lignes de mire - ibb management
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LIGNES DE MIRE V'VLU iHr 4HHriMi -..-..m i.-J NOMMAI °^m^ iJi»«J «MHRMMHRHRJJII^ •i ^^mmP^^ •liBP idBB' ^uppP 4HR|p W vpMpiiMiiiiir iHUHIi ^MIHPV «HP*» : mmMr ^^* ^—<f hJ'J 1 LA RARETE DES COMPETENCES FAIT DU DEBAUCHAGE UNE RÈGLE INCONTESTABLE. ET CONTRAIREMENTÀ UN CLICHÉ BIEN ÉTABLI, LE MAROC A BEAUCOUP DE RESSOURCES, MAIS PEU DE CADRES «HIGH VALUE». CEUX QUI EXISTENT AU NIVEAU LOCAL SONT DANS LA LIGNE DE MIRE. MÊME AVEC DES SALAIRES DÉPASSANT LE MILLION DE DIRHAMS NET PAR AN, LES CHASSEURS DE TÊTE N'HÉSITENT PAS À LEUR OFFRIR PLUS, TOUJOURS PLUS. MAIS CE N'EST PAS TOUJOURS SUFFISANT. POUR LES SÉDUIRE, IL FAUT LES IDENTIFIER, LES PISTER ET LES CONVAINCRE. rahim Laroui, l'ex-patron de Coca Cola, devait aller à Chypre. Il a recommandé au chasseur de tête qui venait lui proposer un poste le nom de Moncef Belkhayate. La suite, vous la connaissez. Belkhayate est devenu aujourd'hui vice-président de Méditelecom. Voici l'une des techniques qui peut propulser votre carrière. Vous êtes bon, super bon, et en plus, vous êtes issu d'une bonne école, vous avez la «tchatche» et surtout, le réseau, alors pas d'inquiétude à vous faire. On viendra frapper à votre porte. Un directeur technique n'avait-il pas vu son futur employeur dépêcher des responsables à son domicile pour le convaincre de rejoindre l'entreprise ? Bien évidemment, on lui avait promis le super salaire, les super avantages sociaux... Il ne pouvait refuser l'offre alléchante. Pour dénicher les perles rares ou les profils pointus, les entreprises se plient de plus en plus en quatre. Parfois, il leur arrive quand même de rater le coche et de miser sur un canard boiteux. Les résultats ne sont pas reluisants. Heureusement, ce n'est qu'une exception. Les cadres qu'on s'arrache, qui sont-ils finalement ? 26 CHALLENGE HEBDO Les entreprises recherchent de plus en plus des profils proactifs, qui prennent des initiatives, qui s'adaptent à plusieurs environnements, qui savent réfléchir... bref, qui sont polyvalents. «Les profils qui ont une double compétence sont très recherchés», reconnaît Essaïd Bellal, directeur du cabinet Diorh. Un financier qui a une formation en marketing, un commercial spécialisé dans les solutions informatiques, un marketeur pro de la banque... voilà par exemple des candidats «in». Les tendances «in» de 2007 P our l'année 2007, la tendance des profils qui marchent se rapproche de celle de l'an dernier. Le contexte de développement du Maroc, les nouveaux métiers émergents (offshoring, logistique, télécoms...) et les restructurations des entreprises, font ressortir des besoins en compétences diverses. L'intérêt pour les informaticiens est largement constaté. Philippe Montant, directeur général de Rekrute.com, précise que les développeurs, les directeurs de projets, les directeurs techniques, les architectes de logiciels ont le vent en poupe. Les infographistes sont également Du samedi 21 au vendredi 27 avril 2007 recherchés, mais ils ne sont pas nombreux, ce qui explique la montée de leur cote. Un infographiste qui a peu d'expérience seulement peut espérer toucher entre 9.000 et 10.000 DH mensuellement. Le commercial, lui, continue et continuera à être prisé. Il devra tout de même se spécialiser, selon Bellal. Les directeurs des ressources humaines sont aussi des profils que les entreprises s'arrachent. Il ne s'agit plus de trouver une personne qui se contente de faire de la gestion de personnel. Un bon DRH est celui qui saura anticiper les besoins de l'entreprise, qui élaborera le bon programme de formation pour développer les compétences... Les qualiticiens sont aussi sollicités. «Tout le monde se met à la certification. Ces profils sont donc très demandés sur le marché», fait remarquer le directeur de Rekrute.com. Y a-t-il alors un domaine où il est plus difficile de trouver les bons cadres? A cette question, Bellal répond sans mâcher ses mots : «dans tous les domaines, il est difficile de trouver les bons profils. Nous avons au Maroc assez de ressources humaines mais pas suffisamment de compétences». Voilà, c'est dit. Pour trouver ces compétences, trois scénarii : revoir sérieusement le système d'enseignement pour améliorer le ni- nquête réalisée par aloua Mansouri veau de nos écoles et de nos universités, débaucher ou aller les chercher ailleurs, à l'étranger, quitte à payer le prix fort. Le patron de Shem's Publicité, Noureddine Ayouch, déplore cette situation, qui le pousse parfois à chercher des compétences à l'étranger, alors qu'elles auraient pu exister au niveau national. «Il n'existepas au Maroc de concepteurs rédacteurs, de directeurs artistiques ou de directeurs création. Je suis obligé de les ramener de l'étranger», confie t-il. Dans le domaine de l'hôtellerie, ce sont les fonctions supports comme le commercial, le technique, le financier qui sont réclamées. Dans l'automobile, les profils rattachés au marketing ou au service après-vente ont le vent en poupe parce qu'ils sont rares. Certains concessionnaires asiatiques n'hésitent pas à consacrer de grands budgets pour former leurs techniciens. Mais compte tenu de la pression qui pèse sur eux, ils sont souvent débauchés. Adil Bennani, le directeur général de Toyota Maroc, confirme la tendance. «Il existe un manque de techniciens et de gestionnaires en matière de service après-vente». Il doit donc aller chercher la compétence là où elle se trouve, sans pour autant faire du débauchage un axe de sa stratégie. Au niveau du secteur des télécoms, les pressions se ressentent sur les marketeurs, les informaticiens ou les personnes liées à la logistique. Chez Méditel, par exemple, les compétences recherchées, en cette période où l'opérateur étend ses activités (fixe et Internet), sont celles d'ingénieurs qui opèrent dans le périmètre commercial, mais aussi dans l'intégration (système d'information, réseau...). Les cadres marketing ont aussi un rôle à jouer. «L'intensité concurrentielle qui s'accroît nous amène à nous pencher de plus en plus sur les besoins spécifiques de chacune des catégories de clients. Nous innovons pour chacune d'entre elles. Aussi, les commerciaux sont-ils des profils très prisés. Nous souhaitonsfaire de nos points de vente des espaces et non pas des magasins», indique t-on auprès de l'opérateur. Dans le marché financier, les besoins deviennent de plus en plus pointus, compte tenu de l'évolution du secteur. Les produits nouveaux poussent les institutions à rechercher les profils pointus. Durant les quelques années où le marché a connu une certaine léthargie, les établissements ont laissé partir les bons éléments. Certains ont monté leurs propres affaires, d'autres se sont reconvertis. Lorsque le marché a repris du poil de la bête, les ressources ont manqué. C'est la raison pour laquelle les compétences rarissimes valent maintenant cher sur le marché. Des gestionnaires actions seniors, des ingénieurs financiers... constituent des profils prisés en cette période où le marché s'ouvre sur des projets immobiliers de grande envergure ou sur de nouveaux produits comme les dérivés. Les traders, eux, qui ont fait leur place, se frottent les mains. Dans le milieu, on raconte que l'un d'entre eux, opérant dans une très grande banque de la place, s'est vu octroyer une prime annuelle en 2006 de l'ordre d'un million de dirhams. Un autre travaillant pour le compte d'une banque d'affaires indépendante aurait touché près de 600.000 DH. Comme quoi, les bons profils, ça se paie... Pour trouver les profils en vogue, les profils «high value», les entreprises n'hésitent plus à se les arracher les unes aux autres. Le débauchage est Du samedi 21 au vendredi 27 avril 2007 CHALLENGE HEBDO 27 Ces cadres high value que les entreprises s'arrachent Dans le secteur automobile, les métiers liés au service après-vente sont très prisés. Il ne suffit plus de monter ou d'assembler, mais d'assurer le suivi. devenu une culture nouvelle dans les esprits. Pourtant, pendant longtemps, dans les hautes sphères, les patrons étaient liés par une sorte d'accord tacite, le débauchage étant considéré comme un comportement hostile : tu ne touches pas à mes cadres, je ne touche pas aux tiens. Qui débauche ? Qui s'abstient ? L e patron de Shem's Publicité y met un point d'honneur. Tout comme Essaïd Bellal, qui refuse de débaucher les cadres des entreprises clientes de son cabinet. Chez Accor Maroc, Marc Thépot, son directeur, préfère convenir que ce sont plutôt les autres qui courent après les cadres de l'hôtelier, parce qu'ils sont bien formés aux techniques modernes et sont opérationnels. «Nous n'avons jamais perdu de cadre dont nous ne voulions pas nous séparer», admet-il. Ces structures, qui refusent de toucher au personnel des autres, devront pourtant, tôt ou tard, admettre que pour avoir dans leur équipe un bon profil, la solution la plus plausible est de le chercher chez le voisin. Beaucoup d'établissements l'ont compris et n'hésitent plus à débaucher. Tant qu'il n'existera pas de clauses contraignantes (de mobilité, de confidentialité... ), tout le monde y trouvera son compte. Les secteurs public et privé s'adonnent à cette pratique. Les cadres, eux, jouent le jeu. Chez Rekrute.com par exemple, 40 à 45% des candidats ayant mis leur CV en ligne sont toujours en service. Une signification : ils incitent 28 CHALLENGE HEBDO au débauchage. Les chasseurs de têtes courent alors derrière tous les potentiels intéressants, même s'ils n'expriment pas leur envie de changer. C'est le cas de ce haut responsable chez Méditelecom, qui vient de recevoir une offre (qu'il a refusée) pour intégrer un opérateur de téléphonie en Arabie Saoudite. Un autre jeune patron, opérant dans l'aérien, se voit toujours proposer d'anciennes offres dans le tourisme et l'immobilier. Même s'ils refusent, les «profiler», les recruteurs, tentent leur chance. Qui ne « Nous avons au Maroc assez de ressources humaines mais pas suffisamment de compétences », Essaïd Bellal, directeur général de Diorh. tente rien n'a rien. Hanouty et Savola en ont fait l'expérience. Pour constituer leurs équipes, les deux opérateurs sont partis faire «leurs courses» chez les multinationales. Ils ont réussi à débaucher un nombre important de cadres. Savola est même allé jusqu'à piquer Zakaria Aakil, son directeur général pour le Maroc, alors qu'il était chez Procter & Gamble. «// se trouve Du samedi 21 au vendredi 27 avril 2007 que j'avais un ami qui était patron chez Savola II m'a convaincu de rejoindre le groupe. Savoie m'a offert un espace où je pouvais m'épanouir» lance Aakil. Méditelecom et Maroc Telecom on également perdu un nombre non négligeable d< leurs cadres et responsables qui ont atterri che; Wana. Ce dernier a même réussi a débauché 1< directeur des systèmes d'information de Maroi Telecom, Fadel Kraiem, pour lui offrir le poste de directeur exécutif réseau. Selon les personnes qui l'ont côtoyé, ce techni cien a montré à plusieurs reprises son niveai élevé de compétences. Méditelecom, lui, a vi partir sa directrice marketing, «rappelée» pa: le patron de la RAM, un polytechnicien com me elle, pour prendre en charge une nouvelle structure «Audit et Organisation». L'affiliatior à une même école aurait-elle joué dans cette nomination ? Le deuxième opérateur serai aussi en passe de voir l'une de ses cadres er marketing le quitter pour Microsoft. Au niveat bancaire, certains établissements ont convem d'une sorte de «gentlemen agreement» sur le: profils intéressants. C'est le cas de la BMCE qui n'accepterait pas les hauts potentiels de lé SGMB, et inversement. Par contre, Attijariwafc Bank (AWB) n'est pas dans cette logique. LE banque a pris sous son aile Driss Maghraoui alors directeur de la clientèle particulier de le banque d'Othman Benjelloun. Elle aurait éga lement débauché un autre haut responsable Au sein du groupe Amhal, on saisit aussi le: occasions de s'accaparer les bons profils. Il £ réussi à rallier Salah Eddine Mouadib (un ex de Procter & Gamble) au groupe. Dans le domaine des nouvelles technologies de l'information, CEI, spécialisée dans les solutions informatiques, a séduit un responsable dynamique qui travaillait à l'ANRT. Il s'agit d'Aminé Mounir Alaoui, l'actuel directeur général de CEI. «Ce changement n'est pas le fruit d'un débauchage. J'ai simplement voulu quitter l'Agence», préfère expliquer Alaoui. Quant les entreprises «royales» débauchent ême les entreprises appartenant à la famille royale ont adopté cette approche. Lorsque les stratèges de ces grandes structures jettent leur dévolu sur une personne, généralement, celle-ci ne prend pas le temps de réfléchir et rejoint son poste rapidement. Ils savent débaucher les bons profils. Khalid Oudghiri en est un parfait exemple. En 2002, il est nommé responsable de la zone Moyen-Orient au siège de BNP-Paribas à Paris. Le conseil d'administration de la BCM, qui s'est tenu le 31 octobre de la même année, l'a pourtant désigné comme futur PDG de la BCM, une fonction qu'il assumera à compter de janvier 2003. C'est le cas également de Driss Bencheikh, ancien patron de la Bourse des valeurs de Casablanca, désigné pour prendre la tête de la Centrale laitière, filiale de l'ONA. Le cas tout récent de Saad Bendidi n'est pas non plus en reste. La valeur sûre du groupe d'Othman Benjelloun a suscité la convoitise. Les mauvaises langues, elles, diront que c'était un coup directement porté à Benjelloun, qui s'est vu «amputé» de son numéro 2. Les entreprises royales affectionnent les bons profils et mettent les moyens pour les avoir. L'ONA n'avait-il pas «rapatrié» du Canada un certain Moulay Hafid Elalmy, qui entamait une carrière dans le courtage. Au début des années 1990, il prend la direction de la Compagnie africaine et assure aussi la fonction de secrétaire général du holding. Primarios, appartenant à la famille royale, a également péché dans les eaux du privé pour «harponner» des candidats. Hassan Mansouri avait retiré ses billes du groupe Média Trust (éditeur du Journal) pour prendre la tête de Primarios. Zouheir Fassi Fihri, ancien directeur général du Crédit agricole, a lui aussi quitté la banque pour devenir directeur général de cette société. Ils ont laissé tomber le privé D 'un autre sens, plusieurs hauts responsables du secteur privé ont été débauchés pour prendre des responsabilités dans la fonction publique. Eh oui, c'est possible. Elles ont voulu participer aux changements. Hind Bouhia, docteur en recherche opérationnelle et développement économique de Harvard, travaillait au siège de la Banque mondiale lorsque le Premier ministre en personne a réussi à la convaincre, lors d'une rencontre, de le rejoindre dans son cabinet. Elle accepte, même si elle laisse derrière elle une situation plus que confortable. Mustapha Terrab, qui avait démissionné du poste de directeur de l'ANRT pour s'envoler aux Etats-Unis et occuper une fonction à la Banque mondiale a lui aussi, après quelques années, décidé de répondre présent à l'appel «patriotique». Il est maintenant directeur général de l'OCP. Lorsqu'il y a débarqué, il n'a pas hésité à son tour à débaucher quelques hauts responsables. Il a réussi à faire partir Lamia Boutaleb d'Attijariwafa Bank (Capital Investissement) pour rejoindre son équipe. Idem pour Mohamed El Hajjouji, l'un des spécialistes de la finance. Terrab a réussi un joli coup en convainquant le créateur d'Akce Finance, un cabinet spécialisé dans le conseil opérationnel en financement, trésorerie et risques de marché, de venir prendre la responsabilité du pôle financier de l'Office. Une autre prouesse, cette fois-ci du côté de l'ONE, est à relever. Younes Maamar, lui-même débauché d'une grande structure à l'étranger, est parvenu à convaincre Fouad Khennachi, chargé entre autres de la gestion des swaps exotiques à City Group à Londres. A l'ONE, il devient Monsieur gestion des risques. Anas Alami, l'un des fondateurs d'Upline Security, a été débauché par l'administration pour diriger Poste Maroc. Sa principale mission a été de poursuivre le développement de l'institution, qui se penche de plus en plus vers l'activité finance. Dans le sens inverse, il y a ceux qui ont plutôt REPERES High Pô : les chouchous font leur chichi ls sont conscients qu'ils valent de l'or. Et pour cela, ils peuvent se permettre de faire des caprices, auxquels les entreprises ont souvent tendance à céder, pourvu qu'ils les rejoignent. On a déjà vu sur le marché marocain un dirigeant négocier, avant même de montrer sa compétence, une prime d'entrée constituée d'un mois de salaire en plus d'une prime. D'autres assurent leurs arrières en s'offrant des golden parachutes, des primes de fin de services qui peuvent atteindre des millions de dirhams. Pour ce genre de recrutement, ceci est normal. Les négociations avec les personnalités de haut potentiel, les «High po», nécessitent que l'entreprise qui les veut mette le paquet. Le cabinet IBB Management a choisi cette spécialisation - recrutement des cadres dirigeants et futurs dirigeants - depuis plus d'une année. A travers le réseau de son actionnariat, il utilise son expertise pour bien faire. L'approche directe pour les postes de comité de direction est de mise pour «garantir la confidentialité». Parfois, la recherche des bons profils nécessite du temps. «Si par exemple nous sommes sollicités pour rechercher une expertise particulière, dans des métiers qui évoluent très vite et dont les compétences sont rares sur le marché, comme les télécoms par exemple, nous prenons le soin d'innover dans nos recherches pour repérer le candidat qu'il faut, qu'il soit au Maroc ou à l'étranger», souligne Abdelaziz Bennis, directeur général d'IBB Management. Il faut dire que généralement, les hauts potentiels ne mettent pas leur CV sur Internet ou chez un cabinet de recrutement. Pour ce genre de candidats, ce sont les cabinets qui constituent leurs propres bases selon les informations récoltées ça et là. Et ce sont les cabinets qui les contactent. «Les grands patrons me connaissent suffisamment. C'est donc moi qui, dans la majeure partie des cas, leur téléphone pour prendre un rendez-vous. S'ils ne sont pas intéressés, ils déclinent diplomatiquement l'invitation», confie une directrice de cabinet de recrutement. Chez IBB Management, plusieurs étapes sont nécessaires avant d'aboutir à un résultat. Le directeur général explique que la première prise de contact se fait par téléphone, après avoir effectué des recherches minutieuses sur le parcours des personnes contactées. «Nous ne dévoilons jamais à cet instant l'identité de l'employeur. Nous communiquons sur le poste principalement». Lorsque le rendezvous est pris, une première rencontre a lieu et consiste à écouter les attentes du candidat. Lors du deuxième contact, le cabinet discute du poste à pourvoir et de la valeur ajoutée mutuelle (candidat et entreprise). La troisième entrevue se fait avec l'employeur. La dernière étape porte sur la négociation de la rémunération. Dans d'autres cas, les hauts potentiels font simplement travailler leurs réseaux pour se connecter avec une entreprise donnée. Du samedi 21 au vendredi 27 avril 2007 CHALLENGE HEBDO 29 Ces cadres high value que les entreprises s'arrachent Ghita Lahlou, une ex-dé BMCE, a quitté le navire pour occuper le poste de directeur général du groupe Saham. Salah Eddine Mouaddib, de Procter & Gamble. Il est débauché par Amhal pour devenir le directeur général du pôle distribution du groupe PGC. Rachid Sefrioui quitte le poste de secrétaire général de l'ANRT pour atterrir, en tant que directeur de la Réglementation, chez Wana. quitté la fonction publique pour intégrer le privé. Les exemples sont plus rares, mais ils existent. C'est le cas de Jamal Eddine Jamali, l'ex-patron de la direction de la production industrielle au sein du ministère du Commerce et de l'Industrie. C'est au gré de réunions avec le staff de la banque «privée» que Jamali a reçu l'offre de rejoindre la banque verte en tant que secrétaire général. «Au départ, je ne pensais pas partir. Mais vous savez, au bout d'un certain moment, six ans passés au sein d'un mêmeposte, vous ne pouvez qu'aspirer au changement. L'occasion s'est présentée. Je l'ai saisie», indique Jamali. Rachid Sefrioui, l'exsecrétaire général de l'ANRT, a lui aussi préféré laisser tomber son poste pour rejoindre le rang de Wana. Jawad Zyate, malgré son rang dans l'administration (directeur des aménagements et de l'investissement au ministère du Tourisme) a choisi d'accepter le challenge de piloter une nouvelle compagnie aérienne, Jet4You en l'occurrence. confie Temsamani. S'il a quitté sa très bonne situation à Dubaï, c'est «parce que le Maroc est en développement. On m'a présenté un projet d'importance et d'implication nationale que je ne me voyais pas refuser». Aux Emirats Arabes Unis, le management de Wana est aussi parti récupérer le DG de Distacom Group, en charge du business développement pour la région MENA. Mounir tuant des comités de direction). En changeant de poste, la rémunération peut augmenter, selon lui, de 15% à 40%. C'est une sorte de rémunération du risque. Aussi, la responsabilité, cela se paie. Il n'est donc pas rare de trouver des responsables qui doublent leur salaire. C'est le cas par exemple d'un directeur de produits de grande distribution qui a travaillé durant de longues années dans un groupe. Lorsque des changements se sont opérés en interne, il s'est rendu compte que sa valeur avait monté sur le marché. Il a fini par accepter une offre qui lui permettait de doubler son salaire. Revers de la médaille. Il s'est retrouvé après quelques mois dans une structure qui ne lui convenait pas du tout. Le salaire compte mais ce n'est pas l'essentiel, comme s'en défend Aakil. Si l'on en croit le directeur général de Savola Maroc, il est rare d'offrir des salaires largement supérieurs à ceux des cadres débauchés. «Nous avons vendu un rêve, un projet, un système de valeurs quifait lapromotion de l'intégrité, de la performance. Nous avons vendu un esprit defamille, un environnement de travail. Tout ceci est plus important que le salaire. L'aspect matériel n'est qu'un détail». Naïm Temsamani, par exemple, le prouve. «Si le volet financier comptait, je neseraispas là aujourd'hui. J'ai laissé derrière moi une situation et un style de vie bien plus confortables qu'ici». Si l'on considère le cas à venir, il semble en effet que le salaire ne soit pas la seule composante déterminante. La sécurité, la confiance, le type d'organisation comptent pour beaucoup. Une entreprise opérant dans le secteur industriel en a fait les frais. Malgré les différents avantages qu'elle proposait, elle n'a pas réussi à attirer les profils qu'il lui fallait. Dans ce genre de cas, «les noms des entreprises, la nature de leur métier, leur environnement. .. n'inspirent pas parfois les candidats. C'est ce quipourrait expliquer cette désaffection», explique Bellal. C'est dire combien l'image de l'entité compte aussi. Le directeur général d'IBB Ils reviennent de loin E n plus des opérations de débauchage à l'intérieur du pays, les entreprises n'hésitent plus à traverser les frontières pour chercher les perles rares en Europe, en Amérique, au Moyen-Orient. Mustapha Chanboute a été déniché à Malte où il travaillait à la Fimbank. L'ONA a réussi à le rapatrier au Maroc pour occuper le poste de directeur des Affaires internationales. NaïmTemsamani a été débauché directement de Dubaï. Il était directeur du secteur télécoms (grands comptes) chez Compaq, poste dans lequel il a été confirmé après la fusion avec HP. Son expérience, sa réputation, son caractère ont été autant d'éléments qui ont poussé la CDG à le solliciter pour le poste de directeur général de Casanearshore. Pour ce type de profil, les recrutements se font généralement via les réseaux. «Suite à une short-list établie et à des rencontres avec les personnalités impliquées en amont dans le projet, j'ai finalement été retenu», 30 CHALLENGE HEBDO « En changeant de poste, la rémunération des hauts cadres peut augmenter de 15% à 40%», Abdelaziz Bennis, DG d'IBB Management Qalam a fait la traversée pour devenir, en mai 2006, directeur exécutif du pôle entreprise de Wholesale. Abdeljalil Liqaïmi, ancien de Procter & Gamble, a été certainement repéré grâce à son réseau «procterien». Depuis le 1er février, il est directeur général de Hanouty. Le salaire, ce n'est pas tout O n est tenté de penser que les personnes qui changent de poste tranchent l'offre qui leur est présentée, en se basant principalement sur l'aspect rémunération. Un vice-président d'une grande société de services admet que pour qu'un haut potentiel change de job, il doit s'aligner sur les standards internationaux, c'est-à-dire accepter de monter en grade et accepter un niveau de salaire qui soit 40% plus élevé que celui qu'il touche. Pour Essaïd Bellal, une fourchette de 25 à 30% (tout confondu) est une bonne moyenne. Abdelaziz Bennis, directeur général d'IBB Management, élargit la fourchette pour les hauts cadres (généralement des personnes consti- Du samedi 21 au vendredi 27 avril 2007 présenter l'essentiel pour changer de poste. Néanmoins, il y a des aspects matériels qui sont devenus incontournables pour séduire les candidats. Les entreprises ne lésinent pas sur les moyens. Chez Accor, les directeurs peuvent disposer de primes allant de 30 à 45% de la rémunération annuelle. Selon les enseignes, les directeurs disposent d'un véhicule haut de gamme. «Il est normal de leur en donner un. Ils sont les plus visibles et nous devons les mettre en valeur», convient Thépot. A la BMCE, la banque offre un système «d'actionnariat salariés» qui peut rapporter aux salariés un sacré pactole. L'année dernière par exemple, beaucoup de responsables ont gagné, grâce à ce système, l'équivalent d'une année de salaire. Lorsqu'on sait que les rémunérations dépassent parfois le million de dirhams net par an, on prend conscience de l'appât des options sur actions. C'est un de ses amis qui débauche Zakaria Aakil de P&G pour le poste de directeur général de Savola Maroc. Mustapha Terrab débauche Lamiaa Boutaleb d'Attijariwafa bank pour l'intégrer dans son équipe. Management partage cet avis. Il ajoute que l'environnement de travail, les équipes, le niveau de responsabilité, la marge de manœuvre, et enfin le package (salaire fixe, bonus...) font la différence. Par ailleurs, il est aussi important de relever que l'acceptation ou non d'une offre d'emploi dépend de l'état d'esprit du candidat. C'est le cas de ce brillant cadre qui aspirait à devenir actionnaire de l'entité où il travaillait pendant de longues années. Ne voyant pas la promotion venir, il a saisi la première occasion qui lui a été proposée pour s'épanouir ailleurs. Il a obtenu un meilleur salaire, a approfondi son expérience et maintenant, il est directeur dans une très grande institution. Dans d'autres cas, des hauts cadres ont, malgré l'offre d'une meilleure situation, préféré ne pas quitter leur poste. «Ce sont des personnes qui n'aiment généralement pas prendre de risque», explique Bellal. Nous l'avons vu, le salaire pourrait ne pas re- REPERES P E t ce n'est pas tout, plus vous grimpez dans la hiérarchie, et plus le système vous gâte. Une dotation de plusieurs centaines de milliers de dirhams est octroyée au directeur pour l'achat d'une voiture qui lui est rétrocédée au bout de quelques années. Des bonus annuels sont accordés... Dans d'autres entreprises, les stocks options MCN» Douiri pioche dans le privé our constituer son équipe, le ministre du Tourisme et de l'Artisanat, Adil Douiri, n'a pas hésité à recourir au secteur privé pour dénicher des profils qui ont prouvé leur compétence dans leur domaine. Il n'est pas parti trop loin pour les trouver. Le ministre a pioché dans les anciens de CFG, la banque d'affaires dans laquelle il officiait. Il s'agit d'Omar Gharbaoui, ancien cabinard également, nommé directeur de la planification et de la coordination de la promotion et de Hind Chkili, nommée directrice de la formation professionnelle et de Les «stars» : certains reviennent, d'autres partent MAROC la coopération. Le directeur des aménagements et de l'investissement, Omar Bennani, aurait été débauché de Longométal (il était directeur général) et Driss Sajid, le directeur de l'artisanat, serait un ancien d'un cabinet d'audit international. Selon un proche du ministre, celui-ci aurait également débauché FatimaZahra Zerad, une ex d'Uplines, qui occupe le poste de chef de cabinet. RECHERCHE DES PASSIONNÉ(E)S Directeur de Clientèle Sr (H/F) : Bac+4 min. en école de commerce, expérience de plus de 5 ans en agence sur des produits de grande consommation, capable d'initier et d'orchestrer des campagnes holistiques, capable de gérer et motiver des équipes. Organisé et dynamique, à l'aise en Français, Anglais et Arabe. Chef de Pub Sr (H/F) : Bac+4 min. en école de commerce, expérience de plus de 2 ans en agence sur des produits de grande consommation, capable d'exécuter efficacement des campagnes holistiques, capable de motiver des équipes, organisé et dynamique, à l'aise en Français, Anglais et Arabe. Directeur Artistique Sr (H/F) : min. A ans d'expérience en création et développement de campagnes, capable de concevoir des univers de marque, des codes ou chartes graphiques... Esprit Imaginatif et fertile. Des idées, des idées et des idées. Concepteur Rédacteur Sr (Fr ou Ar) (H/F) : min. 4 ans d'expérience en création et développement de campagnes, capable de concevoir des idées de marque, d'imaginer des scénarios, des scripts... Esprit Imaginatif, et fertile, basé sur un sens aigu de l'observation. Des idées, des idées et des idées. I Infographiste pré-presse (H/F) : 2 ans min. d'expérience en exécution pour l'impression ou l'insertion en presse. Connaissance parfaite d'indesign, Photoshop, lllustrator et Quarkxpress. Très organisé, rapide et efficace. MCN, le 1er groupe de communication intégré au Maroc (100 personnes, près d'un milliard de DH de ÇA), s'esf développé à un rythme impressionnant depuis sa création en juillet dernier. Aujourd'hui, le groupe se structure de façon à mieux répondre au nombre croissant de demandes de clients. 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Chez Rekrute.com, ils sont 15 à 20% installés à l'étranger qui soumettent leurs CV en ligne. «Ce sont des personnes qui ont des expériences allant de 2 à 10 ans. Ib opèrent dans tous les secteurs», constate Montant. Ils sont installés principalement en France, au Canada, en Suisse et aux Etats-Unis. Du côté d'IBB Management, même son de cloche. Abdelaziz Bennis remarque que les hauts cadres, partis par exemple au Moyen-Orient durant les années 1990, souhaitent revenir dans leur pays d'origine après avoir acquis une expérience internationale. Aussi, il reçoit des CV de Marocains installés en Chine, en Amérique, en Europe et même aux Seychelles. Ce mouvement est à inscrire dans les annales du pays, car cela fait longtemps que nos cerveaux ne sont pas rentrés au pays en nombre. Des cas isolés tentaient l'expérience. Maintenant, le mot est passé. En plus de cela, nous constatons, ces derniers temps, une autre tendance au Maroc, et qui prend du volume. Il s'agit d'une sorte d'intraprenariat. Explication. De plus en plus de firmes étrangères qui viennent investir privilégient les cadres marocains qui opéraient chez eux pour prendre les projets en main. C'est le cas d'Hassan Abdellaoui, qui est revenu au Maroc pour gérer la SSII Telys. Il s'est installé à Casablanca mais a gardé un pied en France. Dans le même domaine, Mohammed Lakhlifi, le directeur d'Unilog, a passé près d'une vingtaine d'années en France. Pour créer la plate-forme à Casablanca, il était alors tout désigné pour le poste. Si autant de hauts potentiels marocains souhaitent revenir, il faut parallèlement souligner qu'il existe plusieurs «Si le volet financier comptait, je ne serais pas là aujourd'hui. J'ai laissé derrière moi une situation et un style de vie bien plus confortables qu'ici», Naïm Temsamani, directeur général de Casanearshore autres cas d'«expatriés». Les Marocains ont de plus en plus la cote dans des pays maghrébins, du Moyen-Orient voir même européens. Des listes de noms circuleraient mêmes à Dubaï et à Londres. Chez Savola par exemple, des responsables ont été «exportés» vers d'autres filiales du groupe, en Algérie et en Arabie Saoudite, pour des fonctions de marketing ou d'achat. Le patron de Rekrute.com ajoute que des sociétés françaises cherchent des profils marocains pour combler une pénurie en Europe : ingénieur en génie climatique, en thermodynamique... Des cabinets étrangers sont même sollicités pour ce genre de missions. C'est le cas par exemple de Michael Page, un cabinet spécialisé en conseil et en recrutement de cadres. Des sociétés marocaines sollicitent ce cabinet basé en France pour trouver des profils prêts à venir travailler au Maroc. Dernièrement, ce cabinet a pu dénicher quelques directeurs des ressources humaines, directeurs généraux et directeurs marketing. Selon un fin connaisseur, le recours à ce cabinet tient en un mot : il est bon commercialement. Dans le domaine touristique, des cabinets de recrutement et des hôteliers à Dubaï, Qatar et Bahreïn sollicitent par ailleurs le portail Rekrute. com pour trouver des profils. Cet engouement pour les cadres marocains, notamment dans les pays du Golfe, Abdelaziz Bennis l'explique par les investissements dans la région et par le fait que les expatriés européens et indiens décident eux aussi de rentrer chez eux. «Ils laissent donc des postes àpourvoir». Mais ce qui n'est pas dit, c'est que les profils marocains sont encore relativement moins chers par rapport aux autres nationalités, bien qu'ils soient déjà bien rémunérés. Pour Montant, le Maroc a, en plus de ces destinations, une carte à jouer en Afrique, où beaucoup de choses sont à faire. «Il faut commencer l'essaimage. D'ici environ deuxannées, les Marocains devront être plus nombreux ày aller», projette Montant. Qu'à cela ne tienne ! * REPERES Lauréats des grandes écoles : les inévitables de Jilali Chafik, qui ont intégré le cabinet royal. Le holding royal n'y I ncontestablement, les lauréats des grandes écoles du genre I Polytechnique, Ponts & Chaussées, Centrale, HEC... sont ceux qui échappe pas non plus. Un ingénieur civil, Badr Bennis, y aurait fait son entrée. Cette approche solidaire des pontistes, les polytechs'arrachent «comme des petits pains». Dès leur sortie d'école, ils niciens, les centraliens, les HEC la partagent aussi. C'est dire que n'ont pas le temps de chômer. Soit que les entreprises viennent directement les récupérer à l'école. Soit que le réseau des associa- finalement, ces réseaux qui travaillent pour le développement de la confrérie parviennent à s'incruster dans tout le marché. tions de chacune de ces corporations se charge de les placer. En Aujourd'hui, les entreprises privées s'y mettent aussi. ce qui concerne les pontistes par exemple, les trois quarts Elles sont de plus en plus nombreuses à rechercher des ont intégré la fonction publique. Et ce n'est donc pas un ! profils pointus. Il n'y en a pas des masses. La course hasard si on les retrouve à des postes à très haute resest lancée. Lorsque les CV de deux candidats qui ont ponsabilité. Le gouvernement de Driss Jettou compte pas ' pratiquement le même cursus sont présentés à une moins de quatre pontistes, et une bonne partie des offices, L entreprise, celle-ci penchera vers celui qui s'est formé des agences, des directions centrales, des établissements à l'étranger, plutôt que vers celui formé au Maroc. Les publics... sont pilotés par des lauréats de cette école. Il uns l'expliqueront par ce complexe que les Marocains faut dire que le rapprochement de personnalités comme ont généralement vis-à-vis de l'étranger. C'est un Abdelaziz Meziane Belfqih ou Mohammed Kabbaj „-\ plus à «exhiber». D'autres expliquent ce du premier cercle royal a facilité les nochoix par la meilleure qualité de l'enseiminations. Les conseillers ont eu un rôle gnement prodiguée sous d'autres cieux. à jouer, comme celui de responsables Pour Essaïd Bellal, directeur général de des ressources humaines pour suggérer Diorh, «les personnes qui viennent les bons profils aux bons postes. Cette de l'étranger ont plus de chance de ardeur ne semble pas s'amenuiser, puisperformer que les autres, mais cela que de nouvelles «têtes» auraient fait n'est pas systématique. «C'est une leur entrée au sérail. Certains évoquent les noms d'Abdelhaq Bensaïd et Abdelaziz Meziane Belfqih, conseiller de SM le Roi Mohammed VI. question de personnalité». 32 CHALLENGE HEBDO Du samedi 21 au vendredi 27 avril 2007