les nationalismes basque et catalan sont-ils solubles - pug

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les nationalismes basque et catalan sont-ils solubles - pug
LES NATIONALISMES BASQUE ET CATALAN SONT-ILS SOLUBLES
DANS LA DEMOCRATIE ESPAGNOLE ?
Angeline ASSANGONE NKOULOU épse MVE MBEGA
Université Omar BONGO
Libreville (GABON)
Résumé :
Avec l’entrée en vigueur de la Constitution de 1978, l’Espagne inaugure une nouvelle
phase de son Histoire, basée sur une forme d’Etat qui permette de satisfaire les revendications à
l’autonomie des peuples et régions qui la composent.
Toutefois, ce choix unitaire et autonomique, contenu dans l’article 2, ne convient pas
aux Communautés Autonomes dites « historiques ». Elles réclament une autonomie plus
avancée, comme ce fut le cas jusqu’au XVII ème siècle avec l’existence des fueros. L’abolition de
ces fueros par Philippe V, à travers les Decretos de la Nueva Planta en 1700, suivie de
l’instauration d’un régime centraliste, entraîne la perte des identités culturelles, des us et
coutumes propres, ainsi que tous les avantages liés aux traditions de chaque région. C’est la
naissance des nationalismes. Ainsi, bien que se considérant « historiques », et s’appuyant sur
des particularités linguistiques, économiques, sociales et culturelles, les nationalismes basque et
catalan sont diamétralement opposés. Le premier a un caractère séparatiste, raciste et utilisant
souvent la violence pour tenter d’obtenir son indépendance ; quant au second, il affiche un
caractère modéré et différentiel, aspirant plutôt au fédéralisme.
Mots-clés :
Espagne – Nationalisme – Fueros – Communautés Autonomes – Constitution de 1978 –
Autonomie – Catalogne – Pays Basque – Démocratie – Indépendance.
Abstract:
With the 1978 Constitution in force, Spain opens a new page of its History, based on a
kind of state which satisfies the claims for the autonomy of people and regions that compose it.
However, this unitary and autonomous choice, stated in the article 2, is not suitable to
the Autonomous Communities, called “historical”. They claim more autonomy as it was the
case until in the 17 th century with the existence of fueros. The abolition of these fueros by
Philippe V, through the Decretos de la Nueva Planta in 1700, followed by the instauration of
cultural identities, proper mores and customs as well as all the advantages related to the
traditions of each region. This gave birth to nationalisms. Then, these catalan and basque
nationalisms, though being “historical” and based on linguistic, economic, social and cultural
particularities, are diametrally opposed. The first has a separatist and racist aspect, and always
uses violence to reach its goal: independence. As for the second, it presents a moderate and
differential aspect, which rather aspires to federalism.
Key words:
Spain – Nationalism – Communities Autonomous – Constitution of 1978 – Autonomy –
Catalonia – Basque region – Democracy – Independence.
Introduction
L’Espagne est un pays qui présente une organisation administrative assez complexe
basée sur l’existence d’une forme d’autonomie très avancée dont jouissent ses différentes
régions. Depuis 1978, le pays est unitaire et multiple à la fois. Cependant, même si la
Constitution parle d’Etat unitaire, le nouveau système qu’elle présente est plutôt
décentralisateur car l’article 2 prévoit le droit à l’autonomie des nationalités qui composent le
pays. L’Espagne se compose donc de dix sept Communautés Autonomes dont quinze
péninsulaires et deux insulaires 1. Il existe deux types de Communautés Autonomes : les
Communautés dites « historiques », le Pays Basque 2, la Catalogne 3 et la Galice4 qui possèdent
des Statuts d’autonomie obtenus durant la Seconde République (1931-1939) et les autres. Elles
disposent de compétences accrues dans tous les domaines liés à la gestion locale de leurs
territoires respectifs, laissant les compétences d’ordre stratégique, militaire à l’Etat. En tenant
compte de ces statuts d’autonomie, il faut remarquer que toutes ces Communautés Autonomes
ne bénéficient pas des mêmes avantages, des mêmes prérogatives. Il existe des inégalités
structurelles ou économiques entre elles que d’aucuns qualifient d’injustes et discriminatoires.
C’est le cas des Communautés Autonomes dites « historiques » qui se sentent lésées car ne
bénéficiant pas des avantages et prérogatives liés à leurs Statuts. Elles veulent donc marquer
leurs différences vis-à-vis des autres Communautés Autonomes.
Cette revendication d’un traitement particulier se manifeste de plusieurs façons dont la
plus courante est le nationalisme. Il est donc question des nationalismes basque et catalan et de
leur place dans le système démocratique qui voit le jour avec la promulgation de la Constitution
de 1978. Autrement dit, quelle est la place donnée aux nationalismes dans le nouveau régime
alors que la reconnaissance de leur autonomie a été l’une des causes majeures du soulèvement
de 1936 ?
Nous précisons qu’il existe plusieurs nationalismes et régionalismes en Espagne ; mais
il ne saurait être question ici de procéder à un inventaire de tous ces nationalismes, ce qui
exigerait une étude approfondie. Mais plus modestement nous allons analyser deux
nationalismes, ceux dits « historiques » mais diamétralement opposés : le catalan et le basque.
La présente étude ne pose donc aucun problème tenant lieu du cadre géographique ; elle
porte sur l’Espagne entité politique située au Sud-Ouest de l’Europe. Elle est limitée au Nord
par la France, la Mer Cantabrique et Andorre ; au Sud par le Détroit de Gibraltar, la Mer
Méditerranée et l’Océan Atlantique ; à l’Est par la Mer Méditerranée, et à l’Ouest par le
Portugal et l’Océan Atlantique. Avec une superficie de 503.746 Km2 et une population
d’environ quarante millions d’habitants, l’Espagne est une monarchie parlementaire. Le roi
règne mais ne gouverne pas, il n’est pas élu mais doit son pouvoir par son appartenance à une
dynastie. En revanche, il bénéficie d’un prestige à l’étranger car c’est le plus haut représentant
de l’Espagne dans les Relations Internationales. Administrativement, l’Espagne est divisée en
dix sept Communautés Autonomes, dont quinze péninsulaires et deux insulaires. Les deux
Communautés Autonomes qui font l’objet de notre étude sont situées respectivement au Nord et
au Nord-Est de l’Espagne.
La présente étude se justifie par l’intérêt que nous portons à l’évolution de la vie
politique espagnole, aux changements intervenus en Espagne durant ces trois dernières
décennies et aux idées politiques défendues et véhiculées par certains leaders des grandes
formations politiques 5 espagnoles.
De plus, la perception que l’on a aujourd’hui de l’Espagne est souvent confuse, voire
approximative ; et d’ailleurs, les espagnols rencontrés lors de nos nombreux voyages à Madrid,
à Barcelone et à Saint-Jacques de Compostelle ne savent pas très bien quelle réalité recouvre le
mot Espagne.
1
Andalousie, Aragon, Asturies, Catalogne, Pays Basque, Galice, Navarre, Cantabre, Murcie, Castille-Leon,
Castille-la-Manche, Extremadura, Iles Baléares, Iles Canaries, Madrid, La Rioja, Valence.
2
Ses trois provinces : Alava, Guipúzcoa, Biscaye ; autonomie : 22/12/1979 ; superficie : 7261km2 ; population :
environ quatre millions d’habitants.
3
Quatre provinces : Barcelone, Gérone, Lérida, Tarragone ; autonomie : 22/12/1979 ; superficie : 31.930km2 ;
population : environ deux millions d’habitants
4
Quatre provinces : La Corogne, Lugo, Orense, Pontevedra ; autonomie : 07/11/1980 ; superficie : 29.434km2 ;
population : environ trois millions d’habitants.
5
Cas de Manuel Fraga Iribarne, fondateur de Alianza Popular en 1976, devenu Partido Popular après la
refondation du parti en 1989. cf « Manuel FRAGA IRIBARNE, histoire d’un parcours politique singulier »,
Thèse de doctorat Nouveau Régime soutenue à l’Université de Perpignan en décembre 2000 par Assangone
Nkoulou Angeline.
Quant aux autres européens, ils sont perplexes. Ne voient-ils pas là une entité qu’ils
croyaient unique, qu’ils avaient l’habitude de percevoir globalement, mais qui apparaît
désormais – au moment précis où l’Europe aspire à effacer ses frontières et se cherche un destin
supranational – sous un aspect composite et pluriel, tel un puzzle dont certaines pièces (la
Catalogne et le Pays Basque en particulier) demandent à être considérées dans leur spécificité
régionale et culturelle qui ferait passer la cohérence de l’ensemble au second plan ?
Selon le dictionnaire Larousse, Le nationalisme est une doctrine qui affirme la
prééminence de l’intérêt de la nation par rapport aux intérêts des groupes, des classes, des
individus qui la constituent. C’est un mouvement politique des individus qui veulent imposer la
prédominance de la nation à laquelle ils appartiennent dans tous les domaines 6. Plus précis, le
dictionnaire de La Real Academia établit que el nacionalismo es la aspiración o tendencia de un
pueblo o raza a constituirse en estado autónomo. 7 Comme nous le constatons, il existe plusieurs
définitions de ce concept vague et complexe qui s’affirme en Europe au début du 19ème siècle.
Il existe également diverses formes de nationalismes : le nationalisme « progressiste »,
le nationalisme « réactionnaire », le nationalisme « politique » et le nationalisme « culturel ».
On peut également subdiviser les différents mouvements nationalistes en « séparatiste »,
« unificateur ou intégrateur » et « stable » en fonction de leur idéologie.
Notre propos n’est pas de faire une étude générale des nationalismes. Nous nous
limiterons à analyser le mode de fonctionnement des nationalismes catalan et basque dans ce
nouveau cadre politique qu’est le système démocratique espagnol en nous appuyant sur trois
points : les origines des nationalismes basque et catalan ; les caractères de ces deux
nationalismes car antérieurs à la Constitution de 1978, et enfin nous analyserons ce que la
Constitution de 1978 prévoit par rapport à cela.
I- Origines des nationalismes Basque et Catalan
A- l’importance des fueros
Il convient de souligner que jusqu’à l’arrivée des Bourbons, c'est-à-dire jusqu’au roi
PHILIPPE V (début 1700), la Catalogne et le Pays Basque étaient des royaumes à part avec des
organisations administratives internes. La Castille n’avait pas de fueros 8 qui étaient à l’origine
de cette structuration. Mais, par la promulgation des Decretos de la Nueva Planta, Philippe V
procède à l’abolition de ces fueros et concentre tout sur Madrid qui devient la Cour du roi.
Ainsi, face à cette situation, les catalans et les basques expriment donc leur mécontentement en
revendiquant leurs identités culturelles respectives (surtout linguistiques), leurs droits ; en
somme, leurs anciens statuts. D’où la naissance du mouvement nationaliste.
Les nationalismes basque et catalan trouvent donc leurs origines dans l’abolition des
fueros, ces statuts juridiques particuliers, privilèges octroyés par le roi à une région, une ville ou
une personne, et en vigueur au Moyen âge.
Nous dirons que les fueros constituaient une espèce de pacte solennel entre la population
et le roi, et par extension, c’étaient aussi les lois qui régissaient une localité ou région
déterminée. Aussi avions-nous des fueros locales ou fueros municipales 9 qui étaient los
estatutos jurídicos que recogían en la Edad Media las costumbres de cada localidad, además de
6
Dictionnaire unilingue, Petit Larousse Illustré, édition 1996.
“le nationalisme est l’aspiration ou la tendance d’un peuple ou d’une race à se constituer en état autonome”,
La Real Academia Española, Diccionario de la lengua española, Tomo 2 , Madrid, 1992, p. 1423.
8
Le mot Fueros peut se traduire par coutumes (lois particulières à une province, à une ville) ; privilèges ;
ensemble ou compilation des lois ; libertés.
9
Ensemble de lois locales ou municipales.
7
los privilegios otorgados por los reyes a las mismas, así como el conjunto de disposiciones que
preservaban la nobleza, el clero y el vassallage de una zona. 10
Pendant la Reconquête (entre le VIIIème et le XV ème siècle), les rois chrétiens du Nord
de l’Espagne avaient initié une lutte contre les Arabes afin de récupérer les terres qui étaient en
leur possession et les expulser de l’Espagne. Pour ce faire, l’aide et la collaboration de la
population leur étaient nécessaires puisqu’il n’y avait pas d’Armée et qu’il fallait aussi penser
au Repeuplement, à l’occupation de ces zones laissées vides par la fuite des Arabes. D’où la
mise en place de la législation forale ou des fueros. Si la communauté acceptait de participer à
la lutte ou de prendre part à cette mission de Repeuplement, le roi lui octroyait certains
privilèges, qui s’obtenaient par la signature d’un pacte avec le roi. Plus les dangers étaient
grands, plus les privilèges que réclamait la population étaient importants. Au départ, les
privilèges étaient seulement d’ordre fiscal, c'est-à-dire basés sur une simple exonération de
certains impôts. Mais avec le temps, les pactes ont entraîné une législation de plus en plus
complexe, chaque ville ou contrée voulant appliquer son propre droit foral.
- Que contenaient les fueros ?
Les fueros, cet ensemble de lois et libertés n’était octroyé qu’à une villa c'est-à-dire à la
population capable de rendre justice et qui dépendait directement de l’autorité royale. Parmi ces
lois se detallaban las libertades, como la elección de alcalde, tributos a la corona, la
obligación de prestar auxilio a la mesnada real con peones y caballeros villanos, y muchas
prerrogativas que hacían del hombre de la ciudad más libre que el campesino de régimen
feudal. A cada fuero le correspondía, aparte de la ciudad o villa, un alfoz o territorio, que
contaba con varias aldeas y municipios, dependientes de la villa principal. La población tenía
un consejo que gobernaba y representaba a la ciudad en las cortes. El consejo tenía gran poder
sobre el alfoz y la ciudad, sin embargo no podía dar título de villa a cualquier aldea. 11
Ainsi, pendant le Moyen Age beaucoup de fueros furent octroyés à la plupart des
royaumes : Aragon, Castille, Navarre, Castille et León. Soulignons tout de même que lors de la
réunification des deux royaumes de Castille et d’Aragon par les Rois catholiques Ferdinand et
Isabelle, la condition exigée par ces territoires était la préservation de ce statut particulier ainsi
que tous les avantages que leur conféraient les fueros.
A- La suppression des fueros et la promulgation des Decretos de la Nueva Planta
Les fueros furent supprimés par Felipe V à travers la promulgation d’une série de
décrets dénommés Decretos de la Nueva Planta que, entre 1707 y 1714, terminaron con los
fueros y las instituciones propias de los cuatro territorios de la Corona de Aragón, y continuaron
con el establecimiento del modelo administrativo castellano en toda España 12.
Los Decretos de la Nueva Planta son un conjunto de decretos con los cuales se cambió la
organización territorial de los reinos de la Corona de Aragón, que habían luchado contra FELIPE V
en la Guerra de Sucesión. (…) Abolieron los antiguos fueros propios de los reinos y condados de la
Corona de Aragón (excepto en el Valle de Arán) y extendieron la organización administrativa del
10
Http : //es.wikipedia.org/wiki/fuero : les statuts juridiques qui rassemblaient, pendant le Moyen – Age, les
coutumes de chaque localité, en plus des privilèges accordés par les rois à ces mêmes localités, tels que
l’ensemble des dispositions qui protégeaient la noblesse, le clergé et les vassaux d’une zone.
11
http : es.wikipedia.org/wiki/fuero : on détaille les libertés, comme celle de choisir le Maire, les tributs payés à
la Couronne, l’obligation d’apporter de l’aide à la suite royale composée d’ouvriers et de chevaliers, ainsi que
plusieurs prérogatives qui faisaient que l’homme de la ville soit plus libre que le villageois dans le régime
feudal. Chaque ensemble de lois correspondait à une ville, à un territoire qui était composé de plusieurs villages
ou municipalités, qui dépendaient de la ville principale. La population avait un conseil qui gouvernait et
représentait la ville aux Cortes. Le conseil détenait un grand pouvoir sur la banlieue et la ville ; cependant, elle
ne pouvait pas donner le titre de ville à n’importe quelle contrée.
12
Fe Bajo Alvarez, Historia de España, Madrid, SGEL, 1998, p. 129: los Decretos de la Nueva Planta qui, entre
1707 et 1714, mirent fin aux fueros et aux institutions propres des quatre territoires de la Couronne d’Aragon, et
établirent le modèle administratif castillan dans toute l’Espagne.
Reino de Castilla y el uso del castellano a estos territorios, siguiendo el modelo centralista de los
Borbones franceses.13
Ils furent promulgués par Philippe D’Anjou suite à sa victoire pendant la Guerre de
Succession sur l’Archiduc Charles D’Autriche. Le Royaume d’Aragon avait soutenu ce dernier
tandis que ceux de Castille et de Navarre étaient partisans de Philippe De Bourbon. Los
Decretos de la Nueva Planta sont donc perçus comme une espèce de revanche organisée qui a
permis de mettre fin à la tradition confédéraliste appliquée par les rois de la Maison d’Autriche
en Espagne et dont le but était de punir tous ceux qui s’étaient opposés à Philippe D’Anjou qui
régna sous le nom de Philippe V. Les décrets d’Aragon furent publiés le 29 juin 1707 et ont eu
comme résultat la abolición de todo el derecho civil y privado particulares de los reinos de
Valencia y de Aragón. 14
Quant à la Catalogne, son décret fut publié le 16 janvier 1716. La Généralité de
Catalogne, les Cortes, le Consell de Cent furent abolis. En outre, se sustituía al virrey por un
capitán general y se dividía Cataluña en corregidurías, como Castilla y no en las tradicionales
vigueries. Se estableció el catastro gravando propiedades urbanas y rurales y los beneficios del
trabajo, el comercio y la industria. Igualmente, el idioma oficial dejó de ser el catalán y fue
sustituido por el castellano, aplicándose desde entonces obligatoriamente en las escuelas y
juzgados. También se cerraron las universidades catalanas que apoyaron al archiduque
Carlos. 15 Enfin, un autre décret, intervenu en 1716, supprima les institutions politiques de la
Catalogne.
Au Moyen Age, la Catalogne était une région qui avait toujours eu une culture propre
basée sur une langue vernaculaire que la population avait su conserver. A partir du XVI ème
siècle, une longue étape de décadence commença, mais le mouvement culturel de la Renaixença
mit fin à cette situation. La Renaixença es un movimiento cultural que reivindicaba la lengua y
los caracteres peculiares de la región, y como consecuencia el descontento por la política
centralista llevada a cabo por el Gobierno central. 16 Sa tendance politique se transforma en un
mouvement régionaliste, le catalanisme, qui, au fil des années, se dota d’éléments teintés de
nationalisme avec comme leader politique Enrico Prat de la Riba (1870-1917). Le catalanisme
bénéficia de l’appui de l’oligarchie économique de la région favorable à une politique
économique protectionniste ; et il disposa, à partir de 1902, d’un parti politique, la Lliga
Regionalista, présidé par Francisco Cambo. La Lliga se présenta alors comme un parti disposé
à revendiquer les droits de la Catalogne pour atteindre l’autonomie au sein de l’Etat espagnol.
Mais ce projet séparatiste fut condamné par l’opinion publique et, surtout, par l’Armée qui y
voyait une menace pour le modèle d’Etat libéral, unitaire et centraliste construit durant le
XIXème siècle.
En ce qui concerne le Pays Basque, un Décret Royal du 21 juillet 1876 supprima les
exonérations fiscales et militaires dont bénéficiaient le Pays Basque, créant un nouveau forfait
entre celles-ci et l’Etat espagnol.
13
http://es.wikipedia.org/wiki/Decretos-de-Nueva-Planta: los Decretos de la Nueva Planta sont donc un
ensemble de décrets qui changeaient l’organisation territoriale des royaumes de la Couronne d’Aragon, qui
avaient lutté contre PHILIPPE V pendant la Guerre de Succession. (…) Ils ont aboli les anciens fueros des
royaumes d’Aragon (sauf dans el Valle de Arán) et ont imposé l’organisation administrative du Royaume de
Castille et l’usage du castillan à ces territoires, selon le modèle centraliste des Bourbons en France.
14
http://es.wikipedia.org/wiki/Decretos-de-Nueva-Planta: l’abolition de tous les droits civils et privés
particuliers aux royaumes de Valence et d’Aragon.
15
http://es.wikipedia.org/wiki/Decretos-de-Nueva-Planta: le vice-roi fut remplacé par un capitaine général et la
Catalogne fut divisée en zones d’influence légale, comme dans la Castille et non pas selon les modèles
traditionnels. On établit alors le cadastre en traçant des propriétés urbaines et rurales, ainsi que les bénéfices du
travail, du commerce et de l’industrie. La langue officielle n’était plus le catalan et elle fut remplacée par le
castillan ; et on l’imposa dès lors dans les écoles et les tribunaux. On ferma aussi les universités catalanes qui
avaient soutenu l’archiduc CHARLES.
16
Jesús SANCHEZ FERNANDEZ y otros, Historia.2° Bachillerato, Mc Graw-Hill Editorial, Madrid, 2000, pp.
135-136: la Renaissance est un mouvement culturel qui revendiquait la langue et les caractères propres de la
région, et elle eut comme conséquence le rejet de la politique instaurée par le Gouvernement central.
Un élément clé pour comprendre la dynamique politique du Pays Basque est l’existence
des institutions propres héritées du Moyen Age et qui configurent le système foral. Les organes
de gouvernement existant dans chaque territoire basque (Juntas Generales) avaient la possibilité
de ne pas respecter certaines dispositions de la Couronne qui impliqueraient la violation des
fueros, la liberté du commerce et l’exonération des impôts pour les territoires basques. Ce
système a fonctionné sans aucune variation jusqu’au XIX ème siècle, période au cours de laquelle
il s’est heurté ouvertement au projet centraliste des libéraux modérés. Les guerres carlistes ont
été, dans une certaine mesure, un reflet de ce conflit, puisqu’elles ont permis l’identification de
la revendication forale avec le catholicisme et le légitimisme, contenus dans le slogan : Dios y
fueros 17.
Pour mieux cerner le nationalisme basque, il faut prendre en compte deux
éléments importants: le cadre politique de la région, basé sur les institutions forales et le
développement du processus carliste, ainsi que l’industrialisation avec les transformations
sociales qui l’ont accompagné.
Ainsi, la suppression des fueros dans le Pays Basque a donné naissance à un mouvement
dénommé le fuerisme 18, qui préconisait une politique d’union de tous les basques, en marge des
partis politiques existants, et dont l’objectif était l’autonomie de la zone : c’est l’Union Basco
Navarraise.
Au niveau culturel, la création du parti Societat Euskalerria de Bilbao, en 1876, a
permis, comme dans le cas du catalan, la récupération de la langue basque, el euskera, comme
langue culte grâce à l’organisation des Juegos Florales 19, à la promotion des études
linguistiques et à la propagande à travers la presse.
La conséquence de toutes ces mesures est la perte directe des identités culturelles et de
certains avantages liés aux traditions des territoires concernés. La réaction logique à cette
situation fut la création des mouvements revendicatifs permettant de récupérer la chose perdue :
la langue et les coutumes propres. Elles constituèrent les éléments à partir desquels se basèrent
ces mouvements revendicatifs qui, au fil des années, revêtirent un caractère politique : c’est la
naissance du nationalisme.
II- Caractères des nationalismes Basque et Catalan
Les nationalismes basque et catalan s’affirment au XIX ème siècle comme la plupart des
nationalismes européens. En Espagne, ces deux mouvements nationalistes revendiquent
l’existence d’une nation spécifique en s’appuyant sur des faits différentiels comme la langue, la
religion, la race, la situation économique, les droits historiques. Partant de ce principe, quelles
sont les particularités du nationalisme basque ?
A- Le nationalisme basque : un nationalisme radical et raciste
Le nationalisme est la première force politique du Pays Basque. Il se présente sous trois
tendances principales : deux tendances modérées - le Parti Nationaliste Basque (PNV) 20 et
Solidarité basque ou Eusko Alkartasuna (EA), fondé en 1986 par Carlos Garaikoetxea, et né de
la scission interne du PNV - et une tendance extrémiste indépendantiste favorable à la violence
(le parti s’appelle Herri Batasuna 21).
On peut dire que l’une des caractéristiques principales du nationalisme basque est le fait
qu’il a été formulé par une seule personne, Sabino Arana-Goiri (1865-1903) et a réellement pris
racine au Pays Basque en 1895, à partir de la création de son parti, le Parti National Basque
(PNV). Il se base sur la revendication de la tradition et offre une plateforme d’activité politique
17
Dieu et nos coutumes.
Relatif aux fueros.
19
Des Jeux Floraux.
20
PNV signifie en basque Euzko alderdi jeltzalea, ou parti basque du JEL. C’est une contraction de Jaungoikoa
Eta Lege zarra, c'est-à-dire « Dieu et nos vieilles lois », qui est la devise du parti.
21
Coalition Populaire.
18
adaptée aux nouvelles circonstances politiques nées du processus d’industrialisation de la
région. Sa théorie se caractérise par l’affirmation de la race, la défense des us et coutumes, le
catholicisme, l’anti-espagnolisme, la proclamation de l’indépendance de la nation composée de
la Biscaye, Guipúzcoa, Alava et la Navarre. C’est Sabino Arana-Goiri qui est à l’origine de
l’emploi du terme Euskadi pour désigner la patrie commune des Basques. Sa pensée se
caractérise aussi par son antimaketismo 22. L’affluence des travailleurs immigrants, pendant la
Restauration (en 1874), a provoqué une réaction hostile d’une frange de la population basque.
Ces immigrants furent donc présentés comme des gens pauvres, de race inférieure, obligés de
voyager vers des régions riches pour gagner leur vie. L’immigrant (le maketo) était alors
considéré comme la cause de tous les maux de la société basque.
En effet, Sabino Arana-Goiri, né au sein d’une famille carliste, formule ses fondements
idéologiques sur des mythes, sur l’histoire du peuple basque et sur les aspects politiques,
sociaux, économiques et culturels de la société basque du XIX ème siècle, construits depuis le
Moyen- Age.
Il se réfère, par exemple, au mythe de la bataille de Arrigorriaga, au mythe de Tubal, au
mythe de la pureté de sang chrétien ou de la noblesse universelle du peuple basque pour justifier
la supposée supériorité raciale, religieuse, traditionnelle et linguistique du peuple basque par
rapport aux autres espagnols.
Par ailleurs, d’autres éléments sont également exploités par lui : l’exaltation de la
tranquillité de la société rurale basque qui représente la base de leur activité économique
(l’agriculture par exemple) ; le libéralisme et ses effets néfastes sur la vie traditionnelle des
basques, surtout la petite bourgeoisie rurale, et l’abolition des Fueros en 1876.
En somme, le nationalisme basque repose sur les préceptes développés par le fondateur
du Parti National Basque, Sabino Arana-Goiri. Ces préceptes peuvent se résumer de la manière
suivante : défense de l’être basque, défense à outrance de la religion catholique, création d’un
Etat basque indépendant qui engloberait le Pays Basque français, la Biscaye, Alava, Guipúzcoa
et la Navarre, le radicalisme anti-espagnol et l’exaltation du peuple basque à travers le maintien
de la pureté, de la supériorité de la race basque, unique et différente des autres habitants de la
Péninsule Ibérique. Son anti-espagnolisme se manifeste dans les déclarations suivantes : (…)
habiendo llegado a conocer a mi Patria y caido en la cuenta de los males que la aquejaban
duramente, extendí mi vista en derredor buscando ansiosamente un brazo generoso que
acudiera en su auxilio, un corazón patriota, por todas partes tropecé con la invasión española
que talaba nuestros montes y que, en vez de ser rechazada, era loca y frenéticamente secundada
por indignos hijos de Bizcaya, y no hallé en ninguna página un partido, una sociedad, un libro,
un periódico, una página, una sola página, bizkaínos que me escuchais, verdaderamente
bizkaína. 23
Ses idées se résument dans la devise de son parti : Jaungoiikoa Eta Lege zarra c'est-àdire Dios y Leyes viejas, 24 à travers la promotion de la langue basque et le rejet de la culture
espagnole qualifiée d’étrangère et pernicieuse.
Le Parti Nationaliste Basque n’a pas modifié ses positions originales, même si dans la
pratique, il se démarque des méthodes belliqueuses utilisées par les indépendantistes de ETA
qu’il condamne fortement.
22
Maketismo vient de maketo pour désigner les immigrants, les autres espagnols, les non basques ;
antimaketismo est donc ce mouvement de lutte contre les autres espagnols.
23
Sabino, ARANA-GOIRI, « El discurso de Larrazabal » in Obras completas, Edición Bayona, Buenos -Aires,
1893, pp. 155-156: (...) j’ai fini par connaître ma Patrie et comprendre les maux qui la frappent durement ; j’ai
jeté un regard autour de moi, en cherchant anxieusement un bras généreux qui viendrait à son (Pays Basque)
secours, un cœur patriote ; partout j’ai constaté une invasion espagnole qui dévastait nos montagnes et qui, au
lieu d’être repoussée, était follement et frénétiquement soutenue par des fils indignes de la Biscaye ; et je n’ai
rencontré nulle part un parti, une société, un livre, un journal, une page, pas une seule page, m’entendez-vous
ressortissants de Biscaye, qui soient véritablement de Biscaye.
24
« Dieu et nos vieilles lois ».
Le Parti Nationaliste Basque reste assez rattaché à l’Eglise. Il soutient le statut
d’autonomie entré en vigueur en 1980 mais, pour certains leaders, l’autonomie n’est qu’une
étape vers l’indépendance, et le droit à l’autodétermination est toujours exalté. 25
Il faut reconnaître que l’expression politique du nationalisme basque a traversé de
nombreuses zones de turbulences ponctuées par des scissions internes. La fondation, en 1959,
de l’ETA26 par les jeunes nationalistes issus du Parti Nationaliste Basque, qui utilisent la
violence pour lutter contre Franco et son régime, donna une orientation marxiste-léniniste et
indépendantiste à cette formation politique.
C’est la naissance de la deuxième voie du nationalisme basque dont la seule méthode
reste et demeure, malheureusement, la lutte armée ou le terrorisme contre l’Etat espagnol. En
1974, l’ETA se divise en deux tendances : l’ETA militaire, soutenu par Herri Batasuna, et
l’ETA politico-militaire, hostile à la lutte armée. Cette organisation indépendantiste basque est
dirigée par ses militants les plus extrémistes soutenus par sa vitrine légale : Herri Batasuna. Le
programme de ce parti de gauche préconise : l’amnistie, le retrait de la police et de l’armée
espagnoles du Pays basque, une réforme sociale. A long terme le but est de créer un Pays
Basque indépendant réunissant les quatre provinces basques espagnoles et les trois provinces
basques françaises 27.
Aussi, à partir de 1984, les actions terroristes orchestrées par l’ETA n’ont cessé de
croître :assassinats des officiers de l’Armée et de la Guardia Civil 28, assassinats des conseillers
municipaux basques, d’abord des socialistes et ensuite des militants du Parti Populaire, attentats
aveugles (généralement voitures piégées), attentats contre les intérêts économiques français,
enlèvements des industriels (libérés après paiement d’une rançon), campagnes d’intimidation à
travers des tags menaçants sur les murs des maisons appartenant à ceux qu’ils qualifient de
« traîtres », sans oublier l’exigence de l’impôt révolutionnaire à certaines entreprises. Tous les
moyens sont bons pour obtenir la libération des prisonniers basques et, surtout, l’indépendance.
On recense près de huit cents morts entre 1958 et 2006, et des milliers de blessés, parmi
lesquels des femmes et des enfants, victimes des actions terroristes de l’ETA.
Après une trêve décrétée en 1998, l’ETA a renoué avec la violence en 2000. Il faut dire
que l’ETA est sur la liste des organisations terroristes européennes et rencontre un rejet massif
non seulement auprès des espagnols mais surtout au sein du Pays Basque car, rappelons-le, les
actions terroristes de l’ETA visent aussi les basques eux-mêmes 29.
Avec l’arrivée de José Luis Zapatero à la tête du gouvernement espagnol en 2004,
l’ETA semble modérer son discours en choisissant la négociation comme moyen d’action et en
décrétant cette fois-ci une trêve définitive, mais la prudence reste de mise.
Quant au gouvernement basque, un nouveau projet de Statut est en cours de négociation
avec Madrid dont le principe est de redéfinir les relations avec l’Espagne. Son objectif demeure
toujours l’autodétermination du Pays Basque.
Ainsi, à ses origines, le nationalisme basque, dont le Parti Nationaliste Basque était
l’expression politique, avait une orientation raciste, réactionnaire et indépendantiste. Il a évolué
vers deux grands courants d’orientation, de méthodes et d’attitudes différentes, même s’ils
partagent, à leur horizon, l’existence d’un Euskadi 30 indépendant de l’Etat espagnol.
B - Le nationalisme catalan : un nationalisme modéré et différentiel
Le nationalisme catalan est moins radical et plutôt pragmatique. Ses origines remontent
à la première moitié du XIX ème siècle, autour du développement d’une bourgeoisie industrielle
25
Pierre LETAMENDIA, les partis politiques en Espagne, collection que sais-je ? Paris, PUF, 1995, p. 93.
ETA : Euskadi Ta Askatasuna, c'est-à-dire País Vasco y Libertad ou Pays Basque et Liberté.
27
Pierre, LETAMENDIA, les partis politiques en Espagne, op. cit,. p. 95
28
Gendarmerie espagnole
29
Exemple de l’assassinat de Miguel Angel BLANCO en 1997.
30
Pays basque dans la langue basque
26
et du mouvement culturel de la Renaixença, qui revendique la langue et les caractéristiques de
la région.
Il faut dire que jusqu’au XVIII ème siècle, la Catalogne a maintenu une structure politique
propre au sein de l’ensemble de la Péninsule. La politique centralisatrice instaurée par les
Bourbons à la suite des Décrets de la Nouvelle Plante lui enlève ses derniers privilèges.
Cependant, le « catalanisme » a survécu grâce à la renaissance littéraire des années 1830-1835.
Derrière la formulation de la Renaixença, la Catalogne apparaît comme un symbole mythique
basé sur la langue, la terre et l’histoire. Le catalanisme défend le principe de l’identité ethnique
basée sur la défense de l’historicisme patriotique (revendication de l’histoire médiévale
catalane), du catholicisme (dans sa tendance traditionnelle) et du pluralisme (exaltation du
monde rural comme dépositaire des essences de la catalinité). Même si ses missions principales
tournent autour de la littérature, sa contribution la plus importante a été l’idéologie.
En effet, la renaissance de la culture catalane s’est transformée en une volonté politique
autonomiste avec la fondation d’un parti politique ; la Lliga Regionalista par Francesco Cambo.
De plus, la déroute militaire de l’Espagne face aux Etats-Unis suivie de la perte de ses
dernières colonies en 1898 (Cuba, Porto rico, Philippines…) n’est pas seulement un désastre
politique, économique et militaire. Elle est également perçue comme un désastre moral qui
plonge le pays dans un profond mépris. Aussi, l’Histoire et la culture espagnoles ainsi que la
valeur de son unité nationale sont elles mises en question ?
Ces faits marquent l’essor et la consolidation du nationalisme des catalans qui ne se
reconnaissent plus dans cette Espagne perdante, faible, incapable et surtout centralisatrice.
Cet état des choses est exploité par l’un des précurseurs du nationalisme catalan ; Enrico
Prat De La Riba, qui lance un nouveau projet politique qui préconise la reconnaissance politique
de la Catalogne et défend ses valeurs historiques et culturelles. Il propose donc une structure
autonomiste et non pas indépendantiste car, selon lui, la Catalogne doit se développer au sein
d’une Espagne moderne considérée comme étant la tête de proue de l’empire ibérique qui va de
Lisbonne et se projette sur l’Afrique. Cette invitation à la modernité passe nécessairement par la
reconnaissance et l’acceptation de l’identité catalane en général et de sa langue en particulier.
La Catalogne, par son passé historique, est une partie intégrante de l’Espagne, d’où le rejet de
toute tentative séparatiste. Sa pensée peut se résumer ainsi :(…) somos españoles como
miembro de este Estado … no somos, pues, enemigos de España... Queremos otra cosa que
rehacerlo con equitad y justicia y con una organización más adecuada y perfecta, dentro de la
cual Cataluña puede encontrar una vida de libertad y de progreso... queremos ver la patria
catalana unida con vínculos de hermandad con los demás pueblos de España, formando una
familia fuerte y bien venida, sin Cenicientes explotadas, sin herederas altivas 31.
A partir du XIXème siècle, une volonté de regrouper tous les catalans disposés à
collaborer pour défendre les intérêts de leur région se fit sentir. C’est dans cette optique qu’ont
souvent œuvré les associations et partis politiques comme le Centre Nacional Català (créé en
1882) dont la devise était : Catalunya i avant 32 et la Unió Catalanista 33(créée en 1891).
Après le désastre de 1898, la question de l’instauration de l’autonomie administrative
des régions devient effective, avec la fondation de la Lliga Regionalista, dans le but de
revendiquer les droits de la Catalogne et d’atteindre l’autonomie au sein de l’Etat espagnol.
Toutes ces actions aboutissent à la promulgation du Statut d’autonomie de la Catalogne pendant
la Première République (1873) et la Seconde République (1931).
31
B., RIQUER, Lliga Regionalista. La burguesía catalana ; el nacionalismo (1878-1907), Barcelona, Vicens
vives, 1977, p. 38 : nous sommes espagnols et membre de cet Etat... nous ne sommes donc pas ennemis de
l’Espagne... nous ne voulons que la refaire avec équité et justice, avec une organisation plus adéquate et parfaite,
au sein de laquelle la Catalogne peut trouver une voie de liberté et de progrès… nous voulons voir la patrie
catalane unie, entretenant des relations de fraternité avec les autres peuples d’Espagne, formant une famille forte
et unie, sans erreurs du passé à exploiter, ni héritages hautains.
32
En avant la Catalogne.
33
Union Catalane.
La formation, en 1974, de Convergence Démocratique de Catalogne (CDC) par Jordi
Pujol, 34 et celle de l’ Union Démocratique de Catalogne (UDC), permet de créer la
coalition Convergence et Union. Cette dernière constitue la force politique nationaliste la plus
importante de la Catalogne. La Convergence Démocratique de Catalogne, qui a souvent occupé
la présidence du gouvernement autonome catalan, est aussi un parti clé à l’échelon national en
l’absence de majorité absolue.
L’enjeu du nationalisme catalan ne se trouve donc pas dans une logique séparatiste
encore moins violente. La Catalogne veut appartenir à une Espagne démocratique, moderne,
industrialisée et plurielle au sein de laquelle elle peut exprimer ses différences linguistiques et
culturelles, et non pas faire partie intégrante d’un Etat uniforme où la langue catalane se trouve
réduite à la catégorie d’une identité folklorique.
Ainsi, en s’appuyant sur leurs richesses (surtout économique et culturelle) et sur leur
histoire, les catalans veulent développer le fait différentiel. Il consiste à réclamer davantage
que ce obtenu par les autres Communautés Autonomes, au motif que la société catalane est
différente et qu’elle ne peut être mise sur le même pied d’égalité que les autres régions
espagnoles.
La Catalogne est la première zone industrielle d’Espagne et la plus riche. Le
nationalisme catalan est donc modéré, même s’il existe un parti de gauche, fortement
nationaliste qui s’affiche comme étant indépendantiste, mais hostile à la violence. Il s’agit de
Esquerra Republicana de Cataluña (ERC). Dans tous les cas, la Catalogne préconise plutôt la
mise en place d’un Etat fédéral qui permettrait à chaque Communauté Autonome de mieux
exprimer ses particularités.
Alors, que prévoit donc la Constitution de 1978 par rapport à ce que nous venons
d’analyser ? Ses dispositions tiennent-elles compte des particularités et revendications sus
évoquées ?
II- Constitution de 1978 et nationalismes
Rappelons que la création de l’Etat autonomique a pour objet le transfert de certaines
compétences, normalement exercées par l’Etat, aux communautés constituées pour permettre
une gestion de proximité des intérêts de la population par les autorités locales. La Constitution
de 1978 établit donc, pour chaque Communauté Autonome, une Assemblée législative élue au
suffrage universel, un Conseil de Gouvernement, un Président élu par l’Assemblée et nommé
par le roi, et un Tribunal Supérieur de Justice. Les compétences des Communautés Autonomes
sont fixées par l’article 148 et correspondent aux secteurs suivants : santé, assistance sociale,
tourisme, aménagement du territoire, urbanisme, habitat et logement, agriculture, élevage et
pêche côtière, artisanat, développement économique régional, foires d’expositions locales, ports
et aéroports de loisirs, forêts, chasse et pêche en eau douce, protection de l’environnement. Les
autres compétences, contenues dans l’article 149, sont réservées exclusivement à l’Etat central
espagnol ; c’est l’autonomie maximale à laquelle aspirent les Communautés Autonomes dites
« historiques ». Ainsi, La structure générale de l’Etat, mise en place par ce texte fondamental,
est caractérisée par deux traits essentiels : le maintien d’une forme unitaire et la reconnaissance
d’une large autonomie aux communautés autonomes.
A - Un choix unitaire et autonomique
L’adoption du modèle de l’Etat unitaire était la conséquence inévitable du refus de la
forme fédérale.
En effet, l’établissement d’un Etat fédéral se heurtait à plusieurs objections. Dans la
culture politique espagnole, le fédéralisme est associé au désordre et au localisme qui a prévalu
lors de la Première République (1873-1874) et il est suspecté de nourrir les forces centrifuges
qui se sont manifestées dans les guerres civiles qui ont ensanglanté l’histoire de l’Espagne
contemporaine.
34
Militant anti-franquiste et président de la Généralité de Catalogne de 1980 à 2004.
Cette forme d’organisation de l’Etat était également considérée comme inadaptée à une
situation marquée par l’inégale intensité du sentiment autonomique existant dans les diverses
parties de l’Espagne. Pour la plupart d’entres elles, une simple décentralisation était suffisante
pour satisfaire le désir de voir reconnaître les intérêts et les particularités ou spécificités locaux.
Aussi, le caractère unitaire de l’Etat se manifeste par plusieurs dispositions
d’importance fondamentale.
Selon l’article 1, alinéa 2 de la Constitution espagnole, la souveraineté nationale réside
dans le peuple espagnol, dont émanent tous les pouvoirs de L’Etat 35. Cette disposition a des
conséquences importantes. Elle implique d’abord que le peuple espagnol, constitué par
l’ensemble des Espagnols et non par une quelconque agrégation des groupes et communautés
ethniques et culturelles qui la composent, est le titulaire originaire et exclusif de la
souveraineté. Il s’ensuit qu’aucune partie de celui-ci ne peut revendiquer son exercice pour,
notamment, mettre en œuvre une quelconque prétention à l’autodétermination.
Ensuite, l’unité de l’Espagne n’est pas le résultat d’un pacte qui aurait été conclu par les
communautés régionales, ethniques ou historiques qui existent sur le territoire espagnol, comme
cela existe dans le cadre d’un Etat de forme fédérale. Le droit de sécession d’une partie de la
nation n’existe pas et n’aurait aucune base juridique.
Enfin, le pouvoir constituant, expression fondamentale de la souveraineté, appartient
seulement au peuple espagnol dans sa globalité et ne peut être légitimement revendiqué par
aucune de ses parties.
Quant à l’autonomie, le principe de sa reconnaissance est affirmé, de manière générale
par l’article 2 de la Constitution : (…) la Constitution reconnaît et garantit le droit à
l’autonomie des nationalités et régions qui la composent et la solidarité entre elles. 36
Le fait que la Constitution emploie des notions différentes pour définir les titulaires
possibles du droit à l’autonomie n’est pas la manifestation de l’incompétence ou du laisser-aller
du constituant, mais la conséquence des conditions dans lesquelles le problème de l’autonomie
était posé.
Il n’est pas inutile de rappeler que si l’Espagne a toujours conservé une diversité
culturelle, linguistique et de tradition historique dans les régions qui la composent, c’est surtout
dans les deux grandes régions périphériques du Pays Basque et de la Catalogne que l’on peut
parler d’ensembles nationaux caractérisés par une histoire, une langue, une personnalité
culturelle et une volonté politique de voir le droit de la population à l’autogouvernement. C’est
également de ces deux régions que la revendication nationaliste a pris une forme ouverte et
parfois violente.
En fin de compte, l’établissement d’un Etat autonomique est destiné à permettre à des
communautés, dont les membres se sentent unis par des liens culturels, linguistiques,
économiques et historiques, d’exercer des compétences correspondant à des intérêts propres
dans le cadre d’un Etat unitaire. En outre, il s’efforce de combiner le maintien de l’unité de
l’Espagne avec la reconnaissance de la volonté de gestion autonome manifestée par des
provinces ou des communautés historiques. 37
B - Une démarche pragmatique
Les solutions qui sont apportées ne sont peut être pas des réponses définitives, mais
elles sont la marque d’un pragmatisme qui montre bien que l’on veut à tout prix éviter le retour
des démons d’une histoire politique tourmentée et marquée par l’interventionnisme militaire
dans la vie politique. Nous faisons, bien sûr, référence aux multiples pronunciamientos 38 qui ont
jalonné l’Espagne du XIXème siècle, à la guerre civile de 1936-1939 et à la tentative de coup
35
http://mjp.univ-perp.fr/constit/es1978.htm.
http://mjp.univ-perp.fr/constit/es1978.htm.
37
Dimitri-Georges LAVROF, Le régime politique espagnol, collection que sais-je ? Paris, PUF, 1985, p. 27.
38
Soulèvements militaires ou putschs.
36
d’Etat militaire de février 1981. Ces multiples crises déshonoraient l’Espagne et retardaient
jusque là son épanouissement.
Ce qui importe c’est la démocratie. La monarchie parlementaire fera donc l’affaire.
En outre, l’article 2 de la Constitution de 1978 proclame l’unité indissoluble de la nation
espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols. (Mais) reconnaît et garantit
aussi le droit à l’autonomie des nationalités et des régions qui la composent et la solidarité entre
elles 39.
L’introduction du concept « nationalités » se justifie par la volonté de répondre aux
aspirations politiques des Basques et des Catalans qui réclamaient un traitement spécial par
rapport à leurs statuts d’autonomie obtenus pendant la Seconde République. La Catalogne
accède à l’autonomie après la promulgation du Statut de Nuria le 9 septembre 1931, et le Pays
Basque obtient son Statut d’autonomie le 1er octobre 1936. Cependant, ce dernier ne sera pas
appliqué à cause de la guerre civile. C’est ce qui constitue une différence avec les autres régions
espagnoles 40. Quant au Titre 8 de la Constitution, 41 il prévoit les transferts de compétences aux
Communautés Autonomes et leur articulation avec celles de l’Etat.
En maintenant le principe d’un Etat unitaire, tout en organisant des transferts de
compétences, la Constitution, à bien des égards, rappelle davantage l’organisation des Etats
fédéralistes. A cet effet, la Constitution de 1978 est avant tout le produit d’un environnement
déterminé, car obligée de tenir compte des possibles résistances à la démocratisation. Elle ne
constitue en aucun cas un cadre rigide, car un grand principe est posé : toutes les régions
d’Espagne ont le droit d’accéder à un Statut d’autonomie. Derrière l’apparente générosité du
principe, il y a la volonté de limiter les prétentions des nationalismes dits « historiques »,
comme le Pays Basque et la Catalogne, qui ont été à l’origine de toutes les revendications
nationalistes depuis le XIX ème siècle. La logique juridique des constituants défendue par les
partis à vocation « espagnole » ou « nationale » vient donc heurter de front la dynamique
politique des nationalités régionales. D’ailleurs, le Pays Basque ne vote pas en faveur de la
Constitution de 1978, mais la violence perdure jusqu’à ce jour, même si elle est parfois
ponctuée de trêves ces dernières années.
En somme, la création d’une forme originale d’Etat, qualifiée d’autonomique, peut être
considérée comme une réalisation intéressante, de ce que l’on appelle actuellement l’ingénierie
politique, ou « State engineering » dans le vocabulaire anglo-saxon 42.
Conclusion
Force est de constater qu’après avoir analysé les dispositions de la Loi Fondamentale
espagnole de 1978, le Pays Basque et la Catalogne sont les deux Communautés Autonomes qui
bénéficient d’un Statut d’autonomie assez avancé. On note par exemple, au niveau du mode de
financement des Communautés Autonomes, la cession aux gouvernements régionaux de 15% de
l’Impôt sur le revenu perçu dans chacune des Communautés autonomes en 1993 . Et suite à un
accord signé entre le Parti Populaire et la Convergence Démocratique de Catalogne de Jordi
PUJOL, ce taux est passé à 30% en 1996.
Il est clair que la Constitution de 1978 aurait besoin d’un dépoussiérage et d’une
clarification. Mais engager la révision constitutionnelle c’est prendre le risque d’ouvrir la boîte
de Pandore dans une situation politique qui présente le risque d’être difficilement contrôlable.
En réalité, ce que veulent les nationalistes basques c’est l’indépendance peu importe les
évolutions que pourraient connaître la Constitution de 1978 et leurs Statuts d’autonomie
39
http://mjp.univ-perp.fr/constit/es1978.htm.
Le Décret royal du 29 septembre 1977 rétablit la Généralité de Catalogne et l’instauration d’un Conseil
Général au Pays Basque en décembre 1977.
41
Voir les articles 143 alinéa 1, 147 et 148 de la Constitution espagnole de 1978.
42
Dimitri Georges LAVROFF, Le régime politique espagnol, op. cit., p. 12
40
respectifs. Ainsi, en dépit des droits que leur octroie la Constitution en vigueur, le but visé est
l’indépendance. Ils ne se reconnaissent pas en tant qu’Espagnols.
Quant aux nationalistes catalans, ce qu’ils veulent c’est une large autonomie qui
déboucherait sur le fédéralisme. A la différence du Pays Basque, la Catalogne est une
Communauté Autonome où la violence n’a pas été choisie comme moyen d’action politique.
Elle a obtenu du pouvoir central, par la négociation, d’importants avantages financiers et des
privilèges politiques. Grâce à sa politique de normalisation linguistique, le catalan est devenu la
seconde langue officielle de la Catalogne, dont l’usage est obligatoire dans l’Administration. La
Catalogne est plutôt dans une dynamique fédérale qui se manifeste notamment par ce désir de
renforcer l’usage de sa langue ainsi que tous les autres symboles qui lui permettent d’affirmer
son identité et de se faire connaître dans le monde.
De plus, l’Espagne étant membre de l’Union Européenne 43, cette intégration vise à terme
la constitution d’une identité européenne. Elle a aussi adhéré au Traité constitutionnel de
Maastricht. Il est donc paradoxal que certains de ses nationalismes cherchent absolument à
s’autodéterminer et ensuite à adhérer à l’Union Européenne, comme c’est le cas avec le Parti
Nationaliste Basque qui adhère à l’Union Européenne dans le groupe des démocrates-chrétiens.
C’est ce que le Président François Mitterrand a appelé en 1991 « le contraire » en
parlant de l’éclatement de la Yougoslavie au moment où la construction européenne était en
phase d’accélération. Le Statut d’autonomie ne représente donc qu’un pis-aller pour les
Basques.
Toutefois, cette indépendance une fois acquise ne pourrait-elle pas provoquer ce qu’on
appelle le transvasement qui, à terme, pourrait mettre en danger l’unité espagnole et l’existence
même de l’Etat espagnol ?
Bibliographie
Dictionnaires
Dictionnaire unilingue, Petit Larousse Illustré, édition 1996.
La Real Academia Española, Diccionario de la lengua española, tomo 2, Madrid,
1992.
Autres ouvrages
- ARANA-GOIRI, Sabino, “El discurso de Larrazabal” in Obras completas, Edición Bayona, Buenos
Aires, 1893, 258 p.
- FE BAJO ALVAREZ, Julio Gil, PECHARROMAN, Historia de España, Madrid, Ediproyectos
Europeos, 1998, 222 p.
- LAVROF, Dimitri- Georges, Le régime politique espagnol, collection que sais-je ? Paris, PUF,
1985, 127 p.
- LETAMENDIA, Pierre, Les partis politiques en Espagne, collection que sais-je? Paris, PUF, 1995,
120 p.
- PEREZ PICAZO, María Teresa y LEMEUNIER, Guy, L’Espagne au XXème siècle, Paris, Armand
Colin, 1994, 191 p.
- RIQUER, B., Lliga Regionalista. La burguesía catalana; el nacionalismo (1878-1907), Barcelona,
1977, 286 p.
43
L’Espagne intègre la Communauté Economique Européenne sous le gouvernement de Felipe González en
1986.
- SANCHEZ FERNANDEZ, Jesús y otros, Historia. 2° Bachillerato, Madrid, Mc Graw-Hill Editorial,
2000, 383 p.
- VILAR, Pierre, Historia de España, collection Que sais-je?, Paris, 1994, 127 p.
Sites internet
- http: //es.wikipedia.org/wiki/fuero
- http://es.wikipedia.org/wiki/Decretos-de-Nueva-Planta
- http://mjp.univ-perp.fr/constit/es1978.htm