SNIPER Un dimanche au Pérello

Transcription

SNIPER Un dimanche au Pérello
SNIPER
Un dimanche au Pérello
Fabrice Parat-Yeghiayan
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Sniper, un dimanche au Pérello
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Même les cargos se perdent
Pendue
Qu’elle est
Au phone. Allo !
Il arrive quand déjà
C’est demain je crois
Demain oui et j’ai peur
De la guerre ce qu’il sera
Je me souviens de son regard
La dernière fois il a tellement peur.
La fenêtre de la chambre est mon miroir,
La nuit je m’y réveille et m’interroge je suis
Seule avec mes doutes, il fait si sombre, seule
Avec mes vagues mes insomnies sans mon homme
Ou je l’imagine dans une croix d’arbres, en sniper ; il tue
Le temps avec nos photos, tout ce qui le relie à notre amour,
Je sais bien que ses pensées ses doutes restent là-bas la phalange
Sur la gâchette, il ne raconte pas l’attente tout en haut du complexe
De Skanderja. Les tirs à l’aveugle sur l’autre sniper un bosniaque un serbe
Peu importe. La femme en chien de fusil au milieu de l’avenue lui doit sa mort.
Combien de temps elle reste là son imper beige serré à la taille ses bottines
Comme celles d’un pantin sa belle chevelure blonde auréolée de la tâche
De sang l’océan nous lave de nos dégoûts je pense à l’envers des vies.
Je rentre hier : elle m’attend à la gare de Lorient, sous les averses.
Je fume une autre cigarette. Elle se tait pour le ressac du Pérello.
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« N’écoute plus trop mes guerres mon ange et par la lande
Revenons à la maison. Ô mais regarde cette fille là-bas !
On dirait Mireille Perrier, non ? Tu ne trouves pas ?
Qu’est-ce qu’elle attend sur l’écueil, madame
Eh oh la marée monte rapidement la mer
Madame faites attention, faut revenir. »
Elle ne m’entend pas je me précipite
Contre le sens de l’écume je tombe
Dans les enlacements d’une vague
Je me relève je crève de froid elle
N’est plus là je me retourne vers
La plage tu y es seule souriante
Comme sur cette photo de toi
Je la garde devant mon fusil,
Elle est toujours entre moi
Les démons et les démons
Et tu ris à si grands éclats
Quand je sors de la mer
J’approche mes lèvres
Elles ont le parfum
Du sel et le fracas
De la renverse
Je pars
Sous les vents d’ouest
Même les cargos
Se perdent
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Juste libre et folle
Pile
A l’heure
Puis l’amour
Ne va pas croire
Qu’il est immortel
Il suffit d’une erreur
Dans les syllabes, un faux
Rendez-vous, ton désir s’étiole
Parle donc, comment l’aimer encore
Il n’est plus qu’une ombre yougoslave
La mort qu’il donne à distance, ces boîtes
Crâniennes qui explosent super nova rouge sang
De l’autre côté de la rivière mini explosion de camélias
Dans le viseur de sa lunette tu veux tellement être heureuse
L’attendre au cœur de la tempête en Bretagne le vent effraie les pins
S’engouffre dans la cheminée tu fixes les flammes la chaleur sur tes joues
Le silence n’a pas le bruit d’une caresse, nos corps et nos bouches, nos mains
Qui se mélangent nos salives, l’éclair la foudre dans l’épine dorsale tombe
Tu lui dis : « je pense que l’amour disparaît lentement à mesure
Que nos baisers se font rares. » Puis l’amour ne dit plus rien
L’attente devant l’église de Larmor qui perd ses globes
Oculaires, elle n’aura même pas l’allure d’un cyclope
Et sa façade de granit s’impose comme un déni
Je suis décidée mon rêve mon étrange sniper
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Je t’attends à ton retour d’opex qu’importe
Si tu pleures je te convaincs d’ouvrir la fin
Du désir, découvre la distance des gestes
La peur d’initiative et mes yeux brillent
C’est sans doute le feu ou les rafales
Ce matin, le vent d’ouest à Larmor
Plage, sur la promenade déserte
L’océan d’un gris terre glaise
Les vagues je plisse les yeux
Ma lutte avec mes doutes
Je te revois enfin si jeune
Dans ma jeunesse cours
A en vomir embrasse
Le sillage illumine
Mon bel horizon
Je suis à moi
Même pas la peur
Qui nous sépare
Juste libre
Et folle
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Elle sort de mes nuits blanches
Bouscule
Mon sniper
Le bombardier
Chasseur rase motte
Que frémissent les feuilles
La cime des arbres et larguer
Sa bombe à l’ombre d’une pente
Le versant nord de la colline plombe
La journée vois-les courir dans les flammes
Les démons de Mladic j’attends l’ordre de tuer
Est-ce la semaine où la chouette hulule à minuit
A même pas vingt souffles de mon repaire pas un soir
Sans qu’elle me donne rendez-vous je ne dors plus la nuit
Je ne dors plus tout court je scrute les tensions entre les arbres
La forêt est une foule patiente on croit les troncs immobiles on se trompe
Ils marchent en traînant les racines d’efforts les écorces se fendent et la sève
Colle aux Rangers un arrêt au milieu du sentier écouter les branches qui s’accouplent
Je ne bouge plus et les fougères sont des frémissements il faudrait que je monte
Dans ce plus haut sapin me mettre à l’abri d’un autre sniper qui comme moi
Aime les orgies sylvestres. Quand je raconte tout ça elle dit : « mon chéri
Tu deviens fou aujourd’hui l’Est de l’Europe demain quel autre pays
Ne deviens pas leurs échecs, ta guerre est sans fin elle te colle
A la peau et ton regard change chaque fois que tu reviens. »
A l’autre bout du labyrinthe je n’ose pas la déshabiller
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Je n’ose pas la palpitation qui luit sous sa gorge
Le signe s’affole l’ouverture de sa chemise
Je la déboutonne un peu plus si tu veux
Mes yeux sont les yeux d’un hibou
Et ma bouche bée dans le cœur
Un chasseur bombardier, bin,
Je veux bien tout de suite
Que le thorax explose…
Vite je me réveille.
Un tank serbe
A vingt pas
Sous moi
Une illusion
M’égare
Elle sort
De mes nuits blanches
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A deux jusqu’à l’aurore
Quelle
Calanque
Où plonger
Les fonds clairs
L’anémone infidèle
Tentacules ô sacrilège
L’effleurer du bout de l’index
Ton corps nu se livre au soleil affamé
La chair s’émeut d’un frisson, regarde ce ciel
Bleu ! Je m’y assèche les yeux, ne reste que le sel
La canicule bourdonne comme l’hélicoptère bourdonne
Tout ça vibre sur les tympans, j’effraie les anges. Les pales
De l’hélico qui nous cherche… Mais nous sommes dans la forêt
Epaisse si épaisse qu’on n’ose même plus sentir la guerre, il gueule :
« Faut qu’on sorte, qu’ils nous voient. » Elle rompt le silence et sa voix
Me dit : « raconte mon ange raconte-moi l’histoire du sniper et de son spotter
Comment vous courez dans les bois de Bosnie déguisés en arbres la sueur mâle
Comment mon chéri comment cette puanteur ne vous a pas trahis aux hommes
De Mladic comment mon amour es-tu revenu indemne jusqu’à moi mon nu
Intégral ma peau le bronze la crème solaire je brunis à l’œil nu je brûle
Sous le soleil. » Cette calanque nous oublie au monde nous sommes
A nous, livrés à nous maintenant… Loin de Mladic des enfers
Tu me crois regarde comme je suis nue et brûlante
La guerre n’aura plus aucune prise tu me crois
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L’amour le silence et l’art d’être superficiel
Rien ne nous ramène plus à la noirceur
Nous sommes si frivoles nous aimons
Tellement cette vie plurielle écoute
Mon corps ce soleil comme il vibre
Il n’y a plus l’écho de l’hélicoptère
Qui te cherche dans la clairière
A part moi nue, abandonne
Toi dans mes caresses
Et mes mots futiles
Que tu deviennes
Le sud nos rêves
Qui tremblent
De plaisir
Dès lors
On plie l’amour
A deux
Jusqu’à l’aurore
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Et pour l’écume dansons
Cette fille
Qu’on ramasse
Sur la quatre-voies
Elle est si jeune si muette
Tu dis : « et le stop ça marche
Ou pas ? » La mort pleut sur son visage
Un silence de pare-brise et d’essuie-glace.
Je pleure autant que la pluie je suis invisible
Je n’insiste pas à quoi bon on dirait qu’elle tremble.
Tu sais, elle a penché sa tête dans le cadre de la portière,
Je lui dis : « tu vas où ? » Elle fixe la route, va savoir pourquoi
Je repense à cette adolescente de Mostar, dans la maison au bord
Du torrent avec les remous bleus de glace dans la saignée de la colline
Le toit explosé par les obus tirés la veille et nos sommeils qui se ravinent
Dans la forêt où on se terre tous les deux le temps de la bataille. La lune pleine
Arrache des cris aux branches, des éclairs noirs figés entre le ciel et nos peurs
Combien de temps avec nos fusils ? Les troncs se recroquevillent autour
Le lendemain nous arrivons près du hameau la maison fume encore
Et dans mon viseur le toit éventré les six morts assis sur le seuil
C’est toi qui la découvres allongée sur le lit et son nounours
Qu’elle étreint et les seins mutilés pourquoi vivrait-elle ?
Tu tombes, je te vois tomber. C’est infini le torrent
De la montagne, le vacarme mes mains serrent
Le volant elle parle enfin sa voix murmure :
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« Bowie est parti la semaine dernière. »
Je ne peux plus fuir la guerre
Je descendrai au péage
Et vous à vingt ans
Vous écoutez
Quoi hein
Estime
La plus belle vague
Et pour l’écume
Dansons
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J’écoute l’étoile filer
Loups
En meute
Remontant
Le versant sud
De la colline brûlée.
Arbres calcinés sur la neige,
Les loups trottent dans le viseur
De sa lunette, surtout le mâle alpha
Qu’il filoche patient le sourire aux lèvres
La détonation retentirait au fond de la vallée
La neige n’étouffe pas les morts l’écho est tel
Que sa respiration hésite, même la buée le trahirait
Alors il ne tire pas. Les villageois de Potočari racontent
Qu’ils n’ont plus faim, les arbres s’enlacent dans les forêts
Les nuits il les entend hurler les cris d’écorces d’animaux d’humains
Les armes résonnent jusqu’aux étoiles les lignes de feux déchirent les nuages
Il a reçu l’ordre d’attendre, les heures sont de longues vies de silence un hiver glaçant
Je me rappelle maintenant je me désengourdis les doigts en sortant la photo
De ma poche, je la regarde avec les yeux qui pleurent de tant de froid
De blanc autour la détresse des vivants entre les troncs ennemis
Tu sais que le loup est l’emblème de la Bosnie ? Mes mitaines
Trouées mais je fixe ta photo la seule avec moi, l’océan
Immense derrière toi et l’Ile de Groix qui s’exclame
On aperçoit un voilier dans les Courreaux le fil
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Scintillant visible du vent d’ouest les vagues
Moutonnent. Je t’aime, là, plus que tout
Au monde. Dans les genêts les ronces
Nos baisers ont le violent pourpre
Des mûres un don d’épines
On s’y lacère les mains
Les caresses j’y perds
Les traces des loups
Comme si la neige
Les enveloppait
D’un linceul
De lin blanc
Sirène
Le chant m’inspire
J’écoute l’étoile
Filer
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Je la connais par coeur
Devient-il
Les herbes ocre
Jaunies les prés secs
Les prairies les grandes
Herbes le buisson d’épines ?
Le rocher les gravats d’une maison
Détruite devient-il la nature son casque
Hérissé de luzernes et d’orties sa patience
De caméléon qu’aucun promeneur ne devine ?
« Je m’aime, me dit-il, ne faire qu’un avec le végétal,
Ne faire plus qu’un avec la pierre les branches des pins
Comme si je m’annule oui tu te rappelles tu es mon spotter
Le meilleur hein pas un Serbe n’échappe à ton œil. » Quelle folie
La Sniper Alley nos mains et visages sont blancs de plâtre. Sarajevo.
Je rentre au camp et je dors avec mon camouflage, je rentre en France
Des silhouettes meurent dans mes jumelles des croix pour le carnet bleu
Je ne les compte plus ou alors les pages et je m’endors avec mes masques
Entre le pouce et l’index la cartouche cuivre une 50 BMG que rien n’autorise
Traçante incendiaire perforante j’accomplis le silence la trajectoire d’une balle
Alors comment les nuits ne seraient-elles pas agitées océaniques le tourment
Nous poursuit dans les chemins étroits de la lande le vent d’ouest crache
Des verticales de pluie je cours avec Bowie dans les tympans la guerre
Deux heures sous la tempête jusqu’au bout des forces les vagues
La guerre est bien utile de ce côté du nord pour toutes les vies
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Qui s’annulent. Je rentre de la course et je tombe d’amour
Dans ses bras, elle éprouve mes tremblements, devine
Le sujet obscur et quand elle se déshabille nue
Derrière moi qui reste submergé à la fenêtre
Saisi par la beauté de la plage du Pérello
Sa chaleur pâle la douceur des mots
Les nuits le ressac aux joies claires
A ses lèvres le sel, je succombe.
Pas de pénombre ni d’alcool
Pour le franc-tireur j’évite
Ses lèvres une fois mais
Pas deux nos baisers
Des corolles noires.
Les fleurs dérivent
Avec les brises
Nocturnes
On meurt
Pas si souvent
Je la connais
Par cœur
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Mais à la fin on dort
Entre
La vie
La mort
Il y a la guerre
Nos arbres brisés
Racines d’où saigne
La sève nos guerres l’arme
Calée l’écorce telle une peau
Séchée au grand vent. Tu plisses
Les yeux oui les flagrances de l’acier
Métal brûlant d’une balle que tu admires
Avant qu’elle atteigne l’ennemi. « Ca fait quoi,
Demande ton amante, ça fait quoi d’être sniper ? »
Le silence infini chaque vague comme si la vie la mort
S’échouait inlassablement sur la plage. Ton regard se tourne
Vers la fenêtre l’océan le phare de Pen Men inlassable dans le noir
Et la nuit ce silence à marée basse entre vous deux tu caresses l’écorce
La chair ridée des forêts vos deux corps nus seuls remparts de l’Atlantique
Quand là-bas tu abandonnes ta mémoire tes morts les râles dans les saignées
De la terre ; tu voudrais mais tu ne peux pas te reposer l’esprit dans cet hôtel
Tu voudrais que la guerre s’essouffle mais elle revient dans les moindres
Silences ; elle voudrait ses caresses elle voudrait que sa main t’apaise
« La vie n’est pas immortelle, dit-elle. » Le dos mince et nu colonne
Vertébrale comme un serpent affamé elle se lève s’immobilise
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Entre le battant et le battant de la fenêtre grande ouverte
Elle n’a pas froid n’a jamais peur du fracas de l’océan
Je comprends ton silence, te répond-elle, et ton art
Du secret mais une fois, une seule et unique fois,
J’aimerais tant que nos belles nuits blanches
Entre la vie et la mort oublient nos guerres
Tu souris puis il y a la chanson de Bowie
A la radio tu tends le bras écoute Lise
Ecoute ce que j’écoutais en boucle
Sur le toit de mon monde si loin
De toi sous les étoiles diamant
Je rêvais du dernier sillage
Jusqu’à l’Ile de Belle Ile
La violence mon love
Impose la solitude
D’où cette voix
Qui s’éteint
Dès lors
La nuit s’effondre
Mais à la fin
On dort
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J’y mets du mien mon ange
Tes yeux
O tes yeux
Dans l’aube
La grande aube
D’orient d’un ciel
Strié, les lignes blanches
Des avions de ligne, je tombe
De sommeil avec tous ces décalages
Horaires je tombe au pied de l’escalator.
Si je me relève à Bagdad j’aperçois immense
Le soleil le même que le tien là-bas, un des forces
Spéciales me soutient jusqu’à la douane. Il murmure :
« C’est moi pour une fois mais là le monde est trop vaste. »
Si haut qu’on tombe sur l’ancien aéroport de Sadam comme ça
Comme des anges me dira le sniper rencontré au Babylon Warwick Hotel
Je me pose là depuis une semaine j’écoute Blackstar de David Bowie et tu sais
Je me raconte ma life en un seul morceau et ce Blackstar en boucle le soleil
Géant qui pèse sur mon dos quand je suis sur le toit désert à attendre
Va savoir quoi même pas l’ordre parce que je sais qu’il viendra
Tu as écouté Blackstar ces éclats de métal dans un dédale
De cuivres non hein je t’ai vu vaciller sur le tarmac
Et je crois bien qu’il y avait ses yeux à elle
Dans tes yeux le sang qui s’injecte
Plus épais que les larmes
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Que veux-tu pleurer
Avec la chaleur
Une bière ?
T’en veux ?
J’essaie
Toutes les frontières
J’y mets du mien
Mon ange
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Derrière les pins les vagues
« Je vais
Partir loin. »
La confidence
Vient de toi hier
Tôt le matin la brume
Les arbres connus de l’hiver
Le champ et ses monticules de terre
L’herbe froide craquelle les gelées la lumière
Celle qu’on attend du soleil le halo orange les pins
Tu les désignes comme une armée en déroute. « Mon pays »
J’écoute tes longs silences - mon pays - à l’assemblée, tu avais l’air
Si sérieuse quand les symboles et les lois s’envolèrent dans les rafales.
Mon pays… tu réfléchis, je vais défendre mes idées les promenades solitaires
Tu as l’air si triste sur cette photo les mains dans les poches de ton jean les nuages
Et le bleu du ciel à quoi penses-tu oh non ne me dis pas que le souvenir du sniper
Un jour derrière le pont de Mostar le regard illuminé par midi la balle cuivre
Le soleil l’aveugle il t’avait lui aussi raconté son histoire il rêvait des prés
De la brume à l’orée du bois de ton sourire sur le chemin de terre
Personne ne croyait plus à la guerre on avait l’ombre facile
Et la vie se résumait à une silhouette un nom anonyme
Dans le viseur maintenant tu n’as plus froid le jour
Quels sont tes doutes qu’hier tu me confies
Tes joues tes lèvres ma main ose à peine
Le silence nous tremblons de l’histoire
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Encore l’histoire et toutes ces pierres
Et voilà entre le tribun et le despote
Il nous faudra oui une autre liberté
Même le soleil d’hiver matinal…
Tu n’achèves plus tes phrases
Chut j’aime me perdre seule
Les gelées blanches l’aube
Le bleu pâle mes espoirs
Un combat de femme
Libre pour mon pays
Tu souris pourquoi
Tu souris ? « Oh…
Je pensais juste
A René Char. »
Marie
Il y a l’abime
Derrière les pins
Les vagues
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Pour rien elle s’abandonne
Sœur
Du vent,
Je divague,
Fille, nulle part.
Qu’une autoroute
Me perde d’un bas-côté
A l’autre. « Tu dis quoi hein
Si je te quitte avant l’aube ? »
Des nuits que nos corps s’égarent
Car oui, insistes-tu, il faut se perdre
Non pas se retrouver dans la maison,
Domestiques. Nos Facebook donnent envie
De pleurer contre la vitre les mains bien à plat,
Pour sentir le froid dehors. C’est l’hiver tu écoutes
Horowitz et le piano traverse la steppe la lande l’onde
Recule toi un peu tu verras ton reflet dans la même vitre
S’échapper est si facile tu ouvres la fenêtre décembre se perdre
Dans les jeux nocturnes le froissé des draps la caresse qui s’incline
Soulève un soupir une lèvre qui s’entrouvre un mot encore et tu l’aimes
Une heure ou le temps d’une insomnie avec les mains qui courbent le temps,
Quelle main la tienne la sienne quelle bouche aux échos de coquillage quelle langue
Murmure ? Ne t’arrête pas le bois mort craque sous le pas, est-ce un renard en maraude ?
Ne t’arrête pas c’est juste un animal sous les ronces de la lande. Il n’y a pas de vent
Mais il perçoit le courant d’air d’une présence, nuit noire, je devine cette lueur.
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Aime et prends mon cri : un chat ou un furet qui chasse dans les buissons !
Reviens vers moi ! N’arrête pas ! Tes mains bien à plat sur la vitre froide !
Le reflet dans la vitre renvoie son image : tu lui souris en silence…
Charlotte a raison : on va finir à Bodø pour oublier les crimes
A Bodø où fuir le sniper ton harceleur des sous-bois
Il ne sait pas l’aurore boréale ni l’été solaire
Oh non je veux me perdre dans les bras
De mon sniper, encore, dans un pays
Qui a vaincu les cent nuits, à Bodø
Loin bien loin de la Bretagne sud
Au creux d’une vague épaisse
Et blanche ma robe blanche
Ma corolle de méduse. Je
Passerai de l’autre côté
A force de t’attendre.
Elle flotte
A la dérive
Pour rien
Elle s’abandonne
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Le voile trahit le seuil
Bon vent
Vers le sud…
Tu parles, nobody !
Personne nada dans l’avion
J’ai attendu le hublot en vain
La pâleur du ciel d’un bleu livide
La campagne survolée ocre les champs
Autant de frontières un cubisme vénérable
Vu d’en haut mais si monotone pas un trou d’air
Rien que la trajectoire rectiligne : Paris CDG > Beyrouth
Les réacteurs sont somnifères les attachés case sans intérêt
Un jet privé pour aller renégocier des accords et nous en snipers
Reconvertis. Un stewart regarde mon écran avec insistance. Je relève
Le défi quels sourires échange-t-on ? Quel sens ? La Méditerranée s’illumine
Avant l’aéroport Rafic Hariri. Beyrouth ! Nous y voilà, le sillage, le pays qui nous sauve la vie,
Comme le dirait Ohannès, un coup de kérosène et nous serons à Alep en quatre heures
Qui a dit que le sable n’a pas d’odeur ? On pourrait jouer le sort du monde pas moins
Après avoir savouré un café libanais toujours trop sucré. Mon rôle se résume
A incliner les paupières à sourire comme avec le stewart et alors Ohannès,
Plus tard, me souffle extralucide : « à quoi tu pensais pendant la négo ?»
Mon silence n’est pas une réponse. « Ah, c’est trop tard, mon ami, bien
Trop tard. » L’immense salle du restaurant est vide, personne, seuls
Nous sept, diplomates, salle beige et safran comme une ambiance
Où on se dit : « le monde moderne, c’est game over. » Ohannès
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Cher Ohannès Beyrouth a recueilli tes survivants arméniens,
La plupart ont pris la mer d’autres creusent des labyrinthes,
Des coups de pioche dans la mémoire, il ne reste rien.
La crosse noire du Glock a la forme de ma paume
L’attente est l’habitude du sniper, les sourcils
A l’affut dans chacune de nos parenthèses
Je ne te dirai rien Ohannès des échecs
A venir des morts noyés des familles
Entières, toujours la même fuite,
Partir pour espérer un pays.
Leurs mains se serrent
Pour sceller l’accord
Des courants d’air
Et nos voitures
Officielles disParaissent
A Beyrouth
Avant
Qu’un souffle nous brûle
Le voile
Trahit le seuil
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Vos yeux ailleurs qu’en mots me troublent
N’ai-je
Avant l’aube
Plus rien à te dire
Oui je te regarde longtemps
Comme le silence tu me demandes :
« Ça va ? » et là je ne sais presque plus rien
A part ce train qui file jusqu’à l’océan. « Ecoute
Le temps presse le sommeil nous a perdus. » Des nuits
A chercher nos reflets dans ces mêmes vitres où mésanges
Merles rouges gorges et piverts se racontent la même histoire l’issue
Incertaine la fuite qu’on se promet loin du monde là-bas loin au Vietnam
Je regrette les vagues que tu ne m’as pas racontées il faut tellement se dire
Et vite le temps presse Rome Alep nous avons les mêmes combats à New York
Nos plages lointaines notre enfance solitaire oui tant à se dire Paris Lorient dépêche
Toi de tout dire récite moi la chapelle sixtine la ferveur d’une jeunesse réputée perdue
Même les berges des fleuves exhalent un parfum de chaos hein c’est tellement oui
Tellement visible dans nos yeux clairs j’y vois encore le fond limpide les algues
La houle cette berceuse elle endort les sous-marins désertés ils ballottent
En pleine mer tu m’avoues je ne peux rien dire de plus secret défense
Tu as l’ai si jeune qu’est-ce qui te maintient ainsi en vie à quoi
Tu t’accroches à Puccini non Rossini le violoncelle fragile
De Guillaume Tell je ne sais plus rien le tourbillon
D’un bateau ivre la mémoire se bouscule
Prononce chaque mot chaque syllabe
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Nous rapproche de la gare presse
La voix le temps s’arrête enfin
Ce voyage la nuit d’amants
Insomniaques pourquoi
Etait-ce toi passagère
Quel possible enfin ?
Le hasard d’un TGV
Hier d’un Palatino
Les rails scandent
Le temps si court
Sur le quai déjà
Nos silhouettes
Pressent le pas
Quai des Indes
Et puis le vent
Où s’éteindre
Vous reverrai-je
Vos yeux
Ailleurs qu’en mots
Me troublent
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La pluie nos corps si nus
K3
Alvéole G
Et ce U-Boot
Unterseeboot dis-je
Tu imagines le sous-marin
Allemand une horde de loups gris
Ainsi les nommait Dönitz. Ton silence
Tu penses à nos effrois d’avant les forêts
Il n’y a que des silences de portes métalliques
D’armoires en fer que personne n’osera réveiller
L’eau épaisse peu profonde sous les tonnes de béton
Des fils électriques pendent aboutis de nulle part l’acier
La structure immortelle du bunker où s’écoule le sang noir
De notre mélancolie. Je t’écoute pour les couleurs et tu m’envoies
Un film d’Artavazd. Les hommes n’en finissent pas de tomber ils dévalent
La montagne. Se souvenir des remous des torrents des genoux qu’on s’abime
De l’air pour ne pas se noyer et plus tard des vagues en rouleaux qui nous écrasent
Dans un fracas de machines. Je suis né comme toi de ce monde en noir et blanc
Des villages qu’on traverse somnambule dans une Citroën j’entends la voix
De ma mère, loin, j’aperçois dans la nuit les lampadaires jaune seventies
La voix murmure : « rendors toi il reste encore de la route. » Laval
Vannes et Loctudy les couleurs des photos d’alors sont si pâles
Les enfants marchent toujours dans les allées de leurs rois
Jusqu’à ce moment de nos vies couleurs bien trop vives
- 30 -
Tu l’aimes n’est-ce pas oui j’aime nos années filantes
Notre ardeur le chaos les histoires multiples l’heure
Présente le jeu de piste dans la base de Lorient
Cette seconde précise où la surface sombre
Ne renvoie ni le reflet ni l’image de nous
Nous sommes là puisque nous sommes
Effacés loin de nos premières traces
Aucun loup n’aura pu nous saisir
A la gorge seules nos lèvres
Glissent le long des veines
Le sang bat sous les mots
Où un souvenir affleure
Encore ce courant d’air
Qui ne veut pas mourir
Le soir tombe en bleu
Dans l’alvéole songe
Au chemin du jour
Les éclats de joie
Des paupières
C’était
Bien sous l’orage
La pluie nos corps
Si nus
- 31 -
Quand meurt ton roi sois belle
Eve S
15:41
Peut-être
Paysage de neige
« C’est il y a quatre ans
Je suis dans un parc mes bottes
Laissent des traces de vie dans la neige
Ecoute l’histoire si tu veux, je suis née dans un désert. »
Un amour à jamais enfui enfoui Orphée c’est lui pour les tunnels
Est-ce qu’on se retrouve à la base des sous-marins ? Est-ce ton sniper
Qui t’épouvante de retour du Kosovo des va-et-vient d’Europe. Je suis née
Dans le désert de Syrie, d’une errance pour survivre à nos morts, jusqu’ici à Alep
Où là-bas Harfleur Berlin Donaueschingen les noms sonnent dans les lettres qu’on poste
De cet autre temps c’est l’histoire qu’on se raconte assis sur le quai de la base des sous-marins
On s’y retrouve pour les derniers clapots de l’Atlantique la pénombre de nos vies solitaires
Les vagues se racontent doucement claires tu as l’humeur de cette enfance heureuse et
Les chaussettes blanches et Mickey et l’océan que tu ne perds jamais de vue ne jamais
Laisser vieillir ses yeux ne jamais abandonner ce qui nous émerveille aux lassitudes
De la maison. Le vent court la maison est sans doute le refuge des bourrasques
L’enfant court vers le grand sapin qui l’attend comme un géant est-ce cela
Ce souvenir de neige et de forêts sombres qu’on épuise dans les mots
Est-ce le froid la glace sous les branches la peur d’une balle d’un
Sniper même les hiboux ne s’en effraient pas juste la peur
Des longues allées de platanes noircis. Vois-tu, pour fuir
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Il nous faut le grand espace de l’Atlantique on y sera
L’enfance à jamais et nos pas laissent des traces
Dans le sable l’écume disperse notre démon
Ah bon sang comme on respire et l’heure
N’importe plus l’heure sur nos mains
Passe nous n’échangerons rien
Que des silences dans la nuit
De béton le blockhaus
Devient notre palais
On y attend quoi
En fait le clapot
Chant éteint
De nos îles
Lointaines
Egrène
Les signes sous l’aulne
Quand meurt ton roi
Sois belle
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On chante pour le tonnerre
Faille
Silence
Grand duc
Solitaire l’heure
Tourne et martèle
Je ne sais plus ou pas
Qui a battu l'autre au jeu
Des personnages même si je pense
A nos deux parallèles où s'agitent les hirondelles
Même si je pense nos deux parallèles les fils électriques
Plus verts que nos yeux à l’approche d’un orage silence je t’ouvre
Des portes à la base des sous-marins de Lorient, on se perd dans les tunnels
Un jour nous nous racontons des histoires car nous sommes nés de nos légendes
J'avais envie de t'y emmener le soir de notre rencontre les sous-marins
Allemands leurs dos noirs et la base tremble la mer semble y mourir
Les ombres comme des salles de palais le béton si propre ô chère
Chère pirate la guerre est devenue un éclair et la mort réveille
Les morts quand ton baiser réveille mes mots. Souviens-toi
Comme nous écoutons le silence dans le blockhaus la mer
Le clapot au bord des quais le murmure de l’Atlantique
Ne dis rien si nos lèvres se rapprochent ne dis rien
Dans un moment pareil on ferme juste les yeux.
On se rappelle Ulysse, avenue de la Perrière,
Comme il a l’air paumé hein sur le trottoir
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Ses pas le guident vers la criée c’est toi
Qui l’as reconnu tu m’as dit : « stop
J’ai cru voir Ulysse qui marche
Vers le port de pêche ! »
Comme d’habitude
Je t’ai crue. Ferme
Les paupières et
Rêve encore.
Voilà
Nous sommes revenus
On chante
Pour le tonnerre
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L’étoile brille dans un oeil
La vie
Violente
Ta violence
Jusque dans la chair
Cette rage la balle dans l’épaule
Tu me réponds : « c’est fini je rentre. »
Ta rage à vouloir devenir toi-même toi personne
D’autre. Forcément la violence le flirt les lèvres qu’on mord
Le premier flirt avec la violence : boutons en croix gammées sur le gilet
D’Erni Van Geruven à Aiguebelette, « le mal, me dit-elle, il est à mon grand-père,
Mais moi, je le porte encore... » Nos baisers enroulent nos langues qui dégoulinent
Sur nos lèvres. « Et oui, à mon grand-père qui a regretté toute sa vie l’inconsolable. »
Et ainsi de suite cette folie la violence à Sarajevo, je suis si jeune et je vois cette femme
Etendue morte au milieu de la rue, personne ne peut la secourir : un sniper est dans l’immeuble
En face, d’autres snipers sont dans les forêts, des villages brûlent, des villageois sont assassinés
Au bord des rivières, l’impuissance de la Forpronu ne nous étonne déjà plus. Dans le ciel d’hiver
Les vols des étourneaux nous hypnotisent. Les fosses communes. Et ainsi de suite la violence
L’Arménie les récits de ma grand-mère les enfants et les femmes dont on confie la mort
Aux déserts de Syrie, heureusement il y a Alep puis Beyrouth et Marseille enfin…
La Corse, aucun retour possible à Olmeto, Michel renferme son poing. La mort
Plutôt que la souillure dit-on en Bretagne la violence encore l’amour
Veut la combattre cette force la haine se combattre encore et
Encore ne rien lâcher se délivrer de soi j’écoute le piano
J’écoute la mer je pense à toi dans le fracas des tôles
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Je pense à toi qui regardes le virage où s’arrêtera
Ta vie je pense à cette voiture qui t’emporte
A jamais loin si loin de la plage du Pérello
Je pense à ta voix l’éternité et ma fille dit
« Je veux SAVOIR pour l’accident
Serais-je avec toi mon papa si
Elle n’était pas morte ? »
La furie la violence
Le vent je
T’aime
Un jour
Une plage
La paix l’étoile
Brille dans un œil
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La vie enfin
Est-ce
Toi le matin
Qui le cherches
Lui qui part seul et traverse
La rivière Neretva tu l’imagines ou pas
Ton amant ton love comme tu le nommais
Et comme tu le nommes encore ton amour chaque nuit
Il se réveille quand la chouette hulule l’ombre de la nuit est grande
Comme la Sniper Tower où croates et serbes s’offrent la mort dans un viseur.
L’horreur de ces touristes allemands qui achètent le frisson d’une chasse à l’homme
De l’autre côté de la rivière. Jamais ô jamais nous n’avons pu raconter ce tour operator
Où la mort au bout d’un fusil à lunettes était un divertissement alors comment veux-tu
Qu’il ne se réveille pas la nuit les étoiles n’ont pas la même lumière pour le sniper
L’obscurité n’existe pas il y a des vers luisants dans les pupilles des Hommes
Enfants femmes et hommes s’inquiètent dans la maison seule au monde
Celle du voisin a brûlé et on raconte déjà la fosse à l’orée du bois
L’église la charpente noircie et ton amour se mêle à la feuillée
Il attend des heures. Un autre sniper avec le même silence
S’installe dans la nuit éternelle jusqu’à cette heure
Tardive où la chouette le questionne derrière
La baie vitrée il est étonnamment songeur
Il pourrait te rejoindre dans la chambre
Changer les plis des draps en vagues
Plus rien ne peut le distraire l’œil
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Au-delà des ronces la lande
Qui patience nous attend
Dors et ne dis plus rien
L’ami de la guerre
Est perdu
A jamais
Un jour d’octobre
Ta main
M’enchante
La vie enfin
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Après la guerre nos mains qui tremblent
Disons
Qu’un sommeil
De plus nous abandonne
A la nuit pleine le vent lance des bras
Sur la lande, de grands bras, le souffle creuse
Les fenêtres ; j’attends la venue ponctuelle d’une chouette
Une hulotte tremblante qui vient sur le coup de minuit m’épier
En équilibre sur un bois mort et blanc tortueux ramené de la plage
Du Pérello. Je l’ai montrée à Georges qui ne me croyais pas disons qu’il s’appelle
Georges il s’appelle vraiment Georges parfois on boit du whisky des Islay jusqu’à vaincre
Les insomnies on joue aux échecs sous le regard attentif des rapaces diurnes
De la chouette qui l’écoute ressasser ses souvenirs de terre-plein il dit :
« Tu vois je reste seul à ne boire que de l’eau je cours chaque matin
Solitaire je respire l’air marin l’hiver torse nu sur la plage, dis,
Tu te souviens comme on résiste aux trois F ? je perds le fil
Je sais oui - Froid Faim Fatigue - je ne tiens pas d’armes
Tout juste un calepin avec la caméra de Pierre
Qui chassait les snipers toi dans les arbres
Georges ou dans les immeubles béants
Tous les tirs d’obus et soudain le vent
D’ouest ce silence l’ombre claire
La chouette dans la vitre noire
Miroir. « Dis tu l’as prévenue
Je crois bien qu’elle t’attend
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Encore. » Et ce vent fort
Je voulais te dire je
Crois elle a peur
De ton histoire
Du monde
On chante
Nos hymnes
Après la guerre
Nos mains qui tremblent
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Pleurer encore
T’écoutes
Du hip hop
Toute la nuit
T’écoutes Appolo
Brown qui scande syllabes
Et voix de Circé les chouettes
Nombreuses te regardent derrière
La baie vitrée un miroir. Tu l’imagines
Elle boire son café devant la mer le matin bleu
La veille ou peu importe quand, le temps, tu lui racontais
Comment il était facile de reconnaître un sniper dans une aérogare :
Il restait seul avec son sac à dos militaire il buvait de l’eau minérale et si
Tu lui parlais il avait le sourire du secret dans les feuilles des arbres
Rompre le pacte au risque d’un appel en pleine nuit. « Cher ami
Il faut qu’on te rappelle, d’accord, à nos vies confidentielles
A tous nos regrets et à nos silences dans les hangars
Avant que les Transals nous ramènent. » Ecoute
Apollo Brown ou ce que tu veux mais tais
Les morts et le sang Mladic cauchemar
Tais l’insomnie les colonnes la peur
Sous les porches la ville les balles
Dessinent décident les destins
Il y a une chouette la nuit
Qui te regarde au fond
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Des yeux elle cligne
Des paupières
Mais quelle folie
Aux asphodèles
Pleurer
Encore
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La nuit sans larmes
Tu me
Déclames
Les veufs du récif
L’industrie des vagues
J’erre dans mon sommeil
Il n’y a rien de vrai chez les dieux
Grecs ou défaillants j’ouvre la fenêtre
Pour écouter l’océan il suffit de se taire
Comme toi qui regardes. Le soleil à l’instant
Dessine des blessures de mauve et de flammes
Le passage des Courraux face à Groix s’est éteint
Le bout d’océan devant la plage du Pérello s’est éteint
Comme finit par s’éteindre l’étang qui nous ramène à la maison
L’eau stagnante parfois se trouble de remous qu’avec inquiétude
On attend. C’est l’heure ma belle la nuit remplit le jour devant nous.
La légende du sniper est bien plus réelle que leurs mollah
Aucun prêtre ne dévie la balle ni-même l’âcreté du sang
Le métal brûlant provoque la salive on sait la merde
Collant à nos rangers nous obsédés par nos lacets
On déplie encore deux longues vallées on marche
Des jours avec de jeunes hollandais qui mâchent
Du chewing gum ils ne les comptent plus, non,
Les morts et les mortes qu’ils exhument
J’essaie de leur parler, l’impuissance
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Les terre la colonne muette s’enLise dans les journaux ta main
Caresse les murailles caresse
Mes épaules j’ignore en vrai
Pourquoi je te raconte ça
Les armées en déroute
Le temps qui s’arrête
Pour qu’un sniper
Se décide enfin
A tirer
Si beaux
Les corps nos algues
S’échouent la nuit
Sans larmes
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D’un océan où vivre
Sniper
La balle
Traçante
Jusqu’à ce porche
A Sarajevo où je me tiens
Comme hier au fond du jardin
Sous les draps blancs qui sèchent
Au grand vent de la fin d’après-midi
Comment ces parallèles se rejoignent-elles ?
Les pluies d’étoiles à Lorient quand l’avion survole
La ville avec en point de mire les lumières de la piste d’atterrissage
Et derrière Keroman la mer comme le ventre retourné d’une baleine noire
Où scintillent les feux des sous-marins fantômes. Je m’étonne encore
Dans le rond du hublot des éclats de plâtre sous l’immeuble
Vidé de ses habitants la poussière grise au parfum d’acier
Qui blanchit mes épaules le visage ai-je plissé les yeux
Quand Pierre me crie : « rentre dans le couloir ! »
Ai-je pensé que j’allais mourir ai-je cru ce jour
Aux tirs précis du sniper serbe je me jette
A plat ventre dans le couloir sombre
La mort est comme la balle
Du sniper elle poursuit
Dans les dédales
De la mémoire
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Mon cœur
J’éteins
La vieille rumeur
Je veux éteindre
Les vagues
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Bois flottés
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Je me réveille la foudre habille les pierres et les pétunias je me
frotte les yeux pour avoir l’air de réaliser un prodige des
pétunias rouges de malédiction jaillissent de mes orbes il est
tard dans la nuit des pensées rongent et les cœurs en orbite
s’allonger dans l’herbe fermer les yeux pour éprouver la
chaleur bienveillante des étoiles la sueur pétille sur les trèfles
je perçois loin dans un brouillard les voix caverneuses des
cosmonautes se recroqueviller la terre se recroqueville l’orage
s’éloigne et son tonnerre imprègne mes ombres pour le parfum
d’iode
….
D’un cran revenu au réel un seul éclat de lumière sur le capot
d’une voiture un upercut de soleil et tout groggy descendre à la
plage un mensonge y est échoué plus beau qu’une méduse une
parisienne seins nus m’interroge sur la chose que répondre
quand on se croit issu des algues alors je lui mens les histoires
de méduses les lumières impures les regrets d’été mentir pour
l’humeur noire de ses aréoles elle me croit jusqu’à l’allégresse
désir éternel on oublie le temps et son mari un baiser ravi des
atomes
…
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Ce serait le bout du ciel un de ces endroits pour les chutes ce
serait la tentation d’un monde à la renverse une suite de
paupières closes la gare ta valise ce serait ta présence ni avant
le matin ni après la nuit une attente suspendue à un accroc du
ciel bleu ce serait bleu comme les mots à quatre heures du
matin silence qu’impose ton doigt sur mes lèvres les errances
l’hiver ton homme une pierre tombe le soleil est un serpent de
lumière pour les forêts tu n’as plus peur tu tournes la plus
grande page de ta vie
…
Fausse la compagnie fausse le monde les orbites les trombes
d’eau l’air fausse les fièvres et les chants d’aubes les heures
fausse nous compagnie avant les poussières du jour les étoiles
et respire enfin dans les creux de mon corps vois comme je
tords les jours fauves on venge les secondes plus lentes que nos
siècles vendre le ciel il ne nous resterait plus que ça nos corps
si nus aux abandons des averses l’été chaleur tordre mes
amours que ton cœur devienne un dieu pour les herbes folles
…
Me souvenir de toi du vent dans les ifs le parfum la passion des
résines le souffle chaud sur les pierres les racines meurtries les
mains qu’on blesse en voulant croire qu’on peut se promener
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dans les genévriers je ne me retourne plus car un soleil brûle la
mer le sel on s’abat pour l’attrait d’une corniche falaise où tu
jettes la mémoire d’un caillou inspire pour que la journée passe
bientôt la pâleur assourdit les vagues tes pas sont des
chuchotements invisibles pour le sable
…
Des pluies brumes brumisateur ta peau les joues les pétales
oubliées du cerisier la pâleur presque blanche le rouge pulpe
tes lèvres pas si roses le carmin d’un burlat et nos baisers la
joie d’une griotte le soleil profite du vent pour glisser entre les
branches un passage pour les entrées littorales des nuages d’un
gris pâle je me tiens prête je suis debout les mains dans le dos
j’attends et par défaut je m’abandonne au crachin qui crachine
sur mes murmures autant qu’ils deviennent silence
…
Empierrer la chute le temps à jets de galets mes mains devant
j’évite une météorite qui pèse comme du fer noire ses bords
saillants m’entaillent la tempe je tourne sans appui l’état
d’apesanteur est l’état de mon sang ivre j’enfièvre une station
orbitale et les yeux ronds derrière les hublots le désoeuvrement
est circulaire depuis que plus rien ni aucune éminence ne
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viendront de l’au-delà les bras et les jambes en étoile flotter
avec la légèreté du granit pour la nostalgie du granit
…
Je meurs et des murs je m’imprègne fossiles d’hommes qu’on
empile tous mes miens sur plusieurs étages jusqu’au vingt et
unième l’ascenseur est en panne plus rien ne monte jusqu’au
ciel et du ciel on n’attend que les pluies et un soleil oblong sur
le toit d’une tour champ des paraboles des mouettes épuisées je
guette l’horizon rien voir ne rien croire taper le ballon pour ne
pas trop gamberger la gamberge la petite pensée qui tue
football fous de nos vies cent jours à ne plus rien foutre
…
Dépendre s’y faire défaire des plus hauts mâts descendre la
houle te souvenir d’un océan qui ondule corps flottant je me
tue d’un sillage venge mes frères mes pauvres dans les cités
placo-plâtre un dealer deale tomber la main cutter j’entaille la
joue se défendre un cri courir courir dans les tranchées de
béton jusqu’à la mer qui ravage lutte et flingue un tir sous les
lampadaires avant ce silence comme ce silence sur le quai tard
quand Ulysse abandonne à son temps les dérives
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…
Une page les plages de paillettes la peau blanche encore un peu
tachée de sang tes blessures ne sont pas tout à fait cicatrisées
un amour adultère plus ou moins partagé un vol effraction dans
le mobile home porte fracturée fracture des mots fracas des
vagues envol aujourd'hui je suis libre libre le premier jour de
ma nouvelle vie du reste de ma vie même si vous n'avez pas
été là au bord de l'océan me dis-tu être toujours là dès la fin des
orages et dans les diamants des vagues périr
…
Enchantée la glace dérive des visages le tain n’est plus à toi ni
à la glace je m’enfonce dans le tourbillon ô misère les chimères
homériques les homères de pacotille à la télé les canettes de
coca autour du stade de foot c’est l’été mon amour et on s’aime
pour les dégâts on s’aime pour s’éteindre s’aimer dans la fonte
des glaces les icebergs je matte mon mojito les glaçons qui
fondent tes lèvres si roses d’être roses je me fous des mondes
des autres j’enchante les heures sans toi
…
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On est là en vie on meurt on mourir de soi ô belle mourir pour
la grève et mourir pour mourir autant la glace au cœur me
chavire je dévore dévorer la chair pulpe le boire du vin le sang
ensanglante l’incendie couve je baffe un crâne rasé un blond
ou une blonde se retourne figer le soleil pas un sol ne survit à
l’écran rien d’impossible je m’esclaffe encore cet écran comme
un mur miroir je me renvoie la parole à l’infini le chien de
Sisyphe n’était pas un dogue ni un cave
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