Mise en page 1 - Le PARIS SHOOTING CLUB
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Mise en page 1 - Le PARIS SHOOTING CLUB
Sur le terrain Su r l e t e r r a i n par Alain de l’Hermite Paris Shooting Club Un nouveau cercle ◆ Au cœur du Val-d’Oise, le Paris Shooting Club ouvre ses portes. Cent ans après l'école de chasse Gastinne-Renette, ce nouveau cercle renoue avec la tradition séculaire des “shooting grounds” anglais. U nnouveau shootingground àcôtédeParis !Lesbonnesnouvelles sont si rares concernant les écoles de chasses… Car récemment,choseimpensable,les coups de fusils ont cessé au CercleduboisdeBoulogne,une institution que l’on imaginait pourtant immortelle. Avant il y avait eu la disparition du stand de la Roche-Couloir en vallée de Chevreuse. Comme si elle n’avaitpasvoulusurvivreàladis- parition d’Alain Ségot son emblématique moniteur, issu d’un père qui avait lui-même conquis ses galons de maître d’armes à la pointe du fusil chez GastinneRenette à Issy-les-Moulineaux. Gastinne, c’était le premier parcoursdechassefrançais :inspiré parles shootinggrounds anglais, il avait vu le jour en 1909. Aussi, aujourd’hui, avec l’ouverture du Paris Shooting Club, on ne peut pas bouder notre plaisir. Comme si l’histoire des armes, de la chasse et d’un certainartdevivren’avaitpasinterrompu son cours. Car un shooting ground a quelque chose departiculier :cettelocutionanglaise est difficilement traduisible puisqu’elle indique à la fois un lieu où l’on apprend tour à tour le maniement, l’utilisation mais aussi où l’on expérimente desarmes.LesAnglaisàl’image de Purdey ont inauguré de tels PHOTOS : PATRICK IAFRATE Ci-dessus, le maître et la maîtresse des lieux Wafa et Benjamin Tranchant. Et Olivier Dassault en train de tirer dans le plus pur style académique. 114 Jours de C HASSE ◆ ÉTÉ 2011 116 PHOTOS : PATRICK IAFRATE sites dans la lignée de l’inventionmajeuredusystèmedepercussion sur fulminate de mercure par le révérend Forsyth en1807.Àpartirdecemoment, le départ du coup de fusil devenait quasi spontané et permettait donc d’envisager le tir en mouvement. C’est embrumé de ces quelques repères que nous arrivons… À la sortie du village de VémarsdansleVal-d'Oise,lapetite départementale serpente aubeaumilieud’unécrandeverdure. Le soleil darde ses rayons maintenantet,depuislafenêtre entrouverte, les bruits de la nature emplissent l’habitacle. En cettefindeprintemps,nousprovient pour la première fois le chant du coucou, plus loin nous reconnaissons le son caractéristique du bec d’un pic contre un tronc. Pourtant il y a moins d’une demi-heure, nous pensions ne pas pouvoir échapper aux embouteillages du périphérique.Laproximitéetla facilité d’accès du Paris Shooting Club sont sans doute la première chose qui étonne en même temps qu’elle enthousiasme. Déjà il y a un siècle, Paul Gastinne-Renette constatait que « la proximité de la ville est indispensable chez nous pourlesuccès,carnousn’avons pas comme nos voisins anglais le goût des déplacements éloignés ». Soudain, un portail grand ouvert apparaît sur la gauche de la petite route, un messager nous y attend. Sans tarder nous enfilonslepasdesonmicropickupélectrique,quinousprécède. Rapidement,nousdébouchons Les déplacements sur les 20 hectares du domaine se font en véhicule électrique. Ci-dessous, Charles Bardou, le moniteur de tir, raconte “sa passion” à Frédéric Didier, maire de Vémars. Aux beaux jours, une terrasse de 500 mètres carrés accueille les membres du cercle. sur une plaine au début de laquelle émerge la silhouette de maisonnettes de bois. À proximité, un grand parquet extérieur rappelle les planches du bord de mer et stabilise le sol. Dessus une table surmontée d’un immense parasol est dressée pour le petit déjeuner. Le est un ravissement permanent autantqu’unhavredepaixsiloin des vicissitudes de la ville et en même temps si facile d’accès (signalons que pendant la saison d’hiver, c’est un autre clubhouse mitoyen qui accueille les membres du Paris Shooting Club). maître et la maîtresse de maison, Benjamin Tranchant et son épouse Wafa nous accueillent chaleureusement, ainsi que Doxy leur flat coated. Nous avons vraiment l’impressiond’arriverchezdesamis pour passer le week-end. Pour ajouter à cette atmosphère de sérénitédulieu,nousallonsavoir la visite d’une jeune chevrette alors que nous prenons un café. L’endroitoùnousnoustrouvons Benjamin est intarissable sur sa « passion atavique de la chassetransmiseparsonpère», celle du tir de chasse aussi (« un sport formidable dans l’acception anglaise du mot jeu, qui est devenue une passion presque plus envahissante que la chasse »). Au point d’avoir eu l’idée de recréer ici un authentique cercle consacré au tir et fort à terme d’environ 400 membres. « Pour créer cet en- Jours de C HASSE ◆ ÉTÉ 2011 droit, il fallait un passionné. Et d’abord pouvoir trouver un endroit où les coups de fusils ne dérangent pas le voisinage », souligneOlivierDassault,leparrain de ce projet. Au sein de l’organisation,CharlesBardoua la responsabilité du management du Paris Shooting Club etaccomplitlatâcheprimordiale de moniteur de tir. Issu lui aussi d’une famille de chasseurs passionnés, il est au côté de son On l’imagine : les choses ont évolué depuis cette époque héroïque, et la première tour française haute de 16 mètres construitesurl’îleSeguin.Ouencoredepuisl’écoledeGastinneRenette, l’initiateur du “sentier de chasse” d’une longueur d’un kilomètreetdemi.Comparaison amusante,cettedistancecorrespond peu ou prou à la longueur du terrain du Paris Shooting Club.Àrebours,l’écoleGastinne n’avait que 5hectares de superficiecontre20pourcelledeBenjamin. À l’époque, il fallait environ une heure au nemrod pour parcourir le sentier en compagnie du manager et tirer les trente-cinq cibles. Selon la règle établie, les plateaux étaient envoyés “à la surprise” après avoir prévenuletireurd’un «Àvous !» par le puller. Incontestablement le “clou” de la promenade, selon Paul Gastinne était son lapin métallique sur rail. « Alors Au Ravin, tir d’un plateau fuyant et délicat. Ci-contre, une image rare désormais, la chorégraphie du tireur et de son chargeur. Et, en dessous, une tour parfaitement intégrée. que les Anglais se contentent d’un disque, pouvant se casser d’un seul plomb », s’indignaitil. Autre sujet d’orgueil du célèbre armurier, la disposition de certains appareils de lancement en haut d’une carrière « rendait le tir de battue plus difficile du fait de leur dispersion », que s’ilsavaientétégroupésausommet d’une unique tour. Aujourd’hui un parcours consiste généralement à tirer au commandement «Pull»,unesérie de 25 plateaux. Des simples, et des doublés “au coup de fusil ou simultanés”. Cinq sortes deplateauxsontlancésavecdes angles des vitesses et des hauteurs variables afin d’imiter le Jours de C HASSE ◆ ÉTÉ 2011 PHOTOS : PATRICK IAFRATE frère David parmi les meilleurs tireurs au monde au palmarès éloquent. Au loin notre regard se perd au milieu des nouvelles plantations où une tour de bois intégrée supporte des lanceurs invisibles. On conçoit le souci permanent d’intégration de chaque élément rapporté afin qu’il trouve sa place le plus naturellement possible dans l’environnement. Une idée vient aussitôt à l’espritpournousfairecomparercet endroit à l’œuvre qu’un jardinier anglais aurait consacré au ball-trap. Sur la vingtaine d’hectares du terrain sont dissimulés pas moins de 111 lanceurs au service de seize parcours de chasse. Le parcours de chasse ? Il s’agit d’une discipline réglementée par une convention internationale dont les fondementsfurentposésparlecomte Clary à la fin du XIXe siècle. 117 Sur le terrain Sur le terrain PHOTOS : PATRICK IAFRATE - PARIS SHOOTING CLUB Olivier Dassault entouré de Benjamin accompagné de Doxy et Charles Bardou. Au-dessus, les membres ravis de découvrir les installations. Ci-dessus, le "bouquet final" de la battue espagnole. plus fidèlement possible le vol d’une bécassine ou la course d’un lièvre. Benjamin et Charles proposent trois postes sur chacun des seize parcours du domaine. De plus, chacun des postes propose deux niveaux dedifficultés :le“postebleu”et le “poste rouge” ; dans ce cas il ne s’agit « pas d’oiseaux pour débutant », constate Olivier Dassault. “Oiseaux”?Lamétaphorecynégétiqueestfréquemmentutilisée et renforce la similitude avec la chasse. Charles conseillera de tirer la patte gauche pour indiquerunecorrectionen bas et à gauche ; dans une autre circonstance, “l’aile droite” pour indiquer un simple défaut d’avance sur la droite. On le devine :enuneaprès-midi,onpeut allègrement dépasser le tir de 200 cartouches donc beaucoup 118 plusquel’immensemajoritédes chasseurs français, en une saison de chasse. D’ailleurs, il n’existe pas de meilleure méthode pour progresser dans le tir de chasse. Si Olivier ne réfute pas l’apport incontestable du ball-trap afin d’améliorer son tir de chasse, pour lui, l’essentiel est ailleurs. D’une part dans « l’apprentissage du maniement des armes en dehors du stress des conditions réelles et sous le contrôle d’un moniteur expérimenté ». D’autrepartdanslecontrôledes émotions, en effet « nombre de chasseurs ont bien du mal à retenir et à maîtriser un coup de carabine, paradoxalement parce qu’ils manquent d’entraînement ». Afinquelechasseurpuisseeffectuersespremierstirsentoute quiétude à l’abri des regards inquisiteurs, voire moqueur, BenjaminetCharlesontprisune initiative intéressante. Ils ont en quelque sorte “privatisé”, la partie du Paris Shooting Club consacrée à l’apprentissage où seul le maître initie son élève – tout à son affaire – en toute intimité.Ànotrequestionàquel âge commencer ? « S’il n’y a pas de limite d’âges maximale dès l’instant que l’on est en possession de ses moyens physiquesetintellectuels,unenfant peut débuter très tôt. À partir du moment où il possède assez de force pour manipuler une carabinedejardin», affirme Wafa qui excelle elle aussi dans le tir au fusil de chasse Le rôle de Charles ne s’arrête pas aux seuls conseils de tir : il est également là pour donner des indications à un armurier dans la mise à conformation de Jours de C HASSE ◆ ÉTÉ 2011 l’arme de son client. « Sans cela l’arme ne deviendra jamais ce qu’elle doit être, le prolongement naturel du tireur », souligne-t-il à l’envi. Car le tir au fusil de chasse doit avant tout demeurerunplaisiroùl’outildoit le plus possible se faire oublier. À Vémars, rien n’a été oublié pas même le tir aux hélices (qui a remplacé le tir aux pigeons vivants),ni–unegranderareté– l’arc-trapoùlechasseurs’exerce au tir au vol sur une cible en mousse ! La matinée s’écoule l’espace d’un rêve à admirer la négociation des trajectoires les plus invraisemblables, en chandelles, fuyards, gauche droite montant ou descendant ou l’inverse, terminée par le merveilleux spectacle de la battue espagnole, le bouquet final ! Car le tir de chasse est un spectacle. Où le tireur chargé par une myriade d’oiseaux fait fronttelunmatador.Désormais nous imaginons être transportés à l’automne dans les chaumes d’une finca des environ de Tolède. L’authentique chorégraphiesejouealorsàtrois entre le tireur, son secretario et les oiseaux. À cet instant, nous reviennent les propos de Paul Vialar : « on se dit que pour en arriver là, il faut avoir eu beaucoup de patience, de ténacité et même quelque génie. Anatole France me disait un jour, dans ma jeunesse, me parlant de sa façon d’écrire : “Je mets pas mal de choses d’abord sur mon papier ; ensuite j’ajoute la simplicité.” La leçon vaut pour tout et même pour tous, même pourceluiquiprendensesmains un fusil et s’en va avec lui à la ◆ chasse. » Paris Shooting Club Rens. : 01.49.51.79.97, 06.16.11.94.94 ou www.paris-shooting-club.com