplines les plus
«rentables», qui partent. Et, dans ces domaines, les scientifiques gardent peu de contacts avec la France. En
mathématiques, en physique ou en biologie, les chercheurs s'intègrent très facilement au système
américain, d'autant plus que le langage mathématique est universel. En sciences humaines, c'est différent,
ils gardent plus de liens avec leurs collègues et leurs universités d'origine. Cela dit, on peut craindre pour la
vitalité de notre recherche économique. Car, si les deux derniers lauréats de la médaille Qark (la plus
prestigieuse des récompenses dans cette discipline après le prix Nobel) sont des Français, Esther Duflo en
2010 et Emmanuel Saez l'année précédente, tous deux ont décroché un PhD aux Etats-Unis puis y sont
restés, la première au MIT et le second à Berkeley. Que récompensent ces médailles, sinon leurs carrières
américaines ?
Capital: Diagnostic inquiétant !
loanna Kohler: Attention de ne pas voir tout en noir. Il faut se féliciter que la France prenne part à la
mondialisation scientifique. Si l'accélération de l'expatriation des chercheurs est aujourd'hui prononcée,
c'est aussi parce que notre société, jusqu'aux années 1990, était peu ouverte sur l'international. Et ce réseau
de personnes de grand talent à l'étranger constitue un atout pour la France. On peut profiter de ces contacts
pour créer de nouvelles passerelles scientifiques -échanges d'étudiants, voire laboratories communs - sur la
base des relations personnelles entre les chercheurs d'un pays à l'autre. Les chercheurs sont souvent le
moteur des coopérations entre institutions universitaires ou scientifiques.
Capital: Comment les chercheurs expliquent-ils l'attrait des Etats-Unis?
loanna Kohler: Nous publions une comparaison des salaires en vigueur dans les deux systèmes. Un jeune
professeur touche en moyenne de 65 DOO à 80 DOO dollars par an aux Etats-Unis, contre environ 30 DOO
euros en France, et l'écart se creuse à mesure que les carrières progressent. Mais les personnes interrogées
rappellent le coût de l'assurance santé et de l'éducation des enfants (jusqu'à 20% du budget familial) aux
Etats-Unis.
Ce qui motive le départ est d'abord l'excellence des conditions de travail et le niveau de leurs collègues. S'il y
a de très bons chercheurs en France, dissent-ils, les Etats-Unis atteignent une «masse critique» inégalée,
comme le dit Catherine Dulac, biologiste à Harvard : «Dans mon département, il y a 43 labos de biologie
dont les directeurs sont au top niveau, et l'interaction scientifique entre nous est extraordinaire.» Economiste
Pierre-André Chiappori, lui, cite le département d'économie de Chicago – sept Prix Nobel depuis 1990!
Capital: Les expatriés évoquent-ils aussi les conditions matérielles?
loanna Kohler: En effet, les scientifiques ne tarissent pas d'éloges sur les plates-tormes techniques des
laboratoires. En sciences humaines, ils vantent les bibliothèques ouvertes tard le soir et le week-end, la
facilité d'accès aux ouvrages, même précieux, les abonnements aux services électroniques de
bibliographie...
Certains affirment que deux semaines dè recherche à Harvard équivalent à plusieurs mois de travail à la
Bibliothèque nationale! La vie du chercheur est aussi facilitée par le personnel administrative des universités
américaines, ce qui lui permet de se consacrer à la recherche. Pierre-André Chiappori le dit très bien: «C'est
quasiment une logique d'entreprise, il ne faut pas qu'une pénurie de personnel vienne freiner l'activité d'un
laboratoire. En France, le ratio entre chercheurs et personnel administratif est tout à fait insuffisant.» Enfin,
nos expatriés apprécient de voir leur activité respectée. Aux Etats-Unis, le titulaire d'un PhD est vu comme
quelqu'un qui, ayant mené un projet pendant quatre ans, a des compétences d'organisation et de gestion
bien au-delà de son domaine. Un professeur ou un chercheur peut changer de carrière plusieurs fois dans sa
vie, s'orienter vers la politique ou le business. Steven Chu, le secrétaire à l'Energie de Barack Obama, est un
Prix Nobel de physique passé par Berkeley, Stanford et la recherche privée au sein des laboratoires Bell. Ce
n'est pas un exemple isolé, signe du rôle que joue la science dans ce pays. En comparaison, comme le dit
Emmanuel Candès, professeur de mathématiques à Stanford, «on a le sentiment que les scientifiques
français sont marginalisés, comme s'ils n'étaient pas très intégrés au reste de la société et devaient toujours
justifier du bien-fondé de leur activité».
Capital: Et, après avoir goûté à un tel statut, ils n'ont guère envie de revenir...
loanna Kohler: Au moment d'envisager un retour, les écarts de salaires jouent un rôle plus important que
dans les raisons de partir. Après plusieurs années de carrière, l'écart s'est creusé et, si un chercheur a en
plus fondé une famille, il hésite à diviser ses revenus par deux. Ceux qui reviennent le font avant tout pour
des raisons personnelles ou familiales (situation professionnelle du conjoint ou éducation des enfants).
Sinon, la seule raison de rentrer en France est de se voir proposer un meilleur poste. Or les conditions du
retour ne sont pas toujours favorables, loin de là. Songez qu'il a fallu quatre ans pour faire venir
l'économiste Philippe Weil de Harvard à Sciences po. Les chercheurs perçoivent le recrutement en France
non seulement comme long, mais complexe et souvent officieux. Un département contacte un chercheur et
lui glisse : «II va peut-être y avoir un poste... on pense à ouvrir quelque chose dans six mois... est-ce que ça
t'intéresserait?». Cela peut décourager nos expatriés, habitués au professionnalisme et à la transparence
des procédures américaines.
Capital: La loi sur l'autonomie des universités permet-elle une amélioration ?
loanna Kohler: Oui, et il faudrait en profiter. Une université a aujourd'hui la possibilité, pour attirer un
chercheur, de sortir dc la grille de salaires afin de créer une rémunération «sur mesure» pour un chercheur
de grand talent. Cette souplesse nous rapprocherait de celle des établissements américains, où les salaries
se négocient de gré à gré en fonction du profil, des publications, du parcours personnel, et où un directeur
de département n'hésitera pas à embaucher un excellent candidat même s'il ne correspond pas exactement
à la description de poste initiale. En France, le procédé reste difficile à mettre en place, pour des raisons
culturelles. Ici, il faut encore «rentrer dans la fiche de poste», et on appréhende qu'une rémunération
individualisée provoque une réaction négative parmi les collègues. Pour certains de nos expatriés dans les
labos américains, où la recherché est vue comme une prise de risque, très bien rétribuée en cas de succès, le
statut de fonctionnaire qui existe en France apparaît comme une anomalie.
Capital: Comment faire évoluer les mentalités ?
loanna Kohler: La France ne sera jamais les Etats-Unis et il n'est pas possible, ni souhaitable, de greffer un
système sur un autre. On pourrait néanmoins s'inspirer du style de recrutement des universités américaines,
proactive et très ouvert sur l'international. En commençant par se persuader que nos laboratoires sont
suffisamment bons pour intéresser des scientifiques étrangers ou expatriés. Deux chercheurs, un Russe et
un Américain, m'ont raconté la même histoire : lorsqu'ils ont postulé dans une université française, on leur a
demandé pourquoi, puis s'ils avaient des attaches personnelles en France. Comme si, pour venir travailler
chez nous, il fallait être fou ou avoir une petite amie à Paris ! Pour changer tout cela, il faut davantage
s'internationaliser et s'appuyer sur la communauté des scientifiques français expatriés, en mettant en place
un recensement et une veille systématiques. Il faut pouvoir toucher les expatriés pour les tenir au courant
des postes qui s'ouvrent ou les solliciter pour des coopérations scientifiques internationales. Il y a des
initiatives intéressantes en Allemagne, par exemple, avec deux portails Internet voués à leurs chercheurs
exerçant à l'étranger. Les scientifiques italiens présents aux Etats-Unis bénéficient d'un site du même type,
une grande base de données qui va de l'échange de tuyaux administratifs aux offres de collaborations
scientifiques pointues. Les Français n'ont pas encore de réseau social de ce type, mais cela fait partie des
projets de l'ambassade de France - c'est encourageant !
Document Category: Article in The Chronicle of Higher Education
Date: March 10, 2011
Author: Ioanna Kohler
France's Challenge: Embracing Academic Globalization Without Fear
Last August, the Fields Medal—the equivalent of a
Nobel Prize in mathematics—was awarded to four
researchers, including two young French professors,
Cédric Villani and Ngo Bao Chau. Those awards
bolstered France's scientific pride: Both awardees were
trained in one of the country's most prestigious highereducation institutions, the École Normale Supérieure,
which is part of the elite grandes-écoles state-financed
system.
gwenda kaczor for the chronicle
Mr. Villani and Mr. Ngo received French educations par
excellence, but their career trajectories illustrate a challenge for France. Mr. Villani teaches at Université
Lyon I, whereas Mr. Ngo was hired at the University of Chicago. To some, Mr. Ngo's decision is yet another
example of France's academic "brain drain," illustrating how France is losing its best and brightest to other
countries, especially the United States.
The mobility of French scientists and academics is, in fact, limited. According to a 2008 survey by the Centre
d'Études Prospectives et d'Informations Internationales, a research center, the number of scientists born in
France who immigrated to America between 1990 and 2000 represented only 1.3 percent of French
scientists (which puts France below the 2 percent average in the European Union). Less than 2 percent of
École Normale Supérieure alumni were said to be living in the United States in 2010. However, the case of
Mr. Ngo encapsulates the challenges prompted by increased international academic mobility, in particular
for the most talented individuals.
How can one distinguish between national and scientific interests? Should scientific achievement be
attributed to an individual, regardless of citizenship? Should it be credited to the country where that
individual was educated, or to the one that fostered that individual's research? France is not alone in
struggling with those challenges—and the possible ways I suggest to overcome them can be applied to other
countries concerned about "brain circulation."
Losses and Gains
France's academic mobility is a two-sided coin. On the one hand, such mobility can be considered a loss for
France, depriving it of its most skilled and talented human capital after it provided a free education. In the
case of the highly selective grandes écoles, students receive a salary while they attend, which makes the
question of "return on investment" particularly acute when they decide to pursue their careers outside
France.
On the other hand, talent circulation bolsters the cross-fertilization of ideas throughout the world and
provides a favorable environment for competition, and therefore innovation. Major discoveries made by
individuals—whatever their citizenship, and wherever they work—eventually benefit the common good.
That mobility paradox will not be solved soon. But one thing is certain: Thinking of the French scholars'
outward mobility in terms of "brain drain" misses the point. France's academic circulation is good news. In
this era of global competition for talent, ideas, and knowledge, French students and professors, who used to
"stay at home," are embracing the intellectual and scientific exchanges that go with a global knowledge
economy. The increasing command of English by scholars over the past 10 or 15 years certainly played a
most important role in fostering this new generation of academic globe-trotters. In a highly competitive
marketplace, they turn out to be fully exportable. For example, in a 2010 report that I wrote for the French
think tank Institut Montaigne, entitled "Gone for Good? The French Academic Diaspora in the United
States," I reported that French professors working in America are teaching in some of the best institutions.
The real issue is how to best foster academic mobility as a two-way street for French and international
scholars. How can we leverage the diaspora of French scholars and their international counterparts trained
in France (or recipients of French state-financed fellowships) to build new international scientific and
academic collaborations?
It is easier said than done. Who is leaving France? Who is returning to France? Who is gone for good? Any
attempt to count or identify the Francophone diaspora is difficult, as it is a moving target. Identifying such a
diaspora abroad will require coordination between the Ministry of Higher Education, French embassies and
consulates, higher-education institutions in France, and their counterparts in the main destination countries.
The grandes écoles will also need to strengthen their network of alumni, which is just starting to develop.
The identification and data-collection process, along with the production of annual statistics on the in- and
outflow of academics and researchers, will allow policy makers and education experts to conduct regular
surveys of expatriate French academics and foreign scholars trained in France. That way, government
officials will have an accurate picture of the extent of the brain drain and will be able to devise policy tools
accordingly.
It is also important to create online social forums and networks specifically dedicated to academics abroad.
The networks could advertise job offers in France, list benefits available to returning French scholars or
international academics, promote scholar-in-residency programs, conferences, seminars, fellowships, and
grants. The French embassy in the United States, along with American offices of the Institut National de la
Santé et de la Recherche Médicale, which is devoted to research on human health, and the Centre National
de la Recherche Scientifique, already disseminate some of this information. Still, a more comprehensive
communications strategy needs to be devised to reach out to the French expatriate academic community as
a whole, wherever they live. France could draw inspiration from Germany and Italy, which have started
interesting projects such as the German Academic International Network or the Italian Scientists and
Scholars in North America Foundation.
Recruitment Across the Globe
Increasing two-way academic mobility also means making university recruitment in France genuinely
international. University human-resources departments should, for example, establish international search
committees and advertise positions in the international higher-education press. Being visible in the
international academic job market counts, too. So far, only one French university, the École d'Économie de
Toulouse, has been participating in this type of international job search.
As much as possible, international recruitment should be free of pain and red tape. That translates into
extending professional equivalency to foreign-earned doctorates and better recognizing work experience
abroad both for purposes of career advancement and pensions. It is well known that French compensation
standards are significantly lower than those in America or Switzerland. French institutions should take full
advantage of their recent budgetary autonomy, granted in 2007, to offer personalized recruitment
packages, outside the fixed salary range, to the most desirable French or international candidates. Some
institutions have already started doing so for long- or short-term contracts with outstanding academics. The
Université de Paris VII's recent hiring of American George F. Smoot, who won the Nobel Prize in Physics in
2006, shows France is indeed capable of attracting some of the best international talent.
With more than 7,000 research papers co-authored by French and American academics every year, transAtlantic scientific collaboration is doing well. Still, there is room to enhance France's scholarly exchanges at
the international level. Experience shows that academics and scientists are instrumental to leading
institutional cooperation. They are key to fostering new cooperation agreements, exchange programs, and
joint degrees between institutions throughout the world. That is why France should harness the network of
its academic expatriates to build new scientific bridges with other countries. For example, the online
forum Aurore Sciences seeks to further cooperation among French and Chinese scientists.
What's more, scientific or academic joint-ventures, like the Casanova and Abel laboratory started by
Rockefeller University, in New York, and Faculté de Médecine Necker, in Paris, need to be encouraged.
Created in 2010, the innovative partnership fosters collaborative research, with all publications and patents
arising from it credited to both institutions.
Such cooperation bodes well for France, and points the way for how nations can move beyond the braindrain impediment and start to benefit from the brave new world of academic mobility.
Ioanna Kohler is the director of policy programs at the French-American Foundation United States.
http://chronicle.com/article/Frances-Challenge-Embracing/126685/