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SAVOIRS & ACTUALITÉS
Focus normalisation
VÉHICULES ET MACHINES
MOBILES UTILISÉS
EN ENTREPRISE : MÊME AVEC LE
GPL, LE CO RESTE UN PROBLÈME
GROUPE
DE TRAVAIL
KAN
« Émissions
de CO des
machines
mobiles
fonctionnant
au gaz
liquide 1 »
Les émissions de monoxyde de carbone (CO) causées par des véhicules et des machines
mobiles peuvent être mortelles si elles surviennent dans un environnement mal aéré.
Les moteurs fonctionnant au gaz liquide (GPL) émettent généralement moins de CO
que ceux fonctionnant à l’essence ou au diesel. Un niveau d’exposition suffisamment
bas n’est toutefois garanti que par des moteurs dont le taux d’émission correspond
à l’état de l’art. Or, celui-ci doit encore se refléter dans les normes.
CO EMISSIONS ALSO AN ISSUE ON LPG-ENGINED VEHICLES AND MOBILE MACHINES
USED WITHIN COMPANIES – Carbon monoxide (CO) emissions from vehicles and mobile
machines may be lethal when the vehicles or machines are used in poorly ventilated
environments. LPG (liquefied petroleum gas) engines typically emit less CO than those
using petrol or diesel fuel. For CO exposure to be at a safe level, engines must however
satisfy the state of the art in terms of their emissions. The state of the art has however
yet to be formulated in standards.
L
Cet article
est issu du
bulletin
d’information
KANBrief
4/14
(consultable
sur www.kan.
de/fr) de la
Kommission
Arbeitsschutz
und Normung
(KAN).
The English
version of
this article is
accessible at
www.kan.de/en
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e monoxyde de carbone (CO) est très
toxique, car il empêche le transport de
l’oxygène par les globules rouges. Une
fois inhalé, le CO est très facilement
absorbé par le sang, dont la capacité de
fixer et de transporter l’oxygène se trouve alors
durablement restreinte, voire totalement neutralisée. Une exposition aiguë peut provoquer des
troubles cardiovasculaires, neurologiques ou métaboliques. Un aspect particulièrement dangereux est
le fait que le CO est insipide, inodore et incolore
et que, à l’exception de maux de tête, il ne provoque guère de symptômes susceptibles de mettre
en garde les personnes affectées, ce qui explique
qu’une intoxication au CO peut facilement avoir
une issue mortelle.
Étude préliminaire sur l’état de l’art
et l’exposition
Dans une grande entreprise de transport, les émissions de CO ont été mesurées sur plusieurs véhicules (de 0 à 20 ans d’âge) fonctionnant au GPL. Les
mesures ont porté sur le pourcentage en volume
des gaz d’échappement ainsi que sur l’augmentation de la concentration de CO dans un petit atelier
non aéré d’environ 400 m³ dans lequel s’effectuent
Hygiène et sécurité du travail – n°238 – mars 2015
les marches d’essai des machines, par exemple
après une opération de maintenance. Ceci a permis
d’obtenir des indications sur l’état de l’art et sur les
différences entre les moteurs anciens et les plus
récents.
Des mesures d’exposition ont été par ailleurs effectuées auprès de quatre conducteurs de chariots de
manutention fonctionnant au GPL durant leur travail dans un entrepôt d’environ 25 000 m³.
Conclusions et poursuite des recherches
Il s’est avéré que la valeur limite définie pour le
monoxyde de carbone dans la règle technique TRGS
900, à savoir 30 ml/m³, était dépassée chez tous
les conducteurs, bien que les véhicules ne fussent
pas constamment utilisés.
Pour 60 % des véhicules, la valeur limite définie
dans les consignes d’application du règlement de
prévention des accidents du travail (UVV) n° 79 de
la DGUV2 sur l’utilisation de gaz liquide, à savoir
0,1 % en volume de CO dans le gaz d’échappement,
était dépassée d’au moins un facteur deux. Les
émissions de monoxyde de carbone dépendent
étroitement du réglage correct du moteur. Or, les
exploitants des engins justifient souvent un mauvais réglage des moteurs par le fait que ceux-ci
© Philippe Castano pour l'INRS
fonctionnent mieux, absorbant mieux le gaz et
ayant moins tendance à caler. Mais, compte tenu
des risques occasionnés par les gaz d’échappement, cet argument ne devrait pas être acceptable.
Pour les plus gros moteurs (4 cylindres, cylindrée
de 1 600 cm³, par exemple), la valeur limite évoquée ci-dessus pour les gaz d’échappement ne correspond plus aujourd’hui à l’état de l’art. De toute
évidence, elle peut être sensiblement et aisément
réduite par une technique moderne d’épuration
des gaz d’échappement. Des recherches plus poussées semblent indiquer que, même pour les petits
moteurs de 6 à 35 kW de puissance, des taux
d’émission de CO dans les gaz d’échappement nettement inférieurs à 0,1 % en volume correspondent
aujourd’hui à l’état de l’art et devraient donc être
repris dans la normalisation. Les machines de traitement des sols (équipées généralement de petits
moteurs), par exemple, sont soumises à la norme EN
60335-2-723. Une condition nationale particulière
pour l’Allemagne y a été ajoutée, selon laquelle les
gaz d’échappement des machines destinées à être
utilisées en intérieur ne doivent pas contenir plus
de 0,1 % en volume de CO, à l’exception toutefois
des moteurs monocylindres.
Conséquences pour la prévention
•L
e fait que les émissions de CO dépendent fortement du réglage du moteur et que des véhicules relativement anciens soient utilisés très
longtemps a confirmé la nécessité de contrôler
les gaz d’échappement au moins deux fois par an
et de corriger si nécessaire le réglage du moteur 4.
Ceci devrait être impérativement mentionné dans
les manuels d’utilisation des engins fonctionnant
au GPL et donc également dans les exigences des
normes relatives aux manuels d’utilisation des
machines neuves.
• Un débat devrait être engagé afin de mieux définir quel est l’état de l’art, pour que celui-ci puisse
se refléter dans la normalisation.
• À terme, l’objectif devrait être d’utiliser, si possible,
uniquement des machines à moteur électrique
dans les locaux fermés. Afin d’y parvenir, il faudrait non seulement agir auprès des exploitants
(mesures d’information de la part des organismes
d’assurance accidents et de l’inspection du travail),
mais aussi que les exploitants fassent pression sur
les fabricants (exigences plus strictes en matière
de réduction d’émissions lors de l’achat).
Un atelier
de maintenance
pour véhicule
au gaz.
•
1. Ulrich Birkenstock (BG Verkehr), Peter Bollwitt (BGN),
Arno Goebel (IFA), Dr. Claus-Peter Maschmeier (LAV SaxeAnhalt), Corrado Mattiuzzo (KAN), Stefan Merkle (BG BAU).
2. Assurance accidents légale allemande.
3. EN 60335-2-72 « Appareils électrodomestiques
et analogues – Sécurité – Partie 2-72 : Règles particulières
pour les machines automatiques de traitement des sols
à usage industriel et commercial ».
4. Cf. Les consignes d’application du règlement de prévention
des accidents du travail (UVV) n° 79 de la DGUV
sur l’utilisation de gaz liquide.
Hygiène et sécurité du travail – n°238 – mars 2015
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