Le chêne et le roseau, Jean de La Fontaine - Geert
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Le chêne et le roseau, Jean de La Fontaine - Geert
TEXTE 2 – LE CHÊNE ET LE ROSEAU – JEAN DE LA FONTAINE, LES FABLES, « LIVRE 1 », FABLE 22 Comment La Fontaine s'y prend-il pour critiquer la situation politique de son temps ? INTRODUCTION • XVIIeme • Les fables • Jean de La Fontaine LECTURE ANNONCE Dans cette fable La Fontaine met en scène un Chêne et un Roseau qui doivent affronter le vent. Pour répondre à la question « Comment La Fontaine s'y prend-il pour critiquer la situation politique de son temps ? », j'étudierais trois axes : • La parole du chêne • La parole du roseau • La morale et la critique de la fable EXPOSÉ I – La parole du Chêne A – Le discours Le chêne se croit immense, immortel. Il est orgueilleux et cela transparaît dans son discours, très long (moitié de la fable). Il fait preuve de grandiloquence par l'emploi de phrases complexes (partout sauf au vers 17), d'un vocabulaire recherché, d'images hyperboliques comme « mon front au Caucase pareil » (v. 7) et de connaissances naturelles comme « roitelet » (v. 3) ou encore « Aquilon […] Zéphyr ». Il énumère également ses pouvoirs contre les forces de la nature (v. 8-10 et v. 14). En même temps qu'il dénonce la nature, il cite toutes les difficultés du roseau, se montrant condescendant. B – Structure et argumentation de ce discours • v. 2 à 6 : exposition de la situation du roseau • v. 7 à 9 : éloge de sa propre personne et du personnage grandiose et protecteur qu'il incarne • v. 10 : comparaison • v. 11 à 14 : éloge de lui-même • v. 15 à 17 : fausse compassion/ hypocrisie Transition : Les paroles du chêne montrent sa volonté de domination et d'écrasement, même s'il fait preuve d'une certaine compassion envers le roseau. Mais ce dernier prend la parole à son tour. II – La parole du Roseau A – Le discours Le discours du roseau est une réponse à celui du chêne mais il y est complètement opposé. Il est plus court (7 vers contre 16 pour le chêne) mais tout aussi important. Les phrases sont aussi plus courtes et plus simples et le vocabulaire plus sobre que dans le discours du chêne. Il n'emploie pas d'images hyperboliques mais des références à des comportements physiques concrets : « Je plie, et ne romps pas » (v. 21) et « coups » (v. 22). Cela peut le faire sembler plus faible mais ce n'est qu'une apparence. Les temps utilisés dans ce discours sont le présent de vérité générale et l'impératif, ce qui lui donne plus de crédibilité. De plus, sa contestation est objective et non pas un jugement hâtif. Il est prudent par rapport à l'avenir. B – la structure de ce discours • v. 18 à 19: concession à la compassion du chêne puis refus de cette charité • v. 20 à 21: comparatif d'infériorité et inversion des rôles • v. 21 à 23: exposition de la situation du chêne • v. 24: pari avec le chêne sur l'avenir Transition : En faisant intervenir deux végétaux comme personnages antagonistes, La Fontaine fait une satire de la politique de son temps et semble vouloir montrer une morale particulière. III – La morale et la critique de la fable Il s'agit du récit allégorique d'une dispute arbitrée par le vent pour proposer une morale implicite. Ainsi, trois personnages sont en présence : le vent et les deux protagonistes, le chêne et le roseau. Ces deux protagonistes s'affrontent lors d'un dialogue (marques du discours direct) se trouvant dans un récit. Les deux végétaux, que tout semble opposer, sont personnifiés et représentent toute leur espèce. Le chêne est mentionné en 1er, prend la parole en 1er. Il est le symbole de l'autorité royale. Il fait preuve de condescendance envers les petits sans voir les dangers de sa propre situation. Malgré les apparences, c'est le plus fragile. Il meurt tragiquement et n'est grand que dans certaines circonstances. Le roseau, nommé en second, est meilleur analyste de la situation. Il symbolise la souplesse de ceux qui s'adaptent aux circonstances et représente le peuple soumis et victime d'injustice. Sa faiblesse est sa vulnérabilité. Le vent, pour sa part, ne parle pas mais agit comme pour donner raison au roseau. Plusieurs appellations, hyperboles et personnifications sont utilisées pour le désigner : « tempête » (v. 9), « Aquilon/Zéphyr » (v. 10), « le plus terrible des enfants » (v. 26). Le vent est à l'image du peuple révolté, violent et inébranlable. La morale est implicite et insolite: l'auteur termine sur un fait et c'est au lecteur de l'imaginer. Il s'agit d'un appel au jugement sur les puissants et les apparences du pouvoir. Les plus puissants ne le sont pas autant qu'ils le croient et le vent abolit les inégalités. L'enjeu de cette fable semble moral et politique. Dans un monde régi par les rapports de force, l'adaptation aux circonstances garantit la survie tandis que l'affrontement à une puissance supérieure induit la destruction. Conclusion Pour critiquer la situation politique de son temps, l'auteur met en scène deux végétaux et un phénomène naturel. Ces éléments sont personnifiés : le Chêne représente le Roi, le Roseau le peuple et le Vent joue un rôle d'arbitre et donne raison au Roseau. Le recours à la personnification et l'usage d'une morale implicite permet à La Fontaine de dénoncer la situation politique de son temps tout en contournant la censure. Ouverture : • La Fontaine • La royauté du XVII • Les Frondes • Autres moralistes • La fable
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