Le patrimoine industriel de Nantes

Transcription

Le patrimoine industriel de Nantes
Le
patrimoine
Le patrimoine
industriel nantais
© Château des ducs de Bretagne – Musée d’Histoire de Nantes, Alain Guillard
« Nantes. Grand port industriel et colonial. » Extrait de l’affiche de 1932, illustrée par Bernard Lachèvre.
Nantes est le centre industriel le plus important de
l’ouest de la France depuis le 18e siècle. Bâtiments
de productions industrielles, architectures et
aménagements portuaires, infrastructures ferroviaires
et routières : ce patrimoine tant matériel que mémoriel
confère à la ville une atmosphère unique. Il est le
théâtre d’aménagements urbains et de reconversions
architecturales remarquables depuis plus de trente ans.
Le patrimoine industriel de Nantes aujourd’hui se
découvre au détour d’une rue ou à l’échelle d’un quartier.
Il renvoie à la géographie de la ville, située en fond
d’estuaire de la Loire, point de liaison entre terres, fleuve
et océan. Il raconte l’histoire de ce territoire écrite par
des milliers de femmes et d’hommes, venus travailler de
régions voisines et d’ailleurs, qu’ils aient été inventeurs,
entrepreneurs ou ouvriers.
I 2I
Des industries nées d’un port
Au 18e siècle, Nantes est une ville portuaire, pratiquant la traite
négrière, commerce majoritairement tourné vers les Antilles
et l’Île Bourbon (ancien nom de l’Île de la Réunion). C’est
dans ce contexte d’intenses activités maritimes et financières
que s’enracinent les premières activités industrielles. Il faut
construire et affréter des navires pour commercer sur les mers. Il
faut aussi transformer les produits importés d’outre-mer (sucre,
huiles, épices…).
En 1830, on compte 30 tissages de coton, 13 raffineries de
sucre, 14 chantiers de construction navale et les premières
savonneries... Au 19e siècle, l’industrie devient le moteur de
l’économie nantaise, accélérée comme dans tous les grands pays
de l’Occident par la révolution des techniques industrielles.
Il en résulte une incroyable diversité à la fois en terme de filières, de produits et d’implantations : l’agroalimentaire avec les
conserveries, les biscuiteries, le tabac ; la chimie avec les engrais,
les savons ; la mécanique et la métallurgie avec la construction
navale, les chemins de fer, les ferblanteries…
Au début du 20 e siècle, plus de 30 000 ouvriers et ouvrières
travaillent dans les usines de Nantes et de l’estuaire,
principalement dans les chantiers navals et la métallurgie.
© Ville de Nantes, Regis Routier
Nantes 1900 :
découvrez Nantes et son port
Une imposante maquette du port de Nantes, réalisée par Pierre Duchesne,
est exposée dans la salle 21 du musée d’Histoire de Nantes, Château des
ducs de Bretagne. Cette pièce de collection, réalisée pour l’exposition
universelle de 1900, agrandie et actualisée jusqu’en 1920, est dorénavant
accompagnée d’un dispositif numérique spécialement conçu pour les
visiteurs. Il permet d’explorer la maquette et son territoire à partir
d’écrans tactiles et d’un retour lumineux sur la maquette. À découvrir !
Apogée, déclin… reconversions
Qu’est-ce
que le patrimoine
industriel ?
© Château des ducs de Bretagne – Musée d’Histoire de Nantes
C’est grâce au commerce florissant avec les colonies que l’on
doit le développement industriel de Nantes. Mais le 20 e siècle
est aussi celui de graves crises économiques et des guerres avec
leurs bombardements de 1943 et 1944 qui impacteront les
outils de production. Les années 1950 marquent la période
de reconstruction de la France, qui permettra une relance
des principaux secteurs : construction navale, aéronautique,
métallurgie et agroalimentaire. À partir des années 1970,
les concentrations d’entreprises s’accélèrent. Entre fusion ou
fermeture, les grandes industries nantaises, lorsqu’elles
subsistent, s’installent le plus souvent à la périphérie de la ville ou
sur l’estuaire de la Loire, dans de nouvelles zones d’activités. Les
fonctions tertiaires, l’économie numérique, les biotechnologies
sont les nouvelles filières de l’économie de Nantes aujourd’hui.
Les anciens sites industriels laissent au cœur de la ville en
plein développement des friches en attente de réutilisation ou
de démolition mais aussi de multiples histoires humaines. Ceci
étant, certains quartiers de Nantes sont loin d’avoir perdu
totalement leur fonction de production.
Le patrimoine industriel comprend les sites, les
constructions, les territoires et les paysages ainsi
que les équipements, les objets ou les documents qui
témoignent des procédés industriels de production
par l’extraction et la transformation des matières
premières ainsi que des infrastructures énergétiques
ou de transport qui y sont associées. Il exprime une
relation étroite entre l’environnement culturel et
naturel puisque les procédés industriels – anciens
ou modernes – dépendent de ressources naturelles,
d’énergie et de voies de communication pour produire
et distribuer des biens sur les marchés.
Ce patrimoine comporte des dimensions immatérielles
comme les savoir-faire techniques, l’organisation du
travail et des travailleurs (...) les pratiques sociales et
culturelles, l’habitat (…)
Définition rédigée par le Comité international pour la
conservation du patrimoine industriel (TICCIH) – 2011
I 3I
Métallurgie
La métallurgie
et la construction mécanique
© Maison des Hommes et des Techniques
Les chantiers navals
Riches d’une tradition navale et portuaire remontant à
l’Antiquité, les chantiers navals nantais se sont développés à
l’échelle industrielle, à partir du 19e siècle. Dans les grandes
périodes de croissance, ils employèrent jusqu’à 6 000 personnes.
La « navale » représentait une des plus importantes productions
industrielles nantaises et avait surtout valeur de symbole ; celui
d’une ville portuaire ouverte sur l’Atlantique, grâce à la Loire.
Les derniers chantiers nantais ont fermé en 1987.
D’abord situés sur le quai de la Fosse, les chantiers se déplacent
progressivement vers l’aval du fleuve en quête d’espaces libres. Le
site du Bas-Chantenay devient au début du 19e siècle le siège des
principaux ateliers de construction. A partir des années 1840,
l’activité navale apparaît également sur l’actuelle Île de Nantes.
De petits chantiers navals plus artisanaux étaient aussi présents
sur les bords de l’Erdre, à Rezé et Vertou.
© Maison des Hommes et des Techniques
Les chantiers navals de la Prairie-au-duc, sur l’actuelle Île de Nantes en 1972.
Le patrimoine de la construction navale se découvre aujourd’hui
en observant les grues, les cales de construction et de lancement
des navires ainsi que les nefs et l’ancien bâtiment de direction
« Atelier et Chantiers de Nantes » sur l’Île de Nantes. Intégrée
sur le site touristique du parc des Chantiers, la Maison des
Hommes et des Techniques propose une exposition permanente
« Bâtisseurs de navires », prolongée sur le site par un parcours
jalonné d’une signalétique patrimoniale. La construction navale
est toujours en activité aujourd’hui à Saint-Nazaire. Quelques
chantiers de construction et de réparation navales subsistent
dans l’agglomération nantaise.
< Ouvriers de la construction navale,
préparant le lancement d’un navire.
I 4I
La transformation des métaux et la construction mécanique
accompagnent l’ensemble des filières industrielles. Forges,
fonderies et ateliers mécaniques sont nécessaires pour fabriquer
les pièces des navires, les machines outils et agricoles, les
infrastructures et équipements industriels, les boîtes de
conserves. Deux principaux pôles métallurgiques au Nord de
Nantes (Pays de Châteaubriant) et à l’Ouest (Indre) permettent
le développement de l’ensemble de l’estuaire de la Loire à partir
du milieu du 18e siècle.
© Archives Départementales 44
Boîtes de conserve, grues et
locomotives…
À Nantes, ces grandes entreprises s’implantent près des voies
de communication (fleuve, voies ferrées et routières) et forment
avec d’autres, des « écosystèmes » industriels performants ; les
ferblanteries et conserveries, constructions de grues, fonderies
et chantiers navals, machines à vapeur et locomotives…
Aujourd’hui, des grandes industries mécaniques, à dimension
internationale, sont toujours actives dans l’agglomération
nantaise.
Ce patrimoine se découvre aux quatre coins de la ville avec
en particulier le site monumental de l’usine des Batignolles
(ancienne usine de fabrication de locomotives), implantée à
partir de 1917, à l’Est de Nantes.
© Inventaire du Patrimoine Région Pays de la Loire
Atelier G de construction des locomotives Pacific de l’usine Batignolles-Châtillon
dans les années 1920. L’usine située à l’est de Nantes se construit entre 1917
et 1920. Elle a diversifié rapidement sa production aux pièces d’artillerie,
machines outils, matériels ferroviaires… aujourd’hui l’usine nantaise est
spécialisée dans les technologies thermiques.
< Groupe d’ouvriers de l’entreprise Joseph Paris. L’entreprise établie à Chantenay
en 1911 est spécialisée dans la construction métallique. Elle a notamment livré
les trois grues, actuellement conservées à Nantes, pour le compte des chantiers
navals et du port.
I 5I
©C
oll
ec
tio
n
pa
iè
cul
r ti
re
< Carton publicitaire de la Raffinerie de
Chantenay au début du 20e siècle.
« Cueillette des Petits Pois à la porte de l’Usine Amieux-Frères à Chantenay. »
L’entreprise est implantée sur plusieurs sites à Nantes et Chantenay dès la fin
du 19e siècle. Ces bâtiments seront détruits dans les années 1960 et 1980.
Sucres et plaisirs sucrés
Tout en boîte
Le sucre pourrait résumer à lui seul l’histoire de Nantes. Son
système industrialo-portuaire en lien avec l’Afrique et les Antilles
a fait de la ville une plaque tournante du commerce du sucre de
canne du 17e au 20 e siècle. Les raffineries, simples manufactures
au départ puis véritables sites industriels, se multiplient dans la
ville. Concurrencées par le sucre de betteraves, les raffineries
nantaises se regroupent au cours du 20 e siècle. Cette longue
histoire nantaise est aujourd’hui peu visible dans la ville, hormis
la raffinerie impériale De Launay, rue de la Brasserie et l’usine
« bleue » Beghin Say, datant de 1937, qui marque le paysage de
la rive sud de l’Île de Nantes et dont une partie seulement est
encore en activité. Cette tradition sucrière se lit aussi à travers les
confiseries, candiseries et chocolateries qui ont fait la renommée
de Nantes.
Alimentée par les produits de la pêche de Bretagne et de Vendée et
par les productions agricoles de son arrière-pays, stimulée par le
fret et les exportations, Nantes a tous les atouts pour devenir au
19e siècle la « capitale de la conserve ». De grandes marques y ont
vu le jour comme Amieux, Saupiquet, Cassegrain… pour n’en
citer que quelques unes. Toutes doivent leur essor à l’invention
de Nicolas Appert qui, de passage à Nantes, a collaboré avec le
confiseur Pierre-Joseph Colin et donné naissance à la conserverie
industrielle à partir de 1824. Aujourd’hui, l’entreprise Covi,
implantée à Saint-Sébastien-sur-Loire représente encore cette
filière industrielle nantaise.
I 6I
© Coll. Jean-Louis Jossic / Archives de Nantes
Agroalimentaire
L’agroalimentaire
© Centre d’histoire du travail
À boire et à manger
Nantes fut aussi le siège d’importantes brasseries (bières, sirops,
sodas). La plus connue est sans doute la Société des Brasseries
Nantaises, devenue Brasserie de la Meuse, implantée de 1900 à
1985 sur le site de la carrière Misery, dans le quartier du BasChantenay. Aujourd’hui seuls quelques murs d’enceinte sont
encore visibles et supports de productions de street art. Dans
le Pays Nantais, la tradition reste néanmoins celle du vin blanc
(Muscadet, Coteaux d’Ancenis, Fiefs Vendéens, Gros Plant...) et
la production de liqueurs ; Nantes en est le lieu de transit et de
négoce.
Par ailleurs, des industries céréalières (féculerie, rizerie, minoterie et silos à grains), liées aux activités portuaires d’import et
d’export, ont eu aussi une place importante.
Bicuits
La canetterie de la Brasserie de la Meuse fut le premier atelier d’embouteillage
de France dans les années 1930 avec ses quelques 200 000 bouteilles
remplies par jour.
À l’origine le biscuit est un pain destiné aux gens de mer, cuit
deux ou plusieurs fois pour qu’il se conserve au mieux lors
des traversées. L’arrière-pays agricole nantais trouve ainsi un
débouché important en approvisionnant les biscuiteries en
farine, lait, beurre et œufs tandis que les produits exotiques
(cacao, sucre, vanille, coco) proviennent du commerce maritime.
Deux entreprises vont accéder à une dimension nationale et
internationale faisant la renommée de Nantes. Lefèvre-Utile
(LU) installé à Nantes à partir de 1848 et créateur du PetitBeurre et la Biscuiterie Nantaise (BN) créée en 1897, célèbre
pour son casse-croûte et son « choco BN ». Les deux entreprises
produisent encore aujourd’hui dans l’agglomération nantaise.
©M
usée
d’His
toire
de N
antes
– Ch
âteau
des d
ucs d
e Bre
tagne
I 7I
Architectures
Les architectures
1903-1909
L’architecture industrielle nantaise suit le cours de l’histoire industrielle du 18e au 20 e siècle. Implantés
près des voies de communication (fleuve, voies ferrées, routes), les bâtiments s’organisent d’abord sous
forme d’ateliers d’arrière-cour en pleine ville. Avec l’arrivée des machines à vapeur, puis de l’électricité,
les manufactures deviennent surtout fonctionnelles ; maison de maître, bureaux, ateliers et entrepôts
s’organisent autour d’une cour. Puis les usines « cathédrales » fièrement dressées, accompagnées de leurs
cheminées, traduisent le pouvoir économique de leur propriétaire. Ces bâtiments sont des témoins de
l’étonnante diversité du patrimoine industriel nantais.
Usine Lefèvre-Utile
1880
1866
Usine d’impression sur
métaux Édouard Normand
Mélasserie puis
rizerie Levesque
XIXe siècle
Vestige de la
raffinerie de sucre
Delaunay
1791-1793
Manufacture des tabacs
Centrale électrique de
Lamoricière
1864-1869
1902
Manufacture Suser
1844
Grands Moulins de la Loire
1895
I 8I
© P. Jean, S. Menoret, R.Routier, Ville de Nantes / B.Renoux, C.A.U.E 44 / Inventaire Région Pays de la Loire
1912
1919
1935
Usine des Batignolles
Usine Beghin-Say
Centrale électrique
de Chantenay
XXe siècle
Teinturerie Brunet
30 rue Henri Cochard
Grue 5/13t des Anciens
Chantiers Dubigeon
1923
1941
Grue Titan grise
1966
Hangar à Bananes
Ateliers et Chantiers de Loire
1948-1951
1914-1917
I 9I
Industrie
L’industrie
chimique
Les engrais
e Nan
tes
C’est en découvrant les pouvoirs fertilisants du « noir animal »,
poudre noire issue des abattoirs, utilisée pour la clarification des
sucres par les raffineries, que l’industrie des engrais se développe
à Nantes à partir des années 1820.
© Arc
hives d
Cette découverte trouve un marché important, d’autant que
les terres agricoles de Bretagne sont jugées pendant longtemps
incultivables. Très vite, cette filière industrielle se développe grâce
au port tant dans l’import de produits naturels que l’export des
produits transformés. Nantes se situera même au deuxième rang
national des centres de fabrication de produits chimiques dans
les années 1920, employant plus de 2000 ouvriers. Aujourd’hui,
il reste à Nantes quelques bâtiments représentant cette filière
industrielle.
Papier à entête de l’usine d’engrais Avril et Fitau, daté de 1900 et 1927
Avec près d’une trentaine d’établissements, l’activité savonnière
connaît un essor important au cours du 19e siècle, lui permettant
de se mesurer aux savonneries marseillaises qui, à cette époque,
dominent le secteur. La production du savon, issue d’une
réaction chimique entre un corps gras et des lessives de soude
caustique, favorise l’implantation d’une véritable filière des
corps gras. Les huileries nantaises transforment les matières
premières importées.
Au cours de la seconde moitié du 19e siècle, l’utilisation des
graisses animales et des acides gras, plus adaptés à la fabrication
des savons de toilette et des bougies, offre une nouvelle
impulsion à l’activité savonnière. En 1900, la production
de savon s’élève à 16000 tonnes et la filière emploie 550
personnes. Progressivement, la concentration industrielle a
entraîné la disparition des établissements. Seule, la savonnerie
de l’Atlantique fondée en 1941, déplacée à Rezé, est la dernière
usine en France.
I 10 I
© Collection particulière
Les savonneries nantaises
Publicité du Savon Biette
810 pour la barbe
avec Maurice Chevalier
déclamant « Grâce à lui, je
me rase avec le sourire »
en 1923.
© Collection P.Smith
La manufactures des tabacs
En 1864, l’État qui a le monopole de la production et de la vente
du tabac crée une nouvelle manufacture à Nantes. Un terrain
est choisi à proximité de la gare et de la Loire par lesquelles
transitent les matières premières et la marchandise produite.
À Nantes, en 1900, les quelque 1 100 ouvrières produisent du
scaferlati (tabac haché), des cigarettes, des cigares et cigarillos.
En 1974 l’usine ferme au profit d’un nouveau lieu de production
dans l’agglomération à Carquefou, qui arrêtera sa production
en 2014. De 1981 à 1983, la « manu » s’ouvre sur son quartier
grâce à sa reconversion en logements, bureaux et équipements.
Ce vaste chantier est considéré comme l’une des premières
reconversions d’un patrimoine industriel de grande ampleur en
France.
Les usines de papier
Allant de pair avec le conditionnement des produits mais aussi
l’édition et l’imprimerie, Nantes fut le siège d’importantes
papeteries, notamment au sud de la ville le long de la Sèvre
nantaise. L’usine Gouraud, aujourd’hui détruite, près du quartier
de Roche-Maurice (Chantenay) fut l’une des plus importantes,
employant près de 700 ouvriers jusque dans les années 1930.
© Inventaire Région Pays de la Loire
Nantes, Manufacture Nationale des Tabacs, Atelier des Cigares Français.
Années 1920.
I 11 I
Logistique
La logistique
et l’énergie
© Musée d’Histoire de Nantes, château des ducs de Bretagne
Électricité
Les industries nantaises utilisaient au 19e siècle l’énergie des
machines à vapeurs comme force motrice. Mais une fois mise
en route la première centrale électrique nantaise rue Sully sur
les bords de l’Erdre en 1891, la production et la distribution de
l’électricité connaîtront une croissance rapide, grâce à l’usage
massif du charbon local et d’importation. Dès 1902, une seconde
centrale est inaugurée rue Lamoricière. Puis, grâce à l’utilisation
de turbo-alternateurs produisant le courant alternatif que nous
utilisons toujours aujourd’hui, l’électricité peut désormais
gagner la périphérie de la ville et répondre ainsi plus largement
aux demandes énergétiques des industriels, des particuliers
et de l’éclairage public. C’est ainsi qu’en 1912, fut construite
la centrale électrique de Chantenay qui fonctionnera jusqu’en
1964, date à laquelle celle de Cheviré, aujourd’hui démolie,
prendra le relais. Ces bâtiments sont encore visibles aujourd’hui.
Projet de couverture pour la Société Nantaise d’Électricité, gouache, Valseca,
1920-1930.
La logistique et le port
Le port s’est largement développé grâce aux activités
industrielles de l’ensemble de l’estuaire de la Loire. Ces activités
sont aujourd’hui surtout visibles du côté de Cheviré (quartier
Bas-Chantenay) et lorsque l’on aperçoit des navires maritimes
procéder à leur « demi-tour » face à la pointe ouest de l’Île
de Nantes. Des activités intenses des 18e, 19e et 20 e siècles, il
reste des éléments forts du patrimoine portuaire : le hangar à
Bananes, réhabilité en 2007, pour accueillir restaurants, galerie
d’art, théâtre…, la grue Titan « grise », classée Monument
Historique depuis 2005, mais aussi de façon plus ténue les bittes
d’amarrage sur les quais, les rails des chemins de grues, les
estacades en béton armé. Un paysage qui se découvre en bord de
Loire, propice à l’imaginaire.
I 12 I
Loger les ouvriers
Quelle étonnante diversité que l’habitat réservé aux
ouvriers et à leur famille ! C’est au début du 20 e
siècle, en application de la loi Siegfried de 1894 sur les
Habitations à Bon Marché (H.B.M.), que les premières
constructions collectives ou individuelles destinées aux
ouvriers voient le jour. Ces constructions sont réalisées
sous l’impulsion des pouvoirs publics mais aussi des
industriels qui y voient un moyen de mieux « maîtriser »
leurs ouvriers.
1
© Inventaire Région Pays de la Loire
2
© Archives de Nantes
3
© Inventaire Région Pays de la Loire
4
© Patrick Jean Ville de Nantes
1. 1904, résidence Dupleix composée à
son ouverture de 46 logements, 26 rue
Dupleix. Architecte : Léon Lenoir
2. 1920, construction des cités Baratte,
Halvêque et Ranzay pour loger les
quelques 3 200 ouvriers de l’Usine
des Batignolles. Ces petites maisons
en bois ont été détruites dans les années
1960 pour laisser place à des grands
ensembles.
5
© Inventaire Région Pays de la Loire
4. 1923, construction d’une crèche pour
les ouvriers des Brasseries Nantaises,
au n°9 et 11 Chemin de la Poignée.
Architectes : Françis Leray et André Chauvet
5. 1939-1953, construction et
reconstruction de la cité d’Habitat
à Bon Marché (HBM) de l’Hermitage,
rue Jean-de-Crabosse. Architectes :
Gérard Guénault et Gabriel Guchet
3. 1922, construction de quatre maisons
groupées deux à deux pour les cadres
de l’usine de produits chimiques SaintGobain, par l’entrepreneur Eugène Ducos,
57-63 rue de l’Abbaye.
I 13 I
Histoire,
mémoire
Histoire, mémoire
et identités
© Ville de Nantes
En visitant la ville, repérez les pièces de fonderies,
fontaines, escaliers, ponts… certains évoquent les
grands industriels nantais qui ont aménagé leur
ville. Certains bâtiments reconvertis évoquent le
passé industriel du lieu et l’âme d’un quartier,
comme à l’ancienne manufacture des tabacs,
l’ancienne usine électrique Sully, le Lieu
Unique ou sur le site des anciens chantiers
navals. Enfin, en flânant dans les allées des
cimetières Miséricorde et Bouteillerie, vous
pourrez « rencontrer », entre autres, de
grandes familles d’industriels nantais.
I 14 I
© Moune Jamet, Ciné Tamaris
Si une partie du patrimoine industriel nantais est affaire
d’architectures, d’entrepôts et de halles, il est aussi celui des
mémoires des femmes et des hommes qui ont travaillé dans
les usines. Moins facilement « palpables », ces mémoires se
concrétisent par des archives publiques et privées ou des objets
devenant collections de musées. À Nantes, plusieurs lieux
de conservation et de mise en valeur du patrimoine industriel
existent grâce aux collectivités publiques et aux associations :
archives de Nantes, archives départementales, musée d’Histoire
de Nantes, Maison des Hommes et des Techniques, Centre
d’Histoire du Travail, musée de l’imprimerie…
« Une chambre en ville » Jacques Demy – Scène de grève, rue Lanoue-Bras-de-Fer.
Grâce à la littérature, au cinéma, à la peinture… l’histoire et la
mémoire du monde industriel nantais se diffusent à toutes les
générations. Une mention particulière est à adresser au cinéaste
nantais Jacques Demy avec son film Une Chambre en Ville,
réalisé en 1982. Une histoire d’amour avec en toile de fond les
importantes grèves de 1955… un incontournable pour «palper»
l’atmosphère de la Nantes industrielle et ouvrière.
La cigarière, sculpture de Jacques Raoult, installée en 1983 place de la Manu, à Nantes. L’artiste rend ainsi
hommage aux milliers d’ouvrières qui ont fabriqué cigares, cigarettes et tabacs hachés de 1864 à 1974.
Patrimoine
industriel :
quelques dates clés
Parcours n°1
Bas-Chantenay
Parcours n°2
Sainte-Anne
6
7
Parcours n°3
De la Fosse à Mellinet
Nantes-Erdre
Parcours n°4
Madeleine / Champs-deMars
Breil-Barberie
Parcours n°6
De la gare à l’Erdre
Doulon-Bottière
Hauts Pavés
Malakoff
Saint-Félix
Saint-Donatien
Dervallières
Zola
Centre-Ville
Parcours n°7
Batignolles
1
Bellevue
Chantenay
Sainte-Anne
2
4
Nantes
Sud
1851-1856
Arrivée du chemin de fer à Nantes
et prolongement Saint-Nazaire
1891
1ère usine d’électricité à Nantes
1892 Ouverture du canal maritime
de la Martinière
Île de Nantes
3
1721-1831
Nantes, principal port de la traite
négrière française
1777
Création de l’arsenal royal d’Indret
Nantes-Nord
Parcours n°5
Île de Nantes
1654
1ère raffinerie de sucre
5
1917-1920
Création de l’usine des Batignolles
1924-1938
Comblements des bras de Loire
et de l’Erdre du centre ville
1936
Louis Bréguet installe une usine
d’avion à Bouguenais
Quelques ouvrages généraux sur Nantes et son histoire industrielle :
Basse-loire, l’estuaire industriel et son patrimoine
Marie-Paule Halgand, Jacques Guillaume, éditions MeMo avec l’association E+pi, 2007.
Capitaines d’industrie à Nantes au 19e siècle
Yves Rochcongar, éditions MeMo avec l’association E+pi, 2003
Dictionnaire de Nantes
Collectif, Presses Universitaires de Rennes, 2013
Images du travail
Xavier Nerrière, Presses Universitaires de Rennes 2014
Nouveau plan de Nantes monumental, industriel et commercial, 1895, réédition 2015,
édition Chateau des ducs de Bretagne de Nantes et E+pi
Sociologie de Nantes
Philippe Masson, Marie Cartier, Rémy Le Saout, Jean-Noël Retière, Marc Suteau,
Collection repères, édition La Découverte, 2013
1965
Création du port autonome Nantes /
Saint-Nazaire
1993
La tour à plomb (1878) de l’ancienne
usine Tréfimétaux à Couëron est
classée monument historique
2006-2009
Aménagement du parc des Chantiers
en parc touristique, culturel et
patrimonial
Archives de Nantes - www.archives.nantes.fr
Archives départementales de Loire Atlantique - www.archives.loire-atlantique.fr
Musée d’Histoire de Nantes, Château des ducs de Bretagne - www.chateaunantes.fr
Patrimoine Pays de la Loire - www.patrimoine.paysdelaloire.fr
Association Entreprises + Patrimoine-Industriel - www.epi-asso.org
Centre d’histoire du travail - www.cht-nantes.org
Maison des Hommes et des Techniques - http://www.maison-hommes-techniques.fr
Musée de l’Imprimerie - www.musee-imprimerie.com
Couverture © photographie prise à l’intérieur de la Nantaise de Fonderie, années 1950. © Collection E+PI
Dernière de couverture : Extrait du « Nouveau Plan de Nantes monumental, industriel et commercial ». 1895.
Direction du Patrimoine et de l’Archéologie - Textes et circuits réalisés avec la collaboration
de l’association Entreprises et Patrimoine industriel (E+PI) - Agence Vu par… - 2015
Pour aller plus loin :