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Révision de moteurs 9 { R e co ns t r u ct e u r d e mo t eurs } Faire du neuf avec du vieux Texte : Laurent Cortvrindt Un moteur défectueux ou usé ne signifie pas qu’il doit être déclassé. Grâce au travail d’un reconstructeur de moteurs, celui-ci entamera une nouvelle vie, fonctionnera et aura retrouvé les mêmes performances qu’à l’état neuf. Cette résurrection représente un grand atout pour le respect de l’environnement : jusqu’à 30 % d’économie des ressources naturelles, une diminution des déchets et une réduction sensible des coûts pour le consommateur. Rencontre avec le défenseur des reconstructeurs. U n reconstructeur de moteurs est une personne qui possède les machines nécessaires pour réusiner un moteur. On peut le comparer à un usineur qui, en plus, possède une connaissance assez approfondie de ce qu’est un moteur. Par rapport au travail d’un usineur, le reconstructeur doit aller jusqu’au bout de la chaîne de montage et s’assurer que le moteur fonctionne parfaitement. Pour être un bon reconstructeur, il faut faire preuve de la plus grande précision et savoir déterminer les causes d’une panne. Le reconstructeur constitue un maillon de l’immense chaîne de l’automobile. Il travaille essentiellement pour les professionnels : concessionnaires, garagistes, industrie, etc. Le privé Le V10 de la Viper, la supercar de Dodge, est un véritable mythe. On le retrouve également sous le capot de nombreux pick-up… y compris en Belgique. Quand il usine une pièce, le reconstructeur réalise l’enlèvement de la matière par la conjonction du mouvement de coupe et du mouvement d’avance. ne représente, peut-être, que 5 % de ses activités. Investissement On compte encore environ 45 ateliers de rectification sur l’ensemble de notre territoire. Pour des raisons géographiques et démographiques, la majorité des reconstructeurs se trouvent au Nord du pays. La province du Luxembourg, par exemple, n’a pas besoin d’un grand nombre de garages… et donc de reconstructeurs. Par rapport aux autres pays, nos ateliers sont, généralement, de petites structures composées la plupart du temps de 2 ou de 3 personnes. Ils comptent rarement plus de 5 employés. Point positif : ces ateliers font preuve d’une grande f lexibilité et n’ont pas besoin de « débiter » du volume pour travailler à la chaîne. Point plus négatif : la main d’œuvre qualifiée manque cruellement. Mais ce problème n’est pas typiquement belge. Il concerne la profession à l’échelle mondiale. Pour monter un atelier de rectification complet et bien équipé, il faut tabler sur un investissement minimum de 600.000 euros. Ce qui explique pourquoi, fréquemment, des structures commencent en se spécialisant sur certaines pièces – culasses ou autres – afin de limiter les dépenses. De nombreux ateliers se transmettent d’ailleurs de père en fils. Notons encore qu’un rectifieur de moteurs n’est pas forcément lié à l’automobile. Certains travaillent exclusivement pour l’industrie (élévateurs, etc.), pour l’aviation s’ils sont agréés, etc. Info GARAGE {Juin 2010} 17 Révision de moteurs 9 { R e co ns t r u ct e u r d e mo t eurs } Révision des culasses Très récent ou beaucoup plus ancien, un moteur usé retrouvera sa jeunesse grâce au travail d’un reconstructeur. Ici, le bloc d’une Fiat 512, remis à neuf. Travail de pro Précisons qu’un reconstructeur ne travaille pas sur le véhicule mais bien sur la pièce détachée qu’il reçoit – un joint de culasse qui a sauté, un vilebrequin qui a coulé… – voire sur un bloc moteur complet pour procéder à son diagnostic. S’ils sont équipés, les garagistes peuvent, naturellement, intervenir. Mais en règle générale, leur personnel n’est pas formé à ce type de travail ou il se limite à poser un constat. « En plus de l’identification de la panne, un reconstructeur, lui, répare et remonte les pièces et le moteur », nous explique Philippe Maerten, administrateur délégué d’Atelier de Rectification Service Automobile (ARSA), président du Groupement des reconstructeurs moteurs Belges (Federauto) et président de la Fédération International des Rectifieurs et Reconstructeurs de Moteurs (FIRM). « Donc, si l’on vient chez un reconstructeur au lieu de faire remplacer la pièce défectueuse chez son garagiste, c’est avant tout pour une question de professionnalisme, d’outillage… mais aussi de coûts. Une réparation se révèlera toujours moins onéreuse qu’un échange complet : quand on crève un pneu, on ne remplace pas la voiture. C’est pareil pour un moteur où les défaillances sont, Avec la complexité croissante des moteurs HDI, TDI ,TDCI..., la réparation des culasses va désormais plus loin que le simple surfaçage. Cilinderkopcentrum (centre de culasses) Huyghe à Oostnieuwkerke s’est spécialisé dans la réparation des culasses, notamment pour les garages, les centres pour poids lourds et les agents pour véhicules agricoles, dans le cadre d’un service 48 heures. Ils utilisent ici la surfaceuse SF7A de Rottler. Rottler produit une gamme complète de machines pour la révision de moteurs, mais aussi des aléseuses pour cylindres, des affileuses et des centres d’usinage de cylindres. La gamme SFA est destinée à l’usinage de culasses, de blocs moteurs et de pipes d’admission pour moteurs diesel. Les machines de la gamme sont pourvues d’outils et de fixations, afin que les pièces travaillées puissent être fixées rapidement et solidement, et être tournées dans toutes les directions souhaitées. Grâce à la table à deux axes, la pièce à travailler peut être fixée très rapidement. Le niveau peut être adapté très facilement dans les deux directions au moyen de deux manivelles. En combinaison avec le système Dual Axis Level, toute pièce peut être serrée en quelques secondes à peine et être amenée au niveau souhaité. À l’aide du système Air Float, la table peut facilement être retirée de la machine (pour y fixer la pièce) et ensuite être replacée tout aussi facilement dans la machine, et amenée à la bonne position pour exécuter le traitement de surface. Chez Cilinderkopcentrum Huyghe, on trouve particulièrement pratique de pouvoir serrer en moins minutes des culasses difficiles à fixer, grâce à surfaceuse manoeuvrable. Grâce à la longueur et au diamètre de surfaçage plus importants, il est en outre possible d’usiner entièrement des culasses comme celles de Caterpillar. d’ailleurs, souvent très limitées. Un moteur rend rarement totalement l’âme. Enfin, on peut aussi venir chez nous pour des questions de disponibilité de pièces détachées. Certaines marques n’offrent, en effet, pas toujours tous les sousensembles du moteur… », continue Philippe Maerten. Garantie Privilégier le travail d’un reconstructeur est également une question de garantie… qui, actuellement, soulève un grand débat. Les deux ans de garantie « traditionnelle » concernent la vente d’un produit à un particulier. Or, un reconstructeur ne vend pas de produit. Il apporte une valeur ajoutée en vendant de la main d’œuvre. Philippe Maerten : « C’est pourquoi nous proposons généralement un an de garantie. De professionnel à professionnel, tout devrait à chaque fois se régler de manière contractuelle. Mais les interventions sous garanties sont rarissimes. Et la plupart du temps, il s’agit d’interventions commerciales. Chaque moteur reconstruit subit des contrôles sévères suivant les normes des constructeurs ». Ces contrôles sont les garanties du bon fonctionnement des moteurs reconstruits. Jusqu’à 50 % de gain En faisant appel à un reconstructeur, le garagiste peut certainement espérer une marge minimale de 20 %. Et la différence entre une pièce neuve qu’il devrait commander et une réparation peut faire monter sa marge jusqu’à 50 %. Maerten : « Ceci explique pourquoi les concessionnaires viennent de plus en plus nous trouver. Ils savent que le travail sera bien fait et que le prix final se révèlera plus compétitif. Ce qui, en définitive, satisfera son client ». De plus, la garantie de fonctionnement de la pièce réparée est identique à celle d’une pièce neuve. Il n’y a aucune limite d’âge, de marque ou de carburants pour une réparation. « Et les pannes sur lesquelles nous ne pouvons intervenir sont rares : une bielle qui passe au travers du bloc moteur ou un vilebrequin cassé en deux, par exemple. En outre, nos délais de travail sont extrêmement courts : 24h pour une culasse, notamment. C’est pourquoi nous travaillons sans rendez-vous, ni planning », dit Maerten. Bien entendu, certains traitements additionnels peuvent prolonger l’intervention. Info GARAGE {Juin 2010} 19 Révision de moteurs 9 { R e co ns t r u ct e u r d e mo t eurs } A gauche, un piston en parfait état. A droite, un piston détérioré après un bris de bielle. Quand un vilebrequin est coulé, il faut le rectifier mais aussi le redurcir. « Aussi, nous donnons toujours un délai à nos clients », continue Maerten. A titre indicatif, il faut de 3 à 5 jours pour reconstruire entièrement un moteur, si le reconstructeur possède toutes les pièces. Une usine pourrait obtenir un bloc neuf en 24h. Mais avec une différence de prix colossale… « Et si des pièces venaient à ne plus être disponibles sur le marché, on peut en faire refaire », alors Philippe Maerten. Pannes récurrentes Philippe Maerten a observé que certaines pannes se produisent de manière plus récurrente. Les risques de défaut existent bel et bien sur certaines pièces. Comme les problèmes d’injection sur les nouveaux moteurs diesel. Ces blocs sont performants mais aussi délicats. « On Un piston détérioré, ici après un bris de bielle. ne peut pas faire n’importe quoi avec un moteur. Il faut utiliser un combustible adéquat et éviter les diesels bon marché. Les injecteurs peuvent payer cash une trop forte présence d’eau dans un diesel bon marché. Par injecteur endommagé, les frais varient de 200 à 500 euros », dit-il. Les manques d’huile, dus aux sauts d’entretiens ou à un certain laisser-aller, peuvent provoquer la défaillance de coussinets ou de vilebrequins. « Aujourd’hui, un moteur offre peut-être encore 5 % de tolérance aux manquements. Les pannes sont souvent identiques d’une marque à l’autre. Le moindre défaut de conduite peut engendrer un dégât », selon Philippe Maerten. Prix trop bas ARSA s’est aussi spécialisée dans les boîtes de vitesse mécaniques, car il arrive que certaines marques ne vendent pas de pièces. Comme les moteurs, les boîtes de vitesses sont de grands puzzles mécaniques. Un rectifieur s’occupe, à la base, de moteurs. Et fréquemment, il se spécialise : diesel, common rail, pompes d’injection, etc. ARSA privilégie la soudure et les boîtes de vitesse et s’est aussi équipé de l’appareil le plus performant pour réaliser les tests et entretiens des injecteurs essence, mono et multipoints. Par ailleurs, Philippe Maerten souligne que le recrutement de main d’œuvre pose souvent problème. « Comme dans beaucoup de métier, il ne faut pas avoir peur de retrousser ses manches. De plus, en Belgique, il n’existe aucune école du métier. Aussi, la rectification de moteur s’apprend sur le tas ou en stage. Généralement, nous choisissons un mécanicien de garage ou un tourneur-fraiseur et nous le formons ». Par contre, chez le reconstructeur, on ne retrouve pas de système informex. Chacun base ses prix en fonction de critères plus personnels : ses investissements, sa masse salariale, sa localisation géographique, etc. Maerten : « Je trouve néanmoins que nos prix sont encore beaucoup trop bas. Nous sommes obligés d’investir en permanence en outillage, il faut entretenir les machines, les bâtiments... » Le « vert » a le vent en poupe Outre les gains financiers qu’il peut apporter au garagiste ou à son client, le reconstructeur travaille également en faveur de l’environnement… En effet, le « vert » a le vent en poupe et se voit souvent récupéré à des fins commerciales. Philippe Maerten : « Or, depuis le début de l’existence de notre profession, notre travail est bénéfique pour notre planète : refaire un moteur permet d’énormes économies d’énergie ». Info GARAGE {Juin 2010} 21
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