International - Centre d`Information Inter

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International - Centre d`Information Inter
B. Brecht
Inter-Peuples
infrarouge.ch
Réseau d’information et de documentation pour le développement durable et la solidarité internationale
ritimo = www.ritimo.org
"De qui dépend que l'oppression
soit brisée ? De nous !"
Honte à cette Europe
qui ferme la porte aux migrants !
Sommaire
ÉDITO
Honte à cette Europe…
AGENDA
p. 2
p. 3
NOS MOBILISATIONS
p. 4
Maroc, annexe de "Guantanamo" ?
Durée de vie des centrales nucléaires…
La politique raciste du gouvernement
Le droit d’asile en France ?
INTERNATIONAL
Algérie, Polynésie…
Honduras : Meurtre de Berta Caceres
Le printemps grec… ?
Caravane africaine…
Répression au Maroc
Elections en Iran
Azerbaïdjan…
p. 7
p. 8
p. 9
p.10
p.11
p.12
p.13
UN PAYS, UN PEUPLE
p.15
NOUS AVONS AIMÉ
p.16
Azerbaïdjan :
Les conséquences de la
chute du pétrole
Algérie, Polynésie :
L’Etat français doit enfin
indemniser les victimes
des essais nucléaires
INTER-PEUPLES n°245 avril 2016
Prix : 1, 50 €
Éditorial
Honte à cette Europe
qui ferme la porte aux migrants !
Des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont pris au
piège de la "route des Balkans" et sont bloqués, dans des conditions
d’extrême précarité, aux portes de l’Europe. Le passage de la Grèce à la
Macédoine est bloqué et Alexis Tsipras exhorte en vain depuis un mois
ses homologues à assumer leurs responsabilités. Cette Grèce dont le
budget plus que restreint lui interdit toute assistance humanitaire adaptée. Au moins deux à trois enfants meurent chaque jour dans cette attente sans accueil et sans espoir, que ce soit en Grèce, en Macédoine, en
Slovénie, en Autriche…
Alors que l’extrême gravité de cette crise et l’ampleur de cet exode exigeraient de l’Europe cohésion et solidarité, ce sont au contraire les logiques
du chacun pour soi, des murs et du repli national qui prévalent, précipitant les initiatives unilatérales et accélérant le mouvement de fermeture
des frontières et le drame humanitaire qui s’ensuit. Certes, Jean-Claude
Juncker, président de la Commission européenne, plaide pour une
"solidarité partagée", mais ce mécanisme de répartition est refusé par la
majorité des Etats européens. Effectivement, l’une après l’autre les frontières se ferment. Une situation dénoncée par Amnesty International et le
Haut Commissariat aux Réfugiés. Depuis mi-février l’Autriche n’accepte
plus que 80 demandeurs d’asile par jour et "2300 personnes en transit".
La frontière entre la Slovénie et l’Autriche qui constitue le débouché de la
route des Balkans se transforme en goulot d’étranglement, l’effet
"domino" étant immédiat. Quant aux autres Etats des Balkans - la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie - ils militent ouvertement pour une fermeture totale de l’Europe aux réfugiés. Les réseaux de
passeurs reprennent du service et un véritable chaos humanitaire s’installe dans toute l’Europe. Pour la Grèce le risque est clair : devenir un gigantesque camp de réfugiés, un ghetto aux frontières de l’Europe.
La seule réponse effective de l’Europe c’est le dégel de crédits pour intensifier les "maraudes" dissuasives de Frontex, cette agence européenne dont les bateaux armés essaient d’arrêter et de refouler les bateaux
de migrants et de convaincre, crédits et menaces à l’appui, les pays aux
frontières de l’Europe (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye…) de retenir, d’enfermer et de refouler les candidats à la migration en Europe. En les empêchant à tout prix de partir… En attendant, loin des murs de barbelés
dont se hérisse l’Europe, il faut saluer l’élan extraordinaire de solidarité
du peuple grec. Les Grecs – si démunis par ailleurs - s’organisent seuls
pour apporter aux migrants qui s’entassent sur leur sol vivres, vêtements, soins et médicaments. Enfin, de l’impuissance à l’abjection :
l’U.E. vient de conclure un accord avec Ankara en acceptant de verser 6
milliards d’euros à la Turquie en lui demandant d’accueillir sur son sol
les centaines de milliers de migrants qui sont parvenus en Europe sans
examen préalable en Grèce de leur qualité de réfugié politique – qu’ils
soient syriens ou de quelque autre origine - quitte à les "réexpédier"
dans le pays d’où ils viennent !
On ne soulignera jamais assez les responsabilités historiques, politiques,
économiques de l’Europe dont beaucoup d’Etats ont participé aux deux
guerres du Golfe (1991 et 2003), qui inondent par leurs ventes d’armes et
le Moyen Orient et l’Afrique, surexploitent via leurs multinationales le sol
et le sous-sol des pays du Sud… Nous devons tous, toutes nous mobiliser pour un accueil digne et solidaire de tous les migrants sans distinction, exiger de l’Union Européenne, et d’abord du gouvernement français
une toute autre politique d’asile et d’immigration fondée sur la libre circulation : des ponts, pas des murs, et sur une redéfinition radicale des politiques européennes en direction du Moyen-Orient, d’Israël, de l’Afrique.
Le drame absolu des migrants nous renvoie bien à un état du monde brutal, barbare qui appelle une refonte des relations internationales qui doivent être basées sur la solidarité et les droits des peuples.
2
INTER-PEUPLES n° 245 avril 2016
Inter-Peuples
Publication mensuelle
du CIIP
Maison des Associations
6, rue Berthe de Boissieux
38 000 GRENOBLE
Bureau 114
Tel : 04.76.87.59.79
Courriel : [email protected]
Site web : www.ciip.fr
PERMANENCES DU CIIP
Lundi au vendredi, 13h30-18h
CREDITCOOP GRENOBLE
n°41020019703
ISSN: 0999-7830
Commission paritaire
n° 0517 G 86569
Directeur de publication
Jo BRIANT
Rédaction
Jo BRIANT
Catherine GRUNWALD
Étamé M’BAPPE
Marc OLLIVIER
Elodie QUEFFELEC
Françoise RAYNAUD
Philippe SAVOYE
Roseline VACHETTA
Maquettiste
Catherine GRUNWALD
Créé en mai 1980, le CIIP est
un centre d’information, de
documentation, de solidarité
interculturelle et internationale
qui a pour objectifs essentiels :
• Faire mieux connaître les
réalités, les cultures, les
droits des peuples et des
minorités
des
cinq
continents (y compris en
France)
• Lutter contre les atteintes
aux Droits de l’Homme et
des Peuples, contre toutes
les formes de racisme et de
domination.
• Promouvoir un monde
solidaire et durable, sans
famines, sans guerres, sans
oppression.
Réseau associatif de près de
80 lieux dans toute la France
Ritimo a pour objectif d'informer le public pour renforcer la solidarité internationale. Ses membres rendent
accessible et diffusent une
information spécialisée sur
les causes du mal développement, les inégalités Nord
Sud, les droits de l'Homme.
Ils veulent participer à la modification de nos choix de développement et agir pour
une autre mondialisation.
Imprimerie Euro’Prim
47, Avenue Alsace Lorraine
38000 GRENOBLE
Papier recyclé
Agenda
QUAND ?
AVRIL
OÙ ?
QUOI ?
jusqu’au 9 avril
Lieux divers
Festival "Détours de Babel" : musiques du monde, jazz,
musiques nouvelles, les musiques de l’autre. Prog.
www.detoursdebabel.fr
Vendredi 1
20H-22H
Salle polyvalente
rue des écoles
La Buisse
Conférence-débat : "L’Europe forteresse : Des murs contre
les hommes - L’Europe et le droit" avec Claire Rodier, juriste
au GISTI (groupe d’Information et de soutien des immigré-es), Org. Ras l’Front du Voironnais et CCFD-Terre solidaire
Vendredi 1
20H
Maison des Associations
Grenoble
Rencontre-débat : "Nucléaire et santé" avec Abraham Behar, Président de l’Asso. Médecins prévention guerre nucléaire. SDN 38
Vendredi 1 et
Samedi 2 20H30
Dimanche 3 17H
Notre 1er COUP DE CŒUR : Théâtre : "La supplication,
Tchernobyl, chronique du monde après l’Apocalypse",
de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de Littérature 2015.
Org. Sortir du Nucléaire 38
Bibliothèque internationale Lecture contes amérindiens : "Quand le temps n’existait
6 place de Sfax
pas... ". très beaux textes, belles histoires écrit-e-s par
auteurs indigènes d’Amérique Latine (pour enfants/
Grenoble
adultes). Org. Maison Latina et Lado Brasil
Samedi 2
14H-17H
Petit théâtre du Crearc
4 rue Pierre Duclot
Grenoble
Samedi 2
16H-18H
Association Pays’âges
57, av. Maréchal Randon
Grenoble
Rencontre avec Maïssa Bey, romancière et nouvelliste
algérienne.
Org. AMAL et ASALI
Samedi 2
18H
Salle des Alpes
8, rue du grand Veymont
Fontaine
Maison des Associations
Grenoble
Rencontre avec Horria Saihili, auteure de "Voix sans voile".
Org. Algérie au cœur
Lundi 4
20H
Réunion mensuelle de RESF 38 : tant de situations
(logement, papiers…) très difficiles voire dramatiques et
leurs conséquences sur la scolarisation des enfants de
parents étrangers…
Rencontre-débat : "Seuls contre Hitler", avec Michel Gauniz,, présentation par Claude Collin, historien
Bibliothèque Centre Ville
Rue de la République
Grenoble
Maison des Associations
Grenoble
Maison de l’International
1, rue Hector Berlioz
Grenoble
CA mensuel du CIIP ouvert à tous/toutes adhérent-es :
point sur les mobilisations en cours et à venir.
Exposition : "El Asado et les exilés latino-américains" :
histoire d’une initiative annuelle solidaire qui rassemble
500 personnes à Vizille…Vernissage, mardi 12 avril 18H30
Mercredi 20
18H-19H
Place Félix Poulat
Grenoble
Présence mensuelle du Cercle de silence : citoyen-ne-s
solidaires des migrant-e-s pour témoigner, informer…
Du 20 avril
au 7 mai
La Bifurk
2, rue Gustave Flaubert
Grenoble
Notre 2e COUP DE COEUR : Expo "Les Affiches de la solidarité avec l’Argentine" : Affiches de 40 ans de mobilisations pour la défense des droits humains en Argentine.
Jeudi 21
16H
Place Victor Hugo
Grenoble
Lundi 25
20 H
Maison des Associations
Grenoble
Notre 3e COUP DE CŒUR : Rassemblement / Manifestation : de Tchernobyl à Fukushima, 2 drames absolus… Org. Réseau Sortir du Nucléaire 38
Projection documentaire "Je lutte donc je suis" de Yannis
Youlountas par le collectif Grèce Austérité, au profit des
dispensaires autogérés grecs
Jeudi 28
20H
Maison du Tourisme
Rue de la République
Grenoble
Jeudi 7
18H30
Jeudi 7
18H30
Du 12 au 29
Conférence-débat : "Face aux arnaques des banques :
Résistance", avec Patrick Saurin, du CAC (collectif pour
un audit citoyen de la dette publique) national et du
CADTM France. Org. CAC38 , soutien du CIIP…
INTER-PEUPLES n° 245 avril 2016
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Nos mobilisations
Le Maroc est-il devenu une annexe de "Guantanamo" ?
L'association "Maroc Solidarités Citoyennes" a organisé le 1er mars dernier, avec le soutien de plusieurs associations (CADTM, ATTAC 38, CIIP, AFPS, Rencontre des cultures, Cercle laïque, Ligue
des femmes, Iran solidarités) une rencontre à propos des prisonniers politiques au Maroc. C'est la
poursuite d'une politique répressive à l'encontre des militants de la démocratie et des défenseurs
de la liberté d'expression et des droits de l'Homme qui était le sujet de cette rencontre, qui a rassemblé une trentaine de représentants de ces diverses organisations. L'occasion en était fournie
par la présentation du livre "Marraine des deux plus anciens détenus politiques marocains" de Marie-José Fressard, préfacé par Gilles Perrault1.
D
ans un premier temps, Marie-Jo Fressard a raconté son expérience de marraine de deux prisonniers politiques condamnés à 25 ans de prison
par des jugements iniques, malheureusement fréquents au Maroc où le système judiciaire ne dispose
pas de garanties d'indépendance par rapport au pouvoir exécutif. Les deux avaient été arrêtés en 1983
après avoir distribué des tracts pour protester contre
le massacre perpétré par les forces de l'ordre en juin
1981 lors des "émeutes de la faim" de Casablanca
(mitraillages dans les rues : entre 200 et 1000 morts).
Condamnés à mort, puis à perpétuité, leur peine a
été ensuite transformée en 25 années de prison,
ponctuées de tortures, de mauvais traitements, de
grèves de la faim. Toujours soutenus par Marie-Jo et
les défenseurs des droits de l'Homme, les deux prisonniers ont finalement été libérés après ce calvaire
de 25 ans. Un succès pour leurs incessantes démarches d'information et de solidarité.
Mais leur cas n'est pas isolé dans la situation actuelle des droits de l'Homme au Maroc. Khadija
Ryadi, qui a postfacé le livre de Marie-Jo, montre
l'usage répété de ces longues peines souvent accompagnées de tortures et de mauvais traitements,
manifestement dans le but de faire peur à la population, et particulièrement aux syndicalistes et aux
jeunes militants exigeant le respect des droits humains et de la démocratie.
L'éditeur belge Luc Vervaet a pris ensuite la parole.
Il explique avoir créé sa maison d'édition "Antidote"2
pour offrir une liberté éditoriale multilingue et transfrontalière aux "sans voix". Il évoque le cas d'un autre prisonnier politique belgo-marocain, Ali Aarrass.
Cet homme né à Mellila (enclave espagnole au
nord du Maroc) installé en Belgique depuis l'âge de
15 ans pour y rejoindre sa mère, ouvre une petite librairie à Bruxelles après son service militaire, toujours en Belgique. Puis il décide de retourner à Mellila. Mais là, le Maroc demande son arrestation à
l'Espagne et son extradition au Maroc sous prétexte
de soutien au terrorisme. Les autorités espagnoles
l'arrêtent et l'emprisonnent en 2008 sous torture
blanche (isolement et silence total, etc.). En 2009,
constatant le vide de son dossier, et malgré une mise en garde de l'ONU, elles l'extradent au Maroc où
il est pris en main par la police judiciaire pendant
dix jours. Ensuite il est condamné à 15 ans de prison sur la base d'un texte d'aveu signé sous la torture. Il est devenu depuis l'un des prisonniers marocains choisis comme symboles de la lutte contre la
torture par l'IRCT3.
Luc Vervaet, pour conclure son intervention, rappelle que le Maroc a joué le rôle d'un sous-traitant
(ainsi que quelques autres pays) pour torturer les
détenus de Guantanamo. On peut craindre qu'il ne
devienne un carrefour important du réseau des pratiques "sécuritaires" peu sensibles au respect des
droits individuels que l'on voit se développer à l'international sous les pressions des États-Unis. Selon
lui, les autorités belges par exemple se préparent à
demander au Maroc d'effectuer des patrouilles de
surveillance dans les quartiers qu'elles considèrent
comme "sensibles" en Belgique. Cette opinion est
d'ailleurs confortée par les nombreux exemples exposés dans un autre ouvrage qu'il a édité sous le titre "Guantanamo chez nous"4.
Le débat qui a suivi ces interventions a manifesté
une forte sensibilisation aux cas individuels relatés
par Marie-Jo Fressard (qui continue à être la marraine de deux jeunes détenus sahraouis arrêtés et
condamnés dans les mêmes conditions) et par Luk
Vervaet. La nécessité d'une vigilance accrue a été
réaffirmée vis à vis des diverses manifestations des
"pratiques sécuritaires" dans plusieurs pays. Et la
question suivante a notamment été posée "Ne fautil pas analyser sous cet angle les velléités d'installer
un "état d'urgence" permanent dans notre pays
mettant en péril l'état de droit ?". .
D'après les notes de Marc Ollivier.
Pour plus de détails, voir le site du CIIP et le site
http://www.freeali.eu/
1/ "Marraine des deux plus anciens prisonniers politiques marocains", éditions Antidote 2015 Belgique, 143 p.. Préface
de Gilles Perrault, postface de Khadija Ryadi, ancienne présidente de l'AMDH. En prêt au CIIP
2/ www.antidote.be
3/ IRCT : International Rehabilitation Council for Torture Victims
4/ éditions Antidote 2014 Belgique. Préface de Maître Marc Nève, avocat.
4
INTER-PEUPLES n° 245 avril 2016
Nos mobilisations
Prolongation de la durée de fonctionnement des centrales nucléaires :
Ségolène Royal sacrifie la protection des citoyens aux intérêts d'EDF
Communiqué Réseau "Sortir du nucléaire"
L
e Réseau "Sortir du nucléaire" exprime sa
plus vive indignation face à la capitulation
de Ségolène Royal, qui vient de céder à EDF et
d’accepter de porter la durée de fonctionnement
des centrales françaises à 50 ans.
te de confinement) ne peuvent être remplacés. Le
"grand carénage" prévu pour allonger la durée de vie
des centrales ne pourra jamais remédier à ces problèmes et se résoudra à un rafistolage coûteux et inutile,
d’autant plus qu’EDF est déjà débordée par les travaux de maintenance qu’elle s’est elle-même fixée...
En prévoyant par décret la prolongation des centrales, Ségolène Royal indique son mépris total pour
l’Autorité de sûreté nucléaire, dont le président déplorait récemment un contexte de sûreté nucléaire
"particulièrement préoccupant" et qui ne cesse de
répéter que la prolongation au-delà de 40 ans ne
peut pas être tenue pour acquise. L’ASN a annoncé
de longue date qu’elle ne donnerait pas d’avis générique sur la prolongation des centrales nucléaires
françaises avant 2018.
Cette décision constitue un reniement total de la loi
de transition énergétique, qui prévoyait une baisse
à 50% de la part du nucléaire.
Il s’agit surtout d’un déni effrayant des problèmes de
sûreté qui touchent le parc nucléaire français. Les
deux tiers des réacteurs ont déjà dépassé la durée de
fonctionnement de 30 ans initialement prévue. Or certains équipements cruciaux pour la sûreté et particulièrement vulnérables au vieillissement (cuve, encein-
Ignorant toutes les mises en garde, la ministre a
choisi de sacrifier la protection des populations
pour préserver les intérêts d’une filière nucléaire en déroute. Ce choix perdant-perdant est profondément immoral et confirme l'inconséquence
écologique de ce gouvernement.
Réseau sortir du nucléaire
23 février 2016
www.sortirdunucleaire.org/Prolongation-de-la-duree
-de-fonctionnement-des
La politique du gouvernement : franchement raciste !
L
e 24 juin 2005, la cour d'appel de Paris a donné raison à 5 personnes, Noires ou Arabes,
dans leur plainte contre l’État pour discrimination
lors de contrôles policiers. L’État a été condamné
pour "faute lourde" à verser 1500 euros de dommages et intérêts à chaque plaignant.
lement la promesse de créer un récépissé pour chaque contrôle a été vite abandonnée, mais c'est un
pas de plus dans la politique de ségrégation humaine
et spatiale du gouvernement. Doublement suspects
ces jeunes : par la couleur de leur peau et par le fait
de vivre ou de passer dans un quartier populaire !
Ce jugement reconnaît une violation flagrante des
droits de l'Homme, une discrimination liée à la couleur de la peau et condamne le contrôle au faciès.
C'est en conformité avec l'ONU qui rappelait à l'ordre l'Espagne en 2009, par une décision qui affirmait que tout contrôle de police s'appuyant sur des
caractéristiques physiques (comme la couleur de la
peau) est illégal et peut avoir des conséquences
dangereuses pour la société (racisme et xénophobie)". Une première victoire donc, saluée par les
victimes, par le syndicat des avocats de France, le
Gisti, l'association "stop au contrôle au faciès"...
Ces huit personnes se pourvoient en cassation tellement l'arrêt de la Cour d'appel est un véritable déni
du droit à l'égalité, à la liberté d'aller et venir, à la
protection de la vie privée. Si ce jugement n'était pas
cassé, il légaliserait l'inégalité de traitement dans les
quartiers populaires, un pas vers l'apartheid ?
Hélas dans le même temps, la Cour d'appel a refusé
de reconnaître la discrimination pour huit autres personnes. En effet, elle a estimé que ces contrôles
étaient justifiés parce qu'ils s'étaient déroulés dans
des "zones dangereuses", à savoir des quartiers populaires à Vaulx-en-Velin ou à Saint-Ouen. Non seu-
Évidemment, le gouvernement tient à avoir le dernier mot : il se pourvoit donc également en cassation pour contester le jugement qui a reconnu sa
"faute lourde" dans 5 contrôles policiers. Il a donc
dû fournir un mémoire en justice dans lequel on
peut lire qu'il est légitime de contrôler les Noirs et
les Arabes qui ont plus de chances d'être étrangers
et sans papiers. Si la cour de cassation acceptait
cette logique, ce serait la consécration du contrôle
au faciès et un pas de plus dans la politique raciste
de ce gouvernement.
INTER-PEUPLES n° 245 avril 2016
Roseline Vachetta
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Nos mobilisations
Que peut-on conclure au bout d’une procédure
de demande d’asile en France ?
Rappel: un étranger migrant peut demander l’asile politique - s’il est persécuté dans son pays - auprès de l’OFPRA et, s’il est débouté, auprès de la CNDA. Mais 80% des demandeurs sont déboutés,
le plus souvent soupçonnés d’être des "fraudeurs" et de présenter de "faux originaux"…
soit les procédures qui se terminent par
Q ueuneceacceptation
ou celles qui finissent par un
refus, soyons honnêtes et dire qu’il y a une énorme
opacité dans les critères de traitement des dossiers
de demande d’asile en France par l’OFPRA, la
CNDA, le Conseil d’Etat et tout un système colmaté
constitué par des personnes et institutions collaboratrices (avocats-tes, délégués-es du Conseil d’Etat
comme ceux/celles du HCR, etc.).
C’est très vrai et normal que, face à un système politique complexifié de gestion des flux migratoires
en Europe et en France, les citoyens-nes françaisses ordinaires soient pris au dépourvu quant à leurs
capacités à comprendre ce qui se passe en matière
de politique de gestion des flux migratoires en France et en Europe. Cette situation devient beaucoup
plus imperméable et opaque lorsque des migrants
contraints à vivre dans des conditions précaires essaient de comprendre les résultats de traitement de
leurs dossiers de demande d’asile à l’issue des entretiens à l’OFPRA, à la CNDA, au Conseil d’Etat et
les explications juridictionnelles qui s’en suivent.
Ce qui ressort des mécanismes de traitement de ces
procès et procédures de gestion des flux migratoires
par les institutions de l’Etat français, c’est qu’en plus
d’appartenir à une ‘’politique de gestion des Migrants
étrangers par l’Etat’’ ils s’inscrivent dans une rupture
purement politicienne en interne des accords internationaux liés à la Convention de Genève de 1951 et
du Protocole de New York de 1967.
Ce qui est déplorable pour la France, c’est que ces
mécanismes se traduisent par des pratiques purement
artisanales, irrationnelles et illogiques en traitant les
dossiers des demandeurs d’asile sans respect des critères des droits humanitaires exigibles pour terminer
par des prises de décisions graves à leur encontre et
indépendamment de toute confrontation et vérification
de leurs témoignages (oraux et écrits) avec les contextes de leurs pays de ressort.
Dans ce cas, d’autant plus que les persécutions
comme les craintes confiées à l’Etat français par la
plupart de ces demandeurs d’asile ont été vécues
dans leurs propres pays -hors de la France-, y a-t-il
moyen de prendre une décision valide de refus ou
d’acceptation de ces demandes d’asile sans investiguer sur les lieux d’où proviennent ces sujets (non
français en général) ? En tout état de fait, ce qui
passe pour respectueux des droits humains et des
principes humanitaires promus par la Convention de
1951 et le Protocole de New York de 1967, c’est de
vérifier les témoignages sur leurs lieux d’apparition.
C’est ce que la France et l’Europe ne fait JAMAIS
6
avant d’accepter ou de refuser une demande d’asile.
Qui dirait mieux que celui ou celle qui en est victime
d’un refus (souvent injuste) ou heureux élus-es d’une réponse positive ?
Contrairement à tout cela, ce que tout le monde observe sans aucune clairvoyance, c’est des refus et
des acceptations mécaniques (ou presque) très
souvent (ou tout le temps) basés sur des soupçons,
considérations politiques, relations diplomatiques,
sentiments personnalisés sur les dossiers des demandeurs d’asile surtout politiques et sans aucun
recours aux principes humanitaires.
Pour toutes ces raisons, l’Association CASUPFrance prenant en témoin un cas très didactique
d’un demandeur d’asile politique ressortissant de
l’Est de la République Démocratique du Congo, lance un cri d’alarme au monde entier en affirmant que
la précarité des Migrants est effectivement due au
fait que "la France ne respecte et n'applique pas les
contenus de la convention de Genève de 1951 et le
protocole de New-York de 1967 qu’elle a pourtant
signés et qui donnent droit à : 1° être logé ; 2° suivre une formation; et 3° travailler à tout demandeur
d’asile en procédure".
Etant donné les abus humanitaires liés aux pratiques
politiciennes de gestion des flux migratoires en France, l’Association CASUP-France rappelle aux autorités françaises et aux Français-es que : "En privant
aux demandeurs d’asile en procédure de leurs droits
internationaux a obtenir le statut de refugié et de protection subsidiaire comme leurs les droits humains à
se loger, suivre une formation et travailler, la France
participe dans le projet macabre de persécution, de
maltraitance et de précarisation à travers des pratiques de privation de toute ressource, ce qui pousse
les réfugiés à commettre des actes illégaux et les expose à des contraintes impossibles pour survivre".
C’est sur cette même base que nous réitérons notre
cri d’alarme à tous les collectifs associatifs, surtout
les Associations subsidiées par les Préfectures et
les Mairies en général et ceux (celles) de l’Isère de
se joindre à ce constat de l’Association CASUPFrance pour demander aux autorités françaises
ayant la gestion des flux migratoires dans leurs attributions de tenir, de vérifier et d’interroger dans
l’absolu les contextes locaux des sujets migrants en
procédures de demande d’asile avant tout refus
comme toute acceptation.
Fait à Grenoble, le 25 février 2016,
Masumbuko Fikirini Selemani,
Association CASUP-France
N.B. : Compléments sur le site du CIIP
INTER-PEUPLES n° 245 avril 2016
International
Algérie, Polynésie : L’Etat français doit enfin
indemniser les victimes des essais nucléaires
L
undi 22 février 2016, le président François
Hollande a reconnu – enfin ! - que les essais
nucléaires menés sur les atolls polynésiens Moruroa et Fangataufa avaient bien eu un impact sur
l’environnement ainsi que sur la santé des habitants
de plusieurs archipels. Mais sans remettre en question le bien fondé de ces essais, "nécessaires" selon lui, car "garantissant l’indépendance nucléaire
de la France". Des essais d’abord pratiqués de
1960 à 1966 en Algérie : 4 essais aériens de 1960
à 1961 à Reggane au Sahara, sans aucune protection réelle des populations, suivis de 13 autres essais souterrains de 1961 à 1966 à In Eker (dans le
Hoggar). Concernant les essais en Algérie, le Rapport du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) –
peu suspect d’intention critique ! - montre l’existence d’une zone contaminée de 150 km de long environ. Mais en 2013 la carte classée secret défense
des retombées réelles est enfin divulguée et montre
l’immensité des zones touchées. Des taux de radioactivité significatifs - iode 131, césium 137- sont
relevés. L’Observatoire des Armements1 a mené
des enquêtes sur le terrain et a enregistré des témoignages accablants. Face aux protestations des
habitants et compte tenu des fortes réserves émises par l’Etat algérien, les autorités politiques françaises ont décidé à partir de 1966 de donner la
priorité à la Polynésie, car cette région est excentrée, éloignée… et il sera plus difficile pour des observateurs critiques de s’approcher des centres
d’expérimentation et de recueillir informations et
témoignages. Un polygone de tir atomique est
construit à Moruroa et à Fangataufa. Le 2 juillet
1996 a lieu le premier essai nucléaire aérien sur
l’atoll de Moruroa Un premier essai qui fut une véritable catastrophe : avec la montée des nuages ra-
dioactifs et le vent, il y a eu des retombées dramatiques sur l’île de Mangareva, située pourtant à 400
km de Moruroa. Au total 46 essais nucléaires aériens ont été réalisés en Polynésie française générant des conséquences sanitaires et environnementales mises à jour très difficilement, compte tenu de
la politique de "secret défense" érigée en permanence par les autorités françaises. Obsessions permanentes de l’Etat français : cacher aux populations les risques de contamination et éloigner au
maximum les témoins potentiels…
Beaucoup de séquelles et maladies…
et très peu d’indemnisations
Les contaminations sont pourtant bien réelles, mises
à jour par des commissions citoyennes associant les
populations locales qui ont pu révéler que le taux de
radioactivité a été en fait – en Algérie comme en Polynésie - de six à sept fois supérieur à la normale.
C’est notamment à partir des années 1990 qu’ont été
observées des leucémies aigües et de nombreux
cancers : 255 cas pour 100 000 habitants. Encore
aujourd’hui 500 cancers se déclarent chaque année
parmi une population de 260 000 personnes… et
combien de mort-nés, de bébé déformés ? On peut
parler d’un véritable crime d’Etat. Un Comité officiel
d’indemnisation des victimes d’essais nucléaires (en
Algérie et en Polynésie) a bien été créé par la loi Morin (2010)… mais qui n’a accepté de reconnaître et
d’indemniser que 19 cas ! Et entre temps de nombreuses victimes sont décédées. Très important : tout
a été fait par les autorités françaises pour dissuader
les Polynésiens d’enquêter et de porter plainte, en
imposant dès le début des essais un gouvernement
militaire, en doublant voire triplant le salaire des civils
polynésiens travaillant sur le site et en exigeant d’eux
parallèlement le "secret défense" absolu. Ne
pas oublier enfin les graves conséquences
environnementales : de nombreux atolls (récifs
coralliens) ont été contaminés. Une page noire
de l’histoire coloniale de la France et ce ne
sont pas les vagues regrets de François Hollande qui n’ont pas été accompagnés de propositions précises qui changeront quoi que ce
soit à ces atteintes gravissimes à l’intégrité des
populations et à leur environnement.
Jo Briant
1/ Observatoire ayant pour objectifs : d’abord in-
Essai nucléaire souterrain dans le Sahara algérien, 1er mai 1962
photo CC vilanovsky
.
former les citoyens des réalités des armements en
France et dans le monde et ensuite de mobiliser
ces citoyens pour le désarmement et pour la paix :
www.obsarm.org/
INTER-PEUPLES n°245 avril 2016
7
International
Essais nucléaires
…/…
Bien entendu, ce rappel des graves défaillances de
l'État français à l'égard des nombreuses victimes
des essais nucléaires français, qu'ils soient aériens
ou souterrains, prend place dans les positions d'ensemble du CIIP sur le terrain de l'énergie nucléaire.
Nous militons pour une convention internationale
d'interdiction des armes nucléaires. Mais également
pour la fermeture de toutes les centrales nucléaires
civiles, comme l'ont décidé les Allemands et d'autres peuples. C'est qu'en effet ces industries nucléaires civiles et militaires ont causé des millions
de cancers et de morts depuis 70 ans. Août 2016
sera le 70e anniversaire des bombes lancées sur
Hiroshima et Nagasaki, suivies des 2077 autres
bombes, élégamment nommées "essais nucléaires", dont 520 (y compris françaises) ont explosé
dans l’atmosphère en dispersant des particules radioactives "à vie longue" au gré des vents dans
toute l’atmosphère terrestre. 80% sont toujours en
suspension…
C'est pourquoi il faut signer l'appel "Contre la
poursuite de la contamination radioactive de la
planète" lancé en avril 2015 par une "insurrection
artistique, intellectuelle, scientifique et populaire"
sur le site www.brut-de-beton.net
Plus de détails sur le site du CIIP : < www.ciip.fr >
Honduras : meurtre de Berta Caceres,
militante féministe et écologiste
"R
éveillons-nous, humanités ! Il n’y a plus de
temps à perdre. Nos consciences se réveillent en contemplant la destruction, la prédation
capitaliste, raciste, patriarcale (…). Notre Terre mère, militarisée, clôturée, empoisonnée, témoin de la
violation systématique des droits fondamentaux,
nous exige d’agir. Construisons des sociétés capables de coexister dans la justice et la dignité". Plaidoyer magnifique de Berta Caceres, féministe et
écologiste militante hondurienne assassinée, le 3
mars dernier, comme tant d’autres opposant-e-s au
régime dictatorial qui s’est installé le 28 juin 2009
en destituant de force Manuel Zelaya, Président
constitutionnel du Honduras. Indienne lenca et féministe, écologiste, démocrate, Berta Caceres était
connue pour sa ferme opposition à la construction
d’un mégaprojet de barrage hydroélectrique Agua
Zarca et à la privatisation de la rivière gualcarque,
considérée comme sacrée aux yeux des communautés indigènes. Elle était également reconnue
pour son engagement déterminé contre la militarisation du pays et les exactions et liquidations à l’encontre de tous les opposant-e-s… dont elle-même.
8
Quels sont les médias français qui ont informé leurs
lecteurs/auditeurs de cette exécution et des centaines d’opposant-e-s tué-e-s non seulement au Honduras, mais aussi au Guatemala, en Colombie, au
Mexique et dans de nombreux pays (du MoyenOrient, d’Afrique, d’Asie…) ? Et comment ne pas
dénoncer le silence complice des grandes puissances dont la France dont les intérêts commerciaux
sont autrement plus prioritaires que l’impératif des
droits humains…
INTER-PEUPLES n°245 avril 2016
Jo Briant
International
Le printemps grec : rêve ou réalité
Pourquoi et comment l’espoir né début 2015 avec la victoire de Syrisa en Grèce est-il retombé ? Quels
enseignements peut-on dégager de cette "expérience" ? Où en est le peuple grec aujourd’hui ?
D
e l’espoir Syriza à la capitulation de juillet
La victoire de Syriza en janvier 2015 était
porteuse d’espoir pour la Grèce mais aussi pour les
autres pays d’Europe du fait de l’arrivée d’un gouvernement de gauche radicale voulant rompre avec
les politiques d’austérité, et porté par un mouvement populaire .
C’était sans compter sur l’acharnement des instances
européennes et notamment la "troïka", constituée du
FMI, de la commission européenne, de la BCE.
Dés le mois de janvier le désaccord avec les instances européennes est visible, jusqu’à l’accord du 20
février, censé donner du temps mais qui marque
déjà les prémices d’une capitulation. Le 4 février
2015, le coup de force de la BCE revient à couper
les liquidités à la Grèce. Elle veut faire plier le pays,
comme elle l’a fait en Irlande et Chypre.
Des voix discordantes se font sentir au sein même
de Syriza pour oser "la rupture" mais la question
centrale est "Est-il possible de rompre avec les politiques d’austérité sans rompre avec l’euro et les
traités européens ?"
La stratégie de l’étranglement économique mise en
place par l’UE jusqu’à fin juin 2015 montre qu’il n’y
a pas de négociations, mais bien la volonté de soumettre un pays aux diktats de l’Europe libérale. Cette longue agonie se fait sans aucun soutien des
autres pays européens y compris ceux de gauche.
Lors du référendum du 5 juillet, le non aux politiques d’austérité l’emporte à 61,32 % des suffrages
malgré les pressions internes et celles des autres
dirigeants européens.
L’accord mortifère du 13 juillet et le 3e mémorandum
L’accord installe la mise sous tutelle de la Grèce,
revient sur les quelques lois adoptées depuis l’arrivée de Tsipras, met en place le bradage du patrimoine public, la réforme des retraites, l’augmentation de
la TVA. Le rétablissement des conventions collectives et la hausse du Smic sont reportés. Ce paquet
de mesure a des effets récessifs sur l’économie.
Certains patrons n’hésitent pas à quitter le pays en
laissant les ouvriers dans les usines, les bâtiments
etc., c’est ce qui a conduit à des reprises en autogestion par des salariés : ex l’usine VIOME dont un
représentant est invité à Grenoble le 31 mars 2016.
Les conséquences humanitaires et sanitaires sont
sans précédent pour un pays développé, avec 30%
de personnes qui n’ont plus accès aux soins
(enfants sans vaccins, plus de médicaments dans
les hôpitaux pour des chimiothérapies).
Cette situation est aggravée par l’arrivée des réfugiés et le blocage de certaines frontières. C’est toujours la solidarité qui prend en charge les Grecs et
les réfugiés.
L’organisation de la solidarité
Depuis 2010 de nombreuses structures sont mises
en place en Grèce. Il y a environ 50 dispensaires
autogérés soutenus par le gouvernement (!!) les
députés de Syriza donnent 25% de leurs indemnités à "Solidarité pour tous" qui coordonne les dispensaires mais certains veulent être indépendants.
Ils pallient le désengagement de l’État en terme de
santé et ne fonctionnent qu’avec des bénévoles.
En France la solidarité se mesure
par l’existence d’une trentaine de
collectifs dont l’objectif est de dénoncer des politiques
d’austérité et leurs
conséquences sur les populations et d’organiser
des actions pour financer les dispensaires autogérés. A Grenoble le "Collectif contre l’austérité en
Grèce et en Europe" a été créé en mars 2015 à
l’initiative d’ATTAC 38 et le CADTM/Grenoble
Les conséquences politiques
La démission de Tsipras provoquant des élections
anticipées en septembre 2015 n’a pas permis aux
dissidents de Syriza rassemblés dans le nouveau parti
"unité populaire" d’obtenir des sièges au parlement.
Depuis la grève générale du 4 février des manifestations de grandes ampleurs ont lieu à Athènes. Le
prochain dépôt d’un ensemble de lois sur la sécurité sociale, sur le travail, sur les impôts pourrait entrainer soit un soulèvement de la population encore
plus important, soit une grave crise politique interne
avec de nouvelles élections.
Les concessions de l’UE à l’égard de la Grande Bretagne ont mis en évidence une différence de traitement selon que l’on prône le libéralisme ou pas.
L’exemple grec n’aura pas été vain car il a déclenché une prise de conscience en Europe sur le pouvoir des institutions européennes et de la finance et
sur le déni de démocratie, ce qui qui pose clairement la question de la désobéissance aux traités
européens.
M C Raymondos,
pour le Collectif Grèce-Austérité de Grenoble
www.grece-austerite.ovh/
contact [email protected]
INTER-PEUPLES n°245 avril 2016
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International
Une caravane africaine pour l'eau,
la terre et les semences
Cette "Convergence" a su se constituer sur une base
élargie. Au-delà de plus de 300 organisations
paysannes (cultivateurs, éleveurs, forestiers, pêcheurs, etc.), elle regroupe également des organisations de victimes d’accaparements de terres et de
l’eau, des "déguerpi-e-s des quartiers populaires",
des jeunes, des femmes et des ONG des 15 pays de
l’espace de la CEDEAO2. Les organisations et mouvements sociaux s’organisent en plateformes nationales pour mener des activités en synergie dans le
cadre de la Convergence.
Comme le souligne ses responsables : "la Convergence ouest-africaine s’inscrit dans une perspective
de dynamique des terroirs gérés par et avec les
communautés ainsi que des exploitations agricoles
familiales basée sur l’agroécologie paysanne et le
droit à l’alimentation dans le cadre de la souveraineté alimentaire. Cette perspective vise le développement de systèmes d’alimentation locaux, la biodiversité, le contrôle de nos semences et le respect
des cycles naturels de l’eau. Cette vision s’applique
aux populations rurales, urbaines et péri-urbaines
et comprend des relations entre producteurs et
consommateurs basées sur la solidarité mutuelle et
la coopération."
Afin de populariser leurs luttes, faire entendre la
voix des communautés et interpeller les autorités, la
Convergence a organisé en mars "une caravane
pour la terre, l’eau et les semences" qui a mobilisé
des organisations de ces 15 pays autour de ses
400 délégués. Après une phase de lancement dans
chacun des pays fin février, elle a démarré de Ouagadougou le 3 mars pour s’achever à Dakar le 19
10
mars, après avoir traversé le Mali. Aux différentes
étapes de nombreuses actions de sensibilisation
furent organisées.
A Houndé, il a été question des OGM, de l'accès à
l'eau potable et de l'accaparement des terres ; rencontre de populations expropriées de leurs terres
pour cause "d'utilité publique" par le barrage de Samendeni près de Soungalodaga; table-ronde à Sikasso sur les semences paysannes et les méthodes de conservation ; à Tambacounda rencontre
autour du litige foncier lié de la délocalisation des
villages du Wassadou, etc.
Photo : Via Campesina
D
epuis
plusieurs
années, les organisations paysannes d’Afrique de l’Ouest s’organisent, et cherchent à créer une
dynamique collective, au-delà des données de leur
pays. Un élément fédérateur eut lieu en octobre
2015, lors du Forum Social Africain de Dakar où des
organisations de la société civile, des mouvements
sociaux, des paysans, des syndicalistes se sont réunis pour faire converger leurs luttes. A partir de ces
rencontres entre structures ouest africaine s’est
constituée "La Convergence Globale des Luttes
pour la Terre et l’Eau", lors du Forum Social Mondial de Tunis en mars 2015 sur la base "d’un mouvement fort et uni qui lutte pour des politiques qui mettent en avant nos droits humains et notre souveraineté alimentaire"1.
Les revendications et propositions de la Convergence sont reprises dans un Livre remis aux différentes autorités durant le périple de la caravane. A
Dakar, la marche s’est achevée par une cérémonie
officielle de remise de ce même livre au président
de la CEDEAO.
Comme le souligne Ousmane Tiendrébéogo
(secrétaire du Syndicat national des travailleurs de
l'agro-pastoral burkinabè - que nous avons accueilli
à Grenoble il y a quelques années -) "cette démarche démontre l’éveil des consciences qui montre
que nous ne devons pas lutter chacun dans son
pays, mais devons plutôt fédérer les rues, fédérer
les forces pour avoir beaucoup plus d’importance,
beaucoup de force. De toutes les façons, nous
sommes tous ensemble."
Philippe Savoye
1/ Droits à l'eau et à la terre, une lutte commune – Dakar
à Tunis: Déclaration de la Convergence Globale des luttes pour la terre et l’eau (http://viacampesina.org/fr/
images/stories/pdf/2015-04-Dakar%20to%20Tunis%
20Declaration_FR_finalfinal.pdf)
2/ Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine
(Bénin, Cap-Vert, Burkina-Faso, Côte-d’Ivoire, Gambie,
Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal Sierra Leone et Togo).
INTER-PEUPLES n°245 avril 2016
International
La répression au Maroc : une réalité permanente
A la suite de la "Révolution du jasmin" en Tunisie début 2011 le peuple marocain est descendu
dans les rues donnant naissance au Mouvement du 20 février. Mouvement qui s’est vite essoufflé,
laissant place à un régime de plus en plus répressif, qui n’hésite pas à bâillonner toute critique. Un
régime répressif qui bénéficie du soutien oh! combien complaisant de l’Etat français…
L
’ère des années de plomb de Hassan II ne
serait qu’un vestige du passé. Le règne actuel
serait ancré dans une transition démocratique irréversible et la violation arbitraire et systématique des
droits humains ne serait plus de mise. Pourtant de
nombreux mouvements n’ont toujours pas reçu d’agrément légal : c’est le cas par exemple de l’Association nationale des diplômés chômeurs, d’Attac
Maroc, de l’association "Freedom Now" tournée
vers la défense de la liberté de la presse, de l’Union
marocaine du travail / courant démocratique. D’autres, bien que reconnues, telle que l’Association
Marocaine des Droits Humains ont vu leurs activités
interdites ou entravées. Des initiatives, comme les
caravanes de solidarité envers les migrants subsahariens, sont harcelées ou refoulées. Les journalistes indépendants, les artistes critiques sont bâillonnés et traduits en justice sous des prétextes fallacieux. Les facultés
sont toujours "militarisées".
À leur tour, les "résistances
ordinaires" des habitants des
quartiers populaires qui refusent la démolition de leur
logement,
celle
des
"farachas" qui survivent du
petit commerce dans la rue,
des habitants des régions
marginalisées privés de
droits ou des travailleurs qui
luttent contre la précarisation de leurs conditions de
travail, sont quotidiennement réprimées. En ce moment le mouvement des enseignants stagiaires qui
lutte depuis 4 mois contre la privatisation de l’enseignement public est réprimé systématiquement.
Les prisons regorgent par centaines de militants
étudiants, chômeurs, activistes du M20F, Sahraouis, syndicalistes et grévistes, et de simples
citoyens qui un jour ou l’autre ont protesté. On note
aussi une recrudescence des "grèves de la faim".
Après 72 jours de grève de la faim, Mustapha Meziani, est mort "sous observation médicale" au CHU
de Fès, ainsi que Hassana Elouali Aaleya, militant
sahraoui, membre du Comité contre la torture de
Dakhla, décédé lui aussi "sous observation médicale". La liste des exactions commises par ce régime
est bien longue. Cela ne l’a pas empêché d’organiser le Forum mondial des droits de l’Homme en
novembre dernier, après avoir été élu au conseil
des droits de l’Homme des Nations Unies.
Le gouvernement actuel s’était donné pour tâche
de "rétablir l’autorité de l’État" après les secousses
produites par le M20F. Le ministère de l’Intérieur a
accusé nombre d’organisations de "ternir la réputation du pays, d’entraver l’action des forces de sécurité dans leur lutte contre le terrorisme et d’œuvrer
pour des agendas extérieurs". A son tour, l’agenda
des politiques antipopulaires se
resserre : démantèlement de la
caisse de compensation des
prix, réforme radicale du régime de retraite, remise en cause du droit de grève, nouvelles
vagues de compression des
dépenses publiques, etc. alimentant un ras-le-bol déjà profond. Le pouvoir cherche à fermer les espaces de contestation. Se greffe aussi la question
du Sahara occidental : la pression internationale pour l’extension des missions de la Minurso (Mission de Nations Unies
pour le référendum au Sahara
occidental) au contrôle des
droits humains constitue une
difficulté majeure pour le pouvoir.
En France tout comme au Maroc, intellectuels, médias et partis institutionnels dominants sont totalement muets face à une situation pourtant connue.
Sans doute, le rôle que joue le pouvoir marocain
comme tête de pont et allié stratégique dans le
maintien de la Françafrique, le poids des intérêts
des entreprises du CAC 40, la défense de l’Europe
forteresse y sont pour beaucoup.
INTER-PEUPLES n°245 avril 2016
Chawqui Lotfi
11
International
République Islamique d Iran : élections en mollarchie
Le 26 février 2016, les Iraniens ont eu à élire les députés siégeant au Parlement islamique, ainsi que
les membres de "l’Assemblée des experts" composée de dignitaires religieux. Cet organe est notamment chargé d’élire le futur Guide.
D
eux grandes listes se faisaient face dans chacun de ces scrutins : celle de la majorité sortante regroupant des "conservateurs et principalistes" proches du Guide Khamenei ; celle dite
"modérée et réformatrice" liée au président Hassan
Rohani en place depuis 2013. La candidature de
milliers de personnes a été refusée.
Les résultats indiquent une forte poussée dans les
grandes villes en faveur du président Rohani et de sa
politique d’"ouverture" : ainsi, à Téhéran, ces listes ont
remporté l’ensemble des sièges. Le président
"conservateur" sortant de l’Assemblée des experts est
battu, alors que l’ancien président de la République
Hachemi Rafsandjani, personnage clé du régime,
corrompu notoire et soutien de Rohani, sera sans
doute le prochain président de cette Assemblée.
L’accord sur le nucléaire et la levée des sanctions
internationales ont favorisé le succès du camp Rohani. Celui-ci a aussi fait miroiter une amélioration
de la situation. Derrière ce mirage se cache l’accélération de la politique libérale, avec notamment la
casse en règle du Code du travail, l’ouverture totale
du marché aux capitaux étrangers, l’accélération
des privatisations. Les désillusions seront rapides
et la question sociale reprendra le dessus.
Les proches du Guide et la direction des Gardiens
de la révolution sont hostiles à l’ouverture du marché iranien aux transnationales occidentales. Ils ont
bénéficié amplement des privatisations et dirigent
des secteurs industriels et commerciaux importants.
Ils dirigent également les grandes et richissimes
fondations qui ont la mainmise sur des pans entiers
de l’économie. Ces fondations ne rendent de compte qu’au Guide et sont exemptées d’impôts.
L’opération des Gardiens de la Révolution est une
pierre lancée dans le "jardin" de la politique étrangère de Rohani. Celui-ci n’a pas hésité à critiquer
les menées des Gardiens de la Révolution et s’en
est pris indirectement au Guide lui-même.
Cela étant dit, les clans au pouvoir sont d’accord
sur l’essentiel. Ainsi, le soutien du régime au
"boucher" de Damas, Bachar Al Assad, est un point
commun entre tous. Quant aux questions sociales,
démocratiques, et celles relevant des droits humains ou de l’égalité entre hommes et femmes, les
différentes factions au pouvoir partagent la même
politique. Depuis l’accession de Rohani à la présidence de la République en juin 2013, le régime a
exécuté plus de 2000 prisonniers. En ce qui concerne le nombre de peines capitales, le pays est au
deuxième rang, derrière la Chine et devant l’Arabie
saoudite. La pratique systématique de la torture se
poursuit. D’autre part, les militants ouvriers et des
droits démocratiques sont systématiquement harcelés, arrêtés, condamnés à la prison ferme et licenciés. Condamné à la prison pour activité syndicale,
Reza Shahabi avait bénéficié d’une permission sanitaire en raison de la gravité de son état de santé.
Deux jours seulement après les élections, les autorités veulent le renvoyer croupir derrière les barreaux… Enfin, à l’instar de Press TV, le média dédié à la propagande internationale de la mollahrchie, les organes de presse du régime diffusent
régulièrement des "aveux" de militants emprisonnés
extorqués sous la torture.
Le retour de la République islamique à la table des
"grands" de ce monde ne change rien à sa nature
dictatoriale, théocratique et réactionnaire.
Babak Kia
(mars 2016)
Harcèlements, arrestations et condamnations
Ces élections sont un arbitrage entre deux segments de la bourgeoise, entre deux insertions dans
le capitalisme. Quant aux électeurs et électrices, ils
ont voulu accentuer les tensions et les contradictions internes au régime, tout en éliminant autant
que possible les secteurs liés aux Gardiens de la
révolution et au Guide. D’ailleurs les conflits d’intérêts au sein du régime se sont traduits récemment
par des opérations de lancements de missile menées par les Gardiens de la Révolution. Cela a soulevé les critiques des grandes puissances, car en
vertu des accords sur le nucléaire, la République
Islamique ne peut en théorie développer ou se doter de vecteur de lancement d’engins nucléaires.
12
"Amnesty international : les pendaisons continuent
sous Hassan Rohani" Source : ncr-iran.org
INTER-PEUPLES n°245 avril 2016
International
Azerbaïdjan : Les conséquences de la chute du pétrole
A l’automne, le CIIP a accueilli en stage Könül, azérie, en formation de sciences politiques. Elle
nous offre un riche aperçu de ce pays méconnu, à l’histoire riche, à la réalité complexe où le mot
"démocratie" ne semble guère d’actualité...
S
i on vous dit Azerbaïdjan, à quoi pensez-vous ?
Un pays qui faisait partie de l’URSS, riche en
pétrole et en gaz ? Pas uniquement. Des gisements
de gaz et de pétrole peuvent aussi caractériser ce
pays. Par ailleurs, l’Azerbaïdjan est aussi célèbre
pour son histoire mouvementée.
Appelé le "pays du feu", l’Azerbaïdjan est un pays
du Caucase situé sur la ligne de division entre l’Europe et l’Asie et dispose de frontières communes
avec la Géorgie, l’Arménie, la Russie, l’Iran et la
Turquie et possède une grande façade sur la mer
Caspienne. L'identité du pays est tiraillée entre la
Turquie, dont les Azéris parlent la langue et l’Iran,
dont ils partagent le passé et la religion chiite.
Un bref aperçu historique
Dans ce pays montagneux, les premières traces
d’implantation humaine remontent a 1,5 millions
d’années, à l’âge de pierre. Avec la conquête arabe
du 7 au 10éme siècle, la région connaît un essor politique, période à laquelle s’implante la religion de
l’Islam. Au 11ème siècle, un autre pouvoir islamique,
incarné par des tribus turques membres de la dynastie seldjouke, prend le contrôle de ce territoire.
Au début du 16ème siècle, un nouveau royaume persique se forme sous la dynastie safavide, avec Tabriz pour capitale. Pendant le règne des Safavides,
l’Azerbaïdjan fut souvent le champ de bataille dans
la lutte pour le pouvoir entre les Perses et la Russie. Le royaume Safavides s’est effondré en 1722
et le nord de l’Azerbaïdjan est divisé en de nombreux petits Etats. Ces divisions ont facilité la prise
de contrôle par la Russie, et sa montée en puissance. En 1828, à la suite de la défaite de l’Iran dans la
guerre contre la Russie, la partie occidentale de
l’Azerbaïdjan est intégrée à la Russie.
A la fin 19ème siècle, Bakou était l’un de premier
centre pétrolier mondial. Dans les années 1900, le
pétrole de Bakou représente 50% de la production
mondiale. L'accord anglo-russe de 1907 place
l'Azerbaïdjan iranien dans la zone d'influence tsariste, dont les troupes stationnent jusqu'en 1917. Le
28 mai 1918 après la révolution russe, le parti national Moussavat proclame l’indépendance. C’est la
première république azerbaïdjanaise, dont la durée
de vie n’est que de 23 mois. Aujourd’hui encore, le
28 mai est la date de la fête nationale. Toutefois, en
avril 1920 le pays est soviétisé par l’armée puis intégré à l’URSS au sein de la Fédération transcaucasienne, qui est dissoute en 1936.
L’indépendance du pays (ou "une démocratie
qui n’en porte que le nom")
A la fin des années 1980, l’Union Soviétique commence à se désintégrer. Les pays communistes
d’Europe centrale et de l’Europe de l’Est revendiquent peu à peu leur indépendance, l’un après l’autre. Le 20 janvier 1990, l’armée rouge intervient pour
la "prévention de violences ethniques", et cette date
reste aujourd'hui considérée comme l'une des pages
noires de l'histoire du pays. Le 30 août 1991, l’Azerbaïdjan proclame son indépendance après l’effondrement du bloc communiste, officialisé par l’ "Acte
constitutionnel de l'indépendance d'État de la République d’Azerbaïdjan" du 18 octobre 1991. une guerre oppose les Azéris aux Arméniens du HautKarabakh, et à la suite de celle-ci l’Azerbaïdjan perd
6 régions, y compris le Karabakh Montagneux.
En 1992, Aboulfaz Eltchibeï, chef du Front populaire d’Azerbaïdjan (FPA) est élu président. Après une
courte guerre civile, il est remplacé par Heydar
Aliyev, chef du Parti communiste. Malade, en 2003,
il fait élire à sa place son fils Ilham Aliyev, qui sera
ensuite réélu en 2008. Dans tout l’espace de l’exunion Soviétique, l’Azerbaïdjan est le seul pays où
le transfert du pouvoir s'est fait de façon monarchique – de père en fils.
Selon la Constitution, le président de la République
d’Azerbaïdjan est élu pour un mandat de 5 ans, et ce
à deux reprises maximum. Donc, l’année 2013 devait être cruciale pour le gouvernement du président
Ilham Aliyev. Toutefois, le problème fut éliminé assez rapidement avec un simple changement dans la
Constitution, et une modification selon laquelle, dans
le cas où des opérations militaires sont en cours
d’exécution, et quand la guerre ne permet pas de
réaliser des élections, la durée du mandat du Président de la République est prolongée jusqu’à la fin
des opérations militaires. Jusqu’à aujourd’hui, c'est-à
-dire depuis 13 ans, le président Ilham Aliyev est le
chef du gouvernement azerbaidjanais.
Les conséquences de la chute du pétrole
Aujourd’hui, la capitale de l’Azerbaïdjan, Bakou, se
développe rapidement. Chaque année, des gratteciels, des centres d’affaires et centres commerciaux, des quartiers riches et modernes se construisent. Contrastes frappants avec des zones
"arriérées" et pauvres qui côtoient ces bâtiments de
luxe.
INTER-PEUPLES n°245 avril 2016
13
International
Azerbaïdjan
…/…
Riche en pétrole, l'Azerbaïdjan est devenu un acteur
important de la géopolitique
régionale durant les deux
dernières décennies. Les
accords avec des producteurs internationaux de l’énergie ont permis au pays
d’utiliser ses gisements énergétiques afin de créer des
fonds gérés par le gouvernement et participer aux projets
internationaux. Ces ressources sont également utilisées pour reconstruire l’armée : l’une des priorités du gouvernement, puisque
le pays est en conflit militaire avec l’Arménie.
En dépit de sa richesse et de l’influence accrue
dans la région du Caucase du Sud, la pauvreté et la
corruption continuent à éclipser le développement
du pays. Même si le pays dispose d'assez de ressources pour fournir à sa nation tout ce dont elle a
besoin, la hausse de l’écart entre les riches et pauvres soulève des inquiétudes. La majorité de la richesse est concentrée dans les mains d’un groupe
restreint de personnes, favorable au gouvernement
et à sa politique. Par exemple, les hauts salaires
des employés dans le secteur pétrolier (en moyenne 800 manats - 470 €-) ne sont pas comparables
avec les petits salaires des enseignants et des médecins (100-150 manats), ni aux faibles retraites de
100-150 manats, et encore moins aux maigres revenus des agriculteurs, des résidents ruraux. Le
taux de chômage selon les données de l’année
2014 atteint 5,4%.
Actuellement, l’économie de l’Azerbaïdjan, hautement dépendante du secteur pétrolier subit de plein
fouet la crise dût à la chute des cours pétroliers. Le
pays dirigé depuis 13 ans par Ilham Aliyev a été
obligé de dévaluer sa monnaie, d'effectuer des privatisations massives et de contrôler les capitaux.
Cette dévaluation complique la vie de nombreux
Azéris qui ont signé leurs contrats de crédits immobiliers en dollars.
Une illustration des conditions de vie en Azerbaïdjan…
manifestations d’une rare ampleur dans un pays "ex
-soviétique", où tout type de contestation est étouffé
par le gouvernement.
Face à la persistance et à l’aggravation des problèmes, les contestations se radicalisent, et, dans de
nombreuses villes, des milliers de manifestants
sont descendus dans la rue afin de demander des
réformes du gouvernement. Cependant, celui-ci
répond par l’envoi des forces de l’ordre pour mettre
fin aux manifestations, lors desquelles le gaz lacrymogène, les canons à eau et des balles en caoutchouc sont utilisés contre les contestataires. Plusieurs d’entre eux ont été arrêtés.
"Notre chemin est la démocratie" est l’un des principaux slogans du parti du Nouvel Azerbaïdjan, au
pouvoir depuis 1993. Néanmoins, la répression du
gouvernement à l’encontre des défenseurs des
droits humains et des journalistes soulève la crainte
que la démocratie soit sous menace. Ce slogan ne
correspond pas à la vérité, et la démocratisation est
uniquement une partie de la campagne des relations publiques des autorités azerbaïdjanaises.
Comme l’économiste Natig Jafarli l’estime : "C’est
trop peu, trop tard", et il n’est vraiment pas possible
de sauver ce pays sans réformes économiques sérieuses et changements politiques. L'économiste va
jusqu'à ajouter que, "sans réformes, ce sera le
chaos en Azerbaïdjan".
En ce moment, on observe l’augmentation des taux
de pauvreté et de chômage, la désintégration sociale avec la dégradation du système éducatif et un
système de santé inefficace. Les entreprises traversent des difficultés pour payer les salaires. la corruption, dans tous les domaines, est devenue partie
intégrante de la vie. La dévaluation du manat à
hauteur de 35%, la chute pétrolière et d’autres problèmes sociaux-économiques ont provoqués des
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INTER-PEUPLES n°245 avril 2016
Könül
Un pays, un peuple
Azerbaïdjan
Nom officiel : République azerbaïdjanaise ; état laïc
Capitale : Bakou
Superficie : 86 600 km²
Population : 9 781 000 en 2015 ; densité : 113
hab./ km2
PIB par habitant (2014) : 7 985 9 USD (France
44 538) - Agriculture 39,3%, industrie 12,1%,
services 48,6%
Population vivant avec moins de 1,25 $ par
jour : 0,43 %
Langue officielle : azéri
Idh (données 2015 – indice 2014) : 76ème/184
(0,747)
Président de la République : Ilham Aliyev depuis
2003
Dépenses en % du PIB : santé 5,2% (2011),
éducation 2,8 % (2010), militaire 4,6 % (2012)
Religion : musulmane à près de 95 %, dont 85 %
de chiites et 15 % de sunnites
Indice de perception de la corruption : 126ème
rang (sur 174)
Espérance de vie : 70,8 ans
Indice de liberté de la presse (2015) : 58,41
(115ème sur 173)
Population urbaine : 54 %
Taux d’alphabétisation : 99,8 %
Scolarisation (2003/12) : primaire : 96 %,
secondaire 100%, supérieur 20%
Médecins (pour 10 000 personnes) : 33,8
(identique à la France)
Indice de liberté civile (2011) (échelle de 1 à 7 ; 7
valant une absence totale de liberté civile),
intégrant : liberté d’expression, droit d’assemblée
et d’éducation, liberté religieuse, état de droit,
activité économique libre : 5,5
Taux d’activité de la population adulte (2012) :
femmes 62,5 %, hommes 68,9 %
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Nous avons aimé
En 1222, le jour de l’intronisation de Soundjata Keïta, fondateur de l’empire du Mali, un peuple ("qui ne
connaît que l'éternel recommencement du temps" selon un ancien président de la république) proclame
une charte à l’adresse du Monde. Et si, 794 ans plus tard, nous donnions une vie pleine et entière à la
"charte du Mandé" ? Une voie qui se dessine, une voix qui résonne, un choix qui raisonne dans le vivre
ensemble ! (Traduction Youssouf Tata Cissé.)
La charte
du Mandé
1. Les chasseurs déclarent : Toute vie (humaine) est une vie. Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie. Mais
une vie n’est pas plus "ancienne", plus respectable qu’une autre vie. De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre vie.
2. Les chasseurs déclarent : Toute vie étant une vie, tout tort causé à une vie exige réparation. Par conséquent :
• Que nul ne s’en prenne gratuitement à son voisin,
• Que nul ne cause de tort à son prochain,
• Que nul ne martyrise son semblable.
3. Les chasseurs déclarent : Que chacun veille sur son prochain, Que chacun vénère ses géniteurs, Que chacun éduque comme il
se doit ses enfants, Que chacun "entretienne", pourvoie aux besoins des membres de sa famille,
4. Les chasseurs déclarent : Que chacun veille sur le pays de ses pères. Par pays ou patrie, faso, il faut entendre aussi et surtout les
hommes. Car "tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface deviendrait aussitôt nostalgique."
5. Les chasseurs déclarent : La faim n’est pas une bonne chose, l’esclavage non plus n’est pas une bonne chose, Il n’y a pas de
pire calamité que ces choses-là, dans ce bas monde. Tant que nous détiendrons le carquois et l’arc, la faim ne tuera plus personne au
Manden. Si d’aventure la famine venait à sévir ; la guerre ne détruira plus jamais de village pour y prélever des esclaves. C’est dire
que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable pour aller le vendre. Personne ne sera non plus battu, à fortiori mis à mort, parce qu’il est fils d’esclave.
6. Les chasseurs déclarent : L’essence de l’esclavage est éteinte ce jour, "d’un mur à l’autre" ; d’une frontière à l’autre du Manden ; la razzia est bannie à compter de ce jour au Manden. Les tourments nés de ces horreurs sont finis à partir de ce jour au Manden ; quelle épreuve, quel tourment ! Surtout lorsque l’opprimé ne dispose d’aucun recours. L’esclave ne jouit d’aucune considération ; nulle part dans ce monde.
7. Les anciens nous disent : L’homme en tant qu’individu, fait d’os et de chair, de moelle et de nerfs, de peau couverte de poils et
de cheveux, se nourrit d’aliments et de boissons. Mais son "âme", son esprit vit de trois choses :
• Voir ce qu’il a envie de voir,
• Dire ce qu’il a envie de dire
• Et faire ce qu’il a envie de faire.
Si une seule de ces choses venait à manquer à l’âme humaine, elle en souffrirait, et s’étiolerait sûrement. En conséquence, les chasseurs déclarent :
• Chacun dispose désormais de sa personne,
• Chacun est libre de ses actes,
• Chacun dispose désormais des fruits de son travail.
Tel est le serment du Manden, à l’adresse des oreilles du monde entier.
Inter-Peuples - Publication du Centre d’Information Inter-Peuples - Maison des Associations - 6, rue Berthe de Boissieux 38000 GRENOBLE - Tel/Fax : 04.76.87.59.79 - Courriel : [email protected] - Site Internet : http://www.ciip.fr
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