Mathématicienne... Et alors
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Mathématicienne... Et alors
Sommaire Sommaire > Prologue / Françoise Vincent > Anxiété à l’égard des mathématiques / Louise Lafortune > Des lois pour l’égalité hommes-femmes / Laurence Cartier / Véronique Slovacek-Chauveau > Un peu d’histoire : du IV e siècle à nos jours / Françoise Vincent Les précurseures Nos contemporaines > Parcours et vécus / Karell Bertet / Michèle Loday-Richaud / Marie-Françoise Roy > L’Enquête Analyse de l’enquête Constat et réflexion / Sophia Augé > Conclusion / Françoise Vincent Actualités régionales > Web utile Contact Contact Françoise Vincent / prag département de mathématiques, Université de La Rochelle [email protected] Remerciements Remerciements Je tiens à remercier particulièrement : - l’équipe de l’enquête : les étudiants Segno Alessou, Myriam Desa, Harmonie Goyau, Gwénaëlle Guillas, Mickaël Séosse, Stéphanie Gaillard, l’enseignante Sophia Augé, - pour leur patience et leur travail, Christophe Sainson, maquettiste de ce livret et pourvoyeur d’idées quant à la structure de ce dit livret, Pierric Lechelon, réalisateur du graphisme de la couverture, - enfin celles qui ont accepté de partager avec vous quelques réflexions sur les femmes et les sciences, plus particulièrement les mathématiques : Louise Lafortune, Laurence Cartier, Véronique Slovacek-Chauveau, Karell Bertet, Michèle Loday-Richaud, MarieFrançoise Roy et Sophia. Prologue Prologue « Où l’on montre que l’opinion vulgaire est un préjugé, et qu’en comparant sans interest ce que l’on peut remarquer dans la conduite des hommes et des femmes, on est obligé de reconnoître entre les deux Sexes une égalité » Ceci est l’introduction de la première partie de l’ouvrage de François Poulain de La Barre1, « De l’égalité des deux sexes » ouvrage publié en 1673. Poulain de La Barre entendait par cet ouvrage, développer les idées de Descartes qui affirmait « l’entière autonomie de la pensée à l’égard du corps et rendait ainsi possible l’égalité intellectuelle de la femme »2. Malheureusement et sans doute sous la pression sociale, Poulain de la Barre écrivait en 1675 « De l’excellence des hommes contre l’égalité des deux sexes ». Ce siècle ne devait être prêt pour une telle révolution... Je n’hésite cependant pas à vous citer la célèbre phrase de Poulain de La Barre « L’esprit n’a pas de sexe »... D’autres ont essayé de montrer la voie à leurs contemporains comme le fit Condorcet3 dans son « Essai sur l’admission des femmes aux droits de la cité » en 1790, mais ce n’est véritablement qu’au XXe siècle que l’idée de l’égalité des sexes s’installe plus durablement. Alors pourquoi s’inquiéter du manque de scientifiques féminines ? Pourquoi vouloir inciter les jeunes filles à s’orienter vers l’étude des mathématiques, des sciences en général ? - par souci de justice entre filles et garçons ? - pour diversifier le personnel des entreprises et ainsi ouvrir la réflexion ? - pour répondre au manque de scientifiques en allant recruter ces derniers parmi les filles ? La première interrogation n’est pas sans fondement, ce n’est qu’au début de XXe siècle que les universités ont ouvert leurs portes aux femmes ; qu’au cours de ce même siècle que le droit de vote leur a été accordé4 et que leurs droits sociaux se sont vus élargis. Ainsi l’intégration totale de la femme à la vie sociale, économique et intellectuelle est assez récente et il n’est donc pas étonnant de voir certains tabous toujours présents. La deuxième interrogation a sa réponse dans le souci d’innovation des entreprises, celle-ci naît en particulier de la diversité et la mixité en est l’une des composantes. Quant à la troisième, elle est due à la désaffection des jeunes pour les études scientifiques et ceci depuis 1995. En effet, les titulaires d’un baccalauréat scientifique s’orientent de plus en plus vers des formations professionnalisantes et s’inscrivent dans les filières sélectives (CPGE, IUT, STS) ou dans les disciplines de sciences appliquées (science de l’ingénieur ou sciences informatiques)5. Il ne faut pas confondre désaffection des jeunes pour les études scientifiques et la supposée désaffection des jeunes pour les sciences. En effet, aucune enquête n’a établi que les jeunes se désintéressent de la science. 1 Poulain de La Barre (1647-1723) arrête ses études de théologie et adopte la philosophie de Descartes. 2 « Émilie, Émilie ou l’ambition féminine au XVIIIe siècle… » Élisabeth Badinter, philosophe et spécialiste du Siècle des Lumières. 3 Jean-Antoine-Nicolas Caritat, marquis de Condorcet (1743-1794), mathématicien, philosophe et homme politique. 4 Le droit de vote a été accordé aux femmes en France en 1945, en Allemagne en 1919. 5 «Les filières scientifiques et l’emploi » dossier du ministère de l’éducation nationale. Prologue Ce sont les effectifs de toutes les filières académiques et théoriques qui ont faibli au profit des filières professionnalisantes, Bernard Convert parle « d’un déplacement vers un enseignement supérieur plus appliqué et plus en accord avec la demande économique du moment. »6 D’autre part, malgré l’information toujours croissante adressée aux jeunes par l’intermédiaire des médias et du web, vers quelles carrières se destine-t-on, par exemple, lorsque l’on commence des études de mathématiques ? À part l’enseignement et la recherche (mais qu’est-ce que la recherche en mathématiques au juste ?). Tout cela reste encore obscur et de nombreux efforts sont faits en vue d’une clarification7. Il y a quelques années alors que j’interrogeais mes élèves sur l’évolution des mathématiques la plupart d’entre eux pensait que tout avait déjà été trouvé... Et pourtant, le mathématicien Jean Dieudonné (1906-1992) faisait en 1976 lors d’une conférence intitulée « Mathématiques vides et mathématiques significatives » l’évaluation suivante : deux mille à deux mille cinq cent pages de textes mathématiques sont publiées par mois ! Dans l’enquête que nous avons faite en 20058, on peut lire que les femmes sont moins encouragées à poursuivre des études scientifiques que les garçons. « On fait croire aux filles qu’elles sont inaptes à faire des études scientifiques dès le lycée ». Le constat est alarmant. Nous sommes ici en présence du mythe de la masculinité des mathématiques dont nous parlent Louise et son équipe dans leur ouvrage « Les femmes font des maths ». Mythe bien évidemment entretenu par les filles elles-mêmes qui s’auto-évaluent négativement par rapport aux garçons. On remarque d’ailleurs que peu de filles s’orientent vers les classes préparatoires même si les débouchés y sont mieux définis et plus nombreux que dans les universités, cela n’est encore pas suffisant pour les attirer. Je lisais récemment le livre intitulé « L’ombre du vent » de Carlos Ruiz Zafòn et j’y ai trouvé la phrase suivante dite par une jeune fille « Mon père trouve que les sciences ne sont pas faites pour le sexe faible », scène se situant au milieu du XXe siècle, pas si loin que cela de nous. Cette masculinité des sciences n’est pas que dans les romans comme le montre l’exemple suivant : dans un article récent de la revue Ciel et Espace (octobre 2006), Yaël Nazé, chercheuse à l’institut d’astrophysique et de géophysique nous parle de Vera Robin, cosmologiste américaine née en 1928 à Philadelphie. Passionnée depuis l’enfance par l’astronomie, elle se voit déconseiller par ses professeurs d’envisager une telle profession et même son « rêve devient un sujet de plaisanterie au sein de sa propre famille ». Il lui faut attendre 1970 pour que ses travaux soient reconnus. Elle a reçu depuis de nombreux prix9. En janvier 2005, Le président de l’université d’Harvard, Lawrence Summers, affirmait que si le milieu scientifique est moins fréquenté par les femmes, c’est tout simplement parce qu’elles sont mentalement moins bien dotées que les hommes. Il n’est plus que l’ex-président de l’université d’Harvard... 6 Bernard Convert « Les impasses de la démocratisation scolaire « Éditions Raisons d’Agir. 7 La brochure de l’ONISEP, intitulée «Zoom sur les métiers des mathématiques» sortie en 2006 en est un des exemples, elle est téléchargeable sur le site http://smf.emath.fr/Publications/ZoomMetiersDesMaths/ Zoom_Math2006_Bassedef.pdf 8 http://www.univ-lr.fr/labo/lmca/recherche/Colloques/Filles-1.txt 9 Elle a reçu en 1996 la médaille d’or de la Royal Astronomical Society, elle est la deuxième femme à l’obtenir après Caroline Herschel en... 1828 Anxiété à l’égard des mathéma Anxiété à l’égard des mathématiques : situation des filles sans oublier les garçons Louise Lafortune Département des sciences de l’éducation - Université du Québec à Trois-Rivières Au Québec et dans d’autres pays, il y a un manque de relève dans les domaines scientifiques et technologiques. Les filles comme les garçons seront donc sollicités pour répondre aux besoins d’une société en changement. Certaines attitudes peuvent les décourager, surtout des filles, de choisir des carrières qui exigent des formations mathématiques, scientifiques et technologiques avancées malgré de très bons résultats scolaires. Des réactions affectives intenses et négatives à l’égard des mathématiques peuvent influencer les choix de carrière. Femmes et dimension affective en mathématiques Malgré le fait qu’au Canada, il n’y a pas de différence significative entre les garçons et les filles en ce qui a trait aux performances en mathématiques, le fait que les attitudes soient négatives à l’égard des mathématiques, nous porte à vouloir approfondir certains des aspects cognitifs et affectifs de l’apprentissage des mathématiques sous l’angle des différences entre les sexes. Anxiété à l’égard des mathématiques L’anxiété à l’égard des mathématiques peut être ressentie à divers degrés et on relève différentes manifestations de cette anxiété (inquiétude, malaises et peur). Les élèves qui vivent de l’inquiétude sont préoccupés par le déroulement du cours à venir ; on peut alors dire que leur prédisposition intérieure (leur attitude) est négative avant de s’engager dans l’activité mathématique à cause d’une certaine appréhension. Même si cette inquiétude se manifeste avant l’entrée dans la classe de mathématiques ou avant la réalisation d’une tâche mathématique, elle est construite à partir d’expériences antérieures ou de croyances et de préjugés véhiculés par l’école et la société relativement au niveau prétendu de difficulté en mathématiques, de leur inutilité et de leur accessibilité supposément limitée à un petit groupe de personnes possédant un talent supérieur. Les élèves qui ressentent des malaises à l’égard des mathématiques, vivent des tensions qui leur sont parfois difficiles à supporter ce qui les amène à s’engager peu dans l’activité mathématique. Ces malaises surviennent en situation de résolution de problèmes mathématiques et rappellent des moments difficiles vécus en mathématiques. La peur, quant à elle, est de plus grande intensité et mène à l’évitement; elle crée des tensions insupportables. Lorsque les élèves en sont rendus à ressentir de la peur des mathématiques, on peut penser que seules des interventions spécifiques et soutenues pourront diminuer ces craintes. Ces différentes formes d’anxiété peuvent mener les élèves, filles et garçons, à ne pas ressentir du plaisir à faire des mathématiques et à se désengager par rapport aux tâches mathématiques à réaliser. Anxiété à l’égard des mathéma De ces résultats de recherche, on peut dire que : l’anxiété à l’égard des mathématiques est un état affectif caractérisé par de l’inquiétude, des malaises et de la peur qui peut empêcher de faire des mathématiques. Les tensions créées peuvent être plus ou moins intenses et ainsi, nuire à la concentration et à l’atteinte d’une performance à la mesure de ses capacités. Des résultats de recherche Dans une recherche déjà réalisée, on a pu constater que des filles semblent plutôt ressentir et exprimer une anxiété intrinsèque à l’égard des mathématiques, qui réfère à un trouble intérieur d’une intensité variable selon les individus : […] je vais comme perdre le contrôle de moi-même, je vais commencer à être nerveuse, je ne vais pas savoir quoi faire, par où commencer. […] je me sens tellement stressée que je ne suis plus capable, je tremble de partout puis je ne pense même plus aux mathématiques, j’essaie juste de trouver la réponse, la réponse, la réponse. Voir dessins ci-contre De leur côté, des garçons fournissent souvent des raisons externes expliquant leur gêne de résoudre des problèmes devant les autres. Lorsqu’ils ont de la difficulté, cela semble s’exprimer sous la forme de frustrations. Le regard des autres semble très important pour plusieurs garçons. Certains ne s’en font pas trop et soulignent que lorsqu’il y a une longue série de problèmes à résoudre en peu de temps, ils choisissent de ne pas résoudre tous les problèmes. Les réactions vont même jusqu’à de l’indifférence. On constate donc qu’il y a une différence entre des filles et des garçons quant à l’anxiété exprimée à l’égard des mathématiques. Ces résultats suscitent la réflexion si on veut que les filles et les garçons choisissent plus facilement les domaines à forte composante mathématique ce qui peut les mener aux sciences, aux technologies, à l’ingénierie et aux mathématiques. Quels moyens pourraient être utilisés pour favoriser des choix scientifiques ? Il semble donc important de réagir et de valoriser les attitudes et comportements des filles en soulignant les aspects positifs de leur anxiété et en valorisant leurs habiletés de création. Des préjugés relatifs aux technologies On peut même penser que l’enseignement des mathématiques peut influencer les attitudes à l’égard des technologies lors d’études supérieures. Lorsqu’on demande à des filles et à des garçons qui se dirigent en sciences s’ils pensent que les garçons sont meilleurs que les filles en informatique, on se rend compte que plus du tiers des garçons (35 %) et des filles (37 %) pensent que les garçons sont meilleurs que les filles en informatique. Même si ces résultats ne peuvent être généralisés, nous pouvons les utiliser dans une démarche de réflexion et de questionnement. Anxiété à l’égard des mathéma Des dessins de filles auxquelles on a demandé de « dessiner les maths » Parfois, je me sens monter au ciel; d’autres fois, si je pouvais, je brûlerais toutes les maths de la terre! (car parfois, ma tête bourdonne avec des gros problèmes). Parfois, j’aime les maths et parfois non. J’ai dessiné un diable [qui représente les moments où] je n’ai pas le goût de faire des maths et l’ange [qui représente les moments où] j’ai le goût. Pour environ un tiers des garçons comme des filles, les garçons sont encore considérés comme étant meilleurs que les filles en informatique. Les deux autres tiers considèrent plutôt que les capacités des garçons et des filles sont semblables. Le type de commentaires qui valorise les capacités des filles concerne leur minutie, leur patience et leur persévérance. La façon dont ces commentaires sont amenés laisse supposer que ces qualités ne sont pas essentielles pour l’apprentissage de l’informatique ; pourtant, elles sont nécessaires si, par exemple, on ne veut pas se décourager lorsque la tâche informatique à réaliser cause problème et qu’il est difficile de trouver ce qui ne fonctionne pas. De plus, il semble y avoir confusion entre intérêt et capacités : les commentaires insistent en effet sur l’intérêt des garçons en laissant entendre que leurs capacités en informatique en découleraient. C’est une présomption qu’il conviendrait de dévoiler. Apprendre à dissocier intérêt et compétences par le biais d’échanges et de discussion permettrait de démythifier la situation. Les stéréotypes sur les compétences des filles et des garçons sont donc encore bien présents. Il est vrai qu’un tiers peut paraître beaucoup pour des jeunes qui se dirigent dans des domaines scientifiques et qu’ils ont choisi ces domaines, mais il y a 10 ou 15 ans, les résultats obtenus auraient-ils été différents ? Si l’on se fie aux données sur l’appropriation des technologies par les femmes, nous pensons que beaucoup plus du tiers des filles et des garçons auraient pensé que les garçons sont meilleurs que les filles. Mais, soyons optimistes, si le tiers des jeunes pensent que les garçons sont meilleurs en informatique que les filles, les deux-tiers ne le pensent pas. De « les filles » ou « les garçons » à « des filles » ou « des garçons » Les affirmations présentent trop souvent des aspects globaux laissant supposer que toutes les filles ou tous les garçons font partie d’un groupe homogène. Même si généralement, on réfère à la majorité des filles ou à la majorité des garçons, le vocabulaire utilisé peut laisser supposer que l’on fait référence à toutes les filles ou à tous les garçons. Pourtant, Anxiété à l’égard des mathéma plusieurs filles s’intéressent aux technologies et y réussissent très bien et plusieurs garçons adorent la lecture et réussissent très bien en français. En compartimentant les élèves selon leur sexe, on leur nuit et on ne tient pas compte de nuances importantes. Il existe, selon nous, des différences liées à la provenance du milieu socioéconomique, culturel ou ethnique qui sont peut-être plus importantes que celles provenant du genre. On associe facilement les garçons à la compétition et à l’agitation et les filles à la coopération et à la tranquillité. En choisissant de présenter des statistiques qui catégorisent les filles et les garçons et en utilisant ces statistiques pour des choix pédagogiques avec peu de nuances, on risque d’accentuer les stéréotypes. Pourquoi ne pas aller dans le sens d’une pédagogie de l’équité où l’école viserait une réelle mixité en tenant compte de la diversité culturelle. En ce sens, nous proposons une perspective d’équité sociopédagogique qui 1 - considère que les élèves sont des êtres à part entière qui ont et auront à vivre dans un monde de diversité, 2 - cherche à prendre en compte toutes les dimensions de l’apprentissage (cognitive, métacognitive, affective, sociale, éthique, culturelle…) et, 3 - se soucie du fait que les jeunes vivent et auront à vivre et à travailler avec des personnes différentes d’eux et particulièrement, de l’autre sexe. Conclusion Pour conclure, nous savons que diverses avenues de réflexion pourraient mener à des actions autant dans l’école, la famille et la société. Il s’agit de s’interroger sur la perpétuation des stéréotypes dans une période où il y a changement. On voudrait bien que les dessins des filles deviennent comme ceux-ci. Les mathématiques sont vivantes. Je flotte quand je fais des maths. Le mot du servicepour des droitsl’égalité des femmes Des lois hommes Laurence Cartier Chargé de mission départementale aux droits des femmes et à l’égalité - Préfecture de La Rochelle Le Service des droits des femmes et à l’égalité a notamment pour objectif de contribuer à réduire les inégalités professionnelles persistantes entre femmes et hommes, filles et garçons. Or, bien qu’il soit établi que les filles réussissent mieux que les garçons sur le plan scolaire, en terme de durée moyenne des études, de niveau moyen des diplômes et de taux de réussite aux examens, les femmes sont plus souvent que les hommes confrontées au chômage, aux emplois précaires, au temps partiel contraint et sont souvent moins bien rémunérées… Elles accèdent en outre plus difficilement aux postes à responsabilité. L’une des explications à ce paradoxe est que les jeunes filles s’orientent peu vers les métiers porteurs d’emploi et sont sous représentées dans les filières scientifiques et techniques, dans l’enseignement supérieur et la recherche. L’orientation des filles et des garçons reste marquée par un fort déterminisme et une représentation sexuée des métiers qui est source d’inégalités alors que seules les aspirations et les compétences devraient motiver un projet professionnel. Plusieurs dispositifs ont été adoptés pour favoriser cette prise de conscience et accompagner les changements nécessaires dans l’aide au choix. Ainsi, la Convention pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, dans le système éducatif, signée par huit ministres le 29 juin 2006, permet de fixer des priorités d’action par exemple pour améliorer l’orientation scolaire et professionnelle des filles et des garçons. Des engagements ont ainsi été pris d’intégrer la problématique de l’égalité entre les sexes dans les documents d’aide à l’orientation, notamment ceux produits par l’ONISEP, et encore de mettre en place des actions de coopération avec le monde professionnel, sous forme de stages, de tutorat, de journées portes ouvertes, afin de développer et valoriser la place et le rôle des femmes dans les secteurs scientifiques et techniques. Des prix ont été créés également pour encourager les jeunes femmes à emprunter des filières d’études scientifiques et techniques, parmi lesquels on peut citer1 : - le prix Irène Joliot-Curie : créé en 2001 par le ministère de la recherche, le Prix Irène Joliot-Curie est destiné à récompenser les actions entreprises pour favoriser la présence des jeunes filles dans les études scientifiques et techniques et promouvoir la place des femmes dans le domaine de la recherche en France. - le prix Excellencia, Trophée de la femme ingénieur high-tech : l’objectif de ce prix est de promouvoir la réussite tant professionnelle que personnelle de jeunes femmes impliquées dans la création, le développement ou la mise en application des nouvelles technologies et bien sûr de valoriser les voies d’accès à ces métiers. Le secteur des nouvelles technologies est un vecteur important pour l’émergence d’une 1 vous trouverez les sites internet à la fin de ce livret Des lois pour l’égalité hommes société de la connaissance et pour une croissance économique plus forte ; comment peut-on imaginer que le monde de demain, les produits et loisirs de demain soient encore et toujours conçus et inspirés par des équipes d’ingénieurs et de chercheurs masculins ? - le Prix de la Vocation Scientifique et Technique (PVST) : créé en 1991, il est attribué à 600 jeunes filles ayant un projet de carrière scientifique et technique. L’objectif principal est d’inciter les filles à élargir leurs choix professionnels vers des secteurs où elles sont peu nombreuses et où les perspectives d’avenir sont ouvertes. Ce prix permet de sensibiliser les jeunes, leurs parents, les enseignants et les professionnels chargés de l’orientation. Il contribue à faire évoluer les représentations sociales des métiers et tend à démontrer qu’on ne peut plus se contenter de penser qu’il y a des métiers pour les garçons et des métiers pour les filles… Il permet enfin et surtout de favoriser la réalisation d’un projet qui était peut-être au départ un rêve… Tous les talents doivent pouvoir s’exprimer et les filles n’en manquent pas ! De nombreux parcours de femmes illustrent de très belles réussites et témoignent souvent d’une grande volonté pour surmonter les obstacles. Qu’il soit donné au plus grand nombre de s’épanouir et de se réaliser en empruntant des chemins non traditionnels est un formidable enjeu, la réussite c’est aussi la liberté d’aller là où l’on ne vous attend pas… ! Des lois pour l’égalité hommes Le mot de la Présidente Véronique Slovacek-Chauveau Présidente de l’association «Femmes & Mathématiques», Professeure de mathématiques Les mathématiques sont considérées par les filles et les garçons comme une science morte, fossilisée et stérilisante qui empêcherait de communiquer avec les autres, et servirait uniquement d’outil de sélection. Elles sont associées à des mots tels que : rigueur, logique, dures, matière de sélection, masculines, difficiles... Dans son Dictionnaire des idées reçues, Gustave Flaubert (1821-1880) avait déjà soigneusement noté en face du mot mathématiques : « dessèchent le cœur ». Il faudrait peut-être insister sur le rôle de l’intuition, de l’imagination en mathématiques, de la beauté, de la notion de langage universel... Attention ! Certains, certaines continuent à prétendre qu’il existe des différences “naturelles” entre femmes et hommes dans leur capacité à utiliser un hémisphère cérébral plutôt qu’un autre... Ce qui aurait une incidence sur la capacité ou non de faire des mathématiques. Rappelons que la bosse des maths n’existe pas et que les mathématiques sont également difficiles pour les filles et les garçons ! Depuis quelques années, les différents gouvernements souhaitent augmenter le nombre de femmes dans les métiers scientifiques et techniques : en effet, le pays manque de jeunes hommes se dirigeant vers des études scientifiques et techniques, alors... Allons chercher les femmes ! La loi organique relative aux lois de finances (LOLF) fixe à cet égard un objectif chiffré : 20% de filles de plus en 2010 dans les terminales scientifiques et techniques. Cet objectif désigne un résultat symbolique en termes d’orientation. Pour que cette performance ambitieuse soit atteinte, il faut que les établissements conduisent une politique au quotidien vigilante et systématique d’éducation à l’égalité entre les filles et les garçons. Cet apprentissage est la condition de l’évolution des mentalités à laquelle tous les acteurs de l’école doivent contribuer : parents, professeurs, personnels éducatifs, élèves. Obligation légale, l’égalité des filles et des garçons constitue pour l’Éducation nationale une mission fondamentale. (Direction générale de l’Enseignement scolaire - Publié le 18 janvier 2007 © Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche). Equité, excellence, efficacité, enjeu économique. L’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes est tout à la fois facteur de dynamisme social et de croissance économique. Les femmes constituent un “vivier” de compétences indispensable. e siècl Un d’histoire : du Un peupeu d’histoire : du IV siècle à nos jours IV e Nous donnerons ici l’exemple de quelques mathématiciennes qui ont particulièrement retenu notre attention, nous les nommerons « les précurseures ». Hypatie d’Alexandrie (370-415) Hypatie était la fille d’un philosophe, elle-même philosophe, mathématicienne et astronome. Elle meurt lapidée par une secte de chrétiens fanatiques « les nitrians ». Aucun de ses travaux ne nous est parvenu1, seules quelques lettres subsistent et des écrits de ses contemporains sur ses travaux. Un cratère sur la lune porte son nom. Sophie Germain (1776-1831) Sophie est née à Paris. À l’âge de treize ans, impressionée par le récit de la mort d’Archimède (la légende veut que ce dernier, trop occupé à réfléchir à un problème de géométrie pour fuir, meurt sous les coups de lance d’un soldat romain) elle décide de faire des mathématiques. À l’âge de vingt ans, ne pouvant entrer à l’école polytechnique, créée en 1794, elle correspond avec Lagrange et plus tard Gauss sous le pseudonyme de Monsieur Le Blanc. Ses travaux portent sur la théorie des nombres, la théorie des surfaces et l’élasticité. En 1998 le scénariste américain David Auburn écrit une pièce “La preuve’’ dont les personnages sont des mathématiciens et où il y ait fait allusion aux travaux de Sophie Germain sur la théorie des nombres. Ada Byron (1815-1852) Elle est la fille de Lord Byron, le poète et d’Annabella Milbanke. Annabella donne à sa fille une éducation sans aucun point commun avec ce qu’était son père, ainsi Ada apprend la science et les mathématiques. Ce sont les notes qu’elle ajoute à la traduction du mémoire du mathématicien italien Frederico Luigi sur la machine analytique qui la font connaître. Dans ces notes, elle donne une méthode de calcul des nombres de Bernoulli avec la machine ce qui apparaît comme le premier programme informatique au monde. Ada a donné son nom à un langage de programmation mis au point par l’équipe de Jean Ichbiah pour le département de la défense américain. Sofia Kovalevska (1850-1891) Sofia contracte un mariage blanc avec le paléontologue Wladimir Kovalevski, afin d’avoir toute liberté de s’instruire et de voyager en Europe. Bien que nous avancions dans le temps, Sofia ne peut s’inscrire à l’université allemande et c’est donc des cours privés qu’elle suit avec Karl Weierstrass, éminent mathématicien. Elle est la première femme au monde à obtenir un doctorat de mathématiques. En 1884, elle obtient un poste de professeure à l’université de Stockholm. Sofia étudie à la suite de deux grands mathématiciens du XVIIIe siècle : Lagrange et Euler, le mouvement des toupies. En 2006, la Bibliothèque Nationale de France met en place un cycle de conférence “un texte, un mathématicien”. Michèle Audin, mathématicienne, propose un texte de Sofia, et une représentation de la pièce de Jean-François Peyret “Le cas Sophie K” est donnée à cette occasion. 1 La bibliothèque d’Alexandrie a été plusieurs fois incendiée entre 390 et 642. Un peu d’histoire : du IV e siècl Emmy Nœther (1882-1935) Emmy est née à Erlangen en Allemagne. Elle est la fille de Max Nœther, mathématicien renommé. Elle fait ses études à Erlangen et Göttingen. Elle obtient sa thèse en 1907 mais ne peut enseigner car elle est une femme. Elle part à l’université de Göttingen invitée par le grand mathématicien David Hilbert à travailler avec lui, mais elle n’est autorisée à donner des cours que sous couvert du nom de Hilbert et sans rémunération. Elle est la fondatrice de « l’algèbre abstraite » à la suite d’un travail sur certains opérateurs différentiels utilisés en mécanique quantique2. Le mathématicien Paul Dubreil (1904-1994) écrit à son propos : « C’est en 1921 que son génie mathématique va se révéler pleinement avec la parution de son mémoire (Théorie des idéaux dans les anneaux) [...] Son plus grand mérite est d’avoir été là la fois la mère et la reine de la grande école algèbriste allemande. » Renvoyée de l’université de Göttingen dés 1933 par le gouvernement nazi, elle émigre en Pennsylvanie où elle décède deux ans après de complications inattendues à la suite d’une opération bénigne. Les contemporaines : les mathématiciennes ont été choisies pour leur notoriété. Un seul thème de recherche a été retenu pour chacune d’entre elles. Yvonne Choquet-Bruhat3, professeure émérite à l’université Pierre et Marie Curie, première femme à l’académie des Sciences. Thème de recherche : théorie de la relativité générale, hydrodynamique relativiste ; Michèle Vergne4, professeure à l’École polytechnique, membre de l’Académie des Sciences élue en 1997. Thème de recherche : représentations à énergie positive de groupes de Lie semi-simples réels et représentation métaplectique ; Marie-Françoise Roy5, présidente de la Société mathématique de France de juin 2004 à juin 2007. Reçoit en 2004 le prix Irène Joliot-Curie «Prix Reconnaissance». Thème de recherche : algorithmes de la géométrie algèbrique réelle ; Michèle Loday-Richaud6, professeure à l’université d’Angers. Thème de recherche : phénomène de Stokes ; Claire Voisin7, directrice au CNRS. Thème de recherche : géométrie algèbrique ; Michèle Schaztman8, professeure à l’université de Lyon. Thème de recherche : analyse numérique ; Nicole El Karoui9, professeure à l’École polytechnique. Thème de recherche : processus stochastiques ; Eva Bayer-Fluckiger10, professeure à l’École polytechnique de Lausanne. Thème de recherche : la cohomologie galoisienne des groupes algébriques ; Colette Moeglin11, professeure à l’Institut de Mathématiques de Jussieu. Thème de recherche : théorie arithmétique des nombres ; Alice Guionnet12, directrice de recherche au CNRS. Thème de recherche : théorie des matrices aléatoires ; Sylvia Serfaty13, professeure de mathématiques, Courant Institute of Mathematical Sciences, prix 2004 de la Société Européenne. Thème de recherche : équations aux dérivées partielles elliptiques non linéaires. Et beaucoup d’autres encore… 2 Paul Dubreil : Cahiers du séminaire d’histoire des mathématiques (1987). 3,4,5,6,7,8,9,10,11,12,13 Voir rubrique «web utile» à la fin du livret. Parcours vécus Des mathématiqueset à l’algorithmique Karell bertet Maître de conférence Département d’informatique - Université de La Rochelle Je suis maître de conférences en informatique à l’université de la Rochelle. À ce titre, j’ai une activité d’enseignement à l’université, mais également une activité de recherche dans un laboratoire rattaché à l’université. J’enseigne et j’effectue des recherches en algorithmique, domaine qui se situe à l’intersection entre l’informatique et les mathématiques. Dans mon activité professionelle, il m’est arrivé de remarquer une certaine surprise parmi des collègues ou des étudiants ; voire quelques plaisanteries déplacées. Par exemple, un jour que je présidais un jury de baccalauréat, il m’a été demandé pourquoi c’était la secrétaire qui assurait la présidence. Cependant, je n’ai aucune discrimintation majeure à signaler. Des collègues femmes m’ont toutefois rapporté certaines difficultés à accéder à de plus grandes responsabilités, phénomène connu sous le nom de “plafond invisible” qui dépend plus du rapport des femmes au pouvoir. La dimension “mathématique” de ma profession suscite cependant des réactions plus marquées dans mon entourage personnel. En effet, il est plus habituel de prêter aux femmes des qualités maternelles et intuitives, alors que les mathématiques sont généralement connotées de rigueur et de règles. En effet, les mathématiques sont souvent réduites à la rigueur de leurs démonstrations, décrites dans un langage composé de termes spécifiques et de formules. Cependant, si l’on réduit les mathématiques à la sémantique de son langage, pourquoi ne pas réduire toute langue naturelle à la conjugaison et à l’orthographe de ses écrits, et ainsi faire abstraction de son contenu ? Je trouve que ce serait tout aussi réducteur. En effet, les mathématiques manipulent des concepts riches tels que les nombres, les figures, les structures ; concepts qui ont un sens, une origine, une évolution, une histoire ; concepts que l’on peut s’approprier et décrire de plusieurs façons, avec différents styles. De nature purement intellectuelle et non soumis à l’expérience, ces concepts trouvent des applications remarquables dans les autres sciences. Ainsi, le domaine de l’algorithmique dans lequel je travaille se situe dans cette intersection entre mathématiques et informatique : il s’agit d’appliquer des traitements informatiques sophistiqués en utilisant et en adaptant des concepts et des modèles mathématiques. J’effectue en algorithmique une activité d’enseignement, mais aussi de recherche. Mon activité d’enseignement consiste à décrire et présenter aux étudiants les modèles et les traitements utilisés par la plupart des logiciels pour manipuler des données de façon la plus efficace possible. J’attache beaucoup d’importance à introduire ces notions par l’exemple, avant de les décrire de façon formelle en utilisant le langage mathématique. Quant à mon activité de recherche, elle s’oriente plutôt vers la mise en place de nouveaux modèles et de nouveaux traitements qu’il s’agit avant tout d’imaginer, puis de prouver et de diffuser en utilisant le langage mathématique. En conclusion, il m’apparaît que mon approche des mathématiques en algorithmique, que ce soit en enseignement ou en recherche, est une manipulation de modèles et de traitements beaucoup plus intuitive que formelle. Tribune libre Parcours et vécus Michèle Loday-Richaud Professeure de mathématiques à l'université d'Angers Toute expérience personnelle est unique. Mais nos succès, nos enthousiasmes, nos difficultés, nos échecs peuvent se partager, se comprendre, se transmettre, devenir référence. Réticente à parler de moi-même je me suis donc laissé convaincre de me raconter. J'ai préparé le baccalauréat au début des années ’60 au lycée d'Avignon, plus exactement au Lycée de Jeunes Filles alias Lycée Théodore Aubanel. Garçons et filles étaient alors toujours séparés ; le Lycée de Garçons portait quant à lui le nom d'un autre félibre célèbre, Frédéric Mistral. Les lycéens et lycéennes d'aujourd'hui n'ont sans doute pas tous conscience de la situation d'alors. Je voudrais donc rappeler que l'explosion du M.L.F. (Mouvement de Libération des Femmes), les débuts de la contraception et le Planning Familial datent de cette période-là. Au début des années ’60 une jeune fille n'était pas destinée à faire des études sinon, pour sa culture. La priorité, y compris dans des milieux sociaux modestes, était son mariage ; son avenir normal, l'entretien du ménage et l'éducation de ses enfants. Pour moi, il en allait autrement : vivant dans un milieu familial hostile (d'où étaient absents et mon père et ma mère) et essentiellement féminin je devais avoir un métier et mon autonomie financière aussi tôt que possible. Ce fut une évidence de tout temps comme il était évident que je deviendrais institutrice, infirmière, voire peut-être médecin. Cette évidence m'a beaucoup aidée car elle avait pour corollaire la volonté de réussir. Je n'étais pas prédestinée à faire des mathématiques, et en tant que “femme”, encore moins qu'aujourd'hui. Mais j'en avais un goût certain et ce, depuis la plus tendre enfance. Je me souviens avoir épuisé tous les fichiers de math de l'école primaire de mon village ; dès l'âge de 8 ans on m'avait chargé d’établir les factures de la coopérative de boulangerie. Sont-ce là des mathématiques ? Certainement pas, mais, sans aucun doute, un bon entraînement au calcul. Lorsque j'ai eu passé le baccalauréat, je dois avouer que je n'avais aucune perspective sur mon avenir. Mais, je l'ai déjà dit, une seule chose était certaine : j'allais réussir. C'est en math que j'avais les plus grandes facilités et la meilleure préparation. Je suis fortement reconnaissante aux excellentes enseignantes de Parcours et vécus mathématiques que j'ai eues qui ont su conforter mon goût naturel par de solides bases théoriques. Merci Mademoiselle Falque, merci Mademoiselle Barthelémy ! (Je n'ai qu'un regret, c'est qu'il n'en ait pas été de même en physique-chimie et que je n'aie donc guère eu de choix). Mademoiselle Barthelémy que j'avais comme professeur de mathématiques en Terminale m'a signalé l'existence des classes préparatoires et m'a encouragée à m'inscrire au lycée Thiers de Marseille dans une filière portant mystérieusement le nom d'un adorable animal : la Taupe. Je ne connaissais rien de ce monde-là. Et puis, —est-ce ainsi que naissent les vocations ?— l'une des personnes que je détestais le plus m'a dit d'un ton péremptoire : “Les math, c'est pas pour les filles et surtout pas ces classes-là”. Mon choix fut définitif ! Il est regrettable qu'on entende encore aujourd'hui ce même type de discours (avec probablement des effets dans l'autre sens) alors qu'on a l'expérience de plusieurs générations de femmes qui ont si bien réussi en mathématiques au plus haut niveau. Je veux témoigner du bonheur que j'ai eu à étudier en classe préparatoire et dans un lycée de garçons (quel changement d'atmosphère !). Les enseignants y étaient remarquables —du moins en mathématiques— et, ce qui n'est pas négligeable, nous n'avions plus au programme que les matières que j'aimais. Il y avait beaucoup de complicité entre nous, beaucoup de joie et d'enthousiasme et, paradoxalement, on ne se sentait pas en concurrence les uns avec les autres. Certes, nous avions aussi beaucoup de travail mais le plaisir qui l'accompagnait ne me l'a jamais fait sentir comme une charge. Pourtant tout n'était pas idyllique : je n'avais droit ni à une chambre d'internat, ni... à la cantine (quelle bombe sexuelle devais-je être pour qu'on pense que j'allais à ce point perturber l'équilibre psychique des garçons en partageant leurs repas ! Or, le restaurant universitaire n'ouvrait ses portes qu'en novembre alors que nous rentrions en septembre. Je suis encore écœurée à l'idée de manger un sandwich !). Je vous le disais, l'époque a bien changé ! Alors, mesdemoiselles, vous qui hésitez par peur de l'atmosphère qui vous attend dans ces classes, allez-y, foncez. La France est (encore) l'un des pays au monde qui a le plus grand nombre de mathématiciennes professionnelles (j'entends de niveau universitaire, faisant des mathématiques leur métier dans des organismes publics aussi bien que privés). Cette situation est en train de changer. Un des éléments essentiels à sa constitution fut l'existence des Écoles Normales Supérieures (Sèvres et Fontenay) réservées aux filles, recrutant sur le même concours que les garçons (Rue d'Ulm et Saint-Cloud) avec un classement séparé et un nombre de places fixé à l'avance pour chaque école. À partir de 1986 les écoles (Sèvres et la Rue d'Ulm d'une part, Fontenay et Saint-Cloud d'autre part) et les concours ont fusionné. Nombre de mathématiciennes, et membres de l'association Femmes & Math en tête, ont milité pour cette fusion, clamant haut et fort qu'elles auraient été reçues dans les écoles fusionnées comme elles l'avaient été dans l'ancien système. J'étais l'une des rares à penser que je n'aurais sûrement pas été reçue et nombre de mes collègues non plus. Malheureusement, l'avenir m'a donné raison. Avec aujourd'hui, une moyenne de 8% (contre 40% environ auparavant)1 de filles reçues au concours de la rue d'Ulm et des chiffres analogues 1 voir par exemple les résultats à http://www.ens.fr/concours/Resultats/Statgene.htm Parcours et vécus dans les autres écoles, le nombre de filles bénéficiant du tremplin que constituent les écoles Normales Supérieures est devenu peau de chagrin. Or, ces mêmes filles qui ne passent pas le cap du concours ont prouvé qu'elles avaient un devenir de mathématicienne tout à fait honorable et souvent brillant par rapport à celui des garçons et qu'elles étaient heureuses dans leur fonction. La situation me désole parce qu'elle contribue à éloigner un peu plus les filles des math, à fermer leurs débouchés, parce que celles qui deviendront néammoins mathématiciennes le deviendront dans des conditions beaucoup plus difficiles : sans salaire je n'aurais pas continué jusqu'à une thèse (il me fallait vivre et donc gagner ma vie tout simplement) ; sans l'émulation apportée par l'école et surtout par les autres élèves je n'aurais pas eu la foi et l'énergie nécessaires pour surmonter les inévitables obstacles d'un travail de recherche (il me fallait acquérir la confiance que la société accorde encore si mal aux femmes dans le domaine des sciences en général). J'en reviens à ce dont je parlais au début : la détermination à réussir et ce qui va de pair, la confiance en soi et à son possible succès dans la voie choisie. La société joue encore un rôle très néfaste à l'égard des filles par les idées préconcues et les poncifs qu'elle véhicule. Cela ne se justifie pas. Réagissons ! Les concours des Écoles Normales Supérieures ont été conçus pour des garçons sur des critères masculins. L'expérience des dernières années a montré qu'ils n'étaient pas “unisexe” et confirmé ainsi ce que d'aucuns disaient auparavant : la différence de combativité et de place accordée à la vie affective, toutes deux probablement liées au décalage de maturité des uns et des autres, les insidieuses différences de perspectives inculquées aux uns et aux autres sont à prendre en considération. Je me suis laissé dire que le même concours organisé deux ans plus tôt inverserait les résultats. À voir ! Ce qui est sûr c'est que la situation actuelle est anormale, que non seulement la France perdra rapidement son rang de tête pour le nombre de femmes mathématiciennes mais qu'elle perdra aussi la plupart de ses mathématiciennes, si rien n'est fait rapidement. Ce que je souhaite c'est qu'un grand nombre d'entre vous prenne conscience de cette situation et milite pour un meilleur équilibre. Avez-vous pensé, messieurs, à ce que seront vos conditions de travail quand vous n'aurez plus une seule collègue femme ? Qu'aurait de choquant un quota de places pour les filles et un quota de places pour les garçons à peu près équivalent ? Et si cela devait être interprété comme de la “discrimination” pourquoi ne pas revenir à des écoles séparées ? Maintenant, il me semble difficile de dissimuler son statut de femme, alors pourquoi séparer les deux écoles ? Je compte sur la jeune génération pour changer cette évolution vers une voie plus prometteuse de mixité. Histoire d’une passion Parcours et vécus Marie Françoise Roy Professeure de mathématiques - Université de Rennes 1 Présidente de la Société Mathématique de France Petite, j’étais gauchère, et maladroite. Avide de lecture et bonne en classe, j’allais donc être une intellectuelle. Le livre d’Irène Curie sur sa mère, à la bibliothèque verte je crois, m’a fascinée durablement, pourquoi pas scientifique alors ? Femme mais à part, seule parmi les hommes. Dans le milieu des années 1960 la recherche scientifique devient à la mode, Spoutnik et guerre froide obligent. Licknerowicz avec sa pipe parle de physique à la télé. C’est en classse préparatoire, dans un lycée de garçons où je suis la seule fille parmi quarante que mon orientation vers les mathématiques se précise. Malgré tout, lorsque je rentre à l’ENS de jeunes filles, c’est à l’enseignement que je me destine plutôt. C’est Yvette Amice qui me repère et me prédit un avenir dans la recherche. Depuis, c’est la voie que j’ai suivie. J’aime les mathématiques. Les mathématiques sont ludiques. Les mathématiques sont rassurantes. Les mathématiques sont exaltantes. Les mathématiques sont utiles. De plus d’une manière, les mathématiques tombent juste. Quand je loue ainsi les mathématiques, je pense énoncer des vérités qui touchent tous les amoureux des mathématiques, et qui étonnerons les autres, j’ai aussi le sentiment que je m’exprime différemment d’un homme, que je vois le monde autrement. Je pense qu’il faut encourager les femmes à faire de la recherche. Parce que faire de la recherche est une activité jouissive et que les femmes n’ont plus à bouder leur plaisir. Parce que passivité et activité, recherche active et contemplation, yin et yang, sont deux composantes indispensables de la recherche. Parce que faire pipi plus loin que son voisin n’est pas la seule manière d’exister en sciences. Parce que la diversité humaine est importante dans le milieu de la recherche, pour plus de créativité et plus de joie de vivre. Les obstacles que rencontre une femme qui veut faire de la recherche viennent surtout du regard porté par les autres. Une femme scientifique, encore plus une mathématicienne fait encore peur, aux hommes comme aux femmes. L’image des sciences et l’image de la femme sont en conflit, une femme scientifique n’est donc pas vraiment une femme : trop active, trop intelligente, trop sèche peut-être, mauvais caractère en tout cas. C’est peutêtre pour celà que c’est souvent à l’adolescence que les filles décrochent côté science : si on veut être populaire parmi les gens de son âge, voire aimée il ne faut pas trop être matheuse. Les atouts essentiels d’une femme scientifique sont sa confiance en elle et sa motivation. Si elle est là, c’est qu’elle sait ce qu’elle veut, ce n’est pas parce qu’on lui a dit que c’est là qu’elle doit être. Le côté exception qui est encore réel dans mon domaine donne aussi une visibilité importante, qui est parfois un atout. À niveau scientifique égal, on a tendance à me préférer à un homme et à me confier des responsabilités. Par contre il m’est assez Parcours et vécus souvent arrivé de voir attribuer à mes collaborateurs hommes l’initiative ou la part la plus importante dans un travail de recherche commun, parfois à tort. Il n’y a pas qu’à moi que ça arrive, j’ai souvent observé que lors d’une collaboration scientifique entre un homme et une femme, on sous-entend un manque d’autonomie, une passivité chez la femme, alors que l’homme tire un plein avantage d’une collaboration où il apparaît, naturellement, comme le leader. Finalement, j’ai eu ce que je voulais : la vie intellectuelle, les amitiés, les voyages, la possibilité d’agir pour les causes qui me tiennent à cœur. Pour une femme de ma génération tout ceci est possible sans avoir à sacrifier vie de famille ou vie personnelle. J’ai eu beaucoup de chance. Le succès qui m’est le plus cher, c’est une toute petite association de solidarité internationale et d’échanges culturels entre la France et le Niger nommée Tarbiyya Tatali (aide à l’auto-développement) qui me l’a offert. La clé qui permet de donner et de recevoir, et que je cherchais depuis si longtemps dans mes échanges avec le Niger, je l’ai trouvée, à Lougou, dans le contexte de la culture azna qui respecte l’équilibre des pouvoirs entre les hommes et les femmes, dans la case de la reine-prêtresse Saraouniya qui m’a montré son visage. Alors les collines se sont petit à petit reboisées, les femmes ont filé de nouveau le coton et en ont encerclé de leur fil le village pour une fête, comme autrefois, les enfants ont pris le chemin de l’école le ventre plein, les blancs et les noirs ont échangé paroles et cadeaux. Un autre monde est possible, si on sait en trouver la clé. Analyse de l’enquête L’Enquête Les jeunes, la science et la technologie : à bas les tabous ! http://www.univ-lr.fr/labo/lmca/recherche/Colloques/Filles-1.txt Cette enquête a été faite auprès de 407 étudiants et lycéens de disciplines scientifiques. Nous ne nous intéressons ici qu’à la partie du questionnaire intitulée « les sciences et vous ». « Quelle est la motivation principale qui vous a conduit vers les filières scientifiques ? » Dans la première partie nous avons remarqué que les jeunes choisissaient des filières porteuses d’emplois, même si ces filières sont plus sélectives, certainement l’angoisse du chômage y est pour beaucoup. S’y adjoint l’idée que travailler des matières difficiles sans perspectives d’avenir n’a rien d’attirant. La motivation principale de ces jeunes se partage entre l’intérêt pour la discipline et les perspectives d’avenir. Les filles semblent cependant s’intéresser d’avantage aux perspectives d’avenir. « Pensez-vous qu’il existe des aptitudes (ou des capacités) différentes dans les matières scientifiques entre les filles et les garçons ? » Un point positif est la prise de conscience des jeunes face à ce problème. Peu d’entre eux répondent positivement et parmi ceux-ci, les arguments les plus fréquents sont : « les filles sont plus travailleuses et ont plus de rigueur », « les garçons sont meilleurs en géométrie, ont plus de logique et un sens plus aigu de la compétition »1. 1 voir la conclusion. L’Enquête Il ressort également de leur commentaire que les filles sont moins encouragées à faire des études scientifiques. « Pensez-vous que la sensibilité féminine porte plus naturellement les filles vers les disciplines littéraires ? » Outre la rigueur et le travail des filles, leur « sensibilité » semble les éloigner des études scientifiques. Encore 54,2% des garçons interrogés pensent qu’il en est effectivement ainsi mais également 37,7% des filles ce qui trouve une explication dans le fait que moins de la moitié des effectifs féminins des sections scientifiques se destine une carrière scientifique. « Pensez-vous que les femmes soient sujettes à une domination masculine dans certains domaines scientifiques ? » Bien que le non l’emporte, ce n’est qu’avec un petit 53,3% et ceci autant de la part des filles que des garçons. On peut y voir une prise de conscience des garçons. Certains attribuent la domination masculine tout simplement au plus grand nombre d’hommes dans les métiers scientifiques, d’autres à la « timidité » des femmes et à leur manque de confiance en elles ce qui a été également remarqué par Louise et son équipe. L’Enquête « Lisez-vous des magazines scientifiques ? » Même si les jeunes ne sont pas passionnés de littérature scientifique, une grande partie d’entre eux lisent de temps en temps différentes revues comme « Tangente », « Phosphore » etc… Le tableau ci-dessous nous donne le taux de lecture des garçons, des filles et le résultat dans sa globalité. Les filles lisent moins que les garçons de revues scientifiques et lorsqu’elles en lisent la fréquence en est moins grande. « Les mathématiques aident à comprendre le monde » La dépendance par rapport au sexe n’est pas significative pour cette question. Il est cependant important de noter la corrélation avec la lecture d’un magazine. Constat et réflexion L’Enquête Sophia Augé Professeure de philosophie au Lycée Jean Dautet - La Rochelle À bien des égards, les résultats de cette enquête ainsi que les débats menés dans une classe de terminale littéraire sont révélateurs des difficultés rencontrées par les filles dans leur accès aux filières scientifiques et aux carrières de chercheuses en sciences dites “dures” telles les mathématiques ou la physique. Les réponses à certaines questions nous invitent sûrement à identifier la persistance de problèmes ainsi que des progrès qui témoignent d’une réelle modification des consciences. Insistons tout d’abord sur celle-ci. Il semble désormais évident, sinon acquis, pour toutes et pour tous qu’il n’existe pas d’inégalités intellectuelles pas plus qu’il ne saurait y avoir d’inégalités d’aptitudes entre les filles et les garçons. La recherche scientifique n’est donc pas destinée à un sexe particulier : 93% d’accords sur ce point témoignent d’une unanimité incontestable. Ainsi, les débats “essentialistes” portant sur une nature féminine (qui par essence, est faible, peu rigoureuse, inapte, l’excluant “naturellement” des domaines scientifiques) semblent dépassés sinon réactionnaires et nous ne pouvons que nous en réjouir. Il est même apparu dans les réponses que la simple possibilité de s’interroger sur ce point relevait de la démarche la plus sexiste qui soit... Pourtant, le fait de savoir si « la sensibilité féminine porte plus naturellement les filles vers les disciplines littéraires » ne produit pas l’accord attendu1 ni la belle unanimité à savoir le refus de sexuer les disciplines... Cette indétermination relative nous conduit à reconnaître la prégnance de schèmes plus ou moins conscients, qualifiant les notions de féminin et de masculin. En effet, il faut encore en classe de terminale interroger les qualifications spontanées attribuées aux deux sexes et plus particulièrement “l’intuition”, la “sensibilité”, le “sens du relationnel” voire “l’instinct maternel” – toujours rapportées au féminin. Pour ce faire, nous devons réfléchir ensemble au constat capital de Simone de Beauvoir « On ne naît pas femme, on le devient »2 en l’enrichissant des diverses analyses anthropologiques et idéologiques des sexes. L’anthropologue Françoise Héritier rappelle avec force que « la différence entre les sexes est toujours et dans toutes les sociétés idéologiquement traduite dans un langage binaire et hiérarchisé »3. Il faut encore et toujours interroger les qualifications respectives du masculin et du féminin parce qu’elles traduisent, de fait, un ordre des choses, des corps, des dispositions ou “aptitudes”, des divisions sexuées du travail et par conséquent des inégalités sociales et économiques entre les hommes et les femmes. Si cette interrogation, toujours pertinente, nous incombe, c’est précisément parce que l’ordre de la réalité sociale perdure indépendamment de la conscience ou de la non1 voir enquête pages suivantes 2 Simone de Beauvoir, « Le deuxième sexe » 3 Françoise Héritier « Masculin | Féminin ; la pensée de la différence » L’Enquête conscience que nous en avons. Les inégalités persistent et ce ne peut être compris comme un simple retard du réel sur nos représentations (ce que tendent à croire les élèves et nousmêmes, perplexes et conscients d’un tel retard...). C’est bel et bien parce que le réel doit être modifié pour que nos représentations changent. Outre cette conscience d’un ordre réel à modifier, s’ajoute un problème majeur de connaissance : nous ne devons pas oublier que notre appréhension du masculin et du féminin (c’est-à-dire les catégories que nous produisons pour les appréhender) n’est évidemment pas neutre. « Nous pratiquons des modes de pensée (ou classifications) qui sont eux-mêmes le produit de la domination » rappelait le sociologue Pierre Bourdieu4. Il n’est peut-être pas inutile de souligner que nos représentations sont très profondément androcentrées, ce qui explique aussi que les femmes intériorisent des catégories (mérite, investissement personnel...) qu’elles expriment ensuite en termes de choix uniquement motivé de manière autonome. Il ne saurait donc y avoir de réflexion critique et constructive, dans une perspective transformatrice – c’est-à-dire ici dans celle d’une politique réelle de l’égalité des sexes – sans la connaissance d’un certain nombre de déterminismes sociologiques sans quoi, nous ne pourrions que nous leurrer sur la nature des problèmes et des handicaps subjectifs à surmonter. 4 Pierre Bourdieu « La domination masculine » Conclusion Conclusion Nous sommes tous d’accord : même si physiologiquement les filles et les garçons sont indéniablement différents, les filles sont autant capables que les hommes d’étudier les sciences et ceci avec une réussite équivalente. Le problème du manque de scientifiques a mis en évidence l’existence d’un trop petit nombre de filles dans les disciplines scientifiques et en particulier en mathématiques. Ne nous leurrons pas, les mathématiques, comme les autres sciences dites “dures”, sont difficiles, mais si cette difficulté éloigne les jeunes gens de ces études, ce n’est pas en tant que tel et nous allons voir quelques indicateurs particuliers aux filles. Les filles s’auto-évaluent négativement. Uri Gneezy1, professeur d’économie et de stratégie à l’université de Chicago a réalisé avec son équipe des expériences prouvant que les filles, lors d’une épreuve commune avec des garçons ont de moins bons résultats que ces derniers, mais si elles réalisent une telle épreuve dans un contexte purement féminin, alors leur performance sont identiques à celles des garçons. De même, si elles ne semblent pas développer un esprit de compétition dans un contexte bisexué, il n’en est rien dans un contexte féminin. Pour corroborer ces expériences, rappelons que le nombre d’admises à l’École Normale Supérieure a été divisé par dix lors de la fermeture des ENS filles et de l’ouverture d’un concours mixte. On peut se poser la question de savoir si l’éducation actuelle des filles les prépare à ce type de compétition. Nous avons également remarqué lors de notre enquête que les filles, indépendamment de leurs goûts pour les sciences, désirent avoir un rôle social et ceci influence le choix de leur profession. Le sociologue Bernard Zarca2 parle de « l’imaginaire social proprement féminin ». Cet imaginaire est-il si incompatible avec la profession de mathématicienne ? Il reste encore un phénomène aggravant la situation puisqu’actuellement encore 39% des mères, ayant déjà un emploi, changent leur activité après la naissance contre seulement 6% des pères3. Ici, les causes sont multiples et parler seulement « d’imaginaire familial » serait réducteur. Interviennent entre autres, le rang de naissance, le travail occupé, la situation financière, également « l’histoire professionnelle de leur propre mère ». 1 Gneezy, U., M. Niederle, and A. Rustichini « Performance in competitive environments : Gender differences » Quarterly Journal of Economics, August 2003, p. 1049-1074. 2 B. Zarca « Mathématicien : une profession élitaire et masculine » les presses de Science Po Sociétés contemporaines 3 Population et sociétés, numéro 426 septembre 2006 A. Pailhé et A. Solaz Conclusion B. Zarca nous dit que « la compréhension mathématique requiert une forme d’intelligence abstraite dont la formation semble moins dépendante du milieu socioculturel dans lequel on est éduqué qu’elle ne l’est des apprentissages strictement scolaires », et cependant 68% des mathématiciens ont des parents enseignants chercheurs ou appartenant aux classes supérieures et parmi ceux-ci les femmes auraient plus d’atouts sociaux, elles ont également eu, plus souvent que leur collègues mathématiciens, une mère universitaire. L’école a donc un rôle important à reprendre pour augmenter les chances des filles de parvenir à des carrières scientifiques de haut niveau et ceci afin de compenser la diversité sociale de nos jeunes élèves. Et pour terminer ce livret, je vous propose quelques phrases extraites du discours prononcé par Michèle Vergne lors de son entrée à l’Académie des Sciences, même si vous ne comprendrez pas les termes mathématiques, vous y percevrez sans aucun doute la grande joie d’être chercheur en mathématiques : « Comprendre quelque chose de nouveau est un intense bonheur. […] Tout d’un coup, l’idée d’une généralisation de la formule de Poisson4 m’apparut qui résoudrait ce mystère qui m’avait préoccupée. […] Combien de temps a pris la germination de cette idée ? Longtemps : de 1970 à 1980, c’est à dire dix ans. Puis il y eut la période très heureuse de son développement pendant 6 ans… ». Actualités régionales Nous présentons ici quelques constats chiffrés : L’augmentation durant ces dernières années du nombre de bacheliers est dû particulièrement à la présence des filles. À l’heure actuelle, 45% des bacheliers scientifiques sont des filles (46% dans l’académie de Poitiers5). Ce pourcentage se retrouve dans leur représentation à l’université (43% des étudiants en sciences, 56% dans l’académie de Poitiers) mais elles ne sont plus que 27,8% en sciences fondamentales et applications (24% dans l’académie de Poitiers). La part des femmes est de 28,5% dans les classes préparatoires et 25% dans les écoles d’ingénieurs6. La situation ne s’améliore pas dans le monde du travail puisqu’en 2001 la proportion des femmes est de 20,5% parmi les chercheurs en entreprises (31,3% dans la recherche publique) pour ne citer qu’un domaine de travail7. 4 Siméon Denis Poisson, mathématicien 1781-1840 5 L’académie de Poitiers comprend l’université de Poitiers et l’université de La Rochelle. 6 Rapport du ministère « 2005 Chiffres clés, égalité entre les hommes et les femmes » 7 http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000105/0000.pdf Web utile utile Web Prix spécifiques pour les filles Prix Irène Joliot-Curie http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/discours/2007/prixijc07.htm Prix Excellencia http://www.excellencia.org/ Prix de la Vocation Scientifique et Technique http://www.femmes-egalite.gouv.fr/grands_dossiers/dossiers/education/pvst.htm Bourses régionales pour les filières scientifiques http://www.cr-poitou-charentes.fr/fr/exergue/services/aides/aide.dml?id=91 Prix de thèse (la région) http://www.cr-poitou-charentes.fr/fr/education/ens-sup/these.dml Actions menées par des femmes http://www.cr-poitou-charentes.fr/fr/emploi/femmes/prix-initielles.dml Exemples d’action d’entreprises pour l’emploi des femmes http://www.halde.fr/repertoire-bonnes-pratiques-initiatives-86/consulter-90/bonne-pratique-91/ scientifiques-techniques-9109.html?var_recherche=exite+camp http://www.parispwn.net/tht_corporate/p_tht_corp_schlumb.html Associations de femmes scientifiques http://www.femmes-et-maths.fr/ http://www.femmes-ingenieurs.org/femmes-ingenieurs http://www.int-evry.fr/femmes_et_sciences Informations sur les femmes et les sciences http://ec.europa.eu/research/science-society/index.cfm?fuseaction=public.topic&id=27 &lang=21&CFID=8171920&CFTOKEN=28c062396b74155c-3A96EFBC-C12D-1A90E4B48E6802516799 http://www.elles-en-sciences.org/ http://paris-cio.scola.ac-paris.fr/info.htm puis aller sur Formation et emploi des femmes en Europe (2006) Mathématiciennes contemporaines 3 http://www.ihes.fr/IHES/Scientifique/Seminaires/CvcHOQUET.html 4 http://daphne.math.polytechnique.fr/~vergne 5 http://perso.univ-rennes1.fr/marie-francoise.roy/ 6 http://math.univ-angers.fr/ 7 http://www.institut.math.jussieu.fr/~voisin/ 8 http://numerix.univ-lyon1.fr/~schatz 9 www.cmap.polytechnique.fr/~elkaroui/elkaroui2.html, voir également l’article du journal Le Monde, d’Annie Kahn à l’adresse http://www.finance-concepts.com/ press/LeMondelabossdesmaths1.pdf 10 http://alg-geo.epfl.ch/~bayer 11 http://www.institut.math.jussieu.fr/~moeglin/ 12 http://www.umpa.ens-lyon.fr/~aguionne/ 13 http://www.math.nyu.edu/faculty/serfaty/cv.html