une garantie pour l - Analyse économique et développement

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une garantie pour l - Analyse économique et développement
Le réseau social des diplômés marocains :
une garantie pour l’emploi mais pas pour le salaire
BUNEL Matthieu et LENOIR Magali
Laboratoire du GATE - Université Lumière Lyon 2 - Université de Savoie
E-mail : [email protected] [email protected]
Janvier 2004
Première version
1
BUNEL Matthieu et LENOIR Magali
Titre :
Le réseau social des diplômés marocains :
une garantie pour l’emploi mais pas pour le salaire♦
Résumé :
Les difficultés d’insertion des jeunes diplômés affectent depuis le début des années quatre-vingt dix
l’économie marocaine. Ces jeunes d’une formation supérieure ont davantage de difficultés à trouver un
emploi que leurs homologues peu ou pas éduqués. Comme le niveau de diplôme n’est plus un levier favorisant
l’accès à l’emploi et à un salaire élevé, les sortants des universités mobilisent divers modes de recherche
d’emploi notamment le réseau social. Cet article qui s’appuie sur une enquête originale sur le devenir
des sortants de sciences économiques et juridiques de la faculté Hassan II Ain Chock de Casablanca
permet d’analyser l’impact du réseau familial et d’amis sur la probabilité de trouver un emploi et sur la
rémunération obtenus cinq ans après la sortie de l’université. L’analyse économétrique montre que si le
réseau social accroît la probabilité de trouver un emploi, il conduit à des emplois moins bien rémunérés.
Mots clefs : Marché du travail marocain, méthodes de recherche d’emploi, chômage, capital social
Abstract :
The last filty years have seen the increase of maroccans young graduates’ unemployment rate. These
well-educated population have more difficulties to find a job than their less educated fellow. In the moroccan
labour market the diploma is not in off to have a good jpb. Then young graduates use several job search
methods such as the social network. This article is based on an original moroccans young graduates’ survey
from the Hassan II Ain Chock faculty of Casablanca. The aim is to analyze for those young graduates the
impact of the social network use on the probability to find a job and on wage amount five years after the
graduation. The main result of the econometric analysis is the following. The use of the social network
increases the probability to have a job but reduces the wage amount.
Key words : Moroccan labour market, job search methods, unemployment, social networks
JEL-Code : J31, J 64, C34, C41, I2
♦ Les auteurs remercient Fouzi M ourji p our son accueil au M aroc ainsi que M areva Sabatier p our ses suggestions
et ses com mentaires. La réalisation de l’enquête a été financée en totalité par le M inistère des Affaires Etrangères
(bourse LAVOISIER). Les p oints de vue exprimés dans cet article n’exprime pas ceux de cette institution.
Les éventuelles omissions ou erreurs restent de la resp onsabilité des auteurs.
* Lab oratoire du GATE - Université Lumière Lyon 2.
** Lab oratoire du GATE - Université Lumière Lyon 2 et Université de Savoie
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En 2000, le taux de chômage marocain est de 13,6%. Sur ce marché du travail, les jeunes sont
presque deux fois plus touchés par ce phénomène que leurs aînés. Cette situation est comparable
à celle rencontrée dans la plupart des pays industrialisés (voir tableau 1). Cependant, parmi les
jeunes, les diplômés de l’enseignement supérieur ont un taux de chômage supérieur aux autres.
Ainsi, le marché de l’emploi marocain se singularise par le lien entre niveau d’étude et chômage.
En 2000, 28,9% des diplômés du supérieur sont au chômage contre seulement 11,6% des personnes
n’ayant jamais obtenu de diplôme (Direction de la Statistique [2001]).
Le diplôme n’est donc plus un passeport pour l’emploi et ne permet plus d’accéder aux postes
clés de l’économie. Les jeunes de 25 à 34 ans sont les premiers touchés par ce phénomène. En
2000, la part des demandeurs d’emplois possédant un diplôme de niveau moyen (baccalauréat et
équivalent) ou de niveau supérieur est de 69% pour cette tranche d’âge. Parmi eux, 79% connaissent
une période de chômage supérieure à un an, et 54% sont au chômage pendant plus de trois ans.
Ce résultat paradoxal va à l’encontre de la théorie traditionnelle de recherche d’emploi et de celle
du capital humain qui établissent une relation positive et croissante entre le niveau de diplôme et
la probabilité de trouver un emploi et/ou d’obtenir un salaire élevé. Comme le soulignent les études
empiriques de Khelfaoui [2001] pour l’Algérie et celles de Ben Sedrine et Plassard [1998] et Hafaiedh
[2000] pour la Tunisie, ce paradoxe semble caractériser l’ensemble des économies maghrébines.
Au Maroc, cette situation est la conséquence d’une demande accrue d’éducation supérieure
couplée à une baisse importante de la demande de travail qualifiée émanant du secteur public suite
à l’adoption du programme d’ajustement structurel. En effet, l’Etat a longtemps été le principal
régulateur de l’emploi qualifié, offrant aux diplômés de l’enseignement supérieur non seulement
des emplois dans le secteur public, mais également des perspectives de carrière professionnelle
intéressantes.
Par ailleurs, depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, les diplômés des universités sont
confrontés à une dévalorisation de leur diplôme, liée à la généralisation de l’enseignement supérieur
et à la concurrence des diplômés des établissements privés.
Face aux difficultés d’insertion professionnelle et à la menace potentielle que représente cette
catégorie d’individus pour la cohésion sociale, les pouvoirs publics ont mis en place des programmes
spécifiques pour faciliter leur entrée dans la vie active. Cependant, ces mesures n’ont pas permis
d’enrayer la tendance et l’avenir de ces diplômés reste très incertain (Bougroum et Ibourk [2002]).
Depuis une dizaine d’années, ces chômeurs s’organisent et revendiquent le droit à l’emploi dans le
secteur public.
Dans ce contexte de pénurie des emplois, le recours à la solidarité familiale et aux amis (liens
forts) ainsi que l’utilisation des relations professionnelles (liens faibles) peut être une méthode
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efficace pour s’insérer professionnellement. Ces diplômés, privés d’emplois, mobilisent donc leur
réseau social afin d’accéder au marché du travail. Une première étude empirique révèle que ce
mode de recherche d’emplois est utilisé par près d’un tiers des licenciés (Mourji, Montmarquette et
Garni [1996]). Une seconde étude souligne l’efficacité du réseau puisque 20% des diplômés insérés
l’ont utilisé (Abdoud [1994]).
Dans ces études, le réseau social est défini, de manière traditionnelle, comme l’ensemble des
liens sociaux connectant des individus entre eux et par lesquels circulent de l’information privée
(Granovetter [1973], [1995]). La mobilisation de ces relations pour trouver un emploi peut être
assimilée à un capital social dont le rendement peut être supérieur au capital humain (Coleman
[1990]).
Plusieurs modèles ont analysé l’impact du réseau dans un cadre d’information imparfaite. Ils
soulignent que le réseau permet de réduire les problèmes d’anti-sélection et d’aléa-moral associés
à l’embauche d’un chômeur. Pour Rees [1966], lorsqu’un salarié en poste recommande un chômeur
membre de son réseau, il engage sa réputation. C’est pourquoi, il sélectionne uniquement ceux dont
la productivité est au moins identique à la sienne. Les travaux sur la pression par les pairs (“peer
monitoring”) mettent en évidence que lorsqu’un entrant fait parti du réseau d’un des membres de
l’entreprise, il est incité à fournir un niveau d’effort plus élevé (Lazear et Kandel [1992]).
Les modèles de Montgomery [1991] et Mortensen et Viswanath [1994] soulignent que les contacts
personnels fournissent des informations de meilleure qualité aux employeurs et aux travailleurs sur
leurs caractéristiques respectives. Dans le modèle de Montgomery [1991], le réseau permet aux
entreprises d’embaucher plus fréquemment des travailleurs dont la productivité est élevée. Alors
que dans l’analyse de Mortensen et Viswanath [1994], ce mode de recherche d’emploi permet à
des travailleurs, ayant ou non une productivité homogène, d’accéder à un ensemble d’offres caractérisé par une proportion plus importante d’emplois mieux rémunérés. Ces deux articles soulignent
que le réseau influence positivement et simultanément la probabilité de trouver un emploi et la
rémunération obtenue.
Dans la lignée de ces travaux théoriques, des études empiriques montrent que le réseau accroît la
probabilité de trouver un emploi (Granovetter [1973], [1995], Holzer [1988]). En revanche, l’impact
relatif du réseau sur la qualité des emplois obtenus fait l’objet d’une controverse. Les premiers
travaux sur données américaines semblent identifier une relation systématiquement positive entre
l’utilisation du réseau et le niveau de rémunération obtenu (Granovetter [1995], Holzer [1988]).
Cependant, les résultats récents, sur données européennes, relativisent cette relation (Pillizzari
[2003], Delattre et Sabatier [2003]).
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Pour les pays en voie de développement, il n’existe pas à notre connaissance, de travaux empiriques permettant d’identifier le sens de cette relation. L’objectif de cet article est donc d’analyser
l’impact du recours au réseau social sur la probabilité de trouver un emploi mais également sur le
salaire obtenu à l’embauche en terme de différentiel de salaire entre ceux ayant trouvé leur emploi
avec le réseau social et les autres.
L’analyse économétrique proposée s’appuie sur une enquête originale, réalisée en 2002, sur le
devenir de 400 sortants de sciences économiques et juridiques de la faculté Hassan II Ain Chock
de Casablanca. Cette enquête financée par le Ministère des affaires étrangères permet d’étudier le
devenir professionnel de ces licenciés cinq ans après leur sortie du système universitaire.
Les informations précises sur les modes de recherche et d’obtention des emplois permettent
d’analyser l’impact du réseau familial et d’amis sur la probabilité de trouver un emploi et sur
la rémunération obtenue. L’analyse économétrique met en évidence que le réseau social affecte
significativement ces deux composantes de l’insertion professionnelle. Toutefois, si son impact est
bénéfique sur la probabilité de trouver un emploi (les diplômés qui utilisent le réseau augmente
de 17% leur probabilité d’obtenir un emploi), il conduit en moyenne à des emplois moins bien
rémunérés de l’ordre de 25%.
La section 1 analyse l’évolution du système d’enseignement supérieur marocain et la situation
des étudiants de sciences économiques et juridiques. L’enquête et les premiers résultats statistiques
sont présentés dans la section 2. La section 3 expose la méthodologie économétrique utilisée et
commente les résultats obtenus. La dernière section conclut.
1
L’évolution du système d’enseignement supérieur et des
débouchés professionnels
Dès 1958, le gouvernement marocain s’engage dans une politique d’éducation de masse. L’ob-
jectif est de former dans un premier temps des jeunes pour qu’ils occupent par la suite des emplois
dans les administrations ou les entreprises publiques. Cependant, au début des années quatre vingt,
pour faire face à une grave crise économique, le pays décide sous l’égide de la Banque Mondiale
et du Fonds Monétaire International de libéraliser l’économie dans le cadre d’un programme d’ajustement structurel (PAS). Les pouvoirs publics s’engagent à réduire leurs dépenses, mais aussi
à privatiser en partie le système éducatif supérieur. Les perspectives de débouchés professionnels
dans le secteur public pour la main d’œuvre qualifiée se raréfient et le secteur concurrentiel peine
à prendre le relais face au désengagement de l’Etat. De plus, de nouvelles écoles d’enseignement
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supérieur privées apparaissent. Ces écoles sont de meilleure qualité mais sont réservées aux élites
du pays puisqu’elles reposent sur une sélection des élèves principalement par des coûts d’inscription
prohibitifs (Vermeren [2000]).
Cette section présente le développement de l’enseignement de masse au Maroc puis l’impact
du PAS sur le système éducatif et les débouchés des universitaires. Enfin, les politiques ciblés pour
favoriser l’emploi des jeunes diplômés ainsi que la situation des étudiants issus des filières juridiques
et de sciences économiques sont exposées.
1.1
Développement d’un enseignement de masse
Dès l’indépendance, le Ministère de l’éducation nationale détermine deux objectifs prioritaires :
généraliser l’accès à l’éducation primaire et orienter les jeunes vers les filières d’enseignement
supérieur. Ces décisions stratégiques permettront d’abord de réduire les inégalités de revenu, puis
ensuite de disposer d’une main d’œuvre qualifiée pour faciliter la croissance. Enfin, cette mesure
permet d’anticiper les départs des cadres français de la fonction publique et du secteur privé.
Le gouvernement encourage les jeunes à poursuivre leurs études à l’université leur offrant
des bourses et des perspectives de carrières intéressantes dans l’administration et les entreprises
publiques et parapubliques. L’université devient “un passeport pour l’emploi ” et “une garantie
d’emploi dans le secteur public” (Achoual et al. [1994]).
Les jeunes bacheliers qui espèrent accéder à des emplois sûrs et prestigieux dans le secteur
public et bénéficier d’une forte reconnaissance sociale sont poussés à poursuivre leurs parcours à
l’université. Pour les jeunes issus des classes populaires, l’obtention d’un diplôme universitaire est
également perçue comme un moyen de changer de statut social.
Entre 1960 et 1999, le nombre de jeunes qui choisissent de poursuivre leurs études après le
baccalauréat est multiplié par 60. Aujourd’hui, près de 300 000 étudiants entrent à l’université soit
près de 12% des 18 à 24 ans (Direction de la Statistique [2001]).
Tableau 1 : Comparaisons des taux de chômage par âge,
sexe et diplôme pour l’année 2000
Fr a n c e
U n io n
E ta ts-U n is
M a ro c
1 0 ,0 %
9 ,2 %
4 ,0 %
1 3 ,6 %
15-24 ans
2 0 ,7 %
1 5 ,4 %
9 ,3 %
2 0 ,5 %
fem m es
1 1 ,9 %
1 0 ,0 %
4 ,2 %
2 2 ,1 %
E u ro p éen n e
Ta u x d e ch ô m a g e
Par âge et par sexe
P a r n iv e a u d e d ip lô m e
Sans diplôm e
1 6 ,2 %
1 0 ,6 %
7 ,9 %
1 1 ,6 %
B AC ou équivalent
8 ,9 %
6 ,5 %
3 ,6 %
3 1 ,1 %
D iplôm e d’enseignem ent supérieur
5 ,6 %
4 ,3 %
1 ,8 %
2 8 ,9 %
S o u rc e s : P e rsp e c tiv e d e l’E m p lo i d e l’O C D E (p o u r le s p ay s d e l’O C D E ) e t E n q u ê te N a tio n a le s u r la P o p u la tio n A c tive p o u r le M a ro c
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Graphique 1 : Evolution du taux de chômage par niveau de diplôme en milieu urbain
35
30
25
20
15
10
5
0
1987
1990
1992
1993
1996
1998
2000
Sans diplôme
Diplôme supérieur
ensemble
S o u rc e : E n q u ê te N a tio n a le s u r la P o p u la tio n A c tive e n z o n e U rb a in e , 1 9 8 7 -2 0 0 0 , D ire c tio n d e la S ta tis tiq u e
Graphique 2 : Evolution des effectifs universitaires et des débouchés professionelles
dans le secteur public
50000
45000
40000
35000
30000
25000
20000
15000
10000
5000
0
1974
1977
1978
1979
1982
1983
1986
1993
1994
1998
D ip lô m é s d e l'e n s e ig n e m e n t s u p é rie u r p u b lic
E m p lo is c ré e s d a n s le s e c te u r p u b lic
S o u rc e : M in istè re d e l’E n se ig n e m e nt S u p é rie u r e t D ire c tio n d e la S ta titiq u e (M e jja ti A la m i R 2 0 0 0 )
1.2
PAS et évolution du secteur privé
En 1984, face aux difficultés économiques, les pouvoirs publics marocains s’engagent dans un
programme d’ajustement structurel. Cette politique de libéralisation de l’économie vise à restructurer le secteur public : privatiser les entreprises économiquement viables, réorganiser les autres et
faire disparaître les entreprises publiques non rentables. L’ensemble de ces mesures entraîne une
remise en cause du rôle de l’Etat, jusqu’ici principal régulateur sur le marché de l’emploi des flux
des diplômés. Le gel des recrutements dans le secteur public et parapublic est décidé. Ainsi en 1998,
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seulement 12 000 emplois ont été crées dans le secteur public contre 45 000 en 1982 (Direction de
la Statistique).
Par ailleurs, les réformes entamées par l’Etat pour réduire les déficits publics ont conduit à une
baisse des dépenses consacrées à l’éducation. Cette mutation de l’investissement de l’Etat affecte la
qualité de l’enseignement octroyé dans les universités publiques. Le secteur privé prend partiellement le relais par le développement d’emplois dans le secteur concurrentiel et par le développement
d’écoles privées.
La libéralisation de l’économie conduit à un développement des entreprises privées. Toutefois,
la demande de travail de ces entreprises est principalement de type non-qualifié, ce qui entraîne au
niveau national un excédent de la main d’œuvre qualifiée. Le nombre de jeunes ayant des difficultés
à trouver un emploi augmente.
En 2000, 28,9% des diplômés de l’enseignement supérieur sont au chômage contre 11,6% pour
ceux n’ayant jamais obtenu de diplôme. En outre, l’analyse longitudinale montre que cet écart
d’accès à l’emploi entre diplômés et non-diplômés semble s’accentuer (voir graphique 1). En quinze
ans, la proportion de sortants de l’enseignement supérieur au chômage a été multipliée par dix alors
que celle des sans diplômes reste relativement stable. Dès 1992, la proportion de chômeurs parmi
les diplômés de l’enseignement supérieur dépasse celle des sans diplômes et depuis cet écart ne
cesse de s’accentuer1 . Ainsi, le marché du travail marocain se caractérise par une relation négative
entre niveau de diplôme et emploi.
Par ailleurs, suite au désengagement de l’Etat, le secteur privé prend progressivement le relais.
Dès 1985, le Ministère de l’éducation nationale autorise et encourage le développement du secteur
privé dans l’enseignement supérieur. Des grandes écoles ou des instituts sous la tutelle de l’Etat
ou privées sont mis en place. Dans ces établissements privés, le recrutement est très sélectif et
payant, mais les débouchés sont presque toujours assurés (Mourji et ali [1996]). D’après l’enquête
Population Active Urbaine de 1993, le taux de chômage en fonction du type de diplôme montre
que 1,5% des diplômés des écoles supérieures privées sont au chômage contre 30,3% des diplômés
de l’enseignement supérieur ayant suivi un parcours à l’université2 . Les compétences des sortants
de ces écoles sont davantage recherchées que celles des diplômés du secteur public, surtout s’ils ont
suivi une formation dans des filières de sciences humaines. Ainsi, la mise en place progressive de ces
nouveaux établissements conduit à un système à deux vitesses. Les jeunes des classes populaires sont
victimes d’une discrimination financière et ont encore plus de mal à trouver un emploi (Vermeren
1 Selon
les estimations prévisionnelles de la Direction de la Statistique, le nombre de ces lauréats va continuer de
croître jusqu’en 2010 pour atteindra 450 000. Cette tendance risque donc de se prolonger.
2 Des données plus récentes ne sont pas disponibles.
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[2000]).
Enfin, les enseignements théoriques dispensés sont souvent en inadéquation avec la réalité socioéconomiques. Selon les experts de la Banque Mondiale (rapport de 1995), les jeunes diplômés
risquent de connaître de graves difficultés d’insertion professionnelle liées à la dévalorisation du
diplôme universitaire. Cette catégorie de main d’œuvre va faire face à un allongement de sa durée
de recherche d’emploi. Certains risquent d’accepter des emplois précaires ou temporaires (emplois
d’attente ou de petits boulots alimentaires). D’autres pourraient s’éloigner progressivement de
l’emploi.
1.3
Politiques ciblées pour l’emploi
L’augmentation de la probabilité d’être au chômage, incite les diplômés issus des universités à
se mobiliser. Au départ, ils organisent des manifestations ponctuelles et de grands sit in devant les
Ministères. Certains, les plus désespérés, entament des grèves de la faim ou pire encore menacent
le gouvernement de s’immoler par le feu pour avoir gain de cause.
En 1992, l’Association des Diplômés Chômeurs est créée. Elle compte aujourd’hui des sections
dans toutes les régions du Royaume et organise fréquemment des manifestations.
Pour répondre à ce problème d’insertion, les pouvoirs publics adoptent une politique publique
pour l’emploi ciblée visant à orienter les diplômés vers le secteur privé. Trois catégories de mesures
d’aide à l’insertion professionnelle sont adoptées (Bouharrou [2001]). Tout d’abord, le programme
formation insertion et le programme action emploi offrent aux diplômés de l’enseignement supérieur
une expérience professionnelle d’une durée de 18 mois. Ensuite, le programme formation reconversion et le programme de formation qualifiante leur permettent d’apprendre un nouveau métier sur
un an en adéquation avec les besoins du marché du travail. Enfin, le programme d’information et
d’assistance à la création d’entreprise les aide à créer leur propre entreprise.
Toutefois, ces mesures n’ont pas permis d’enrayer le développement du chômage des jeunes
diplômés marocains. Ainsi, progressivement, le diplôme universitaire perd de sa valeur. Il ne permet
plus, comme par le passé, d’accéder aux postes clés du secteur public ou parapublic et demeure
peu reconnu par les employeurs du secteur privé.
1.4
Filières juridiques et de sciences économiques
Cette dégradation du statut du diplômé concerne surtout les lauréats des filières juridiques
ou économiques. Les jeunes bacheliers choisissent encore de s’orienter principalement vers ces universités même si les débouchés professionnels des lauréats de ces filières sont limités. En 1995,
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six diplômés sur dix ont obtenu une licence en sciences humaines : 35,7% en lettres et sciences
humaines, 31,6% en droit ou en économie et 32,7% dans une autre matière (Ministère de l’enseignement supérieur [1997]).
Depuis 1990, les diplômés issus des filières économiques et juridiques rentrent en concurrence à
l’embauche avec leurs homologues issus des écoles privées. Les employeurs à la recherche d’une main
d’œuvre diplômée préfèrent embaucher des jeunes issus des écoles supérieurs privées. Ces jeunes
diplômés des établissements privés (ISCAE et EMC) et ayant acquis une expérience professionnelle
au cours de leur cursus, s’intègrent et sont plus rapidement opérationnels dans l’entreprise.
Ainsi, dans un contexte de pénurie des emplois qualifiés et de concurrence avec les écoles privées,
les lauréats des filières juridiques et de sciences économiques ont de grandes difficultés pour s’insérer
sur le marché du travail. Ceux qui finissent par obtenir un emploi l’obtiennent fréquemment grâce
à leur réseau social (Mourji, Montmarquette et Garni [1996]).
2
Réseau social et qualité de l’insertion
L’objectif est d’analyser à l’aide d’une enquête portant sur 400 licenciés de sciences économiques
ou juridiques de l’université Hassan II Ain Chock de Casablanca l’impact du réseau sur le processus
d’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Il s’agit d’étudier les différences éventuelles d’accès
à l’emploi et de rémunération (salaire à l’embauche et progression salariale) entre les individus qui
ont obtenu leur premier emploi grâce à leur réseau personnel, professionnel ou institutionnel et les
autres. En effet, en début de carrière, le recours à un intermédiaire institutionnel ou privé et/ou à
un membre de leur réseau social peut faciliter l’accès à des emplois en meilleure adéquation avec
leur formation initiale, à un meilleur salaire et à une insertion dans le secteur formel.
Dans les points suivants, le réseau social est identifié comme une stratégie pour accélérer le
processus de recherche d’emploi et offrir l’accès à des postes mieux rémunérés. Puis, une analyse
statistique, à partir d’une enquête réalisée au Maroc, révèle l’impact de cette méthode de recherche
d’emploi sur la probabilité d’être inséré et sur le salaire obtenu.
2.1
Stratégies d’insertion
Afin de s’insérer professionnellement, trois canaux de recherche sont généralement identifiés
par les études empiriques : le recours au marché externe (candidatures spontanées), les modes
d’intermédiations (intermédiaires publics ou privés, agence d’intérim) et le réseau social. Le réseau
social désigne l’ensemble des hommes et les liens qui les connectent entre eux et par lesquels
circulent l’information (Granovetter [1973]). Ce sont les amis, les proches mais aussi les individus
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que le jeune diplômé a rencontrés tout au long de son parcours, au cours de stages professionnels
ou lors de l’exercice de petits boulots dans un cadre autre que celui de la recherche d’un emploi
(Coleman [1990]). Il s’agit pour le chercheur d’emploi d’échanger avec des individus faisant partis
de ses relations des informations sur les emplois disponibles mais également sur les caractéristiques
de ces emplois.
Plusieurs études empiriques réalisées aux Etats-Unis mettent en évidence que le recours au
réseau social peut faciliter au regard des autres modes de recherche la probabilité d’accéder à
l’emploi (Granovetter [1973], [1995], Holzer [1988]). L’efficacité de cette stratégie de recherche
d’emploi sur le salaire obtenu est moins claire. Elle varie fortement selon les pays et les types
de population considérés (Granovetter [1995], Holzer [1988], Pillizari [2003], Delattre et Sabatier
[2003]). Par exemple, à l’aide du panel européen, Pillizzari [2003] souligne que l’effet du réseau sur
les salaires obtenus est positif et significatif pour le Danemark, la Belgique, et l’Autriche ; négatif
et significatif pour le Royaume-Uni, la Finlande, l’Irlande, l’Italie et la Grèce ; non-significatif pour
les autres.
Concernant les pays en voie de développement, rares sont les études ayant analysé simultanément l’impact du réseau sur la probabilité de trouver un emploi et sur le salaire.
Au Maroc, une première étude menée en 1990 auprès de 300 licenciés sortis 5 ans plutôt de
l’Université Sidi Mohammed Ben Adbellah de Fès, révèle que les relations personnelles et familiales
ont été mobilisées par un diplômé inséré sur cinq (Abdoud [1994]).
Une seconde enquête conduite auprès de 4 000 étudiants des universités de Rabat et de Fès
ayant obtenu leur diplôme en 1992 et en 1996 confirme que le réseau social est largement utilisé
pour accéder à un emploi (Mourji, Montmarquette et Garni [1996]). 32 % d’entre eux ont mobilisé
leur réseau social pour rechercher un emploi, soit en faisant appel à leurs proches (17%), soit à
leur établissement de formation d’origine (15%).
Toutefois, les informations disponibles dans ces enquêtes ne permettent pas de distinguer l’impact des liens forts (réseau familial et amis) et des liens faibles (réseau professionnel) sur la probabilité de trouver un emploi et sur la rémunération obtenue. Les données de l’enquête sur le devenir
des sortants de la faculté Ain Chock permettent de prolonger et de compléter ces travaux en
analysant si le fait de recourir à une forme de réseau social plutôt qu’une autre influence l’insertion
professionnelle des jeunes diplômés et leur carrière professionnelle.
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2.2
Enquête sur le devenir des sortants de la faculté Ain Chock
Les données sont issues de l’enquête “Le devenir des sortants de la faculté Hassan II Ain
Chock ” financée par le Ministère des affaires étrangères et réalisée en 2002 (Lenoir [2003]). Cette
enquête porte sur l’insertion professionnelle d’un échantillon de plus de 400 licenciés de l’université
Hassan II Ain Chock de Casablanca diplômés de sciences économiques (33 % ) ou juridiques (67%)
en 19963 . Elle permet de décrire les stratégies de recherche adoptées et les caractéristiques des
emplois obtenus sur la période 1996-2000 (voir annexe 1 pour une présentation plus détaillée de
l’enquête).
L’hétérogénéité des individus et des formations suivies, les caractéristiques du bassin d’emploi et
de la conjoncture influencent le processus d’insertion professionnelle. Ces variables le plus souvent
inobservables affectent fortement la probabilité et la qualité de l’insertion des individus.
L’enquête utilisée permet de contrôler en partie ce phénomène de sélection lié aux inobservables.
Les sortants interrogés sont issus d’une même cohorte : la promotion de 1996 ; d’un même établissement : l’Université Hassan II Ain Chock ; et de filières communes : économiques ou juridiques. Ces
caractéristiques permettent de contrôler quatre effets susceptibles de biaiser les résultats (Bourdallé
et Cases [1996]) :
- l’effet génération,
- l’effet réputation de l’université,
- l’effet bassin d’emploi
- l’effet conjoncture.
Les générations sont un révélateur des difficultés et des réussites sociales et économiques de
court et de long terme. Les générations sont souvent traitées de façon différente au seul motif
qu’elles ne sont pas nées la même année.
Les études sur l’insertion professionnelle soulignent que les mêmes diplômes offrent des perspectives d’emploi différentes et conduisent à des parcours plus ou moins valorisants. La réputation
des établissements joue alors un rôle essentiel. Elle a des conséquences majeures sur le marché du
travail, en particulier au niveau local. Cette réputation implique un taux d’attractivité plus ou
moins fort selon sa localisation géographique et un taux d’insertion professionnel plus ou moins
élevé selon la spécialité de la formation, la qualité des enseignements dispensés et les relations avec
le monde de l’entreprise.
L’utilisation d’une cohorte d’individus sortis la même année de la faculté Ain Chock et ayant
obtenu un diplôme comparable : une licence de sciences économiques ou juridiques permet de
contrôler les effets génération et réputation.
Il existe au Maroc, comme dans la plupart des pays, des disparités très fortes entre les marchés
3 En
1996, 3 000 étudiants ont été licenciés en droit ou en économie dans cette université.
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BUNEL Matthieu et LENOIR Magali
du travail urbain / ruraux et selon la taille et la localisation des villes. L’appartenance de l’ensemble
des sortants à une même zone géographique permet de contrôler que ces individus font face au même
bassin d’emploi (effet bassin d’emploi).
Le marché du travail est affecté par un effet conjoncture lié à l’évolution de l’activité économique,
le développement et le déclin de certains secteurs, la restructuration d’entreprises, l’ouverture des
marchés, l’évolution démographique (hausse de la population ou de la scolarité) et des programmes
gouvernementaux. En s’appuyant sur un échantillon de sortants de la même promotion, l’analyse
de leur insertion tient compte de l’effet de conjoncture.
2.3
Premiers résultats sur l’insertion et le rôle du réseau
Les individus issus de cet échantillon sont encore très nombreux à poursuivre leur recherche
d’emploi et ceux qui sont insérés sur le marché du travail perçoivent des rémunérations relativement faibles, étant donné leur niveau de diplôme. Cependant, des différences apparaissent selon
la formation suivie, l’expérience professionnelle, le secteur d’activité et les méthodes de recherche
d’emplois utilisées.
Parmi les sortants de la faculté Hassan II Ain Chock interrogés, 56% occupent un emploi 5 ans
plus tard, 36% poursuivent leur recherche d’emploi et 8 % sont inactifs. Pour cette population, le
taux de chômage est très élevé (39%) et est de 10 points supérieur à celui observé au niveau national
toutes filières confondues. Le tableau 2 fournit des éléments de comparaison du taux d’insertion
sur le marché du travail en fonction des caractéristiques des sortants.
Parmi les individus insérés sur le marché du travail, le salaire mensuel moyen est de 3 605
dirhams soit seulement 600 dirhams de plus que le salaire moyen de l’année 2000. D’autre part, il
correspond à peine au double du salaire minimum mensuel (1 826 dirhams). Toutefois, parmi les
sortants étudiés, la variance de rémunération est relativement forte et dépend des caractéristiques
individuelles et du type d’emploi occupé (voir tableau 3).
Les résultats de statistiques descriptives du tableau 2 soulignent que les sortants ayant obtenu
un baccalauréat littéraire puis suivi une filière de sciences juridiques et politiques obtiennent moins
fréquemment un poste que la moyenne (48%). Inversement, ceux qui ont obtenu un baccalauréat
scientifique (mathématique, biologie, économie) puis suivi une filière en sciences économiques obtiennent plus fréquemment un emploi (74%). Les étudiants n’ayant jamais redoublé au cours de
leur formation universitaire sont plus nombreux à avoir un emploi (67%).
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Tableau 2 : Probabilité d’occuper un emploi
Total
0,562
Formation
Bac de lettres et licence de sciences juridiques et politiques
Bac de lettres et licence de sciences économiques ou
Bac de sciences et licence de sciences juridiques et politiques
Bac de sciences et licence de sciences économiques
A obtenu son baccalauréat avant 1992
Stages
N’a jamais effectué de stage
A effectué un ou plusieurs stages de moins de 6 mois
A effectué un ou plusieurs stage de 6 mois et plus
Modes de recherche et d’obtention d’un emploi
A utilisé son réseau d’amis pour chercher et/ou trouver un emploi
A utilisé son réseau familial pour chercher et/ou trouver un emploi
A bénéficié de l’assistance d’un bureau de placement, de le CIOPE,
de l’ANAPEC ou a bénéficié d’un programme d’aide à l’insertion
pour chercher et/ou trouver un emploi
Nombre d’observations
0,482
0,447
0,744
0,667
0,500
0,605
0,643
0,630
0,587
0,562
395
Tableau 3 : Ecart salarial selon les caractéristiques des individus
Formation
Bac de lettres et licence de sciences juridiques et politiques
Bac de lettres et licence de sciences économiques ou
Bac de sciences et licence de sciences juridiques et politiques
Bac de sciences et licence de sciences économiques
A obtenu son baccalauréat avant 1992
Secteurs d’activité
Secteur industriel ou de la construction
Secteur des services
Taille d’entreprise
[0-10[
[10-50[
[50-100[
[100-∞[
Modes d’obtention d’un emploi
A utilisé son réseau d’amis pour trouver son emploi
A utilisé son réseau familial trouver un emploi
A bénéficié de l’assistance d’un bureau de placement, de le CIOPE,
de l’ANAPEC ou a bénéficié d’un programme d’aide à l’insertion
pour chercher et/ou trouver un emploi
Nombre d’observations
-15,9%
-0,7%
+19,3%
+3,0%
-17,1%
+8,4%
-10,2%
+3,6%
+6,0%
+5,5%
-28,2%
+1,9%
-16,2%
222
S o u rc e : E n q u ê te s u r le d e v e n ir d e s s o rta nts d e la fa c u lté H a ss a n I I A in C h o ck 2 0 0 2
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Ces différences de parcours scolaire affectent également le niveau de rémunération obtenu pour
ceux qui sont insérés. Ainsi, ceux qui ont obtenu successivement une licence d’économie et un baccalauréat scientifique perçoivent une rémunération de 19% supérieure à la moyenne de l’échantillon.
Une première expérience professionnelle acquise lors d’un ou plusieurs stages en entreprise
pendant ou après leur scolarité facilite l’insertion professionnelle. Ces derniers ont une probabilité
de 12% plus forte que les autres d’obtenir un emploi. Cependant, une analyse plus fine qui tient
compte de la durée de ces stages révèle que lorsque la durée totale de ces stages est supérieure à six
mois, leur probabilité d’insertion passe de 60% à 64%. Les employeurs marocains préfèrent donc
embaucher des jeunes ayant une première expérience en entreprise dont la durée est significative.
En revanche, cette première expérience ne leur permet pas vraiment d’accéder à des emplois mieux
rémunérés.
La taille de l’entreprise et le secteur d’activité dans lequel l’individu exerce son activité ont
un impact significatif sur le niveau de la rémunération obtenu. Exercer un emploi dans une petite
structure de moins de dix salariés ou dans une entreprise appartenant au secteur de l’industrie ou
de la construction implique d’accepter un niveau de rémunération plus faible que le niveau moyen
de respectivement 10% et 17%.
Les méthodes de recherche d’emplois utilisées peuvent également influencer la probabilité
d’obtenir un emploi et le niveau de rémunération perçu dans l’emploi. Ainsi, les sortants qui
ont bénéficié de l’appui de leur réseau amical (amis, agents de quartiers, anciens collègues de la
faculté) ou familial (membres de leur famille) ont une probabilité plus forte d’obtenir un emploi
cinq ans après leur sortie du système universitaire. Ils occupent un emploi dans respectivement
63% et 59% des cas.
En revanche, la mobilisation du réseau social ne donne pas accès à des emplois mieux rémunérés.
Lorsque les sortants de la faculté Hassan II Ain Chock ont obtenu leur emploi par l’intermédiaire
d’amis, d’agents de quartiers, d’anciens collègues de la faculté, ils perçoivent une rémunération
plus faible que celle qui correspond à la moyenne de l’échantillon des insérés de l’ordre de 28%.
De plus, le fait de recourir à son réseau familial a un effet marginal sur le niveau de rémunération
obtenu.
Notons enfin, que les services des intermédiaires institutionnels du marché du travail marocain
(bureau de placement, CIOPE, l’ANAPEC ou les programmes d’aide à l’insertion) ne permettent
pas d’accroître la probabilité d’insertion des sortants de la faculté Ain Chock. De plus, parmi les
insérés qui ont bénéficié de l’aide de ces services, la rémunération mensuelle obtenue est de 16%
inférieur à la moyenne.
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3
Analyse économétrique
Afin de compléter cette partie descriptive, une analyse économétrique est réalisée en vue
d’obtenir des résultats de type “toutes choses égales par ailleurs”. Afin de tenir compte du biais de
sélection associé au fait d’être en emploi, on étudie les déterminants du salaire des diplômés en tenant compte de leur probabilité d’être occupé. Cette méthodologie permet d’étudier simultanément
l’impact des caractéristiques individuelles et des modes de recherche d’emploi sur la probabilité
d’obtenir un emploi cinq ans après la sortie du système universitaire et sur la rémunération obtenue.
3.1
Méthodologie d’estimation
Soit LW le logarithme du salaire obtenu par chaque individu :
LW = βX + γR1 + u
(1)
avec X un vecteur de caractéristiques observables expliquant la rémunération et R1 les modes
de recherche utilisés pour trouver un emploi et u les éléments inobservables. Le terme d’erreur u
est supposé suivre une loi normale de moyenne nulle et de variance σ u .
La probabilité d’être inséré sur le marché du travail 5 ans après la sortie du système universitaire
est notée :
I ∗ = α1 Z + α2 R2 + v
(2)
Avec Z un vecteur de caractéristiques observables expliquant la probabilité d’être inséré, R2
les modes de recherche d’emploi mobilisés et v les éléments inobservables. La variable I ∗ est une
variable latente, seule la situation de l’individu sur le marché du travail est observée. On a :
I∗ > 0
I =1
si
I =0
sinon
(3)
Comme I est une variable dichotomique, on suppose que v suit une loi normale de moyenne
nulle et de variance 1.
Notons que le salaire versé est une variable tronquée qui n’est observée que pour les sortants
insérés sur le marché du travail. Seule l’espérance conditionnelle est observée :
E (LW | I = 1) = βX + γR1 + E (u | I = 1)
(4)
Afin d’obtenir une estimation efficiente des coefficients β, les équations (2) et (4) sont estimées
simultanément à l’aide de la fonction de vraisemblance suivante :
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BUNEL Matthieu et LENOIR Magali
ln L =
X
N1
(1 − Φ (α1 Z + α2 R2 )) +
XZ
N2
α1 Z+α2 R2
f2
−∞
µ
¶
LW − βX − γR1
, v, ρ dv
σu
Avec f2 la fonction de densité d’une fonction normale bivariée et ρ =
(5)
cov(u,v)
σu
La méthode d’Heckman en deux étapes risque de fournir des coefficients et une matrice de
variance covariance biaisés étant donnée la faible taille de l’échantillon. C’est pourquoi, la méthode
du maximum de vraisemblance est retenue. Dans ce cas, l’identification des coefficients α1 , α2 , β,
γ et σ u n’est possible que s’il existe des éléments de Z qui expliquent la probabilité d’être inséré
sans influencer la rémunération obtenue. Un test de sur-identification est réalisé pour vérifier cette
hypothèse.
Finalement, pour commenter les résultats en termes d’élasticité, les effets marginaux sont calculés à partir de l’espérance non-conditionnelle suivante :
E (LW ) = Pr (I = 1) E (LW | I = 1) + Pr (I = 0) E (LW | I = 0)
= Pr (I = 1) E (LW | I = 1)
(6)
L’impact d’une variation de la variable z sur E (LW ) s’écrit :
∂E (LW )
∂E (LW | I = 1)
∂Φ (α1 Z + α2 R2 )
=
E (LW | I = 1) + Φ (α1 Z + α2 R2 )
∂z
∂z
∂z
(7)
Pour les variables z présentes simultanément dans Z et dans X, l’effet marginal total se compose
d’un effet marginal indirect, le premier élément de droite de l’équation (7), et d’un effet marginal
direct, le second élément de droite de l’équation (7). Pour les variables z présentes uniquement dans
X (respectivement dans Z), l’effet marginal total se limite à l’effet marginal direct (inversement
indirect).
3.2
Résultats et commentaires
Le test de Wald réalisé pour estimer la significativité du coefficient ρ conduit à ne pas rejeter
l’hypothèse de nullité de celui-ci. Ainsi, les variables non-observables expliquant la probabilité
d’obtenir un emploi affecte négativement mais pas significativement le salaire obtenu.
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BUNEL Matthieu et LENOIR Magali
Tableau 4 : Analyse conditionnelle du logarithme du salaire obtenu par les insérés issus de
la faculté Ain Chock à Casablanca
La probabilité d’être en emploi
Constante
Formation
Bac de lettres et licence de sciences juridiques et politiques
Bac de lettres et licence de sciences économiques ou
Bac de sciences et licence de sciences juridiques et politiques
Bac de sciences et licence de sciences économiques
A obtenu son baccalauréat avant 1992
Stages
N’a jamais effectué de stage
A effectué un ou plusieurs stages de moins de 6 mois
A effectué un ou plusieurs stage de 6 mois et plus
Sexe et caractéristiques familiales
Homme (réf : femmes)
Etre marié
Famille traditionnelle
(mère non scolarisé, n’ayant jamais travaillé et comprenant 4 enfants)
Part de la fratrie ayant un emploi
Père travaillant dans le secteur privé
Modes de recherche et d’obtention d’un emploi
A utilisé son réseau d’amis pour chercher et/ou trouver un emploi
A utilisé son réseau familial pour chercher et/ou trouver un emploi
A tenté ou a réussi un concours
A bénéficié de l’assistance d’un bureau de placement, de le CIOPE,
de l’ANAPEC ou a bénéficié d’un programme d’aide à l’insertion
pour chercher et/ou trouver un emploi
Coefficient
-1,311****
SDT
0,265
0,001
0,682****
0,440****
0,228
0,161
0,139
Ref.
0,332**
0,414****
0,181
0,166
0,311****
-0,069
0,141
0,173
-0,352****
0,159****
0,264**
0,152
0,054
0,151
0,437****
0,444****
0,230*
0,139
0,150
0,155
-0,261**
0,149
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BUNEL Matthieu et LENOIR Magali
Tableau 4 : Analyse conditionnelle du logarithme du salaire obtenu par les insérés issus de
la faculté Ain Chock à Casablanca (suite)
Le logarithme du salaire conditionnel
Constante
Formation
Bac de lettres et licence de sciences juridiques et politiques
Bac de lettres et licence de sciences économiques ou
Bac de sciences et licence de sciences juridiques et politiques
Bac de sciences et licence de sciences économiques
A obtenu son baccalauréat avant 1992
Sexe et statut matrimonial
Homme (réf : femmes)
Est marié
Famille traditionnelle
(mère non scolarisé, n’ayant jamais travaillé et comprenant 4 enfants)
Types d’emploi
Fonction de direction, administrative, d’enseignement ou de recherche
Fonction comptable et financière
Fonction commerciale
Fonction de production
Taille et secteur d’activité
Taille de l’entreprise
Secteur des services
Secteur industriel et de la construction
Modes d’obtention d’un emploi
A utilisé son réseau d’amis pour trouver son emploi
A utilisé son réseau familial trouver un emploi
A réussi un concours
A trouvé son emploi grâce à de l’assistance d’un bureau de placement,
de le CIOPE, de l’ANAPEC ou d’un programme d’aide à l’insertion
Sigma
Rho
Log de vraisemblance
N
N2 ayant un emploi
N1 au chômage
Coefficient
7,963****
SDT
0,185
Ref.
-0,013
0,152**
-0,062
0,156
0,093
0,073
0,079
0,203***
0,081
0,094
-0,158****
0,068
Ref.
0,017
-0,092
-0,230***
0,104
0,142
0,106
0,052***
Ref.
-0,191**
0,027
0,102
-0,259****
-0,007
0,248**
0,111
0,096
0,133
-0,222*
0,157
0,515****
0,030
-0,150
0,216
-395,8
395
222
173
**** : significatif au seuil de 1%, *** de 5%, ** de 10% et * de 15% avec correction de White
Les résultats obtenus sont issus du logiciel STATA7
S o u rc e : E n q u ê te s u r le d e v e n ir d e s s o rta nts d e la fa c u lté H a ss a n 2 A in C h o ck
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BUNEL Matthieu et LENOIR Magali
La part de la fratrie ayant un emploi et la situation professionnelle du père sont les deux variables
qui permettent d’identifier le modèle. Le test de sur-identification conduit à rejeter l’hypothèse de
corrélation entre ces variables et le terme d’erreur u de l’équation (1) (Robin [2000]).
Le tableau 4 fournit les résultats obtenus à l’aide du modèle (5). La première partie du tableau
présente les variables affectant la probabilité d’être en poste, la seconde partie l’espérance conditionnelle du logarithme du salaire mensuel.
D’après les résultats présentés dans le tableau 4, les choix d’orientation scolaire, l’environnement
familial, les caractéristiques des emplois et les méthodes de recherche d’emplois influencent les
parcours d’insertion professionnelle des diplômés de Hassan II Ain Chock.
La filière choisie au niveau du lycée, puis celle à l’université, affectent simultanément la probabilité d’obtenir un emploi et de bénéficier d’une forte rémunération. Les sortants de la faculté
Hassan II Ain Chock, issus d’un baccalauréat scientifique et ayant obtenu une licence de sciences
économiques, ont une probabilité significativement plus élevée d’obtenir un emploi et disposent
s’ils exercent une activité d’un salaire significativement plus élevé. Les effets marginaux associés à
cette variable disponibles dans le tableau 5, montrent que ces individus ont une probabilité de 25%
supérieure aux autres d’être en emploi et bénéficient d’un salaire de 18% supérieur à la moyenne
du salaire pour tous les insérés. Ces pourcentages “toutes choses égales par ailleurs” confirment
les résultats de statistiques descriptives obtenus. Les lauréats issus des filières juridiques sont donc
désavantagés par rapport à leurs collègues issus des filières économiques. En effet, ces derniers
ont suivi toutes leurs études universitaires en arabe. A la sortie de leur scolarité, ils maîtrisent et
manient moins bien la langue française qui demeure la langue des affaires. Ils sont donc confrontés
à une discrimination linguistique à l’embauche.
L’environnement familial dans lequel évolue l’individu peut expliquer une partie des écarts de
probabilité d’insertion professionnelle et de niveau de rémunération mensuel. Les hommes ont une
probabilité de 14% supérieure aux femmes d’être en emploi mais ne bénéficient pas d’un surplus
salarial. De même, les lauréats qui vivent dans une famille dont la majorité des membres font parti
de la population active occupée ont une probabilité plus forte de trouver un emploi. Si le père
exerce un emploi dans le secteur privé et si des frères ou des sœurs sont en emploi, ceci affecte
positivement et significativement la probabilité d’avoir un emploi de 6% et de 10%. Si les membres
de la famille insérés sont intégrés dans un réseau de relations professionnelles, ils peuvent signaler
plus facilement et plus rapidement aux diplômés les opportunités d’emplois. Etre issu d’une famille
traditionnelle (mère sans éducation, n’ayant jamais travaillé et ayant eu au moins quatre enfants)
affecte également positivement la probabilité d’emploi (de 17%), mais négativement le niveau
de rémunération obtenu (de 16%). Ces individus, issus d’un milieu plus modeste, élargissent plus
20 /28
BUNEL Matthieu et LENOIR Magali
facilement le champ de leur recherche d’emploi vers des secteurs ou des métiers qui ne correspondent
pas à leur niveau d’éducation ou à leur spécialisation. Ils ont davantage besoin de trouver un emploi
que les autres diplômés et sont prêts à accepter des emplois moins bien rémunérés. Le salaire en
dessous duquel ils déclarent refuser travailler est en moyenne de 4% plus faible4 .
Les résultats économétriques au niveau du lien entre caractéristiques des emplois et niveau de
rémunération dans l’emploi confirment ceux de l’analyse statistique. Les lauréats insérés soit dans
le secteur industriel soit dans des petites entreprises ou encore occupant des postes de production
bénéficient d’une rémunération significativement plus faible (23% à 5%) ce qui reflète les résultats obtenus au niveau national. Les petites entreprises n’arrivent pas à attirer les diplômés des
universités, car elles ne sont pas en mesure de les rémunérer correctement.
Une première expérience du monde du travail, acquise en stage au cours de sa scolarité ou
après celle-ci, affecte significativement et positivement la probabilité d’être en emploi. Ces situations
accroissent de 13% et 16% la probabilité d’être inséré 5 ans après la sortie du système universitaire.
Si la durée des stages est de plus de six mois, les chances d’obtenir un emploi sont encore plus
fortes. Ceci accroît de trois points la probabilité d’être inséré 5 ans après la sortie du système
universitaire. En sélectionnant ces diplômés, les employeurs marocains espèrent que ces derniers
auront plus de faciliter à s’adapter dans l’entreprise et à être opérationnels sur leur poste de travail.
En revanche, le fait d’avoir effectué des stages n’affecte pas directement les salaires obtenus et ce
quelle que soit leur durée (colonne 2 du tableau 4). L’effet des stages sur la rémunération n’est
qu’indirect et s’explique par une probabilité d’insertion plus forte.
Finalement, les modes de recherche d’emploi affectent significativement la probabilité d’obtenir
un emploi et la rémunération obtenue. L’appui du réseau amical ou familial pour rechercher un
emploi accroît dans les mêmes proportions, 17% environ, la probabilité qu’un sortant de l’université
Hassan II Ain Chock d’être en emploi. Faire appel à ses pairs dans sa démarche semble accroître
l’accès à des informations locales sur les emplois et faciliter la probabilité d’obtenir un emploi.
De plus, la sélection par ses pairs correspond à un contrat moral dans lequel ceux-ci engagent
leur réputation sur les qualités intrinsèques et sur les compétences des diplômés vis à vis des
employeurs potentiels (Rees [1966], Montgomery [1991] et Simon et Warner [1992]). Ce résultat est
important dans le contexte marocain, caractérisé par une dévalorisation du diplôme des lauréats
des universités et une pénurie d’emplois pour les diplômés du supérieur et montre le poids des
relations sociales pour faciliter l’insertion professionnelle.
De plus, ces résultats vont dans le même sens que ceux obtenus dans les études statistiques
précédentes réalisées par Abdoud [1994] et par Mourji, Montmartquette et Garni [1996].
4 Ce
seuil déclaré est fourni directement dans l’enquête.
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BUNEL Matthieu et LENOIR Magali
Tableau 5 : Calcul des effets marginaux
(1)
Log du salaire
Effet
Effet direct
indirect
Sexe et caractéristiques familiales
Homme
n.s.
Etre marié
0,200***
Famille traditionnelle
-0,174****
Part de la fratrie ayant un emploi
n.s
Père travaillant dans le secteur privé
n.s
Formation
Bac de lettres et licence de sciences juridiques et politiques
réf.
Bac de lettres et licence de sciences économiques ou
Bac de sciences et licence de sciences juridiques et politiques
-0,013
Bac de sciences et licence de sciences économiques
0,181***
A obtenu son baccalauréat avant 1992
-0,042
Types d’emploi
Fonction de direction, administrative, d’enseignement ou de recherche
réf.
Fonction comptable et financière
n.s
Fonction commerciale
n.s
Fonction de production
-0,230****
Taille et secteur d’activité
Taille de l’entreprise
0,052***
Secteur des services
réf.
Secteur industriel et de la construction
-0,191***
Stages
N’a jamais effectué de stage
n.s
A effectué un ou plusieurs stages de moins de 6 mois
n.s
A effectué un ou plusieurs stage de 6 mois et plus
n.s
Modes d’obtention d’un emploi
A utilisé son réseau d’amis pour trouver son emploi
-0,259****
A utilisé son réseau familial trouver un emploi
n.s
A réussi un concours
0,248***
A trouvé son emploi grâce à de l’assistance d’un bureau de placement,
de le CIOPE, de l’ANAPEC ou d’un programme d’aide à l’insertion
-0,222*
Modes de recherche et d’obtention d’un emploi
A utilisé son réseau d’amis pour chercher et/ou trouver un emploi
A utilisé son réseau familial pour chercher et/ou trouver un emploi
A tenté ou a réussi un concours
A bénéficié de l’assistance d’un bureau de placement, de le CIOPE,
de l’ANAPEC ou a bénéficié d’un programme d’aide à l’insertion
pour chercher et/ou trouver un emploi
-
0,007****
0,012**
Probabilité
d’insertion
Effet
marginal
0,122****
-0,027
-0,138****
0,062****
0,102**
réf.
n.s
-
0,254****
0,170****
-
p.e.
p.e.
p.e.
-
p.e.
p.e.
p.e.
réf.
0,015***
0,018****
0,126***
0,158****
p.e.
p.e.
p.e.
p.e.
0,020****
0,021****
0,011*
0,170****
0,174****
0,090*
-0,102**
-0,012**
(1) les effets marginaux sont calculés sur l’espérance du salaire. Les résultats obtenus sont issus du logiciel STATA7
n.s. non significatif ; p.e. pas d’effet ; **** : significatif au seuil de 1%, *** de 5%, ** de 10% et * de 15%
lecture : Etre marié accroît de 20% le salaire tandis qu’avoir effectué un stage de moins de 6 mois n’affecte pas
de manière significative l’espérance conditionnel du salaire mais accroît de 1,5% le salaire non-conditionel.
S o u rc e : E n q u ê te s u r le d e v e n ir d e s s o rta n ts d e la fa c u lté H a ss a n 2 A in C h o ck
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BUNEL Matthieu et LENOIR Magali
En revanche, les résultats obtenus ici soulignent que l’impact de ces modes de recherche d’emploi
sur les salaires des sortants de l’université Hassan II Ain Chock est négatif. Cet effet n’est significatif
que pour ceux qui ont utilisé le réseau d’amis (-25%). Il est probable que les individus qui obtiennent
leur emploi par l’intermédiaire d’un membre de leur réseau d’amis, disposent d’un pouvoir de
négociation salariale plus faible que les autres. Ils se sentent redevables par rapport à leurs pairs
et acceptent plus facilement soit un emploi qualifié mais mal rémunéré, soit un emploi qui ne
correspond pas à leur niveau de qualification et donc mal payé.
Toutefois, les modes d’obtention des emplois ne peuvent être considérés comme des choix exogènes. Afin de compléter l’analyse, deux estimations complémentaires sont proposées. La première
étudie à l’aide d’un modèle Probit bivarié les probabilités de recourir au réseau social et la probabilité d’obtenir un emploi. La seconde porte sur l’impact des liens forts et des liens faibles sur le
salaire espéré en instrumentant ces deux variables5 . Les résultats obtenus sont présentés dans le
tableau 6 en annexe.
Lorsque le contrôle du caractère endogène des liens forts et faibles est effectué, ces variables
ne semblent pas affecter de manière significative ni la probabilité d’obtenir un emploi ni le salaire
obtenu. Toutefois, ce résultat est à interpréter avec précaution étant donnée la taille de l’échantillon
et la faible qualité des instruments trouvés pour identifier le modèle.
4
Conclusion
Les sortants des facultés de droit et d’économie font face à un marché du travail caractérisé
par une pénurie d’emplois qualifiés et par une concurrence des écoles privées. Deux catégories de
lauréats peuvent être identifiées : ceux ne disposant pas de réseau social et qui font face à des
difficultés importantes d’insertion et ceux qui par leur réseau ont accès à des emplois mais de
mauvaise qualité.
Ainsi, la plupart des diplômés de l’enseignement supérieur sont cantonnés dans le marché secondaire du travail, et ce quel que soit leur réseau social. Même si la mobilisation de ce réseau
permet d’accéder plus facilement aux emplois disponibles, il ne permet pas d’accéder aux emplois
du marché primaire du travail réservés à une élite issue des écoles privées. C’est pourquoi, les
lauréats des filières universitaires ayant recours à leur réseau social s’insèrent plus facilement mais
ne bénéficie pas d’un salaire plus élevé. Lorsqu’ils trouvent un emploi, ils exercent le plus souvent
des petits boulots, ou sont cantonnés dans des emplois précaires.
5 La
taille de l’échantillon ne permet pas d’endogénéser le réseau et d’estimer simultanément la probabilité d’avoir
un emploi et le salaire obtenu.
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Dans ce contexte de pénurie d’emploi et de concurrence des établissements privés, le recours
aux liens forts dans la recherche d’emploi ne permet pas, contrairement aux résultats obtenus au
niveau européen ou américain, d’obtenir un emploi de meilleure qualité.
5
Références
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BUNEL Matthieu et LENOIR Magali
6
6.1
Annexes
Statistiques descriptives
Variables
Moyenne
Formation
Bac de lettres et licence de sciences juridiques et politiques
0,587
Bac de lettres et licence de sciences économiques ou
Bac de sciences et licence de sciences juridiques et politiques
0,096
Bac de sciences et licence de sciences économiques
0,316
A obtenu son baccalauréat avant 1992
0,441
Stages
N’a jamais effectué de stage
0,511
A effectué un ou plusieurs stages de moins de 6 mois
0,205
A effectué un ou plusieurs stage de 6 mois et plus
0,284
Sexe et statut matrimonial
Est marié
0,218
Homme
0,532
Modes de recherche et d’obtention d’un emploi
A utilisé son réseau d’amis pour chercher et/ou trouver un emploi
0,486
A utilisé son réseau familial pour chercher et/ou trouver un emploi
0,656
A bénéficié de l’assistance d’un bureau de placement, de le CIOPE,
de l’ANAPEC ou a bénéficié d’un programme d’aide à l’insertion
pour chercher et/ou trouver un emploi
0,468
A tenté ou a réussi un concours
0,522
Caractéristiques de la famille
Le père appartient au secteur privé
0,327
Taille de la fratrie
4,666
Part de la fratrie ayant une emploi
1,835
Famille traditionnelle
(mère non scolarisé, n’ayant jamais travaillé et comprenant 4 enfants) 0,352
Variables
Types d’emploi
Fonction de direction et administrative
Fonction comptable et financière
Fonction commerciale
Fonction d’enseignement ou de recherche
Fonction de production
Secteurs d’activité
Secteur industriel ou de la construction
Secteur des services
Taille d’entreprise
[0-10[
[10-50[
[50-100[
[100-∞[
Modes d’obtention d’un emploi
A utilisé son réseau d’amis pour trouver son emploi
A utilisé son réseau familial trouver un emploi
A réussi un concours
A trouvé son emploi grâce à de l’assistance d’un bureau de placement, de le
CIOPE, de l’ANAPEC ou d’un programme d’aide à l’insertion
std
N
-
395
-
395
395
395
-
395
395
395
-
395
395
-
395
395
-
395
395
2,124
1,400
395
395
395
-
395
Moyenne
N
0,270
0,302
0,113
0,207
0,108
222
222
222
222
222
0,329
0,671
222
222
0,333
0,180
0,180
0,307
222
222
222
222
0,176
0,685
0,063
222
222
222
0,045
222
S o u rc e : E n q u ê te s u r le s d ip lô m é s
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6.2
Présentation de l’enquête
L’enquête sur le devenir des sortants de la faculté Ain Chock (Casablanca) a été réalisée entre
mai 2001 et février 2002 auprès de 430 étudiants licenciés en 1996 et non réinscrits l’année suivante.
La population interrogée reflète la répartition des individus inscrits en 1996 entre filières juridiques
(67%) et économiques (33%) au sein de la faculté.
Ces étudiants ont été interrogés en face à face par des enquêteurs issus de la faculté de
Casablanca. Afin de limiter le biais de non-réponse lié à la langue et au sexe des enquêteurs,
l’équipe qui a réalisé les entretiens était composée de 3 étudiants et de 3 étudiantes bilingues
franco-arabe (les deux tiers des étudiants interrogés ayant suivi une formation juridique dispensée
exclusivement en arabe).
Cette enquête fournit des informations détaillées sur les thèmes suivants :
— Les caractéristiques individuelles et familiales (sexe, âge, situation marital, origine sociale,
niveau d’éducation des parents, emploi et salaires, soutien financier des parents taille de la
fratrie et nombre de frères et sœurs et nombre d’entre eux qui exercent un emploi).
— La formation et l’expérience professionnelle (filière de formation, diplôme obtenu, réalisation
de stage, de petits boulots ou de jobs d’été et durée de ces différentes expériences).
— L’évolution sur le marché du travail et la situation professionnelle en novembre 2001.
— Le parcours professionnel de janvier 1996 à novembre 2001.
— Le comportement de recherche d’emploi (modes de recherche d’emplois utilisés, mode d’accès
à l’emploi et zone géographique de recherche d’emploi) et les attentes professionnelles, pour
ceux ayant connu une ou plusieurs périodes de chômage.
— Le comportement de recherche d’emploi, le(s) emploi(s) occupé(s) et ses caractéristiques
(durée, salaire, fonction, statut, taille de l’entreprise, secteur d’activité, localisation géographique de l’emploi, motif de rupture de fin de contrat) pour ceux ayant exercé un emploi
entre 1996 et 2001.
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6.3
Endogénéisation des variables réseau
Tableau 6 : Analyse des liens faibles et forts
Liens forts
A utilisé son réseau
d’amis pour trouver
son emploi
Liens faibles
A utilisé son réseau
A effectué un ou
A effectué un ou
familial trouver un plusieurs stages de plusieurs stage de 6
emploi
moins de 6 mois
mois et plus
Probabilité de trouver un emploi
Modèle 1
Modèle 2
+17%
n.s.
+17%
n.s.
n.s.
+15,8%
n.s.
+ 1,5%
n.s.
+1,8%
n.s.
+12,6%
Salaire obtenu
Modèle 1
Modèle 3
- 25 %
n.s.
n.s.
n.s.
Modèle 1 : méthode du maximum de vraisemblance (équation 5)
Modèle 2 : modèle Probit bivarié
Modèle 3 : modèle instrumentant le réseau uniquement pour ceux ayant un emploi
S o u rc e : E n q u ê te s u r le d e v e n ir d e s s o rta n ts d e la fa c u lté H a ss a n 2 A in C h o ck
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