Le patrimoine industriel de Nantes
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Le patrimoine industriel de Nantes
Le patrimoine Le patrimoine industriel nantais © Château des ducs de Bretagne – Musée d’Histoire de Nantes, Alain Guillard « Nantes. Grand port industriel et colonial. » Extrait de l’affiche de 1932, illustrée par Bernard Lachèvre. Nantes est le centre industriel le plus important de l’ouest de la France depuis le 18e siècle. Bâtiments de productions industrielles, architectures et aménagements portuaires, infrastructures ferroviaires et routières : ce patrimoine tant matériel que mémoriel confère à la ville une atmosphère unique. Il est le théâtre d’aménagements urbains et de reconversions architecturales remarquables depuis plus de trente ans. Le patrimoine industriel de Nantes aujourd’hui se découvre au détour d’une rue ou à l’échelle d’un quartier. Il renvoie à la géographie de la ville, située en fond d’estuaire de la Loire, point de liaison entre terres, fleuve et océan. Il raconte l’histoire de ce territoire écrite par des milliers de femmes et d’hommes, venus travailler de régions voisines et d’ailleurs, qu’ils aient été inventeurs, entrepreneurs ou ouvriers. I 2I Des industries nées d’un port Au 18e siècle, Nantes est une ville portuaire, pratiquant la traite négrière, commerce majoritairement tourné vers les Antilles et l’Île Bourbon (ancien nom de l’Île de la Réunion). C’est dans ce contexte d’intenses activités maritimes et financières que s’enracinent les premières activités industrielles. Il faut construire et affréter des navires pour commercer sur les mers. Il faut aussi transformer les produits importés d’outre-mer (sucre, huiles, épices…). En 1830, on compte 30 tissages de coton, 13 raffineries de sucre, 14 chantiers de construction navale et les premières savonneries... Au 19e siècle, l’industrie devient le moteur de l’économie nantaise, accélérée comme dans tous les grands pays de l’Occident par la révolution des techniques industrielles. Il en résulte une incroyable diversité à la fois en terme de filières, de produits et d’implantations : l’agroalimentaire avec les conserveries, les biscuiteries, le tabac ; la chimie avec les engrais, les savons ; la mécanique et la métallurgie avec la construction navale, les chemins de fer, les ferblanteries… Au début du 20 e siècle, plus de 30 000 ouvriers et ouvrières travaillent dans les usines de Nantes et de l’estuaire, principalement dans les chantiers navals et la métallurgie. © Ville de Nantes, Regis Routier Nantes 1900 : découvrez Nantes et son port Une imposante maquette du port de Nantes, réalisée par Pierre Duchesne, est exposée dans la salle 21 du musée d’Histoire de Nantes, Château des ducs de Bretagne. Cette pièce de collection, réalisée pour l’exposition universelle de 1900, agrandie et actualisée jusqu’en 1920, est dorénavant accompagnée d’un dispositif numérique spécialement conçu pour les visiteurs. Il permet d’explorer la maquette et son territoire à partir d’écrans tactiles et d’un retour lumineux sur la maquette. À découvrir ! Apogée, déclin… reconversions Qu’est-ce que le patrimoine industriel ? © Château des ducs de Bretagne – Musée d’Histoire de Nantes C’est grâce au commerce florissant avec les colonies que l’on doit le développement industriel de Nantes. Mais le 20 e siècle est aussi celui de graves crises économiques et des guerres avec leurs bombardements de 1943 et 1944 qui impacteront les outils de production. Les années 1950 marquent la période de reconstruction de la France, qui permettra une relance des principaux secteurs : construction navale, aéronautique, métallurgie et agroalimentaire. À partir des années 1970, les concentrations d’entreprises s’accélèrent. Entre fusion ou fermeture, les grandes industries nantaises, lorsqu’elles subsistent, s’installent le plus souvent à la périphérie de la ville ou sur l’estuaire de la Loire, dans de nouvelles zones d’activités. Les fonctions tertiaires, l’économie numérique, les biotechnologies sont les nouvelles filières de l’économie de Nantes aujourd’hui. Les anciens sites industriels laissent au cœur de la ville en plein développement des friches en attente de réutilisation ou de démolition mais aussi de multiples histoires humaines. Ceci étant, certains quartiers de Nantes sont loin d’avoir perdu totalement leur fonction de production. Le patrimoine industriel comprend les sites, les constructions, les territoires et les paysages ainsi que les équipements, les objets ou les documents qui témoignent des procédés industriels de production par l’extraction et la transformation des matières premières ainsi que des infrastructures énergétiques ou de transport qui y sont associées. Il exprime une relation étroite entre l’environnement culturel et naturel puisque les procédés industriels – anciens ou modernes – dépendent de ressources naturelles, d’énergie et de voies de communication pour produire et distribuer des biens sur les marchés. Ce patrimoine comporte des dimensions immatérielles comme les savoir-faire techniques, l’organisation du travail et des travailleurs (...) les pratiques sociales et culturelles, l’habitat (…) Définition rédigée par le Comité international pour la conservation du patrimoine industriel (TICCIH) – 2011 I 3I Métallurgie La métallurgie et la construction mécanique © Maison des Hommes et des Techniques Les chantiers navals Riches d’une tradition navale et portuaire remontant à l’Antiquité, les chantiers navals nantais se sont développés à l’échelle industrielle, à partir du 19e siècle. Dans les grandes périodes de croissance, ils employèrent jusqu’à 6 000 personnes. La « navale » représentait une des plus importantes productions industrielles nantaises et avait surtout valeur de symbole ; celui d’une ville portuaire ouverte sur l’Atlantique, grâce à la Loire. Les derniers chantiers nantais ont fermé en 1987. D’abord situés sur le quai de la Fosse, les chantiers se déplacent progressivement vers l’aval du fleuve en quête d’espaces libres. Le site du Bas-Chantenay devient au début du 19e siècle le siège des principaux ateliers de construction. A partir des années 1840, l’activité navale apparaît également sur l’actuelle Île de Nantes. De petits chantiers navals plus artisanaux étaient aussi présents sur les bords de l’Erdre, à Rezé et Vertou. © Maison des Hommes et des Techniques Les chantiers navals de la Prairie-au-duc, sur l’actuelle Île de Nantes en 1972. Le patrimoine de la construction navale se découvre aujourd’hui en observant les grues, les cales de construction et de lancement des navires ainsi que les nefs et l’ancien bâtiment de direction « Atelier et Chantiers de Nantes » sur l’Île de Nantes. Intégrée sur le site touristique du parc des Chantiers, la Maison des Hommes et des Techniques propose une exposition permanente « Bâtisseurs de navires », prolongée sur le site par un parcours jalonné d’une signalétique patrimoniale. La construction navale est toujours en activité aujourd’hui à Saint-Nazaire. Quelques chantiers de construction et de réparation navales subsistent dans l’agglomération nantaise. < Ouvriers de la construction navale, préparant le lancement d’un navire. I 4I La transformation des métaux et la construction mécanique accompagnent l’ensemble des filières industrielles. Forges, fonderies et ateliers mécaniques sont nécessaires pour fabriquer les pièces des navires, les machines outils et agricoles, les infrastructures et équipements industriels, les boîtes de conserves. Deux principaux pôles métallurgiques au Nord de Nantes (Pays de Châteaubriant) et à l’Ouest (Indre) permettent le développement de l’ensemble de l’estuaire de la Loire à partir du milieu du 18e siècle. © Archives Départementales 44 Boîtes de conserve, grues et locomotives… À Nantes, ces grandes entreprises s’implantent près des voies de communication (fleuve, voies ferrées et routières) et forment avec d’autres, des « écosystèmes » industriels performants ; les ferblanteries et conserveries, constructions de grues, fonderies et chantiers navals, machines à vapeur et locomotives… Aujourd’hui, des grandes industries mécaniques, à dimension internationale, sont toujours actives dans l’agglomération nantaise. Ce patrimoine se découvre aux quatre coins de la ville avec en particulier le site monumental de l’usine des Batignolles (ancienne usine de fabrication de locomotives), implantée à partir de 1917, à l’Est de Nantes. © Inventaire du Patrimoine Région Pays de la Loire Atelier G de construction des locomotives Pacific de l’usine Batignolles-Châtillon dans les années 1920. L’usine située à l’est de Nantes se construit entre 1917 et 1920. Elle a diversifié rapidement sa production aux pièces d’artillerie, machines outils, matériels ferroviaires… aujourd’hui l’usine nantaise est spécialisée dans les technologies thermiques. < Groupe d’ouvriers de l’entreprise Joseph Paris. L’entreprise établie à Chantenay en 1911 est spécialisée dans la construction métallique. Elle a notamment livré les trois grues, actuellement conservées à Nantes, pour le compte des chantiers navals et du port. I 5I ©C oll ec tio n pa iè cul r ti re < Carton publicitaire de la Raffinerie de Chantenay au début du 20e siècle. « Cueillette des Petits Pois à la porte de l’Usine Amieux-Frères à Chantenay. » L’entreprise est implantée sur plusieurs sites à Nantes et Chantenay dès la fin du 19e siècle. Ces bâtiments seront détruits dans les années 1960 et 1980. Sucres et plaisirs sucrés Tout en boîte Le sucre pourrait résumer à lui seul l’histoire de Nantes. Son système industrialo-portuaire en lien avec l’Afrique et les Antilles a fait de la ville une plaque tournante du commerce du sucre de canne du 17e au 20 e siècle. Les raffineries, simples manufactures au départ puis véritables sites industriels, se multiplient dans la ville. Concurrencées par le sucre de betteraves, les raffineries nantaises se regroupent au cours du 20 e siècle. Cette longue histoire nantaise est aujourd’hui peu visible dans la ville, hormis la raffinerie impériale De Launay, rue de la Brasserie et l’usine « bleue » Beghin Say, datant de 1937, qui marque le paysage de la rive sud de l’Île de Nantes et dont une partie seulement est encore en activité. Cette tradition sucrière se lit aussi à travers les confiseries, candiseries et chocolateries qui ont fait la renommée de Nantes. Alimentée par les produits de la pêche de Bretagne et de Vendée et par les productions agricoles de son arrière-pays, stimulée par le fret et les exportations, Nantes a tous les atouts pour devenir au 19e siècle la « capitale de la conserve ». De grandes marques y ont vu le jour comme Amieux, Saupiquet, Cassegrain… pour n’en citer que quelques unes. Toutes doivent leur essor à l’invention de Nicolas Appert qui, de passage à Nantes, a collaboré avec le confiseur Pierre-Joseph Colin et donné naissance à la conserverie industrielle à partir de 1824. Aujourd’hui, l’entreprise Covi, implantée à Saint-Sébastien-sur-Loire représente encore cette filière industrielle nantaise. I 6I © Coll. Jean-Louis Jossic / Archives de Nantes Agroalimentaire L’agroalimentaire © Centre d’histoire du travail À boire et à manger Nantes fut aussi le siège d’importantes brasseries (bières, sirops, sodas). La plus connue est sans doute la Société des Brasseries Nantaises, devenue Brasserie de la Meuse, implantée de 1900 à 1985 sur le site de la carrière Misery, dans le quartier du BasChantenay. Aujourd’hui seuls quelques murs d’enceinte sont encore visibles et supports de productions de street art. Dans le Pays Nantais, la tradition reste néanmoins celle du vin blanc (Muscadet, Coteaux d’Ancenis, Fiefs Vendéens, Gros Plant...) et la production de liqueurs ; Nantes en est le lieu de transit et de négoce. Par ailleurs, des industries céréalières (féculerie, rizerie, minoterie et silos à grains), liées aux activités portuaires d’import et d’export, ont eu aussi une place importante. Bicuits La canetterie de la Brasserie de la Meuse fut le premier atelier d’embouteillage de France dans les années 1930 avec ses quelques 200 000 bouteilles remplies par jour. À l’origine le biscuit est un pain destiné aux gens de mer, cuit deux ou plusieurs fois pour qu’il se conserve au mieux lors des traversées. L’arrière-pays agricole nantais trouve ainsi un débouché important en approvisionnant les biscuiteries en farine, lait, beurre et œufs tandis que les produits exotiques (cacao, sucre, vanille, coco) proviennent du commerce maritime. Deux entreprises vont accéder à une dimension nationale et internationale faisant la renommée de Nantes. Lefèvre-Utile (LU) installé à Nantes à partir de 1848 et créateur du PetitBeurre et la Biscuiterie Nantaise (BN) créée en 1897, célèbre pour son casse-croûte et son « choco BN ». Les deux entreprises produisent encore aujourd’hui dans l’agglomération nantaise. ©M usée d’His toire de N antes – Ch âteau des d ucs d e Bre tagne I 7I Architectures Les architectures 1903-1909 L’architecture industrielle nantaise suit le cours de l’histoire industrielle du 18e au 20 e siècle. Implantés près des voies de communication (fleuve, voies ferrées, routes), les bâtiments s’organisent d’abord sous forme d’ateliers d’arrière-cour en pleine ville. Avec l’arrivée des machines à vapeur, puis de l’électricité, les manufactures deviennent surtout fonctionnelles ; maison de maître, bureaux, ateliers et entrepôts s’organisent autour d’une cour. Puis les usines « cathédrales » fièrement dressées, accompagnées de leurs cheminées, traduisent le pouvoir économique de leur propriétaire. Ces bâtiments sont des témoins de l’étonnante diversité du patrimoine industriel nantais. Usine Lefèvre-Utile 1880 1866 Usine d’impression sur métaux Édouard Normand Mélasserie puis rizerie Levesque XIXe siècle Vestige de la raffinerie de sucre Delaunay 1791-1793 Manufacture des tabacs Centrale électrique de Lamoricière 1864-1869 1902 Manufacture Suser 1844 Grands Moulins de la Loire 1895 I 8I © P. Jean, S. Menoret, R.Routier, Ville de Nantes / B.Renoux, C.A.U.E 44 / Inventaire Région Pays de la Loire 1912 1919 1935 Usine des Batignolles Usine Beghin-Say Centrale électrique de Chantenay XXe siècle Teinturerie Brunet 30 rue Henri Cochard Grue 5/13t des Anciens Chantiers Dubigeon 1923 1941 Grue Titan grise 1966 Hangar à Bananes Ateliers et Chantiers de Loire 1948-1951 1914-1917 I 9I Industrie L’industrie chimique Les engrais e Nan tes C’est en découvrant les pouvoirs fertilisants du « noir animal », poudre noire issue des abattoirs, utilisée pour la clarification des sucres par les raffineries, que l’industrie des engrais se développe à Nantes à partir des années 1820. © Arc hives d Cette découverte trouve un marché important, d’autant que les terres agricoles de Bretagne sont jugées pendant longtemps incultivables. Très vite, cette filière industrielle se développe grâce au port tant dans l’import de produits naturels que l’export des produits transformés. Nantes se situera même au deuxième rang national des centres de fabrication de produits chimiques dans les années 1920, employant plus de 2000 ouvriers. Aujourd’hui, il reste à Nantes quelques bâtiments représentant cette filière industrielle. Papier à entête de l’usine d’engrais Avril et Fitau, daté de 1900 et 1927 Avec près d’une trentaine d’établissements, l’activité savonnière connaît un essor important au cours du 19e siècle, lui permettant de se mesurer aux savonneries marseillaises qui, à cette époque, dominent le secteur. La production du savon, issue d’une réaction chimique entre un corps gras et des lessives de soude caustique, favorise l’implantation d’une véritable filière des corps gras. Les huileries nantaises transforment les matières premières importées. Au cours de la seconde moitié du 19e siècle, l’utilisation des graisses animales et des acides gras, plus adaptés à la fabrication des savons de toilette et des bougies, offre une nouvelle impulsion à l’activité savonnière. En 1900, la production de savon s’élève à 16000 tonnes et la filière emploie 550 personnes. Progressivement, la concentration industrielle a entraîné la disparition des établissements. Seule, la savonnerie de l’Atlantique fondée en 1941, déplacée à Rezé, est la dernière usine en France. I 10 I © Collection particulière Les savonneries nantaises Publicité du Savon Biette 810 pour la barbe avec Maurice Chevalier déclamant « Grâce à lui, je me rase avec le sourire » en 1923. © Collection P.Smith La manufactures des tabacs En 1864, l’État qui a le monopole de la production et de la vente du tabac crée une nouvelle manufacture à Nantes. Un terrain est choisi à proximité de la gare et de la Loire par lesquelles transitent les matières premières et la marchandise produite. À Nantes, en 1900, les quelque 1 100 ouvrières produisent du scaferlati (tabac haché), des cigarettes, des cigares et cigarillos. En 1974 l’usine ferme au profit d’un nouveau lieu de production dans l’agglomération à Carquefou, qui arrêtera sa production en 2014. De 1981 à 1983, la « manu » s’ouvre sur son quartier grâce à sa reconversion en logements, bureaux et équipements. Ce vaste chantier est considéré comme l’une des premières reconversions d’un patrimoine industriel de grande ampleur en France. Les usines de papier Allant de pair avec le conditionnement des produits mais aussi l’édition et l’imprimerie, Nantes fut le siège d’importantes papeteries, notamment au sud de la ville le long de la Sèvre nantaise. L’usine Gouraud, aujourd’hui détruite, près du quartier de Roche-Maurice (Chantenay) fut l’une des plus importantes, employant près de 700 ouvriers jusque dans les années 1930. © Inventaire Région Pays de la Loire Nantes, Manufacture Nationale des Tabacs, Atelier des Cigares Français. Années 1920. I 11 I Logistique La logistique et l’énergie © Musée d’Histoire de Nantes, château des ducs de Bretagne Électricité Les industries nantaises utilisaient au 19e siècle l’énergie des machines à vapeurs comme force motrice. Mais une fois mise en route la première centrale électrique nantaise rue Sully sur les bords de l’Erdre en 1891, la production et la distribution de l’électricité connaîtront une croissance rapide, grâce à l’usage massif du charbon local et d’importation. Dès 1902, une seconde centrale est inaugurée rue Lamoricière. Puis, grâce à l’utilisation de turbo-alternateurs produisant le courant alternatif que nous utilisons toujours aujourd’hui, l’électricité peut désormais gagner la périphérie de la ville et répondre ainsi plus largement aux demandes énergétiques des industriels, des particuliers et de l’éclairage public. C’est ainsi qu’en 1912, fut construite la centrale électrique de Chantenay qui fonctionnera jusqu’en 1964, date à laquelle celle de Cheviré, aujourd’hui démolie, prendra le relais. Ces bâtiments sont encore visibles aujourd’hui. Projet de couverture pour la Société Nantaise d’Électricité, gouache, Valseca, 1920-1930. La logistique et le port Le port s’est largement développé grâce aux activités industrielles de l’ensemble de l’estuaire de la Loire. Ces activités sont aujourd’hui surtout visibles du côté de Cheviré (quartier Bas-Chantenay) et lorsque l’on aperçoit des navires maritimes procéder à leur « demi-tour » face à la pointe ouest de l’Île de Nantes. Des activités intenses des 18e, 19e et 20 e siècles, il reste des éléments forts du patrimoine portuaire : le hangar à Bananes, réhabilité en 2007, pour accueillir restaurants, galerie d’art, théâtre…, la grue Titan « grise », classée Monument Historique depuis 2005, mais aussi de façon plus ténue les bittes d’amarrage sur les quais, les rails des chemins de grues, les estacades en béton armé. Un paysage qui se découvre en bord de Loire, propice à l’imaginaire. I 12 I Loger les ouvriers Quelle étonnante diversité que l’habitat réservé aux ouvriers et à leur famille ! C’est au début du 20 e siècle, en application de la loi Siegfried de 1894 sur les Habitations à Bon Marché (H.B.M.), que les premières constructions collectives ou individuelles destinées aux ouvriers voient le jour. Ces constructions sont réalisées sous l’impulsion des pouvoirs publics mais aussi des industriels qui y voient un moyen de mieux « maîtriser » leurs ouvriers. 1 © Inventaire Région Pays de la Loire 2 © Archives de Nantes 3 © Inventaire Région Pays de la Loire 4 © Patrick Jean Ville de Nantes 1. 1904, résidence Dupleix composée à son ouverture de 46 logements, 26 rue Dupleix. Architecte : Léon Lenoir 2. 1920, construction des cités Baratte, Halvêque et Ranzay pour loger les quelques 3 200 ouvriers de l’Usine des Batignolles. Ces petites maisons en bois ont été détruites dans les années 1960 pour laisser place à des grands ensembles. 5 © Inventaire Région Pays de la Loire 4. 1923, construction d’une crèche pour les ouvriers des Brasseries Nantaises, au n°9 et 11 Chemin de la Poignée. Architectes : Françis Leray et André Chauvet 5. 1939-1953, construction et reconstruction de la cité d’Habitat à Bon Marché (HBM) de l’Hermitage, rue Jean-de-Crabosse. Architectes : Gérard Guénault et Gabriel Guchet 3. 1922, construction de quatre maisons groupées deux à deux pour les cadres de l’usine de produits chimiques SaintGobain, par l’entrepreneur Eugène Ducos, 57-63 rue de l’Abbaye. I 13 I Histoire, mémoire Histoire, mémoire et identités © Ville de Nantes En visitant la ville, repérez les pièces de fonderies, fontaines, escaliers, ponts… certains évoquent les grands industriels nantais qui ont aménagé leur ville. Certains bâtiments reconvertis évoquent le passé industriel du lieu et l’âme d’un quartier, comme à l’ancienne manufacture des tabacs, l’ancienne usine électrique Sully, le Lieu Unique ou sur le site des anciens chantiers navals. Enfin, en flânant dans les allées des cimetières Miséricorde et Bouteillerie, vous pourrez « rencontrer », entre autres, de grandes familles d’industriels nantais. I 14 I © Moune Jamet, Ciné Tamaris Si une partie du patrimoine industriel nantais est affaire d’architectures, d’entrepôts et de halles, il est aussi celui des mémoires des femmes et des hommes qui ont travaillé dans les usines. Moins facilement « palpables », ces mémoires se concrétisent par des archives publiques et privées ou des objets devenant collections de musées. À Nantes, plusieurs lieux de conservation et de mise en valeur du patrimoine industriel existent grâce aux collectivités publiques et aux associations : archives de Nantes, archives départementales, musée d’Histoire de Nantes, Maison des Hommes et des Techniques, Centre d’Histoire du Travail, musée de l’imprimerie… « Une chambre en ville » Jacques Demy – Scène de grève, rue Lanoue-Bras-de-Fer. Grâce à la littérature, au cinéma, à la peinture… l’histoire et la mémoire du monde industriel nantais se diffusent à toutes les générations. Une mention particulière est à adresser au cinéaste nantais Jacques Demy avec son film Une Chambre en Ville, réalisé en 1982. Une histoire d’amour avec en toile de fond les importantes grèves de 1955… un incontournable pour «palper» l’atmosphère de la Nantes industrielle et ouvrière. La cigarière, sculpture de Jacques Raoult, installée en 1983 place de la Manu, à Nantes. L’artiste rend ainsi hommage aux milliers d’ouvrières qui ont fabriqué cigares, cigarettes et tabacs hachés de 1864 à 1974. Patrimoine industriel : quelques dates clés Parcours n°1 Bas-Chantenay Parcours n°2 Sainte-Anne 6 7 Parcours n°3 De la Fosse à Mellinet Nantes-Erdre Parcours n°4 Madeleine / Champs-deMars Breil-Barberie Parcours n°6 De la gare à l’Erdre Doulon-Bottière Hauts Pavés Malakoff Saint-Félix Saint-Donatien Dervallières Zola Centre-Ville Parcours n°7 Batignolles 1 Bellevue Chantenay Sainte-Anne 2 4 Nantes Sud 1851-1856 Arrivée du chemin de fer à Nantes et prolongement Saint-Nazaire 1891 1ère usine d’électricité à Nantes 1892 Ouverture du canal maritime de la Martinière Île de Nantes 3 1721-1831 Nantes, principal port de la traite négrière française 1777 Création de l’arsenal royal d’Indret Nantes-Nord Parcours n°5 Île de Nantes 1654 1ère raffinerie de sucre 5 1917-1920 Création de l’usine des Batignolles 1924-1938 Comblements des bras de Loire et de l’Erdre du centre ville 1936 Louis Bréguet installe une usine d’avion à Bouguenais Quelques ouvrages généraux sur Nantes et son histoire industrielle : Basse-loire, l’estuaire industriel et son patrimoine Marie-Paule Halgand, Jacques Guillaume, éditions MeMo avec l’association E+pi, 2007. Capitaines d’industrie à Nantes au 19e siècle Yves Rochcongar, éditions MeMo avec l’association E+pi, 2003 Dictionnaire de Nantes Collectif, Presses Universitaires de Rennes, 2013 Images du travail Xavier Nerrière, Presses Universitaires de Rennes 2014 Nouveau plan de Nantes monumental, industriel et commercial, 1895, réédition 2015, édition Chateau des ducs de Bretagne de Nantes et E+pi Sociologie de Nantes Philippe Masson, Marie Cartier, Rémy Le Saout, Jean-Noël Retière, Marc Suteau, Collection repères, édition La Découverte, 2013 1965 Création du port autonome Nantes / Saint-Nazaire 1993 La tour à plomb (1878) de l’ancienne usine Tréfimétaux à Couëron est classée monument historique 2006-2009 Aménagement du parc des Chantiers en parc touristique, culturel et patrimonial Archives de Nantes - www.archives.nantes.fr Archives départementales de Loire Atlantique - www.archives.loire-atlantique.fr Musée d’Histoire de Nantes, Château des ducs de Bretagne - www.chateaunantes.fr Patrimoine Pays de la Loire - www.patrimoine.paysdelaloire.fr Association Entreprises + Patrimoine-Industriel - www.epi-asso.org Centre d’histoire du travail - www.cht-nantes.org Maison des Hommes et des Techniques - http://www.maison-hommes-techniques.fr Musée de l’Imprimerie - www.musee-imprimerie.com Couverture © photographie prise à l’intérieur de la Nantaise de Fonderie, années 1950. © Collection E+PI Dernière de couverture : Extrait du « Nouveau Plan de Nantes monumental, industriel et commercial ». 1895. Direction du Patrimoine et de l’Archéologie - Textes et circuits réalisés avec la collaboration de l’association Entreprises et Patrimoine industriel (E+PI) - Agence Vu par… - 2015 Pour aller plus loin :