Mathématicienne... Et alors

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Mathématicienne... Et alors
Sommaire
Sommaire
> Prologue / Françoise Vincent
> Anxiété à l’égard des mathématiques / Louise Lafortune
> Des lois pour l’égalité hommes-femmes / Laurence Cartier
/ Véronique Slovacek-Chauveau
> Un peu d’histoire : du IV e siècle à nos jours / Françoise Vincent
Les précurseures
Nos contemporaines
> Parcours et vécus / Karell Bertet
/ Michèle Loday-Richaud
/ Marie-Françoise Roy
> L’Enquête
Analyse de l’enquête
Constat et réflexion / Sophia Augé
> Conclusion / Françoise Vincent
Actualités régionales
> Web utile
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Françoise Vincent / prag département de mathématiques, Université de La Rochelle
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Remerciements
Remerciements
Je tiens à remercier particulièrement :
- l’équipe de l’enquête : les étudiants Segno Alessou, Myriam Desa, Harmonie Goyau,
Gwénaëlle Guillas, Mickaël Séosse, Stéphanie Gaillard, l’enseignante Sophia Augé,
- pour leur patience et leur travail, Christophe Sainson, maquettiste de ce livret et
pourvoyeur d’idées quant à la structure de ce dit livret, Pierric Lechelon, réalisateur du
graphisme de la couverture,
- enfin celles qui ont accepté de partager avec vous quelques réflexions sur les femmes
et les sciences, plus particulièrement les mathématiques : Louise Lafortune, Laurence
Cartier, Véronique Slovacek-Chauveau, Karell Bertet, Michèle Loday-Richaud, MarieFrançoise Roy et Sophia.
Prologue
Prologue
« Où l’on montre que l’opinion vulgaire est un préjugé, et qu’en comparant
sans interest ce que l’on peut remarquer dans la conduite des hommes et des
femmes, on est obligé de reconnoître entre les deux Sexes une égalité »
Ceci est l’introduction de la première partie de l’ouvrage de François Poulain de La Barre1,
« De l’égalité des deux sexes » ouvrage publié en 1673. Poulain de La Barre entendait par
cet ouvrage, développer les idées de Descartes qui affirmait « l’entière autonomie de la
pensée à l’égard du corps et rendait ainsi possible l’égalité intellectuelle de la femme »2.
Malheureusement et sans doute sous la pression sociale, Poulain de la Barre écrivait en
1675 « De l’excellence des hommes contre l’égalité des deux sexes ». Ce siècle ne devait
être prêt pour une telle révolution... Je n’hésite cependant pas à vous citer la célèbre phrase
de Poulain de La Barre « L’esprit n’a pas de sexe »... D’autres ont essayé de montrer la
voie à leurs contemporains comme le fit Condorcet3 dans son « Essai sur l’admission des
femmes aux droits de la cité » en 1790, mais ce n’est véritablement qu’au XXe siècle que
l’idée de l’égalité des sexes s’installe plus durablement.
Alors pourquoi s’inquiéter du manque de scientifiques féminines ? Pourquoi
vouloir inciter les jeunes filles à s’orienter vers l’étude des mathématiques, des sciences en
général ?
- par souci de justice entre filles et garçons ?
- pour diversifier le personnel des entreprises et ainsi ouvrir la réflexion ?
- pour répondre au manque de scientifiques en allant recruter ces
derniers parmi les filles ?
La première interrogation n’est pas sans fondement, ce n’est qu’au début de XXe
siècle que les universités ont ouvert leurs portes aux femmes ; qu’au cours de ce même
siècle que le droit de vote leur a été accordé4 et que leurs droits sociaux se sont vus élargis.
Ainsi l’intégration totale de la femme à la vie sociale, économique et intellectuelle est assez
récente et il n’est donc pas étonnant de voir certains tabous toujours présents.
La deuxième interrogation a sa réponse dans le souci d’innovation des entreprises,
celle-ci naît en particulier de la diversité et la mixité en est l’une des composantes.
Quant à la troisième, elle est due à la désaffection des jeunes pour les études
scientifiques et ceci depuis 1995. En effet, les titulaires d’un baccalauréat scientifique
s’orientent de plus en plus vers des formations professionnalisantes et s’inscrivent dans
les filières sélectives (CPGE, IUT, STS) ou dans les disciplines de sciences appliquées
(science de l’ingénieur ou sciences informatiques)5. Il ne faut pas confondre désaffection
des jeunes pour les études scientifiques et la supposée désaffection des jeunes pour les
sciences. En effet, aucune enquête n’a établi que les jeunes se désintéressent de la science.
1 Poulain de La Barre (1647-1723) arrête ses études de théologie et adopte la philosophie de Descartes.
2 « Émilie, Émilie ou l’ambition féminine au XVIIIe siècle… » Élisabeth Badinter, philosophe et
spécialiste du Siècle des Lumières.
3 Jean-Antoine-Nicolas Caritat, marquis de Condorcet (1743-1794), mathématicien, philosophe et
homme politique.
4 Le droit de vote a été accordé aux femmes en France en 1945, en Allemagne en 1919.
5 «Les filières scientifiques et l’emploi » dossier du ministère de l’éducation nationale.
Prologue
Ce sont les effectifs de toutes les filières académiques et théoriques qui ont faibli au
profit des filières professionnalisantes, Bernard Convert parle « d’un déplacement vers un
enseignement supérieur plus appliqué et plus en accord avec la demande économique du
moment. »6
D’autre part, malgré l’information toujours croissante adressée aux jeunes par
l’intermédiaire des médias et du web, vers quelles carrières se destine-t-on, par exemple,
lorsque l’on commence des études de mathématiques ? À part l’enseignement et la
recherche (mais qu’est-ce que la recherche en mathématiques au juste ?). Tout cela reste
encore obscur et de nombreux efforts sont faits en vue d’une clarification7. Il y a quelques
années alors que j’interrogeais mes élèves sur l’évolution des mathématiques la plupart
d’entre eux pensait que tout avait déjà été trouvé... Et pourtant, le mathématicien Jean
Dieudonné (1906-1992) faisait en 1976 lors d’une conférence intitulée « Mathématiques
vides et mathématiques significatives » l’évaluation suivante : deux mille à deux mille cinq
cent pages de textes mathématiques sont publiées par mois !
Dans l’enquête que nous avons faite en 20058, on peut lire que les femmes sont
moins encouragées à poursuivre des études scientifiques que les garçons. « On fait croire
aux filles qu’elles sont inaptes à faire des études scientifiques dès le lycée ».
Le constat est alarmant. Nous sommes ici en présence du mythe de la masculinité des mathématiques dont nous parlent Louise et son équipe dans leur ouvrage « Les
femmes font des maths ». Mythe bien évidemment entretenu par les filles elles-mêmes qui
s’auto-évaluent négativement par rapport aux garçons. On remarque d’ailleurs que peu de
filles s’orientent vers les classes préparatoires même si les débouchés y sont mieux définis
et plus nombreux que dans les universités, cela n’est encore pas suffisant pour les attirer.
Je lisais récemment le livre intitulé « L’ombre du vent » de Carlos Ruiz Zafòn et
j’y ai trouvé la phrase suivante dite par une jeune fille « Mon père trouve que les sciences
ne sont pas faites pour le sexe faible », scène se situant au milieu du XXe siècle, pas si loin
que cela de nous. Cette masculinité des sciences n’est pas que dans les romans comme le
montre l’exemple suivant : dans un article récent de la revue Ciel et Espace (octobre 2006),
Yaël Nazé, chercheuse à l’institut d’astrophysique et de géophysique nous parle de Vera
Robin, cosmologiste américaine née en 1928 à Philadelphie. Passionnée depuis l’enfance
par l’astronomie, elle se voit déconseiller par ses professeurs d’envisager une telle profession et même son « rêve devient un sujet de plaisanterie au sein de sa propre famille ». Il lui
faut attendre 1970 pour que ses travaux soient reconnus. Elle a reçu depuis de nombreux
prix9.
En janvier 2005, Le président de l’université d’Harvard, Lawrence Summers,
affirmait que si le milieu scientifique est moins fréquenté par les femmes, c’est tout simplement parce qu’elles sont mentalement moins bien dotées que les hommes. Il n’est plus
que l’ex-président de l’université d’Harvard...
6 Bernard Convert « Les impasses de la démocratisation scolaire « Éditions Raisons d’Agir.
7 La brochure de l’ONISEP, intitulée «Zoom sur les métiers des mathématiques» sortie en 2006 en est
un des exemples, elle est téléchargeable sur le site http://smf.emath.fr/Publications/ZoomMetiersDesMaths/
Zoom_Math2006_Bassedef.pdf
8 http://www.univ-lr.fr/labo/lmca/recherche/Colloques/Filles-1.txt
9 Elle a reçu en 1996 la médaille d’or de la Royal Astronomical Society, elle est la deuxième femme à l’obtenir
après Caroline Herschel en... 1828
Anxiété à l’égard des mathéma
Anxiété à l’égard des mathématiques :
situation des filles sans oublier les garçons
Louise Lafortune
Département des sciences de l’éducation - Université du Québec à Trois-Rivières
Au Québec et dans d’autres pays, il y a un manque de relève dans les domaines scientifiques
et technologiques. Les filles comme les garçons seront donc sollicités pour répondre
aux besoins d’une société en changement. Certaines attitudes peuvent les décourager,
surtout des filles, de choisir des carrières qui exigent des formations mathématiques,
scientifiques et technologiques avancées malgré de très bons résultats scolaires. Des
réactions affectives intenses et négatives à l’égard des mathématiques peuvent influencer
les choix de carrière.
Femmes et dimension affective en mathématiques
Malgré le fait qu’au Canada, il n’y a pas de différence significative entre les garçons et
les filles en ce qui a trait aux performances en mathématiques, le fait que les attitudes
soient négatives à l’égard des mathématiques, nous porte à vouloir approfondir certains
des aspects cognitifs et affectifs de l’apprentissage des mathématiques sous l’angle des
différences entre les sexes.
Anxiété à l’égard des mathématiques
L’anxiété à l’égard des mathématiques peut être ressentie à divers degrés et on relève
différentes manifestations de cette anxiété (inquiétude, malaises et peur). Les élèves qui
vivent de l’inquiétude sont préoccupés par le déroulement du cours à venir ; on peut alors
dire que leur prédisposition intérieure (leur attitude) est négative avant de s’engager dans
l’activité mathématique à cause d’une certaine appréhension. Même si cette inquiétude
se manifeste avant l’entrée dans la classe de mathématiques ou avant la réalisation d’une
tâche mathématique, elle est construite à partir d’expériences antérieures ou de croyances
et de préjugés véhiculés par l’école et la société relativement au niveau prétendu de
difficulté en mathématiques, de leur inutilité et de leur accessibilité supposément limitée à
un petit groupe de personnes possédant un talent supérieur. Les élèves qui ressentent des
malaises à l’égard des mathématiques, vivent des tensions qui leur sont parfois difficiles
à supporter ce qui les amène à s’engager peu dans l’activité mathématique. Ces malaises
surviennent en situation de résolution de problèmes mathématiques et rappellent des
moments difficiles vécus en mathématiques. La peur, quant à elle, est de plus grande
intensité et mène à l’évitement; elle crée des tensions insupportables. Lorsque les élèves
en sont rendus à ressentir de la peur des mathématiques, on peut penser que seules des
interventions spécifiques et soutenues pourront diminuer ces craintes. Ces différentes
formes d’anxiété peuvent mener les élèves, filles et garçons, à ne pas ressentir du plaisir
à faire des mathématiques et à se désengager par rapport aux tâches mathématiques à
réaliser.
Anxiété à l’égard des mathéma
De ces résultats de recherche, on peut dire que :
l’anxiété à l’égard des mathématiques est un état affectif caractérisé par de l’inquiétude,
des malaises et de la peur qui peut empêcher de faire des mathématiques. Les tensions
créées peuvent être plus ou moins intenses et ainsi, nuire à la concentration et à
l’atteinte d’une performance à la mesure de ses capacités.
Des résultats de recherche
Dans une recherche déjà réalisée, on a pu constater que des filles semblent plutôt ressentir
et exprimer une anxiété intrinsèque à l’égard des mathématiques, qui réfère à un trouble
intérieur d’une intensité variable selon les individus :
[…] je vais comme perdre le contrôle de moi-même, je vais commencer à être
nerveuse, je ne vais pas savoir quoi faire, par où commencer.
[…] je me sens tellement stressée que je ne suis plus capable, je tremble de
partout puis je ne pense même plus aux mathématiques, j’essaie juste de
trouver la réponse, la réponse, la réponse.
Voir dessins ci-contre
De leur côté, des garçons fournissent souvent des raisons externes expliquant leur gêne
de résoudre des problèmes devant les autres. Lorsqu’ils ont de la difficulté, cela semble
s’exprimer sous la forme de frustrations. Le regard des autres semble très important pour
plusieurs garçons. Certains ne s’en font pas trop et soulignent que lorsqu’il y a une longue
série de problèmes à résoudre en peu de temps, ils choisissent de ne pas résoudre tous
les problèmes. Les réactions vont même jusqu’à de l’indifférence. On constate donc qu’il
y a une différence entre des filles et des garçons quant à l’anxiété exprimée à l’égard des
mathématiques.
Ces résultats suscitent la réflexion si on veut que les filles et les garçons choisissent plus
facilement les domaines à forte composante mathématique ce qui peut les mener aux
sciences, aux technologies, à l’ingénierie et aux mathématiques.
Quels moyens pourraient être utilisés pour favoriser des choix scientifiques ?
Il semble donc important de réagir et de valoriser les attitudes et comportements des
filles en soulignant les aspects positifs de leur anxiété et en valorisant leurs habiletés de
création.
Des préjugés relatifs aux technologies
On peut même penser que l’enseignement des mathématiques peut influencer les attitudes
à l’égard des technologies lors d’études supérieures.
Lorsqu’on demande à des filles et à des garçons qui se dirigent en sciences s’ils pensent que
les garçons sont meilleurs que les filles en informatique, on se rend compte que plus du
tiers des garçons (35 %) et des filles (37 %) pensent que les garçons sont meilleurs que les
filles en informatique. Même si ces résultats ne peuvent être généralisés, nous pouvons les
utiliser dans une démarche de réflexion et de questionnement.
Anxiété à l’égard des mathéma
Des dessins de filles auxquelles on a demandé de « dessiner les maths »
Parfois, je me sens monter au ciel; d’autres fois, si je pouvais,
je brûlerais toutes les maths de la terre! (car parfois, ma tête
bourdonne avec des gros problèmes).
Parfois, j’aime les maths et parfois non. J’ai dessiné un
diable [qui représente les moments où] je n’ai pas le goût
de faire des maths et l’ange [qui représente les moments
où] j’ai le goût.
Pour environ un tiers des garçons comme des filles, les garçons sont encore considérés
comme étant meilleurs que les filles en informatique. Les deux autres tiers considèrent
plutôt que les capacités des garçons et des filles sont semblables. Le type de commentaires
qui valorise les capacités des filles concerne leur minutie, leur patience et leur persévérance.
La façon dont ces commentaires sont amenés laisse supposer que ces qualités ne sont
pas essentielles pour l’apprentissage de l’informatique ; pourtant, elles sont nécessaires si,
par exemple, on ne veut pas se décourager lorsque la tâche informatique à réaliser cause
problème et qu’il est difficile de trouver ce qui ne fonctionne pas. De plus, il semble y
avoir confusion entre intérêt et capacités : les commentaires insistent en effet sur l’intérêt
des garçons en laissant entendre que leurs capacités en informatique en découleraient.
C’est une présomption qu’il conviendrait de dévoiler. Apprendre à dissocier intérêt
et compétences par le biais d’échanges et de discussion permettrait de démythifier la
situation.
Les stéréotypes sur les compétences des filles et des garçons sont donc encore bien
présents. Il est vrai qu’un tiers peut paraître beaucoup pour des jeunes qui se dirigent dans
des domaines scientifiques et qu’ils ont choisi ces domaines, mais il y a 10 ou 15 ans, les
résultats obtenus auraient-ils été différents ? Si l’on se fie aux données sur l’appropriation
des technologies par les femmes, nous pensons que beaucoup plus du tiers des filles et
des garçons auraient pensé que les garçons sont meilleurs que les filles. Mais, soyons
optimistes, si le tiers des jeunes pensent que les garçons sont meilleurs en informatique
que les filles, les deux-tiers ne le pensent pas.
De « les filles » ou « les garçons » à « des filles » ou « des garçons »
Les affirmations présentent trop souvent des aspects globaux laissant supposer que toutes
les filles ou tous les garçons font partie d’un groupe homogène. Même si généralement,
on réfère à la majorité des filles ou à la majorité des garçons, le vocabulaire utilisé peut
laisser supposer que l’on fait référence à toutes les filles ou à tous les garçons. Pourtant,
Anxiété à l’égard des mathéma
plusieurs filles s’intéressent aux technologies et y réussissent très bien et plusieurs garçons
adorent la lecture et réussissent très bien en français. En compartimentant les élèves
selon leur sexe, on leur nuit et on ne tient pas compte de nuances importantes. Il existe,
selon nous, des différences liées à la provenance du milieu socioéconomique, culturel ou
ethnique qui sont peut-être plus importantes que celles provenant du genre. On associe
facilement les garçons à la compétition et à l’agitation et les filles à la coopération et à
la tranquillité. En choisissant de présenter des statistiques qui catégorisent les filles et les
garçons et en utilisant ces statistiques pour des choix pédagogiques avec peu de nuances,
on risque d’accentuer les stéréotypes.
Pourquoi ne pas aller dans le sens d’une pédagogie de l’équité où l’école viserait une
réelle mixité en tenant compte de la diversité culturelle. En ce sens, nous proposons une
perspective d’équité sociopédagogique qui
1 - considère que les élèves sont des êtres à part entière qui ont et auront à
vivre dans un monde de diversité,
2 - cherche à prendre en compte toutes les dimensions de l’apprentissage
(cognitive, métacognitive, affective, sociale, éthique, culturelle…) et,
3 - se soucie du fait que les jeunes vivent et auront à vivre et à travailler
avec des personnes différentes d’eux et particulièrement, de l’autre sexe.
Conclusion
Pour conclure, nous savons que diverses avenues de réflexion pourraient mener à
des actions autant dans l’école, la famille et la société. Il s’agit de s’interroger sur la
perpétuation des stéréotypes dans une période où il y a changement. On voudrait bien
que les dessins des filles deviennent comme ceux-ci.
Les mathématiques sont vivantes.
Je flotte quand je fais des maths.
Le mot du
servicepour
des droitsl’égalité
des femmes
Des
lois
hommes
Laurence Cartier
Chargé de mission départementale aux droits des femmes et à l’égalité - Préfecture de La Rochelle
Le Service des droits des femmes et à l’égalité a notamment pour objectif de contribuer
à réduire les inégalités professionnelles persistantes entre femmes et hommes, filles et
garçons. Or, bien qu’il soit établi que les filles réussissent mieux que les garçons sur le plan
scolaire, en terme de durée moyenne des études, de niveau moyen des diplômes et de taux
de réussite aux examens, les femmes sont plus souvent que les hommes confrontées au
chômage, aux emplois précaires, au temps partiel contraint et sont souvent moins bien
rémunérées… Elles accèdent en outre plus difficilement aux postes à responsabilité. L’une
des explications à ce paradoxe est que les jeunes filles s’orientent peu vers les métiers
porteurs d’emploi et sont sous représentées dans les filières scientifiques et techniques,
dans l’enseignement supérieur et la recherche.
L’orientation des filles et des garçons reste marquée par un fort déterminisme
et une représentation sexuée des métiers qui est source d’inégalités alors que seules les
aspirations et les compétences devraient motiver un projet professionnel.
Plusieurs dispositifs ont été adoptés pour favoriser cette prise de conscience et accompagner
les changements nécessaires dans l’aide au choix.
Ainsi, la Convention pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes,
dans le système éducatif, signée par huit ministres le 29 juin 2006, permet de fixer des
priorités d’action par exemple pour améliorer l’orientation scolaire et professionnelle
des filles et des garçons. Des engagements ont ainsi été pris d’intégrer la problématique
de l’égalité entre les sexes dans les documents d’aide à l’orientation, notamment ceux
produits par l’ONISEP, et encore de mettre en place des actions de coopération avec le
monde professionnel, sous forme de stages, de tutorat, de journées portes ouvertes, afin
de développer et valoriser la place et le rôle des femmes dans les secteurs scientifiques et
techniques.
Des prix ont été créés également pour encourager les jeunes femmes à emprunter
des filières d’études scientifiques et techniques, parmi lesquels on peut citer1 :
- le prix Irène Joliot-Curie : créé en 2001 par le ministère de la recherche, le Prix
Irène Joliot-Curie est destiné à récompenser les actions entreprises pour favoriser la
présence des jeunes filles dans les études scientifiques et techniques et promouvoir
la place des femmes dans le domaine de la recherche en France.
- le prix Excellencia, Trophée de la femme ingénieur high-tech : l’objectif de ce
prix est de promouvoir la réussite tant professionnelle que personnelle de jeunes
femmes impliquées dans la création, le développement ou la mise en application
des nouvelles technologies et bien sûr de valoriser les voies d’accès à ces métiers. Le
secteur des nouvelles technologies est un vecteur important pour l’émergence d’une
1 vous trouverez les sites internet à la fin de ce livret
Des lois pour l’égalité hommes
société de la connaissance et pour une croissance économique plus forte ; comment
peut-on imaginer que le monde de demain, les produits et loisirs de demain soient
encore et toujours conçus et inspirés par des équipes d’ingénieurs et de chercheurs
masculins ?
- le Prix de la Vocation Scientifique et Technique (PVST) : créé en 1991, il est attribué
à 600 jeunes filles ayant un projet de carrière scientifique et technique. L’objectif
principal est d’inciter les filles à élargir leurs choix professionnels vers des secteurs
où elles sont peu nombreuses et où les perspectives d’avenir sont ouvertes. Ce prix
permet de sensibiliser les jeunes, leurs parents, les enseignants et les professionnels
chargés de l’orientation. Il contribue à faire évoluer les représentations sociales des
métiers et tend à démontrer qu’on ne peut plus se contenter de penser qu’il y a des
métiers pour les garçons et des métiers pour les filles… Il permet enfin et surtout de
favoriser la réalisation d’un projet qui était peut-être au départ un rêve…
Tous les talents doivent pouvoir s’exprimer et les filles n’en manquent pas ! De nombreux
parcours de femmes illustrent de très belles réussites et témoignent souvent d’une grande
volonté pour surmonter les obstacles. Qu’il soit donné au plus grand nombre de s’épanouir
et de se réaliser en empruntant des chemins non traditionnels est un formidable enjeu, la
réussite c’est aussi la liberté d’aller là où l’on ne vous attend pas… !
Des
lois
pour l’égalité hommes
Le mot de
la Présidente
Véronique Slovacek-Chauveau
Présidente de l’association «Femmes & Mathématiques», Professeure de mathématiques
Les mathématiques sont considérées par les filles et les garçons comme une science morte,
fossilisée et stérilisante qui empêcherait de communiquer avec les autres, et servirait
uniquement d’outil de sélection. Elles sont associées à des mots tels que : rigueur, logique,
dures, matière de sélection, masculines, difficiles...
Dans son Dictionnaire des idées reçues, Gustave Flaubert (1821-1880) avait déjà
soigneusement noté en face du mot mathématiques : « dessèchent le cœur ». Il faudrait
peut-être insister sur le rôle de l’intuition, de l’imagination en mathématiques, de la
beauté, de la notion de langage universel...
Attention ! Certains, certaines continuent à prétendre qu’il existe des différences
“naturelles” entre femmes et hommes dans leur capacité à utiliser un hémisphère cérébral
plutôt qu’un autre... Ce qui aurait une incidence sur la capacité ou non de faire des
mathématiques. Rappelons que la bosse des maths n’existe pas et que les mathématiques
sont également difficiles pour les filles et les garçons !
Depuis quelques années, les différents gouvernements souhaitent augmenter le
nombre de femmes dans les métiers scientifiques et techniques : en effet, le pays manque
de jeunes hommes se dirigeant vers des études scientifiques et techniques, alors... Allons
chercher les femmes !
La loi organique relative aux lois de finances (LOLF) fixe à cet égard un objectif
chiffré : 20% de filles de plus en 2010 dans les terminales scientifiques et techniques.
Cet objectif désigne un résultat symbolique en termes d’orientation. Pour que cette
performance ambitieuse soit atteinte, il faut que les établissements conduisent une
politique au quotidien vigilante et systématique d’éducation à l’égalité entre les filles et
les garçons. Cet apprentissage est la condition de l’évolution des mentalités à laquelle tous
les acteurs de l’école doivent contribuer : parents, professeurs, personnels éducatifs, élèves.
Obligation légale, l’égalité des filles et des garçons constitue pour l’Éducation nationale
une mission fondamentale. (Direction générale de l’Enseignement scolaire - Publié le 18
janvier 2007 © Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la
Recherche).
Equité, excellence, efficacité, enjeu économique.
L’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes est tout à la fois facteur de
dynamisme social et de croissance économique.
Les femmes constituent un “vivier” de compétences indispensable.
e siècl
Un
d’histoire
: du
Un peupeu
d’histoire
: du IV siècle à nos
jours IV
e
Nous donnerons ici l’exemple de quelques mathématiciennes qui ont particulièrement
retenu notre attention, nous les nommerons « les précurseures ».
Hypatie d’Alexandrie (370-415)
Hypatie était la fille d’un philosophe, elle-même philosophe, mathématicienne et astronome. Elle meurt lapidée par une secte de chrétiens fanatiques « les nitrians ». Aucun
de ses travaux ne nous est parvenu1, seules quelques lettres subsistent et des écrits de ses
contemporains sur ses travaux. Un cratère sur la lune porte son nom.
Sophie Germain (1776-1831)
Sophie est née à Paris. À l’âge de treize ans, impressionée par le récit de la mort
d’Archimède (la légende veut que ce dernier, trop occupé à réfléchir à un problème de
géométrie pour fuir, meurt sous les coups de lance d’un soldat romain) elle décide de
faire des mathématiques. À l’âge de vingt ans, ne pouvant entrer à l’école polytechnique,
créée en 1794, elle correspond avec Lagrange et plus tard Gauss sous le pseudonyme de
Monsieur Le Blanc. Ses travaux portent sur la théorie des nombres, la théorie des surfaces
et l’élasticité.
En 1998 le scénariste américain David Auburn écrit une pièce “La preuve’’ dont les
personnages sont des mathématiciens et où il y ait fait allusion aux travaux de Sophie
Germain sur la théorie des nombres.
Ada Byron (1815-1852)
Elle est la fille de Lord Byron, le poète et d’Annabella Milbanke. Annabella donne à sa fille
une éducation sans aucun point commun avec ce qu’était son père, ainsi Ada apprend la
science et les mathématiques. Ce sont les notes qu’elle ajoute à la traduction du mémoire
du mathématicien italien Frederico Luigi sur la machine analytique qui la font connaître.
Dans ces notes, elle donne une méthode de calcul des nombres de Bernoulli avec la
machine ce qui apparaît comme le premier programme informatique au monde. Ada a
donné son nom à un langage de programmation mis au point par l’équipe de Jean Ichbiah
pour le département de la défense américain.
Sofia Kovalevska (1850-1891)
Sofia contracte un mariage blanc avec le paléontologue Wladimir Kovalevski, afin d’avoir
toute liberté de s’instruire et de voyager en Europe. Bien que nous avancions dans le
temps, Sofia ne peut s’inscrire à l’université allemande et c’est donc des cours privés qu’elle
suit avec Karl Weierstrass, éminent mathématicien. Elle est la première femme au monde
à obtenir un doctorat de mathématiques. En 1884, elle obtient un poste de professeure
à l’université de Stockholm. Sofia étudie à la suite de deux grands mathématiciens du
XVIIIe siècle : Lagrange et Euler, le mouvement des toupies.
En 2006, la Bibliothèque Nationale de France met en place un cycle de conférence “un
texte, un mathématicien”. Michèle Audin, mathématicienne, propose un texte de Sofia, et
une représentation de la pièce de Jean-François Peyret “Le cas Sophie K” est donnée à cette
occasion.
1 La bibliothèque d’Alexandrie a été plusieurs fois incendiée entre 390 et 642.
Un peu d’histoire : du IV e siècl
Emmy Nœther (1882-1935)
Emmy est née à Erlangen en Allemagne. Elle est la fille de Max Nœther, mathématicien
renommé. Elle fait ses études à Erlangen et Göttingen. Elle obtient sa thèse en 1907 mais
ne peut enseigner car elle est une femme. Elle part à l’université de Göttingen invitée par le
grand mathématicien David Hilbert à travailler avec lui, mais elle n’est autorisée à donner
des cours que sous couvert du nom de Hilbert et sans rémunération. Elle est la fondatrice
de « l’algèbre abstraite » à la suite d’un travail sur certains opérateurs différentiels utilisés
en mécanique quantique2.
Le mathématicien Paul Dubreil (1904-1994) écrit à son propos : « C’est en 1921 que son
génie mathématique va se révéler pleinement avec la parution de son mémoire (Théorie
des idéaux dans les anneaux) [...] Son plus grand mérite est d’avoir été là la fois la mère et
la reine de la grande école algèbriste allemande. »
Renvoyée de l’université de Göttingen dés 1933 par le gouvernement nazi, elle émigre en
Pennsylvanie où elle décède deux ans après de complications inattendues à la suite d’une
opération bénigne.
Les contemporaines : les mathématiciennes ont été choisies pour leur notoriété.
Un seul thème de recherche a été retenu pour chacune d’entre elles.
Yvonne Choquet-Bruhat3, professeure émérite à l’université Pierre et Marie Curie,
première femme à l’académie des Sciences. Thème de recherche : théorie de la relativité
générale, hydrodynamique relativiste ;
Michèle Vergne4, professeure à l’École polytechnique, membre de l’Académie des
Sciences élue en 1997. Thème de recherche : représentations à énergie positive de groupes
de Lie semi-simples réels et représentation métaplectique ;
Marie-Françoise Roy5, présidente de la Société mathématique de France de juin 2004
à juin 2007. Reçoit en 2004 le prix Irène Joliot-Curie «Prix Reconnaissance».
Thème de recherche : algorithmes de la géométrie algèbrique réelle ;
Michèle Loday-Richaud6, professeure à l’université d’Angers.
Thème de recherche : phénomène de Stokes ;
Claire Voisin7, directrice au CNRS. Thème de recherche : géométrie algèbrique ;
Michèle Schaztman8, professeure à l’université de Lyon.
Thème de recherche : analyse numérique ;
Nicole El Karoui9, professeure à l’École polytechnique.
Thème de recherche : processus stochastiques ;
Eva Bayer-Fluckiger10, professeure à l’École polytechnique de Lausanne.
Thème de recherche : la cohomologie galoisienne des groupes algébriques ;
Colette Moeglin11, professeure à l’Institut de Mathématiques de Jussieu.
Thème de recherche : théorie arithmétique des nombres ;
Alice Guionnet12, directrice de recherche au CNRS. Thème de recherche :
théorie des matrices aléatoires ;
Sylvia Serfaty13, professeure de mathématiques, Courant Institute of Mathematical
Sciences, prix 2004 de la Société Européenne. Thème de recherche : équations aux
dérivées partielles elliptiques non linéaires.
Et beaucoup d’autres encore…
2 Paul Dubreil : Cahiers du séminaire d’histoire des mathématiques (1987).
3,4,5,6,7,8,9,10,11,12,13 Voir rubrique «web utile» à la fin du livret.
Parcours
vécus
Des mathématiqueset
à l’algorithmique
Karell bertet
Maître de conférence
Département d’informatique - Université de La Rochelle
Je suis maître de conférences en informatique à l’université de la Rochelle. À ce titre, j’ai une
activité d’enseignement à l’université, mais également une activité de recherche dans un
laboratoire rattaché à l’université. J’enseigne et j’effectue des recherches en algorithmique,
domaine qui se situe à l’intersection entre l’informatique et les mathématiques.
Dans mon activité professionelle, il m’est arrivé de remarquer une certaine
surprise parmi des collègues ou des étudiants ; voire quelques plaisanteries déplacées. Par
exemple, un jour que je présidais un jury de baccalauréat, il m’a été demandé pourquoi
c’était la secrétaire qui assurait la présidence. Cependant, je n’ai aucune discrimintation
majeure à signaler. Des collègues femmes m’ont toutefois rapporté certaines difficultés
à accéder à de plus grandes responsabilités, phénomène connu sous le nom de “plafond
invisible” qui dépend plus du rapport des femmes au pouvoir.
La dimension “mathématique” de ma profession suscite cependant des réactions
plus marquées dans mon entourage personnel. En effet, il est plus habituel de prêter
aux femmes des qualités maternelles et intuitives, alors que les mathématiques sont
généralement connotées de rigueur et de règles. En effet, les mathématiques sont souvent
réduites à la rigueur de leurs démonstrations, décrites dans un langage composé de termes
spécifiques et de formules. Cependant, si l’on réduit les mathématiques à la sémantique
de son langage, pourquoi ne pas réduire toute langue naturelle à la conjugaison et à
l’orthographe de ses écrits, et ainsi faire abstraction de son contenu ? Je trouve que ce
serait tout aussi réducteur.
En effet, les mathématiques manipulent des concepts riches tels que les nombres,
les figures, les structures ; concepts qui ont un sens, une origine, une évolution, une
histoire ; concepts que l’on peut s’approprier et décrire de plusieurs façons, avec différents
styles. De nature purement intellectuelle et non soumis à l’expérience, ces concepts
trouvent des applications remarquables dans les autres sciences. Ainsi, le domaine de
l’algorithmique dans lequel je travaille se situe dans cette intersection entre mathématiques
et informatique : il s’agit d’appliquer des traitements informatiques sophistiqués en
utilisant et en adaptant des concepts et des modèles mathématiques.
J’effectue en algorithmique une activité d’enseignement, mais aussi de recherche.
Mon activité d’enseignement consiste à décrire et présenter aux étudiants les modèles et
les traitements utilisés par la plupart des logiciels pour manipuler des données de façon
la plus efficace possible. J’attache beaucoup d’importance à introduire ces notions par
l’exemple, avant de les décrire de façon formelle en utilisant le langage mathématique.
Quant à mon activité de recherche, elle s’oriente plutôt vers la mise en place de nouveaux
modèles et de nouveaux traitements qu’il s’agit avant tout d’imaginer, puis de prouver et
de diffuser en utilisant le langage mathématique.
En conclusion, il m’apparaît que mon approche des mathématiques en algorithmique, que
ce soit en enseignement ou en recherche, est une manipulation de modèles et de traitements beaucoup plus intuitive que formelle.
Tribune libre
Parcours
et vécus
Michèle Loday-Richaud
Professeure de mathématiques à l'université d'Angers
Toute expérience personnelle est unique. Mais nos succès, nos enthousiasmes, nos difficultés, nos échecs peuvent se partager, se comprendre, se transmettre, devenir référence.
Réticente à parler de moi-même je me suis donc laissé convaincre de me raconter.
J'ai préparé le baccalauréat au début des années ’60 au lycée d'Avignon, plus
exactement au Lycée de Jeunes Filles alias Lycée Théodore Aubanel. Garçons et filles étaient
alors toujours séparés ; le Lycée de Garçons portait quant à lui le nom d'un autre félibre
célèbre, Frédéric Mistral. Les lycéens et lycéennes d'aujourd'hui n'ont sans doute pas tous
conscience de la situation d'alors. Je voudrais donc rappeler que l'explosion du M.L.F.
(Mouvement de Libération des Femmes), les débuts de la contraception et le Planning
Familial datent de cette période-là. Au début des années ’60 une jeune fille n'était pas
destinée à faire des études sinon, pour sa culture. La priorité, y compris dans des milieux
sociaux modestes, était son mariage ; son avenir normal, l'entretien du ménage et l'éducation de ses enfants. Pour moi, il en allait autrement : vivant dans un milieu familial hostile
(d'où étaient absents et mon père et ma mère) et essentiellement féminin je devais avoir
un métier et mon autonomie financière aussi tôt que possible. Ce fut une évidence de tout
temps comme il était évident que je deviendrais institutrice, infirmière, voire peut-être
médecin. Cette évidence m'a beaucoup aidée car elle avait pour corollaire la volonté de
réussir.
Je n'étais pas prédestinée à faire des mathématiques, et en tant que “femme”,
encore moins qu'aujourd'hui. Mais j'en avais un goût certain et ce, depuis la plus tendre
enfance. Je me souviens avoir épuisé tous les fichiers de math de l'école primaire de mon
village ; dès l'âge de 8 ans on m'avait chargé d’établir les factures de la coopérative de
boulangerie. Sont-ce là des mathématiques ? Certainement pas, mais, sans aucun doute,
un bon entraînement au calcul. Lorsque j'ai eu passé le baccalauréat, je dois avouer
que je n'avais aucune perspective sur mon avenir. Mais, je l'ai déjà dit, une seule chose
était certaine : j'allais réussir. C'est en math que j'avais les plus grandes facilités et la
meilleure préparation. Je suis fortement reconnaissante aux excellentes enseignantes de
Parcours et vécus
mathématiques que j'ai eues qui ont su conforter mon goût naturel par de solides bases
théoriques. Merci Mademoiselle Falque, merci Mademoiselle Barthelémy ! (Je n'ai qu'un
regret, c'est qu'il n'en ait pas été de même en physique-chimie et que je n'aie donc guère eu
de choix). Mademoiselle Barthelémy que j'avais comme professeur de mathématiques en
Terminale m'a signalé l'existence des classes préparatoires et m'a encouragée à m'inscrire
au lycée Thiers de Marseille dans une filière portant mystérieusement le nom d'un
adorable animal : la Taupe. Je ne connaissais rien de ce monde-là. Et puis, —est-ce ainsi
que naissent les vocations ?— l'une des personnes que je détestais le plus m'a dit d'un ton
péremptoire : “Les math, c'est pas pour les filles et surtout pas ces classes-là”. Mon choix
fut définitif ! Il est regrettable qu'on entende encore aujourd'hui ce même type de discours
(avec probablement des effets dans l'autre sens) alors qu'on a l'expérience de plusieurs
générations de femmes qui ont si bien réussi en mathématiques au plus haut niveau.
Je veux témoigner du bonheur que j'ai eu à étudier en classe préparatoire et dans
un lycée de garçons (quel changement d'atmosphère !). Les enseignants y étaient remarquables —du moins en mathématiques— et, ce qui n'est pas négligeable, nous n'avions
plus au programme que les matières que j'aimais. Il y avait beaucoup de complicité entre
nous, beaucoup de joie et d'enthousiasme et, paradoxalement, on ne se sentait pas en
concurrence les uns avec les autres. Certes, nous avions aussi beaucoup de travail mais le
plaisir qui l'accompagnait ne me l'a jamais fait sentir comme une charge. Pourtant tout
n'était pas idyllique : je n'avais droit ni à une chambre d'internat, ni... à la cantine (quelle
bombe sexuelle devais-je être pour qu'on pense que j'allais à ce point perturber l'équilibre
psychique des garçons en partageant leurs repas ! Or, le restaurant universitaire n'ouvrait
ses portes qu'en novembre alors que nous rentrions en septembre. Je suis encore écœurée
à l'idée de manger un sandwich !). Je vous le disais, l'époque a bien changé ! Alors, mesdemoiselles, vous qui hésitez par peur de l'atmosphère qui vous attend dans ces classes,
allez-y, foncez.
La France est (encore) l'un des pays au monde qui a le plus grand nombre de
mathématiciennes professionnelles (j'entends de niveau universitaire, faisant des mathématiques leur métier dans des organismes publics aussi bien que privés). Cette situation
est en train de changer. Un des éléments essentiels à sa constitution fut l'existence des
Écoles Normales Supérieures (Sèvres et Fontenay) réservées aux filles, recrutant sur le
même concours que les garçons (Rue d'Ulm et Saint-Cloud) avec un classement séparé et
un nombre de places fixé à l'avance pour chaque école. À partir de 1986 les écoles (Sèvres
et la Rue d'Ulm d'une part, Fontenay et Saint-Cloud d'autre part) et les concours ont
fusionné. Nombre de mathématiciennes, et membres de l'association Femmes & Math en
tête, ont milité pour cette fusion, clamant haut et fort qu'elles auraient été reçues dans les
écoles fusionnées comme elles l'avaient été dans l'ancien système. J'étais l'une des rares à
penser que je n'aurais sûrement pas été reçue et nombre de mes collègues non plus. Malheureusement, l'avenir m'a donné raison. Avec aujourd'hui, une moyenne de 8% (contre 40%
environ auparavant)1 de filles reçues au concours de la rue d'Ulm et des chiffres analogues
1 voir par exemple les résultats à http://www.ens.fr/concours/Resultats/Statgene.htm
Parcours et vécus
dans les autres écoles, le nombre de filles bénéficiant du tremplin que constituent les écoles
Normales Supérieures est devenu peau de chagrin. Or, ces mêmes filles qui ne passent pas
le cap du concours ont prouvé qu'elles avaient un devenir de mathématicienne tout à fait
honorable et souvent brillant par rapport à celui des garçons et qu'elles étaient heureuses
dans leur fonction. La situation me désole parce qu'elle contribue à éloigner un peu plus
les filles des math, à fermer leurs débouchés, parce que celles qui deviendront néammoins
mathématiciennes le deviendront dans des conditions beaucoup plus difficiles : sans
salaire je n'aurais pas continué jusqu'à une thèse (il me fallait vivre et donc gagner ma vie
tout simplement) ; sans l'émulation apportée par l'école et surtout par les autres élèves je
n'aurais pas eu la foi et l'énergie nécessaires pour surmonter les inévitables obstacles d'un
travail de recherche (il me fallait acquérir la confiance que la société accorde encore si mal
aux femmes dans le domaine des sciences en général). J'en reviens à ce dont je parlais au
début : la détermination à réussir et ce qui va de pair, la confiance en soi et à son possible
succès dans la voie choisie. La société joue encore un rôle très néfaste à l'égard des filles par
les idées préconcues et les poncifs qu'elle véhicule. Cela ne se justifie pas. Réagissons !
Les concours des Écoles Normales Supérieures ont été conçus pour des garçons
sur des critères masculins. L'expérience des dernières années a montré qu'ils n'étaient pas
“unisexe” et confirmé ainsi ce que d'aucuns disaient auparavant : la différence de combativité et de place accordée à la vie affective, toutes deux probablement liées au décalage
de maturité des uns et des autres, les insidieuses différences de perspectives inculquées
aux uns et aux autres sont à prendre en considération. Je me suis laissé dire que le même
concours organisé deux ans plus tôt inverserait les résultats. À voir ! Ce qui est sûr c'est
que la situation actuelle est anormale, que non seulement la France perdra rapidement
son rang de tête pour le nombre de femmes mathématiciennes mais qu'elle perdra aussi
la plupart de ses mathématiciennes, si rien n'est fait rapidement. Ce que je souhaite c'est
qu'un grand nombre d'entre vous prenne conscience de cette situation et milite pour un
meilleur équilibre. Avez-vous pensé, messieurs, à ce que seront vos conditions de travail
quand vous n'aurez plus une seule collègue femme ? Qu'aurait de choquant un quota de
places pour les filles et un quota de places pour les garçons à peu près équivalent ? Et
si cela devait être interprété comme de la “discrimination” pourquoi ne pas revenir à des
écoles séparées ? Maintenant, il me semble difficile de dissimuler son statut de femme,
alors pourquoi séparer les deux écoles ? Je compte sur la jeune génération pour changer
cette évolution vers une voie plus prometteuse de mixité.
Histoire d’une passion
Parcours
et vécus
Marie Françoise Roy
Professeure de mathématiques - Université de Rennes 1
Présidente de la Société Mathématique de France
Petite, j’étais gauchère, et maladroite. Avide de lecture et bonne en classe, j’allais donc
être une intellectuelle. Le livre d’Irène Curie sur sa mère, à la bibliothèque verte je crois,
m’a fascinée durablement, pourquoi pas scientifique alors ? Femme mais à part, seule
parmi les hommes. Dans le milieu des années 1960 la recherche scientifique devient à la
mode, Spoutnik et guerre froide obligent. Licknerowicz avec sa pipe parle de physique à la
télé. C’est en classse préparatoire, dans un lycée de garçons où je suis la seule fille parmi
quarante que mon orientation vers les mathématiques se précise. Malgré tout, lorsque je
rentre à l’ENS de jeunes filles, c’est à l’enseignement que je me destine plutôt. C’est Yvette
Amice qui me repère et me prédit un avenir dans la recherche. Depuis, c’est la voie que j’ai
suivie.
J’aime les mathématiques. Les mathématiques sont ludiques. Les mathématiques
sont rassurantes. Les mathématiques sont exaltantes. Les mathématiques sont utiles. De
plus d’une manière, les mathématiques tombent juste.
Quand je loue ainsi les mathématiques, je pense énoncer des vérités qui touchent
tous les amoureux des mathématiques, et qui étonnerons les autres, j’ai aussi le sentiment
que je m’exprime différemment d’un homme, que je vois le monde autrement.
Je pense qu’il faut encourager les femmes à faire de la recherche. Parce que faire
de la recherche est une activité jouissive et que les femmes n’ont plus à bouder leur
plaisir. Parce que passivité et activité, recherche active et contemplation, yin et yang, sont
deux composantes indispensables de la recherche. Parce que faire pipi plus loin que son
voisin n’est pas la seule manière d’exister en sciences. Parce que la diversité humaine est
importante dans le milieu de la recherche, pour plus de créativité et plus de joie de vivre.
Les obstacles que rencontre une femme qui veut faire de la recherche viennent
surtout du regard porté par les autres. Une femme scientifique, encore plus une mathématicienne fait encore peur, aux hommes comme aux femmes. L’image des sciences et l’image
de la femme sont en conflit, une femme scientifique n’est donc pas vraiment une femme :
trop active, trop intelligente, trop sèche peut-être, mauvais caractère en tout cas. C’est peutêtre pour celà que c’est souvent à l’adolescence que les filles décrochent côté science : si on
veut être populaire parmi les gens de son âge, voire aimée il ne faut pas trop être matheuse.
Les atouts essentiels d’une femme scientifique sont sa confiance en elle et sa motivation.
Si elle est là, c’est qu’elle sait ce qu’elle veut, ce n’est pas parce qu’on lui a dit que c’est là
qu’elle doit être. Le côté exception qui est encore réel dans mon domaine donne aussi une
visibilité importante, qui est parfois un atout. À niveau scientifique égal, on a tendance
à me préférer à un homme et à me confier des responsabilités. Par contre il m’est assez
Parcours et vécus
souvent arrivé de voir attribuer à mes collaborateurs hommes l’initiative ou la part la plus
importante dans un travail de recherche commun, parfois à tort. Il n’y a pas qu’à moi que
ça arrive, j’ai souvent observé que lors d’une collaboration scientifique entre un homme et
une femme, on sous-entend un manque d’autonomie, une passivité chez la femme, alors
que l’homme tire un plein avantage d’une collaboration où il apparaît, naturellement,
comme le leader.
Finalement, j’ai eu ce que je voulais : la vie intellectuelle, les amitiés, les voyages,
la possibilité d’agir pour les causes qui me tiennent à cœur. Pour une femme de ma
génération tout ceci est possible sans avoir à sacrifier vie de famille ou vie personnelle. J’ai
eu beaucoup de chance. Le succès qui m’est le plus cher, c’est une toute petite association
de solidarité internationale et d’échanges culturels entre la France et le Niger nommée
Tarbiyya Tatali (aide à l’auto-développement) qui me l’a offert. La clé qui permet de
donner et de recevoir, et que je cherchais depuis si longtemps dans mes échanges avec le
Niger, je l’ai trouvée, à Lougou, dans le contexte de la culture azna qui respecte l’équilibre
des pouvoirs entre les hommes et les femmes, dans la case de la reine-prêtresse Saraouniya
qui m’a montré son visage. Alors les collines se sont petit à petit reboisées, les femmes
ont filé de nouveau le coton et en ont encerclé de leur fil le village pour une fête, comme
autrefois, les enfants ont pris le chemin de l’école le ventre plein, les blancs et les noirs ont
échangé paroles et cadeaux. Un autre monde est possible, si on sait en trouver la clé.
Analyse de l’enquête
L’Enquête
Les jeunes, la science et la technologie : à bas les tabous !
http://www.univ-lr.fr/labo/lmca/recherche/Colloques/Filles-1.txt
Cette enquête a été faite auprès de 407 étudiants et lycéens de disciplines scientifiques.
Nous ne nous intéressons ici qu’à la partie du questionnaire intitulée « les sciences et
vous ».
« Quelle est la motivation principale qui vous a conduit vers les filières scientifiques ? »
Dans la première partie nous avons remarqué que les jeunes choisissaient des filières
porteuses d’emplois, même si ces filières sont plus sélectives, certainement l’angoisse du
chômage y est pour beaucoup. S’y adjoint l’idée que travailler des matières difficiles sans
perspectives d’avenir n’a rien d’attirant. La motivation principale de ces jeunes se partage
entre l’intérêt pour la discipline et les perspectives d’avenir. Les filles semblent cependant
s’intéresser d’avantage aux perspectives d’avenir.
« Pensez-vous qu’il existe des aptitudes (ou des capacités) différentes dans les matières
scientifiques entre les filles et les garçons ? »
Un point positif est la prise de conscience des jeunes face à ce problème. Peu d’entre eux
répondent positivement et parmi ceux-ci, les arguments les plus fréquents sont : « les filles
sont plus travailleuses et ont plus de rigueur », « les garçons sont meilleurs en géométrie,
ont plus de logique et un sens plus aigu de la compétition »1.
1 voir la conclusion.
L’Enquête
Il ressort également de leur commentaire que les filles sont moins encouragées à faire des
études scientifiques.
« Pensez-vous que la sensibilité féminine porte plus naturellement les filles vers les
disciplines littéraires ? »
Outre la rigueur et le travail des filles, leur « sensibilité » semble les éloigner des études
scientifiques. Encore 54,2% des garçons interrogés pensent qu’il en est effectivement ainsi
mais également 37,7% des filles ce qui trouve une explication dans le fait que moins de la
moitié des effectifs féminins des sections scientifiques se destine une carrière scientifique.
« Pensez-vous que les femmes soient sujettes à une domination masculine dans certains
domaines scientifiques ? »
Bien que le non l’emporte, ce n’est qu’avec un petit 53,3% et ceci autant de la part des filles
que des garçons. On peut y voir une prise de conscience des garçons.
Certains attribuent la domination masculine tout simplement au plus grand nombre
d’hommes dans les métiers scientifiques, d’autres à la « timidité » des femmes et à leur
manque de confiance en elles ce qui a été également remarqué par Louise et son équipe.
L’Enquête
« Lisez-vous des magazines scientifiques ? »
Même si les jeunes ne sont pas passionnés de littérature scientifique, une grande partie
d’entre eux lisent de temps en temps différentes revues comme « Tangente », « Phosphore » etc… Le tableau ci-dessous nous donne le taux de lecture des garçons, des filles et le
résultat dans sa globalité. Les filles lisent moins que les garçons de revues scientifiques et
lorsqu’elles en lisent la fréquence en est moins grande.
« Les mathématiques aident à comprendre le monde »
La dépendance par rapport au sexe n’est pas significative pour cette question. Il est cependant important de noter la corrélation avec la lecture d’un magazine.
Constat et réflexion
L’Enquête
Sophia Augé
Professeure de philosophie au Lycée Jean Dautet - La Rochelle
À bien des égards, les résultats de cette enquête ainsi que les débats menés dans une classe
de terminale littéraire sont révélateurs des difficultés rencontrées par les filles dans leur
accès aux filières scientifiques et aux carrières de chercheuses en sciences dites “dures”
telles les mathématiques ou la physique. Les réponses à certaines questions nous invitent
sûrement à identifier la persistance de problèmes ainsi que des progrès qui témoignent
d’une réelle modification des consciences.
Insistons tout d’abord sur celle-ci. Il semble désormais évident, sinon acquis,
pour toutes et pour tous qu’il n’existe pas d’inégalités intellectuelles pas plus qu’il ne saurait y avoir d’inégalités d’aptitudes entre les filles et les garçons. La recherche scientifique
n’est donc pas destinée à un sexe particulier : 93% d’accords sur ce point témoignent
d’une unanimité incontestable.
Ainsi, les débats “essentialistes” portant sur une nature féminine (qui par essence,
est faible, peu rigoureuse, inapte, l’excluant “naturellement” des domaines scientifiques)
semblent dépassés sinon réactionnaires et nous ne pouvons que nous en réjouir.
Il est même apparu dans les réponses que la simple possibilité de s’interroger
sur ce point relevait de la démarche la plus sexiste qui soit... Pourtant, le fait de savoir si
« la sensibilité féminine porte plus naturellement les filles vers les disciplines littéraires »
ne produit pas l’accord attendu1 ni la belle unanimité à savoir le refus de sexuer les disciplines...
Cette indétermination relative nous conduit à reconnaître la prégnance de
schèmes plus ou moins conscients, qualifiant les notions de féminin et de masculin.
En effet, il faut encore en classe de terminale interroger les qualifications spontanées attribuées aux deux sexes et plus particulièrement “l’intuition”, la “sensibilité”, le “sens
du relationnel” voire “l’instinct maternel” – toujours rapportées au féminin.
Pour ce faire, nous devons réfléchir ensemble au constat capital de Simone de
Beauvoir « On ne naît pas femme, on le devient »2 en l’enrichissant des diverses analyses
anthropologiques et idéologiques des sexes. L’anthropologue Françoise Héritier rappelle
avec force que « la différence entre les sexes est toujours et dans toutes les sociétés
idéologiquement traduite dans un langage binaire et hiérarchisé »3.
Il faut encore et toujours interroger les qualifications respectives du masculin
et du féminin parce qu’elles traduisent, de fait, un ordre des choses, des corps, des
dispositions ou “aptitudes”, des divisions sexuées du travail et par conséquent des inégalités
sociales et économiques entre les hommes et les femmes.
Si cette interrogation, toujours pertinente, nous incombe, c’est précisément parce
que l’ordre de la réalité sociale perdure indépendamment de la conscience ou de la non1 voir enquête pages suivantes
2 Simone de Beauvoir, « Le deuxième sexe »
3 Françoise Héritier « Masculin | Féminin ; la pensée de la différence »
L’Enquête
conscience que nous en avons. Les inégalités persistent et ce ne peut être compris comme
un simple retard du réel sur nos représentations (ce que tendent à croire les élèves et nousmêmes, perplexes et conscients d’un tel retard...). C’est bel et bien parce que le réel doit
être modifié pour que nos représentations changent. Outre cette conscience d’un ordre
réel à modifier, s’ajoute un problème majeur de connaissance : nous ne devons pas oublier
que notre appréhension du masculin et du féminin (c’est-à-dire les catégories que nous
produisons pour les appréhender) n’est évidemment pas neutre.
« Nous pratiquons des modes de pensée (ou classifications) qui sont eux-mêmes le produit
de la domination » rappelait le sociologue Pierre Bourdieu4. Il n’est peut-être pas inutile de
souligner que nos représentations sont très profondément androcentrées, ce qui explique
aussi que les femmes intériorisent des catégories (mérite, investissement personnel...)
qu’elles expriment ensuite en termes de choix uniquement motivé de manière autonome.
Il ne saurait donc y avoir de réflexion critique et constructive, dans une
perspective transformatrice – c’est-à-dire ici dans celle d’une politique réelle de l’égalité
des sexes – sans la connaissance d’un certain nombre de déterminismes sociologiques sans
quoi, nous ne pourrions que nous leurrer sur la nature des problèmes et des handicaps
subjectifs à surmonter.
4 Pierre Bourdieu « La domination masculine »
Conclusion
Conclusion
Nous sommes tous d’accord : même si physiologiquement les filles et les garçons sont
indéniablement différents, les filles sont autant capables que les hommes d’étudier les
sciences et ceci avec une réussite équivalente.
Le problème du manque de scientifiques a mis en évidence l’existence d’un trop petit
nombre de filles dans les disciplines scientifiques et en particulier en mathématiques.
Ne nous leurrons pas, les mathématiques, comme les autres sciences dites “dures”, sont
difficiles, mais si cette difficulté éloigne les jeunes gens de ces études, ce n’est pas en tant
que tel et nous allons voir quelques indicateurs particuliers aux filles.
Les filles s’auto-évaluent négativement. Uri Gneezy1, professeur d’économie
et de stratégie à l’université de Chicago a réalisé avec son équipe des
expériences prouvant que les filles, lors d’une épreuve commune avec
des garçons ont de moins bons résultats que ces derniers, mais si elles
réalisent une telle épreuve dans un contexte purement féminin, alors
leur performance sont identiques à celles des garçons. De même, si elles
ne semblent pas développer un esprit de compétition dans un contexte
bisexué, il n’en est rien dans un contexte féminin. Pour corroborer
ces expériences, rappelons que le nombre d’admises à l’École Normale
Supérieure a été divisé par dix lors de la fermeture des ENS filles et de
l’ouverture d’un concours mixte. On peut se poser la question de savoir si
l’éducation actuelle des filles les prépare à ce type de compétition.
Nous avons également remarqué lors de notre enquête que les filles,
indépendamment de leurs goûts pour les sciences, désirent avoir un rôle
social et ceci influence le choix de leur profession. Le sociologue Bernard
Zarca2 parle de « l’imaginaire social proprement féminin ». Cet imaginaire
est-il si incompatible avec la profession de mathématicienne ?
Il reste encore un phénomène aggravant la situation puisqu’actuellement
encore 39% des mères, ayant déjà un emploi, changent leur activité après la
naissance contre seulement 6% des pères3. Ici, les causes sont multiples et
parler seulement « d’imaginaire familial » serait réducteur. Interviennent
entre autres, le rang de naissance, le travail occupé, la situation financière,
également « l’histoire professionnelle de leur propre mère ».
1 Gneezy, U., M. Niederle, and A. Rustichini « Performance in competitive environments : Gender differences »
Quarterly Journal of Economics, August 2003, p. 1049-1074.
2 B. Zarca « Mathématicien : une profession élitaire et masculine » les presses de Science Po
Sociétés contemporaines
3 Population et sociétés, numéro 426 septembre 2006 A. Pailhé et A. Solaz
Conclusion
B. Zarca nous dit que « la compréhension mathématique requiert une forme
d’intelligence abstraite dont la formation semble moins dépendante du milieu socioculturel
dans lequel on est éduqué qu’elle ne l’est des apprentissages strictement scolaires »,
et cependant 68% des mathématiciens ont des parents enseignants chercheurs ou
appartenant aux classes supérieures et parmi ceux-ci les femmes auraient plus d’atouts
sociaux, elles ont également eu, plus souvent que leur collègues mathématiciens, une mère
universitaire. L’école a donc un rôle important à reprendre pour augmenter les chances
des filles de parvenir à des carrières scientifiques de haut niveau et ceci afin de compenser
la diversité sociale de nos jeunes élèves.
Et pour terminer ce livret, je vous propose quelques phrases extraites du discours
prononcé par Michèle Vergne lors de son entrée à l’Académie des Sciences, même si vous
ne comprendrez pas les termes mathématiques, vous y percevrez sans aucun doute la
grande joie d’être chercheur en mathématiques :
« Comprendre quelque chose de nouveau est un intense bonheur. […] Tout d’un coup,
l’idée d’une généralisation de la formule de Poisson4 m’apparut qui résoudrait ce mystère
qui m’avait préoccupée. […] Combien de temps a pris la germination de cette idée ?
Longtemps : de 1970 à 1980, c’est à dire dix ans. Puis il y eut la période très heureuse de
son développement pendant 6 ans… ».
Actualités régionales
Nous présentons ici quelques constats chiffrés :
L’augmentation durant ces dernières années du nombre de bacheliers est dû
particulièrement à la présence des filles. À l’heure actuelle, 45% des bacheliers scientifiques
sont des filles (46% dans l’académie de Poitiers5). Ce pourcentage se retrouve dans leur
représentation à l’université (43% des étudiants en sciences, 56% dans l’académie de
Poitiers) mais elles ne sont plus que 27,8% en sciences fondamentales et applications
(24% dans l’académie de Poitiers). La part des femmes est de 28,5% dans les classes
préparatoires et 25% dans les écoles d’ingénieurs6. La situation ne s’améliore pas dans
le monde du travail puisqu’en 2001 la proportion des femmes est de 20,5% parmi
les chercheurs en entreprises (31,3% dans la recherche publique) pour ne citer qu’un
domaine de travail7.
4 Siméon Denis Poisson, mathématicien 1781-1840
5 L’académie de Poitiers comprend l’université de Poitiers et l’université de La Rochelle.
6 Rapport du ministère « 2005 Chiffres clés, égalité entre les hommes et les femmes »
7 http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000105/0000.pdf
Web utile utile
Web
Prix spécifiques pour les filles
Prix Irène Joliot-Curie
http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/discours/2007/prixijc07.htm
Prix Excellencia
http://www.excellencia.org/
Prix de la Vocation Scientifique et Technique
http://www.femmes-egalite.gouv.fr/grands_dossiers/dossiers/education/pvst.htm
Bourses régionales pour les filières scientifiques
http://www.cr-poitou-charentes.fr/fr/exergue/services/aides/aide.dml?id=91
Prix de thèse (la région)
http://www.cr-poitou-charentes.fr/fr/education/ens-sup/these.dml
Actions menées par des femmes
http://www.cr-poitou-charentes.fr/fr/emploi/femmes/prix-initielles.dml
Exemples d’action d’entreprises pour l’emploi des femmes
http://www.halde.fr/repertoire-bonnes-pratiques-initiatives-86/consulter-90/bonne-pratique-91/
scientifiques-techniques-9109.html?var_recherche=exite+camp
http://www.parispwn.net/tht_corporate/p_tht_corp_schlumb.html
Associations de femmes scientifiques
http://www.femmes-et-maths.fr/
http://www.femmes-ingenieurs.org/femmes-ingenieurs
http://www.int-evry.fr/femmes_et_sciences
Informations sur les femmes et les sciences
http://ec.europa.eu/research/science-society/index.cfm?fuseaction=public.topic&id=27
&lang=21&CFID=8171920&CFTOKEN=28c062396b74155c-3A96EFBC-C12D-1A90E4B48E6802516799
http://www.elles-en-sciences.org/
http://paris-cio.scola.ac-paris.fr/info.htm puis aller sur Formation et emploi des femmes
en Europe (2006)
Mathématiciennes contemporaines
3 http://www.ihes.fr/IHES/Scientifique/Seminaires/CvcHOQUET.html
4 http://daphne.math.polytechnique.fr/~vergne
5 http://perso.univ-rennes1.fr/marie-francoise.roy/
6 http://math.univ-angers.fr/
7 http://www.institut.math.jussieu.fr/~voisin/
8 http://numerix.univ-lyon1.fr/~schatz
9 www.cmap.polytechnique.fr/~elkaroui/elkaroui2.html, voir également l’article
du journal Le Monde, d’Annie Kahn à l’adresse http://www.finance-concepts.com/
press/LeMondelabossdesmaths1.pdf
10 http://alg-geo.epfl.ch/~bayer
11 http://www.institut.math.jussieu.fr/~moeglin/
12 http://www.umpa.ens-lyon.fr/~aguionne/
13 http://www.math.nyu.edu/faculty/serfaty/cv.html