L`huile d`olive
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L’huile d’olive : les voies vers la qualité dans les pays de l’Union européenne. S. Angles (Université PARIS 7) Comunicación aceptada por el Comité Científico del III Congreso Internacional de la Red SIAL “Alimentación y Territorios” Copyright © 2006 de los autores. Todos los derechos reservados. Los lectores pueden hacer copias de este documento para fines no comerciales por cualquier método mecánico o digital siempre y cuando este anuncio de copyright aparezca en dichas copias. Stéphane ANGLES Maître de Conférences en Géographie Université PARIS 7 Denis Diderot UFR GHSS 2, place Jussieu 75 252 PARIS Cedex 05 Email : [email protected] L’HUILE D’OLIVE : LES VOIES VERS LA QUALITE DANS LES PAYS DE L’UNION EUROPEENNE Résumé : L’huile d’olive est une denrée dont les qualités ont toujours été appréciées par les populations méditerranéennes et la renommée de certaines régions pour l’excellence de leurs huiles est souvent très ancienne. Certaines oléicultures ont donc opté depuis bien longtemps pour une production de haute qualité : cette dernière est obtenue selon les terroirs, les variétés d’olivier et les modes d’élaboration. Cette orientation qualitative a été officialisée par la mise en place des premières appellations d’origine en Espagne mais depuis la nouvelle réglementation européenne concernant les indications géographiques protégées, les appellations d’origine protégée pour les huiles d’olive se multiplient dans les pays méditerranéens de l’Union Européenne. Les appellations d’origine contribuent au dynamisme du secteur oléicole mais aussi à l’essor du tourisme favorisant le développement régional. Mots-clé : oléiculture, huile d’olive vierge, appellation d’origine, développement régional. Abstract : Olive oil offers qualities always appreciated by the Mediterranean populations and some regions have an famous reputation for their olive oil productions. High quality olive oil is obtained with some kind of soils, olive tree varieties and fabrication manners. Spanish olive tree culture have created the first appellations of origin for olive oil. In the 90’s, the European reglementations have increased the number of appellations of origin for olive oil in the Mediterranean area of European Union. The appellations of origin support the olive oil activity and also touristic activity favouring the local development. Key-words : olive tree culture, virgin olive oil, appellation of origin. Resumen: Aceite de oliva es un producto con cualidades muy apreciadas por las poblaciones mediterraneas. Algunas zonas de producción olivarera son famosas pour su excelente aceite de reputación antigua. Aceite de oliva de cualidad es obtenido gracias a las caracteristicas de las comarcas, las variedades y las technicas de obtención. Las primeras denominaciones de origen por el aceite apareció en España y ahora la reglementación europeana favorece la multiplicación de las denominaciones de origen protegida en la 1 Unión europea. Las denominaciones de origen contribuyen al dinamismo del sector oleicola y de la actividad turística participando al desarrollo regional. Palabras clave : olivicultura, aceite de oliva virgen, denominación de origen, desarrollo regional. INTRODUCTION: L’olivier est l’arbre emblématique de l’aire méditerranéenne et l’huile d’olive fait partie intégrante de l’alimentation des populations locales. Toutefois, ce produit, malgré une nature et une fabrication communes, offre une grande variété au niveau gustatif. La reconnaissance de la qualité des huiles d’olive n’est pas chose nouvelle puisque des témoignages antiques ou médiévaux attestent de la renommée de certaines productions oléicoles. Cette réputation qualitative est le fruit d’un savoir-faire ancien mais résulte également des flux commerciaux qui ont permis une amélioration gustative des huiles afin de favoriser les échanges. La haute qualité des huiles d’olive repose principalement sur des pratiques arboricoles et des techniques huilières soignées. Depuis une trentaine d’années, les initiatives qualitatives ont commencé à apparaître et depuis les années 1990, ce processus prend la forme de la multiplication des appellations d’origine protégée (AOP) accordées à de nombreuses productions oléicoles. L’amélioration qualitative et les AOP sont devenus des acteurs majeurs dans le secteur de l’huile d’olive mais aussi pour les aires de production concernées. En premier lieu, les objectifs de cet article visent à montrer les fondements de la démarche qualitative pour l’huile d’olive dans un cadre historique et sectoriel afin d’appréhender les aspects traditionnels et techniques de la production d’huile d’olive de qualité. La mise en place des AOP constitue désormais un élément fondamental dans cette démarche qualitative qu’il convient de présenter avec précision. En troisième lieu, il est nécessaire d’analyser l’impact territorial de ces appellations oléicoles et leur action dans le développement local. En effet, il est possible d’émettre l’hypothèse que la qualité représente aujourd’hui un élément majeur pour la sauvegarde et le dynamisme du secteur oléicole mais aussi un agent efficace de promotion et de développement régional. La qualité constitue le meilleur garant de l’unicité de l’huile d’olive dans le marché des corps gras et les appellations d’origine, fondée sur la double reconnaissance de l’authenticité régionale et de la valeur gustative, s’intègrent dans de nouveaux projets territoriaux dans lesquels l’oléiculture devient un agent de dynamisme local. Pour répondre à ces objectifs et étayer ces hypothèses, la méthodologie scientifique s’appuie sur la recherche et l’analyse des sources concernant l’oléiculture de qualité sur les 2 plans historique et administratif. Le corpus est également complété par les résultats d’une recherche de longue durée effectuée dans le secteur oléicole. L’approche méthodologique repose également sur une comparaison analytique des données afin de déterminer les similitudes ou les différenciations concernant les orientations du secteur oléicole mais aussi les caractéristiques des nouvelles AOP européennes. Cette méthodologie s’insère dans une optique géographique qui cherche à mettre en évidence les caractères spatiaux et une territorialisation des régions d’oléiculture de qualité. Nous analyserons les mutations qualitatives des productions oléicoles européennes en axant notre propos vers 4 directions : la première partie évoquera les fondements historiques de la production d’huile d’olive de qualité, une seconde partie présentera les politiques visant à l’amélioration qualitative, une troisième sera consacrée à la mise en place et la présentation des appellations d’origine protégée pour l’huile d’olive dans l’Union européenne et enfin, une quatrième partie mettra en lumière le rôle des AOP comme facteurs d’identité territoriale et de développement local. LES TRADITIONS ANCIENNES DE L’HUILE D’OLIVE DE QUALITE : 1- Les régions de renommée oléicole traditionnelle : « Un pays qui produit le froment et l’orge, le raisin, la figue et la grenade, l’huile d’olive et le miel » . Deutéronome 8, 8-9. Cette bénédiction biblique de la Terre d’Israël illustre clairement la valeur sacrée que les Anciens reconnaissaient au fruit de l’olivier, une des Sept Espèces. Toutefois, ce passage de la Bible n’évoque pas seulement le caractère divin de l’huile d’olive mais y incorpore aussi une référence gustative évidente associée à la douceur de la Terre Promise. Cette citation montre bien que l’huile d’olive fut, de tous temps, reconnue et appréciée pour son goût et ses multiples qualités. Les auteurs antiques et médiévaux furent également très nombreux à louer les vertus gustatives de l’huile d’olive. Caton dans De agricultura, Virgile dans ses Géorgiques ou Pline L’Ancien dans Naturalis Historiae prirent plaisir à décrire ou chanter les bienfaits de l’Arbre de Minerve et de l’huile d’olive. Dès l’Antiquité romaine, des différences qualitatives existaient dans les productions oléicoles et certaines régions avaient déjà acquis une grande renommée : Columelle loue l’excellence des terroirs de sa Bétique natale (l’actuelle Andalousie) et précise que la saveur des huiles bétiques rappelle celle des olives fraîches. La qualité des huiles de Bétique est d’ailleurs à l’origine d’un important trafic oléicole en direction de Rome. De 3 même, le traité de cuisine de Apicius, De re coquinaria, évoque à plusieurs reprises l’huile d’Hispanie au 1er siècle de notre ère (MAPA, 1992). Les sources médiévales nous confirment l’existence de productions d’huile d’olive de qualité : selon le géographe cordouan Al Idrisi (12ème siècle) la meilleure huile était celle de l’Aljarafe sévillan et l’agronome sévillan Ibn Al Awwam (12ème siècle) relevait la finesse des huiles d’Astigi (l’actuelle Ecija, dans la province de Séville). De même , les productions oléicoles du Ribatejo portugais étaient connues et appréciées dès le 12ème siècle. Au 15ème siècle, la Couronne d’Aragon développa le commerce des huiles catalanes, de plus en plus demandées en raison de leur douceur. En France, la plupart des témoignages anciens sur la qualité des huiles d’olive remontent au 18ème siècle : C.-F. Achard écrivait en 1787 que «la meilleure huile du Midi de l’Europe, c’est celle de Provence ; la meilleure huile de la Provence, c’est celle du terroir d’Aix… » (AMOURETTI, COMET, 1992). Cette appréciation est confirmée par le Traité de l’olivier, rédigé en 1784 : « c’est ainsi qu’aujourd’hui, les meilleures de nos huiles sortent d’Aix et de ses environs… » (Anonyme, 1991). La qualité des huiles d’Aixen-Provence, la fameuse oli de z-Ais était donc reconnue dès le 18ème siècle et la nouvelle appellation d’origine reprend l’héritage de cette tradition d’excellence. En Espagne, les huiles d’olive catalanes et aragonaises remplacent celles d’Andalousie parmi les productions les plus prisées au 19ème siècle (ZAMBRANA PINEDA, 1987). Ainsi les notions de terroir et de qualité sont déjà bien connues dans l’appréciation des produits oléicoles et certaines régions étaient auréolées d’un grand prestige pour l’élaboration de ses huiles d’olive. Dans le Midi français, c’est sans conteste la Provence et, plus particulièrement, le pays aixois qui bénéficie de la meilleure réputation pour l’huile d’olive. En Espagne, les productions du Bas Aragon (en particulier, les huiles d’Alcañiz dans la province de Teruel) et de Catalogne (provinces de Lérida et de Tarragone) sont très renommées et atteignent les meilleures cotations sur le grand marché huilier de Tortosa. Les huiles d’olive de la Manche castillane sont aussi appréciées pour leur fluidité et leur faible figement. En Italie, la Riviera ligurienne a acquis un grand prestige pour la finesse de ses huiles mais d’autres régions prétendent également à une renommée oléicole : la Toscane, les Abruzzes ou l’Ombrie. Au Portugal, les huiles d’olive du Ribatejo ont toujours joui d’une excellente réputation sur le marché local et à l’étranger. En Grèce, les huiles provenant de Crète et de Laconie (Péloponnèse) bénéficient d’une très ancienne reconnaissance auprès des consommateurs. 2- Les fondements des traditions qualitatives : 4 Les régions oléicoles les plus réputées se situent principalement dans les parties septentrionales du Bassin méditerranéen, c’est à dire près des limites de la culture de l’olivier. Les meilleures huiles sont produites dans les milieux climatiques les plus difficiles pour l’olivier en raison de la fraîcheur des températures hivernales. Le premier facteur qualitatif est donc climatique. En effet, l’olivier aime la chaleur et craint les fortes gelées mais il apprécie également une certaine période de froid : cela équilibre son rythme végétatif avec un repos hivernal plus marqué. De même, les régions méditerranéennes septentrionales ont des étés moins chauds et moins secs : la pause estivale des arbres est donc réduite et permet un développement plus lent des fruits et une meilleure formation des molécules d’huile dans la drupe. Cet effet thermique bénéfique est bien connu dans les contrées méditerranéennes car dans les régions les plus méridionales (Andalousie, Grèce, Maghreb), les meilleures huiles d’olive s’obtiennent dans les secteurs montagneux plus frais (sierras andalouses, hautes terres du Péloponnèse et de Crète, montagnes de Kabylie et de l’Atlas tunisien). Toutefois, les conditions climatiques ne suffisent pas à expliquer les traditions oléicoles d’excellence : le choix des variétés d’olivier contribue également à la qualité. En effet, certains oliviers donnent une huile plus fine ou plus savoureuse que d’autres. Ainsi, la renommée des huiles d’Aix-en-Provence provient de la variété locale Aglandau dont on reconnaissait les vertus au 18ème siècle : « Aglandau, l’olive d’Aix qui donne l’huile jugée la plus fine… » (Anonyme, 1991). De même, les variétés de Catalogne Arbequine et d’Aragon Empeltre sont très recherchées pour la finesse et la douceur de leurs huiles. La bonne réputation des huiles de l’Aljarafe sévillan a longtemps reposé sur la qualité et la saveur fruitée des olives de la variété Verdial (également très appréciée au Portugal sous le vocable de Verdeal). En Italie centrale, la variété Frantoio fait la renommée des huiles de Toscane et la variété Moraiolo de celles d’Ombrie. Il convient aussi de mettre en exergue le rôle de l’homme dans les différences qualitatives : les soins apportés à l’olivaison et à l’élaboration de l’huile contribuent largement à la qualité. Les méthodes huilières et, en particulier, les formes de pressage et d’épuisement des grignons sont des éléments déterminants dans la qualité finale de l’huile obtenue. Très tôt, les populations méditerranéennes ont su différencier les qualités des huiles en fonction des modes d’obtention. Ainsi, à l’époque romaine, l’Edit de Dioclétien (4ème siècle ap. J.-C.) établissait une hiérarchie précise des prix de l’huile selon diverses qualités : l’huile vierge (olei flos) était la plus chère, suivie de l’huile de seconde pression (oleum sequens) et de l’huile ordinaire (oleum cibarium). Dans l’Espagne arabomusulmane, on distinguait l’huile dite « d’eau » (zait al-ma’), la plus prisée, de l’huile de 5 pressoir (zait al-ma’sara) et de l’huile dite « cuite » (zait al matbukh) (LEVI PROVENÇAL, 1953). En Kabylie, les populations locales ont une nette préférence pour une élaboration artisanale de l’huile d’olive (broyage à la main, dépôt de la pâte d’olive dans de l’eau et retrait de l’huile qui surnage) plutôt que celle obtenue avec des meules et des pressoirs. La qualité des huiles dépend aussi de la période de l’olivaison : des olives récoltées trop tard fournissent des produits au goût défectueux (saveur lourde, plate, parfois piquante ou rance) et les fruits tombés au sol donnent une mauvaise huile (acidité élevée, rancissement fréquent). Au 18ème siècle, maints auteurs expliquaient déjà les différences gustatives selon les dates de l’olivaison : les oléiculteurs d’Aix-en-Provence avaient l’habitude de récolter les olives dès novembre alors qu’en Andalousie l’olivade s’effectuait tardivement jusqu’en avril. De même, le tri des fruits entre ceux récoltés sur l’arbre et ceux recueillis au sol permet d’obtenir des résultats différents et donc d’individualiser des produits de qualité. La fabrication de l’huile d’olive permet des différences qualitatives ; ainsi, une trituration rapide des fruits apportés aux moulins garantit une bonne qualité. En revanche, l’ensilage durant plusieurs semaines voire quelques mois facilite la mouture mais donne des produits de piètre valeur gustative (forte acidité due à une oxydation, goût chômé). Les témoignages abondent sur les vertus d’un détritage rapide : dans le pays aixois ou dans le Bassin de l’Ebre (Bas Aragon, Catalogne), une attention particulière est apportée à cette pratique. Au 18ème siècle, des observateurs constataient que la ville d’Aix-en-Provence « n’était redevable de la qualité de ses huiles qu’aux procédés ou à la main-d’œuvre qui est unique dans cette Province » (Anonyme, 1991). En revanche, les moulins andalous ont la fâcheuse habitude de conserver longtemps les olives sur de vastes aires où elles s’échauffent et commencent à pourrir : au 19ème siècle, certains auteurs ne craignent pas de comparer ces piles d’olives en attente à des tas de fumier (CARR, 1966). En outre, la pratique d’échauffer la pâte d’olive en y versant de l’eau chaude accroît le rendement d’extraction mais altère la qualité des huiles obtenues : les meilleurs produits sont donc élaborés à froid (températures inférieures à 30°C). Le choix de la qualité provient aussi du rôle joué par le commerce huilier ; ainsi, les négociants d’Aix-en-Provence ou de Reús (Catalogne) ont toujours privilégié une production soignée car elle leur assure la vente de produits plus recherchés et mieux valorisés et leurs bénéfices s’en trouvent accrus. Ces orientations commerciales fondées sur la qualité ne peuvent s’établir que dans le cadre de flux vers des marchés où la demande d’huile de qualité est importante. Les produits aixois sont ainsi vendus sur le marché parisien et ceux de Catalogne sont expédiés vers Gênes et Marseille. 6 L’évolution des oléicultures de qualité montre clairement les mutations économiques de cette activité agricole. Les régions renommées pour leurs huiles d’olive ont poursuivi dans cette voie mais leurs productions ont stagné (Catalogne) ou fortement régressé (Aragon, Provence). En revanche, d’autres zones comme l’Andalousie ou la Nouvelle Castille ont enregistré une croissance spectaculaire de leurs récoltes oléicoles, accompagnée d’une détérioration de la qualité. Au début du 20ème siècle, la diffusion des techniques de raffinage et la pratique du coupage (huile de type Riviera) ont permis de commercialiser comme huile d’olive des produits défectueux : les gouvernements espagnols et portugais ont même favorisé cette orientation afin d’assurer aux consommateurs une huile peu chère. La disparition de nombreux petits moulins familiaux a également contribué à une baisse générale de la qualité des huiles, en particulier en Andalousie, car la pratique de l’ensilage des olives avant leur trituration s’est généralisée et grâce au raffinage les huileries étaient sûres de pouvoir vendre à bon prix leurs piètres produits. L’enjeu de la qualité pour l’huile d’olive était donc négligé alors qu’au même moment la viticulture se préoccupait d’améliorer ses productions et d’établir des appellations destinées à certifier auprès des consommateurs la garantie d’une origine régionale et d’une bonne qualité. Le marché de l’huile d’olive s’orientait principalement vers une lutte commerciale contre les autres huiles de graine dans laquelle le prix est le principal déterminant. Or la guerre des prix est perdue d’avance pour l’oléiculture : la faiblesse des rendements oléicoles et les coûts de main-d’œuvre sont des inconvénients rédhibitoires pour une huile d’olive qui sera toujours plus chère que ses concurrentes. Une nouvelle approche s’imposait donc. LES NOUVELLES POLITIQUES DE QUALITE : 1- De multiples raisons pour une meilleure qualité : De multiples raisons ont conduit les milieux oléicoles à se diriger vers une production plus soignée et à privilégier l’aspect qualitatif par rapport au seul critère économique. Le fait que cette orientation soit intervenue simultanément dans plusieurs pays européens (Espagne, Portugal, France) montre que ces nouvelles politiques ne sont pas fortuites et qu’elles ouvrent la voie vers une nouvelle approche de l’oléiculture et de l’économie oléicole. La concurrence des huiles de graine (soja, arachide, colza et tournesol, principalement) est une des causes majeures des nouvelles orientations qualitatives de l’huile d’olive. En effet, les huiles de graine sont nettement moins chères et ont acquis une 7 part de marché croissante dans les pays méditerranéens. Ainsi, en Espagne, ces dernières ont vu leur part dans la consommation d’huile passer de 12% en 1951 à 56% en 1972 (ANGLES, 1997). Parallèlement, au Portugal, la consommation d’huile d’olive par habitant a chuté de 10,3 kg/an en 1960 à 3,3 kg/an en 1990 au profit des huiles de graine. Face à la concurrence des huiles bon marché, les produits oléicoles n’ont qu’une solution : se démarquer des autres huiles en misant sur leurs avantages indiscutables (saveur et vertus alimentaires) qui justifient ainsi la différence de prix entre les différents corps gras. Cette voie n’a pas toujours été bien admise : ainsi, les grands groupes huiliers espagnols ont encore bien du mal à renoncer aux ventes d’huile d’olive de type Riviera aux caractères gustatifs bien médiocres (longtemps vendue sous l’appellation fallacieuse d’huile d’olive pure). Les nouvelles techniques de fabrication de l’huile d’olive contribuent maintenant à une amélioration générale de la qualité. Les centrifugeuses et les matériels de filtrage donnent des huiles plus propres débarrassées des impuretés qui risquent de s’oxyder. Le stockage s’opère désormais dans des réservoirs en inox aux conditions d’hygiène optimales. La multiplication des oléifacteurs en système continu accroît les capacités de trituration et réduit l’ensilage aberrant des olives : c’est un avantage certain pour les grosses régions productrices comme l’Andalousie ou les Pouilles. En outre, la formation des mouliniers s’est améliorée avec une attention marquée vers la qualité. L’apparition d’un nouveau type de clientèle pour l’huile d’olive participe aux mutations du secteur oléicole. Aujourd’hui, les acheteurs sont essentiellement composés d’urbains qui s’approvisionnent dans le commerce de détail et optent pour une meilleure qualité. De même, cette clientèle préfèrent des produits référencés avec une nomenclature précise, des labels voire des appellations qui certifient l’origine (lieux ou variétés d’olives) et la qualité de l’huile d’olive. Cet aspect commercial est encore plus net sur les marchés en pleine expansion des pays non méditerranéens (Amérique du Nord, Japon, Australie, Europe du Nord). Bien évidemment, il convient d’évoquer un phénomène de « suivisme » pour l’huile d’olive qui tente maintenant de s’apparenter au marché vinicole où la qualité et les appellations protégées offrent des perspectives commerciales solides et prometteuses. C’est aussi, d’une certaine façon, une réaction des « petits » oléiculteurs contre les « gros » groupes huiliers. Les oléiculteurs méditerranéens ont souvent des vergers de petite taille et souhaitent valoriser au mieux leur production : les coopératives et mouvements oléicoles collectifs, en particulier en Andalousie, jouent un rôle actif dans cette orientation. Au niveau régional, la voie qualitative concerne souvent des régions de faibles productions oléicoles (Provence, Toscane, Ombrie, Abruzzes, Catalogne): elles entendent désormais 8 profiter de l’excellence de leurs huiles d’olive en bénéficiant de leurs notoriétés régionales. En revanche, les grandes zones de production oléicole (Andalousie, Estrémadure, Pouilles, Péloponnèse) voient encore la majeure partie de leurs huiles vendues sans appellation précise. Les influences politiques ne sont pas négligeables dans le virage pris par les économies oléicoles. Les Etats méditerranéens ne peuvent se désintéresser de la situation du secteur oléicole en raison de son poids social et économique. Actuellement, la valeur de la production d’huile d’olive correspond à 5% du total agricole en Espagne et en Italie. L’olivier concerne 1 million d’exploitations en Italie, 600 000 en Espagne, 450 000 en Grèce et 200 000 au Portugal. En outre, les principaux secteurs oléicoles d’Europe se situent dans les régions les plus défavorisées comme l’Andalousie ou l’Estrémadure en Espagne, le Mezzogiorno italien, le Péloponnèse grec ou l’Alentejo et le Trás-os-Montes portugais. Depuis les années 1960, les oléicultures européennes connaissent une grave crise en raison de la chute de leur rentabilité due aux hausses des coûts de production. Les Etats ont donc souhaité développer une modernisation de l’oléiculture dans laquelle l’amélioration qualitative est un élément important. Il convient aussi d’évoquer le rôle notable joué par le Conseil Oléicole International dont l’action pour la promotion de l’huile d’olive s’accompagne de multiples efforts pour une meilleure qualité. Le C.O.I. est véritablement un « chef d’orchestre » dans le concert des nations oléicoles vers une nouvelle voie qualitative et la reconnaissance de l’huile d’olive dans le monde. 2- Les modalités des politiques de qualité : Les initiatives visant à formaliser les politiques de qualité dans le secteur oléicole apparaissent tardivement, à partir des années 1970. Longtemps, les Etats méditerranéens ont cherché à soutenir leurs oléicultures en la modernisant afin d’accroître la productivité des oliveraies. L’action des Pouvoirs Publics se réduisait donc à une vision purement économique pour améliorer la rentabilité de l’oléiculture et les revenus des oléiculteurs. Cette politique est visible dans les aides à la production mises en place par l’Organisation Communautaire du Marché de l’huile d’olive dans le cadre de la Politique Agricole Commune (1966). Néanmoins, une nouvelle approche des problèmes oléicoles se fait jour à présent et les Pouvoirs Publics (régionaux, nationaux ou européens) tentent désormais d’officialiser la quête des initiatives qualitatives dans le secteur oléicole. L’Etat espagnol prend des mesures visant à une amélioration de la qualité des huiles d’olive à partir de la décennie 1980 : ainsi, il effectue un relevé exhaustif des 9 caractéristiques organoleptiques des productions locales d’huile d’olive. Après l’intégration de l’Espagne au sein de la Communauté Européenne en 1986, ce pays collabore avec les institutions communautaires pour promouvoir une production oléicole de qualité par l’intermédiaire d’une meilleure formation des oléiculteurs et des responsables des huileries. Ainsi, 2% de l’aide européenne à la production est destinée à la formation des milieux oléicoles espagnols. Les pouvoirs régionaux comme la Junte d’Andalousie participent activement à ces initiatives qui sont maintenant de leur ressort. La Junte d’Andalousie et le Ministère espagnol de l’agriculture subventionnent les investissements entrepris dans les huileries afin de perfectionner la fabrication de l’huile d’olive andalouse ( JUNTA DE ANDALUCIA, 1995). Au Portugal, des mesures similaires ont été prises à partir de 1986 dans le but d’améliorer la qualité de l’huile d’olive et, en 1994, des projets de modernisation du secteur huilier ont été approuvés (CASTRO, 1997). L’Union européenne participe à ces opérations avec les fonds structurels de la P.A.C. La Grèce connaît également les mêmes orientations qualitatives avec l’appui des Pouvoirs Publics nationaux et européens (MICHELAKIS, 1992). En Espagne, on note des efforts pour promouvoir une « lisibilité » régionale dans la production oléicole. Ainsi la Junte d’Andalousie met en place le label Alimentos de Andalucia (Aliments d’Andalousie) dont bénéficient 18 fabricants d’huile d’olive. Les coopératives n’hésitent plus à vendre directement leurs huiles d’olive en indiquant clairement leur origine géographique. La Fundación del Olivar (Fondation de l’Oléiculture) a opté pour la dénomination Picual Virgen comme label pour ses huiles d’olive vierges : le choix de la variété typique de Jaén montre bien la volonté d’affirmer l’origine de ce produit. La politique européenne joue un rôle considérable dans l’orientation qualitative actuelle : la Communauté Européenne souhaite valoriser un produit traditionnel comme l’huile d’olive dont elle assure les 3/4 de la production mondiale. La mise en place de l’O.C.M. de l’huile d’olive en 1966 était déjà le premier jalon de cette politique communautaire. En 1987, la Communauté Européenne a précisé sa réglementation à propos des appellations pour les huiles d’olive et a imposé une terminologie plus claire (Règlement R-CEE 1915-87). Ainsi, l’appellation trompeuse « huile d’olive pure » qualifiant les produits de coupage (huile d’olive raffinée et huile vierge) a été remplacé par « huile d’olive ». La Commission Européenne a établi des caractéristiques chimiques précises pour les différentes huiles d’olive et impose aussi des critères organoleptiques avec des tests fondés sur les protocoles mis au point en 1987 par le Conseil Oléicole International (Règlement R-CEE 2568-91). 10 Les initiatives nationales et communautaires ont eu des effets incontestables puisque la qualité moyenne de l’huile d’olive des pays européens s’est nettement améliorée. Aussi l’huile d’olive s’est-elle tout naturellement insérée dans la mise en place de la réglementation des indications géographiques et des appellations d’origine des produits agricoles et alimentaires (Règlement CEE 2081-92 du Conseil du 14 juillet 1992). A ce jour, l’huile d’olive communautaire a obtenu 80 Appellations d’Origine Protégée ou AOP (36 en Italie, 20 en Espagne, 12 en Grèce, 7 en France, 6 au Portugal) et 12 Indications Géographiques Protégées ou IGP (11 en Grèce et 1 en Italie). On peut remarquer que l’Espagne, initiatrice des appellations d’origine pour l’huile d’olive, est relativement peu représentée dans ce total en comparaison avec l’Italie et la Grèce qui ont multiplié récemment les AOP et les IGP. LES APPELLATIONS D’ORIGINE POUR L’HUILE D’OLIVE : 1-Les régions oléicoles d’appellation d’origine protégée : a) Les appellations d’origine protégée en Espagne : L’Espagne est le premier pays à avoir établi des appellations d’origine protégée pour des productions oléicoles. En 1974, un décret a étendu l’appellation d’origine (Denominación de Origen ou D.O.) aux produits oléicoles (Décret 835/1972) et ces derniers disposent maintenant de leur propre législation réglementaire (Décret royal 728/1988). Depuis cette date, 20 appellations ont été reconnues pour des productions oléicoles : 10 en Andalousie (Baena, Sierra de Segura, Sierra Magina, Priego de Cordoba, Sierra de Cazorla, Montes de Granada, Poniente de Granada, Sierra de cadiz, Estepa, Antequera), 4 en Catalogne (Les Garrigues, Siurana, Terra Alta, Baix Ebre-Montsia), 2 en Estrémadure (Gata-Hurdes, Monterrubio), une en Castille-La Manche (Montes de Toledo), une en Aragon (Baja Aragon), une dans les îles Baléares (Mallorca) et une dans la Rioja (La Rioja) comme le montre la figure n° 1. Les régions et les surfaces oléicoles concernées sont désormais vastes avec plus de 600 000 hectares sur un total de 2 300 000 hectares soit plus d’un quart de l’oliveraie espagnole. Les aires d’appellations peuvent comporter un grand nombre de communes : 103 communes pour Montes de Toledo, 84 communes pour Gata-Hurdes, 55 communes pour Siurana, 41 communes pour Les Garrigues. Les aires peuvent également couvrir des superficies oléicoles considérables : plus de 100 000 hectares d’oliveraies pour Montes de Toledo, 80 000 hectares pour Antequera, 61 000 hectares pour Sierra Magina ou 42 215 11 hectares pour Sierra de Segura. Toutefois, la production d’huile d’olive sous D.O. reste encore marginale dans l’ensemble hispanique, de l’ordre de 10 % du total espagnol. Les critères définis reposent sur des considérations agricoles et chimiques : la D.O. n’est accordée que pour des huiles d’olive vierge extra (acidité <0°5 pour Les Garrigues et Siurana, <0°7 pour Montes de Toledo, et <1° pour Baena et Sierra de Segura) avec des caractéristiques chimiques précises (indice de péroxydes, teneur en K270, taux d’humidité et d’impuretés). Les olives doivent provenir de variétés spécifiques (Arbequine pour Les Garrigues et Siurana, Picual pour Sierra de Segura et Sierra Magina, Cornicabra pour Montes de Toledo, Empeltre pour Bajo Aragon, Hojiblanca pour Estepa et Antequera). En revanche, d’autres appellations acceptent le label pour des huiles obtenues à partir d’olives différentes (Baena, Montes de Granada, Mallorca, Terra Alta, Rioja). Les délais maximums entre la récolte et la transformation des olives sont déterminés avec précision : 48 heures pour Sierra de Segura, 72 heures pour Les Garrigues et Siurana, 4 jours pour Baena. Pour prétendre à l’appellation les oléiculteurs ne doivent fournir que des fruits récoltés sur l’arbre. Les caractéristiques organoleptiques sont aussi prises en compte : les huiles catalanes se reconnaissent aisément par leur couleur jaune ou verte selon la période de récolte mais surtout par leur douceur et leur goût typique d’amande. Les huiles andalouses ont une couleur variant du jaune doré au vert intense avec une saveur fruitée et douce. Les huiles doivent obtenir une note supérieure à 7 dans le panel-test réglementaire. En Espagne, l’attribution d’une D.O. se fonde partiellement sur la notion de terroir : les aires d’appellations correspondent souvent à des secteurs de sierra mais les limites communales prévalent ; aussi, certains vastes finages, fréquents en Andalousie, embrassent des terroirs différents. Tous les producteurs oléicoles d’une aire d’appellation peuvent prétendre à la D.O. si leurs huiles d’olive répondent aux critères définis (analyses chimiques et organoleptiques). Toutefois, les huiles d’olive doivent être agréées après trois expertises qualitatives : ainsi, une faible part des productions des régions concernées ont droit à l’appellation (en 1993, 11% dans la région de Baena, 29% dans la Sierra de Segura). b) Les appellations d’origine protégée au Portugal : Depuis l’Ordonnance du Ministère de l’Agriculture portugais n° 293/93 du 1er octobre 1993, le Portugal possède des appellations d’origine protégée (Denominações de Origem Protegida ou D.O.P.) pour le secteur oléicole et sont maintenant au nombre de 6 comme le montre la figure n° 2. Ces D.O.P. visent à protéger la production nationale et à la valoriser sur le plan commercial et qualitatif. En outre, elles offrent une modernisation et un soutien pour des oléicultures traditionnelles situées dans des régions défavorisées (Trás12 os-Montes, Alentejo, Beira Interior). Les D.O.P. permettent également de meilleures perspectives économiques pour une activité dont l’impact social est considérable ; ainsi, dans le Trás-os-Montes, l’aire d’appellation concerne 30 000 oléiculteurs pour 40 000 hectares d’oliveraies. La D.O.P. Azeite de Moura se situe dans la principale province oléicole du Portugal, l’Alentejo, et couvre 24 000 hectares d’oliviers dans 3 communes. Trois variétés composent le verger de cette appellation (Cordovil, Galega et Verdeal) et donnent des huiles de couleur jaune-verdâtre, à l’arôme et au goût fruités. L’appellation Azeite de Trás-os-Montes se localise au nord du Portugal dans un région montagneuse où l’olivier donne des produits remarquables dans le cadre d’une oléiculture traditionnelle familiale. La D.O.P. comprend 11 communes au cœur de la région et couvre une superficie de quelque 40 000 hectares pour une production de 8 millions de litres d’huile d’olive. Les huiles Azeite de Trás-os-Montes sont équilibrées avec une couleur verte, une saveur fruitée et des sensations sucrées, amères et piquantes. L’appellation Azeite de Ribatejo remonte à une vieille tradition oléicole de qualité et couvre 19 communes près de Santarem. Les huiles sont produites essentiellement à partir de la Galega, la principale variété portugaise et se caractérisent par un teinte dorée, un aspect légèrement épais et une saveur fruitée. Les produits de la D.O.P. Azeite do Norte Alentejano présentent de nombreuses similitudes avec ceux du Ribatejo puisqu’elles sont issues de la même variété d’olive, la Galega. Dix-sept communes sont concernées autour de Portalegre. L’appellation Azeite do Alentejo Interior se situe au Sud du pays et elle est la plus importante en surface et en production avec les variétés Cordovil, Galega ou Cobrançosa. Les huiles Azeite da Beira Interior sont produites dans deux sous-zones qui leur confèrent des particularités différentes : Azeite de Beira Baixa et Azeite de Beira Alta. Les variétés cultivées sont la Galega, le Bical et le Cordovil. Les huiles sont de couleur jaune paille, parfois légèrement verdâtre, à la saveur fruitée et très suaves. La D.O.P. Beira Baixa est délimitée dans 13 communes autour de Castelo Branco et la D.O.P. Beira Alta est circonscrite à l’intérieur de 11 communes regroupées près de Guarda. Le découpage des appellations d’origine protégée portugaises repose en partie sur une notion précise du terroir : ainsi, certaines communes n’ont que quelques domaines inclus dans une aire d’appellation. c) Les appellations d’origine protégée en France : La France possède sept appellations d’origine protégée (Appellation d’Origine Contrôlée ou A.O.C.) pour l’huile d’olive : Huile d’olive de Nyons, Huile d’olive de la 13 Vallée des Baux, Huile d’olive de Haute Provence, Huile d’olive de Nice, Huile d’olive d’Aix-en-Provence, Huile de Corse et Huile de Nîmes (voir figure n° 3). L’appellation Huile d’olive de Nyons est la première à avoir été décernée en 1994 et concerne 938 hectares et 989 vergers localisés dans 57 communes (Décret du 10 janvier 1994). La taille de l’aire nyonsaise est donc sans commune mesure avec celles d’Espagne ou du Portugal. Les critères d’obtention de l’A.O.C. sont moins rigoureux que ceux en vigueur en Espagne en ce qui concerne la teneur en acidité libre : l’huile d’olive vierge extra et fine ont droit à l’A.O.C. (acidité < 1°5). Toutefois, les conditions agricoles sont strictes : prépondérance d’une variété locale (la Tanche de Nyons), densité maximale (400 arbres/hectare), interdiction des cultures intercalaires, taille biennale obligatoire, rendements inférieurs à 6 tonnes d’olives par hectare, récolte sur l’arbre, stockage dans des caisses à claire-voie, délai maximal de 7 jours entre l’olivaison et la transformation. Le procédé d’extraction est également réglementé : la température d’opération doit être inférieure à 30°C et les seuls traitements autorisés sont le lavage, la décantation, la centrifugation et la filtration. Une seconde aire d’appellation d’origine contrôlée pour l’huile d’olive est apparue en 1997 avec la reconnaissance de l’AOC Huile d’olive de la Vallée des Baux de Provence par l’INAO (Décret du 23 avril 1997). La zone concernée comprend 16 communes, toutes situées dans le département des Bouches-du-Rhône aux abords du massif des Alpilles avec un verger de 377 000 oliviers soit environ le dixième de l’oliveraie française avec 4600 exploitants. La principale difficulté de l’identité qualitative des huiles des Baux de Provence était l’hétérogénéité variétale des olivettes : les variétés locales (Salonenque, Beruguette, Grossane, Verdale des Bouches-du-Rhône) doivent représenter en 1997 plus de 50% des vergers ayant droit à l’AOC. Toutefois, afin d’accroître la spécificité locale de ces huiles, il est prévu que la part des variétés locales doive passer de 50% en 1997 à 85% à partir de 2030. Les densités sont limitées à 400 arbres par hectare, la taille doit être biennale et l’irrigation est permise jusqu’à la date de véraison des olives. Les olives doivent être récoltées directement sur l’arbre, stockées dans des caisses à claire-voie et le délai maximum de leur livraison au moulin est fixé à 4 jours. Le rendement maximum des olivaies ne doit pas excéder 6 tonnes d’olives par hectare en année normale. Les huiles d’olive de la Vallée des Baux de Provence présente une particularité puisqu’elle doivent provenir exclusivement d’un assemblage d’olives de plusieurs variétés et qu’il ne peut y avoir d’huile mono-variétale. Les règlements d’élaboration de l’huile d’olive sont les mêmes que celles définies pour l’appellation des huiles de Nyons (acidité inférieure à 1°5, procédés mécaniques, températures de transformation inférieure à 30°C, aucun traitement 14 autre que le lavage, la décantation, la centrifugation et la filtration, aucun adjuvant hormis l’eau). En 1999 et 2001, trois nouvelles aires d’appellation d’origine contrôlée ont été définies pour les productions oléicoles provençales : Huile d’olive de Haute Provence, Huile d’olive d’Aix-en-Provence et Huile d’olive de Nice. Le nombre de communes concernées est important (99 communes des Alpes Maritimes pour l’appellation Huile d’olive de Nice, 96 communes pour l’appellation Huile d’olive de Haute Provence réparties sur 4 départements : les Alpes de Haute Provence, les Bouches-du-Rhône, le Var et la Vaucluse et 73 communes pour l’appellation Huile d’olive d’Aix-en-Provence situées dans les Bouches-du-Rhône et le Var). Le cahier des charges insiste sur la spécificité des variétés d’oliviers traditionnelles (Cailletier en pays niçois, Aglandau en Haute Provence, Aglandau, Cayanne et Salonenque en pays aixois). Les rendements des olivettes ne doivent pas excéder 8 tonnes d’olives par hectare, chaque pied doit disposer de plus de 24 mètres carrés et les oliveraies doivent être entretenues et taillées au moins une fois tous les deux ans. Une élaboration soignée est requise (maturité des olives, cueillette manuelle, conservation réduite au moulin, température d’extraction inférieure à 30°C) et un taux d’acidité inférieur à 1° est obligatoire pour l’octroi de l’A.O.C. (1°5 pour les huiles niçoise). En 2004, deux appellations supplémentaires se sont jointes : Huile de Corse (Oliu di Corsica) pour les départements de Haute-Corse et de Corse du Sud et Huile de Nîmes pour les départements du Gard et de l’Hérault. Les règlements s’apparentent à ceux définies pour les appellations antérieures en privilégiant les variétés locales (Picholine pour Huile de Nîmes et 7 variétés corses pour Huile de Corse). Il est à noter qu’un échéancier précis est fixé pour établir des seuils croissants de dominante variétale locale pour obtenir l’appellation : les AOC françaises privilégient donc clairement les spécificités régionales obtenues par des variétés locales. En France, la définition des aires d’appellation d’origine pour l’huile d‘olive correspond à un découpage parcellaire précis dont les caractéristiques offrent les garanties de qualité et de spécificité des produits. Seule une très faible partie des récoltes effectuées dans l’aire autorisée se voit donc refuser l’agrément (3 tonnes d’huile d’olive contre 151 tonnes agréées selon les données du Syndicat Interprofessionnel de l’Olive de Nyons et des Baronnies) alors qu’en Andalousie, l’octroi de l’appellation n’est attribuée qu’à une faible part de la production locale. Cela démontre la qualité de la production oléicole française et les progrès nécessaires à entreprendre dans l’oléiculture de masse andalouse. La définition des aires d’appellation d’origine est donc beaucoup plus fine en France où la 15 reconnaissance préalable des vergers par l’INAO est obligatoire alors qu’en Espagne, les limites communales demeurent les références géographiques des aires d’appellation. En France, le cahier des charges des AOC est très précis quant aux modes de conduite des oliveraies (densité, variétés, rendement, irrigation, taille) alors que de telles restriction n’existent pas en Espagne. En revanche, la réglementation des huiles en fonction de leurs caractéristiques chimiques et organoleptiques est plus stricte en Espagne qu’en France. Autre distinction, en Espagne on permet l’emploi de talc dans la trituration des olives alors qu’en France aucun adjuvant n’est autorisé. d) Les appellations d’origine protégée en Italie et en Grèce. Depuis la mise en place en 1992 de la réglementation européenne sur les AOP et les IGP en 1992, les oléicultures italiennes et grecques ont récemment multiplié les appellations d’origine pour leurs productions oléicoles en vue d’affirmer leur orientation qualitative et de valoriser leurs huiles d’olive sur les marchés intérieurs et extérieurs. L’Italie compte désormais 36 AOP (voir figure 4) situées dans les Pouilles (Collina di Brindisi, Dauno, Terra di Bari, Terra d’Otranto, Tarentine), en Sicile (Monti Iblei, Valli Trapanesi, Val di Mazara, Monte Etna, Valle del Belice, Valdemone), en Campanie (Cilento, Colline Salernitane, Penisola Sorrentina), dans les Abruzzes (Aprutino Pescarese, Colline Teatine, Pretuziano delle colline Teramane), en Calabre (Bruzio, Lametia, Alto Crotonese), dans le Latium (Canino, Sabina, Tuscia), en Lombardie (Garda, Laghi Lombardi), en Toscane (Chianti Classico, Terra di Siena, Lucca), en EmilieRomagne (Brisighella, Colline di Romagna), en Ligurie (Riviera Ligure), en Vénétie (Veneto), en Ombrie (Umbria), dans les Marches (Cartoceto), en Molise (Molise) et dans la région de Trieste (Tergeste). En outre, la production oléicole toscane dispose d’une IGP (Toscano). La localisation de ces aires montre que les provinces méridionales (Sicile, Pouilles, Campanie, Calabre) où se concentrent 80% des oliveraies possèdent de nombreuses appellations, signe d’une nette amélioration de la qualité de leurs huiles d’olive. Les régions d’Italie centrale sont bien représentées en raison de leur excellente réputation oléicole et l’obtention d’une indication géographique pour l’ensemble de la production toscane témoigne de la tradition qualitative de cette province. Ces appellations couvrent de vastes superficies, parfois une préfecture entière comme l’aire calabraise Lamentia qui correspond à la préfecture de Catanzaro ; aussi existe-t-il une multitude de mentions géographiques locales (8 pour l’IGP Toscano ou pour l’AOP Monte Iblei, 4 pour les AOP Bruzio et Dauno). Cette multiplication des dénominations reflètent l’attachement des Italiens pour leurs productions locales : 45% des achats d’huile d’olive en Italie s’effectue 16 encore directement auprès des 10 000 moulins transalpins. En effet, chaque appellation offre une spécificité gustative due à leurs variétés d’oliviers, à leurs terroirs et aux savoirfaire locaux. Chaque appellation répond à un cahier des charges précis : les restrictions variétales sont réduites mais les modes de conduite doivent respecter des règles (densité, taille, irrigation) et les huiles doivent correspondre à des normes chimiques semblables à celles en vigueur en Espagne. La Grèce compte 14 AOP (voir figure 5) : 8 se situent en Crète (4 dans la préfecture de Héraklion : Archanes, Peza, Thrapsano, Viannos, 2 dans la préfecture de La Canée : Apokoronas, Kolymvari, 1 dans la préfecture de Lasithi : Sitia, 1 dans la préfecture de Rethimni : Vorios Mylopotamos) et 6 dans le Péloponnèse (2 en Argolide : Lygourio Asklipiou, Kranidi, 3 en Laconie : Krokees, Petrina, Finiki, 1 en Messénie : Kalamata). Les aires concernées sont de taille réduite et correspondent souvent à une ou plusieurs communes dont l’orientation qualitative repose sur les efforts du mouvement coopératif local. C’est pourquoi, les autorités grecques ont également fait reconnaître de nombreuses IGP plus étendues que les AOP : 4 dans les îles égéennes (Thassos, Lesbos, Rhodes et Samos), 3 dans les îles ioniennes (Céphalonie, Zante, Agios Mathaios Kerkyras), 2 dans le Péloponnèse (Laconie, Olympie), 1 en Crète (La Canée) et 1 en Epire (Preveza). Ce choix repose sur la volonté des autorités grecques de valoriser les productions oléicoles régionales et de faire connaître ces nouvelles appellations sur les marchés extérieurs ; les oléiculteurs helléniques souhaitent ainsi réduire leurs exportations en vrac aux négociants italiens. La mise en place des AOP et des IGP devient non seulement un moyen de promouvoir des terroirs oléicoles de qualité mais aussi permet aux oléiculteurs de profiter au mieux des ventes d’huile d’olive. 2- Les facteurs de localisation : Les régions oléicoles bénéficiant d’une appellation d’origine présentent de nombreux points communs qui justifient leurs labels de qualité. Les caractéristiques naturelles sont celles de secteur de basse ou moyenne montagne au climat méditerranéen assez rude. Cela s’observe dans le Nyonsais, en Haute Provence, dans les sierras prélittorales catalanes (Les Garrigues, Siurana), dans les sierras bétiques (Sierra de Segura, Priego de Cordoba, Sierra Magina, Montes de Granada, Sierra de Cadiz), dans les hautes terres portugaises (Trás-os-Montes, Norte Alentejano) ou dans les Apennins (Colline Terramane). De nombreuses appellations d’origine se situent également dans des régions méditerranéennes septentrionales où la culture de l’olivier atteint sa limite climatique : Nord de la Provence, Lombardie, Vénétie, Emilie-Romagne, Tras-os-Montes, Rioja. Dans ces contrées plus froides, les variétés rustiques donnent des olives de qualité et 17 des rendements plus faibles que ceux rencontrés dans des terroirs plus fertiles et plus chauds. Ainsi, la même variété Picual donne des huiles de haute tenue dans la Sierra de Segura ou la Sierra Mágina et des produits plus communs dans les terres fertiles du Bassin du Guadalquivir. La valorisation offerte par l’appellation permet une récupération financière pour les oléiculteurs face à une rentabilité plus réduite dans ces régions difficiles. La petite taille des vergers, la fréquence des fortes pentes, l’indigence des sols, les risques de gel sont des conditions négatives pour la productivité des olivettes et l’appellation parvient à pallier ces inconvénients par un prix supérieur pour les huiles d’olive produites. La plupart des zones d’appellation contrôlée repose sur une variété locale d’olivier qui donne une qualité optimale dans sa région d’origine. Ainsi, la Tanche de Nyons, l’Arbequine catalane, l’Aglandau aixoise, la Cornicabra tolédane, l’Empeltre aragonais, la Galega du Ribatejo et du Beira, le Moraiolo d’Ombrie ou le Picual de Jaén offrent des huiles excellentes car elles se situent dans leurs berceaux et dans des conditions idéales pour l’obtention d’un produit de grande qualité à la saveur typique. Toutefois, au niveau variétal, on remarque une différence entre les appellations huilières françaises qui privilégient une ou quelques variétés locales alors que les appellations portugaises ou italiennes acceptent des variétés plus générales : ainsi la Galega est présente comme variété principale dans 5 des 6 appellations portugaises et le Leccino apparaît dans plus de 15 appellations italiennes. Les appellations toscanes acceptent 30 variétés dans leurs réglementations. La tradition oléicole au sein d’un terroir contribue également à l’attribution d’une AOP car elle atteste d’un savoir-faire et d’une spécificité gustative des productions locales. Les appellations d’origine contrôlée pour l’huile d’olive correspond à une même approche qualitative et commerciale et à la prise en main du secteur oléicole par les oléiculteurs eux-mêmes. Les AOP. proviennent, pour la plupart, d’initiatives locales dont les fondements sont la volonté farouche de maintenir une production de qualité et de conserver une activité agricole aussi traditionnelle que l’oléiculture. C’est une approche patrimoniale et paysagère qui tranche avec la vision plus productiviste d’autres régions oléicoles (Andalousie, Pouilles) qui a longtemps prévalu dans des Etats méditerranéens comme l’Espagne. Toutefois, les appellations d’origine ne s’opposent pas à la modernisation de l’oléiculture car les critères de rendement, d’irrigation ou de densité des vergers sont suffisamment larges pour permettre les améliorations quantitatives. L’orientation qualitative s’intègre également dans des politiques d’aménagement du territoire en sauvegardant une activité traditionnelle dans des régions défavorisées. C’est pourquoi les pays méditerranéens de l’Union européenne optent désormais pour cette 18 approche patrimoniale fondée sur une formalisation de la qualité grâce à la réglementation des AOP et des IGP. LES APPELLATIONS D’ORIGINE PROTEGEE OLEICOLES, FACTEURS D’IDENTITE TERRITORIALE ET DE DEVELOPPEMENT LOCAL : 1. Les Appellations d’Origine Protégée oléicoles, éléments d’une identification territoriale : Les AOP oléicoles constituent de précieux agents de promotion territoriale pour les aires géographiques concernées. En premier lieu, l’AOP affirme une identité clairement méditerranéenne : l’olivier est, sans conteste, l’arbre emblématique du Bassin méditerranéen et les oliveraies sont aisément identifiables pour ancrer un territoire dans cet ensemble géographique valorisé et apprécié. En outre, l’huile d’olive est bien connue comme une des bases fondamentales du régime alimentaire méditerranéen. Ainsi pour des aires d’AOP septentrionales comme Garda ou Veneto en Italie, Haute Provence en France ou la Rioja en Espagne, la reconnaissance de leurs productions oléicoles atteste d’une identité méditerranéenne affirmée. Les AOP oléicoles sont également des agents d’identité locale puisque l’obtention d’un tel label repose sur une spécificité des productions régionales. Ainsi la notion de terroir devient fondamentale comme facteur d’appartenance territoriale par l’intermédiaire des AOP oléicoles. Ces dernières certifient la reconnaissance des particularismes propres aux aires d’appellation. D’ailleurs de nombreuses AOP portent des noms qui reflètent une spécificité topographique des terroirs : Monts, Sierra, Colline, Val, adjectifs « Haut » ou « Bas »… Les AOP oléicoles renforcent aussi l’identité territoriale par l’histoire de l’oléiculture locale ; en effet, l’obtention de l’appellation nécessite une justification historique certifiant le particularisme des huiles d’olive sur une longue période. Ainsi les dossiers établis pour la l’acceptation du label comprennent des volets historiques conséquents. D’ailleurs les manifestations culturelles, les documentations ou les lieux associés aux productions oléicoles se fondent largement sur des éléments de l’histoire locale pour mettre en valeur l’historicité de l’oléiculture. L’obtention d’une AOP oléicole atteste aussi d’une identité sociale spécifique puisqu’elle s’appuie sur des savoir-faire particuliers : modes de conduite des oliviers, conservation des variétés locales, soins apportés à la fabrication de l’huile … La promotion territoriale assurée par une AOP oléicole repose également sur la valorisation apportée par l’oléiculture : l’esthétique de l’olivier et des paysages d’oliveraies n’est plus à démontrer et l’huile d’olive est désormais reconnue pour ses hautes qualités gustatives et sanitaires. Des régions souvent méconnues comme le Tras-os-Montes, 19 l’Estrémadure, les sierras andalouses ou certaines contrées des Apennins peuvent réduire leur déficit de notoriété grâce à la renommée qualitative de leurs oléicultures. Des effets de reconnaissance mutuelle s’établissent donc entre une AOP oléicole et son aire : ainsi, des AOP bénéficient de la renommée de leurs régions (Huile d’Aix-enProvence, Huile de Nice, Garda, Monte Etna…) et la réputation flatteuse d’une AOP oléicole rejaillit sur une région de production moins connue (Bajo Aragon, Les Garrigues, Siurana, Sierra de Segura, Umbria…). L’huile d’olive en AOP devient un agent efficace de territorialisation car elle favorise une oléiculture qui constitue un référent paysager et économique essentiel pour une identification locale. Ainsi le Nyonsais et les Baronnies en France ont de nombreuses productions agricoles qui les caractérisent (vins, tilleul, lavande, fruits) mais l’olivier tend à devenir un élément majeur de l’identité locale. Même pour les régions de forte production oléicole comme les Pouilles, la Crète et l’Andalousie où l’olivier a toujours constitué un élément marquant de l’identité régionale, l’émergence des AOP représente une reconnaissance et une valorisation qui renforcent les liens étroits qui unissent l’olivier à ces régions. En outre, les AOP dans ces régions de production oléicole de masse permettent de faire émerger des contrées qui offrent aux importantes productions régionales une variété qualitative et des créneaux commerciaux plus nombreux. 2. Les appellations d’origine, agents de développement local : Il convient également de mettre en valeur le rôle des appellations d’origine dans le développement local. En effet, une AOP permet la consolidation voire le renouveau de l’activité oléicole et offre ainsi des opportunités économiques dans une agriculture méditerranéenne en proie à des difficultés dans les secteurs de la viticulture, de la céréaliculture ou de l’arboriculture. Une appellation permet aux oléiculteurs d’obtenir un prix plus élevé pour leurs production en raison de la qualité obtenue, de la reconnaissance offerte par le label et des types de conditionnement (conditionnement inférieur à 5 litres, pas de vente en vrac). La commercialisation de ces produits AOP est favorisée par la création de niches commerciales sous l’effet du label et par l’accroissement de la vente directe dans les huileries. Ainsi, on peut observer un maintien voire même un renouveau des moulins : dans les Alpes de Haute Provence (AOP Huile de Haute Provence), il ne subsistait que 3 moulins en 1980 alors qu’aujourd’hui on en compte 7. Dans les régions oléicoles souvent caractérisées par un retard et des difficultés dans le développement économique (Andalousie, Estrémadure, Pouilles, Sicile, Crète, Alentejo…), le dynamisme du secteur oléicole grâce aux AOP est un précieux atout tant l’oléiculture occupe une place de choix dans les économies et les sociétés régionales. 20 Un label de qualité oléicole est également un vecteur de promotion et un agent pour les activités touristiques : l’olivier et l’huile d’olive constituent un élément pour le développement du tourisme et des loisirs dans les espaces ruraux méditerranéens. Des routes de l’olivier sont mises en place pour faire découvrir l’oléiculture locale et ses produits et animer une activité touristique dans les contrées traversées. Un accueil et des visites sont développés dans les moulins, dans des musées, dans des lieux de promotion. De nombreuses manifestations sont aussi organisées autour de l’olivier et de l’huile d’olive : des manifestations festives (fêtes de l’olivier, fêtes de l’olivaison, fêtes de l’huile nouvelle…), des foires, des stages de dégustation… L’exemple des initiatives organisées autour de l’olivier dans l’aire d’appellation de Nyons (France) est révélatrice du rôle qu’une oléiculture de qualité peut avoir dans la promotion et l’animation touristiques. Une route de l’olivier a été tracée et offre un itinéraire de découverte des régions voisines, les Baronnies et le Nyonsais : les moulins sont clairement répertoriés avec un accueil du public, des panoramas oléicoles sont aménagés, un musée de l’olivier et des lieux de visite liés à l’oléiculture (scourtinerie, savonnerie, vieux moulins) sont à la disposition des touristes. Deux manifestations sont organisées autour de l’oléiculture: la fête des olivades (en saison estivale) et la fête de l’Alicoque (fête de l’huile nouvelle en février). Un Institut du Monde de l’Olivier a été créé à l’initiative des pouvoirs locaux (région Rhône-Alpes, département de la Drôme) afin d’ouvrir un lieu de recherche et d’information sur le secteur oléicole. L’oléiculture de qualité s’avère être également un agent d’action sociale appréciable car elle affermit et favorise les liens sociaux autour des groupements de producteurs, des coopératives et des moulins : l’activité socio-économique centrée sur l’olivier et le moulin est ranimée et le tissu associatif s’en trouve dynamisé. Cette mutation peut avoir d’importants bénéfices car l’oléiculture est principalement le fait de centaines de milliers de petits exploitants. L’amélioration qualitative favorise aussi la transmission des savoir-faire : ainsi dans les aires d’appellation françaises, des stages d’apprentissage de la taille et des réseaux d’information sur les traitements et la récolte ont été mis en place afin de former les oléiculteurs à des meilleures pratiques oléicoles. L’oléiculture peut être considérée comme un agent d’aménagement paysager en raison de la valeur esthétique attachée à l’olivier. Dans ce cadre, l’attrait paysager, l’amélioration qualitative et le développement touristique s’associent mutuellement en faveur d’un développement local durable. Les oliveraies peuvent être intégrées dans des politiques de requalification paysagère, en particulier dans les régions de montagne où les anciennes terrasses oléicoles font l’objet d’une réhabilitation. De nombreuses communes des Alpes de Haute Provence comme Lurs ou Moustiers Sainte Marie ont entrepris des 21 travaux de rénovation des terrasses d’oliveraies abandonnées ou délaissées : ces actions visent à remettre à jour un patrimoine agraire apprécié de nos jours et favorisant le développement touristique. Des paysages oléicoles attractifs comme ceux rencontrés dans le Tras-os-Montes portugais, la Sierra de Gata (Estrémadure) ou la Toscane peuvent devenir des acteurs majeurs dans l’aménagement agraire et l’offre touristique. CONCLUSION : L’orientation qualitative est le meilleur moyen pour l’huile d’olive de résister à la concurrence impitoyable des huiles de graine, moins chères. C’est une façon de valoriser un produit naturel et traditionnel aux qualités gastronomiques et alimentaires incontestables. Cela offre aussi la possibilité de faire connaître et reconnaître un produit particulier auprès d’une clientèle peu habituée à sa consommation (Amérique du Nord, Japon, Océanie, Europe du Nord). Néanmoins, il faut relever les périls d’une telle orientation. Une meilleure qualité s’accompagne d’une forte hausse du prix de l’huile d’olive et cette augmentation risque de nuire à la consommation de masse qui persiste dans des pays comme la Grèce, l’Espagne ou l’Italie. Jusqu’à présent, les habitants de ces pays sont restés remarquablement fidèles à l’huile d’olive mais une élévation rapide des prix de cet aliment de base aurait des répercussions sur le niveau des achats. Il convient de rappeler que le marché de l’huile d’olive se concentre principalement dans les pays producteurs et une diminution de ces marchés aurait des conséquences fâcheuses pour les oléicultures locales que les exportations vers les nouveaux consommateurs ne parviendraient pas à compenser. Les appellations d’origine contrôlée marquent la reconnaissance d’une spécificité régionale. Ces dernières peuvent encore se multiplier car il demeure de nombreux terroirs oléicoles aux qualités indéniables. Toutefois, le système ne peut s’étendre à toute la production d’huile d’olive sous peine de faire disparaître le prestige des labels AOP. Il demeure nécessaire d’individualiser clairement les caractéristiques gustatives des huiles d’olive pour accorder une reconnaissance aussi attendue. Toutefois, les appellations oléicoles d’origine protégée, reconnues désormais par l’Union européenne, sont d’indéniables facteurs d’identité territoriale et contribuent activement au développement local dans des régions souvent défavorisées. Ainsi, une activité aussi traditionnelle que l’oléiculture constitue un précieux atout pour l’avenir de nombreuses régions méditerranéennes. Bibliographie : 22 AMOURETTI , M.-C., COMET, G. (1992). Le livre de l’olivier. Aix-en-Provence : Edisud, (3ème éd.). Anonyme (1991). Le Traité de l’olivier. Nîmes : Lacour, 356 p. (rééd. de l’ouvrage de 1784). ANGLES, S. (1997). L’olivier en Andalousie. Bordeaux : Université Michel de Montaigne-Bordeaux III, 750 p. (thèse de doctorat). BOULANGER, P. (1995). L’olivier et ses huiles dans le Pays d’Aix. Aix-en-Provence : Edisud, 138 p. CARR, R. (1966). Spain 1808-1939. Oxford : Oxford University Press, 766 p. CASTRO, C. et al. (1997). Aspects généraux du secteur oléicole au Portugal. 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Crisis y modernizacion del olivar. Madrid : MAPA, 472 p. 23 24 Figure 1 : Les appellations d’origine en Espagne Rioja Sierra de Gata Les Garrigues Siurana Las Hurdes Bajo Aragon Monterrubio Montes de T oledo Estepa Baena Mallorca Sierra de Segura Sierra de Cazorla Montes de Granada Appellation d’Origine Protégée (D.O.) 25 Figure 2 : Les appellations d’origine au Portugal. Tras-Os-Montes Beira Interior Ribatejo Norte Alentejano Alentejo Interior Moura Denominação de Origem Protegida 26 Figure 3 : Les appellations d’origine en France Nyons Haute-Provence Vallée des Baux Nîmes Nice Aix-en-Provence Corse Appellation d’Origine Protégée (AOC) 27 Figure 4 : les appellations d’origine en Italie. Lombardie Vénétie Ligurie Emilie Romagne T oscane Ombrie Marches Abruzzes Latium Pouilles Campanie Calabre Appellation d’Origine Protégée (DOP) Indication Géographique Protégée Toscano Sicile 28 Figure 5 : les appellations d’origine en Grèce. T hassos Kerkyras Lesbos Preveza Céphalonie Olympie Zante Samos Laconie Rhodes La Canée Appellation d’Origine Protégée Indication Géographique Protégée 29