frontières ultimes de l`humanité au

Transcription

frontières ultimes de l`humanité au
évadez-vous !
Tchoukotka et
Wrangel
Tchoukotka - Wrangel
frontières
ultimes de
l’humanité
au-delà du
Détroit de
Béring
Il faut aller loin, au-delà des habitudes,
au-delà même des visions de nos rêves
d’enfant, pour les trouver,… là-bas,…
très loin,… à 11 fuseaux horaires de la
France, balayés par les vents, oubliés
de presque tous,… là où les vagues
du Pacifique Nord s’écrasent sur les
plages de gravier des limites terrestres
de la Fédération de Russie et vont à
la rencontre des vagues de l’Océan
Glacial Arctique. Le district autonome
de Tchoukotka, l’île de Wrangel,
qui en a entendu parler ?
Texte > JULIA SNEGUR
photographies > NORD ESPACES
“La” Tchoukotka, souvent assimilée à la Sibérie, cultive le paradoxe d’être
une terre quasi inconnue de tous et pourtant localisable par chacun sur
une carte. La faute en revient à sa position stratégique face à l’Alaska :
zone interdite pendant longtemps elle conserve certains réflexes de région
sensible, comme celui d’accueillir les visiteurs par un contrôle des visas et
passeports, contrôle certes souriant mais très strict effectué directement
dans l’avion avant toute descente. La faute à sa “capitale” Anadyr (qui
signifie “la bouche” en langue tchouktche) typiquement “ville du très
grand Nord”, modeste, chaleureuse mais plus soucieuse de préserver
ses habitants que de rayonner dans le monde. Aujourd’hui, les choses
changent : la Tchoukotka s’ouvre aux voyageurs audacieux qui veulent aller
au-delà des préjugés, avant d’aller au-delà du Détroit de Béring. Surtout
l’été, un nombre limité mais croissant de visiteurs sont accueillis pour des
voyages qui ne ressemblent à aucun autre. Que ce soit une croisière pour
découvrir le peuple des baleines, poser le pied sur l’île Wrangel (où vécurent
il y a 3500 ans les derniers mammouths) et voir les ours polaires, ou que
ce soit un raid pour partager la vie des tchouktches, nomades éleveurs de
rennes, on revient de ces voyages hors normes avec le sentiment d’avoir
approché quelque chose d’unique.
LA CAPITALE ANADYR
On accède à Anadyr (port de 12 000 habitants), par un trajet en taxi suivi, en
été, d’un passage obligé en bateau navette. L’hiver, les glaces omniprésentes
permettent d’emprunter une route temporaire passant au dessus des
eaux gelées et serpentant parmi les bateaux rouillés figés dans l’hiver et
la banquise. Un décor de film de science-fiction ! Pour quiconque arrive à
Anadyr, le choc est rude : le touriste rêve d’Océan Arctique aux eaux pures
et aux icebergs blancs, de toundra enneigée s’étendant à l’infini… Anadyr
est une frontière géographique entre la vie moderne et l’inconnu. Anadyr, se
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évadez-vous !
Tchoukotka - Wrangel
Océan Arctique
Wrangel
Tchoukotka
Alaska
Russie
Mer de Béring
océan Pacifique
À GAUCHE : LES ENFANTS TCHOUKTCHES CURIEUX S’INITIENT AUX TECHNOLOGIES
MODERNES SUR LE STADE DU VILLAGE DÉLIMITÉ PAR DES OS DE BALEINE.
PAGE DE DROITE, EN HAUT : LA CATHÉDRALE ORTHODOXE D’ANADYR / FÊTE
TCHOUKTCHE IMPROMPTUE / LE SYSTÈME NATUREL DE LA RÉSERVE DE L’ÎLE
WRANGEL JOUIT DU PLUS GRAND NIVEAU DE BIODIVERSITÉ DANS LE HAUTARCTIQUE, ICI UNE FLEUR DE LA FAMILLE DES CYPÉRACÉES / AU CENTRE : LE
VOYAGEUR EXPLORATEUR DÉAMBULE DANS UN CIMETIÈRE DE MAMMIFÈRES
MARINS / EN BAS : IL FAUDRA SE METTRE À LA NOURRITURE TCHOUKTCHE, DONT
L’APPORT EN PROTÉINES GRASSES PERMET LA SURVIE / TRACES TOUTES FRAÎCHES
DANS LE SABLE D'UN OURS POLAIRE / GUILLEMOTS / LE TABLEAU DE CONTRÔLE
INDIVIDUEL SUR LE BATEAU POLAIRE : CHACUN RETOURNE SON BADGE EN PARTANT
EN EXPÉDITION À TERRE ET LE REMET EN PLACE À SON RETOUR / L’ALLÉE DES
BALEINES : LIEU SACRÉ DU PEUPLE TCHOUKTCHE QUI Y A DÉPOSÉ DES OSSEMENTS
DE BALEINES SELON UN ORDRE MATHÉMATIQUE
caractérise par un invraisemblable amoncellement de témoignages
d’un passé révolu, peu engageants : amas de ferrailles rouillées,
carcasses d’engins divers et improbables, etc... Le voyageur croira
aborder une zone de délabrement total, rongée par le sel marin et les
vents du nord, alors qu’il est accueilli par une zone qui a survécu et qui
renaît. Il suffit de bien regarder et de commencer à aller au-delà des
apparences ! L’architecture d’Anadyr est intéressante. L’histoire, avec
des constructions typiques de grands ensembles urbains du siècle
dernier, croise la géographie et ses contraintes, avec les bâtiments
construits sur pilotis, mais aussi la psychologie et la sociologie dans
le choix des couleurs des bâtiments et la présence de peintures
sur certaines façades. Ours polaire, fleurs, visages souriants : des
œuvres de 15 mètres de haut qui accrochent le regard ! Rien n’est
innocent, tout est tourné vers la pratique de l’art de la survie physique
et mentale. Les habitants de Tchoukotka pratiquent cet art depuis des
siècles : une visite au petit musée local permet de mieux comprendre
cette aptitude à la survie mais aussi la culture vivante tchouktche
qui s’exprime dans un art et un artisanat plus complexes qu’il n’y
paraît. Le peuple tchouktche, doux, tolérant et très fier de sa culture
aurait donné naissance au peuple Inuit avant que la Béringie (cette
terre qui reliait la Russie à l’Alaska) ne soit engloutie dans les eaux
glacées du Pacifique Nord. La culture tchouktche réussit à perdurer,
vaille que vaille, donnant par exemple au monde l’un des grands
écrivains russes contemporains : Youri Rythkéou. Les tchouktches
partagent l’espace et la vie des russes venus dans ce Far East en
quête de fortune ou par obligation militaire. Mais tous savent que leurs
vies sont fragiles face à l’hiver, face à la nuit polaire et tentent de ne
pas sombrer dans l’alcool et la fatigue. Dans cet univers de béton
coloré, une cathédrale de bois surprend. Entre elle et l’estuaire, une
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grande statue de Saint Nicolas, bras ouverts sur l’estuaire et le port
aux bateaux rouillés, rappelle que le christianisme a voulu étouffer les
croyances animistes.
PLONGER DANS L’UNIVERS DES TCHOUKTCHES
Longer les côtes de la province dans un bateau de classe polaire ou
partir en raid à l’aventure à l’intérieur des terres, c’est quitter Anadyr
et la civilisation connue pour plonger dans l’univers des tchouktches,
souvent chahutés pour leur simplicité, leur bonhomie. Ainsi, Jean
Malaurie dirigea une expédition en 1990 qui lui permit de redécouvrir
un endroit magique, qu’il définira comme "la Delphes de l’Arctique" :
l’Allée des Baleines. Dans ce lieu choisi sur l’île d’Yttigram, des os,
des mâchoires, des vertèbres de baleines ont été disposés selon
un ordonnancement rigoureux qui troubla, en 1976, les explorateurs
russes face au plus grand site chamanique qui soit. Dressés vers
le ciel, formant une véritable allée, des os sont alignés sur plus de
500 mètres de long ; l’ordonnancement y est rompu selon un rythme
que l’on devine étudié, par d’autres ossements, des vertèbres. Le
plus important est incontestablement ce qui émane de cet endroit :
un grand mystère qui fait que le visiteur aborde ce sanctuaire avec
respect, peut-être parce qu’il plonge dans la perplexité jusqu’aux
plus hautes autorités scientifiques. Elles reconnaissent qu’à l’image
de temples anciens, la disposition des ossements, l’architecture
générale du site, les perspectives tracées par les restes de baleines,
obéissent à des lois inconnues. Or, la culture tchouktche est orale.
La période soviétique a permis à chaque citoyen d’accéder à
l’éducation et donc aujourd’hui, chaque tchouktche sait lire, écrire,
compter… mais chaque tchouktche a aussi perdu une grande partie
de ses racines culturelles ancestrales. Aujourd’hui, nous sommes les
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Tchoukotka - Wrangel
Deux explorateurs (dont Julia notre reporter)
sur l’une des plages de l’ile Wrangel.
La photo page précédente des traces d’ours a été prise elle aussi sur cette plage …
L’ours a dû y passer quelques dizaines de minutes auparavant…
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Tchoukotka - Wrangel
SUR CETTE PAGE, À GAUCHE : COUCHER DE SOLEIL SUR L’OCÉAN ARCTIQUE ET L’ÎLE WRANGEL / AU CENTRE EN HAUT : TATIANA, DOCTEUR EN BIOLOGIE, COUTEAU À LA
CEINTURE ET JULIA / AUTRES PHOTOS : PAYSAGES DE L’ÎLE WRANGEL : APRÈS AVOIR ABORDÉ L’ÎLE ET GRAVI LA PREMIÈRE COLLINE, C’EST UN SPECTACLE DE PREMIER MATIN
DU MONDE QUI S’OFFRE AU VOYAGEUR ; MÊME LES PETITS ICEBERGS SEMBLENT PRENDRE LA FORME DE MAMMIFÈRES MARINS.
Informations pratiques
- Evitez de distribuer des sucreries mais échangez
des objets utiles et ne vous approchez des chiens
tchouktches qu'en présence de leurs maîtres.
- Sauf à Anadyr, vous n'aurez pas de connexion internet.
- Soyez prudents : ne vous éloignez jamais du groupe
lors d’excursion dans des endroits déserts comme
Wrangel, ou dans des endroits "spéciaux" comme
Providenia et n’oubliez pas sur le bateau qu’un coup
de vent dans le Détroit de Béring n’a rien à voir avec
une brise marine …
- Ne prévoyez pas de rendez-vous important le
lendemain de votre arrivée en France : en plus
du décalage horaire (+ 11h) qu’il vous faudra
surmonter, pensez aussi aux imprévus n’oubliez
pas que vous allez dans le Haut Arctique et que
la nature et la météorologie peuvent avoir raison
de votre emploi du temps.
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derniers témoins de cette culture qui peut disparaître, comme l’Allée
des Baleines est, elle-même, déjà en train de disparaître. Petit à petit,
au fil des hivers, chaque vent, chaque gel, chaque tempête, amplifiés
par le réchauffement climatique, met à mal le site dont les ossements
s’effondrent les uns après les autres.
Une croisière permet au voyageur de rencontrer, au gré des descentes
à terre improvisées, des villageois préparant une fête de village, des
groupes de pêcheurs construisant une pirogue traditionnelle en peau
de morse. Avec un peu de chance, s’il a su faire preuve de respect
et de silence, le voyageur connaitra des émotions rares ! Imaginez :
le canot pneumatique aborde une plage de gravier parsemée de
quelques ossements épars ; derrière un escarpement, on devine des
constructions de bois sur un promontoire balayé par le vent emportant
la fumée qui signale une présence humaine. Et alors commence
l’inoubliable : un adolescent qui raconte, face à l’océan, en russe, la
chasse au morse et sa fierté d’avoir eu le droit de lancer le harpon ;
sous les yeux admiratifs de son frère, il explique la solitude quand
l’embarcation est perdue dans le brouillard, la joie du retour au village…
le chef de clan qui s’avance devant un bateau en construction en train
de sécher au soleil et au grand vent : deux peaux de morses cousues
la veille sur une charpente de bois savamment étudiée laissent
encore suinter la graisse, et les coutures témoignent d’une maîtrise
parfaite des techniques maritimes. L’enfant tchouktche heureux, qui
serre dans ses bras un chiot husky. Les femmes qui surveillent les
poissons ou les peaux séchant au soleil et invitent à prendre un thé,
le temps d’apprendre ce qui se passe au-delà de leur horizon. La
main du chef de clan, brunie par la mer et les efforts, s’ouvrant pour
révéler une dent de morse, cadeau rare qu’il dépose dans la main
du voyageur si le moment passé entre eux a été fort et respectueux.
en haut : 100.000 MORSES DU PACIFIQUE SONT REGROUPÉS TOUT AU LONG DE L’ANNÉE SUR LES CÔTES DE L'ÎLE WRANGEL
L’autre aspect de la vie tchouktche, ce sont les villages qui s’égrènent
tout au long du rivage ; certains se sont regroupés à l’époque terrible
de la fin du communisme. Il faut être inconscient de la réalité des
choses pour affirmer que la chute du soviétisme ouvrit une ère de
prospérité : une très large majorité de russes, dont la quasi-totalité des
tchouktches ne connut que la misère et même la famine ! La solidarité
prit le dessus sur les tentations de violence pour la survie ; des villages
tchouktches se regroupèrent, abandonnant les habitations les moins
adaptées. Aujourd’hui, la vie a repris ; des bourgades vivent de la
pêche, de l’élevage, de commerce, très peu du tourisme. Chaque
village dispose de son centre culturel ; mais certaines constructions
témoignent de temps très durs et leurs habitants continuent à vivre
dans des conditions particulièrement difficiles dans l’attente de
programmes de rénovation de l’habitat.
L’ÎLE DE WRANGEL
L’île Wrangel est inscrite au Patrimoine de l’Humanité de l’Unesco
depuis 2004 pour son écosystème insulaire extraordinaire et pourtant
elle reste méconnue. Wrangel est loin d’Anadyr même si elle fait
partie du district autonome de Tchoukotka. Demain, l’ouverture des
nouveaux passages dans l’Océan Arctique offrira un raccourci aux
cargos. Ce sera de début d’une ère différente pour l’île : certains s’en
réjouissent, espérant des gains, d’autres pressentent des malheurs à
venir. Pour l’instant, Wrangel se mérite : quelques jours de navigation
seront nécessaires pour entrer dans le royaume des ours polaires
et des morses.
Il faut aller dans le poste de pilotage du navire polaire : l’ambiance y
est généralement familiale. Les membres de l’équipage se succèdent
à la barre pour éviter une trop grande tension et une accumulation
de fatigue : pas de plaisanteries, pas de rires, mais un grand
professionnalisme fait d’observations, de connaissance de la mer,
des cartes et des signaux radars. Si l’on maîtrise l’anglais ou mieux
encore le russe, l’évocation de souvenirs dans la chaleur du poste
de pilotage face à l’immense Océan Arctique apporte des heures
passionnantes. Le voyageur a surtout le temps de s’émerveiller de
la course des groupes de baleines grises, de baleines franches
ou de baleines à bosse autour du navire. Elles passent, indifférentes,
majestueuses, avec un souffle régulier qui remplit d’émotion. Plus le
bateau progresse vers le Nord, plus les oiseaux se font nombreux.
Avis aux photographes animaliers : les oiseaux prenant la pose
dans le vent du Nord ! Enfin Wrangel apparaît, sous les nuages
arrêtés, soulignée de vols d’oiseaux traçant dans le ciel des lignes
complexes. Voir cette île de 150 km de long sur 125 de large est un
moment d’émotion. Après une première marche dans la toundra vient
le temps de la magie : un large trou circulaire dans le gravier d’une
colline ou d’une plage, là où un ours polaire s’est assoupi et puis ces
empreintes, formidables, précises et puissantes, dans le sable d’une
plage, témoignage du passage d’un ours quelques minutes avant
vous… Et un frisson parcourt alors le dos du voyageur, conscient de
sa fragilité. Wrangel c’est aussi des falaises vertigineuses où nichent
des oiseaux marins : on les approche jusqu’à quasiment les toucher
mais les compter apparaît impossible. Ces sites de nidification les
plus septentrionaux de la planète abritent une centaine d’espèces
différentes. A peine plus loin, plus de 100000 morses confirment la
présence d’une biodiversité d’une richesse inouïe.
Aller jusqu’à l’île Wrangel, c’est découvrir le rôle de laboratoire de
cette île du bout du monde, c’est aller dans un endroit oublié de tous,
sauf d’un petit groupe de scientifiques. Tatiana n’a pas trente ans,
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elle est mariée à un autre scientifique ; son visage aux pommettes
hautes et aux yeux légèrement bridés trahit son origine de l’est de
la Russie. Elle a connu l’hiver et la nuit polaire sur Wrangel. Elle vit là,
dans un dénuement matériel incroyable. Autour de sa cabane de bois,
dont une partie s’est effondrée dans le froid, sont alignés des crânes
de bœufs musqués, d’ours et même un crâne humain, retrouvé sur la
plage il y a des décennies ainsi que des os blanchis par le temps et les
vents. Sa journée est partagée entre les tâches de la vie quotidienne
et son travail : parcourir la toundra et noter ses observations, mesurer
les restes d’animaux. C’est sur Wrangel que vécurent les derniers
mammouths : le dernier disparut ici il y a environ 3500 ans (alors
qu’il y a 10000 ans ailleurs sur Terre). Avant de s’éteindre, l’espèce
avait tenté de s’adapter aux changements climatiques en diminuant
sa taille. Les bœufs musqués suivraient-ils le même processus ?
Et tant pis si pour répondre à cette question il faut affronter une
solitude inimaginable, se déplacer le couteau à la ceinture et avec
un grand bâton de trois mètres de haut (l’ours polaire, le plus grand
carnassier terrestre craint ce qui est plus grand que lui) pour faire
fuir le géant blanc que Tatiana rencontre quasi quotidiennement,
quand la faim le pousse à aller près des habitations des humains.
Bien sûr, pas de shopping, pas de cinémas, pas de télévision, pas
de téléphones mobiles… mais Tatiana est heureuse, c’est sa vie, une
vie qu’ elle partage avec une dizaine d’autres scientifiques. Chacun a
sa mission (spécialiste des ours, de la climatologie, de l’écologie…)
exercée consciencieusement et dont le rythme est rompu par
les débarquements de canots pneumatiques venus assurer un
ravitaillement (conserves, lait concentré, produits d’hygiène…),
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et par les rencontres avec de rares voyageurs en quête d’absolu
qui permettront de partager, par exemple, le lever du brouillard sur la
toundra, découvrant peu à peu l’étendue environnante, parsemée de
détritus militaires et la réalité de ce quasi-village fantôme.
Cette Russie extrême n’est pas avare d’émotions : passer le Cap
Dezhnev dans le mugissement de la sirène d’un navire polaire et
entrer dans le Détroit de Béring avec des vents fous, deviner Uelen,
la ville la plus à l’Est de la plaque continentale euro-asiatique, coincée
entre bande de sable et lagune, approcher des morses à quelques
mètres, admirer leur grâce et leur souplesse dans l’eau, photographier
un ours polaire plongeant sa gueule dans sa proie ou nageant
entre deux morceaux de glace dérivants, sourire avec les danseurs
tchouktches qui évoluent entre danse guerrière et mouvements
romantiques, guider sa motoneige dans les décombres d’une station
météorologique abandonnée qui sert de refuge à des groupes d’ours
polaires, préparer un traîneau à rennes en imitant le lancer des lassos
tchouktches, discuter en russe avec un ancien prisonnier du goulag
qui, les larmes aux yeux raconte sa vie dans les camps, poser les
pieds sur la ligne de changement de date, deviner le froid intense du
dehors depuis l’intérieur d’une yaranga… Il faut aller en Tchoukotka
et sur l’île Wrangel, mais pas n’importe comment : avec respect et
ouverture d’esprit.
À GAUCHE : JULIA DANS LA DOUCEUR DU SOIR DU HAUT ARCTIQUE / AU CENTRE :
NAVIRE POLAIRE DANS LA BAIE DE PROVIDENIA, BASE MILITAIRE RUSSE DONT LES
ENVIRONS TÉMOIGNENT DE LA GUERRE FROIDE / PAVOT ARCTIQUE JAUNE / À
DROITE : MORSES DE L’ÎLE WRANGEL / EN BAS : GRAND VOYAGEUR, EXCELLENT
NAGEUR, L’OURS POLAIRE SE LAISSE DÉRIVER SUR DES ICEBERGS DEPUIS
WRANGEL OÙ IL AIME SE REPRODUIRE, POUR REGAGNER LE CONTINENT / LES
VARIATIONS CLIMATIQUES EXTRÊMES ASSOCIÉES À L’ÉLOIGNEMENT DES CENTRES
D’APPROVISIONNEMENT EN PIÈCESDÉTACHÉES CONDUISENT À LA CRÉATION
D’IMAGES D’UN ROMANTISME ABSOLU.
Tchoukotka © Nord Espaces
Et si on se trompait sur tout…
NORD ESPACES®
SPECIALISTE DES VOYAGES NORDIQUES DEPUIS 1993
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