Inter-Peuples 222

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Inter-Peuples 222
Réseau d’information et de documentation pour le développement durable et la solidarité internationale
ritimo = www.ritimo.org
« De qui dépend que l'oppression
soit brisée ? De nous ! »
B. Brecht.
Inter-Peuples
1983 - 2013 :
"Nous marchons pour l’égalité
et contre le racisme"
Les Malgaches
otages de leurs politiciens
Sommaire
ÉDITO
Lampedusa… quelle Europe ?
AGENDA
p. 2
p. 3
NOUVELLES DE LA RÉGION
p. 5
NOUVELLES DE L’HEXAGONE
La Marche pour l’égalité et contre le
racisme de 1983… et maintenant ? p. 7
Hollande en Israël : honte et colère p. 8
NOUVELLES DU MONDE
Impressions de Bolivie
Iran : Soulever le coin du voile
Andalousie…
p. 9
p.10
p.13
VOYAGER AUTREMENT
… à Madagascar
p.14
CULTURES
p.18
SOLIDARITES
p.19
NOUS AVONS AIMÉ
p.20
Lecture de la presse à Antatanarivo
Photo : P. Savoye
Iran : soulever le coin
du voile
Prix : 1, 50 €
Le CIIP est membre du...
INTER-PEUPLES n°222 Décembre 2013
Éditorial
Lampedusa… quelles politiques
migratoires ? Quelle Europe ?
Lampedusa, Malte, ces îles qui résonnent la mort depuis quelques jours,
depuis des années en réalité… Ces îlots perdus au milieu de la
Méditerranée, à quelques miles marins des côtes africaines, sont les
portes de l’Europe pour les migrants qui fuient la misère. Il a fallu que des
femmes et des hommes désespérés y trouvent la mort, parce que leur
embarcation a chaviré, pour que certain-e-s responsables prennent
conscience qu’ils avaient préféré prendre le risque de perdre leur vie et
celle de leurs enfants plutôt que la perdre en restant chez eux. Car c’est la
réalité : cette effroyable autant que permanente tragédie nous renvoie à
un immense désordre du monde, tant économique, social que politique.
L’indifférence, les murs, les barbelés, les camps d’internement, la
délivrance plus que restreinte de visas, les limitations du droit d’entrée
et de séjour, la méfiance vis-à-vis de l’étranger : voici, pour l’instant, la
réponse de nos gouvernants européens – notamment français - face à
ce défi tragique qui nous est lancé en permanence. Certes, toujours en
France, l’enfermement des enfants a été abandonné au profit de
l’assignation à résidence des familles, ce qui permet à l’administration
de les garder "sous la main" et de les expulser plus rapidement. Une
Circulaire en trompe l’œil prise par Manuel Vals en novembre 2012 est si
restrictive qu’elle exclut des milliers de familles avec enfants scolarisés
et de travailleurs au noir.
Il est impératif que les Etats européens rompent avec ces politiques
répressives, s’attaquent en amont aux causes économiques et
politiques des migrations, qu’il s’agisse par exemple de la dette du Tiers
-monde qu’il faut enfin annuler, ou du pillage des ressources naturelles
– comment ne pas penser par exemple aux ressources halieutiques
littéralement épuisées par les bateaux usines français, espagnols,
russes, japonais -, sans parler des gouvernements dictatoriaux que nos
Etats continuent à soutenir…
Seule une vraie politique du développement pour tous permettra de
reconnaître et d’appliquer le droit à la libre circulation des personnes,
pourtant stipulé par l’article 13 de la Déclaration universelle des Droits
de l’Homme de 1948. Quant aux Roms, stigmatisés par les autorités les
plus élevées, ils sont évacués régulièrement de leurs squats, en
violation de la Charte sociale européenne. Il est plus qu’urgent qu’ils
aient enfin accès au droit commun, au travail, au logement, à la santé…
Nous nous permettons de conclure par ces vers de Georges Moustaki :
Il y a l’odeur du sang qui flotte sur ses rives
Et des pays meurtris comme autant de plaies vives
Des îles barbelées, des murs qui emprisonnent,
Il y a un bel été qui ne craint pas l’automne
En Méditerranée.
Dans ce bassin, je jouais lorsque j’étais enfant
J’avais les pieds dans l’eau. Je respirais le vent.
Mes compagnons de jeux sont devenus des hommes,
Les frères de ceux-là que le monde abandonne,
En Méditerranée
Inter-Peuples
Publication mensuelle
du Centre d’Information
Inter-Peuples
Maison des Associations
6, rue Berthe de Boissieux
38 000 GRENOBLE
Bureau 114
Tel/Fax: 04.76.87.59.79
Courriel : [email protected]
Site web : www.ciip.fr
PERMANENCES DU CIIP
Du Lundi au Vendredi
de 13h30 à 18h
CREDITCOOP GRENOBLE
n°41020019703
ISSN: 0999-7830
Commission paritaire
n° 0517 G 86569
Directeur de publication
Jo BRIANT
Rédaction
Jo BRIANT
Catherine GRUNWALD
Étamé M’BAPPE
Marc OLLIVIER
Françoise RAYNAUD
Philippe SAVOYE
Maquettiste
Catherine GRUNWALD
Créé en mai 1980, le CIIP est
un centre d’information, de
documentation, de solidarité
interculturelle et internationale
qui a pour objectifs essentiels :
• Faire mieux connaître les
réalités, les cultures, les
droits des peuples et des
minorités
des
cinq
continents (y compris en
France)
• Lutter contre les atteintes
aux Droits de l’Homme et
des Peuples, contre toutes
les formes de racisme et de
domination.
• Promouvoir un monde
solidaire et durable, sans
famines, sans guerres, sans
oppression.
Réseau associatif de près de
80 lieux dans toute la France
Ritimo a pour objectif d'informer le public pour renforcer la solidarité internationale. Ses membres rendent
accessible et diffusent une
information spécialisée sur
les causes du mal développement, les inégalités Nord
Sud, les droits de l'Homme.
Ils veulent participer à la modification de nos choix de développement et agir pour
une autre mondialisation.
Imprimerie Euro’Prim
47, Avenue Alsace Lorraine
38000 GRENOBLE
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INTER-PEUPLES n°222 Décembre 2013
Papier recyclé
Agenda
QUAND ?
OÙ ?
QUOI ?
DECEMBRE
Lundi 2
20H15
Maison des
Associations
Grenoble
Conférence : "Evolution du climat après la parution du dernier Rapport du GIEC", avec Gerhard Krinner et Patrick
Crique.
Org. Amis du Monde diplomatique
Mardi 3
18H30
Maison de l’International
Parvis des Droits de
l’Homme - Jardin de Ville
Grenoble
Inauguration-Expo : "Tombouctou : diversité culturelle entre
fleuve et désert"., à l’initiative de Tétraktys.
Exposition du 2 au 20 décembre, lundi-vendredi 14h-18h
Mercredi 4
18H30
Maison des
Associations
Grenoble
Réunion du Comité Traite négrière/esclavage : bilan du
Rassemblement anti-raciste du 25 novembre, préparation
des 10° Rencontres de mai prochain…
Jeudi 5
18H
Maison des
Associations
Grenoble - salle 319
Rencontre/débat avec Elodie Queffelec et Anouchka Hrdy
autour de leurs travaux respectifs sur le Chili, notamment
sur la mémoire…
Org. Collectif Chili 1973-2013 Mémoires et Résistance
Jeudi 5
19H30-22H30
Maison des
Habitants
2, rue Vieux Temple Grenoble
Notre 1er COUP DE CŒUR : "Luttes des femmes de
Ouarzazate (Maroc) contre les dérives du microcrédit",
film et débat avec une militante d’Attac Maroc. Buffet…
Org. Maroc Solidarités citoyennes, CADTM Grenoble,
ATTAC 38, CIIP…
Samedi 7
Paris
Notre 2° COUP DE CŒUR : Marche en commémoration
de la "Marche pour l’Egalité et contre le Racisme" (1983) et contre l’exclusion sociale et le racisme
aujourd’hui…
Départ en car de Grenoble (contact CIIP 04 76 87 59 79)
Mercredi 11
18H
Maison des
Associations
Grenoble
Réunion du CA du CIIP ouvert aux adhérents/abonnés :
point sur l’actualité militante, projets, perspectives…
Mercredi 11
18H15
Maison des
Associations
Grenoble- Salle 319
Conférence : "Pourquoi l’homme épuise t-il la planète ?",
avec Jean-Pierre Dessertine.
Org. Amis Monde diplomatique
Mercredi 11
18H30
Maison de l’International
Parvis des Droits de
l’Homme - Jardin de Ville
Grenoble
Conférences : "Tombouctou : un art du vivre ensemble ?"
par Jacques Barou, anthropologue et "La réhabilitation des
mausolées de Tombouctou" par Thierry Joffroy, architecte
Organisés par Tétraktys
Jeudi 12
19H
Maison des
Associations Hall 002
Grenoble
3° COUP DE CŒUR : Assemblée Générale du Collectif
de Soutien aux Réfugiés Algériens qui fête ses 20 ans !
Bilans d’activité et financier, couscous partagé, fête…
Mardi 17
18H30
Maison des
Associations
Grenoble
Assemblée Générale du CADTM (Comité Annulation de la
dette du Tiers-Monde) : bilan d’activités, financier, répartition des tâches, projets…
Mercredi 18
18H
Maison des
Associations
Grenoble
Réunion de la CISEM (Coordination iséroise de solidarité
avec les étrangers migrants) : point sur la situation
(hébergement, régularisation…)
INTER-PEUPLES n°222 Décembre 2013
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Nouvelles de la région
6H en soutien au peuple tunisien :
une rencontre dense, une "réussite"
S
amedi 16 novembre nous nous sommes retrouvés nombreux – environ 150 - à la Butte d’Echirolles en solidarité avec le peuple tunisien. Impossible de restituer la teneur et la richesse des informations, analyses, témoignages qui se sont exprimés tout au long des ateliers et des séances plénières. Principales thématiques abordées : les mobilisations des femmes, des jeunes, des travailleurs
tunisiens pour leurs droits, les objectifs du Front du
Salut tunisiens - qui regroupe toute l’opposition au
parti islamiste Ennahda actuellement au pouvoir pour une "autre" Tunisie démocratique, respectueuse des libertés et des droits des citoyen-ne-s, indépendante de toute emprise religieuse. Les choix
économiques et sociaux actuels, qui plongent la population dans le chômage, le sous-emploi, l’exclusion sociale ont été fortement contestés. Les interventions d’Ahmed Essidik, avocat, dirigeant du
Front Populaire et du Front du Salut National, et
d’Abir Krefa, militante tunisienne ont été particulièrement appréciées. L’objectif essentiel est bien de
sortir le pays de la crise, et de préparer les conditions pour des élections libres et de finaliser le projet de Constitution.
Khaled Ben Saïdane, Ahmed Essidik, Françoise Raynaud
et Abir Krefa à la tribune. Photo J. Briant
D’autres initiatives sont envisagées et le CIIP continuera à accompagner les organisations tunisiennes
dans leurs démarches solidaires avec un peuple en
marche pour ses droits et ses libertés.
Une semaine de solidarité internationale très dense…
"L
es Droits à l’essentiel", telle était encore
cette année la thématique centrale de la
Semaine de la Solidarité internationale (du 16 au 25
novembre, prolongée jusqu’au 5 décembre à Grenoble). Ces "droits essentiels", ce sont le droit à l’a-
limentation (encore près d’un milliard de personnes
souffrent de la famine ou d’une malnutrition caractérisée, à l’eau (au moins deux milliards de personnes
n’y ont pas accès directement), à la santé, à l’éducation… Les causes structurelles de cette situation :
le pillage des ressources naturelles par les multinationales, la dette odieuse et illégitime du Tiers-
La BatukaVI lors de la déambulation inaugurale
de la Semaine de Solidarité Internationale (16/11/2013)
Monde, la concurrence déloyale des agricultures
nord-américaines et européennes, l’épuisement des
ressources halieutiques de pays comme la Guinée
ou le Sénégal par les bateaux usines français, espagnols, russes, japonais…
Samedi 16 c’était l’inauguration, avec une déambulation au centre-ville, rythmée par la Batukavi
(Batucada de la Villeneuve animée par l’incontournable et l’unique Willy)… Ensuite, la journée
"Nuestra America" à Amal le dimanche 17 novembre où furent abordées les résistances des peuples
face aux expulsions (de leurs terres) et à la surexploitation de leurs ressources. Impossible de citer
toutes les initiatives (conférences, tables rondes,
films, expositions) qui ont été proposées par les associations solidaires en Isère. Une soirée inoubliable organisée par tous les collectifs isérois : le Bal
de l’Afrique enchantée, dans la belle Salle des Fêtes d’Eybens, avec les "mercenaires de l’ambiance", et un orchestre à faire danser jeunes et moins
jeunes ! L’ampleur et la diversité des manifestations témoignent de la diversité et du dynamisme
des dizaines d’associations iséroises de solidarité
internationale…
Photo : J Briant
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INTER-PEUPLES n°222 Décembre 2013
Nouvelles de la région
Combien de personnes à la rue cet hiver ?
C
omme annoncé dans le numéro précédent
d’Inter-Peuples un rassemblement appelé par
la Cisem (environ une centaine de personnes, malgré le froid… et l’arrêt de toute circulation des trams
et des bus suite à une agression) devant le Conseil
Général et la Préfecture a permis de dénoncer publiquement le manque scandaleux d’hébergements
d’urgence. Deux seuls centres pérennes, ouverts
toute l’année : le Centre d’accueil intercommunal,
d’une capacité maximale de 60 places et le Centre
d’hébergement "Les Mimosas" (rue Verlaine), d’une
capacité de 150 personnes (dans des conditions
honteuses de promiscuité et d’insalubrité). Les autres pôles d’hébergement ne sont ouverts
que l’hiver, en nombre nettement insuffisant : au minimum 300 personnes ne pourront pas être accueillis. Une délégation a
été reçue et par Brigitte Périllié, Viceprésidente du Conseil Général, et par Richard Samuel, Préfet de l’Isère, qui ont été
acculés à reconnaître que ces deux institutions ne voulaient pas débloquer des fonds
supplémentaires pour faire face à leurs
obligations, à savoir proposer un toit à
ceux/celles qui n’en ont pas.
A signaler que le collectif La Patate chaude, membre de la Cisem, a écrit à quatre ministres (Valls,
Duflot, Touraine et Carlotti) une lettre ouverte pour
« dénoncer les conditions d’accueil indignes dans
les centres d’hébergement d’urgence ainsi que l’attitude des associations gestionnaires, qui n’ont pas
hésité à fouler aux pieds les principes de travail social en méprisant les personnes hébergées (…) ».
Face à cette situation absolument inacceptable
d’autres démarches et initiatives seront prises dont
nous vous informerons.
Grenoble, entre le CGI et la Préfecture (15/11/13)
Photos G. Kuntz
INTER-PEUPLES n°222 Décembre 2013
5
Nouvelles de la région
CISEM (Coordination iséroise de solidarité
avec les étrangers migrants)
c/° CIIP Maison des Associations
6, rue Berthe de Boissieux
38000 Grenoble
Tel / fax : 04 76 87 59 (adresse postale)
Mail : [email protected]
PLATE-FORME
Toute organisation, associative, syndicale et politique qui se retrouve dans la plate-forme
suivante peut adhérer à la Coordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants
(CISEM). . Cette Coordination, qui respecte totalement l’autonomie de chaque organisation,
a avant tout une fonction, indispensable, de liaison et de coordination. Une réunion se tient
chaque mois pour faire le point sur la situation des étrangers migrants, quelle que soit leur
situation, sur les actions en cours, et pour envisager d’éventuelles initiatives communes.
Pour toute action envisagée, chaque organisation sera sollicitée pour donner son accord. Il
est bien clair que cette Coordination n’est pas une association déclarée.
•
pour la liberté de circulation des personnes affirmée par l’article 13 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (la plupart des organisations ci-dessous
sont par ailleurs pour la reconnaissance de la liberté d’installation)
•
pour la pleine reconnaissance du droit d’asile, en conformité avec les Conventions
internationales, notamment avec la Convention de Genève de 1951
•
pour la régularisation des sans papiers
•
pour le respect des droits fondamentaux ( à l’éducation, à un toit, à la santé, au travail)
•
pour le respect effectif de la Convention des Nations Unies des Droits de l’Enfant
•
pour le droit de vote et d’éligibilité des résidents étrangers aux élections locales
•
Pour la suppression de la rétention administrative
Les associations qui se sont reconnues à ce jour dans cette plate-forme :
Associations : AC ! Agir contre le chômage- APARDAP- CIIP- Comité isérois de soutien aux
sans papiers- CSRA [Collectif de soutien aux réfugiés algériens]-- La Patate chaude- Ligue
des Droits de l’Homme Grenoble et 38- RUSF [Réseau Université sans frontières]Noter : RESF 38 n’adhère pas formellement à la CISEM mais participe aux réunions de cette coordination et en appuie au coup par coup les initiatives/actions
Syndicats : PAS 38 (Pour une Alternative syndicale)- Solidaires 38- Syndicat multiprofessionnel des travailleurs sans papiers CGT
Organisations politiques : Europe-Ecologie/Les Verts- Les Alternatifs- NPA-Parti de Gauche
- PCF- PCOF-
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INTER-PEUPLES n°222 Décembre 2013
Nouvelles de l’hexagone
La Marche pour l’Egalité
et contre le Racisme de 1983… et Maintenant ?
E
té 1983 : rudes affrontements opposant policiers et jeunes dans le quartier des Minguettes
à Vénissieux (banlieue lyonnaise). Toumi Djaidja,
président de l’Association "Avenir des Minguettes",
est blessé grièvement par un policier et emmené
d’urgence à l’hôpital. Rodéos, incendies de véhicules, dégradations urbaines, courses poursuite avec
la police…
Le curé Christian Delorme et le pasteur Costil prennent la défense de Toumi et informent largement
autour d’eux sur les causes sociales de cette explosion. Ils lancent l’idée d’une marche qui s’inspirerait
des Marches initiées par Gandhi et Martin Luther
King. Idée aussitôt reprise avec enthousiasme par
les jeunes des Minguettes qui contactent très vite
des jeunes d’autres quartiers et d’autres villes. Et ils
décident dès fin août d’une grande Marche Marseille-Paris qui partira effectivement début octobre pour
arriver "triomphalement" (100 000 personnes !) à
Paris le 3 décembre 1983. Avec 2 revendications
centrales :
Le but de notre marche, ce sera d’abord celui-ci :
manifester qu’il y a en France un peuple nombreux
qui veut que la vie ensemble des communautés soit
possible dans la paix et la justice (….) .Ce sera aussi de demander à François Mitterrand un grand discours historique, clamant haut et fort que ce pays
est vraiment celui de tous ceux qui l’habitent, et
qu’aucune ségrégation (à l’école, dans le logement,
dans le travail, au plan culturel ou religieux…) n’est
acceptable à l’encontre de qui que ce soit. Jeunes
et moins jeunes, Européens ou Maghrébins, Antillais ou Asiatiques, Chrétiens ou Musulmans… nous
ferons ensemble 1 500 kilomètres… ».
Le Collectif grenoblois pour l’Egalité – auquel a participé très activement le CIIP - a accueilli cette Marche
le 31 octobre dans une ambiance extraordinaire de
liesse mais aussi de gravité. Un moment assurément
exceptionnel… Quant à l’arrivée à Paris le 3 décembre 1983, elle dépassa toutes les espérances.
• Carte de séjour de 10 ans
pour les étrangers régularisés
• Droit de vote pour les résidents
étrangers (droit faisant partie
des "promesses" de François
Mitterrand élu 2 ans plus tôt…
et toujours en attente…)
Faut-il rappeler que les agressions racistes, notamment à l’encontre des Maghrébins, étaient
fréquentes à cette époque, que le
Front National était en pleine
croissance (avec notamment l’élection de Dreux, le
candidat du FN obtenant 16,72 % au 1er tour des
Municipales toujours en 1983…)
Voici un extrait de leur déclaration définissant l’objectif de cette Marche :
« Habitants de France d’origines diverses, nous
traverserons ce pays qui est le nôtre pour dire à
tous ceux que nous rencontrerons que nous voulons former une nation solidaire liée par la fraternité.
Nous le traverserons pour retrouver toutes celles et
tous ceux qui veulent avec nous que l’égalité des
droits et des chances l’emporte sur la ségrégation,
que l’amitié ait raison du racisme, et que la paix
sociale fasse taire les 22 long rifle.
En commémoration de cette Marche de nombreuses organisations appellent à une Marche à Paris
ce samedi 7 décembre. Un car partira de Grenoble.
Le moins qu’on puisse dire est que les objectifs de la
Marche de 1983 sont pleinement d’actualité et qu’il
faut se mobiliser massivement contre le Racisme et
pour l’Egalité des droits, et pour une toute autre politique d’asile et d’immigration. Quant aux discriminations à l’encontre des populations des quartiers populaires, elles sont dramatiquement plus réelles que
jamais… Nous continuons à marcher…
INTER-PEUPLES n°222 Décembre 2013
Jo Briant
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Nouvelles de l’hexagone
Le Président Hollande en Israël :
honte et colère !
Israël, une grande démocratie, exemplaire ? Une "démocratie" qui a toujours refusé d’appliquer les
résolutions - pourtant adoptées démocratiquement par les Nations Unies, qui refuse d’accorder à la
minorité arabo-palestinienne d’Israêl des droits égaux aux juifs israéliens, qui poursuit chaque jour
sa colonisation criminelle de Jérusalem Est et de la Cisjordanie… Décidément le Parti socialiste via François Hollande - ne veut pas rompre avec son aveuglement pro-israélien...
L
es premières déclarations du Président François Hollande en Israël nous remplissent de
honte et de colère.
Citons ses paroles : "Vous êtes une grande démocratie car malgré les épreuves que vous avez rencontrées, jamais, je dis bien jamais, vous n’avez
cédé sur la démocratie, sur le pluralisme, sur les
droits". Ainsi, faisant fi des textes adoptés parfois
par la France elle-même condamnant la négation
des droits des Palestiniens, les violations du droit
international et du droit international humanitaire,
les crimes de guerre et crimes contre l’humanité
commis par Israël, le Président Hollande prétend en
notre nom qu’Israël a toujours respecté le droit et la
démocratie - ce qui n’est vrai, pour l’essentiel, que
pour la population juive d’Israël.
Ainsi, le Président, se ralliant à la théorie du choc
des civilisations, prétend à la fermeté dans le dossier
du nucléaire iranien, alors même qu’il continue de
feindre l’ignorance de l’armement nucléaire israélien
(des dizaines de têtes nucléaires à Dimona).
Ainsi, le Président emmène dans ses bagages des
dizaines de patrons pour développer les échanges
économiques avec Israël, dont de nombreuses sociétés prospérant grâce au développement illégal
de la colonisation. La SNCF vient de signer un important accord économique avec les chemins de fer
israéliens.
c’est sans la moindre menace de sanction en cas
de refus, et c’est pour demander aussitôt à l’Autorité Palestinienne de nouvelles concessions unilatérales pour relancer un processus de paix qui n’existe que dans les discours.
L’Union Juive Française pour la Paix assure le peuple palestinien de son soutien dans sa lutte difficile
pour ses droits et salue sa résistance. Elle contribuera au développement du mouvement de solidarité en France, pour ne pas voir notre pays s’enfoncer dans la complicité avec les crimes commis.
Elle appelle toutes celles et ceux qui sont attaché-e-s
aux droits humains à s’engager plus encore dans la
campagne pour le boycott de l’Etat d’Israël et de ses
institutions, le désinvestissement, et les sanctions, à
laquelle le peuple palestinien nous a invité-e-s.
La France, ses partis, ses syndicats, ses institutions
doivent rejoindre les nombreux partis, syndicats,
institutions en Europe qui ont répondu à cet appel.
La campagne BDS France doit s’amplifier.
La France ne peut rester plus longtemps complice
de l’apartheid israélien.
Bureau national de l’UJFP,
le 18-11-2013
Le Président Hollande conforte ainsi la position du
gouvernement le plus réactionnaire qu’Israël ait jamais connu dans sa poursuite du vol des terres du
peuple palestinien, comme le démontre l’accélération de la colonisation du Nakab/Néguev par le déplacement forcé des Bédouins palestiniens. Il feint
d’ignorer le blocus illégal et inhumain imposé à la
population de la bande de Gaza.
Certes, le Président Hollande - qui passe dans les
territoires palestiniens occupés un temps en proportion de l’espace qu’Israël leur concède encore - propose à nouveau au gouvernement Netanyahou de
renoncer à la poursuite de la colonisation, mais
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INTER-PEUPLES n°222 Décembre 2013
Dessin: Rodho
Nouvelles du Monde
Impressions de Bolivie
Notre amie Lucile Daumas est rentrée récemment d'un séjour de quelques années en Bolivie. Voici
les impressions d'ensemble qu'elle nous a confiées sur l'évolution de la situation dans ce pays
d'Amérique du sud qui a élu président, pour la première fois, un membre des peuples autochtones
de ce continent, Evo Morales. Une bonne occasion, pour le CIIP, de dénoncer le comportement indigne du gouvernement français lorsqu'il a interdit le survol de notre territoire par l'avion transportant
ce président progressiste de Moscou à La Paz ...
Marche contre la violence envers les femmes et l'impunité
à Cochabamba Auteur. Stephanie Weiss M
je suis arrivée en janvier 2012 à CochaQ uand
bamba, la 3
ville du pays, située au cœur de
ème
la Bolivie, la ville était totalement bloquée par des
femmes. C’étaient les milliers de commerçantes
des marchés, en conflit avec la municipalité. Elles
s’étaient mises aux carrefours stratégiques de la
ville et plus une voiture ne passait. Cette première
image se confirmera par la suite : en Bolivie, les
femmes sont omniprésentes dans la population active et dans l’espace public, administratif, politique,
associatif. Et si elles veulent bloquer l’activité du
pays, elles le peuvent. Infatigables travailleuses,
elles paient un lourd tribut, non seulement en double ou triple journée de travail mais aussi car il
s’exerce une violence masculine contre elles impressionnante. La société bolivienne reste fondamentalement patriarcale et machiste.
La deuxième chose qui m’a frappée, c’est la vivacité et le dynamisme des cultures boliviennes. La
Bolivie est loin de l’uniformisation culturelle que l’on
connait ailleurs, de par l’importance de la population indienne, mais aussi dans les pratiques quotidiennes, la cuisine, la tenue vestimentaire, la danse, la musique, etc. Certes le pays ne vit pas en
vase clos, mais c’est quand même un des rares
pays du monde qui a réussi à faire fermer les Macdo. Cette culture est la résultante d’un brassage
d’influences diverses, dont celle de l’Espagne, ancienne puissance coloniale mais surtout celle de
toutes les cultures indiennes, la minorité afrobolivienne, issue de descendants d’esclaves apportant aussi une touche africaine.
certain des élites politiques et administratives. Cela
étant, il ne suffit pas d’avoir un indien aymara comme président pour que les politiques soient forcément favorables à la population indienne en général
(les femmes savent cela depuis longtemps, à leur
niveau). Un conflit majeur a opposé pendant des
mois les populations originaires amazoniennes du
TIPNIS1, fortement soutenues par de larges franges
de la population au gouvernement, au sujet de la
construction d’une route au travers des territoires
amazoniens et a révélé des conceptions bien différentes sur les prérogatives de l’Etat central et des
peuples indigènes et sur la vision du développement.
Il a mis à nu l’écart existant entre un discours de défense des peuples originaires et de la Nature et une
pratique autoritaire, verticale, au service, dans ce
cas, des intérêts de l’agrobusiness brésilien. Si Morales a finalement gagné la bataille, au prix de manœuvres incroyables, il y a perdu l’appui de larges
secteurs de la population, devenus très méfiants.
Les Boliviens sont aussi inquiets. La Bolivie, depuis
le début de la colonisation, a vécu un pillage continu de ses ressources naturelles. Pays riche en gaz,
en minerais et en forêts, il a alimenté la création du
capital financier en Espagne puis en Europe ainsi
que leur industrialisation tandis que sa population
continuait à vivre dans une immense pauvreté
(aujourd’hui la Bolivie reste le 2ème pays le plus pauvre du continent). Le gouvernement Morales a certes déclaré la nationalisation des ressources, mais
les multinationales sont toujours présentes et le
pays continue d’exporter massivement ce qu’il produit. Il a certes instauré des impôts et royalties là où
le néolibéralisme les avait pratiquement supprimés
– ce qui donne au gouvernement une réserve dans
laquelle il puise pour accorder aux citoyens boliviens une série de bons (pour la rentrée scolaire,
les vieux de plus de 60 ans, les femmes qui accouchent, etc.), qui lui tiennent lieu de politique sociale
- mais il n’est pas revenu sur le caractère extractiviste de l’économie, et les concessions (y compris
dans les zones protégées) pour l’exploration et l’exploitation pétrolière et minière sont toujours plus
nombreuses, générant des impacts sociaux et environnementaux très néfastes.
C’est pourquoi le débat sur l’extractivisme bat son
Avec la nouvelle Constitution de la Bolivie, ce pays
est maintenant un Etat plurinational (symbolisé par plein au sein des organisations boliviennes, accomla wiphala, le drapeau aux 7 couleurs). Cette recon- pagné d’un deuxième débat sur le sens du dévelopnaissance de la diversité des peuples reste encore pement, auquel ces dernières opposent fréquemlargement sur le papier et les statuts autonomiques
ment la notion de vivre bien, inspirée des cultures
des différentes Nations sont encore pour la plupart à indiennes traditionnelles.
l’état de brouillon. Mais l’arrivée d’Evo Morales à la
Lucille Daumas
Présidence a été un grand moment pour tous les
1/ Territoire Indigène et Parc National IsiboroSécure.
peuples indigènes et a marqué un renouvellement
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Nouvelles du Monde
Iran : Soulever un coin du voile
L’Iran, un pays et peuples méconnus, trop souvent réduits par les medias dominants au conflit qui
oppose ses gouvernants aux grandes puissances occidentales, sans oublier Israël, concernant son
potentiel nucléaire. Qu’en est-il de ce régime "mollahchirque", de la société iranienne, de la résistance des femmes, des jeunes, des ouvriers ? Nous avons demandé à un ami, connaisseur exigeant
de la réalité iranienne, de nous proposer des éléments précis d’information et d’analyse.
L’
affrontement avec l’Occident au sujet du nucléaire occupant le devant de la scène médiatique, la société iranienne reste méconnue. Elle n’en
est pas moins pleine de forces et de contradictions.
sociétés de transport, import-export, agriculture,
hôtellerie de luxe pour touristes, agences de voyage, pistes de ski pour la jeunesse dorée… pas
grand-chose ne leur échappe.
Trente quatre ans après la révolution de 1979, la
République islamique continue de marquer l’Iran
d’une empreinte brutale et réactionnaire. Malgré
l’élimination physique de toutes les oppositions au
régime, les reculs imposés aux femmes et à la jeunesse, la répression systématique dont font l’objet
les luttes ouvrières, le sort tragique des minorités
nationales ou des homosexuels, la dictature des
mollahs n’a pu éteindre la contestation qui s’exprime de manière multiforme. Pour qui s’intéresse à la
situation iranienne, les fermetures de journaux et la
répression des intellectuels ou de la jeunesse étudiante ne sont pas totalement inconnus. La résistance réelle et quotidienne des femmes iraniennes
peut paraître plus abstraite, car leurs mobilisations
sont peu relatées. Quant aux luttes ouvrières, elles
sont complètement passées sous silence. Pourtant,
bien que partielles et circonscrites par la violence
de la répression, ces résistances sont loin d’être
anecdotiques. Elles renforcent la perte de légitimité
de la République islamique.
Selon certaines estimations, ces structures monopolistiques contrôleraient plus de 40 % du PIB. Elles bénéficient d’un statut à part, qui leur permet de
se soustraire au contrôle de l’État et à toute imposition. Elles sont uniquement "responsables" devant
le Guide de la révolution, qui en nomme les directeurs. Ces fondations influent fortement sur les politiques menées, y compris sur la politique étrangère.
Lorsque la presse occidentale parle de conflits
idéologiques au sein du sérail, cela se résume souvent à des divergences d’intérêts entre fondations
et dignitaires du régime.
Trois facteurs fondamentaux contribuent à l’effritement de la base sociale traditionnelle du régime.
D’abord, la corruption généralisée au sommet de
l’État et du clergé accentue le désenchantement de
la grande majorité de la population. Ensuite, la mollahrchie s’est montrée incapable de répondre aux
aspirations élémentaires de ceux que Khomeiny
appelait les mostazafin ("les déshérités"). Enfin, les
contradictions entre le carcan religieux réactionnaire et les aspirations légitimes de la population ne
cessent de s’accroître.
La corruption n’a jamais été aussi forte. Depuis
l’instauration de la République islamique, diverses
fondations (bonyad) ont vu le jour. Certaines d’entre
elles font parties des plus grandes entités économiques du Moyen-Orient. Dans la foulée de la révolution, elles se sont approprié une grande partie des
entreprises, des terres, des bâtiments et d’autres
biens privés confisqués. Ces fondations appartiennent à de hauts dirigeants du régime théocratique
ou des gardiens de la révolution, et elles contrôlent
des pans entiers de l’activité économique du pays :
textile, industrie chimique, industrie alimentaire,
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Des fondations omniprésentes
Par le biais de leurs activités caritatives, ces fondations constituent également des organes de redistribution clientéliste de la rente pétrolière. Ainsi, la
République islamique évite les risques d’une explosion sociale d’ampleur, et elle s’assure le soutien
d’une partie non négligeable de la population. À
commencer par les salariés des secteurs contrôlés
et leurs familles, ou encore les miliciens des Bassidjis et des Pasdarans (les Gardiens de la révolution), dont les dirigeants se trouvent à la tête de
fondations comme celle du Sepah.
Détournement de la manne pétrolière, marché noir,
privatisations : nombre de dirigeants du régime se
sont enrichis considérablement. Ainsi, selon le magazine Forbes, Hashemi Rafsandjani (ex-président
de la République) et sa famille ont mis la main sur le
quart des richesses du pays. Les hauts dignitaires
iraniens se sont réparti les parts de marché. La famille Rafsandjani contrôle le pétrole, les ventes d’armes ou de pistaches, alors que l’ayatollah Djannati
(président du conseil des Gardiens de la Constitution) a fait main basse sur le sucre. Quant à la drogue et au marché des cosmétiques, ils sont la chasse gardée des Pasdarans. Les avoirs en devises et
en or de la République islamique d’Iran sont placés
sur des comptes nominatifs dans les banques des
pays riches ou dans les pétromonarchies du Golfe.
Ils s’élèvent à plus de 40 milliards de dollars.
Plus largement, les pétrodollars garantissent la pérennisation d’un État rentier. L’augmentation du prix
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du baril a permis à la République islamique d’opter pour le statu quo. L’économie
est, depuis le début des années 1980,
orientée vers le secteur de la distribution,
tournant le dos à la production et à toute
politique d’industrialisation. Cela s’explique notamment par la proximité historique
entre la grande bourgeoisie commerçante
du bazar et le clergé au pouvoir. Même le
secteur pétrolier se trouve dépourvu des
investissements nécessaires. Véritable
puissance énergétique et deuxième proManifestation à Téhéran Source : http://iranenlutte.wordpress.com
ducteur de l’OPEP, l’Iran est néanmoins
obligé, faute de capacité de raffinage, d’importer à l’intérieur des entreprises, chargées de dénoncer
plus de 50 % de sa consommation d’essence. La
les meneurs et d’empêcher les luttes. Le droit de se
chute de la production pétrolière iranienne est
syndiquer librement n’existe pas. Cela a fait l’objet
structurelle.
de luttes emblématiques des salariés, notamment
des travailleurs des transports en commun de TéRien n’est fait pour lutter contre le chômage, l’inflahéran (Vahed). Le régime n’ hésite pas à incarcérer
tion galopante ou la spéculation immobilière, qui
et
à torturer les dirigeants des grèves, à exercer
prive de nombreux Iraniens de l’accès à un logediverses
formes de pression sur leur famille ou à
ment digne de ce nom. Quant au secteur informel
et au marché noir, ils sont organisés par les diver- bloquer les comptes bancaires des salariés en lutte
et à les licencier.
ses factions dirigeantes. Plus de 50% d’Iraniens
(sur 77 millions) vivent sous le seuil de pauvreté.
Les bidonvilles, au sud de Téhéran, ne cessent de
s’étendre. Le sous-prolétariat urbain, qui constitue
pourtant une classe d’appui importante du clergé, a
vu ses conditions de vie se détériorer. Maintenue à
dessein dans la misère et la dépendance à l’égard
des mosquées et des réseaux caritatifs contrôlés
par l’État et financés par la rente pétrolière, une
fraction de ce sous-prolétariat fait office "d’hommes
de main" du régime. Cette frange est régulièrement
mobilisée pour les cérémonies officielles et religieuses ou pour faire le coup de poing contre les étudiants, les femmes – lors des rassemblements à
l’occasion du 8 Mars –, ou encore contre les travailleurs qui tentent de manifester le 1er Mai.
Luttes réprimées
Cependant, la majorité des "déshérités" est en proie
aux désenchantements et aux frustrations de toute
sorte. Sous l'effet des politiques économiques menées par le régime, saluées par le FMI et des sanctions internationales, l’inflation atteint les 40 %.
Ainsi, en 2012 le taux de croissance du PIB était de
-5,2%. Le taux de chômage qui varie selon les différentes statistiques officielles entre 15 et 20% est en
réalité plus proche des 35% et l’inflation avoisine
les 40%. Le pouvoir d’achat de la population a chuté de 72% entre 2005 et 2012.
Régulièrement, les travailleurs se mobilisent, affrontant les "conseils ouvriers islamistes" ou les
"maisons du travail", véritables antennes du régime
Régulièrement, des salariés du secteur privé manifestent dans différentes régions du pays pour réclamer des hausses de salaires ou, tout simplement,
leurs salaires impayés. Les questions du pouvoir
d’achat et du chômage sont explosives. Les jeunes –
notamment les jeunes diplômés – sont encore plus
durement frappés par la précarité et le chômage.
Dans un pays où la pyramide des âges montre une
population très jeune, composée à plus de 70 % de
moins de 35 ans, la jeunesse constitue un élément
d'instabilité politique permanent pour le pouvoir.
Particulièrement sensible à l’absence d’avenir et
aux frustrations, la jeunesse étudiante est l’un des
fers de lance de la contestation. Cette génération
se trouve – par le biais notamment d’Internet, des
chaînes satellitaires ou des produits importés – exposés aux modes et influences extérieures. Comme
ailleurs, la jeunesse iranienne aspire à la liberté,
aux loisirs et à un certain niveau de consommation.
Régulièrement la jeunesse iranienne se mobilise
contre le pouvoir qui n'hésite pas à faire usage de
la répression la plus féroce comme cela a été le cas
en 2009 après l'élection frauduleuse d'Ahmadinejead. Bastion de la contestation et de la gauche lors
de la révolution de 1979, la jeunesse étudiante iranienne a beaucoup changé sociologiquement, notamment par l’instauration de quotas pour les enfants de familles pauvres. Véritable chair à canon
du régime lors de la guerre contre l’Irak, entre 1980
et 1988, le pouvoir a favorisé l'accès des enfants de
ceux qui sont morts à la guerre ou qui en sont reve-
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nus mutilés aux études supérieures. C'était, pour la
République Islamique, une manière de "remercier"
cette frange de la population qui constituait une part
importante de sa base sociale. C’était aussi une
manière pour la République islamique de renforcer
son emprise sur le monde universitaire dont elle
s’est toujours méfiée. Ironie de l’histoire, ce sont les
jeunes issus des classes moyennes et des couches
les plus pauvres des universités qui se mobilisent le
plus. Bien sûr, la situation complexe ne permet pas
réellement le développement d’organisations indépendantes et, parfois, derrière une manifestation
appelée par les structures étudiantes officielles, se
cachent des jeux d’influence entre courants au pouvoir. Cependant, les mobilisations étudiantes
échappent globalement au contrôle du régime.
Autre élément majeur, malgré une politique violente
et réactionnaire à l’égard des femmes, l’université
s’est féminisée de manière importante. Ainsi, plus
de 50 % des étudiants sont des femmes. Cette évolution notable touche également le marché du travail. Alors que la République islamique a tout fait,
sur le plan juridique et culturel, pour cantonner les
femmes au rôle de mère et d’épouse, le résultat a
été totalement inverse.
En quête de légitimité
L’accroissement des difficultés économiques et sociales a poussé massivement les femmes vers le
monde du travail. L’urbanisation et le coût exorbitant des logements dans les grandes villes ont eu
pour effet de faire reculer l’âge du mariage, qui est
en moyenne de 25 ans pour les femmes (30 ans à
Téhéran) et de 28 ans pour les hommes. L’accès
au savoir et à la vie active a profondément modifié
la place des femmes dans la société iranienne, accentuant ainsi les contradictions avec le carcan réactionnaire que le pouvoir impose. La législation
religieuse, profondément patriarcale, ne reconnaît
pas l’égalité des sexes, fait du divorce une prérogative du mari, en lui laissant tous les droits. De plus,
elle rend possible, même si cela devient de plus en
plus marginal, les mariages arrangés et la polygamie. Les arrestations arbitraires, les tortures et les
mauvais traitements infligés aux femmes, notamment à celles qui militent en faveur des droits des
femmes, ne les empêchent pas de lutter et d’arracher quelques avancées. C’est ainsi que l’interdiction de la pratique du sport faite aux femmes a été
levée ou que, malgré toutes les tentatives désespérées d’Ahmadinejad, les femmes ont même obtenu
un assouplissement des règles vestimentaires.
Cependant, ces résistances du quotidien ne doivent
pas faire oublier l’essentiel, car la République islami12
Iranienne manifestant
que n’est pas un régime comme les autres. Depuis
l'accession de Rohani à la présidence de la république le pays a connu une nouvelle vague d'exécutions de prisonniers de droit commun et de détenus
politiques, notamment des Kurdes. Les minorités
nationales sont particulièrement réprimées.
Crise de régime
La République Islamique doit faire face à une perte
de légitimité sans précédent. Elle est traversée depuis 2009 par une crise de régime qui n'en finie pas.
La population subit la politique économique du régime marquée par le clientélisme, la corruption des
différentes factions qui se partagent le pouvoir et le
parasitisme des Gardiens de la Révolution qui
contrôlent environ 40% de l'économie du pays. A
cela s'ajoute le poids de l'embargo criminel imposé
par les grandes puissances.
Le régime doit faire face à ses divisions internes qui
s'exacerbent à mesure que le pays s'enfonce dans
la crise, au rejet d'une frange de plus en plus large
de la population et enfin aux bouleversements que
connait le Moyen Orient sous l'effet entre autres, de
la politique colonialiste de l'Etat d'Israël, des guerres impérialistes en Irak et en Afghanistan, des révolutions arabes et de la situation syrienne. Tout
cela sur fond d'une crise sans précédent du capitalisme à l'échelle mondiale.
Les effets combinés de ces crises et les impasses
de l'impérialisme ont ouvert une nouvelle période
dans les relations entre la République Islamique
d'Iran et les grandes puissances. Le régime de Té-
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héran qui au même titre que la Turquie, l'Arabie
Saoudite ou le Qatar, a des ambitions de puissances régionales, compte négocier avec les ÉtatsUnis un compromis "gagnant-gagnant".
Cela passe par une nouvelle phase de négociations
et de compromis avec les grandes puissances impérialistes. Ceci autour du nucléaire, de la levée
progressive des sanctions et de la question syrienne. A ce titre, l’accord intérimaire trouvé à Genève,
le 23 novembre dernier, autour du programme nucléaire iranien et de la levée partielle des sanctions
est un pas en avant vers ce compromis entre la
République Islamique et les grandes puissances.
En forte perte de légitimité à l’intérieur du pays, la
mollahrchie utilise la crise internationale, la terreur
politique et la rente pétrolière pour affirmer son pouvoir. Mais plus que jamais, celles et ceux qui résistent ont besoin de notre soutien actif. Pour se défaire
de la République islamique, le peuple iranien n’a rien
à attendre des grandes puissances, il ne compte que
sur sa propre force et sur une solidarité internationale concrète de toutes les forces progressistes.
Babak Kia
A lire aussi notre nouveau dossier de synthèse :
"Iran : Continuité ou changement ? Théocratie ou
démocratie ?", CIIP et Iran solidarités, novembre
2013, 52 p. (6 €)
Andalousie : Guet-apens policier
contre le Syndicat andalou des travailleurs (SOC-SAT)
Nos lecteurs ont été informés des actions de défense des ouvriers agricoles ainsi que des occupations de terres publiques ou privées par des chômeurs en Andalousie, sous la responsabilité de ce
syndicat. La criminalisation de ces actions est inacceptable de la part d'un gouvernement andalou
soi-disant socialiste…
L
e 21 octobre 2013, vers 19h, le porte-parole
du SOC-SAT qui défend depuis l'époque du
franquisme les salariés, les exclus, les paysans, les
"sans terre" andalous, a été capturé, comme au
temps du franquisme, lors d’un guet-apens tendu
par la garde civile, à hauteur de Alcala del Rio,
alors qu’il rentrait d’une assemblée syndicale à Burguillos. Il a été transféré comme un malfaiteur à la
caserne Montequinto de la garde civile, et mis "à
disposition" du Tribunal n°4 de Utrera. Une justice
qui poursuit une nouvelle fois ce syndicat pour
"occupation illégale de terres" (en fait un domaine
de l'armée non cultivé), et des opérations de réquisition sociale dans des supermarchés pour redistribution aux chômeurs.
Dans une Andalousie où la terre est monopolisée
par une poignée de grands propriétaires, où le taux
de chômage atteint 37% de la population active
(57% chez les jeunes), où des milliers de familles
sont chassées de leurs logements par l’éclatement
de la "bulle spéculative immobilière", les actions du
SOC-SAT sont légitimes. Les pauvres, les chômeurs, les salariés, les précaires, les ouvriers agricoles, exercent pacifiquement avec ce syndicat leur
droit à la légitime défense sociale.
Dans une Espagne où les délinquants "en col
blanc" et des dirigeants du "partido popular" (parti
de droite au pouvoir) sont impliqués dans d’énormes scandales politico-financiers portant sur des
centaines de millions d’euros et paradent cyniquement en toute liberté, l’arrestation d’un
syndicaliste qui lutte depuis des décennies
pour les libertés, les droits des exploités, la
justice sociale, est intolérable.
Messages de protestation et de soutien à envoyer à : [email protected]
Extraits d'un article de Jean Ortiz,
universitaire à Pau (France)
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Voyager autrement
Les Malgaches otages de leurs politiciens
Madagascar, la grande île, si riche de ressources, si pauvre, si extrêmement pauvre en ce qui
concerne 90% de ses habitants. Un pays pour le moins mal "dirigé" par une élite politique corrompue indifférente à la désespérance d’une population affamée, mais qui trouve malgré tout les forces
d’inventer pour survivre des activités informelles que nous fait découvrir notre globe trotter solidaire Philippe Savoye...
«L
e Malgache s’identifie moins à la nation
qu’à sa famille étendue et à son ethnie
bases de la solidarité. Le rôle des ancêtres dans la
vie quotidienne est central : si les vivants ne respectent pas les coutumes, ils encourent le tsiny (blâme)
et toute leur vie sera vouée au malheur… Au fil des
siècles, ont émergé les valeurs communautaires : le
respect de l’aina (la vie), du fihavanana (les bonnes
relations sociales) et du moramora(la pondération)...
Ces valeurs ont été sérieusement ébranlées ces
dernières années avec la crise politique de 2009 en
point d’orgue où le pouvoir à tout prix et la corruption semblent avoir pris le pas sur toute autre considération » note Patricia Rajeriarison dans son ouvrage ‘Idées reçues Madagascar’.
C’est dans ce contexte culturel que ce situent les
enjeux actuels de ce pays, mais comme le précise
Benjamina, président d’une association villageoise :
cela fait plus de quatre ans que le pays est en crise.
Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’une crise, mais d’un
changement de société où la population a totalement
intégré la notion de survie dans sa quotidienneté !
Présidentielles : manifestation à Tamatave
Elections présidentielles
En cette fin d’année, les Malgaches connaissent le
nom des deux candidats qui seront présents au
second tour des élections présidentielles qui se déroulera (avec les législatives), le 20 décembre prochain. Phénomène nouveau dans la mesure où les
alternances politiques, à une exception près1, ne
se sont pas faites par les urnes. Il s’agit du Docteur
Jean-Louis Robinson qui a obtenu 21 % des voix
et de d’Héry Rajaonarimampianina (16 %). Second
tour à très haut risque dans la mesure où il oppose
le candidat soutenu par Marc Ravalomanana, prési14
dent destitué en 2009 et l’ancien ministre des finances d’Andy Rajoelina… qui l’a renversé lors d’un
coup d’état. Les chausse-trappes ont déjà commencé… « On a tout à craindre des élections, car il est
vraisemblable que les perdants n’acceptent pas le
résultat… » affirme Jocelyn, chauffeur de taxi, propos maintes fois entendus…
Bien sûr, des Organisations non gouvernementales,
souvent étrangères, sont à pied d’œuvre pour tenter de palier les défaillances de l’Etat, de subvenir
aux besoins immédiats de la population en terme
de nutrition, de santé et d’éducation. Mais trop souvent cette substitution aux institutions publiques lui
fait perdre la place centrale qui doit être la leur. Ambiguïtés d’autant plus accentuées que les financements extérieurs qui représentaient 44 % du budget
de l’Etat avant la crise politique de 2009 sont en
grande partie suspendus.
Insécurité alimentaire : une population affamée2
Madagascar a célébré le 16 octobre la journée
mondiale de l’alimentation ; les données sont d’une
vérité cruelle ! Le quotidien Midi Madagasikara du
10 octobre titre « 4 millions de Malgaches3 ne mangent pas à leur faim ». L'insécurité alimentaire risque de toucher 9,6 millions d'autres personnes, estiment la FAO et le Programme Alimentaire Mondial
dans un rapport conjoint, qui ajoutent « les difficultés actuelles de Madagascar traduisent des années de déclin économique, l'aggravation de la
pauvreté, des services publics limités et une série
de catastrophes naturelles qui ont pesé sur les
moyens d'existence et les stratégies d'adaptation
des habitants »…
Le secteur informel à la rescousse de l’économie transitoire
C’est sous ce titre que ce même journal, le 20 septembre, précise « l’extrême pauvreté est le quotidien de l’immense majorité de la population dont la
principale caractéristique est d’être méconnue des
services de l’Etat malgache, surtout depuis 2009.
Pour une grande partie de ces pauvres, la survie
est assurée grâce à des activités informelles… A
l’heure actuelle, il représenterait 90% des activités
économiques de l’île. » « J’achète un kilo d’arachide et je la revends par cent grammes. Quand j’ai
suffisamment d’argent, j’achète un paquet de cigarettes que je revends à l’unité. Les meilleurs jours je
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Voyager autrement
Madagascar
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gagne 2.000 ariary (0.70 €) » m’indique une
jeune vendeuse à la recherche de clients…
Les jeunes femmes, premières victimes de
la crise
Si depuis 2007, la loi interdit les mariages des
jeunes de moins de 18 ans, dans la réalité il en
est tout autrement. « Les grossesses précoces
sont en passe de devenir un fléau social dans
les communautés de base malagasy. Dans les
zones rurales, les familles vivent dans la pauvreté. Les parents marient les jeunes filles à
des jeunes hommes pour une dot… les adolescentes
accouchent de leur premier enfant quand elles ont
entre 12 et 15 ans » précise un article de la Gazette
du 2 octobre. Par ailleurs le nombre d’agressions
sexuelles et de prostitués ayant fortement augmenté
depuis le début de la crise, le mariage précoce est
"une parade" aux risques encourus. Pour le sociologue Ambinina Ramanantsoa, « au nord les parents
ne sont pas intéressés à ce que leur fille se marie. Si
celle-ci tombe enceinte, ils ne cherchent pas à savoir
qui est le père. Le fait que leur fille porte un enfant
est ce qui compte le plus dans cette communauté.
Cela veut dire que leur enfant est une femme capable de concevoir et c’est ce qui est valorisé. »
Fière d’être mère, c’est le plus souvent la galère de
la femme seule sans ressources assurées. Nombreuses sont ces très jeunes femmes qui cherchent
à vendre quelques menus objets, mendient… sans
omettre la recherche d’un vazaha (un Blanc) qui
offrirait mariage et rente assurée.
Réunion entre porteurs de projet et Accueil Paysan
Dans ce contexte affligeant pour la très grande majorité de la population, il m’a été donné de rencontrer de nombreux acteurs malgaches, porteurs
de projets, pour beaucoup soutenus pas des associations françaises. Il en est ainsi des "Enfants Du
Soleil" financé par des dons européens, qui dans
différentes villes recueillent les enfants de la rue…
"Vision éthique" qui, dans la région d’Ambanja favo-
Andranomandevy : portage de briques
rise la création de coopératives de femmes afin de
développer le tourisme… "Cœur de forêt" à Antsirabe qui œuvre au reboisement et au développement
des énergies renouvelables… "Kovapamina", coopérative de femmes de pêcheurs qui produit de l’artisanat à Tamatave…
"Anja Miray" un exemple communautaire !
Dans le cadre d’une mise en réseau des initiatives
touristiques rurales, "Accueil Paysan"4 a réunit 35
porteurs de projets à Ambositra, avec le concours
de l’ANCESM5. Une dynamique est lancée. Un
exemple des nombreuses rencontres pour une labellisation "Accueil Paysan". Cette halte à Anja6,
est le fruit d’un travail enclenché par l’association
Cœur Malgache qui développe un tourisme de
proximité, dans un cadre éthique.
Au début des années 1990, la moitié des 13 hectares
de la forêt d'Anja avait été coupée illégalement, avec
des conséquences dramatiques : baisse des réserves
d'eau, assèchement des rizières, ensablement des
champs. Les lémuriens s'étaient enfuis, et les rares
qui restaient étaient parfois mangés par les villageois
au bord de la famine. Devant ce désastre, en 2001,
les habitants créent l’association : "Anja Miray" dont
l’objectif principal est « la protection des ressources
naturelles et leur valorisation touristique ».
« À force de volonté et persévérance, on obtient
des résultats. Chaque dimanche on se réunit et on
définit le travail : cultures des terrains propriété de
l’association, entretien de la réserve, etc. Ces terrains collectifs, n’excluent pas la propriété individuelle de parcelles. Nous avons transformé les richesses naturelles en source de revenus tout en
améliorant notre cadre de vie », précise Victor. Aujourd’hui, l'écotourisme rapporte à cette communauté de 2 500 habitants 80 millions d’ariary (30 000 €)
par an ! Ainsi, l'association finance des patrouilles
de surveillance du parc, forme des guides, reboise
la forêt - 300 lémuriens y vivent -, mais aussi a mis
en place un système de protection sociale pour
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Voyager autrement
Madagascar
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handicapés et personnes âgées, soutient les écoles, etc. La communauté est aujourd'hui autosuffisante pour son alimentation. L’an passé à l’occasion de Rio + 20, lors des "trophées du monde"
organisés par l’ONU sur « la protection de la biodiversité et la promotion de l’écotourisme », l’association se classe troisième et reçoit le "prix Equateur".
Et depuis notre visite… six hébergeurs sont labellisés "Accueil Paysan" !
a récupéré tout ce qu’il y avait dedans (outillage,
voitures, stock de moteurs, chaînes de montage,
etc.). Dans un premier temps nous avons monté
des véhicules à partir des éléments en notre possession et depuis nous avons conçu un nouveau
prototype testé actuellement la "Mazana" (la robuste). Nous produisons deux voitures par mois. Les
bénéfices de cet atelier qui travaille avec deux centres de formation locaux, permettent d’investir dans
des projets ».
Le Relais Madagascar
Le Relais s’est constitué en France dans les années 1984/85, en tant qu’entreprise à but social
(pour se différencier du secteur associatif traditionnel) à l’initiative de l’abbé Pierre et de différents
acteurs de la solidarité. Son activité principale est la
friperie et chacun a repéré les containers à disposition aux quatre coins de nos villes… Le Relais Madagascar, SARL de droit malgache, s’est créé en
2008 à Fianarantsoa, sur la base de la friperie
« avec l’idée d’un débouché positif », précise Clément en charge du développement de la structure.
Il emploie 250 personnes en situation de précarité
(mais qui ne l’est pas aujourd’hui ?). Au-delà de
l’activité économique, constitution d’une caisse mutuelle « d’entraide et d’amélioration de la vie de
tous les jours » gérée par les salariés, de microcrédit à taux zéro, de cours de mise à niveau, d'aide à la scolarisation… « L'objectif est : le management par le bien-être des salariés ».
La Friperie Taratra. La population apprécie les
arrivages de fripes comme moyen de se vêtir avec
un rapport qualité/prix inégalable pour un faible
pouvoir d'achat, activité traditionnelle assurée par
les Indo-pakistanais. « C'est malheureusement un
fait, et nous souhaitons un jour voir les Malgaches
s'habiller avec des vêtements de confection locale ». Le Relais France vend des ballots de vêtements à la société indo-pakistanaise Miezaka. Taratra est rémunérée pour le tri et le conditionnement
en petites balles. 100 personnes, en CDI, y travaillent : « il s’agit d’emplois d’insertion, mais de fait il
n’y a pas d’issue professionnelle sur le marché traditionnel, aussi tous restent…». Depuis peu, l’atelier
Gash’Mlay confectionne des vêtements et des linges pour la maison, à partir de textiles recyclés.
… Et des projets. L’entreprise fait émerger des
projets pilotes comme la collecte et la valorisation
des déchets ménagers (recyclage, compost, briques de plastic…). Reprise de la rizerie Aingavao,
« créée en 1967, elle a fonctionné pendant des années, à une époque où Madagascar était encore
auto-suffisant en riz, et abandonnée depuis quinze
ans ». Le projet s'axe sur : « une collecte éthique
en appui au développement rural, l'exploitation de
la rizerie et la création d'emplois "sauce Relais" et
la commercialisation non spéculative au profit des
petits revendeurs dans un marché qui, lui, est fortement spéculatif… »
Ces projets peuvent sembler bien dérisoire au regard de réalités comme l’exploitation scandaleuse
de minerais à Ambatovy pillage en règle du pays
(avec l’accord des politiques) sa pollution et les graves risques de santé encourus par la population, le
1,6 million d'enfants non scolarisés, l’insécurité à
son paroxysme, les sommes folles dépensées pour
la propagande électorale par certains candidats (en
millions d’euros), les 92 % de la population qui vivent sous le seuil de pauvreté… mais ils sont la
force de ce peuple si attachant. Je laisserai les
mots de conclusion à Antoinette responsable d’une
coopérative, qui analyse finement la situation : le
pays est engagé dans une mutation par son entrée
progressive dans la modernité accentuée par la
mondialisation. Ce phénomène fragilise le tissu social et les fondements de la culture traditionnelle.
L’espoir est porté par les nouvelles générations,
aux moyens modernes de communication qui permettent de mieux se découvrir, d’avoir une ouverture plus large sur le monde et de moins s’enferrer
dans les histoires internes…
Philippe Savoye
Atelier mécanique Soatao. 70 salariés travaillent
dans cet atelier à l’histoire peu banale. A l’initiative
de l’Etat dans les années 80 une entreprise fabriquait une centaine de voitures annuellement. Après
un changement de gouvernement l’entreprise est
laissée à l’abandon : « on a acheté les locaux et on
16
1/ Zafy, président sortant fut battu par Ratsiraka en 1996
2/ Titre de plusieurs articles de presse, début octobre
3/ La population est estimée à 22,5 millions.
4/ www.accueil-paysan.com/
5/ Association Nationale du Commerce Equitable et Solidaire à Madagascar
6/ District d’Ambalavao
INTER-PEUPLES n°222 Décembre 2013
Voyager autrement
Madagascar
…/…
Survie et dignité
I
nvité dans plusieurs familles, j’ai perçu le dilemme que vit une majorité d’entre elles : comment survivre tout en demeurant digne ? L’exemple de Nirina qui réside à Toamasina illustre la situation actuelle de la majorité de
la population.
Elle habite à cinq kilomètres du centre ville, dans
un quartier où les ruelles de terre sont envahies
d’immenses flaques d’eau (ici il pleut tous les
jours). Des "épiceries" se font concurrence à trente mètres les unes des autres (huile, piles, quelques denrées alimentaires…) où les achats se
font au compte-goutte (une femme devant moi
achète une petite tomate, un oignon quatre cuillerées d’huile et deux de sucre). La promiscuité est
totale : les radios et la musique inondent le voisinage. Si chaque lopin est grillagé, les allers et
venues sont permanentes, "cela ne signifie pas
solidarité : j’ai confiance dans quelques voisins,
mais beaucoup sont dans le chacun pour soi et il
faut se barricader pour éviter les vols".
Les maisons, recouvertes de tôles, sont majoritairement faites de bidons déroulés et de bois,
parfois légèrement surélevées sur une dalle en
béton. La sienne, de 25m², fut construite il y a 15
ans et les poutres se désolidarisent du béton
"j’ai peur lors des cyclones". Un seul lit, un vieux
poste de télévision, un canapé d’un autre âge.
Le peu de vaisselle est entassée dans un coin,
les vêtements dans un autre, "bien sûr on met
toujours les mêmes mais ils sont propres". Le
logement est soigné et une certaine coquetterie
s’en dégage "ce n’est pas parce qu’on est pauvre que l’on doit vivre dans la saleté", des images religieuses décorent les murs "car on doit
toujours espérer", des fleurs artificielles donnent
quelques couleurs "elles sont sans parfum, mais
je ne pourrais pas en acheter chaque mois", des
rideaux offrent une légère intimité. L’électricité
(entre deux coupures) revient à 30 000 ariary
par mois (10 €). Un petit puits d’une eau rougeâtre est près de la maison : "je vais chercher l’eau
à boire avec un seau à un robinet situé à une
centaine de mètres".
Ainée d’une famille de 17 enfants, Nirina la quarantaine, mère d’une fillette de 6 ans, Noémie, vit
seule depuis quelques mois "je me suis mariée
traditionnellement à 30 ans, avec un professeur
d’université. Rapidement il y eut des problèmes
car il buvait toute sa paie et rentrait saoul. Il ne
m’a jamais battue. Depuis un an on s’est séparé.
Il n’est pas revenu voir sa fille." Salariée dans une
structure sociale elle percevait un salaire d’environ 200 €, "mais avec la crise le travail a disparu".
Pas d’allocation chômage et les maigres économies s’évaporent rapidement. "On m’a proposé
de postuler sur un emploi de fonctionnaire à
condition de verser 3 millions d’ariary (plus de
1 000 €), sans certitude d’être embauchée. J’ai
été à la banque pour emprunter cette somme,
puis, après réflexion, j’ai décliné ce piège". Avant
de perdre son emploi, pour subvenir à certaines
dépenses (frais d’écolage, une hospitalisation on est soigné que si l’on paie d’avance -…) Nirina
a emprunté quelques centaines d’euros… Je fais
le calcul : taux pratiqué : 74 % !
Que faire ? "Je pense d’abord ouvrir une friperie, il
me reste encore des vêtements de demoiselle,
j’en ai déjà vendus mais il m’en reste un peu". Et
après ? "Je ne sais pas, il me reste un bracelet en
or que m’a donné ma mère - que je voudrais offrir
à ma fille - les autres bijoux sont déjà vendus. J’ai
dix kilos de riz d’avance, on se privera, mais pas
question de mendier ou de voler. On rogne sur
tout, mais c’est la honte quand il faut demander.
Je prie, Dieu ne me laissera pas tomber !".
La chaleur de l’accueil a l’intensité de sa simplicité.
Son sort est accepté avec un brin de fatalisme.
Repas de fête pour ma venue : du riz coco avec
poulet et une banane ! Délice ! Leçon d’humilité !
Philippe Savoye
Dans un recoin de la bande de terrain de quatrevingts centimètres, pourtour de la maison, les
sanitaires, et une "bicoque en bois" de quatre
mètres carrés où… elle héberge gracieusement
un couple avec un bébé qui se trouvait à la rue "il
faut être solidaire" !
Epicerie à Ranomena
Dernière heure (mi-novembre) :
Nirina m’informe qu’elle s’est faite… cambriolée !!!
INTER-PEUPLES n°222 Décembre 2013
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Cultures
"La violence des riches
Chronique d’une immense casse sociale",
Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot
Ed. Zones, 2013, 252 p.
L
es riches s’enrichissent tandis que les pauvres
s’appauvrissent. En reprenant ce constat – démontré magistralement à partir de nombreuses enquêtes sur le terrain des riches et des pauvres - Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot poursuivent
leur mission obstinée de sociologues de la bourgeoisie sous l’angle de ses relations avec les catégories
populaires. Dans le prolongement de leur précédent
ouvrage "Le Président des riches. Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy", La Découverte, 2011. Mais cette
connivence, cette collaboration entre les politiques et les
riches s’observe également
avec François Hollande et
nombre de ses ministres. Le
trésorier de campagne de
François Hollande, JeanJacques Augier, devenu un
homme d’affaires avisé, est
alors actionnaire de deux
sociétés offshore dans les
îles Caïman, paradis fiscal
des Caraïbes, sous souveraineté britannique. Quelques
semaines
après
son
"fameux" discours du Bourget où François Hollande
désigna le monde de la finance comme son ennemi
principal, il déclare lors d’un
entretien avec la presse anglaise : « La gauche a été au gouvernement pendant
quinze années, au cours desquelles nous avons libéralisé l’économie et ouvert les marchés de la finance et aux privatisations ». Tout est dit…Quant à
Pierre Moscovici, ministre de l’économie , il fréquente le Siècle, cercle rassemblant les plus riches et les
têtes couronnées…
18
Mêlant avec précisions et bonheur enquêtes, portraits, vécus et données chiffrées aussi bien dans
les classes aisées, y compris les patrons du Cac
40, qu’au sein de la classe ouvrière, nos auteurs
dressent le constat d’une immense casse sociale,
d’un véritable pilonnage des classes populaires, un
monde fracassé, en état de profonde désespérance
sociale, au bord de l’implosion. Exil fiscal sans vergogne des plus riches (au moins 60 milliards d’euros), cotisations patronales non payées (16 milliards d’euros !) par le recours au travail dissimulé,
crédit d’impôt (20 milliards
d’euros) consenti par le gouvernement de F. Hollande
aux
patrons
pour
"encourager" la compétitivité. Une concentration accélérée du pouvoir économicofinancier et en parallèle une
augmentation vertigineuse
du chômage et de l’exclusion.
Loin d’être l’œuvre d’un
"adversaire sans visage",
cette violence de classe, qui
s’imprègne dans les têtes et
dans les corps, a ses
agents, ses mécanismes
impitoyables, avec la complicité des dirigeants politiques. Les multiples renoncements du gouvernement de François Hollande
doivent être replacés dans la longue histoire des
petites et grandes trahisons d’un socialisme de
gouvernement qui a depuis longtemps choisi son
camp.
INTER-PEUPLES n°222 Décembre 2013
Jo Briant
Solidarité : il y a toujours quelque chose à faire
France, ressaisis-toi !
"Nous refusons cette société qui se replie sur elle même ! Nous refusons la normalisation de la parole raciste ! Nous refusons l'instrumentalisation de nos valeurs à des fins politiques ! Nous demandons que toutes formes de racisme soient fortement condamnées ! Nous demandons que la haine
ne mutile plus le corps de la liberté, l'âme de l'égalité et le cœur de la fraternité." Lettre d’un élu et
pétition à signer sur http://franceressaisistoi.wesign.it/fr
"C’
est pour qui la banane ? C’est pour la
guenon". C’est par ces mots qu’une fillette
de 12 ans a brandi il y a quelques jours à Angers
une peau de banane à l’endroit de Christiane Taubira. Après la comparaison simiesque dont notre Ministre de la Justice fut la cible quelques jours plus
tôt par une candidate du Front national, ce sont des
mots qui ne peuvent être tenus pour des
"dérapages" comme la presse les qualifie avec une
pudeur de violette. Ils sont tout au contraire le signe
qu’une gangrène purulente est en train, sous nos
yeux, d’infecter le pacte républicain.
Le mal semble tellement avancé que ce sont donc
des parents qui, le temps d’une manifestation, montrent avec fierté à quel point leur fille a été élevée
dans la haine. Le mal semble tellement avancé que
c’est avec stupéfaction que nous constatâmes la
quasi-absence de réactions face à des propos aussi
violents qu’intolérables. Le mal semble tellement
avancé que toutes les excuses sont trouvées aux
expressions de racisme tandis que la lutte contre ce
fléau est disséquée, vilipendée, critiquée, moquée.
En dépit – ou en raison – de ce contexte, nous tenons à réaffirmer les valeurs de notre République,
les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Nous
tenons également à réaffirmer notre attachement à
ce que notre pays, ses habitants et son histoire ne
soient pas insultés ainsi quotidiennement par des
dealers de haine. Car ces propos sont autant d’insultes aux anciens combattants de toutes origines
qui se sont battus pour que nous puissions vivre
ensemble face à l’obscurantisme.
Autant d’insultes aux grands Hommes qui ont
contribué à la richesse et au rayonnement de la
France. Il n’est qu’à penser, pour n’en citer que
quelques-uns, à Alexandre Dumas, Raymond Kopa,
Marie Curie, Yves Montand, Aimé Césaire, Samuel
Beckett, Joséphine Baker, Léon Blum, Félix Eboué,
Gaston Monnerville et plus récemment à Georges
Charpak, Haroun Tazieff, Yannick Noah, Charles
Aznavour, Omar Sy, Jacques Martial ou Zinedine
Zidane. Noirs, Arabes, Juifs, étrangers ou fils d’immigrés : ils sont tous une partie constituante de la
Nation. Une Nation dans laquelle il devrait pouvoir
être affirmé comme la dernière des banalités que
"nous sommes tous la France". Cet appel est un
appel républicain, car loin des querelles partisanes,
chaque personne, soucieuse de la beauté et de
l’avenir de notre pays, doit dire que le racisme, la
xénophobie, le harcèlement et plus généralement la
haine de l’Autre sont des fléaux qui mettent à mal
notre socle commun. C'est donc le devoir de chaque citoyen de participer à un sursaut afin d’arrêter
de trouver chez l'Autre la justification de nos fantasmes mauvais et de nos maux du moment.
Signataires de cet appel, c’est par amour de notre pays que nous affirmons les positions suivantes : Nous refusons cette société qui se replie
sur elle même ! Nous refusons la normalisation
de la parole raciste ! Nous refusons l'instrumentalisation de nos valeurs à des fins politiques !
Nous demandons que toutes formes de racisme
soient fortement condamnées ! Nous demandons
que la haine ne mutile plus le corps de la liberté,
l'âme de l'égalité et le cœur de la fraternité. Au
nom de nos valeurs, c’est au contraire dans l’union des citoyens que nous devons construire
notre pays, préparer son avenir et retrouver la
fierté d’une Nation qui ne saurait se nicher dans
les ratiocinations, pas davantage que dans la
glorification des mauvaises passions.
Lettre d’un élu à la France qu’on aime par Steevy Gustave
(adjoint au maire de Brétigny-sur-Orge) soutenu par: Jeanne Moreau, Nolwenn Leroy, Hugues Aufray, Durpaire
François , Kamel Ouali, Jacob Desvarieux, Jane birkin,
Tavernier Nils, Serge Moati, Akhenaton, Anne sophie
Cayet, Boujenah Michel, Dominique Sopo, Pierre Henry,
Josiane Balasko, Frangione Aisha, Paul Amar, Jonathan
Hayoun, Sonia Roland, Mokobé, Abd Al Malik, Youssoupha, Mélanie Page, Pierre Henry, Hadadi kaddour (hk),
Aline Le Bail-Kremer, Bernie Bonvoisin, Le Bolloch Yvan,
Chouraqui Élie, Firmine Richard, Stéphanie Loire, Stephanie Murat, Roland Courbis, Annabelle Milot, Cécile de Ménibus, Djamel Bensalah, Isabelle Sulpicy, Caroline Diamant, Elsa Fayer, Gilles Camouilly, Doudou Masta, Bernard Montiel, Malik Zidi, Ophelie Winter, Julie Bargeton,
Eldiablo, Eglantine Emeyè, Jean Benguigui, Maouene
Khaled, Gérald Dahan, Darwin Phil, José da Silva, Lionel
Abelanski, Thierry Gustave, Anne Gaëlle Ricio, Magloire
Delcros Varaud, Céline Balitran, Arno Santa Maria, Ramin
Ayden, Laam, Serge Kalfon, Claude Leroy, Marianne James, Cartouch, Éric Antoine, Jordan Lazaro G, Katia Doris,
Maia k, Pierre Marto, Yves El Baze, Dominique Coubs,
Mahor Chiche, Olivier Lamontagne, Slimane Tirera, Abdoulaye Bathily,Salomone Bruno, Jerome Degey, Grace
Young, Lucien Jean Baptiste, Bruce Ykanji, Mathilda May,
Audrey Chauveau, Arnaud Gidoin, Lou Doillon, Charlotte
Gainsbourg, Grand Corps Malade, Claudy Siar, Fodé Sylla, Philippe Lafontaine, Alexia Laroche-Joubert, JeanClaude Petit, Idit Tebula, Jean-Michel Noirey
INTER-PEUPLES n°222 Décembre 2013
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Nous avons aimé
La fissure
Comme elle est longue la fissure
qui transperce nos océans
et que des milliards de blessures
ne font que creuser plus avant
et si profonde est la fissure
où les pleurs de millions d’enfants
se noient au fond du grand murmure
d’un coup de gomme évidemment
car les aveugles de l’histoire
le crayon gras entre les dents
croient se jouer de nos mémoires
le temps effacera le temps
mais au fil de la balançoire
le contrepoids se fait pesant
on va s’le prendre en pleine poire
en pleine gueule plein dans les dents
et le balai de la sorcière
se mue en fourche de Satan
planté en plein cœur du cratère
dard étendard de l’Occident
Claude Rouge
in Fissures (2003), recueil de textes et chansons
Inter-Peuples - Publication du Centre d’Information Inter-Peuples - Maison des Associations - 6, rue Berthe de Boissieux 38000 GRENOBLE - Tel/Fax : 04.76.87.59.79 - Courriel : [email protected] - Site Internet : http://www.ciip.fr
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