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Transcription
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- 415 LE PROBLEME DE LA STRUCTURE DES ENTREPRISES
La cellule de base de l'industrie textile, comme des autres activités
économiques, est l'entreprise. Il faut se demander si les structures héritées de
l'évolution antérieure sont encore adaptées à la situation actuelle. C'est essentiellement un problème humain, en raison de l'origine familiale de toutes ces
branches. Selon l'expression employée par un spécialiste de ces questions (.),
il faut gérer ensemble le complexe" famille-entreprise"
; c'est-à-dire que la
firme ne peut-être considérée comme une entité distincte, se suffisant à ellemême, mais doit être orientée en tenant compte des modifications intervenant ou
susceptibles de se produire dans la cellule familiale. De son côté, la famille
doit faire preuve de cohérence, de discipline,'presque
adhérer à une certaine
éthique, pour que l'entreprise puisse survivre dans le monde actuel (..).
- EQrç~~_~!_f~i~l~~~~~_g~_l~~~!r~eri~~_f~~ili~l~_g~D~_l~_S~gr~_g:~D
i~g~~!ri~_~~_sQ~r~_g~_r~~!r~s!~r~!iQ~
La notion d'entreprise familiale demande à être précisée, car ce terme
est assez vague. Dans son acception la plus large, il désigne toute firme dont
le capital est contrôlé par une famille. A ce moment-là, il englobe pratiquement
toutes les affaires textiles du Nord-Pas de calais. Ces affaires ne sont pas
nécessairement petites et peuvent avoir des statuts juridiques très variés.Cette
définition inclut Ford ou Michelin, par exemple, groupes qui occupent, à l'échel·
le mondiale, les premières places dans leurs branches industrielles respectives.
Les grandes différences de taille et d'ancienneté entraînent l'existence de
multiples sortes d'entreprises familiales que l'on peut essayer de regrouper
en fonction de différents critères. Il faut distinguer tout d'abord les firmes
cotées en bourse. Ce fait est très important, non seulement parce qu'il permet
d'accéder plus facilement au marché financier, mais surtout en raison des facilités qu'il offre en cas de succession ou de conflits surgissant à l'intérieur
(.) O. Gélinier
(..) Cf. par
dans son ouvrage
exemple,
liaux du groupe pharmaceutique
tionné ci-dessus,
cité sur l'avenir des entreprises
le protocole
Delalande,
et qui s'efforce
postes de responsabilités
d'accord
qui est reproduit
de régler des problèmes
des membres
familiales.
établi entre les actionnaires
de la famille.
fami-
dans l'ouvrage mencomme l'accession
aux
- 416 -
de la famille. Si l'un des membres souhaite se retirer de l'affaire, il peut
aisément vendre ses actions. Les cours du marché constituent une valeur de référence qui ne prête pas à contestation. L'acquéreur s'y intéresse parce qu'il sait
qu'il pourra, éventuellement, se dégager assez facilement à son tour. Pour peu
que les ventes s'échelonnent dans le temps, elles ne remettent pas en cause le
contrôle de l'affaire. Les actions sont acquises par des investisseurs différent,
grâce à cette dilution du capital, les gros porteurs, en se concertant, conservent le pouvoir, même s'ils n'ont plus, mathématiquement,
la majorité du capital.
Si la firme n'est pas cotée en bourse, il est très difficile à un détenteur de parts de se dégager. Le problème de l'évaluation des titres se pose
avec acuité. Leur achat n'est pas intéressant pour les investisseurs institutionnels en raison du manque de fluidité de leur marché. Une rentabilité élevée
serait un attrait, mais cela a été exceptionnel dans le textile, depuis une ving'
taine d'années, en raison des difficultés de toutes sortes rencontrées par ces
branches. Ne sont amateurs de ces parts, que ceux qui espèrent obtenir, dans
l'immédiat ou à plus long terme, le contrôle de l'affaire. Les acheteurs se
recrutent, de ce fait, parmi d'autres membres de la famille, ou chez les concurrents.
A chaque fois, la direction de l'entreprise est remise en cause, ce
qui risque de susciter des conflits incessants. Ce problème n'est pas sans
solution (.), mais exige des procédures complexes qui supposent une très forte
cohésion familiale. Celle-ci a d'autant plus de chances de s'amoindrir que
les générations se succèdent et que les héritiers se multiplient. Echanger
des parts d'une société familiale "fermée" contre des actions cotées à la
Bourse des valeurs de Paris, a souvent été l'un des grands arguments qui
faisaient accepter aux membres des vieilles familles patronales, l'intégration
dans un grand groupe.
(.) Des exemples de montages juridi~ues permettant de conserver à l'entreprise
son caractère
familial
sont
donnes
dans
l'ouvrage
cité
de O. Gelinier.
- 417 -
Ces entreorises se distinguent aussi selon qu'elles sont ou non
dirigées par les membres de la famille. Il est rare, si l'affaire est importante, que les détenteurs du capital occupent tous les postes clé, ou
en soient complétement absents. La question de l'intégration des cadres
venus de l'extérieur se pose avec acuité. Si ceux-ci se rendent compte que
leur ascension sera inexorablement limitée, ils seront tentés de se diriger
vers d'autres activités. Ce problème s'est posé de façon d'autant plus aigue
que les familles textiles du Nord étaient très prolifiques et avaient conservé l'habitude, acquise au cours du dix-neuvième siècle, de faire rentrer
dans l'affaire les fils et les gendres;
cette attitude, valable lors des
phases d'expansion où les postes de direction se multipliaient, avec la
création des nouveaux établissements, devenait très dangereuse lorsqu'il
fallait réduire le nombre des unités de production.
Des solutions existaient et ont été adoptées par les familles
les plus réalistes:
faire acquérir aux jeunes une formation supérieure,
en passant notamment par les Grandes Ecoles, et les inciter à travailler un
certain temps dans d'autres entreprises. Cela leur permet de se reclasser
plus facilement au cas où l'affaire de la famille ne serait plus à même de
les accueillir. Il fallait renoncer aux mentalités traditionnelles
C.) qui
exaltaient le travail à l'usine commencé dès le plus jeune âqe ; la formation du futur dirigeant se faisant, elle aussi, sur le tas.
Lorsque la famille dirige effectivement l'affaire, les responsables
en place peuvent disposer ou non, eux-mêmes, du contrôle de la majorité du
capital. Cette dernière situation est une source d'efficacité car les dirigeants sont à même de prendre des décisions très rapidement. Ils acceptent de
prendre des risques car ils n'ont pratiquement de compte à rendre à personne
ils sont en outre incités à se montrer dynamiques puisqu'ils seront les
premiers bénéficiaires des succès de leur gestion. En ce cas, l'entreprise
familiale représente un type d'organisation très compétitif. Il est significattf à cet égard, d'observer que les sociétés américaines les plus
(.) Cf. l'article cité d'E. Motte où l'auteur se fait le porte parole de
cette opinion.
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performantes s'efforcent de motiver leurs dirigeants en leur offrant d'acquérir à prix réduit des actions de la firme. En France, des affaires familiales de ce type ont connu des succès spectaculaires, que l'on songe, par
exemple, à Moulinex.
Ce type se rencontre surtout lorsque la direction est assurée par
le fondateur ou par la deuxième génération. En raison de leur ancienneté,
la plupart des entreprises textiles du Nord-Pas-de-Calais ignoraient cette
situation favorable qui avait facilité leur réussite, au cours du siècle
précédent. Très souvent, vers 1950, les dirigeants ne détenaient qu'une
part insuffisante du capital pour contrôler l'affaire (.).Leur position
était assez inconfortable.
Dans une société dont le capital est fortement dilué dans le
public, les responsables, la technostructure comme l'on dit parfois, disposent en fait d'une grande liberté d'action. Ici, au contraire, on se
trouvait en présence de plusieurs dizaines de personnes, parfois davantage
dont les dirigeants devaient solliciter l'avis et subir le contrôle; ce
système devenait facilement paralysant. Pour peu que ces porteurs de parts
fussent âgés ( ..), ils souhaitaient une qestion prudente et des distributions de dividendes appréciables car cela constituait souvent le plus clair
de leurs revenus. Les membres de la direction de la firme auraient plutôt
souhaité investir et développer l'affaire, car leur fonction leur procurait
déjà le moyen de vivre largement grâce à leurs salaires. Une manière dangereuse, à terme, d'éviter les conflits était de placer dans la direction
le maximum de porteurs de parts. On rencontrait 10, 15 cousins ou plus, qui
étaient associés; chaque branche d'une des familles devenait propriétaire
d'un poste de responsabilité, pour ne pas dire titulaire d'un fief. On
aboutissait facilement à la formation d'un encadrement pléthorique.
(.) Un dirigeant
chercher
faisait
à vendre
remarquer
les parts
au cours
de l'épouse
d'une
pour
discussion
racheter
qu'il
celles
fallait
de la soeur
cette bourgeoisie textile se mariait en effet, la plupart du temps entre
elle.
( ••)Beaucoup étaient des veuves.
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Ces gens redoutaient toute opération de restructuration car cela
signifiait réduction des unités de production et surtout compression des
effectifs des états-majors. L'avantage principal que leur procurait la
possession de leurs parts était, en fin de compte, d'occuper une fonction
bien rémunérée dont il leur serait très difficile de retnouver l'équivalent
ailleurs. La gestion consistait à maintenir les choses en l'état le plus
longtemps possible. La chute de l'entreprise entraînant non seulement une
perte de revenus mais encore l'impression de déroger, d'avoir été incapable
de maintenir le rang social conquis par les ancètres et dans l'admiration
duquel on avait été élevé. (.)
Toutes les vieilles firmes familiales ne'se sont pas trouvées
sclérosées de cette façon; des exemples de dynamisme, cités dans la troisième partie, se rencontrent chez elles. Il n'empêche qu'il fallait beaucoup de courage pour renoncer à l'autonomie de l'affaire, à temps, c'està-dire avant d'y être contraint par des événements économiques ou par une
succession inopinée.
Le caractère fami lia l des fi rmes a contri buë , dans l' ensemb le, à
compliquer la restructuration en prolongeant la vie d'entreprises vétustes,
tandis que, parfois, des établissements valables sombraient, victimes
de querelles intestines. Les avantages et les inconvénients de ce système
ont souvent un effet cumulatif qui accentue les disparités. La famille unie
met en place une équipe de direction cohérente et efficace. La possession
d'une affaire bien gérée procure des revenus ou des postes dans la mesure
où elle se développe dans de nouvelles branches.Cela apaise les tensions
internes et favorise la prospérité de l'ensemble. Lorsque des tensions
(.) Au cours d'une enquête, un membre d'une vieille famille avouait se
sentir encore blesse par l'absorption
duquel il exerçait pourtant
raison de sa competence
de sa firme par un groupe, au sein
des fonctions
personnelle.
de responsabiliteselevees,
en
Il est arrive que certains prolongent
la vie d'entreprises ne leur fournissant qu'un revenu salarial modeste, et
y engloutissant
encore des capitaux, par souci de conserver leur "rang".
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paralysent la direction, l'entreprise décline et les conflits ne se dénouent bien souvent que par l'intervention d'un tiers, un concurrent par
exemple, désireux de réprendre la clientèle, quitte à se débarasser rapidement des installations
de production.
Toutes ces disparitions qui se produisaient de façon plus ou
moins brutales n'ont pas contribué à améliorer l'image de marque du textile auprès de la main-d'oeuvre régionale, qu'il s'agisse des ouvriers ou
des cadres; d'autant que l'on parlait davantage des chutes spectaculaires
de vieilles firmes prestigieuses que de la survie, ou même de l'expansion,
des autres. La réorganisation de ces branches industrielles était inévitable, mais la structure familiale très prononcée du textile régional a fait
qu'elle s'est souvent déroulée dans des conditions plus douloureuses que
s'il avait été possible de l'organiser de façon méthodique et concertée
entre tous les intéressés.
Le caractère familial des entreprises n'est pas automatiquement
une cause de succès ou d'échec, mais ce type d'organisation est très
fragile, particulièrement lorsque l'activité est en cours de restructuration. En outre, beaucoup de familles du Nord avaient conservé une mentalité et un comportement proches de celui du siècle précédent. Les con~ersions à opérer dans ces domaines là également étaient difficiles et exigeaient du temps.
Cette bourgeoisie, où l'endogamie était très forte, vivait un
peu repliée sur elle-même, ce qui ne favorisait pas la perception des changements profonds qui s'opéraient dans son environnement social et professionnel. La présence d'un plus grand nombre de cadres supiri~lr~ ml de
patrons venant d'autres secteurs industriels que le textile aurait été
un facteur très positif pour faciliter ces adaptations nécessaires, car
ils auraient contribué à diffuser les nouvelles méthodes d'organisation
et de gestion qui apparaissaient plus rapidement dans les branches d'activité les plus dynamiques. L'homogénéité sociale et surtout la concentration géographique (car il n'est pas original que des membres d'une bourgeoisie s'unissent fréquemment entre eux) ont eu, de ce point de vue, des
effets nocifs non quantifiables,
mais certains.
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LES CRITERES
PERMETTANT
DE CLASSER LES DIFFERENTES
ENTREPRISES
TEXTILES.
-----------------------------------------------------------------------Pour le géographe, l'important est de déterminer comment l'entreprise s'inscrit dans l'espace et quelles sont les conséquences de sa
présence pour la région où elle est implantée. L'existence d'un peignage
n'a pas le memeimpact que celle d'une bonneterie. Un atelier de production dépendant d'un lointain siège social n'a pas la même signification
qu'une entreprise indépendante, ayant tous ses services sur place. Pour
essayer de tenir compte de tout cela, on a combiné un ensemble de données
choisies parce qu'elles étaient significatives et disponibles pour pratiquement toutes les firmes. Cette dernière considération a obligé de
renoncer à des éléments très intéressants sur le plan théorique, mais
difficiles à obtenir pour la plupart des entreprises. Le but essentiel de
18 classification élaborée était d'être utilisable pour le cas concret
étudié, et de permettre des comparaisons entre les dive~es branches textiles.
Le nombre de salariés est la premlere caractéristique retenue.
La création d'emplois est la façon dont la firme textile exerce le plus
d'influence sur sa région. De plus, l'effectif du personnel donne une
indication intéressante sur la société elle-même. Une unité très moderne
emploie, certes, peu de monde et n'est pas nécessairement, dans sa branche, une petite entreprise du point de vue économique mais le nombre absolu des salariés est important, car la multiplication du personnel complique
la gestion et l 'organisatiion de la firme. Les services administratifs se
développent offrant des emplois non directement liés à la production, que
l'on peut qual ifier de "type tertiaire".
Lorsque le groupe comprend plusieurs dizaines de milliers de
personnes, tout un ensemble de relais se crée entre la direction centrale
et les différents ateliers. Ces services comprennent des effectifs suffisants pour former des ensembles distincts qui peuvent être spatialement
disjoints les uns des autres. On imagine mal une firme de 50 personnes
ayant une équipe d'entretien du matériel de production localisée à 100
kilomètres de l'établissement. Un groupe de plusieurs milliers de salariés
pourra disposer d'un atelier de réparation central situé en dehors des
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usines ou rattaché à une seule d'entre elles, ce qui n'empéchera pas chaque
unité d'employer quelques personnes pour les dépannages courants.
Ce raisonnement est susceptible d'être étendu à beaucoup d'autres
fonctions. Dans les très grands groupes, qui ont toujours plusieurs implantations, même si elles sont réparties à l'intérieur d'une région peu étendue, aucune fonction n'est entièrement rassemblée en un seul lieu, et peu sont totalement absentes d'un établissement donné. Il y aura, par exemple, un chef du
personnel dans chaque usine, même si un service du personnel existe au siège
administratif central ,celui-ci se chargera du recrutement, mais à partir d'un
certain niveau hiérarchique seulement. On ne saurait, par conséquent, étudier
des grands groupes et leur attribuer une appartenance régionale en fonction de
la seule localisation de leur siège social. Ce dernier peut n'avoir qu'un rôle
symbolique et se trouver là pour des raisons fiscales, de prestige, d'attachement historique etc ...Une étude qui tient compte de la réalité doit examiner la
répartition spatiale des différentes fonctions, afin de voir la nature exacte
des emplois apportés dans les diverses localités, et la part de chaque implantation dans l'ensemble du groupe.
Les groupes ayant un très nombreux personnel nécessitent, une étude
plus poussée, car les renseignements que l'on trouve sur eux dans les bilans
et les publications financières diverses sont généralement présentés sans indication de localisation. On voit un organigramme ou une structure juridique;
il
reste à déterminer, par enquête directe, leur traduction spatiale. Le nombre des
salariés influe sur les modalités d'implantation de l'entreprise dans l'espace.
La nature des activités de la firme est aussi un élément important de
la classification. On considère le degré de spécialisation. L'entreprise estelle ou non présente dans plusieurs branches textiles? A-t-elle des intérêts en
dehors de ce secteur d'activités?
L'affaire peut être intégrée verticalement.
L'intégration se pratique aussi d'une manière différente;
on a parfois parlé
d'intégration "latérale" : une société fabrique et vend du fil à coudre; elle
se met à distribuer des boutons parce qu'ils s'adressent à la même clientèle,
les boutiques de mercerie. Par la suite elle entreprend la fabrication de ces
derniers articles. C'est une intégration par le marché: on produit tous les
objets susceptibles d'être acquis par le même acheteur, bien qu'ils nécessitent
des processus d'élaboration techniquement très différents. On la qualifiera
"d'intégration
latérale commerciale".
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Inversement, une entreprise qui possède un matériel donné se lance
sur de nouveaux marchés parce qu'elle veut fabriquer tous les types d'objets que ses machines sont aptes à fournir; c'est "l'intégration latérale technique" : un bonnetier, par exemple, spécialisé dans l'habillement, utilise ses
métiers pour tricoter des filets destinés à contenir les oranges dans les magasins libre-service. Il sort complètement de son marché habituel.
Ces deux types de comportements, en raison de leur caractère progressif, sont parfois l'amorce de changements d'activité. Ils peuvent d'ailleurs se
conjuguer. Pour reprendre l'exemple précédent, le bonnetier qui fabrique ses
filets, par intégration technique, s'il se constitue une bonne clientèle de super-marchés, se mettra à leur vendre des sacs en plastique, puis installera une
extrudeuse pour les produire lui-même par intégration latérale commerciale cette
fois. Si cette activité lui paraît rentable, il va peut-être hésiter à renouveler ces métiers à tricoter ... Dans cet ensemple théorique, mais vraisemblable,
le bonnetier sera devenu, en quelques années, transformateur de matières plastiques au lieu d'industriel textile; alors qu'il n'avait guère songé à cette
éventualité, lorsqu'il avait commencé à faire des filets pour occuper des métiers inemployés au cours d'une saison. Ces bourgeonnements d'activité sont
fréquents dans les grands groupes.
Les données financières ne sont pas faciles à obtenir pour toutes les
entreprises et sont d'une interprétation délicate. Les firmes personnelles ne
sont guère tenues de publier des informations les concernant. Les groupes importants sont constitués de dizaines de filiales, et même les spécialistes ont beaucoup de difficultés à se faire une idée claire de l'ensemble. Cela tient en grande partie à ce que le groupe n'a pas d'existence juridique en tant que tel ; il
n'y a pas de règles universelles précises pour les consolidations des comptes ou
pour régler les rapports entre les diverses filiales. L'élément important est ce
que l'on pourrait appeler la "capacitê financière de l'entreprise", c'est-à-dire
les ressources dont elle dispose par autofinancement et les capitaux qu'elle est
susceptible d'emprunter. Tout développement, toute conversion dépendent largement
de ces éléments mais il faut bien reconnaître qu'ils échappent dans une large
mesure à l'observateur. Pour les firmes petites et moyennes, cette capacité
dépend en partie de la fortune personnelle
de ses dirigeants
propriétaires.
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Si le dirigeant engage ses ressources personnelles, il témoigne du
sérieux avec lequel il envisage l'opération pour laquelle il sollicite un crédit.
Des discussions avec des cadres de banque montrent que le facteur humain, la
personnalité du patron et son réseau familial, sont toujours pris en compte par
le banquier,
lorsqu'il travaille
avec ce genre de firmes.
Des faits simples ont été retenus: être coté en bourse donne d'incontestables facilités, surtout s'il s'agit d'une grande place comme Paris. La
taille de l'entreprise est un autre élément favorable. Cela ne veut pas dire seulement la valeur absolue du chiffre d'affaires ou des bénéfices, mais aussi la
place dans la profession. Une firme de quelques centaines de salariés, ou même
moins, peut dominer un segment de marché bien défini et, de ce fait, inspirer de
la confiance aux divers organismes susceptibles de lui servir de source de financement.
Le mode d'implantation géographique est le quatrième critère envisagé.
Si une firme est présente dans une seule région, s'installer ailleurs présente
des risques et exige un investissement initial important pour choisir un nouveau
site et s'adapter à ses caractéristiques,
surtout s'il est situé à l'étranger une
entreprise bénéficiant déjà de l'existence d'établissements dispersés géographiquement peut plus facilement modifier sa localisation en développant plutôt telle ou
telle unité, ou en installant une nouvelle à proximité. Elle tire partie de sa
connaissance antérieure du milieu économique et social. Cela est surtout appréciable lorsqu'il s'agit de pays étrangers. Des firmes de ce genre ont une mobilité
potentielle
géographique
élevée.
Les éléments retenus pour établlr cette classification sont utilisables,
éventuellement, pour d'autres secteurs industriels. Les seuils qui délimitent
les diverses catégories ont, eux été choisis en fonction des caractéristiques
propres des entreprises textiles rencontrées;
cela est particulièrement vrai en
ce qui concerne
"les grands groupes polyvalents".
LES CARACTERISTIQUES
CO~lMUNES D'UN NOUVEAU TYPE D'ENTREPRISES
TEXTILES EN FRANCE
---------------------------------------------------------------------------------" LES GRANDS GROUPES POLYVALENTS
".
Ces groupes sont seulement au nombre de trois: Agache-Willot, DollfusMieg, Prouvost. Ils se sont constitués récemment en tant que tels, à partir des
années 1960, par agglutination progressive de vieilles entreprises textiles. Leur
accession à leur dimension actuelle est le résultat en grande partie, d'un pro-
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cessus de croissance externe. Ils sont vraiment les fruits de la restructuration
profonde que connaît le secteur textile depuis une vingtaine d'années.
Leur naissance simultanée est la conséquence directe de la remise en
cause générale des conditions d'existence des entreprises textiles, qui est
exposée à travers toute cette partie de notre étude.
L'exacte coincidence dans le temps de la phase principale de croissance
est due au jeu de quelques facteurs accidentels qui ont précipité une évolution
inévitable, à long terme.
A partir de 1960, la France se trouve dans le Marché Commun et ses
industriels redoutent vivement la concurrence des entreprises étrangères qui
leur semblent souvent très compétitives. Cela les conduit à précipiter des rapprochements seulement esquissés jusque-là;
d'autant plus que beaucoup croient, à
ce moment-là, à l'imminence de l'entrée de la Grande-Bretagne dans la C.E.E. Le
Royaume-Uni dispose d'une industrie textile importante avec des grandes firmes
dont la puissance fait peur, même si elle est en partie surestimée.
Le Gouvernement français a plus ou moins partagé ces craintes et a pris
des mesures, notamment fiscales, facilitant les opérations de fusion et de regroupement entre les sociétés. A partir de 1963, un plan de stabilisation économique est lancé par les Pouvoirs Publics. Il freine la consommation, et marque le
début d'une période qui, jusqu'en 1968, se caractérise par de vives crises conjoncturelles et des difficultés financières pour de nombreuses firmes textiles;
cette situation particulière contribue à favoriser les restructurations.
Enfin,
il ne faut pas oublier un dernier motif, rilrement mis officiellement en avant,
mais qui a joué également un certain rôle: chacun de ces groupes, en cours de
croissance accélérée, souhaitait rester dans le peloton de tête des affaires textiles françaises. Dès lors oue l'un d'entre eux réalisait une orise de contrôle
spectaculaire et importante, les autres étaient incités à faire de même oour ne
oas se laisser distancer. Ne pas profiter d'une occasion pouvait aboutir à
l'offrir aux concurrents.
Les entreprises qui sont rentrées dans ces groupes n'étaient pas, la
plupart du temps, des firmes petites ou même moyennes. Elles avaient souvent plus
de 1.000 salariés et correspondaient au type "groupe mayen" et grande entreprise
de la prêsente classification. Ces affaires connaissaient des problèmes de réorganisation interne, car elles avaient elles mêmes souvent absorbé
des firmes
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plus petites. Elles n'avaient pas la souplesse des unités économiques de taille
très modeste et se trouvaient aux prises avec des difficultés financières dues
à une gestion peu efficace et à un matériel vieillot ou, au contraire, à des
programmes d'expansion trop ambitieux coincidant avec une phase conjoncturelle
défavorable. Les groupes absorbeurs, qui souhaitaient une croissance rapide,
préféraient s'intéresser à des ensem~es déjà importants, car il aurait été, sur
le plan humain, presque impossible d'intégrer effectivement, en quelques années,
des dizaines de petites entreprises.
La formation des groupes s'est déroulée suivant des schémas très
comparables. Ce n'est pas la conséquence de plans à long terme délibérément
établis, mais, confrontés à des situations analogues, leurs responsables ont
été amenés à faire successivement une série de choix similaires. Chacun, au
départ, a commencé par réaliser des extensions au sein de sa spécialité d'origine. On renforçait la concentration horizontale pour acquérir une position
dominante dans une branche textile ou un marché particulier. Les firmes que
l'on rachetait avaient beaucoup de points communs, notamment sur le plan de
leur localisation, en raison de la forte concentration géographique des diverses spécialités textiles. Ces opérations relativement aisées à réaliser permettaient aux équipes dirigeantes d'acquérir la pratique de ce genre d'actions.
Ensuite, et sans se désintéresser pour autant du devenir de leur
branche d'origine. les groupes ont commencé à acquérir des intérêts dans les
activités textiles de plus en plus variées. Des facteurs techniques, précédemment évoqués, favorisaient cette "intertextilisation"
; mais il ne faut pas
oublier, non plus, que les milieux dirigeants étaient souvent unis entre eux
par des liens familiaux. Dans le Nord notamment, si les branches étaient distinctes et cloisonnées, la bourgeoisie patronale était unifiée souvent depuis
plusieurs générations. J. Lambert-Dansette considère que cette unification, en
ce qui concerne la région de Lille-Roubaix-Tourcoing,
était chose faite, à la
veille de la Première Guerre t~ondiale. La restructuration des firmes a souvent
consisté en la réorganisation des multiples affaires détenues par des ensembles
familiaux très vastes. Les solidarités financières et les liens personnels
jouaient ensemble pour inciter à rechercher des solutions aux difficultés rencontrées, en s'arrangeant à l'intérieur d'un même milieu social.
- 427 -
Les groupes se sont intéressés d'abord à des branches complémentaires
de leurs spécialités d'origine:
les filateurs achetaient des tissages, par
exemple. Ensuite leur attention s'est portée vers des productions textiles sans
rapports directs avec les leurs. Ils voulaient être présents sur des marchés
en expansion, dont les cycles conjoncturels n'étaient pas complétement synchronisés, ce qui assure des rentrées financiêres plus régulières. Ce même souci
les a conduits peu à peu à se lancer dans des activités non textiles, souvent
par "intéqration latérale".
Les trois groupes ont chacun nettement plus de 20.000 salariés ce qui
leur confère, de ce point de vue, une taille respectable même si on les compare à de grandes entreprises appartenant à d'autres secteurs industriels. Ce
seuil n'a pas été choisi arbitrairement. Il correspond à une nette solution
de continuité dans la répartition des ensembles textiles français. Après ces
trois grands, qui ont entre 20.000 et 30.000 salariés, vient le Groupe Boussac
dont les effectifs, en nette diminution ces dernières années, sont estimés à
15.000 personnes (.) en 1974, puis le groupe Lévy qui occupe environ 9.000
salariés (..).
(.) Le groupe Boussac differe de ceux etudies ici, non seulement par le nombre
de ses
salaries,
mais
aussi
par
la plupart
des autres
critères
: sa phase
de croissance essentielle se place avant 1950, surtout entre les deux
Guerres
pour
Mondiales;
très
sa direction,
comme
fondateur
centralise,
pour
et de ses proches
turation dute~ile
immédiats.
la confection.
pas
coté
en bourse.
sur la personne
Il n'a guère
participe
Il repose
même
de son
à la restruc-
depuis Quinze ans, et voit son importance decliner dans
ce secteur. Il est essentiellement
dans
il n'est
son rinancement,
Il n'a
guère
present dans les branches cotonnières et
d'implantations
industrielles
à l'étranger.
Deux prudentes tentatives de rapprochement avec le groupe Prouvost. en 1970
et 1974 n'ont eu aucune portee pratiQue. Depuis la fermeture, de la Cotonnière
de Fives
le groupe
Boussac
n'est
p~us re~ré~enté dans le Nord-Pas-de
Calais Que par une usine de confection de chemises à Arras. Il avait des
intérêts
dans
Fourmies
qui a été ferme
un établissement
de construction
ces dernières
annees.
de machines
La taille
à laver
de
de ce groupe
est
telle Qu'une faillite pure et simple est exclue, en raisons de ses conseQuences sociales. M. Boussac a vendu certains de ses interêts (Parfum Dior
bi~ns immobiliers notamment) pour assurer la survie de ses etablissements
textiles. Ce groupe aurait pu'être l'un des pivots de la restructuration
du textile en France. Il a souffert d'une structure inadaptee aux conditions
- 428 -
Les grands groupes polyvalents ont une organisation générale similaire:
La principale société qui en fait partie, et qui était déjà cotée à la bourse des
valeurs de Paris, a été transformée en un holding qui dirige tout l'ensemble
et assure sa cohésion. Les principaux actionnaires restent les familles fondatrices et certains de leurs membres participent encore directement à la gestion de
l'affaire, aux côtés de cadres supérieurs de recrutement
Le holding détermine les grandes orientations
extérieur.
du groupe et décide, en
particulier, des programmes d'investissement et de leur localisation, parfois
sur proposition des filiales intéressées. Il exerce une action de contrôle à postériori de l'activité et des résultats des différents établissements. Il rend
des services aux société affiliées: groupement de certains achats de matières
premières, conseils pour la gestion des trésoreries, pour la négociation des
contrats d'assurances
etc ...
La direction générale assure le recrutement
des cadres principaux
des usines et s'efforce de gérer, à l'échelle de l'ensemble du groupe, les
carrières de ces personnels, ce qui favorise les déplacements entre les différentes
régions et les diverses branches textiles. C'est un facteur de réduction des particularismes. A travers les structures héritées lors des prises de contrôle, on
s'efforce de constituer des filiales cohérentes c'est-à-dire ayant une activité
de production bien précise ou s'adressant à un marché bien spécifique; cette
dernière optique tend à l'emporter de plus en plus sur les divisions traditionnelles
entre branches textiles.
Ces grands groupes ont des implantations multiples. Ils sont présents
dans plusieurs régions françaises et ont des établissements à l'étranger. Ces derde notre
car il a été géré
époque,
sort a été tron
comme
une
affaire
personnelle
et
lié ~ celui de son ~ondateur (source
étroitement
son
principale
B.I.E.I.T. )
( .. ) Le groupe
Lévy
bonneterie.
se différencie
Il occupe
dans
des autres
cette
branche,
par sa specialisation
en France,
La famille Lévy a des intérêts importants dans la distribution
considérée
principale:
comme
le principal
B.l.E.l.T.).
actionnaire
dans
la première
des Nouvelles
la
place.
; elle est
Galeries.
(Source
- 429 -
niers sont parfois simplement destinés à contourner des barrières douanières.
Ils favorisent quand même les exportations à partir des unités établies en
France, car ils leur achètent des produits intermédiaires ou commercialisent
certains de leurs articles. Parfois ces échanges ne se produisent guère, la
filiale étangère correspond uniquement au souci de répartir les risques en
étant présent sur des marchés de consommation géographiquement distincts. Dans
quelques cas, des usines sont chargées d'élaborer des marchandises pour l'ensemble du groupe, ou tout au moins pour plusieurs pays 00 il est représenté.
Leur spécialisation est choisie parce que, en ce lieu, les différents facteurs
de production se combinent de façon optima. A l'intérieur du groupe il ya une
comparaison permanente entre les avantages des diverses régions, ce qui entraîne une forte mobilité potentielle des emplois et des fabrications. Il s'agit
à ce moment-là, d'exemples de division du travail, à l'échelle internationale.
Chaque grand groupe polyvalent présente toutes ces caractéristiques,
mais il les combine de façon variée et, dans le détail, offre des particularités qui empêche de faire une comparaison trop systématique entre eux. Il convient de les présenter séparément,
lorsque l'on entreprend leur description
précise.
- 430 -
LE GROUPE PROUVOST.
Vers le milieu des années 1950-1960,
le groupe Prouvost était, comme
on l'a vu au chapitre deux, déjà puissant et intégré avec de nombreuses filiales industrielles à l'étranger. On s'accorde à reconnaître que, dès cette
époque, il occupait la première place, en Europe Continentale, pour le peignage et la filature de la laine (.). Il était en train de développer son département bonneterie. Initiative heureuse, en raison de l'expansion générale
qu'allait connaître cette activité. La fabrication des chaussettes démarre dans
les usines de Roubaix. Pour les vêtements de dessus, la production débute à
Puteaux, dans la banlieue parisienne, car cela favorise les contracts avec
les dessinateurs et les modélistes, chose importante lorsqu'il s'agit d'articles
soumis aux caprices de la mode (..). Ces deux localisations initiales ne donnent
pas entières satisfaction:
à Roubaix, la main-d'oeuv;'e locale ne suffit pas
aux besoins des industries textiles; on ne souhaite pas y développer sur une
grande échelle la bonneterie, pour ne pas nuire au recrutement des filatures.
Dans la région parisienne, la main-d'oeuvre féminine est chère à cause de la
concurrence
du secteur tertiaire.
Un nouvel emplacement est recherché pour construire des usines importantes. La préférence est accordée au Nord où se trouvent déjà les filatures
qui alimenteront les bonneteries. Il faut une région offrant des ressources
abondantes en personnel féminin, et suffisamment éloignée de Roubaix, pour que
les aires de recrutement des différents établissemts du groupe ne se recoupent
pas. En 1955, le choix se porte sur Cambrai. Cette ville et ses environs sont
alors peu industrialisés. Dans son arrondissement, seul le secteur de Caudry-LeCateau dispose d'industries textiles notables, mais, on le sait, ces communes
trouvent leur main-d'oeuvre sur place. Avec l'appui des autorités locales, la
(.) Sources essentielles:
enquêtes personnelles;
cf. sur ce sujet notre étude
citée. Sont incluses dans le groupe toutes les entreprisPEdont
il assure la
gestion même s'il ne détient pas la majorité absolue du capital. Ne sont pas
en consideration
prises
sont
animees
par
leur
les affaires
propriétaire
de presse
à titre
de M.J.
personnel,
Prouvost,
sans
car
que cela
elles
engage
le groupe en tant que tel.
(•.)Juridiquement, la société qui gérait l'usine de Puteaux se vit attribuer
l'usine
de Cambrai.
On a là un exemple
de décentralisation
illusoire,
car
- 431 -
première unité de production démarre en 1955. Le groupe Prouvost édifie progressivement un vaste ensemble industriel comprenant mème des ateliers de
teinture pour le traitement sur place des articles. En 1965, ce complexe compte
plus de 4.000 salariés. Il devient, par ordre d'importance, le second établissement du groupe. Ce type de fabrication a été complètement abandonné à Roubaix. Par contre, de modestes installations, spécialisées dans les fabrications
de luxe, sont maintenues dans la région parisienne, à Livry-Gargan et à Puteaux.
Cette dernière unité a, toutefois, été fermée en 1973 et les locaux ont été
vendus. Le matériel a été transféré à Livry-Gargan et à Cambrai.
Le groupe Prouvost est en pleine expansion lorsque débute, à partir
de 1962, l'ère des grandes fusions et des prises de participation. Dans les
branches où le groupe était déjà présent, l'événement le plus spectaculaire
est la fusion, en 1966, avec les Filatures François Masurel Frères. Cette vieille
firme tourquennoise avait aussi un petit établissement à Fourmies, elle occupait la deuxième place, en France, dans sa branche et n'était pas intégrée.
Elle ne connaissait pas de difficultés financières particulières.
Cette opération est un exemple typique de remembrement industriel
d'intérêts familiaux:
l'animateur principal de François Masurel Frères était
le neveu de M. J. Prouvost, Président-Directeur-Général
de la Lainière de
Roubaix. Les deux principales usines étainet très proches géographiquement;
le
matériel moderne de Tourcoing et les services administratifs furent transférés
à Roubaix où l'on reprit une partie du personnel. Le groupe Prouvost renforçait sa position en Europe en s'unissant à une firme de grande taille. A partir de ce moment, il a assuré environ le cinquième de la production nationale
de fils de laine peignée. En 1974, encore, il s'est étendu en ce domaine en
rachetant la part d'un important actionnaire des établissements Christory, société qui dispose
d'une petite filature à Tourcoing, orientée plus particulièrement vers l'élaboration des fils bonneterie;
elle vient de créer une
unité semblable en Belgique, à Mouscron.
on a simplement
utilise un cadre juridique
existant pour eviter les formalites
et les frais afférant à la creation d'une nouvelle société. L'usine de
Cambrai aurait fort bien pu être attribuee
à une autre filiale.
- 432 -
Dans le peignage, le groupe Prouvost a, en association avec des
confrères, repris l'établissement de production de la société Alfred Motte.
Cette unité était installée à proximité immédiate de l'usine Amédée Prouvost (.).
Le matériel en bon état y a été en partie réinstallé. Les bâtiments ont été
cédés à d'autres entreprises, notamment à Phildar, firme en pleine expansion et
voisine. En 1971, c'est le peignage Fouan de Tourcoing, établissement plus petit, qui a été repris à son tour, par le seul groupe Prouvost, cette fois.
En 1975, a été annoncée la prise de contrôle du peignage des Francs et de celui
de Beaurepaire, deux unités situées à Roubaix-Tourcoing.
Des opérations similaires ont été réaliséesen bonneterie. Elles ont
été plus diversifiées géographiquement en raison même de la plus grande diffusion de cette branche. Ces prises de contrôles étaient motivées par le désir
du groupe de s'agrandir, mais la cause immédiate en était souvent des difficultés financières rencontrées par ces firmes. Les unes étaient clientes des filatures du groupe, et celui-ci ne désirait pas perdre un débouché. Dans d'autres
cas ces entreprises lui fournissaient des articles spécialisés de qualité et il
souhaitait éviter la disparition d'un producteur difficile à remplacer.
Tous les établissements ont été maintenus en activité, même si les
fabrications ont été rationalisées pour mieux s'harmoniser avec celles du
reste du Groupe. Ont été reprises de cette façon: la société J.A.F., implantée
à Tourcoing et à Douai. L'Elbeuvienne de bonneterie installée dans la ville dont
elle porte le nom, et qui se consacre au tricotage de chaussettes. La société
John Laing, firme écossaise de Hawick, qui fabrique des articles en cachemire.
L'entreprise Avagolf de Milan qui réalise des vêtements féminins de luxe et
de haute nouveauté. En 1972, une participation importante, 25 %, a été prise au
sein de la firme Pierron de Roanne; elle est spécialisée dans le vêtement
(.) c'était une grande unité, mais dépendant d'un très grand nombre d'associes
si bien que sa gestion laissait beaucoup à désirer. Les peigneurs, qui sont
peu nombreux, se sont, à plusieurs reprises depuis le début du siècle, entendus pour reprendre des affaires en difficultés
: chacun rachète en
proportion de son importance de façon à conserver les rapports de force
antérieurs.
- 433 -
d'enfant, et ses produits étaient en partie distribués
quelques années (.)
par le groupe, depuis
Le groupe Prouvost a été amené à s'intéresser à la firme Delcer à
la suite de circonstances différentes. Cette entreprise familiale, constituée;
en 1919, à Saint-Quentin avait connu une expansion très rapide, au cours des
années récentes: elles s'était notamment consacrée à la production de tissus
maille pourl 'ameublement et les usages industriels. Elle avait une filiale
ayant la même activité en Allemagne Fédérale et disposait d'intérêts dans
des établissements de confection. Profitant du succès des étoffes de bonneterie, ce groupe avait lancé un progr~mme d'investissements très ambitieux,
qui amena une crise de trésorerie et provoqua un dépôt de bilan.
L'outil de production était valable, et l'emploi de plus d'un
millier de personnes en cause. Les pouvoirs Publics souhaitèrent la survie
de l'entreprise. Un pool bancaire, dirigé par la Banque Nationale de Paris,
fut constitué;
il accorda des crédits, s'arrura la disposition d'une partie
du capital, et confia au groupe Prouvost le soin de réorqaniser cet ensemble.
On fit appel à lui en raison de sa compétence dans le domaine textile en général, et la bonneterie en particulier;
de plus, il avait déjà une participation
très minoritaire, 10 %, dans le capital de la société Delcer.
Le groupe Prouvost
Les usines Delcer proprement
réduits. La filiale allemande
riel de production a été, en
groupe située à Tourcoing et
a renoncé aux participations dans la confection.
dites ont été préservées, mais les effectifs
n'a plus qu'une activité commerciale, son maté1973, réinstallé en France, dans une usine du
qui se consacrait déjà à ce genre d'activités.
A la suite de cette opération, qu'il n'avait pas vraiment organisé
lui-même, le groupe a été en partie orienté vers des marchés autres que celui
de l 'habillement, son domaine presque exclusif, jusqu'à ces dernières années.
La prise en main de Delcer est une concentration horizontale dans la branche
bonneterie, mais comme cette firme avait déjà diversifié ses débouchés, c'est
aussi l 'amorc: d'une intégration latérale technique.
(.) Le groupe Prouvost a des interêts très minoritaires,
entreprises du groupe Levy, il a notamment 9
Timwear.
sous
Le groupe
la marque
Prouvost
"Lacoste",
assure
qui sont
%
la commercialisation
fabriques
au sein de certaines
de la principale d'entre elles,
par
des articles
le groupe
Lévy.
vendus
- 434 -
Le tissage a été la première branche dans laquelle le groupe a
réalisé des prises de participation, lorsqu'il a commencé à en effectuer en
dehors de ses spécialités traditionnelles. Il pouvait paraître curieux de
s'intéresser à cette activité dont l'avenir semblait menacé par la croissance
très rapide de la bonneterie. Le groupe voulait profiter des occasions de
s'étendre que lui offraient les difficultés rencontrées par certaines entreprises de tissage, qui étaient clientes de ses filatures. Cette attitude procédait également d'une stratégie à plus long terme: puisqu'il était engagé
sur le marché de 1 'habi11ement,i1 voulait être présent dans toutes ses branches,
de façon à compenser les variations de la demande provoquées par les a1êas de
la mode. Que cette dernière favorise l'article tricoté à la main, ou à la
machine, ou l'habit fait en étoffe tissée, une filiale du'groupe sera, à
chaque fois, à même d'en profiter et de compenser les difficultés éventuelles
des autres.
Depuis une dizaine d'années, le groupe contrôlait une société qui
avait une petite unité de tissage à façon à Bohain, dans l'Aisne. L'opération
la plus importante fut l'acquisition, en 1971, de Louis Lepoutre. C'était une
firme qui intégrait filature et tissage et on s'accordait à lui attribuer, en
France, la troisiême place pour la production des tissus d'habillement. Cette
entreprise éprouvait de graves difficultés financières (.). En 1967, elle employait environ 1.800 personnes à Roubaix-Tourcoing et dans un petit atelier de
piqürage récemment installé à Hénin-Beaumont, dans le bassin Minier. Cette
acquisition est celle qui a exigé le plus gros effort financier de la part du
groupe Prouvost
C.)
Cette
firme
dernier,
par
cherchèrent
groupe
( ..).
est l'une
la famille
pas
familial
de celles
Lepautre.
à l'aider,
qui ont
été fondées,
Il en reste
ce qui montre
bien
que les
à peu totalement
étendu
deviennent
peu
Franqois
Masurel
s'etait
à la fin du siècle
plusieurs
autres
divers
qui ne
rameaux
indépendant
d'un
les uns
des autres.
( .. )La fusion
avec
faite
par
simple
échange
d'actions.
- 435 -
La restructuration de cette entreprise a réduit ses effectifs de
près de la moitié. Elle a consisté à la spécialiser dans la seule production
des étoffes tissées ou tricotées. Le département filature a été concentré
dans les locaux de la Lainière de Roubaix. Les fabrications se sont accrues
Louis Lepoutre a, en 1970, réalisé 4,4 millions de mètres de tissus et, en
1973, 8 millions.
Une autre prise de participation a témoigné d'une diversification
encore plus poussée. Le groupe Prouvost a pris le contrôle de l'entreprise
D.M.R. qui, après bien des évolutions, exerçait ses activités dans quatre
domaines où elles ont été maintenues €t développées:
1) la confection d'articles à jeter à l'aide d'étoffes non tissées, c'étaient surtout des sousvêtements. La production a été réorientée vers le vêtement de protection.
Cette activité est encore modeste. Cette filiale a surtout pour objet de
permettre au groupe de tester l'évolution de la demande dans un secteur où il
est difficile de prévoir l'avenir de ce type de marchandises. 2) La rubannerie; les fabrications sont utilisées en particulier par l'automobile. 3) La
confection de hOUsses en tissus maille pour l'ameublement et la voiture.
D.M.R. se fournissait en étoffes auprès de Delcer. Les difficultés de cette
firme avaient eu des répercussions sur son activité. Ce fut la cause en
quelque sorte accidentelle qui amena l'intervention du groupe Prouvost. Le
groupe Prouvost était jusque-là complétement absent de ce type de marchés.
4) La transformation des matières plastiques, en association avec un spécialiste de cette activité Pennel et Flipo, au sein de la société Griltex dont
le siège est à Roubaix et qui se consacre à l'élaboration de plastiques armés
pour le bâtiment. Les établissements de production principaux se trouvent à
Saint-Amand-les-Eaux
et à Comines dans le Nord (.). Voir page suivante.
Pendant toute cette période, le groupe Prouvost a créé lui-même
des établissements en France et à l'étranger. Parmi les grands ensembles
étudiés dans ce chapitre, il est celui dont l'expansion qénérale doit le
plus à la croissance interne. Cela tient au fait qu'il était déjà très puissant avant même que ne débutent les opérations de restructuration.
La bonneterie est la branche qui a enregistré le plus grand nombre
de ces créations. En plus du développement de l'unité de Cambrai, qui se
poursuit jusqu'en 1965 un établissement plus petit fut installé à Hénin-Beaumont; il comptait en 1973,600 salariés. Il n'était pas souhaitable de faire
- 436 -
cette extension à Cambrai, car cela aurait comp1étement déséquilibré le marché du travail de cette ville par la présence d'un trop grand nombre d'emplois
féminins du même type. La majeure partie des femmes travaillant dans ces usines ne réside d'ailleurs pas à Cambrai même; beaucoup viennent du Bassin Minier, de la région de Valenciennes. Cette fois, on a préféré directement placer
l'usine en plein coeur de la région houillère.
Des bonneteries ont
branches, une fois sa réussite
de nos frontières. La plupart
taient déjà des implantations,
Brésil. L'unité qui fonctionne
été montées à l'étranger. Comme pour les autres
bien éta~ie en France, le groupe s'installe hors
de ces unités se trouvent dans des pays ou exisce fut le cas en Colombie, en Espagne et au
en Tunisie est, par contre, la seule dont le
groupe dispose dans cet Etat.
A l'industrie de la bonneterie est à rattacher la mise en place de
métiers à tricoter produisant de la maille au mètre, à Tourcoing, dans les
anciens locaux de la Société Masure1 ; c'est en même temos une facon de diversifier la production des étoffes vendues par le groupe aux confect40nneurs.
Des extensions ont été effectuées aussi dans les autres activités
traditionnelles du groupe. Un petit
peignage a été monté à Aussi10n, pas
très loin de Mazamet, à l'aide principalement du matériel provenant du peignage
Fouan repris à Tourcoing. Un nouvel établissement industriel a été installé sur
la zone industrielle de la Martinoire, à Wattrè10s, à quelques centaines de mètres seulement des bâtiments de la Lainière de Roubaix à laquelle il est rattaché administrativement. On s'y livre à des activitéstrès mécanisées:
craquage
et teinture des fibres chimiques. Au début des années 1960, le groupe s'est implanté en Espagne en s'assurant le contrôle d'un peignage, puis en montant une
filature.
(.) Cette société D.M.R. provenait elle-même de multiples regroupements. C'était
une
entreprise
originellement
cotonnière
contenir
ses activités.
Elle
a eu des
été tous
liquides
même
son entrée
avant
qui avait
intérêts
dans
cherche
en Haute
le groupe
à diversifier
Normandie,
Prouvost.
et à
qui avaient
- 437 -
La diversification a suscité également la création d'unités nouvelles. Avant même la reprise de Louis Lepoutre, le groupe avait contribué, en
1967, à installer un tissage à Cambrai. Il emploie, en 1973, 200 personnes et
est équipé de métiers sans navette. Il réalise une production importante, car
il est spécialisé dans le tissu pour pantalon d'hommes, en laine et tergal.
C'est l'exemple même de l'unité modeste par le nombre de ses salariés, mais
se livrant à de la fabrication de grande série et occupant une place de choix
dans sa spécialité.
Il n'était pas gênant d'implanter cet établissement à Cambrai, car
le tissage, au contraire de la bonneterie, emploie une main-d'oeuvre essentiellement masculine, d'autant que celui-ci travaille en triple équipe. A l'origine, cette usine a été montée par le groupe en association avec d'autres entreprises de tissage. Chacun des participants devant fournir du travail à façon
à la nouvelle unité au prorata de sa participation. Cette formule est souvent
utilisée dans le textile. Elle s'explique par le désir du filateur de ne pas
mécontenter ses clients tisseurs. En s'intégrant, le groupe devient leur concurrent, et ceux-ci pourraient, en guise de représailles, aller acheter leurs
fils ailleurs. En les associant à l'opération, on leur donne l'assurance que
l'on ne cherche pas à les éliminer du marché. Dans la pratique, il est difficile de gérer un établissement dépendant de propriétaires multiples et de
puissance financière très inégale. Le groupe Prouvost est progressivement
devenu l'actionnaire prépondérant, il a 80 % du capital en 1974, de la société
Générale de Tissage qui exploite cette fabrique.
Le groupe a entrepris la fabrication de tissus en polypropylène destinés à la décoration murale et vendus sous la marque "Lesura". La matière
premi ère est achetée sous forme de granul ês , ceux-ci sont extrudés. Les fils'
par étirage donnent des bandelettes puis des fibres qui sont filées. Toutes
ces opérations sont effectuées à Roubaix. Le tissage, par contre est réalisé
à Bohain.
La diversification la plus importante et
venus est due à la réussite du procédé Sublistatic.
conçôit des dessins et en assure la vente, ou fait
ses clients. Le papier support, où sont reproduits
nes dans lesquelles elle détient des participations.
qui procure le plus de reLa société du même nom
exécuter ceux imaginés par
les dessins, provient d'usiA travers un organigramme
- 438 -
relativement
complexe,
le groupe Prouvost a la maîtrise complète de cette
filiale.
La plus ancienne usine sublistatic se trouve à Tourcoing; c'est
celle qui a été utilisée lors de la mise au point industrielle du procédé.
Ses capacités sont rapidement devenuasinsuffisantes
et l'on a fait appel à
une unité située à proximité immédiate, à Mouscron, en Belgique.
Pour exporter sur des marchés lointains, il était plus commode de
fabriquer sur place; les livraisons doivent être, en effet, très rapides
puisque l'on s'adresse principalement au marché des articles de mode. Pour
cette raison, une unité a été montée à Porto-Rico;
elle ravitaille sans droits
de douane les U.S.A., tout en profitant de la présence de la main-d'oeuvre
abondante de cette île. En association avec un imprimeur japonais, un établissement du méme type a été édifié à Noda, dans les environs de Tokyo. En 1973,
il a déjà réussi à produire huit millions de mètres carrés de dessins. Les
Japonais apprécient tout particulièrement le caractère non polluant de
Sublistatic. Une usine a démarré, en 1973, en Australie. Des implantations sont
à l'étude au Mexique et au Brésil. Ces fabriques occupent chacune moins de
200 personnes.
Grâce à l'expansion mondiale des débouchés, les ventes se sont
accrues de façon spectaculaire:
six millions de mètres carrés de papier support, en 1969, onze fois plus quatre ans plus tard, en 1973. La capacité de
production des unités existant au début de 1974 est de 120 millions de mètres,
car on escompte une forte augmentation de la demande au cours des années à venir. Cette filiale a réalisé un cash-flow de 25 millions de francs suisses en
1972 et de 17,5 en 1973. Il s'agit de l'une des activités les plus rentables
du groupe. Toutefois des procédés similaires commencent à se diffuser sur le
marché, et la concurrence se fera plus rude au cours des années à venir. Le
groupe essaie d'adapter son système au traitement des fibres naturelles et
d'étendre son champ d'application qui, jusqu'à maintenant, s'est un peu cantonné aux articles de bonneterie. L'implantation
en de nombreux pays différents
devrait permettre de faire face aux difficultés éventuellement rencontrées dans
telle ou telle région. C'est une activité où il faut moins transformer de la
matière que vendre de l'imagination. Par cet aspect là, Sublistatic tend à
renforcer l'importance des fonctions tertiaires au sein du Groupe.
- 439 -
Le groupe Prouvost reste fortement marqué par son origine lainière et
presque toutes ses fabrications sont encore tournées vers le marché de 1 'habillement. Celui-ci emploie au moins 90 % de ses salariés (.). Aucun des autres
grands ensembles étudiés n'est aussi fortement spécialisé. En 1972, par exemple,
le groupe a produit, au total, 9,2 mill ions de mètres de tissus et 9 mill ions de
mètres d'étoffes tricotées pour 1 'habillement, contre seulement 2,2 millions de
tissu maille pour l'automobile et l'ameublement. Le groupe Prouvost, comme les
autres, tend à se diversifier de plus en plus. Une direction a été spécialement
créée pour rechercher de nouvelles activités. Une illustration de cette volonté
s'est manifestée, en 1975, avec la prise de contrôle de Pennel et Flipo. Cette
entreprise a été fondée, en 1924, par les deux familles éponymes. Elle s'orienta d'abord vers la production de tissus caoutchoutés. La prospérité lui vient
avec la mise au point du "Bullgomme". Après 1950, elle s'est lancée dans la
transformation des matières plastiques. Elle compte environ 1.200 personnes réparties dans 6 établissements, 4 sont situés dans l'agglomération de RoubaixTourcoing et 2 en Belgique.
Cette prise de participation introduit le groupe Prouvost, de façon
importante, dans des techniquset
sur des marchés très différents de ceux auxquels il était accoutumé. Il convient également de remarquer que Pennel et
Flippo est une firme régionale. En investissant, sur place, dans des activités
non textiles, le groupe favorise une diversification indispensable de l'industrie régionale. Cette attitude est intéressante car elle a été peu fréquente
dans 1e passé.
Le gro'upe est resté longtemps plus central isé que les autres, mais il
a évolué rapidement;en 1973, La Lainière de Roubaix, société cotée à la bourse
des valeurs de Paris, est devenue un holding. Elle est maintenant officiellement
(.) Sublistatic
egalement
s'adresse presQue uniQuement
au marche des articles
d'habillement.
Le groupe Prouvost a, depuis plus de 10 ans, une participation
environ 13 %,dans la S.C.O.F.A.D.,
très minoritaire,
holding où l'on rencontre notamment Rhône--
Poulenc et d'autres grands tisseurs comme Paul et Jean Tiberghien.
contrôle trois entreprises
le Nord, Mas à Toulouse
importantes
de confection masculine:
Ce holding
Maniglier,
dans
et Coste et Guichard à Lyon Qui vend sous la marQue Bayard
- 440 -
le pivot de toute l'organisation du groupe. Les productions ont été regroupées
par branches qui ne correspondent pas, sur le plan juridique, à des sociétés;
mais ce sont quand même des cellules ayant leur autonomie. La définition de ces
unités s'est faite en fonction principalement de considérations commerciales, et
non pas en suivant les clivages traditionnels du textile. C'est ainsi que, par
exemple, a été distinguée une branche "fil à tricoter et articles chaussants"
qui rassemble des produits faisant appel à une technologie différente, filature
et bonneterie, mais dont la distribution se fait par des canaux identiques,
les boutiques franchisées.
Par suite de la forte importance du travail de la laine, le groupe
Prouvost a une grande partie de ses effectifs situés dans le Nord-Pas-de-Calais.
Toutes les bonneteries créées en France, l'ayant été dans cette région, celle-ci
a conservé un poids considérable, en dépit de la mécanisation des premières phases du cycle de production, peignage et filature, qui faisait stagner ou décroître le nombre des salariés de ces unités. Le groupe comprenait au total environ
23.000 salariés, en 1972, dont les deux tiers dans les départements du Nord et
du Pas-de-Calais. Le reste de la France en abrite seulement 10 %. Un quart du
total se trouve à l'étranger. Cette proportion doit tendre à s'accroître, à
l'heure actuelle, en raison de l'entrée en service des unités de Tunisie et
d'Australie
depuis la réalisation,
en 1972, du tableau n° 45.
La répartition géographique varie suivant les branches. Le tissage
est la plus concentrée;
il se situe presque entièrement dans le Nord et n'est
pas représenté à l'étranger. Parmi les autres activités, ce sont les spécialités
les plus anciennes.
peignage et filature, qui sont proportionnellement les plus
représentées à l'étranger. Cela est normal; dans ces spécialités le groupe a
eu le temps de multiplier les implantations hors de nos frontières. Il faut
remarquer que ses prises de participation ne lui ont apporté qu'une seule filiale industrielle à l'étranger qui a d'ailleurs été fermée, comme on l'a vu plus
haut.
Le groupe Prouvost est surtout présent dans des pays lointains. La
majeure partie de ses salariés travaillant à l'étranger sont employés sur le
continent américain. Le Brésil est le pays qui en contient le plus. Les implantations dans les pays du Marché Commun et notamment dans le Béné1ux ne sont
pas nombreuses, ce qui est rare parmi les grandes entreprises originaires de
l'agglomération
de Roubaix-Tourcoing.
- 441 -
TABLEAU NUMÉRO QUARANTE CINQ
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(1) y compris les ateliers de teintures et apprêts dans ces établissements.
(2) Sublistatic, teintureries non intégrées, rubans, confection de housses, etc ...
(3) Services commerciaux distincts des unités de production.
- 442 -
La formation du groupe et la politique qu'il a suivie ont eu un nombre
appréciabl e de conséquences géographi'ques. On constate tout d'abord que 1es
restructurations effectuées à Roubaix-Tourcoing ont abouti. en quelque sorte,
à un remembrement industriel en concentrant sur les unités les plus vastes des
installations antérieurement éparpillées dans l'agglomération. Le nord de
Roubaix et Wattrelos restent de ce fait les lieux d'implantation essentiels,
groupant les deux cinquièmes du personnel ouvrier employé en France.
Cette agglomération conserve une fonction de production considérable
au sein,du groupe, mais cette situation est en grande partie un héritage du
passé, car les nouvelles activités installées à Roubaix-Tourcoing, craquage
des fibres chimiques, texturation, extrusion et tricotage d'étoffes, se caractérisent toutes par leur forte mécanisation, et emploient relativement peu de
main-d'oeuvre. Les unités nouvelles nécessitant beaucoup de personnel ont été
localisées en dehors des grands centres textiles actuels de la région. C'est un
début de ce "redéploiement" des entreprises dont on parle tant, depuis quelques
temps, dans les milieux responsables
de Roubaix-Tourcoing.
L'agglomération dont est originaire le groupe conserve,dans sa nouvelle
organisation, une fonction de direction et d'animation au sens large du terme,
c'est-à-dire en incluant les services d'études ou ceux chargés de la gestion des
différentes chaînes de magasins franchisés. Ce rôle s'exerce à deux niveaux différents
; à l'intérieur de la région Nord-Pas-de-Calais,
tous les établissements
textiles sont dirigés à partir de Roubaix. Le tableau n° 46 précise ce fait en
montrant que Roubaix abrite 43 % des cadres du groupe se trouvant en France. Le
reste du Nord-Pas-de-Calais
en a seulement 16 %, alors qu'il comprend 42 % du
personnel ouvrier. A l'échelle de l'ensemble du groupe, Roubaix reste le foyer
d'où partent les impulsions essentielles. Le holding a effectivement son siège
social et ses services principaux dans cette ville. Ces activités "tertiaires"
sont toutefois partagées avec la région parisienne où se trouvent surtout des
services commerciaux. Cela apparaît compréhensible,
si l'on se souvient que,
pour la grande majorité de ses articles, le groupe est-directement concerné par
les évolutions de la mode. La tendance actuelle consiste à maintenir le maximum
de bureaux à Roubaix-Tourcoing où il est moins coûteux de faire fonctionner des
services de ce genre ne serait-ce qu'en raison d'une moindre charge foncière.
Toutes les entreprises
créés par le groupe en France l'ont été dans
- 443 TABLEAU NUMtRO QUARANTE SIX,
RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE PAR TYPES D'EMPLOIS DES SALARIÉS DU GROUPE
PROUVOST - r~SUREL TRAVAILLANT EN FRANCE
(SITUATION AU
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- 444 -
le Nord-Pas-de-Calais à l'exception de la dernière, le peignage d'Aussillon.
C'est un événement important car, jusque-là, ces deux départements tendaient à
accaparer cette activité en France (cf. chapitre 7).
Les implantations étrangères ont presque toujours été effectuées pour
tourner des barrières douanières. Une tendance différente commence, toutefois
à se faire jour pour celles situées à l'intérieur d'un vaste espace où les
produits peuvent circuler librement, à savoir la C.E.E. et les pays Africains
qui lui sont associés. La filiale Avagolf de Milan est spécialisée dans les
articles de bonneterie de très qrand luxe et de haute nouveauté. 20 % seulement
de sa production sont écoulés en Italie. Le reste est distribué par les réseaux
commerciaux installés en France ou dans d'autres pays européens. Un fait plus
significatif encore s'est produit en 1971. Une bonneterie que le groupe avait
montée à Arras, une dizaine d'années auparavant, a été fermée et son matériel
transDorté dans les locaux d'une firme tunisienne. Cette dernière est devenue'
une filiale du qroupe. Les articles fabriqués sont destinés presque de
marché européen. Il s'agit bien, par conséquent, d'un exemple uniquement de
transfert d'une activité textile dans un pays en voie de développement.
En même temps que se mettait en place l'unité tunisienne, celle d'HéninBeaumont poursuivait son développement et servait même à reclasser les ouvrières
arrageoises. En 1974, toutefois, des difficultés ont amené la réduction de son
personnel et la réorientation de ses dctivités vers la seule confection des
étoffes tricotées. Si l'on tient compte de la tendance à la baisse des effectifs
des unités de Cambrai, on constate que la bonneterie apparaît, dans le groupe,
comme une activité aux implantations fragiles et géographiquement très mobile,
c'est en fait une caractéristique de l'ensemble de la branche (cf. chapitre 9).
Le groupe Prouvost est relativement intégré sur le plan industriel :
le tiers environ de ses fils tissage et bonneterie est consommé par ses unités
de tricotage ou de tissage. Une autre de ses particularités est l'importance de
son réseau de distribution. On sait (cf. chapitre 3) qu'il avait anciennement
commencé à constituer un réseau de boutiques spécialisées. Il dispose, à l'heure
actuelle, de plus de 1.500 magasins franchisés Pingoin, dont 500 situés à l'étranger. D'autres réseaux ont été mis en place pour les vêtements de dessus tricotés.
- 445 -
C'est ainsi que les deux tiers des articles vendus sous les marques Rodier et
Korrigan le sont dans des boutiques franchisées. Si l'on fait le total de toutes
ses enseignes, le groupe Prouvost est sans doute celui qui, dans le textile français, dispose du plus grand nombre de pOints de vente. C'est là l'un de ses
atouts principaux dans la compétition économique. Il s'efforce d'ailleurs d'améliorer sans cesse ses positions en ce domaine.
- 446 -
LE GROUPE DOLLFUS-MIEG
(.).
Le groupe s'est constitué essentiellement à la suite d'une cascade
de fusions et de prises de participation. C'est la croissance externe qui a été
l'élément essentiel de son développement. Le but était d'amalgamer des entreprises
économiquement saines mais qui connaissaient des problèmes familiaux ou dont la
dimension était trop faible pour réaliser les investissements importants exigés
par les nouvelles techniques de production. La puissance et la bonne image de
marque du groupe et de ses animateurs incitaient ces firmes à y entrer.
Ce processus a débuté par une série de concentrations
horizontales
effec-'
tuées dans la branche d'origine de la société Thiriez, la filterie. La première
et la plus importante de ces opérations a été la fusion, en 1961, avec DollfusMieg. Cette firme, la plus brillante du textile alsacien, avait un très long
passé. Elle est l'une des plus anciennes entreprises textiles françaises: elle
a été fondée, en 1746, à Mulhouse par trois membres de la dynamique bourgeoisie
protestante de cette ville, alors associée à la Confédération Helvétique, Jean
Dollfus, Jacques Schmaltzer et Samuel Koechlin. L'objet de la firme est la production de toiles peintes, les "indiennes", étoffes de coton achetées écrues et
impriméesà la main et enluminées au pinceau. C'était un travail encore artisanal,
mais il nécessitait déjà des capitaux relativement importants.
Vers 1800, l'entreprise est devenue la plus puissante d'Alsace. Elle
passe entre les mains de J. Dollfus, neveu de l'un des fondateurs, qui lui donne
une nouvelle raison sociale en ajoutant à son nom celui de son épouse, Anne-Marie
Mieg. Dès 1806, la firme compte 800 salariés et commence son intégration en
installant un atelier de tissage manuel. Elle aura l'avantage d'aborder la révolution industrielle en étant déj& puissante.A cette époque, la région de Mulhouse offre des ressources abondantes en
main-d'oeuvre et dispose d'une bourgeoisie entreprenante, mais présente l'incon(.) Sources essentielles enquêtes personnelles. Le groupe considère qu'il comprend
toutes les firmes dont il détient au moins 33
%
du capital. Toutes les donnees à
l'échelle de l'ensemble du groupe ont été fournies en appliquant ce critère.
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- 447 -
vénient d'être éloignée des ports importateurs et des grands bassins houillers
d'alors, ceux du Nord et du Massif Central. Ces handicaps disparaissent seulement dans la seconde moitié du siêcle avec le développement des canaux et
surtout des chemins de fer. L'entreprise avait pallié l'un de ces inconvénients
en devenant copropriétaire des Houillères de Ronchamp, situées à quelques dizaines de kilomètres de Mulhouse. Cette participation est abandonnée, vers le
milieu du siècle.
Dollfus-Mieg se lance avec succès dans l'industrialisation;
en 1812,
une filature mécanique est montée puis, en 1829, un tissage mécanique, qui supplante le tissage à main vers 1850. En 1839, l'entreprise est complètement intégrée, de la filature à l'impression. Elle emploie 4.200 travailleurs et
comporte encore 1.500 métiers à tisser manuels dont certains sont disséminés
dans les campagnes environnantes. Son accession à la puissance est donc, comme
celle de tout le textile alsacien, beaucoup plus précoce que la réussite de la
firme Thiriez (cf. CL. Fohlen).
A partir de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, l'entreprise
se spécialise dans la'filterie ; le tissage et l'impression des étoffes sont
complétement abandonnés vers 1900. Pour produire ses étiquettes. la société
acquiert une imprimerie en 1888 ; elle est devenue, de nos jours, la filiale
"Arts Graphiques". Après la guerre de 1870, la firme, tout en conservant ses
installations de Mulhouse, ouvre une usine à Belfort pour demeurer présente sur
le marché français.
En 1937, Dollfus-Mieg achète une usine de filterie en Suisse et, au
cours de cette même décennie, une revue mensuelle est fondée en France "Jeux
d'Aiguilles" pour développer chez les femmes le gôut des ouvrages faits à la
main; c'était un moyen d'enrayer la chute des ventes entraînée Dar les difficultés économiques des années 1930.
Aorès la Deuxième Guerre Mondiale, Dollfus-Mieg s'imolante en Amérique
Latine et renforce sa oosition en prenant, en 1956, le contrôle d'une société
parisienne, Steiner Frères, spécialisée dans la fabrication des fils et matériels
pour ouvrages de dames. Presque en même temps, en 1956, est lancée la production de fils pour l'industrie de la confection, alors que Dollfus-Mieg se consacrait, jusque-là, aux articles vendus au grand public. Peu après, la société
commence à commercialiser un article non textile, mais faisant partie lui aussi
des accessoires de l'habillement, la fermeture à glissière. Lors de la fusion de
- 448 -
1961, Dollfus-Mieg
est une entreprise importante mais encore très spécialisée.
La fusion entre les deux principaux producteurs français de la branche filterie s'explique en partie par la complémentarité des deux firmes:
Do llfus-Hi eq était mieux implanté à l'étranger, plus puissant sur le marché du
fil à broder et des ouvrages de dames. La firme Thiriez était plus importante
dans les fils à coudre industriels et disposait d'un outil de production très
moderne. Après cette opération, le nouveau groupe contrôle environ la moitié
du marché français et n'est dépassé, en Europe, que par le britannique Coats
Paton.
La fusion permettait de réaliser des économies sur les frais de commercialisation. Une collection de fils à coudre industriels, par exemple, comprend
plus de deux cents coloris différents; chacun d'entre eux est réalisé en de
nombreux numéros différents et présenté sur des supports de dimension très
variées. Au total, il faut disposer, en stock, de plusieurs milliers d'articles.
L'utilisateur n'admettant pas de voir son travail arrêté par le manque d'un certain type de fil dont il n'aura pourtant besoin qu'en quantités
très limitées, le producteur doit assumer le financement de ces stocks et l'entretien d'un réseau commercial considérable capable d'effectuer un grand nombre
de livraisons de faible importance chacune, s'il s'agit de réassortiment. Ces
frais sont plus faciles à supporter s'ils sont répartis sur un gros chiffre
d'affaires. En outre, un volume de ventes notable abaisse les frais de filature
car, à ce stade, les produits sont moins variés et l'on peut alors réaliser de
très longues séries de production qui rentabilisent un matériel dont le coût
d'installation
est élevé.
La fusion de 1961 est l'aboutissement de trois ans de négociations. La
nouvelle firme conserve la raison sociale de Dollfus-Mieg en raison de la notoriétéde ce nom à l'étranger et à la bourse de Paris, où l'action de cette société était cotée; mais c'est la firme lilloise qui possède la majorité du capital
du nouveau groupe, et ce sont ses représentants qui vont occuper les postes de
direction principaux. Dollfus-Mieg devient rapidement le holding du groupe.
- 449 -
Dollfus-Mieg, par la suite, renforce encore sa position dans le
domaine de la filterie : en 1964, sont absorbées les société Droulers-Vernier
fabricant lillois de fil à coudre pour l'industrie du cuir, et "le fil à
coudre Schlumberger", entreprise localisée à Guebwiller, dans le Haut-Rhin.
La même année est achetée la branche filterie coton de la société Agache.
L'avant-dernière opération réalisée dans ce domaine est l'une des plus importantes : en 1971, Do llfus-Mi eg absorbe L~a11aert Frères qui emploi e alors
1.178 personnes à Lille et à Santes, dans sa banlieue. Depuis un siècle cette
firme se consacre à la filterie ; elle comporte au~si un département de filature pour la bonneterie. Elle est surtout puissante dans le fil à coudre
industriel. Cet accord est évidemment facilité par la localisation en une
même agglomération des usines des deux parties. En fin, en 1972, le groupe
s'est intégré par achat de 59,8 % de son capital, les "Filatures et teintureries de Saint Epin", firme de 300 salariés spécialisée dans la fabrication des
laines à tricoter et des canevas pour tapisseries faites à la main.
A partir de 1964, Dollfus-Mieg entreprend une politique de diversification (.).Elle se traduit d'abord dans le domaine des accessoires d'habillement, réalisant un exemple de concentration "latérale commerciale". Le
groupe prend, en 1964, une participation majoritaire dans la firme "La Fermeture Ailée" qui avait déjà des liens commerciaux avec l'ancienne société Dollfus-Mieg. Cette firme développait sa production en Picardie. C'est une activité en expansion où il est difficile pour des fabricants de taille moyenne de
rester isolés en raison de la présence d'affaires ayant acquis de très fortes
positions (..).
(.)
Cette diversification
n'est pas un phénomène purement français. Cette évo-
lution rappelle celle du grand rival britannique de DOllfus-Mieg
dans le
fil à coudre, J.P. Coats. Celui-ci, dès 1961, sort de son domaine traditionnel en prenant le contrôle de l'important filateur de lajnepeignee
Patons
and Badwin.
Il a persevéré
dans
cette
voie
en se lançant
notamment
dans la bonneterie le tissage et la confection.
( .. ) En France,
le principal
producteur,
la société
"Fermeture
Eclair",est
une
filiale du grand groupe chimique britannique I.C.I. qui a, en plus, pris
le contrôle, en 1973, d'un autre grand de cette profession "Prestil". Sur
le plan
d'un
international,
groupe
japonais,
près de Lille.
la concurrence
Yoshida.
est très
Il a monté
vive
récemment
à cause
une
unité
de la presence
à Seclin,
- 450 -
Le groupe a poursuivi sa croissance dans cette branche en achetant,
en 1971, la société allemande SQhr qui emploie une soixantaine de personnes et
est spécialisée dans la production du matériel nécessaire a l'élaboration des
fermetures a glissière; elle dispose également de brevets déja utilisés par
"La Fermeture Ailée. En 1971, le groupe s'est incorporé une entreprise qui
fait des bretelles et des ceintures en cuir ou élastiques. Tout ceci représente des activité techniquement très différentes de la filterie, mais dont les
produits intéressent des marchés où le groupe était déja présent.
Do llfus-Ni eq se tourne simultanément vers le tissage. Les prises de
contrôle se produisent un peu en chaîne car, a partir du moment où le groupe
est présent dans un secteur du tissage, il souhaite y acquérir une capacité de
production suffisante pour disposer d'une part notable de ce marché, ce qui
l'amène a s'incorporer d'autres entreprises ayant la même spécialité. Celles-ci
ont parfois d'autres filiales dans des domaines voisins, ce qui amorce une
nouvelle suite d'opérations.
Dollfus-Mieg se lance en premier lieu dans les tissés teints, c'esta-dire les tissus fabriqués a l'aide de fils qui ont subi la teinture avant
d'être mis sur le métier. C'est la spécialité traditionnelle de la région de
Roanne où cette production était assurée par de nombreuses petites entreprises.
Les articles finis, en coton ou en fibres chimiques, sont destinés principalement a l 'habillement ou au linge de table. Cinq sociétésroannaises de cette
branche entrent successivement dans le groupe entre 1966 et 1968.
Au cours de cette même période, Do llfu s-Ni eq acquiert un certain
nombre d'usines de linge de maison, presque toutes situées dans le Nord et le
Pas-de-Calais ou dans la Somme. Deux sociétés se sont intégrées dans leur totalité au groupe: Descamps l'Ainé et Demeestère-Demeestère. Leurs unités se
localisaient essentiellement dans la Vallée de la Lys. Plus récemment, en
1970, la position du groupe dans ce secteur est renforcée par l'achat du département linge de maison du groupe Albert t1asurel, lors de son éclatement (.).
(.) Les établissements
étaient
Albert
l'un des principaux
3.000 salariés.
Cette
Masurel,
groupes
entreprise,
quelques
cotonniers
d'origine
annees
avant leur éclatement,
français
et employaient
roubaisienne,
près de
était intégrée,
avec
des usines dans la région du Nord et en Seine-Maritime. Elle absorbe, en 1966,
La Cotonnière
de Moislains,
usine de tissu
éponge établie
en Picardie,
dans la
- 451 -
Presque simultanément, Dollfus-Mieg intervient
dans le secteur de
l'équipement de la maison en reprenant un tissage de la banlieue lilloise,
les
Etablissements André Huet, spécialisés
dans les coutils pour matelas. Ce type
de tissus est également produit par la "Société Générale des Filatures et
Tissages de Flers". Importante firme de l'Orne, elle a plus de 1.000 salariés
et fabrique aussi des tissus pour vêtements de travail et de loisirs.
La diversification
devient plus frappante lorsque Dollfus-Mieg réalise des accords avec des firmes lainières
puissantes.
C'est l'un des premiers
exemples "d'intertextilisation"
de grande ampleur. En -1969, une opération est
réalisée avec la société Leclercq-Dupire, qui emploie alors 1.300 personnes
en France et plusieurs centaines à l'étranger.
La principale usine est à
Wattrelos. Elle intègre la filature,
le tissage et l'ennoblissement;
sa
localité
du même
nom.
Cette
operation
tr~s conteuse
se révèle
car la nouvelle
filiale apporte un très lourd passif et ses produits se vendent mal.
Peu
après,
une
usine
est installée
Calais. C'est un établissement
groupe
ses ventes.
oblige
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Cela
opération
ne se produit
à s'endetter
la firme
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le Bassin
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car
et l'importance
exagérèment,
indépendante.
dans
Minier
du Pas-de-
intégré de filature et de tissage de coton;
Deux
erreurs
un fort
des
ont
suffi
plus
de subsis-
à entraîner
perte. Une tentative de rapprochement avec le groupe Agache-Willot
en 1970,
la société
est démembrée:
les
maison sont repris par Dollfus-Mieg
nécessaires
s'étendre
pour
dans
l'écoulement
ce domaine.
établissements
de
réalises
investissements
ce qui ne lui permet
de gestion
le
accroissement
sa
échoue et,
de la branche
linge
de
qui dispose des structures commerciales
de ce type
Un tissage
d'articles,
situé
dans
et,
le Nord,
en outre,
il souhaite
à Linselles,
est
racheté par Agache-Willot.
Deux
l'autre
jusque-là
autres
à Roubaix.
dans
établissements
Ils
sont
la fourrure
repris
subsistent,
par
et les parfums,
Il s'intéresse également à l'immobilier
te,
spécialisée
dans
le groupe
la chaussure
bai sienne est fermée. La societé
plètement de la région du Nord.
est
à Maromme
en cours
qui,
près
de Rouen,
représenté
de diversification.
et à la chaussure par sa filiale Jallat-
de protection.
Albert
l'un
Revillon
Masurel
Très
rapidement
disparaît
l'unité
de cette
façon
roucom-
- 452 -
production comporte des tissus en laine peignée, notamment pour le pantalon.
Leclercq-Dupire dispose, en outre, d'un établissement qui travaille la laine
à Ypres. Des unités installées à Cysoing,dans la région lilloise, à Saint-Python, dans le Cambrésis, et à Aubenton, dans l'Aisne, se consacrent à l'élaboration de doublure, activité dans laquelle la firme détient une part notable
du marché français. Depuis 1960, un établissement de fabrication de doublure
est installé ~n Afrique du Sud, en association avec le groupe Coisne et Lambert.
Presque en même temps, un investissement avait été effectué à Wattrelos: la
création d'Intissel. A la suite d'essais réalisés par les ingénieurs de LeclercqDupire,.il s'était avéré possible de produire des toiles-tailleurs par des
techniques autres que le tissage. Cette nouvelle activité est développée en
association paritaire avec Novacel, filiale du groupe Gillet, qui élabore les
matières premières nécessaires à la fabrication de ces nouveaux produits.
Quelques années plus tard, Leclercq-Dupire rachète une entreprise lyonnaise,
Vautheret Gros et Laforge, qui fait de la doublure surtout pour l'habillement
féminin.
En 1969, le groupe Leclercq-Dupire est diversifié, présent sur des
marchés d'avant-garde, et occupe la première place en France pour la doublure
et la seconde pour la toile-tailleur. C'est une affaire saine qui n'est pas aux
prises avec des difficultés financières immédiates. Elle pense simplement que
son avenir à long terme sera mieux assuré au sein d'un groupe de grande taille.
La même année, Dollfus-Mieg incorpore Sion Frères dont le siège est à Roubaix
et l'usine à Halluin; cette firme fabrique des tissus de haute nouveauté,
des étoffes tricotées et également un peu de doublure; l'établissement avait
son propre atelier de teintures et apprêts.
En 1970, Warnier-David, de Reims, spécialisé dans les articles du
cycle cardé destinés à l 'habillement féminin entre à son tour dans le groupe.
Enfin au printemps de 1973, Dollfus-Mieg prend le contrôle du Tissage du
r~oulin, entreprise de la région de Fourmies, qui travaillait déjà beaucoup à
façon pour le groupe, et en particulier pour Warnier-David. C'est encore un
exemple de la transformation de liens purement commerciaux en prises de participation.
L'accord qui accroît le plus Dollfus-Mieg est celui conclu avec
Pricel, en 1969. Il se situe dans un contexte assez différent des précédents.
- 453 -
Pricel est un holding regroupant les intérêts détenus par le groupe Gillet
dans diverses branches industrielles. L'accord concerne la principale filiale
textile de ce groupe, Texunion. Celle-ci existe sous ce nom depuis 1963, mais
ses origines sont plus anciennes.
Vers 1930, le groupe Gillet reprend les installations de la société
des Blanchisseries et Teintureries de Thaon, usine vosgienne qui travaillait
à façon, et peu à peu le groupe assure son intégration verticale en prenant
le contrôle de marchands-transformateurs,
de filatures et de tissages. Ce
groupe entreprend de jouer un rôle important dans la rêstructuration de l'industrie cotonnière de l'Est de France. Cette région, en grande partie spécialisée dans les cotonnades à bon marché est la plus durement touchée par la
décolonisation et le développement de l'industrie textile dans les pays à
bas salaires. En 1963, le groupe Gillet associe ses intérêts, dans les stades
autres que l'ennoblissement avec ceux des firmes Sauvegrain, Taco et Wallach.
L'ensemble prend le nom de Texunion et figure parmi les principaux groupes
textiles français. Il dispose de filiales nombreuses à l'étranger, particulièrement en République Fédérale Allemande où il contrôle, dans le Pays de
Bade, la principale unité d'impression d'Allemagne. De plus, Texunion fait
partie d'un vaste empire industriel dont le holding est coté à la bourse de
Paris.
Un rapprochement est cependant recherché avec Dollfus-Mieg pour
constituer un ensemble très puissant et plus varié. Il témoigne également du
fait que les responsables de Pricel croyaient que l'équipe dirigeante de
Dollfus-Mieg avait une grande compétence dans le textile en raison de son
expérience en ce domaine.
L'accord établi entre les deux groupes est complexe; on peut le
schématiser de la façon suivante: une nouvelle société est constituée qui
conserve le nom de Texunion et à laquelle Pricel et Dollfus-Mieg apportent
chacun des actifs de telle façon que Dollfus-Mieg détienne 51 % du capital, ce
qui lui donne la direction effective, et Pricel 49 %, ce qui lui confère la
minorité de blocage et montre qu'il ne se désintéresse pas de ce secteur. L'entente avec Pricel se traduit également par la constitution d'autres filiales
communes, notamment dans la production des tissus enduits.
En 1970, Dollfus-Mieg
se tourne vers une nouvelle branche textile,
- 454 -
celle des revêtements de sol. Il est attiré par les vastes perspectives d'expansion qui s'offrent a elle (cf. chapitre 7). Il prend une participation de
34 % dans le capital de la Société Industrielle Française du Tapis (S.I.F.T.)
qui a plusieurs usines dans l'agglomération de Tourcoing. Une entreprise
néerlandaise apporte une unité de production implantée a Mouscron.
Do llfus-Ni eq développe son département imprimerie qui est très ancien en reprenant la maison Marne de Tours. Cette dernière réalise a la fois
l'impression et l'édition. Enfin s'apparentant a cette branche et au marché
des articles accessoires de l 'habillement, on peut mentionner le rachat
effectué, en 1972, des patrons de mode "Elle" et "Femmes d'aujourd'hui",
qui appartenaient au groupe Hachette.
Do llfus-Hi eq forme un groupe puissant et diversifié. Il n'est toutefois pas représenté en bonneterie, si ce n'est par la production de maille
au mètre. L'intégration n'a pas été poussée jusqu'au stade de la confection
(.).
Au début de 1974, son effectif s'élevait a 26.594 personnes (..). La
branche filterie, c'est-a-dire dans l'organisation du groupe l'ensemble des
unités dont les fabrications servent a élaborer du fil a coudre, ne représen-
(.) Le groupe
effectuée
a toutefois
souscrit une emission d'obligations
par la Société
des Filatures
un important
actionnaire
Dollfus-Mieg
siège au sein du conseil
entreprise
de la Région
de Armand-Thièrry-Sigrand.
convertibles
de Fourmies
qui est
Un représentant
d'administration
de
de cette importante
de confection.
(..)Ce chiffre ne comprend pas les effectifs des unités d'Afri~ue Noire
plus ou moins
complètement
D.A.T.E. (Cf. ci-dessous).
par le service
spécialise de Texunion, la
gérées
- 455 -
tent plus que 30,5 % de ce total, alors qu'à l'origine elle était l'activité unique. Ce fait montre l'ampleur de l'évolution réalisée depuis 1961. Le
tissage, y compris les filatures et établissements d'ennoblissement qui
travaillent pour lui, occupe 48,1 % des salariés du groupe; et enfin les
autres activités 21,4 %. Ces dernières sont presque toutes non textiles,
même la fabrication des tapis, incluse dans cette catégorie, se fait dans
une large mesure suivant des procédés qui ne relèvent pas du tissage. C'est
dans ce département que les effectifs s'accroissent le plus ces dernières
années. Le tableau n° 47 montre que c'est là que le groupe effectue les
investissements proportionnellement les plus importants, ce qui ne fera
qu'accentuer sa diversification.
Placé à la tête d'un grand nombre d'unités Dollfus-Mieg procède
à des restructurations nombreuses qui ont remodelé son implantation. Elles
ont souvent été complexes avec des transferts partiels d'activité. On s'intéressera principalement à celles qui ont eu des conséquences directes pour
la région Nord-Pas-de-Calais.
LA RESTRUCTURATION
DE LA BRANCHE FILTERIE.
Lors de la fusion de 1961, Dollfus-Mieg a déjà abandonné son
usine de Belfort, vendue à la Société des machines Bull, et a regroupé toute
sa production française sur l'usine de Mulhouse. La société Thiriez dispose
encore de son usine de Doullens, mais y interrompt l'activité filterie quelques années plus tard au profit de son grand établissement
de Loos.
Les filatures lilloises de Wallaert Frères subsistent mais ont été
orientées vers la production de filés pour la bonneterie, reprenant même
le petit département spécialisé dans ce domaine qui existait à Loos. L'activité de Santes est concentrée à Loos aussi. Le personnel qui l'accepte est
reclassé dans cet établissement en conservant son ancienneté.
En France, Dollfus-Mieg tend à ne plus produire du fil que dans des
établissements spécialisés chacun dans un type d'articles:
à Mulhouse est
élaboré le fil à broder, à Loos le fil à coudre, à Pantin, dans la région
parisienne, les établissements Steiner se consacrent aux canevas peints et
aux toiles dessinées pour ouvrages de dames; à Balagny, dans l'Oise, les
"Filatures et Teintureries de Saint Epin" font des fils de laine pour travaux
à la main. Cette concentration technique s'opère au profit des établissements
- 456 TABLEAU NlJ'1ÉRO QUARANTE SEPT
DE 1971 À 1973 ,
-------------------------------------------------------------------------------------
RÉPARTITION DES INVESTISSEMENTS EFFECTUÉS PAR LE GROUPE DOUFUS-MIEG
Activité
investissements par pers sonne
employée (en francs)
investissements en pourcentage
chiffre d'affaires hors taxes
1972
du
1973
1971
1972
1973
1971
Départements
Filterie
1.925
2.980
3.210
2,95 %
5 %
4,2 %
Département
Tissage
4.200
3.892
4.910
5 %
4,2 %
4,3 %
Ensemble des
autres activités
5.700
6.680
7.510
7,3 %
8,6 %
8 %
- 457 qui étaient déjà les plus importants
dans chacun de ces domaines.
Hallaert Frères a apporté à Dollfus-Mieg une petite unité qui se
trouve à Renaix, en Belgique; elle n'a qu'une soixantaine de salariés et
se livre à une activité non textile
la fabrication de moules à injection
pour matières plastiques. Ces produits sont maintenant en grande partie consommés par l'usine de Loos qui dispose d'un atelier où sont produits, pour
l'ensemble du groupe, les bobines qui servent à la présentation des fils;
il consomme, en 1973, 40 tonnes de matières plastiques par mois.
Cette rationalisation a aus~i touché les services administratifs
et commerciaux. Les directions générales de la branche filterie, les services de recherche ont été rassemblés là où se trouvait l'ancien siège de la
Société Thiriez, à Loos. Cette unité demeure le plus grand établissement
du groupe et le plus important ensemble textile de l'agglomération lilloise,
avec 2.280 salariés au début de 1973. Chiffre qui marque un accroissement
de 235 personnes par rapport à l'année précédente. La restructuration de
la branche a affecté inégalement les diverses catégories de personnel, ainsi
que le met en évidence le tableau n° 48. S'il ya eu réduction globale des
effectifs, celle-ci a été réalisée principalement parmi des ouvriers, tandis que l'encadrement s'est proportionnellement
renforcé, puisque l'on
passe de un agent de maîtrise pour 12 ouvriers en 1962, à un pour 8,6 en
1972. De la mème façon, en 1972, on compte un cadre pour 28 salariés, alors
qu'en 1962 il Y en avait seulement un pour 48.
LA REORGANISATION
DU DEPARTEMENT
LINGE DE MAISON.
On rencontrait une série d'établissements dispersés aux activités
assez variées: une
usine de confection installée dans le local qui
est le berceau de la firme Descamps L'ainé, rue des Célestines,œns
le
Vieux-Lille. Trois tissages installés dans la Vallée de la Lys, à la Gorgue,
Halluin et Wervicq, ce dernier comportant en outre un atelier de teinture.
Une filature de coton localisée à Tourcoing. A ces usines se sont ajoutées,
en provenance d'Albert Masurel, une teinturerie à Erquinghem, près d'Armentières, une filature-tissage intégrée à Auchel, un tissage à Moislains. En
plus existait une petite filature de li~ à Lille. En dehors du Nord-Pas-deCalais, on trouvait un petit tissage dans la Loire, à Renaison, qui a été
- 458 TABLEAU NUMÉROQUARANTE HUIT
----------------------------
ÉVOLUTION, EN POURCENTAGE, DU NOMBREDES SALARIÉS TRAVAILLANT DANS LES ÉTABLlS------------------------------------------------------------------------------SEMENTS FRANCAIS QUI APPARTENAIENT AUX SOCIÉTÉ DOLLFUS-MIEG ET THIRIEZ
--------------------------------------------------------------------------DE LEUR FUSION.
Période de référence
Ensemble des salariés
Directeurs
Cadres
Voyageurs de commerce
Agents de maîtrise
Employés
Ouvri ers
(.)
effectifs au 1.1.1962 et au 1.1.1972 (.).
- 32 %
- 20 %
+ 17 %
- 7 %
- 16 %
- 11 %
- 40 %
y compris les effectifs des bureaux parisiens.
LORS
- 459 -
définitivement
fermé en 1972.
Les usines ont été conservées ou fermées selon que leur spécialisation antérieure correspondait ou non aux objectifs commerciaux nouveaux
de la société Descamps-Demeestère
qui les dirige au sein de Texunion. Il n'y
a guère eu de regroupement ou de transfert de matériel d'un établissement à
l 'autre.Les dirigeants veulent développer la production de linge de maison
de qualité et s'attacher particulièrement aux articles de style moderne vendus sous la marque du fabricant (c'est déjà le cas de la moitié des produits
écoulés par Descamps-Demeestère).
La société a abandonné les fabrications de toiles à matelas à
d'autres filiales du groupe; le tissage de linge de table est en régression
car les ventes
portent de plus en plus sur les étoffes non tissées élaborées par Intissel. Cette politique a entraîné l'arrêt de la filature de
lin, et la fermeture de l'usine de Wervicq. Une partie du personnel de ce
dernier établissement s'est reconvertie sur place dans les rubanneries de
la ville. Ces locaux ne sont pas complètement abandonnés mais servent d'entrepôts et de magasin central d'expédition pour la grande majorité des productions, ce qui a l'avantage de remédier à l'éparpillement antérieur de ce
service.
L'unité d'Auchel, conserve son activité de même que le tissage de
la Gorgue, ravitaillé en filés par l'unité de Tourcoing. L'usine de Moislains réduit ses effectifs et modifie l'orientation de sa production
dans le domaine qui était le sien, celui du tissu éponge, elle s'oriente
vers les articles de haute qualité. Les teintures et impressions sont
concentrées à Erquinghem où des investissements très importants ont été
réalisés; on installe en particulier du matériel neuf pour imprimer les
draps et les étoffes non tissées. Des machines équivalentes n'existaient
pas ailleurs dans le groupe et les services commerciaux ont besoin d'avoir les
contacts les plus fréquents possibles avec l'unité de production qui assure
une part très importante de la finition des articles. Les services administratifs et commerciaux demeurés à Lille au siège de Descamps l'Ainé vont devoir
partir en raison de la rénovation
de ce quartier. Ils seront tranférés
à Roubaix. L'atelier de confection qui se trouve au même endroit sera réinstallé à Halluin, où il ya des bâtiments disponibles.
- 460 -
Ce département
est dirigé par une société
DESCA~1PS-DEMEESTERE qui
associe les raisons sociales des deux principales firmes qui l'ont constitué.
Il apparaît comme une cellule destinée à concevoir et à commercialiser des produits fabriqués dans des unités multiples et dispersées géographiquement, dont une seule emploie plus de deux cents personnes. La société
réalise par elle-même surtout les opérations finales: elle est intégrée à
100 % pour la confection, à 80 % pour le blanchiment, la teinture et l'impression, tandis qu'elle achète aux tissages Texunion de l'Est de la France
environ 40 % de ses écrus. L'activité de production est éparpillée à travers
deux régions; la direction se fait à partir de la Métropole Nord.
C'est un type d'organisation fréquent dans la région lyonnaise, mais beaucoup
plus rare dans le Nord.
La réorganisation de Descamps-Demeestère a pour but de coordonner
la marche des diverses unités et d'améliorer la place de la firme sur le
marché français; cette opération est difficile. Cette filiale a connu des
déficits importants et n'aurait pu poursuivre cet effort sans le soutien du
groupe.
LA RESTRUCTURATION
DU GROUPE LECLERCQ-DUPIRE
ET DES ETABLISSEt1ENTS SION FRERES
-----------------------------------------------------------------------------Elle a eu pour but de regrouper les fabrications similaires. Le
département filature de Leclercq-Dupire de Wattrelos est transféré à Ypres
où le tissage est abandonné. Cette dernière usine demeure une filature de
taille moyenne, 275 salariés en 1973. Elle fait environ la moitié de son chiffre d'affaires avec les autres filiales de Dollfus-Mieg et notamment avec l'ancien département tissage de Leclercq-Dupire intégré maintenant à la société
nouvellement
créé Soparlaine.
L'activité doublure de Leclercq-Dupire a été apportée a Texunion.
Cette production, abandonnée à Halluin et à Wattrelos, où subsiste seulement
un dépôt régional, a été conservée à Aubenton et à Saint-Python, mais on a
fermé le tissage de Cysoing car, pour cet article relativement standardisé,
il convient que l'établissement ait une taille minimum.
Cette activité a
de cette façon disparu de l'arrondissement de Lille et a été maintenue dans
des régions rurales où le recrutement de la main-d'oeuvre est plus facile.
Ces tissages restent des unités modestes d'une centaine de salariés. La direc-
- 461 -
tion se fait à partir de Lyon, car Texunion avait déjà une activité analogue
importante dans cette région.
Le tissage habillement proprement dit a été regroupé à Wattrelos
où existe un bâtiment assez vaste à un seul niveau, alors que l'ancienne
usine Sion Frères d'Halluin a plusieurs étages et n'aurait pu abriter l'ensemble de cette production. En outre, le tissage est une activité pour
laquelle il est encore relativement facile de recruter de la main-d'oeuvre
à Roubaix-Tourcoing.
L'usine d'Halluin a été spécialisée dans la production
de maille au mètre et a acquis de nouveaux matériels;
elle n'emploie plus
qu'une centaine de salariés et une partie des locaux devenus vacants ont
été vendus.
En 1974, l'établissement de Wattrelos conserve son atelier de teintures et apprêts et abrite un tissage de toile-tailleur, si bien que le
nombre de ses salariés s'est à peu près maintenu. La restructuration, dans
le cas présent, a favorisé l'unité industrielle la plus puissante; l'ancienne usine Sion Frères a vu ses effectifs fondre de plus des trois quarts par
rapport à l'année 1967.
L'importance du complexe de Wattrelos est encore plus grande si
l'on tient compte du développement récent d'Intissel dont l'établissement
est pratiquement contigu au précédent. Le déménagement du département filature évoqué ci-dessus a été réalisé pour permettre l'extension d'Intissel ;
le bâtiment actuel et rapidement devenu insuffisant et ne pouvait être
agrandi en raison de son enclavèment complet dans l'espace urbain; ceci a
rendu nécessaire l'installation d'une autre usine qui a été montée à Liévin
dans le Bassin Minier.
La croissance d'Intissel, dont Novacel conserve 50 % du capital,
s'explique facilement car cette société a été parmi les premières à se
lancer dans les non tissés et a su constamment concevoir de nouveaux articles.
Intissel a d'abord mis sur le marché des toiles-tailleurs qui conviennent
particulièrement aux objets auxquels on demande de la tenue et de l'élasticité. Ensuite ce furent les supports pour enduction et l'ouate de rembourrage
pour automobiles. La société s'est particulièrement attachée à deux domaines
les articles sanitaires et le cuir synthétique. Le bas prix de revient des
non tissés permet d'en faire, par exemple, des vêtements de chirurgiens dé-
- 462 -
truits après usage. En association avec un Espagnol, qui avait mis au point
un brevet, Intissel par l'intermédiaire d'une filiale, Cursel, a lancé un
produit susceptible d'être utilisé par l'industrie de la chaussure pour remplacer le cuir dans certains de ses usages. Toutes ces réalisations avaient
commencé avant l'entrée de cette société dans le groupe Dollfus-Mieg. Elles
ont été poursuivies, cette filiale bénéficie de gros investissements, plus
de 10.000 francs par salarié et par an au cours de la période 1971-1973 ;
c'est une des valeurs les plus fortes de toutes celles observées à l'intérieur du groupe.
Intissel a créé son unité la plus récente à Liévin. L'implantation
s'est effectuée là en raison des aides à l'industrialisation accordées; de
plus, cette usine a d'abord consisté en un atelier de confection d'articles
sanitaires utilisant surtout de la main-d'oeuvre féminine. Depuis, des lignes de production y ont également été installées. Au début de 1973, l'établissement de Liévin compte près de 200 salariés, celui de Hattrelos 230
et les services commerciaux et administratifs localisés à Roubaix environ 80.
Les salariés d'Intissel-Cursel à Roubaix-Wattelos sont, pour le tiers, des
cadres, des employés, des techniciens ou des agents de maîtrise. Intissel a
de plus créé une filiale de production, en 1969, au Brésil, à Sao Paulo.
Elle comptait, en 1973, une cinquantaine de salariés et est appelée à s'agrandir.
La principale filiale d'Intissel est la Lainière de Picardie qui
a été apportée par Novacel. Elle a été spécialisée dans la production de
toiles-tailleurs, ce qui l'a amenée à regrouper l'activité de Leclercq-Dupire
en ce domaine. Elle a connu un développement important, ces dernières années,
grâce à la mise au point de produits susceptibles d'être en grande partie
collés et non plus cousus, ce qui diminue le temps de fabrication du vêtement. Cette expansion a entraîné l'agrandissement de la principale usine de
la société, celle de Buire-Courcelles, près de ~ronne
; une centaine d'emplois y a été créée en 1977, tandis qu'une quarantaine était supprimée dans
cette activité à Wattrelos.Une fois encore, c'est le foyer principal de production qui accroît son importance relative.
LA REORGANISATION
Texunion,
DE TEXUNION.
avec plus de 10.000 salariés, en 1974, est la filiale la
- 463 -
plus importante de tout le groupe. Elle a conservé une forte personnalité
mais a été profondément modifiée par les apports que lui a faits DollfusMieg. Elle a été subdivisée en divisions qui ne correspondent pas toujours
à une société au sens juridique du terme. Elles ont néanmoins leur réalité
économique et leur direction propre. Le siège social de Texunion a été
maintenu à Paris où se trouvent les services juridiques et marketing. Une
partie de l'appareil administratif central a toutefois été récemment implanté à Roubaix, qui joue un peu le rôle de siège n° 2.
Texunion comprend en 1974 six divi.sions. Celle consacrée au linge de maison a déjà été étudiée puisqu'elle correspond à la société DescampsDemeestère. La division Unis-Lyon-Nord inclut toutes les usines qui travaillent les fibres continues. Le principe de regroupement est ici d'ordre
essentiellement technique car les productions sont très variées: doublures,
tissus industriels, voiles de bateaux ... Les usines se situent principalement dans la région lyonnaise. Seuls les anciens petits tissages LeclercqDupire, précédemment évoqués se trouvent géographiquement à l'écart des
autres unités. Leur production est traitée, elle aussi, dans l'usine d'ennoblissement située à Saint-Jean La Buissière, dans le département du
Rhône. Cet établissement, avec 300 salariés au début de 1973, est le plus
important de cette division qui comprend surtout de petites usines implantées en milieu rural, héritage de la situation antérieure. La direction
de cet ensemble est logiquement située à Lyon.
La division Tissés Teints Roanne doit également son unité à des
considérations techniques puisqu'elle regroupe les usines produisant des
tissus à l'aide de fils préalablement teints. Elle comprend des unités
de taille moyenne: aucune n'a moins de 100 salariés, ni plus de 250. En
dépit de son nom cette division n'est pas entièrement localisée dans la
région de Roanne, car lui ont été rattachés une filature située dans le
Haut-Rhin et tissage implanté en Seine-Maritime. Le dépôt central et la
direction de cette division se trouvent à Roanne.
Une seule usine située à Pfastatt, dans l'agglomération de Mulhouse, assure la production de la divi~on Impression. C'est une unité importante; avec les services commerciaux, installés à Mulhouse même, elle
compte près de 1.400 salariés. C'est le principal établissement français
de Texunion. Elle est un peu moins grande que l'unité similaire, appartenant à une filiale de Texunion, qui est installée à proximité, dans le
- 464 -
Pays de Bade; avec près de 1.500 salariés, cette dernière constitue actuellement la plus importante filiale étrangère de tout le groupe DollfusMieg. Bien que voisines sur le plan géographique, ces usines sont demeurées
indépendantes l'une de l'autre pour leur gestion.
de 2.900
dans des
du Doubs.
le coton
La division Unis-Paris et Groupe Industriel de l'Est compte près
salariés. Les services commerciaux sont à Paris et les usines
petites villes des départements des Vosges, de la Haute Saône et
Il s'agit d'un ensemble de filatures et de tissages travaillant
ou les fibres chimiques (cf. carte n° ID).
La dernière division de Texunion, la D.A.T.E. (Division d'Assistance Technique pour l'Etranger) est très différente des autres car c'est une
sorte de société d'ingéniérie. Elle existait avant même que cette société
fasse partie de Do11fus-Mieg. Sa vocation est de faciliter l'installation
de nouvelles usines à l'étranger, et tout particulièrement en Afrique
Noire. De par son origine, cette équipe était plus particulièrement compétente dans l'industrie du coton. La D.A.T.E. a un double rôle; elle peut se
borner à apporter son assistance technique pour l'installation ou la modernisation d'une usine. D'autres fois, elle va plus loin car elle prend une
participation minoritaire dans l'entreprise et assure en grande partie la
responsabilité de sa gestion. Elle a réalisé ses opérations surtout dans
les anciennes colonies françaises. Elle a des intérêts dans toutes les
usines textiles du Cameroun. Au Tchad, elle a une participation dans le
complexe cotonnier de ce pays installé à Fort-Archambault;
elle est présente encore dans le capital d'une teinturerie au Gabon et d'un tissage de
fibres synthétiques à Bouaké, en Côte-d'Ivoire. Dans ce dernier cas, elle
se trouve associée notamment au grc·upe Prouvost. La D.A.T.E. a apporté son
assistance technique et est devenue actionnaire du principal établissement
textile de Côte-d'Ivoire, les établissements Gonfreville installés à Bouaké
et qui ont une filiale en Haute-Volta. Texunion joue le rôle de conseiller
technique auprès de deux complexes cotonniers en Somalie et en Tanzanie,
ce qui traduit un souci de diversification géographique de son activité.
Cette tendance est appelée à se développer, en 1974. La décision a été prise de monter des capacités de production importantes au Brésil.
La répartition géographique en 1973, de l'ensemble des salariés du
groupe (cf. tableau n° 49) se caractérise par la multiplicité des implantations. Il est présent dans tous les centres textiles français, à l'exception seulement du foyer troyen et de ceux de la région Midi-Pyrénées.
- 465 -
Les départements du Nord et du Pas-de-Calais occupent la première
place avec près de 30 % du total si l'on ajoute la Picardie, on dépasse le
tiers. La seconde région d'implantation, par ordre d'importance, est l'Est.
On y rencontre le quart des travailleurs. L'Est, le Nord-Pas-de-Calais et
la Picardie abritent au total les trois cinquièmes des salariés du groupe
et les trois quarts de ceux qui exercent leur activité en France. Aucune
autre région n'abrite plus de 9 % du personnel de Dollfus-Mieg.
Le cinquleme environ des effectifs du groupe, se trouve à l'étranger, ce qui illustre bien la dimension internationale de Dollfus-Mieg. Deux
types de localisations apparaissent:
d'une part les pays voisins de la
France où sont regroupés les deux tiers des salariés travaillant à l'étranger.
La plupart du temps, il s'agit d'usines situées près de la frontière française et qui ont les mêmes spécialités que les régions de notre pays qui
leur sont contigües ; ces implantations qui s'expliquent par la proximité
et le rayonnement des métropoles textiles voisines, sont antérieures à la
Deuxième Guerre Mondiale. Elles ne connaissent pas d'extension importante
à l'heure actuelle.
Le deuxième type correspond à des établissements initialement liés
au département filterie et situés dans des pays plus éloignés, souvent limitrophes entre eux. Le meilleur exemple est l'Amérique Latine: Soparcol a
son siège au Panama et des usines au Savaldor, en Equateur, en Colombie et
au Vénézuéla, sans compter des participations très minoritaires dans d'autres
Etats de l'Amérique de langue espagnole. Au total cet ensemble représente
plus du quart des effectifs du groupe exerçant leur activité à l'étranger.
Un phénomène assez analogue s'observe en Afrique du Nord où Dollfus-Mieg
dispose de filteries à la fois au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Beaucoup
de ces unités sont de création assez récente.
Les différentes fonctions, production, administration, commerce
etc ... ne se répartissent pas de la même façon; de ce fait le groupe n'offre
pas partout le même type d'emplois. L'agglomération parisienne joue un rôle
surtout administratif et commercial sans pour autant constituer le principal
foyer de concentration des emplois de ce type puisque, égalée par RoubaixTourcoing, elle est largement surclassée par Lille et Mulhouse. Paris,
certes, abrite le holding mais le groupe s'est volontairement donné
- 466 -
une structure très décentralisée, si bien que son siège compte moins de 30
personnes. Les services administratifs et commerciaux ont été souvent localisés en Province pour favoriser les contacts entre ceux qui produisent et les
autres. A Paris on rencontre surtout des employés.
L'agglomération lilloise est un centre de production considérable,
avec le septième des salariés du groupe occupés par cette fonction et,
simultanément, elle concentre le quart des effectifs s'adonnant à la commercialisation et à l'administration. Ceci s'explique par la nature des branches
localisées à Lille. La filterie notamment exige des services commerciaux très
développés. De plus c'est à partir de cette agglomération que sont animées de
nombreuses unités de production situées dans le reste de la région ou au
dehors. A l'intérieur du groupe, Lille apparaît comme une véritable métropole.
Cela est dû aussi au rôle joué dans le développement du groupe par la société
Thiriez. Parmi les principaux dirigeants du groupe, certains continuent à
avoir un domicile dans la région lilloise.
Roubaix anime aussi certaines usines situées en dehors de son
agglomération;
elle forme un centre de décision notable. Roanne et Lyon ont
une fonction comparable. Mulhouse ne dirige pas d'unités autres que celles
situées à l'intérieur de son agglomération et doit à la nature de ses activités l'importance relative de ses services commerciaux. Au total, il apparaît
nettement dans le cas présent que si les établissements de production se
situent dans des localités de toutes tailles, ce sont essentiellement les
agglomérations les plus importantes qui concentrent les emplois "tertiaires".
La hiérarche traditionnelles entre les grandes métropoles textiles a été respectée. Lille, comme Roubaix-Tourcoing ou ~lulhouse, conservent leur autonomie
respective.
A l'étranger les diverses fonctions sont proportionnellement autant
représentées qu'en France. Ces filiales n'ont certes pas à animer d'autres
centres de production, comme le font les maisons-mère françaises, mais dans
ces pays, existent des sociétés purement commerciales chargées de distribuer
les articles produits par le groupe; cela s'observe particulièrement là où
Dollfus-Mieg exporte beaucoup à partir de ses usines françaises. La République
Fédérale est un bon exemple de cette situation: elle abrite une proportion
relativement forte de commerciaux qui compense les déficits de cette catégorie de personnels observés notamment en Amérique Latine, où il est plus
difficile de faire pénêtrer les marchandises élaborées en France.
- 467 -
Dans le Nord-Pas-de-Calais,
le groupe a effectué des investissements
principalement en faveur des branches en forte expansion et très mécanisées
comme les non tissés, les tapis-tuf t, l'impression et la maille au mètre.
Ce sont souvent des activités nouvelles qui nécessitent un fort encadrement
technique. La filterie également a été modernisée. Le complexe de LilleLoos conserve l'avantage d'être le plus grand et celui qui a le plus de services techniques. Le fil à coudre est délicat à produire car on le soumet à
des contraintes considérables.
Les unités étrangères ont été créées principalement pour faciliter
les exportations. Cela a été particulièrement vrai en filterie 00 l'on réalise
souvent seulement la finition dans les petits établissements montés sur place.
Aujourd'hui encore l'on constate que ce département est celui qui compte le
plus grand nombre d'implantations hors de nos frontières et qui a le plus
fort pourcentage d'articles produits en France et vendus à l'étranger. En
Amérique Latine, là 00 la présence est plus ancienne, on s'est mis à effectuer
la filature proprement dite sur place et progressivement certains de ces
filés ont été vendus pour la ponneterie ou le tissage. La filiale devenait
un établissement complet sur le plan technique. C'est en Colombie que cette
évolution a été poussée le plus loin: 7.000 broches de filature supplémentaires ont encore été mises en service en 1973 et des projets d'extension
supplémentaires ont été établis pour l'année 1975. Le groupe a même achetédans ce pays une plantation de coton de 350 hectares, mais l'élément le plus
attractif est l'abondance de la main-d'oeuvre. On remarque, par exemple,
que dans cette filiale la majorité du personnel est masculin. Le manque d'emplois incite ici des hommes à accepter des emplois dans une filature qu'ils
dédaignent dans les pays industrialisés.
La division du travail à l'échelle internationale entre les filiales
s'est encore peu manifestée. L'exemple le plus notable est celui de l'importation de toiles écrues à partir des unités camerounaises pour alimenter les
établissements de finition et de confection de linge de maison de DescampsDemeestère. Ce courant ne portait, en 1973, que sur ~uelques centaines de
tonnes, il a atteint 1.264 en 1974. Il porte sur un article très précis et témoigne d'une spécialisation par stade de fabrication à l'intérieur même d'une
branche textile; les premières opérations se font outre-mer, l'achèvement,
c'est-à-dire en fait la diversification se réalise le plus près possible du
marché de consommation.
- 468 TABLEAU NUMÉRO QUARANTE
RÉPARTITION
GÉOGRAPHIQUE
DES DIVERSES
CATÉGORIES
NEUF,
DE SALARIÉS
DU GROUPE DOLLFUS-
-------------------------------------------------------------------------------
~1IEG AU DËBUT DE
1973,
-------------------------------------ï--------------T------------------.--------------------------1
Ensemble:
:
:
des
Salariés
!
Circonscription
géographique
_____________________________________
1
:
1
1
Fonction
:
Qual ification
-t--------TAdminis:-t--------:---------:-------:Produc- :tration : Cadres: E.T.A.M. :Ouvriers
l t+on.
:Commerce:
:
:
+ __ ------!---------+--------~---------4-------1
1
1
1
1
1
1
1
Agglomération de Lille
Ag. de Roubaix- Tourcoing
Reste de la région du Nord
Ensemble de la région du Nord
Picardie
Normandie
Région parisienne
Agglomération de ~lulhouse
Est sans Mulhouse
Ensemble de l'Est
Région de Roanne et de Lyon
Ensemble de la France
Ensemble des pays étrangers
République Fédérale Allemande
Autres pays étrangers européens
Afrique
Amérique latine
16,2 %
8,2 %
3,9 %
28,3 %
8,3 %
5,6 %
2,6 %
13,7 %
11,3 %
25 %
8,9 %
81,4 %
18,6 %
6,3 %
5 %
2,3 %
4,9 %
1
: 13,8 %
: 7,2 %
1
24,2 %
10,1 %
19,2 % :
14,7 % :
1
%
9 %
1
5 %
1,2 %
: 26,8 %
9,3 %
6,6 %
0,4 %
13,3 %
13,6 %
26,9 %
8,8 %
81,8 %
18,2 %
5,7 %
4,8 %
2,3 %
5,3 %
35,5 %
3,7 %
:
19
1
3 %
:
1
3 %
1
36,9 %:
6 %
:
31 %
1
6,7
1
2,6 %
1
3,2 % :
1
10,6
15,2
1,2
16,4
9,2
80 %
20 %
8,3
5,8
2,1
3,8
------------------------------------------------------------T---------
%
%
%
%
%
%
%
%
%
9,1
11,1
2,4
13,5
7,1
81,4
18,6
8,1
4,6
1,8
4 %
%
%
%
%
:
:
:
:
1
1
3,7
7,2
13,8
6 %
1
1
%:
1
1
1
19,8
1
%
12,5
%
%
83 %
17 %
%
5,4
%
5,9
1,7
4 %
%
15,3 %
7,3 %
5,2 %
27,8 %
% 8,8 %
% 6,4 %
0,7 %
%
13,9 %
: 13,1 %
% 27 %
% 7,8 %
81,5 %
18,5 %
% 6,3 %
% 4,8 %
% 2,4 %
5 %
1
Localisation des usines du groupe DOLLFUS-MIEG
au 1.1.1973.
.,
.. ,..
.,.:
1
100
200
1000
1500
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•
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1
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III REGION DU NORD ET BELGIQUE
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- 469 -
LE GROUPE AGACHE-WILLOT
(.)
Agache-I'li11ot se distingue des deux autres grands groupes polyvalents par un point qui a eu une importance considérable dans sa croissance
il s'est constitué à partir d'une entreprise dont personne n'aurait osé
prévoir, il ya vingt ans, qu'elle deviendrait l'élément fédérateur d'un
ensemble de taille européenne. Le Groupe Prouvost et la société Thiriez
jouaient dé~à un rôle de premier plan dans leur branche textile respective,
depuis p1us'eurs dizaines d'années, et semblaient logiquement appelés à devenir les pôles principaux autour desquels se feraient la réorganisation de
ce secteur industriel.
La firme Wi110t est d'origine plus récente et sa croissance a été
lente jusqu'en 1959. Elle a été fondée, en 1907, à Roubaix, par deux membres
d'une famille originaire de l'Aisne. Les deux gérants étaient assistés par
quelques commanditaires recrutés parmi leur entourage. Ces derniers fournisssaient une partie des capitaux. Ils se retirèrent de l'affaire quelques
années plus tard. Cette formule n'était pas originale. La plupart des grandes
fi rmes tex;ti1es ont été fondées de cette façon 1à, quelques di za ines d'années
plus tôt, La société M. et J. Wi110t avait pour objet l'élaboration de tissus
pour pans~ments et articles d'hygiène. C'était un modeste tissage de coton
spécia1is~.
; La firme se développe progressivement. Après la Seconde Guerre
Mondia1è, elle s'intègre vers l'amont en se mettant à produire les fils dont
i
elle a béso i n. Son extens ion 1a condu it à s' insta 11er à ~!asqueha1, car ses
locaux r?ubaiSiens étaient devenus trop exigus. En 1954, elle compte moins
de 200 se lar-tës. L'affaire passe alors' sous la direction de t·U1. Bernard,
Jean-p;:J.re, Antoine et Régis Wi11ot, à la suite de la mort de leur père.
1
Ils rep~ésentent la troisième génération d'entrepreneurs mais, à cause des
retraits successifs intervenus au cours des décennies précédentes,
(.) Source essentielle:
enquêtes personnelles. C.F. notre étude publiée
dans la revue C.E.R.E.S. Nord-Pas-de-Calais.
- 470 -
ils disposent,
avec leur ~!ère, du contrôle des trois quarts des parts de
la société.
On se trouve en présence d'une situation qui était fréquemment
celle des firmes textiles, un siècle plus tôt, juste au début de leur
ascension:
quelques hommes jeunes, en 1954, ils ont entre 31 et 21 ans,
unis par une étroite solidarité familiale et pleinement maîtres de leur
entreprtse. Il faut remarquer que, contrairement à ce que l'on a parfois dit,
r1t1. l4illot ne sont pas des nouveaux venus dans le monde textile. Leur famille
y est présente depuis plusieurs générations;
ils ont été élevés à ~oubaix,
ont fréquenté des écoles techniques spécialisées. Ils connaissent bien cette
profession à la fois sur le plan industriel et sur celui de ses mentalités.
Ils font déjà partie de la bourgeoisie patronale textile, mais n'y tiennent
pas encore un rôle de premier plan.
La soci été \>Ji
11ot est prospère, ce qu in' est pas fréquent dans
l'industrie cotonnière à cette époque. En raison de sa spécialité, elle n'est
affectée, en effet ni par la perte des marchés coloniaux, ri par les caprices de la mode. Elle se situe sur un marché, celui des articles poramédicaux,
où la consommation croît plus vite que le revenu national, ce qui est exceptionnel dans le textile.
Pour édifier leur groupe, t1.t1. Hillot ont besoin de ressources financières. Ils vont se procurer des fonds en vendant une partie des biens
immobiliers des société dont ils acquièrent le contrôle. Les affaires textiles disposent souvent d'un patrimoine important:
sièges sociaux ou bureaux commerciaux à Paris; usines et entrepôts divers, sans compter des logements. Ces bâtiments, généralement êd i f iês au cours du dix-neuvième siècle,
se trouvent maintenant en plein espace urbanisé et leurs terrains se sont
valorisés. La restructuration des services administratifs libère des bureaux, celle des moyens de production rend des locaux inutilisés. Ils peuvent être vendus ce qui procure des liquidités.
Cette politique
n'est pas en soi une innovation.
L'originalité
de
- 471 -
f>U1. I~illot a consisté à la pratiquer systématiquement, surtout au début de
leur ascension. Ils ont fait en sorte de toujours conserver eux-mêmes la
maîtrise directe de l'ensemble, autre trait qui rappelle les grands industriels
de la région du siècle précédent.
Il ne faut pas oublier, toutefois, que cette politique immobilière
est un moyen et non un but. Il s'est ~gi, essentiellement, d'avoir la possibilité d'accélérer la croissance du groupe, au cours d'une période où les occasions de s'étendre se présentaient en grand nombre, par suite des difficultés
rencontrées par de nombreuses firmes textiles. Les ventes d'immeubles ne
sont plus, depuis plusieurs années, que l'une des sources de financement du
groupe, parmi d'autres:
entre 1968 et 1973, les réalisations immobilières se
sont élevées à 215,5 millions de francs, somme inférieure au cash-flow du
groupe qui s'est monté à 369,8 millions de francs, pendant cette même période.
Le développement considérable et très rapide du groupe a posé également un problème peut-être plus grave encore, celui des hommes. La société
Willot n'avait évidemment pas, à l'origine, les équipes susceptibles d'organiser et de gérer un très vaste ensemble industriel. C'était là un handicap
sérieux par rapport aux autres groupes qui pouvaient compter sur des étatsmajors déjà importants et bien rodés. Cette situation exigeait un grand effort
de la part des dirigeants eux-mêmes, car leur tâche se transforme profondément lorsque les effectifs de salariés à animer centuplent. Alors que souvent
le défaut des entreprises textiles traditionnelles était les directions pléthoriques, on peut se demander si, dans le cas présent, l'équipe dirigeante
était assez étoffée pour maîtriser les changements incessants auxquels elle
devait faire face. La transformation récente du holding en société dotée d'un
directoire et d'un conseil de surveillance, avec introduction dans ce dernier
de membres extérieurs à la famille, témoigne d'une prise de conscience de
ce problème.
LA FORMATION DU GROUPE.
En raison de cette double particularité, la croissance du groupe
Willot a commencé d'abord par l'intégration de firmes petites et moyennes.
Les propriétaires des sociétés susceptibles d'être reprises hésitaient quelque
- 472 -
peu à entrer dans le groupe; au début, parce qu'il était de taille encore
modeste, par la suite, parce qu'il était récent et que l'on craignait qu'il
soit fragile. Cela aide à comprendre qu'aient été incorporées des entreprises
éprouvant
souvent de graves difficultés.
Le groupe a dû saisir les opportunités qui se présentaient et elles
étaient, à l'orgine, moins nombreuses que pour les autres. Ses possibilités
de choix étaient plus limitées, ce qui explique sans doute, pour une part,
sa plus grande diversité. Il n'a pas voulu, toutefois, devenir un conglomérat,
à l'américaine, d'entreprises sans affinités entre elles. On peut retrouver
les trois lignes directrices qui ont également guidé l'évolution de ses
concurrents:
se renforcer d'abord dans sa branche d'origine, s'intéresser
ensuite à d'autres industries textiles et enfin se diversifier dans des activités autres.
La toute première fusion est réalisée en 1959. Elle concerne la
société Dazin-Motte. C'est une filature de coton installée à Roubaix et fondée, au siècle précédent, par Alfred ~1otte. Cette firme était en cours de liquidation, à la suite notamment de conflits entre les héritiers. Le matériel
est transféré à Hasquehal dont la capacité de ,ilature était insuffisante;
cet
accord correspondait aussi à un désir de renforcer l'intégration. Les biens
immobiliers, qui étaient importants, sont vendus. Dans le contrat de fusionapport ces derniers représentaient, en valeur, 40 % de l'ensemble.
Un grand nombre d'autres affaires cotonnières sont reprises par la
suite, le groupe continuant à se développer dans ce domaine jusqu'à nos jours.
Toutes ces entreprises présentent des points communs: elles sont de dimension
moyenne, au regard de notre classification, et comportent souvent plusieurs
établissements de production. C'est dire que ces unités industrielles étaient
de petite taille.
Ces extensions dans l'industrie cotonnière se sont effectuées principalement en Normandie et dans l'Est de la France, régions qui comportent le
plus de firmes de ce type. Dans la Seine-11aritime, ont été repris successivement les Etablissements Campard et de Gramont, tissage de coton. Les établissements Gailliard, petit ensemble intégré (filature, tissage et teinture)
de 500 personnes réparties entre deux usines. Le Comptoir Général de fextiles
- 473 -
Manufacturés, entreprise de 800 salariés comprenant deux filatures
tissage. Dans un souci d'intégration, le groupe a pris le contrôle
Maison Du Pasquier, du Havre, spécialisée dans l'importation et le
coton brut. Elle a poursuivi ses activités au profit de l'ensemble
treprisescotonnières
rassemblées.
et un
de la
négoce du
des en-
Dans les régions de l'Est, ont été intégrées un grand nombre de
firmes, notamment les Etablissements I~alter-Seitz de Granges-sur-Vologne,
dans les Vosges, tisseur de linge de maison. La firme Jacquel, de Natzwiller,
Bas-Rhin, fabricant de popeline. Les Etablissements Preiss de Cernay, HautRhin, qui produisaient du velours. Les Etablissements N. Koechlin de Masevaux, Haut-Rhin, qui se consacraient à la filature et au tissage du coton.
La filature de Ronchamp, installée dans la localité du même nom. Les Etablissements Risler, lors de leur reprise, disposaient de deux tissages et d'une
retorderie de coton dans la Haute-Saône;
ils avaient consacré une grande
partie de leur activité au marché militaire, ce qui les avait mis en difficulté après la fin de la guerre d'Algérie. Toutes ces opérations ont eu lieu
entre 1961 et 1965.
Une nouvelle extension en 1971 s'est produite à l'initiative des
Pouvoirs Publics. Il s'agissait de reprendre une entreprise menacée de liquidation: les Etablissements Isidore André qui, avec leurs filiales, comportaient quatre usines dans l'Alsace vosgienne. Ils produisaient du tissu pour
chemises et imperméables;
ils avaient aussi une filature de fibres synthétiques, une unité de tricotage et une autre d'ennoblissement. Le Groupe a racheté cet ensemble pour 22 millions de francs payables en onze annuités. Iloest
engagé à préserver 85 % des 940 emplois qui subsistaient à cette date et à
constituer une entreprise importante dans cette région, en rassemblant certaines de ses anciennes filiales avec cette nouvelle acquisition. On se trouve
là en présence d'un exemple assez original de restructuration qui s'élabore
sous le contrôle des autorités.
Trois entreprises cotonnières picardes spécialisées sont entrées dans
le groupe: la fabrique de velour Cosserat d'Amiens; les filatures Touron et
Vandendriessche, implantées toutes les deux à Saint-Ouentin. La dernière
était la plus importante des trois avec 800 salariés et un matériel de filature très moderne. Elle venait d'édifier, lors de sa reprise. un atêlier de
- 474 -
production entièrement neuf. Son intégration dans le groupe est due essentiellement à des difficultés d'ordre successorales surgies au sein de la
famille propriétaire.
Dans le Nord, les acquisitions ont été moins nombreuses. En 1q~8,
le groupe reprend la firme Lorthiois-Leurent qui, à Halluin, faisait des
tissus d'ameublement, notamment des velours de très haute qualité. Il s'est
incorporé, cette même année, une filature de coton et de fibres artificielles
située à Lomme, à côté de Lille; à cela s'est ajouté, en 1971, un tissage
à Li nse lTes provenant du démembrement de la fi rme Albert Masure l .
Un grand nombre de ces opérations avait déjà été réalisées en
1967. Le groupe Willot, avec un chiffre d'affaires de 215 millions en 1966,au
lieu de 6,5, en 1955, était déjà devenu un des éléments importants du textile français. Il demeurait encore presque exclusivement cotonnier. Il comportait seulement trois filiales en dehors de cette branche: une dans la
bonneterie, la Compagnie Française de la t~aille, firme reprise en 1966 avec
deux usines, l'une à Saint-Laurent-Blangy,
à côté d'Arras, et l'autre à
Schirmeck, dans le Bas-Rhin. La seconde était une petite filature de laine
peignée de Fourmies. La troisième installée à Tourcoing, faisait des fils
de laine cardée pour tapis.
En 1967, le·groupe
absorbant Agache, firme qui,
L'entrée en force dans cette
surprenante car, en tissage,
pénètrent souvent.
a réalisé l'une de ses principales fusions en
on le sait, domine le travail du lin en France.
branche a représenté une diversification non
les industries linières et cotonnières s'inter-
Au début des années 1960, Agache assure le quart de la production
des fils de lin en France et a notamment une filiale, à Comines, spécialisée
dans la filterie de lin. La société est un important fabricant de linge de
maison et lance la marque "Agalys". L'autre activité importante d'Agache, la
filature de coton est aux prises avec la concurrence internationale tandis
que l'usage du lin décline (cf. chapitre 8). Agache connaît des difficultés
aggravées par des questions de succession. Elle possède un patrimoine
immobilier important, d'autant plus qu'elle a longtemps pratiqué une politique de construction pour loger son personnel. En 1959 encore, elle avait
- 475 -
aménagé, à La Madeleine, un bâtiment pour héberger 200 jeunes filles du
Bassin t1inier qui venaient travailler dans sa filature de lin.
La fusion avec Agache a permis au groupe de plus que doubler son
chiffre d'affaires:
537 millions de francs en 1967, au lieu de 215 l'année
précédente. L'opération s'est réalisée de la façon suivante: la société
M.J. Willot est absorbée par Agache. Le groupe accède en même temps au marché financier, puisqu'il est maintenant côté à la bourse des Valeurs de
Paris. Bientôt transformée en holding, cette société a pris le nom de
"Société Foncière et Financière Agache-Hillot" et est devenue la pièce
maîtresse de l'organisation du groupe. Le siège de celui-ci et de sa principale filiale industrielle, le Consortium Général Textile, ont été installés
dans les anciens locaux administratifs d'Agache à Lille.
Cette fusion a incité le groupe à reprendre deux entreprises de
tissage, Cres pel à La Bassée, tisseur de linge de maison, et Gratry, à
Halluin, fabricant des coutils et des tissus variés pour l'équipement de
la maison et les usages de plein air. Toutes deux consommaient beaucoup de
fils de lin.
Le groupe a acquis d'autres filatures de lin, tantôt dans le cadre du plan de restructuraiton de la profession (cf.chapitre 8), tantôt pour
son propre compte uniquement. C'est suivant cette seconde manière que les
établissements L. Nicolle à ~Jambrechies, P. et C. Delesalle à La Madeleine,
et A. Descamps à Linselles ont été repris. Cette dernière firme était
d'ailleurs en cours de liquidation. En 1974, la firme Leurent de Roncq est
venue s'ajouter au groupe.
En 1969, Agache-Willot s'est incorporé une autre très importante
firme textile: Saint-Frères. Avec ses filiales, celle-ci réalisait alors
un chiffre d'affaires de 500millions de francs et occupait 6.000 personnes
Cette arrivée a représenté une forme de diversification, car Saint-Frères
exerce son activité principalement dans l'industrie du jute. Ses productions
n'étaient toutefois pas complètement dépourvues de liens avec celles du
groupe Agache-~Jillot, puisque Agache utilisait du jute en faibles quantités
tandis que Saint-Frères avait une petite filature de lin en Picardie, à
Saint-Ouen pour couvrir les besoins de son département corderie.
- 476 -
La firme Saint-Frères est la plus puissante et l'une des plus
anciennes de toute l'industrie textile Picarde (.) Dès la fin du dix-huitième siècle, cette famille faisait le négoce de toiles produites à la main
dans les environs de Beauval, petite localité de la Somme où elle résidait.
Ces négociants qui font travailler à façon des artisans sont dynamiques et,
dès 1838, ouvrent un comptoir de vente à Paris. Ils adoptent le jute aussitôt après son introduction en France, car il permet de faire des toiles
d'emballage meilleure marché. Ils développent un chapelet d'usines le long
de la Vallée de la Nièvre.
Cette localisation s'explique essentiellement par l'origine locale
des entrepreneurs. Lorsqu'ils montent leurs premiers établissements, ce
secteur n'est même pas encore desservi par le chemin de fer. La main-d'oeuvre
est recrutée facilement car la région est densément peuplée et le déclin
des activités traditionnelles textiles suscite du chômage. A Flixecourt, où
est implanté le principal établissement, l'entreprise avait commencé par
racheter un ancien atelier qui avait servi au travail de la laine.
L'essor de Saint-Frères est fondé sur la constitutiond'un réseau
de dépôts de vente et de locations de bâches et de sacs accompagnés de petits ateliers de réparation. La firme développe des productions complémentaires comme la corderie et les filets de pêche. Son siège et ses services administratifs sont à Paris, mais la plupart des usines restent dans la Somme,
principalement en milieu rural. En 1931, elle emploie 9.000 personnes dans
18 usines. La Nièvre est alors dominée par le jute aussi complètement que
certaines vallées vosgiennes
le sont par le coton.
Pour faciliter le rég1ement des problèmes de succession, SaintFrères se transforme en société anonyme et est introduite à la bourse de
Paris, tout en demeurant sous le contrôle de la famille fondatrice. La firme
fait preuve de beaucoup de dynamisme:
elle construit elle-même un grande
partie de son matériel de production, chose rare dans le textile; au 1ende-
(.)~.F. le D.E.S. cite de C. Lasonne.
- 477 -
main de la Seconde Guerre Mondiale, elle conçoit même un nouveau type de
matériel pour tisser le jute, le métier circulaire.
Saint-Frères occupe, depuis le début de notre siècle au moins, la
première place dans l'industrie du jute en France. A partir de 1955, la société a souffert des difficultés de cette branche.(cf. chapitre 9). Face à
cette situation, Saint-Frères essaie de réagir de deux façons différentes :
tout d'abord la firme reprend des concurrents afin de récupérer leur part de
marché. L'opération la plus importante concerne le Comptoir Linier, dont le
contrôle est pris, en 1966. Deux des trois usines du Nord du Gomptoir sont
fermées, avant même l'entrée de Saint-Frères dans le groupe Willot : ce
sont les unités de Saint-Pol-sur-Mer, dans l'agglomération dunkerquoise,et
d'Armentières.
La seconde manière consiste à diversifier les activités. SaintFrères se met à élaborer des sacs en plastique. En association avec des
confrères, la firme installe une unité d'extrusion de polyéthylène, à Flixecourt, de manière à produire elle-même les films et bandelettes de plastique nécessaires. (.)De petites unités d'extrusion et de transformation de
matières plastiques sont montées au Sénégal et à Madagascar.
Saint-Frères lance la fabrication d'articles susceptibles d'intéresser ses clients habituels, par exemple les vêtements enduits contre la
pluie, qui s'adressent aux agriculteurs et aux pêcheurs auxquels il fournit
déjà des sacs et des filets; c'est une forme d'intégration "latérale commerci ale" typi que.
La production de ficelle en sisal est accrue, en même temps qu'un
petit éta~lissement est édifié, en 1967, à Bouaké, en Côte-d'Ivoire, pour
réaliser des sacs en cette matière. La firme augmente ses activiœsdans
l'élaboration des câbles à partir des fils d'acier. Pour susciter de nouveaux
(.) Cette société avait été fondée par Saint-Frères, le Comptoir Linier,
Carmichaël et Weill. En prenant le contrôle des trois premiers et en rachetant
la part du quatrième, le groupe AgacherWillot
filiale à 100
%.
a fait de cette firme une
- 478 -
débouchés aux filés de jute, la société avait mis au point un nouveau produit dont la commercialisation est commencée juste après son entrée dans le
Groupe Agache-Willot : un revêtement mural vendu sous la marque "Muranne".
Saint-Frères s'était efforcé d'accroître son rôle dans la production
des tapis. C'est une activité en plein expansion (cf. chapitre 7) et, en
outre, le dessous du tapis, le dossier, est très souvent fait en jute. SaintFrères, entre les Deux Guerres Mondiales, avait déjà acquis une usine de
tapis et moquettes, installée à Leers, à proximité de Roubaix; plus récemment,
il avait installé du matériel pour faire des revêtements de sol dans ses
usines de la Somme. Le développement de ce département s'est réalisé surtout
par croissance externe,grâce à l'acquisition de la Manufacture Française
de Tapis et Couvertures (M.F.T.C.), qui s'est elle-même accrue de l'usine de
tapis de Tourcoing de la firme Lorthiois-Leurent.
La M.F.T.C. est une vieille firme créée, en 1839, à Beauvais, par
trois membres d'une famille de négociants locaux. Ils commencent par faire
des couvertures, puis, en 1857, se lancent dans l'élaboration des tapis.
L'association de ces deux activités n'est pas surprenante, car l'une et l'autre utilisent des fils de laine cardée, que la firme produit elle-même. Elle
devient société anonyme en 1920, et est bientôt cotée en bourse. Entre les
deux Guerres Mondiales, elle réalise de nombreuses opérations de prise de
contrôle dans sa branche d'activité. Elle acquiert notamment deux unités dans
le Nord, l'une à Tourcoing, l'autre à Lys-lez-Lannoy, offrant un exemple,
rare à cette époque, de fabricant de tapis ayant des implantations dans plusieurs régions différentes. Dès 1943, une entente est conclue avec LorthoisLeurent pour la commercialisation en commun de certains articles. Comme
souvent, ce type d'accord facilitera ultérieurement le rapprochement des firmes elles-mêmes. En 1968, la M.F.T.C. est puissante;
elle compte 1.800 salariés mais se présente comme une juxtaposition d'unités différentes qui ne
forment pas encore un ensemble bien coordonné.
Saint-frères avait réalisé quelques exemples de diversification encore plus poussés en prenant des intérêts dans des entreprises de pose de
stores, de volets et de portes pour l'industrie du bâtiment. Une participation
- 479 -
de 15 % avait été acquise dans le capital de la chaine de magasins spécialisés
Prénata 1.
En 1969, Saint-Frères connait des problèmes. Le chiffre d'affaires
dans le jute stagne. Cela est d'autant plus gênant que la présence d'un vaste
réseau de distribution entraîne des frais fixes élevés. Plus d'un millier de
personnes sont employées par les services commerciaux, les divers dépôts et
ateliers de réparation. Les opérations de conversion réclament encore plus d'investissements qu'elles ne rapportent de bénéfices. Il est difficile d'élargir
la gamme des productions lorsque l'activité principale n'est pas à même de
compenser les charges provoquées par les inévitables tatonnements initiaux des
nouvelles branches.
Le chiffre
rants, de
l'érosion
bénéfice,
de francs
Saint ait
Cette situation se traduit dans les résultats financiers de la firme.
d'affaires hors taxes total de maison-mère passe, en francs cou232 millions en 1964, à 289 millions en 1968, ce qui, compte tenu de
monétaire, équivaut à une progression très limitée. Plus grave, le
avant impôts, varie, au cours de ces mêmes années, de 4,77 mill ions
à 1,88. Ce contexte économique et financier explique ~ue la famille
décidé d'intégrer son affaire dans un ensemble plus vaste.
Une fois présent dans l'industrie du jute, Agache-Willot y renforce
sa position, en acquérant la même année, l'établissement de filature-tissage
Carmichaël, installé dans la Somme, et qui avait été l'une des première firmes
à travailler cette fibre en France, ce qui expl ique l'origine Britannique de
son nom. En 1974, Agache-Willot a repris Rigot-Stalars-Vand~met, la dernière
firme française jutière importante encore indépendante.
D'autres firmes textiles de branches différentes ont été intégrées
dans le Groupe, une petite bonneterie à Roubaix; une usine de couvertures à
Wattrelos. Une filature de la4ne peignée à Malines, en Belgique. En 1968,
Agache-Willot s'accroit d'une entreprise n'appartenant pas à ce secteur industriel, mais dont les activités ne sont pas sans liens avec lui, puisqu'il s'agit de la confection. C'est un établissement installé à Béthune et orient~,
comme souvent les firmes du Bassin Minier, vers la production de vêtements de
travail qui utilisent des tissus du genre de ceux élaborés par les usines normales du groupe. La firme Raclet, de Mamers, dans la Sarthe n'appartient pas
- 480 -
non plus au textile, lors de son entrée dans le groupe, en 1968, mais elle
utilise des toiles pour fabriquer du matériel de camping et de caravaning,
des sièges pour enfants etc ...
Le groupe réalise une diversification plus poussée encore en s'intéressant à la distribution. Il reprend successivement deux magasins parisiens
très connus la Belle Jardinière et le Bon Marché. La première opération est la
moins surprenante:
cette vieille entreprise, fondée en 1824 par un mercier,
P. Parisot, qui eut le premier, l'idée de vendre des vètements suivant le
système,du prêt à porter, associe une activité de fabrication et de distribution. Elle ne vend pas que les articles produits par elle, mais ses magasins
demeurent spécialisés dans l'habillement. Elle dispose de plusieurs usines de
confection à Paris, Douai et Flines-les-Raches (près de Douai). Depuis 1963,
un accord la lie au couturier Ted Lapidus, qui lui donne à fabriquer certains
de ses modèles. Elle possède la marque "Ted Lapidus Diffusion".
Le Bon Marché n'a pas cette activité industrielle et, connaît une
stagnation du chiffre d'affaires et des résultats financiers médiocres, symbolisés par la non distribution de dividendes au cours des trois dernières
années. Ces établissements rencontrent les difficultés des magasins situés en
centre-ville, à l'heure où se multiplient les hypermarchés périphériques.
La situation du Bon Marché a été aggravée par une tentative de développement de la vente par correspondance. La société avait monté des installations à Wissous, dans la banlieue parisienne, qui ne pouvaient être rentables
que si elles étaient pleinement utilisées, ce qui n'était pas le cas. Le Bon
Marché avait, en outre, une structure très complexe. Ses différents services,
le nettoyage par exemple, avaient été érigés en sociétés distinctes. Cela alourdissait les frais de gestion et d'administration en provoquant de multiples
facturations
internes.
Ces deux sociétés disposaient de filiales nombreuses; deux magasins
des maisons-mère, installés près du PontNeuf et dans le quartier Sèvres-Babylone. En province, leurs réseaux additionnés se composaient de 13 points de vente qui, étaient eux aussi des unités
traditionnelles implantées en centre ville. Le Bon Marché avait, en plus une
à Paris, en plus des établissements
succursale
importante à Alger.
- 481 -
L'entrée dans la distribution répondait au désir d'avoir un contact
direct avec le consommateur final. Le souci d'intégration aurait été un peu
illusoire, car ces magasins ne pouvaient écouler qu'une petite fraction de
la production des filiales industrielles du groupe. La direction d'AgacheWi110t a considéré que, ayant acquis 1 'habitude de restructurer des entreprises en difficultés, elle pourrait transposer ses méthodes dans ce nouveau secteur. Il fallait, certes, saisir une occasion qui ne se représenterait peutêtre plus, mais s'intéresser d'emblée à des entreprises de cette importance
était un peu accumuler les obstacles. Dans les branches textiles, le caractère
beaucoup plus progressif de la croissance avait permis de roder'peu à peu les
méthodes de restructuration.
LES RESTRUCTURATIONS
ET LES CREATIONS DE NOUVEAUX ETABLISSEMENTS
---------------------------------------------------------------L'EVOLUTION DES ENTREPRISES COTONNIERES
--------------------------------------Dans le Nord et en Picardie, on a fermé l'unité Dazin-Motte et une
filature à La Madeleine, qui appartenait à Agache et travaillait pour Pérenchies. On n'a pas enregistré d'autres regroupements, si ce n'est le rassemblement, en un même local, des usines Gratry et Lorthiois-Leurent situées à
Halluin. Une grande partie de leur production concernait le linge d'équipement
de la maison au sens large du terme. Les services administratifs et commerciaux
de ces firmes situés à Lille ont été transférés à Halluin. La filature Leurent
de Lomme a été spécialisée dans le travail des fibres chimiques. A SaintQuentin, les deux filiales poursuivent leur activité; la direction de l'ensemble a été confiée à la principale, Vandendriessche. Celle-ci a orienté davantage encore sa production vers les fils de coton peigné de bonne qualité
pour la bonneterie.
La réorganisation a été beaucoup plus prononcée en Haute-Normandie.
Les établissements Campard et de Gramont, qui étaient installés à Rouen, ont
été regroupés avec une filiale de l'Est, Wa1ter-Seitz. Leur patrimoine immobilier avait de la valeur et il leur était difficile de recruter de la maind'oeuvre dans une grande ville industrielle et commerciale. L'entreprise
Gai11iard a également abandonné son usine rouennaise pour se concentrer sur
Barentin, en Seine-Maritime, où son siège social a été transféré. Ses activités ont été modifiées : les tissus pour vêtements de travail faisaient 60 %
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de son chiffre d'affaires en 1966, ils n'en font plus que 25 % en 1973, grâce
au développement d'étoffes du type "jeans" et d'articles de mode. Ceci illustre le fait que les tissus standard, type "bleu de travail" sont le genre de
production qu'il est difficile de maintenir en France, en raison de la vive
concurrence des pays à bas salaires. Gailliard a conservé ses fabrications de
toiles de tente, et effectue une part importante de ses ventes auprès de
deux autres filiales du groupe, Raclet et le Pigeon Voyageur.
Le Comptoir Général des Textiles Manufacturés a fermé la plus petite de s~s filatures et abandonné son siège social rouennais. Sa direction est
assurée, en fait, par les établissements Gailliard entrés avant lui dans le
groupe, et très proches géographiquement. Au total, ces opérations aboutissent
à un redéploiement de l'industrie textile en dehors de l'agglomération de
Rouen où ne subsiste plus qu'un atelier de teinture. Il est à noter que l'effectif des salariés de Gailliard et du Comptoir est resté à peu près constant
de leur entrée dans le groupe à la fin de 1973.
Dans l'Est, on s'est efforcé de regrouper les établissements géographiquement voisins pour en faire des ensembles cohérents et compétitifs,
grâce à une certaine spécialisation de leurs activités. Walter-Seitz constitue une première filiale de ce type. Elle a trois usines dans les Vosges et
s'oriente vers l'élaboration de linge de maison vendu sans marque de fabricant, ce qui la différencie d'Agache. Pour parfaire son intégration, une unité de confection a été créée à Gérardmer, ce qui a apporté 90 emplois nouveaux à cette ville.
La principale filiale du groupe, dans l'Est, est maintenant la société Soparfitex. Elle s'est constituée en deux temps. En une première étape,
a été réorganisée la société Risler. Ses activités ont été tournées en partie
vers l'élaboration de velours. Cette fabrication représente, en 1973,52 % de
son chiffre d'affaires. Pour compléter son intégration, on lui a adjoint la
filature de Ronchamp, unité géographiquement proche de ses installations. En
une seconde étape, les établissements Isidore André ont été rassemblés avec
ceux de Risler et avec l'usine Koechlin, située à Masevaux (comme l'une des
unités d'Isidore André) pour former la Soparfitex. C'est l'équipe de direction
de Risler qui s'est chargée, au début, de l'animation de cet ensemble. Au
- 483 -
1.1.1974, l'effectif des anciens établissements d'Isidore André était légèrement supérieur à ce qu'il était lors de leur entrée dans Agache-Willot.
La Soparfitex qui comptait 1.244 salariés au 1.1.1974, n'est pas
une simple collection d'unités de production animées de l'extérieur:
Il %
de ses effectifs sont employés dans les services commerciaux et administratifs. Ceci montre bien que son slege social, fixé à Masevaux, dans les
Vosges Haut-Rhinoises, n'est pas une simple boîte à lettres.
L'industrie cotonnière revêt une importance capitale dans ces
petites localités du Massif Vosgien; mais inversement les firmes textiles
ont la chance de trouver dans cette région une main-d'oeuvre prête à travailler dans leurs établissements. C'est ainsi que la Soparfitex emploie
moins de 1 % de travailleurs étrangers, alors que Vandendriessche, à SaintQuentin, en a près de 20 %. Même dans la vallée de la Niêvre, Saint-Frères,
doit faire appel à plusieurs centaines d'étrangers dans ses filatures de
jute. Ces disponibilités en main-d'oeuvre dans l'Est expliquent qu'une nouvelle unité de Raclet ait été installée à Rombach, dans le Haut-Rhin, pour
remplacer partiellement une filature dont l'activité avait cessé.
Agache-Willot manifeste sa volonté de demeurer présent, en France,
dans la filature de coton en y installant des turbines. Le groupe a acheté
en Union Soviétique des matériels de ce genre et a été, en même temps, chargé par ce pays d'organiser la vente de tous ses matériels textiles dans la
plupart des Etats francophones. Un atelier de démonstration a été inauguré
en 1975 à Wambrechies, car on se trouve prês de Lille où se localise le service central d'ingénièrie
du groupe. On réutilisera de cette façon une partie des locaux vacants d'une ancienne filature de lin. Les premières turbines ont été mises en service dans deux usines du groupe, dans la filature
Walter-Seitz de Granges-sur-Vologne,
et dans un tissage situé à Linselles.
Cette unité dispose d'espaces libres et l'on va y regrouper l'atelier de
filature de Wasquehal.
- 484 -
LE DEVENIR DE LA BRANCHE LINIERE ET DES ACTIFS INDUSTRIELS D'AGACHE.
-------------------------------------------------------------------Presque toutes les filatures de lin ont été arrêtées au profit
de l'établissement de Pérenchies. En dehors de celui-ci et de l'unité qui
vient d'être acquise à Roncq, subsistent seuls l'atelier de Saint-Frères à
Saint-Ouen qui travaille pour alimenter la corderie implantée là (et également celle de Seclin), et une filature à La Madeleine dont les fils sont
entièrement absorbés par le tissage de Pérenchies. La petite filterie de
Comines continue à produire presque uniquement des articles en lin.
Pérenchies comporte un important département linge de maison où
l'on tisse et confectionne ces articles. Le tissage ne suffit pas à alimenter l'atelier de confection qui a été fortement agrandi au cours des années
récentes, 10.000 mètres carrés supplémentaires ont été bâtis. On travaille
des toiles en provenance d'autres usines du groupe ou même achetées à l'extérieur. On y confonctionne la moitié du linge de maison fait par Agachee1illot et en particul ier tout celui vendu sous la marque "Agalys".
On ne travaille
plus le jute à Pérenchies depuis l'entrée de Saint-
Frères dans le groupe. Une nouvelle activité a, par contre, été ajoutée:
la fabrication de sacs en plastique, par extrusion de polyéthylène. Deux
extrudeuses sont en fonctionnement. La création de cet atelier a aidé à
reclasser le personnel provenant de la filature de lin Nicolle, que l'on
arrêtait à ce moment là, à Wambrechies. Cette production a été mise en route
avec l'assistance
des services spécialisés
de Saint-Frères.
Pérenchies occupe, en 1974, 1.850 salariés, soit 8,2 % des effectifs industriels du groupe travaillant en France. Aucun autre établissement
d'Agache-~lillot ne dépasse les 1.500 salariés. Ce complexe a été favorisé
parce qu'il disposait, des installations les plus importantes et d'un vaste
terrain, autre élément favorable. Agache a conservé sa corderie de Seclin.
Sur le terrain d'une ancienne filiale d'Agache, la blanchisserie du
Pont-de-Nieppe, a été édifiée une nouvelle usine entrée en service en 1970.
Elle a une surface au sol de 10.000 mètres carrés et a représenté un investissement de près de 25 millions de francs. Elle a été conçue et réalisée
sous la direction du service d'ingénièrie du groupe. Elle effectue la tein-
- 485 -
ture les apprêts et surtout l'impression. Sa construction rêpondait à un
désir d'intégration. Cet établissement est apte à traiter à peu prês toutes
les fibres chimiques et naturelles, à l'exception de la laine. Il peut
teindre ou blanchir 800.000 mètres carrés de tissus par mois et en imprimer un million. Cet investissement a entraîné la création de 200 emplois.
L'EVOLUTION
DE LA FILATURE DE LA LAINE ET DE LA PRODUCTION DES TAPIS ET
COUVERTURES.
En 1973, les deux filatures de laine de Fourmies et de Tourcoing
étaient encore en activité. Par contre, un établissement similaire avait
été fermé à Malines, en Belgique, et son métériel réinstallé dans le Nord
de la France. Lefebvre et Bastin, à Wattrelos, la M.F.T.C., à Beauvais,
continuaient à produire toutes les deux des couvertures dans des qualités
différentes, la première fait les articles courants, la seconde ceux de
haute qualité. Dans la fabrication des tapis ont eu lieu des restructurations importantes. L'usine de Leers, autrefois apportée par Saint-Frères, a
été fermée ainsi que l'une de celles de Tourcoing. Dans le Nord subsitent
seulement une unité faisant des moquettes grande largeur à Lys-lez-Lannoy
et une autre à Tourcoing, spécialisée dans les carpettes. Mouscron conserve et développe son activité de fabrication de tapis tissés, un atelier
supplémentaire de 1.000 mètres y a été édifié.
La production des tapis tuft a été sensiblement accrue. Cela
s'est fait à Beauvais. Il a fallu acheter les métiers et aussi construire
7.000 mètres carrés de bâtiments de stockage pour faire face à l'augmentation de l'activité. La capacité de production de ce type de tapis est
passée, entre 1968 et 1972, de 0,5 million de mètre carrés à deux millions.
Un atelier d'enduction a également été installé pour assurer l'achèvement
de ces articles.
Beauvais a bénéficié de ces extensions car l'on y disposait d'espaces libres et c'est là que se trouvaient les cardes fileuses, qui travaillent aussi bien la laine que les fibres synthétiques, et alimentent à
la fois les ateliers de couvertures et ceux de tapis. Une fois de plus, on
voit l'unité la plus importante qui renforce sa position relative. En 1975,
- 486 -
a été annoncée l'intention de fermer la filature de fils tapis de Tourcoing
et l'usine de couvertures de Wattrelos, ce qui, au sein du groupe, réservera ce type de fabrications aux établissements de Beauvais.
Les bureaux parisiens de la f1.F.T.C. ont été en grande partie
repliés sur Beauvais. De 1968 à 1973, la société a vu ses effectifs passer
de 1.815 à 1.319 personnes. En 1970, 25 % du chiffre d'affaires hors taxes
de son département tapis étaient constitués par les ventes d'articles non
tissés. En 1972, ce pourcentage atteignait 46 %. En 1974, a été repris en
10catioA gérance, une unité de fabrication de revêtements de sols à
Chateau-Renault en Indre-et-Loire.
L'EVOLUTION
DE LA BRANCHE JUTIERE DE SAINT-FRERES
ET DES ACTIVITES QUI S'Y
-------------------------------------------------------------------------RATTACHENT.
Des participations de Saint-Frères ont été abandonnées:
celle qu'il
avait dans Prénatal, et une autre dans une fabrique alsacienne de câbles
d'acier, où le groupe Tréca était majoritaire. Elles étaient trop éloignées
de sa spécialité d'origine. Sa principale filiale dans l'industrie du
bâtiment a cessé son activité. Par contre, celles qui se consacrent à la
confection de stores et de parasols, ont été conservées.
Les implantations étrangères de Saint-Frères ont été conservées
d'une participation minoritaire dans une usine de jute en
Espagne. Ces unités se trouvent toutes en Afrique et aucune ne dépasse les
200 salariés (cf. carte). Elles se consacrent à l'emballage en confectionnant des sacs, parfois en produisant le tissu; certaines (au Sénégal, en
Tunisie, et à Madagascar) travaillent aussi les matières plastiques. En
côte d'Ivoire et au Sénégal, les unités de production étaient contrôlées par
la C.O.T.O.A. elle-même filiale paritaire de Saint-Frères et de Weill. En
1974, le groupe a racheté la participation de ce dernier, ce qui renforce sa
position au sein de ces établissement. La C.O.T.O.A. a aussi des comptoirs
de vente importants qui se livrent âU négoce de toutes sortes de marchandises, comme cela se pratique en Afrique. Ils sont implantés à Abidjan et à
. Dans la première de ces villes la société Gratry a un comptoir
Dakar
à l'exception
- 487 -
du même type.
La fermeture des usines du Comptoir Linier a été poursuivie par
celle d'Hazebrouck. Saint-Frères concentre pratiquement toute son activité
jutière dans la Somme. En dehors de ce département, il lui reste une petite
unité dans les Pyrénées atlantiques, qui fabrique des articles pour l'industrie régionale de l'espadrille, et un établissement qui, à Etaples, très
près de la Somme, réalise des filets de pèche. Saint-frères dispose, pour
alimenter ses tissages, d'une petite filature de coton à Boubers-sur-Canche.
L'orientation croissante de Saint-Frères vers le travail des
matières synthétiques s'est poursuivie, avec notamment l'augmentation des
capacités de production des unités spécialisées dans l'extrusion. Celles de
la C.I.T.E.P. dépassent maintenant les 23.000 tonnes. Le groupe a décidé, en
outre, en 1973, d'installer, en association paritaire avec une firme chimique du Secteur Public, une unité de production d'emballages plastiques à
Toulouse. Cet établissement est destiné à approvisionner tout le marché du
Sud-Ouest. Les sacs en plastique sont des articles encombrants qu'il n'est
pas économiquement souhaitable de transporter sur une longue distance. C'est
pour cette raison que cette usine est montée dans une région éloignée des
autres implantations françaises d'Agache-Willot.
La réorganisation proprement dite de Saint-Frères a surtout consisté à alléger ses structures administratives et commerciales. Les effectifs
du siège parisien ont été ramenés de 382 à 78, une partie d'entre eux ayant
été regroupés à Flixecourt. Les réseaux de dépôts ont été le plus souvent
transférés à des commissionnaires. Les services de location de sacs ont été
associés avec ceux d'une autre firme qui s'intéresse également à cette activité, Esmery-Caron. De ce fait, la suppression d'un millier d'emplois survenue entre 1968 et 1974 n'a guère affecté les usines de la Somme. En 1973,
Flixecourt occupait 60 % environ des effectifs totaux de Saint-Frères et
plus de 10 % des salariés du groupe Agache-Willot travaillant dans les entreprises industrielles implantées en France. Flixecourt était traditionnellement l'établissement principal et orienté plutôt vers la finition des articles : confection des bâches et des sacs notamment. Il a bénéficié des
- 488 -
nouvelles activités enduction, extrusion. Il abrite l'atelier central de
mécanique générale. Il a reçu récemment des fonctions administratives
supplémentaires;
il supervise la gestion de Carmichaël, dont l'usine
n'est pas très éloignée.
La société Raclet est restée juridiquement distincte de SaintFrères, elle lui achète des toiles. Raclet a accru ses fabrications car
elle s'adresse à un marché en expansion, celui des articles de loisirs.
L'établissement situé dans la Sarthe a été agrandi par la construction de
4.500 mètres de bâtiments et un autre, on l'a vu, a été monté dans l'Est
de la France.
LA BONNETERIE ET LA CONFECTION DE VETEMENTS.
La bonneterie installée à Roubaix a été cédée. C'était une unité de quelques dizaines de salariés, spécialisée dans la production de
collants, articles où la concurrence étrangère est particulièrement vive.
Le département Coframaille, qui ne s'adresse pas au marché des
articles chaussants a conservé ses activités.L'usine de Schirmeck se consacre aux sous-vêtements et aux articles de sport; on lui a adjoint un atelier supplémentaire installé dans un bâtiment acquis à Neuf-Brisach. L'usine de Saint-Laurent-Blangy
produit des vêtements de dessus de ville et des
articles de mode; ces deux établissements sont autonomes l'un par rapport
à l'autre. La filiale de Soparfitex, les tricotages de Soultzmatt, qui élabore de la maille au mètre, a conservé sa spécialité.
La confection des vêtements tend à se développer, mais son implantation géographique a été partiellement modifiée. La production est assurée
par les unités de la Belle Jardinière qui ont été séparées, pour leur gestion, du grand magasin proprement dit. L'usine qui fonctionnait en plein
Paris et occupait plus de 400 personnes a été fermée et vendue. Cela représentait une réalisation immobilière intéressante. Les trois établissements
provinciaux subsistent et ont tendance à accroître le nombre de leurs salariés. Ils se consacrent au vêtement de ville et de qualité.
- 489 -
Le Pigeon Voyageur a une gamme de production différente qui
s'oriente de plus en plus vers les articles de sport et de loisirs. Son
établissements de Béthune emploie au début de 1974 plus de 600 travailleurs. Il comprend plusieurs locaux répartis à travers cette ville, ce
qui est mal commode, il est appelé à étre transféré dans une zone industrielle aménagée par cette commune. Une extension est en cours dans l'agglomération dunkerquoise ; deux raisons l'expliquent:
le groupe y disposait
de locaux vacants ayant appartenu au Comptoir Linier, et surtout Dunkerque, qui est devenu un grand centre d'industries lourdes manque cruellement d'emplois féminins. Au 1.1.1974, cet atelier n'employait encore
que 40 personnes, mais des développements ultérieurs sont possibles.
L'ensemble du département confection de vêtements d'Agache-Willot
se trouvait en 1974 localisé dans le Nord et le Pas-de-Calais. Avec environ 2.000 salariés, il est le premier employeur de la région dans cette
branche dont il représente 5 % de l'effectif total. La majeure partie
des ouvriersde ce département travaille dans des établissements occupant
plus de 500 personnes, c'est-à-dire dans des unités de grande dimension
pour ce genre d'activités.
Tous les établissements du Nord-Pas-de-Calais sont rassemblés
à l'intérieur d'un triangle qui part de Douai et se dirige, vers Calais,
et Dunkerque. Dans tous les cas, ces usines sont dans des agglomérations
disposant d'un nombre insuffisant d'emplois féminins. Cela est vrai, de
nos jours, même pour Calais, en raison du déclin rapide de la dentelle
(cf. chapitre 9). Le département confection a connu un développement important en 1975 avec la reprise des sociétés Cyclone et Couturier implantées
en Normandie et en Bretagne.
LA REORGANISATION
DU SECTEUR DE LA DISTRIBUTION
----------------------------------------------Réanimer deux magasins situés en plein centre ville s'est révélé une tâche délicate. Après avoir regroupé la Belle Jardinière et le
Bon Marché sur le plan de la gestion, on a renoncé à cette organisation et
rendu la Belle Jardinière à sa vocation traditionnelle, la vente des articles d'habillement. Les services administratifs et commerciaux ont été
comprimés. Dans le magasin du Bon t·larchéde la rue de Sèvres, par exemple,
- 490 -
au cours de l'année 1972, le personnel a été réduit de 800 unités dont
10 % seulement travaillaient dans les rayons. Des locaux ont été libérés
et loués à d'autres filiales du groupe ou à des entreprises extérieures.
Sept points de vente ont été abandonnés en province. Le magasin d'Alger
a fait l'objet d'un arrêté de bien vacant, si bien que le groupe ne peut
plus assurer sa gestion.
Un nouveau magasin, dont l'ouverture avait été décidée avant
l'arrivée du Bon ~1arché dans le groupe, a été installé à Sarcelles au
centre commercial des Flanades. Il a été rapidement fermé, car il réalisait à peine la moitié du chiffre d'affaires escompté, en raison notamment de la médiocre animation de ce centre commercial et de la présence de
nombreux hypermarchés dans la banlieue nord de Paris. La vente par
correspondance ne parvenant pas à atteindre son seuil de rentabilité a
été finalement abandonnée, et ses locaux cédés en location-vente. Le secteur de la distribution, dans son ensemble, employait, au début de 1974,
1.858 personnes au lieu de 4.723 cinq ans plus tôt, et il a connu des
résultats financiers médiocres en raison notamment des charges considérables dues à la restructuration.
LA CROISSANCE DU DEPARTE~1ENT HYGIENE.
------------------------------------C'est dans cette branche que le groupe a le plus innové. Au
début des années 1960, il produisait du coton hydrophile, de la gaze à
pansements et du crèpe élastique. La fabrication de ces articles se poursuit à Wasquehal. A partir de 1963, se fait jour le souci de créer un
produit nouveau susceptible d'être utilisé comme couche à jeter pour bébé.
Ce sont les propres services de recherche et d'ingeniérie du groupe qui
vont concevoir ces objets et le matériel nécessaire pour leur production.
Celui-ci est ensuite construit par les ateliers de mécanique de Linselles
et de Flixecourt. C'est une situation qui mérite d'être soulignée puisque
généralement les firmes textiles se contentent d'utiliser des métiers
réalisés par d'autres qu'elles. On aboutit à la mise au point de nappes
très légères de non tissés, 18 grammes au mètre carré, dans lesquelles
on insère ensuite de la ouate de cellulose pour constituer la partie absorbante. Le groupe fut l'un des premiers à mettre au point un article de
ce genre en France, et assure actuellement environ le tiers de la produc-
- 491 -
tion nationale.
Le nouveau produit est diffusé à partir de 1967. Une équipe de
vente importante est mise en place pour le faire connaître. Afin d'amortir
ce réseau coûteux et indispensable, on ajoute peu à peu d'autres marchandises, dont certaines sont fabriquées par le groupe, exemple typique
"d'intégration
latérale commerciale".
Il a fallu des locaux supplémentaires pour installer les lignes
de production, les magasins de stockage etc ... Un premier établissement
entièrement consacré à ces nouveaux produits a été aménagé à Linselles,
dans les locaux d'une ancienne filature de lin. Cela a permis de convertir
le personnel. En 1974, cette unité occupait 630 personnes, 12.000 mètres
carrés supplémentaires ont été édifiés. Le personnel ouvrier compte moins
de 10 % de travailleurs immigrés, ce qui est relativement peu par rapport
aux autres branches textiles de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing, la
filature de coton par exemple.
L'expansion de la production se poursuit, et l'on prévoit de
réutiliser une partie des locaux de l'ancienne filature de lin Nicolle de
Wambrechies. Une partie des articles est exportée, notamment en Italie. Ces
pays achètent des non tissés, et non pas des couches complètes. Ces dernières sont, en effet, volumineuses par rapport à leur faible poids et il
n'est économiquement pas rationnel de les transporter sur de longues distances. C'est pour cette raison que le groupe lui-même installe une nouvelle unité dans le Vaucluse. Elle est très éloignée du Nord et bien placée pour ravitailler à la fois toute la façade méditéranéenne de la France et la région lyonnaise. Cet atelier a été implanté sur le site d'une
papeterie qui a été rachetée et dont l'activité initiale sera poursuivie.
Il est intéressant d'observer que Agache-Willot, par l'intermédiaire des non tissés est amené à aborder le domaine de la papeterie, tandis que, inversement, un groupe initialement papetier comme Balamundi
(cf. chapitre 7) a progressivement abordé les revêtements de sols textiles
et fait maintenant des tapis tuft. L'évolution des technologies et la logique du marché abolissent les cloisonnements traditionnels entre les diverses branches industrielles.
- 492 -
LES IMPLANTATIONS
NOUVELLES A L'ETRANGER
Elles ont eu lieu dans les deux spécialités les plus anciennes
du groupe: l'industrie cotonnière et les articles d'hygiène. Les plus
importants investissements ont été effectués en Afrique Noire Francophone
et particulièrement en République Centrafricaine. Celle-ci avait été le
premier territoire de l'Afrique Equatoriale française où était apparue
l'industrie textile. Dès 1954, le groupe Gillet faisait fonctionner une
usine de filature et de tissage au pied de la centrale hydroélectrique de
Boali, à 90 kilomètres de Bangui. La production de cet établissement était
en partie destinée à couvrir les besoins du Tchad. Son activité demeure
modeste. En 1967, il a été racheté par le groupe Agache-Willot ; il n'a
pas accru ses équipements depuis, car le marché tchadien est maintenant ravitaillé par un complexe implanté à l'intérieur même de ce pays. En outre,
une nouvelle et importante usine a été édifiée par le groupe dans la capitale Centrafricaine, Bangui. C'est une unité intégrée dont la surface bâtie
est de 21.500 mètres carrés; elle produit aussi du coton hydrophile et
des couvertures. Avec l'usine de Boali, elle occupait, en 1973, 1.069
personnes. D'autres investissements ont été effectués dans ce pays dans le
travail de la roselle. L'implantation industrielle a été conditionnée par
le développement de la culture de cette manière première. Cette activité
occupait, en 1973, 150 personnes au total.
Deux autres complexes cotonniers de ce type ont été montés au
Niger et au Mali; le premier occupait, en 1973, 829 personnes et le second 711, dont seulement II Européens. Ces investissements africains se
sont montés, entre 1968 et 1973, à environ 150 millions de francs, ce qui
représente une somme égale a 40 % du total des investissements effectués
par le groupe, au cours de cette même période, dans ses unités industrielles
situées en France.
Les articles produits sont dans leur quasi-totalité absorbés par
les marchés des pays africains. Les statistiques douanières montrent que,
pour l'année 1974, c'est la République Centrafricaine parmi les pays africains où est implanté Agache-Willot qui a expédié le plus d'objets en coton
en France, le total ne s'est élevé qu'à 64 tonnes. Par l'ampleur de ses
investissements africains, Agache-Willot déplace une partie de l'industrie
- 493 -
cotonnière,
travail.
mais ne réallse pas une véritable division internationale
du
Aussitôt après avoir connu le succès dans les articles d'hygiène en non tissés, le groupe a entrepris de s'implanter à l'étranger. Après
une tentative sans lendemain faite aux U.S.A. un établissement a été
créé en Grande Bretagne, dans le Derbyshire. Cette unité emploie
quelques dizaines de salariés. Le plus récent investissement en ce domaine s'est localisé à Athènes où, en association majoritaire(53 %) avec
des capitaux grecs, un établissement de 2.000 mètres carrés a été construit.
Dans l'ensemble, le groupe Agache-Willot a réalisé beaucoup
d'investissements dans les techniques de production nouvelles, ce qui
reprèsente une forme de conversion interne. Entre 1968 et 1973, environ
40 % des sommes investies dans les filiales industrielles situées en
France ont concerné les non tissés, les matières plastiques au sens large,
ou le tapis-tuft.
LA REPARTITION
GEOGRAPHIOUE
DES EMPLOIS
En 1973, le groupe Agache-Willot occupait environ 28.000 personnes dont 14 % travaillaient à l'étranger. 72 % de ces dernières se
trouvaient en République Centrafricaine, au Niger et au Mali; moins de
6 % d'entre elles étaient occupés hors du continent africain et malgache.
Parmi les salariés exerçant leur activité en France, 8 % étaient
employés par le département distribution, les trois quarts de ceux-ci se
trouvant dans la région parisienne.
Les activités industrielles sont toutes situées en province.
Elles se rassemblent en quelques foyers principaux. L'arrondissement de
Lille est le principal d'entre eux avec environ 30 % du total; à l'~ntérieur de ce dernier c'est l'agglomération lilloise qui joue le rôle
essentiel. Le groupe a des implantations dans tous les foyers textiles
traditionnels de la région Nord-Pas-de-Calais,
à l'exception du Cambrésis.
- 494 -
TABLEAU NUMÉRO CINQUANTE
Q
RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES SALARIÉS DU GROUPE AGACHE-WILLOT TRAVAILLANT EN 1 7) DANS
-------------------------------------------------------------------------------------LES SOCIÉTÉS INDUSTRIELLES SITUÉES EN FRANCE,
---------------------------------------------
Agglomération
Lilloise
Agglomération
de Roubaix-Tourcoing
13,5 %
(.)
10 %
( •. )
5,5 %
VaIl ée de 1a Lys
Bassin
~1inier
...............................
7,5
%
Picardie
Vallée
Reste
de la Nièvre
·······
de 1a Somme
16 %
7,5 %
Agglomération
de Saint-Quentin..............
5 %
Agglomération
de Beauvais
3,5 %
Vallées
vosgiennes
15,5 %
et Est de la France
Senne ~1aritime
Reste
de la France
Ensemble
de la France
6,5 %
·····
3,5 %
100 %
(.) y compris les communes de Pérenchies et de Seclin
( .. )y compris la commune de Linselles
N.B. Le chiffre total s'élève à 22.440 salariés pour l'ensemble de la France
au 31.12.1974.
Répartition géographique des salariés des départements
AGACHE _WILLOT et des principales filiales commerciales
industriels du groupe
C.11
à l' étranger:
situation au 31.12.1973.
, et.lFRIQUE.
•
0 -"
•
100_16
•
200-_
•
OOO-HO
l__~_~~-
- 495 -
Il est également présent dans le Bassin '1inier. La vallée de la Nièvre
regroupe une part appréciable de cette catégorie de salariés du groupe.
Elle est plus importante, à elle seule, que l'ensemble des vallées vosgiennes réunies. Les régions programme Nord-Pas-de-Calais
et Picardie
contiennent les trois quarts de la main-d'oeuvre industrielle du groupe.
Ces départements oot une importance vitale pour le groupe et il est logique que son siège se trouve au sein de l'un d'entre eux, à Lille.
Agache-Hillot a peu de grandes us ines. Pérenchi es et Fl ixecourt
seules dépassent le millier de salariés et n'occupent que 14 % des travailleurs des départements industriels. C'est dans l'Est que la taille
moyenne des établissements est la plus faible, 19 unités y emploient au
total environ 3.500 personnes, et aucune usine ne dépasse les 350 salariés.
Cette caractéristique est en partie liée au fait que beaucoup d'implantations se trouvent dans des régions rurales ou dans des villes moyennes.
On peut d'ailleurs remarquer que, même dans les agglomérations de RoubaixTourcoi ng et de Lill e, 1es sa1ari és d' Agache-Hi 11ot se concentrent plutôt
à la périphérie de ces dernières à Linselles et à Pérenchies notamment.
LES CONSEQUENCES
GEOGRAPHIQUES
DE LA FORMATION DES GRANDS GROUPES POLY-
VALENiS.
Les similitudes observées dans leur comportement permettent de
dégager les conséquences géographiques globales de leur formation et des
politiques d'investissement suivies. Ces groupes restent encore essentiellement textiles. La restructuration de ce secteur ne s'est pas faite,
en France, à l'instigation des producteurs de fibres chimiques comme ce
fut le cas en Grande-Bretagne, après 1960, et comme cela commence à se
produire en Italie, sous l'impulsion de Montefibre, la filiale spécialisée
de Montedison ; sans oublier que l'E.N.I. a aussi des intérêts textiles
non négligeables, il contrôle, par exemple, l'importante firme lainière
Lanerossi.
Les grands groupes polyvalents investissent beaucoup dans les
nouvelles techniques de production. Ils le font presque uniquement en
France ou dans les pays industrialisés. Les implantations nouvelles dans
les activités traditionnelles, filature, tissage ou bonneterie utilisant
- 496 -
les procédés conventionnels, s'effectuent en bonne partie dans les pays
à bas salaires, qu'il s'agisse de l'Afrique Noire ou de l'Amérique du
Sud. Cela tend à modifier la répartition géographique des diverses branches
textiles, sans que le phénomène de la division internationale du travail
se manifeste encore beaucoup: on s'installe à l'étranger pour tourner les
barrières douanières, et l'on teste en France les nouvelles technologies.
Les restructurations se sont opérées, la plupart du temps, au
profit des établissements qui étaient déjà les plus vastes : on y avait
des terr.ains pour construire de nouveaux bâtiments plus rationnels, c'està-dire à un seul niveau. Ces grandes unités traditionnelles étaient parfois
intégrées et disposaient de services multiples, entretien, réparation etc ...
dont la proximité était un avantage. Roubaix-Wattrelos, Loos, Pérenchies,
Flixecourt en ont été les principaux bénéficiaires. Cette évolution confirme les vieilles localisations géographiques, non parce que la main-d'oeuvre
de ces centres présente des qualités ou une abondance particulière, mais en
raison de l'évolution historique qui a fait que les complexes les plus
vastes se sont généralement édifiés dans les régions où l'industrialisation
avait débuté le plus précocement au cours du dix-neuvième siècle.
Les investissements proprement textiles effectués en France ont
été en partie destinés à compléter l'intégration des qroupes. Cela a contribué à réduire le degré de spécialisation géographique de certaines activités. C'est ainsi que le Nord-Pas-de-Calais a bénéficié d'implantations
dans des branches qui y étaient assez peu représentées, que ce soit la
bonneterie ou l'inpression
des étoffes (cf. chapitre 9).
Les activités nouvelles, extrusion, tapis non tissés, articles
d'hygiène etc ... sont souvent localisées dans les vieilles régions textiles,
car elles constituent un moyen Rar lequel les groupes essaient d'atténuer,
les conséquences sur l'emploi, de leurs restructurations. Ce fait est dû
à l'existence même de la notion de groupe. Il est bien évident que, par
exemple, si le département hygiène d'Agache-Wi11ot avait été une société
indépendante spécialisée, il aurait été beaucoup moins incité à s'installer
à Linselles et à convertir le personnel de la filature de lin en cours de
- 497 -
fermeture.
Il est difficile d'évaluer les conséquences exactes des restructurations sur l'emploi. Si elles n'avaient pas eu lieu, les entreprises en
difficulté auraient complétement disparu. En additionnant leurs ressources,
les entreprises regroupées ont pu, lancer des investissements importants
dans des secteurs nouveaux, ce qu'elles n'auraient sans doute pas fait,
si elles étaient demeurées isolées. Il n'en reste pas moins que, globalement,que cela soit dû ou non spécifiquement ?ux restructurations, les
sociétés incluses actuellement dans les grands groupes polyvalents emploient
de nos jours, moins de monde qu'il ya 10 ans.
t~ême ces grandes fi rmes ne peuvent pl us, à ell es seul es, souteni r
l'économie régionale en fournissant un nombre croissant d'emplois industriels, comme le faisaient, dans le Nord-Pas-de-Calais,
les branches industrielles textiles tout au long du dix-neuvième siècle. Ces groupes ne
peuvent même pas assurer le maintien du nombre de postes de travail existant.
LES AUTRES TYPES D'ENTREPRISES
Les grands groupes polyvalents nécessitaient une étude particulière en raison de leur importance et de leur nouveauté.La variété de leurs
activités interdisait de les décrire dans les chapitres consacrés aux différentes branches. D'autre part, du fait même de leurs dimensions, tout
évènement les concernant reçoit un large écho et il est souvent plus facile
d'avoir des informations précises sur eux que sur beaucoup de firmes plus
petites.
Toutes les autres catégories d'entreprises, dont les caractéristiques sont rappelées dans le tableau n° 51, appartiennent à des types
traditionnels. Ceci ne veut pas dire qu'elles n'ont pas connu de changements, au cours des dernières années; elles ont parfois procédé à certaines opérations de restructuration, mais des firmes ayant leurs caractères
existaient déjà auparavant.
La catégorie des "groupes moyens" mérite d'être considérée avec
beaucoup d'attention.Ils représentent chacun un nombre important d'emplois.
- 498 Il subsiste pourtant un fossé entre eux et les grands groupes polyvalents
qui occupent au moins trois fois plus de personnel. Les groupes moyens
exercent la plus grande partie de leurs activités dans une des branches
traditionnelles du textile où ils intègrent souvent plusieurs stades de
production. Ils sont parfois cotés en Bourse, le plus souvent à Lille.
Leur taille, le fait qu'ils se situent généralement parmi les 10 principaux producteurs français dans leur spécialité,leur donnent d'incontestables facilités sur le plan financier. Ils ont un foyer de localisation
principal mais avec des unités dans d'autres régions françaises ou à
l'étranger. Quelques uns de ces groupes ont commencé à se diversifier dans
d'autres branches text il es ou même dans des activités autres. Leur devenir au cours des prochaines années sera un élément important de l'évolution du textile français: ou bien ils rejoindront les grands polyvalents
dont le poids deviendra écrasant, ou bien ils deviendront eux-mêmes des
pôles de regroupement et favoriseront le maintien d'un certain équilibre
entre les divers types de firmes. Cette éventualité n'est nullement à
exclure: Prouvost et Thiriez auraient, il y a quinze ans, fait partie de
cette catégorie.
Les grandes entreprises, telles qu'elles sont définies dans le
tableau n° 51, méritent le qualificatif de grandes, moins en raison du
nombre de leurs salariés, que parce qu'elles détiennent souvent une part
notable du marché où elles exercent leurs activités. Il leur arrive de
figurer parmi les 10 ou 15 premières firmes de leur branche, même dans
les industries importantes comme la laine ou le coton. Elles doivent
cette situation au fait qu'elles sont généralement présentes à un seul stade de fabrication, ou ne s'intéressent qu'à un seul type de produits. Cette
forte position leur confère un préjugé favorable auprès des institutions
financières;
elles sont rarement cotées en bourse. Elles peuvent faire
preuve de beaucoup de dynamisme. C'est une firme de cette catégorie qui a
été, par exemple, la première en France à utiliser des turbines à filer
tchécoslovaques (il s'agit des filatures du Sartel, cf. chapitre 8).
Dans la catégorie des firmes moyennes et petites des subdivisions
pourraient être introduites;
l'entreprise de moins de deux cents salariés repose presque toujours sur un ou deux dirigeants liés entre eux par
des liens de parenté étroits. L'affaire de 500 personnes dispose déjà d'un
petit état-major. La petite entreprise est souvent façonnière. Elle a un
seul établissement en règle générale et sa capacité financière est direc-
- 499 tement fonction de la forture personnelle de ses dirigeants propriétaires.
Ces firmes sont souvent liées à d'autres affaires par des accords multiples, complexes et variés. Elles sont spécialisées, mais souvent souples;
une enquête menée, en 1974, auprès d'une vingtaine d'entreprises de bonneterie de moins de 100 salariés, montrait que cinq d'entre elles avaient
profondément modifié la nature des articles fabriqués au cours des dix
dernières années.
Il est une catégorie qui n'est pas. envisagée par le tableau
n° 51, et qui existe pourtant, celle des entreprises textiles rattachées
à des groupes dont la principale activité est autre. Ces derniers sont
de taille très variée. Il serait un peu vain d'en établir un classement
systématique, car leur nombre est très réduit. Ils seront évoqués au fur
et à mesure de l'étude des branches. Le principal d'entre eux a déjà été
mentionné, puisqu'il s'agit du Britannique Courtaulds, à la fois présent
en bonneterie et en filature de type coton.
- 500 -
TABLEAU Nl.V"tROCII'tlUANTE ET UN
------------------------------
RËCAPITULATION
DES CARACTËRISTIQUES
DES DIFFËRENTS TYPES D'ENTREPRISES
TEXTILES,
--------------------------------------------------------------------------------
,
1
,
1
1
1
1
1
1
Gr-ând grouPf
polyvalent!
nombre de: nature des activités
salariés
+ ?O.OOO
1
1
1
1
1
1
Groupe de
taille moyenne
1
1
1
1
1
1
1
:capacité financière
: modalités de l'implan: tation géographique
1
1
1
1
1
1
multirégionale, de nombreux établissements à
de multiples branches !coté à la Bourse de
textiles et des acti- !Paris, accès facile
!au marché financier
vités autres
l'étranger.
1
1
1
2.000
à 10.000
essentiellement dans
une région avec des unités dans d'autres foyers
et (ou) à l'étranger
!parfois coté en Bourprésent essentiellement dans une branche !se crédits aisés autextile. Parfois des !près des banques
,
activités autres
1
1
1
1
1
Grande entreprise
à
1.000
2.000
présente à un stade
de fabrication, ou
dans une catégorie
d'articles rarement
des activités autres
localisation
!rarement cotée en
dans une
seule région
1
:Bourse
,
1
1
1
1
1
1
1
1
1
1
1
r'~oyenne
entreprise
500
activité spécialisée
localisation dans une
!dépend de la fortune
seule région
:personnelle du pro:priétaire pour l'essent
1
à
1.000
1
l
'
1
1
,
,
1
1
1
1
1
1
l
'
1
1
:tiel
Petite
entreprise
- 500
activité très spécialisée
:
:dépend uniquement de : un seul établissement
ou plusieurs dans une
ila fortune personnelle:
:du propriétaire
: seule ville
-------------------------------
- 501 -
LE PROBLEME DU RECRUTEMENT
DE LA ~~IN-D'OEUVRE
Pour subsister et se développer une industrie a besoin de recruter aisément les différentes catégories de travailleurs dont elle a besoin. Cela est
particulièrement important pour le textile, car cette activité comporte des postes non-automatisés. De plus, étant donné qu'elle ne nécessite ni infrastructures
particulières de transport, ni vastes espaces pour installer ses équipements,
elle est relativement ubiquiste. Parmi les m~ltiples localisations possibles,
elle sera attirée par celles qui offrent des ressources en personnel abondantes.
Lorsque l'on se trouve en présence d'implantations anciennes, comme c'est le cas
dans le Nord-Pas-de-Calais,
il faut se demander si l'évolution démographique, sociale et économique actuelle de cette région permet encore au textile d'attirer
de la main-d'oeuvre.
Cette étude ne saurait être menée de façon globale, à l'échelle de l'ensemble de la région, car, comme l'a montré le chapitre deux, chacun des foyers
principaux présente des caractéristiques particulières, à la fois en ce qui concerne le nombre et la nature des emplois. Les différentes branches textiles sont
géographiquement, très inégalement réparties. Il faut, en outre tenir compte du
contexte propre à chacun de ces foyers: le marché du travail de Lille est très
différent de celui de Calais ou de Fourmies, et une usine textile, même si elle
appartient à la même branche, ne rencontrera pas les mêmes problèmes selon qu'elle
sera implantée dans l'une au l'autre de ces villes.
Cette étude porte plus particulièrement sur le centre de Roubaix-Tourcoing. Celui-ci est de loin le plus important de la région et il présente un
échantillon d'un grand nombre d'industries textiles, ce qui permet de mieux
apprécier les différences souvent considérables qui existent entre les diverses
activités. En second lieu, ce foyer est celui pour lequel on dispose du meilleur
arsenal statistique.
- 502 -
L'exemple du foyer de Roubaix-Tourcoing.
En ce qui concerne l'origine géographique de la main-d'oeuvre,
le Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing a des données très intéressantes parce qu'elles ont été élaborées pendant une assez longue période
suivant les mémes critères (.) . Le personnel des entreprises rattachées à
ce Syndicat est ventilé en cinq catégories, en ce qui concerne son origine
géographique
:
1° Les Français résidant dan~ l'agglomération de Roubaix-Tourcoing. celle-ci correspondant au ressort du Syndicat Patronal Textile
(cf. chapitre deux).
2° Les Français résidant en France, mais en dehors de cette agglomération. Cela comprend aussi bien les travailleurs qui vivent à Béthune
que ceux domiciliés à Marcq-en-Baroeul ou à Lens. Dans la pratique. cette
catégorie inclut essentiellement du personnel venant de la région minière.
3° Les étrangers originaires des pays européens et résidant en
France. On distingue ceux qui vivent dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing de ceux qui habitent au dehors. Ces derniers sont très peu nombreux
et peuvent être regroupés avec les précédents pour simplifier la monenclature.
4° Le personnel originaire
des pays africains.
5° Les Frontaliers de toutes nationalités, c'est-à-dire les ~lariés domiciliés en Belgique et travaillant dans l'agglomération de RoubaixTourcoing. Dans leur immense majorité évidemment ce sont des Belges, mais
l'on peut rencontrer parmi eux un certain nombre de Français domiciliés en
Belgique.
Cette statistique a été établie avec preclslon, depuis les années 1950. pour chaque branche textile et par niveau de qualification. Elle
ne concerne toutefois que les entreprises adhérant à ce syndicat. Celles-ci
(.)
Cette documentation
est en partie manuscrite,
mais cet organisme
aimablement accepté de la laisser consulter par l'auteur.
a
- 503 -
sont très nombreuses, environ 90 % du total, mais avec des variations dans
le temps et suivant les branches. Les chiffres indiqués concernent pratiquement la totalité des effectifs dans les industries lainières; les pourcentages calculés sont significatifs, en raison d'une représentativité toujours
supérieure
à 50 % ( • ).
Les différentes rubriques de cette classification sont restées
identiques, ce qui est un avantage précieux, mais, dans la pratique, leur
contenu s'est parfois modifié. En 1971, le Syndicat Patronal Textile de
Roubaix-Tourcoing a fusionné avec celui de la Vallée de la Lys, qui couvrait la région d'Halluin. De ce fait, les statistiques globales publiées
depuis cette date concernent la totalité du nouveau ressort et ne sont plus
exactement comparables avec celles établies antérieurement_ Le Syndicat
continue toutefois à dresser, de façon manuscrite, des tableaux correspondant aux anciennes limites, ce qui permet d'assurer l'homogénéité des données, à une exception près: la catégorie n° l englobe maintenant les salariés qui résident dans les communes qui faisaient partie du Syndicat de la
Vallée de la Lys. Cela signifie que la rubrique n° 2 correspond davantage
encore au personnel venant du Bassin Houiller. Si les chiffres cités révèlent, après la date de cette fusion, une légère baisse des pourcentages
des"Français résidant hors de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing", celleci n'est pas significative, car elle risque d'être due essentiellement à
l'extension des limites de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing.
La catégorie "Etrangers originaires des pays Européens, et vivant
en France" comprend de multiples nationalités dont l'importance relative a
beaucoup évolué, au cours de la période étudiée. On rencontre, du point de
vue qui nous intéresse, deux types de population:
des résidents temporaires
et des permanents. Les seconds sont relativement nombreux en 1954, ce sont
des Belges fixés depuis longtemps et qui ont conservé leur nationalité, ou
des gens issus de mariages mixtes. Ce sont les derniers échos de la grande
vague de migrations venues de la Belgique. Ce sont parfois aussi des citoyens
polonais, Dans les deux cas,. on est en présence de gens définitivement fixés
( . ) Cf. à ce sujet l'étude citée de BIEGANSKI.
- 504 -
sur place, et dont le comportement est tout à fait identique à celui de la
population de nationalité française. Ce premier ensemble connait une extinction progressive. Ces étrangers, ou leurs enfants, acquérant progre~sivement la citoyennp.té française. L'autre type d'étrangers rorrespond aux
résidents, en principe, temporaires. En1954, il s'agissait surtout d'Italier.s
de nos jours, les plus nombreux viennent de la péninsule ibérique. Ce sont
souvent des gens qui n'ont aucune expérience du travail industriel. Ils
envoient une partie de leurs salaire~ dans leur pays d'origine;
de ce fait,
ils constituent un moindre marché de consommation pour l'économie régionale
et réduisent les effets que l'industrie textile locale peut avoir en tant
que fournisseur -de pouvoir d'achat (. ). Ces immigrés temporaires constituent,
à l'heure actuelle, la grande majorité des effectifs inclus dans la rubrique 3.
L'intitulé
de la rubrique 4 avait été conçu pour englober les
salariés uriginaires d'Algérie, même lorsque ce territoire était encore sous
administration française, de telle sorte que cette série statistique est
effectivement
restée constante
dans le temps.
La rubrique n° 5 correspondait,
dans les années 1950, presque
uniquement à des travailleurs nés en Belgique et citoyens de ce ~ays. De nos
jours, elle englobe un certain nombre de Français ayant choisi de résider
en Belgique. Ceci modifie quelque peu le contenu de cette catégorie et vient
grossir ses rangs de personnes dont l'appartenance à la famille des "Frontaliers" n'a pas la même signification
L'existence
géographique.
de cinq catégorie_s d i tf'êrentes
pouvant évoluer de
façon variée rend les comparaisons difficiles entre les branches, ou au
cours des années, Il est tentant, dans ces conditions, de chercher à établir
une formule permettant d'exprimer, à l'aide d'un seul chiffre, l'ensemble
du phénomène;
un peu à la façon dont l'indice de la production industrielle,
par exemple, résume les changements d'activité observés dans l'ensemble des
( ,) En 1968 encore, le recensement montrait que le tiers environ des étrangers de nationalité européenne domiciliés dans l'agglomération de RoubaixTourcoing avaient la nation~lit~ italienne.
- 505 -
branches. Ce système oblige à établir une pondération, nécessairement arbitraire, c'est pourquoi, sans renoncer à sa commodité, on a cité et analysé
les données de base.
Si une industrie est en équilibre avec la population de son
agglomération d'implantation, elle y trouve la totalité de son personnel,
sinon elle le fait venir d'horizons de plus en plus lointains:
les régions
avoisinantes, l'étranger ... Cette idée simple a été appliquée au cas présent
le pourcentage des travailleurs appartenant à· la première rubrique est multiplié par 1, ce sont les résidents permanents;
si l'industrie peut se contenter de faire appel à eux, le coefficient d'équilibre est de 100. Cela
signifie que la branche ne connaît pas, dans l'immédiat, de problème grave
de recrutement
de main-d'oeuvre.
Etant donnée la situation géographique de Roubaix-Tourcoing, une
partie de l'agglomération de ces deux villes se trouve, en fait, située en
Belgique. Pour cette raison, il est normal que le textile attire un certain
nombre de salariés résidant dans ce pays. Toutefois, on l'a vu, une partie
de ceux-ci n'habitent pas à proximité immédiate de la frontière;
ils ne sont
pas complètement en marge de la zone d'influence normale de Roubaix-Tourcoing,
mais la frontière affaiblit cette dernière, ne serait-ce que dans la mesure
où ces frontaliers effectuent chez eux une très grande partie de leurs achats.
Pour tenir compte de cette situation un peu particulière, leur pourcentage
est multiplié par le coefficient 0,75.
La rubrique n° 2 correspond essentiellement, quoique pas uniquement, aux travailleurs venant du Bassin Minier. Ceux-ci habitent vraiment
en dehors de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing, dont ils sont séparés par
le foyer lillois. Ils ne viennent presque toujours que pour travailler, et
remontent dans leurs autobus spéciaux immédiatement à leur sortie de l'usine.
Ils résident de façon permanente à quelques dizaines de kilomètres seulement
de Roubaix-Tourcoing mais n'auraient pas autrement à s'y rendre normalement,
ne serait-ce qu'en raison de la beaucoup plus grande importance de Lille en
tant que centre de services. Leur pourcentage est multiplié par le coefficient 0,50.
- 506 des catégories
Les étrangers
3 et 4 viennent de pays beaucoup
plus lointains, et ne sont pas fixés de façon définitive. Ils occupent
presque automatiquement les emplois délaissés par les habitants permanents
faire appel aux immigrés signifie que l'industrie n'attire plus que la partie la plus instable de la population;
elle est donc faiblement en harmonie
avec son milieu social environnant.Les pourcentages de ces deux catégories
sont multipliés
par le coefficient
0,25(.).
Après avoir multiplié les différents pourcentages des cinq groupes de population par les coefficients indiqués, on fait la somme et l m obt lent
ce qui sera appelé dorénavant le "coefficient d'équilibre" de la branche
textile ou de la famille d'emplois considérés. Ce coefficient est au mieux
de 100, dans la plus mauvaise des hypothèses, il ne serait plus que de 25.
On peut évidemment discuter la valeur de ce système. Il raut y voir un indicateur, un peu sommaire certes, mais non dépourvu de signification, pour
peu que l'on tienne compte de la manière dont il a été calculé.
Si le coefficient
est faible, cela montre que l'industrie
n'est
pas ou n'est plus adaptée à son environnement humain; ceci constitue pour
elle une incitation à se déplacer, particulièrement dans le cas du textile
qui dispose d'une mobilité géographique potentielle assez importante.
Les fai ts.
Le tableau n° 52 permet de suivre l'évolution
de l'origine
géo-
graphique de l'ensemble du personnel de ce foyer textile. En B54 déjà, Roubaix et Tourcoing faisaient appel dans une proportion notable à de la maind'oeuvre qui n'était pas originaire de leur agglomération. Cette situation
(.)
On pourrait
de pondération
comprennent
Italiens
se demander
slil
convient
pour ces deux catégories
des Belges
qui ne viennent
évidemment
fixés plus ou moins définitivement.
que ces éléments
deviennent
Chez les Africains
10 ou 15 ans;
rigine,
ils commencent
bilité,
à l'heure
ensuite
installés
depuis
dans leur pays d'o-
semi-permanente.
la part de ces différents
il a semblé plus simple et plus prudent
buer la même pondération.
toutefois,
au sein de ce groupe,
des travailleurs
par se retirer
d'évaluer
les Européens
pas de très loin, et des
Il faut remarquer,
à former une population
actuelle,
les deux catégories,
maintenant
s'ils finissent
le même coefficient
puisque
de plus en plus minoritaires
on rencontre
même
de prendre
d'étrangers,
Dans l'impossiéléments
dans
de leur attri-
- 507 -
n'était pas une nouveauté:
elle a existé dès le siècle dernier (cf. chapitre
trois). Il est frappant de constater que le pourcentage des autochtones s'abaisse notablement entre 1955 et 1974 : il diminue exactement de 10 % entre ces
deux années, bien que la définition de cette catégorie soit devenue plus large
en fin de période. Une chute s'observe entre 1956 et 1959 ; les pourcentages
continuent de décroître ensuite jusqu'en 1963. On assiste à une phase de stabilisation entre 1964 et 1970, et l'on enregistre finalement à nouveau une baisse
appréciable dans les années récentes. Cette évolution n'est pas due à l'augmentation des besoins en personnel qui aurait obligé l'industrie textile à faire
appel à de la main-d'oeuvre extérieure, la porulation locale ne pouvant suffire,
à occuper tous les postes disponibles. On remarque, au contraire, que de 1955 à
1974 l'effect\f global des salariés diminue de 40 %. On enregistre en fait une
certaine désaffection des résidents permanents vis-à-vis des branches textiles.
Si le nombre de ces derniers était resté constant, en valeur absolue, entre les
deux années extrêmes du tableau n° 52, ils constitueraient la totalité de la
main-d'oeuvre, au 31/12/1973. Le dynamisme démographique de l'agglomération de
Roubaix-Tourcoing dans les années 1950, marqué par un taux de natalité élevé
(21 %.en 1954 par exemple) aurait facilement permis le maintien du nombre des
autochtones dans l'industrie textile. C'était d'ailleurs ce que prévoyait et expérait une grande partie des milieux dirigeants.
On assiste à une très forte chute de l'importance
relative des Fronta-
liers : jusqu'en 1962, ils représentaient plus de la moitié des travailleurs
n'appartenant pas à la catégorie n° 1 ; par la suite, leur proportiondiminue sans
cesse. En 1974, ils ne forment plus que le groupe le moins nombreux parmi les
salariés non-autochtones. La situation s'est complètement renversée en une décennie. Le personnel de la catégorie II, c'est-à-dire essentiellement les gens résidant dans le Bassin Minier, double en importance relative entre 1956 et 1970. La
stagnation constatée par la suite n'est pas significative car elle est due à
la disparition de ce groupe de travailleurs venant d'Halluin et de ses environs.
- 508 TABLEAU W 52
INDUSTRIES TEXTILES
EVOLUTION DE L'ORIGINE GEOGRAPHIQUE DES SALARIES DES
DE L'AGGLOMERATION DE ROUBAIX-TOURCOING ENTRE 1954 et 1974
Source
Situation au
31.12 ...
Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing
Nombre total
des salariés
1954
1955
1956
1957
1958
1959
1960
1961
1962
1963
1964
1965
1966
1967
1968
1969
1970
1973
79.310
76.384
78.932
80.142
73.177
74.281
74.444
74.072
72.973
73.173
66.571
63.212
63.652
55.930
53.155
53.172
50.601
47.717
coefficient
origi ne géographique du oersonnel en
d'équilibre (a)
pourcentage du total
V
IV
III
II
86,8
16,1 %
2,70 %
5,40 %
6
%
69,80 %
87
16,7
~~
4,90 % 2,90 %
5,60 %
69,90 %
86,2
4,40 7, 2,90 % 20,8 'l,
6,20 %
65,70 %
83,8
24,2
%
2,40
%
4,40 %
6,40 %
62,60 %
'1,
84,2
24,1
2,10
~o
4,40 %
5,60
63,80 %
84,3
22,5
%
%
3
4,40
%
63,90 % 6,20 %
or
83,7
62,60 % 7,40 % 4,40 % 3,40 % 22,2
'c
83,7
21,7
3,40
%
4,30
%
8,20
%
62,40 %
83,7
20,1
%
3,80
%
4,70
%
9,60
%
'10
61,80
81,7
17,6 %
5,60 %
5,40 %
59,90 ~~Il.50 %
81,9
16,4
5,70 %
5,50 or/,
61,50 % 10,90 %
81,5
14,7 %
6,40 %
6,10 %
61,70 % 11,10 %
80,5
13 %
%
61,20 % 12,10 % 6,70 %
80,3
12,9 %
6,80 %
6,90 %
62,10 ~~11,30 %
11 ,6 ~~ 79,2
7,90 %
7,30 %
61,90 % 11 ,30 %
78,9
9,7 ~b
%
9
8,10 %
%
61,20 % 12
78,4
8,8
%
%
8,80 % 9,10
61,40 % Il,90 %
75,4
6,5
%
10,80
%
59,80 % Il,60 % 11 ,30 %
'1
10
/C
~o
_ Français résidant dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing (pour la délimitation de cette dernière, se reporter au texte).
II - Français résidant en dehors de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing, mdis en
France.
III - Etrangers originaires des pays européens et vivant en France.
IV - Travailleurs originaires d'Afrique.
V - Frontaliers
(a) - Pour le mode de calcul de ce coefficient et sa signification,
au texte.
SE:
repo)'ter
- 509 -
Les Etrangers originaires
des pays européens déclinent d'abord
légèrement puis connaissent un accroissement sensible au cours de la seconde décennie étudiée, cela correspond à l'arrivée massive des immigrants
venant du Portugal. La progression la plus remarquable est celle du personnel africain : son pourcentage quadruple entre 1955 et 1974, ce qui
correspond à une augmentation de plus de 100 %, en valeur absolue; aucune autre catégorie ne réalise une telle performance. En résumé, l'on
peut dire que l'on a assisté au remplacement d'une main-d'oeuvre vivant à
Roubaix-Tourcoing, ou à proximité, par des travailleurs pour la plupart
immigrés. Il y a eu accentuation du déséquilibre entre les emplois souhaités par la population permanente de l'agglomération et ceux offerts par
les industries textiles. Cette évolution est bien représentée par notre
coefficient d'équilibre dont les valeurs décroissent pratiquement sans
interruption
depuis 1955.
Ce phénomène est grave, il mérite par conséquent une étude plus
détaillée d'autant qu'il n'affecte pas de la même façon toutes les branches
textiles et toutes les catégories
d'emplois.
Le tableau n° 53 montre les fortes différences qui existent,
en 1974, lorsque l'on ventile les salariés selon ce second critère. Les
cadres et ingénieurs sont, à plus de 90 %, des Français vivant dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing. Les catégories Il et V correspondent en
grande partie également à des Français, mais qui ont préféré se loger ailleurs, à Marcq-en-Baroeul, par exemple. ou en Belgique. Ce type d'emploi
est en équilibre complet avec la population régionale. Il en va de même
pour les employés:
les étrangers représentent seulement 5 % du total et
sont alors, pour la plupart des Belges. Un peu moins de 90 % des techniciens sont Français et vivent à Roubaix-Tourcoing. mais presque tous les
autres sont des frontaliers de sorte que le coefficient d'équilibre reste,
pour ce type d'emplois. supérieur à 96. On constate que. en raison de leur
bon niveau de formation générale et de leur ancienneté, les frontaliers
peuvent accéder aux postes requérant les meilleures qualifications. Ils
sont également relativement nombreuK parmi les agents de maîtrise formant
près de 15 % du total de ces derniers. Ce pourcentage global n'est toute-
- 510 -
TABLEAU N° 53
REPARTITION
PERSONNEL
PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE
ET PAR NIVEAU DE QUALIFICATION
DES INDUSTRIES TEXTILES DE L'AGGLOMERATION
DU
DE ROUBAIX-TOURCOING
AU 31.12.1973
Source
Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing.
Coefficient
d'équilibre
Origine géographiq~e
Niveau de
qualification
II
V
III et IV
Ingénieurs et cadres
92,50 %
2,00 %
1,50 %
3,50 %
95,7
93,
%
2,00 %
1,60 %
3,40 %
96,5
Employés
88,50 %
0,50 %
2,00 %
9,00 %
93,8
Techniciens
78,40 %
(a)
2,00 %
5,00 %
14,60 %
91,8
Agents de maîtrise
II
Personnel ouvrier
IV
III
14,90 % 7,00 %
68,6
% 7,00 %
62,2
0,90 % 7,00 %
76,7
- ensemble
48,50 %
14,60 %
15,
%
- Hommes
42,50 %
7,50 %
17,
% 26
- Fenmes
56,70 %
22,50 %
12,9 %
V
(a) 86 % sans le peignage.
_ Français résidant dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing.
II _ Français résidant en France, en dehors de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing.
III _ Etrangers
originaires
IV _ Etrangers originaires
des pays Européens et vivant en France.
d'Afrique et résidant en France.
V - Frontaliers.
6 b
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OUVRIER nES PRINCIPAlES
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EVOLUTION
DE LA REPARTITION PAil
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~'orllult ,Imalnt
frontalltrs
ORIGINE GEOGRAPHIQUE DU PERSONNEL DES INDUSTRIES
TEXTILES
DE L'AGGLOMERATION
DE ROUBAIX-TQURCOING
- 511 -
fois pas représentatif de l'ensemble des industries textiles, car il est
dû en grande partie au peignage de la laine: 57 % des agents de maîtrise
dénombrés appartiennent en effet à cette seule branche. Cette situation
particulière est due à l'ancienneté et à l'importance des frontaliers parmi les salariés du peignage. Pour les reste des activités textile, 86 %
des agents de maîtrise sont des Français de Roubaix-Tourcoing. Il est à
noter, toutefois, que quelques étrangers vivant en France accèdent maintenant à ce type de fonction. Pour toutes les catégories d'emplois qui
viennent d'être énumérées, il n'y a pas de problèmes graves de recrutement, ce que confirme l'existence de coefficqents d'équilibre toujours
supérieurs à 90. Dans la mesure où l'évolution technique et commerciale
accroît l'importance relative des postes de travail de ce genre, elle
tend à renforcer l'enracinement géographique des industries concernées.
Les ouvriers qui représentaient, en 1959, 82,3 % de l'ensemble du personnel n'en formaient plus que 71 %, au début de 1974.
Le problème du recrutement se pose de façon aigüe pour le personnel ouvrier: en 1974, on peut dire que la majorité absolue d'entre
eux n'est plus composée par des Français de Roubaix-Tourcoing;
un tiers
est constitué de travailleurs immigrés. Les Frontaliers ne jouent plus
qu'un rôle faible: le tableau n° 53 montre qu'ils sont deux fois moins
nombreux que les ouvriers venant du Bassin Minier. A l'intérieur même de
cette catégorie de salariés des nuances importantes s'observent. Une distinction est à faire entre le personnel masculin et le féminin: près des
trois cinquièmes des ouvrières sont françaises et habitent Roubaix-Tourcoing, près d'un quart vient des mines. Il convient de remarquer le pourcentage relativement important des étrangères "originaires des pays européens et domiciliées en France". Leur effectif représente plus de la moitié
de celui qui provient du Bassin Houiller et près du double de celui des
Frontalières. Chez les hommes, la situation est nettement plus mauvaise
les étrangers domiciliés en France sont pratiquement aussi nombreux que
les Français résidant à Roubaix-Tourcoing;
les Nord-Africains occupent
une place appréciable et forment le second groupe, parmi les cinq identifiés par la statistique utilisée. On peut remarquer que ces pays ne fournissent que de la main-d'oeuvre masculine.
- 512 -
s'établissent à partir du Bassin Minier ne sont plus exclusivement féminimes et comprennent, pour une part, des hommes. Schématiquement, on peut
dire que vient des mines un nombre d'ouvriers masculins aussi nombreux
que de Belgique. Cela représente une transformation très considérable par
rapport à la situation que l'on rencontrait encore au cours de la décennie
1950-1960.
Ces difficultés
de recrutement
du personnel ouvrier affectent
inégalement les différentes branches. Le tableau n° 54 permet de préciser
ce fait; le n° 55 résume les observations détaillées du précédent à travers les variations du coefficient d'équilibre. Trois remarques générales
sont à faire immédiatement
1) Dans presque toutes les branches, la part des_Français
de
Roubaix-Tourcoing décline au cours de la période envisagée. C'est bien
l'ensemble du textile de cette agglomération qui éprouve des difficultés
croissantes
pour recruter les ouvriers dont il a besoin.
2) En règle générale,
ce sont les branches où la situation
était déjà la plus difficile dans les années 1950 qui enregistrent les
détériorations les plus fortes de leur coefficient d'équilibre:
une chute
de plus de II points entre 1959 et 1973 ne s'observe que dans les activités où les valeurs du coefficient étaient déjà inférieures à 85, au début
de la période étudiée.
3) On constate des écarts considérables entre les diverses
branches et ceux-ci, en fonction de la remarque précédente, ne font que
s'accro~tre : en 1959, le coefficient de la filature de coton était inférieur de 27,2 points â celui de la bonneterie. En 1973, la différence
est de 32,6 bien que la situation de l'industrie de la maille elle-même
se soit détériorée.
On se trouve en face d'un problème commun à l'ensemble du
textile mais aggravé par des difficultés spécifiques propres à certaines
branches.
- 513 TABLEAU
EVOLUTION
DE LA REPARTITION
DES INDUSTRIES
Syndicat
Source
Acti vi tés
TEXTILES
Patronal
W
54
PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE
DE L'AGGLOMERATION
DU PERSONNEL
OUVRIER
DE ROUBAIX-TOURCOING
Textile de Roubaix-Tourcoing
II
Année
(au 31.12)
III
IV
V
Ensemble des
branches
1959
1969
1973
58,10 %
53,10 %
48,80 %
7,10 %
15,00 %
14,60 %
5,00 %
9,90 %
15,00 %
3,60 %
Il,60 %
14,90 %
26,20 %
10,40 %
6,70 %
Filature de
Coton
1959
1969
1973
35,90 %
26,70 %
24,50 %
3,50 %
20,30 %
39,60 % .''7,50 %
36,20 % 13,00 %
4,00 %
14,40 %
20,00 %
41,7J %
11,80 %
6,30 %
Peignage de la
Laine
1959
1969
1973
30,50 %
29,50 %
26,50 %
3,50 %
14,90 %
18,00 %
8,50 %
10,70 %
13,20 %
8,20 %
28,80 %
32,30 %
43,90 %
16,10 %
10,00 %
Filature de la
laine peignée
1959
1969
1973
57,90 %
50,70 %
48,10 %
11,60 %
19,20 %
17,00 %
3,70 %
12,40 %
19,20 %
1,30 %
6,70 %
8,20 %
25,50 %
11,00 %
7,50 %
Filature de
Cardé
1959
1969
1973
57,60 %
47,50 %
45,60 %
4,60 %
5,10 %
l,DO %
7,00 %
12,30 %
15,50 %
4,90 %
22,10 %
29,50 %
25,90 %
13,00 %
8,40 %
Teintures sur
matières et fils
1959
1969
1973
58,10 %
50,90 %
45,50 %
3,30 %
11,00 %
12,50 %
7,20 %
11 ,30 %
13,50 %
9,30 %
17,30 %
23,00 %
22,10 %
9,50 %
5,50 %
Teinture et apprêts des ti ssus
1959
1969
1973
67,80 %
57,40 %
52,50 %
0,50 %
3,90 %
3,10 %
8,90 %
14,40 %
19,00 %
5,70 %
16,80 %
21,20 %
17,10 %
7,50 %
4,20 %
... f ...
- 514 -
5,20 %
9,20 %
Il,40 %
15,20 %
24,90 %
10,30 %
9,40 %
13,90 %
8,00 %
3,90 %
4,60 %
8,00 %
1,70 ~
4,80 %
7,00 %
22,50 %
10,90 %
6,00 %
3,30 %
6,30 %
5,20 %
4,00 %
7,40 %
12,20 %
1,10 %
4,20 %
6,00 %
16,90 %
9,10 %
6,80 %
81,60 %
82,00 %
78,60 %
0,60 %
0,50 %
0,80 %
4,40 %
4,30 %
6,20 %
5,20 %
8,30 %
13,40 %
8,00 %
6,10 %
1959
1969
1973
76,30 %
80,40 %
71 ,60 %
0,20 %
0,10 %
1,20 %
3,70 %
7,50 %
14,70 %
0,70 %
2,50 %
7,20 %
19,10 %
9,50 %
5,20 %
1959
1969
1973
88,60 %
79,70 %
76,50 %
3,10 %
12,50 %
13,50 %
2,60 %
3,70 %
5,40 %
0,10 %
0,70 %
1,20 %
5,60 %
3,40 %
3,40 %
1959
1959
1973
63,70 %
71,70 %
64,00 %
Tissage des
Couvertures
1959
1969
1973
71 ,90 %
65,80 %
71 ,00 %
Tissage habil1ement
1959
1969
1973
74,70 %
73,00 %
70,00 %
Tissage ameublement
1959
1969
1973
Tissage des
tapis
Bonneterie
Tissage du
Coton
2,90 %
3,30 %
8,80 %
_ Français résidant dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing.
II - Français résidant en France et en dehors de l'agglomération
III - Etrangers originaires
IV - Etrangers originaires
V - Frontaliers.
de Roubaix-Tourcoing.
des pays européens et résidant en France.
des pays africains et résidant en France.
- 515 TABLEAU N° 55
EVOLUTION DU COEFFICIENT
D'EQUILIBRE
DU PERSONNEL OUVRIER DES PRINCIPALES
BRANCHES DES INDUSTRIES TEXTILES DE L'AGGLOMERATION
Branche
Situation
au 31.12 ...
DE ROUBAIX-TOURCOING.
(valeur du coefficient)
1959
1969
1973
Evolution du
coefficient entre
1959 et 1973.
Fil a ture de
Coton
68,9
60,9
54,9
- 14,9
Peignage de la
Laine
71 ,8
58,9
56,8
- 15
Fila ture de laine
peignée
84
74,2
69,2
- 14,8
Fil ature cardée
82,4
68,6
63,2
- 19,2
Teinture des matières et fils
80,5
70,6
65,3
- 15,2
Teinture des
tissus
84,4
72,9
67,2
- 17,4
Tissage du
Coton
85,3
83,7
77,6
-
7,7
Tissage des
Couvertures
90,3
83,1
83
-
7,2
Tissage
Habillement
90,4
85,9
82,1
-
8,3
Tissage
Ameublement
92,8
90,5
87,2
-
5,6
Tissage des
Tapis
91,7
91,1
81,6
- 10,1
Bonneterie
96,1
89,4
87,5
-
8,6
- 516 -
Dans le peignage, les frontaliers constituaient traditionnellement le groupe le plus nombreux. Leur pourcentage se réduit, entre 1959
et 1973, de près des quatre cinquièmes. Les Français de Roubaix-Tourcoing
représentent maintenant seulement le quart du total des ouvriers. Cette
activité dépend, par conséquent, essentiellement d'un personnel dont l'origine est de plus en plus extérieure à l'agglomération. La filature du coton connaît une situation assez analogue: les frontaliers diminuent des
six septièmes; l'origine principale du personnel se situe désormais dans
le Bassin Minier, car les femmes représentent la majorité de la maind'oeuvre de cette branche, contrairement à ce qui se passe dans le peignage de la laine.
La filature de la laine peignée offre une situation meilleure,
encore que les Français de Roubaix-Tourcoing n'y constituent plus la majorité de la main-d'oeuvre ouvrière. Il convient de noter l'importance
considérable acquise par les travailleurs immigrés: ils représentaient
5 % de l'effectif total en 1959, ils en constituent plus du quart en 1973,
et dépassent les Frontaliers et les gens du Bassin Minier, même si l'on
regroupe ces deux dernières catégories de population.
explique
centage
Mines;
ture de
La filature de cardé est essentiellement masculine, ce qui
ses particularités par rapport au cas précédent: plus fort pourde gens venant des pays africains, absence de ramassage dans les
autrement l'évolution d'ensemble est la même que celle de la filalaine peignée.
Les deux branches de l'industrie de l'ennoblissement, la teinture sur matières pas encore travaillées ou sur fils, et la teinture et
l'apprêt des tissus, ont connu une évolution similaire: réduction sensible du rôle des Français de Roubaix-Tourcoing, qui avoisine seulement la
moitié du total à l 'heure actuelle; quasi disparition des frontaliers et
importance grandissante des travailleurs immigrés, particulièrement des
Africains. Il est à noter que, comme on l'avait déjà constaté en 1~54,
la situation de la branche teinture et apprêts est meilleure que celle
o.n.
, Hecll! de chacun desZsèus
hlaturedela1Aepelgnee
!llaturedecardi
40
telnlure
[0
o
sur maueres
IIssageducGtGn
t,ssag.dtsCGunrluru
IIssagt
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hommes
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du
dt Roubaix lGurCGlng
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lu .1ftLh!s
5 frontall.rs
afneolll"s
d. l el 4 onl 'te rtlrGupu
en raIson d. la faIblesse dIS tff.ct,fs
it
REPARTITION PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE
INDUSTRIES
habillemenl
lapis
.lrangtrsdGrll,nt.urGpunnt
francaisd'aulrtsr'gIGns
..
lissage
lacal'gorlt
DU PERSONNEL OUVRIER MASCULIN
TEXTILES
DE ROUBAIX-TOURCOING.
4
ET FEMININ DES
SITUATION
AU 31-12-1973
- 517 de l'autre section de l'ennoblissement.
Parmi les activités qui bénéficiaient d'un coefficient d'équilibre égal ou supérieur à 85, en 1959, deux types d'évolution se dégagent: en tissage coton et couvertures, le ~ourcentage des Français de
Roubaix-Tourcoing est resté pratiquement constant, on a simplement assisté
à un remplacement des frontaliers par des travailleurs immigrés, et aussi
par quelques personnes venues des mines dans le cas de la production des
couvertures. Dans cette branche, toutefois, les effectifs sont peu importants et les pourcentages peuvent varier, par suite du remplacement d'un
petit nombre de salariés (l'effectif ouvrier total est, en 1973, inférieur
500).
Dans les autres branches du tissage, et en bonneterie, on
observe, en plus du phénomène précédent, une certaine diminution de l'importance de la catégorie l, les Français de Roubaix-Tourcoing. La bonneterie se distingue par un appel relativement considérable à la main-d'oeuvre du Bassin Houiller, ce qui se comprend pour une branche essentiellement
féminine.
Les tableaux n° 56 et 57 font apparaître que, au déb~t de 1974,
les difficultés de recrutement n'étaient pas aussi aigues pour le personnel
ouvrier féminin que pour le masculin. La remarque fatte à partir des pourcentages concernant l 'ensembè du foyer textile de Roubaix-Tourcoing est
valable également au niveau des différentes branches prises individuellement. Le coefficient d'équilibre des ouvrières est toujours nettement
supérieur à celui des hommes à une seule exception près, celle de la bonneterie. Dans cette dernière activité les hommes sont peu nombreux. ils
ne représentent que 15,6 % du total et occupent en général des emplois
de personnel d'entretien.
La supériorité générale des coefficients d'équilibre concernant le personnel ouvrier féminin s'explique à la fois par le pourcentage
toujours supérieur, sauf en bonneterie, de la main-d'oeuvre française de
Roubaix-Tourcoing et aussi par celui également plus élevé des gens venant
du Bassin Houiller. Dans la majorité des cas également la proportion des
femmes frontalières est un peu supérieure à celle des hommes. Les activités qui sont les mieux placées pour le recrutement du personnel ouvrier
- 518 TABLEAU N° 56
REPARTITION
PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE
BRANCHES INDUSTRIELLES
Source
DU PERSONNEL OUVRIER MASCULIN DES PRINCIPALES
TEXTILES DE L'AGGLOMERATION
DE ROUBAIX-TOURCOING
AU 31.12.73.
Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing.
Branche
Origine
Coefficient
d'équilibre
géographique ......
II
III
IV
V
Filature de
Coton
23,0 %
21,5 %
10,0 %
40,5 %
5,0 %
50,1
Peignage de la
Laine
26,5 %
15,5 %
12,5 %
38,2 %
8,3 %
53,2
Filature de
Laine peignée
45,5 %
9,5 %
21,0 %
16,5 %
6,5 %
64,4
Filature cardée
42,0 %
1,0 %
12,0 %
37,0 %
8,0 %
60,7
Teinture des
matières
41,5 %
8,0 %
13,5 %
30,5 %
6,5 %
54,6
Tei nture des
tissus
47,0 %
3,0 %
20,0 %
26,0 %
4,0 %
63,0
Tissage du
Coton
58,0 %
8,0 %
25,0 %
9,0 %
73,0
Tissage des
Couvertures
67,5 %
5,0 %
9,5 %
11,5 %
6,5 %
79,9
Tissage
Habillement
60,0 %
6,0 %
16,0 %
10,0 %
8,0 %
75,5
Tissage
Ameublement
72,5 %
0,5 %
7,0 %
12,5 %
7,5 %
83,2
Tissage des tapis
69,5 %
1,0 %
15,5 %
9,0 %
5,0 %
79,9
Bonneterie
80,5 %
6,0 %
6,5 %
3,0 %
4,0 %
88,8
_ Français résidant à Roubaix-Tourcoing et dans leur agglomération.
II - Français résidant en France et en dehors de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing.
III - Etrangers
originaires des pays européens et vivant en France.
IV - Etrangers originaires des pays africains et vivant en France.
V - Frontaliers.
- 519 . TABLEAU N° 57
REPARTITION
PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE
BRANCHES INDUSTRIELLES
Source
DU PERSONNEL OUVRIER FEMININ DES PRINCIPALES
TEXTILES DE L'AGGLOMERATION
DE ROUBAIX-TOURCOING
AU 31.12.73
Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing
Branche
Coefficient
d'équilibre
Origine géographique ......
II
III et IV
V
Filature de Coton
25,0 %
50,5 %
16,0 %
8,5 %
60,6
Peignage de la Laine
36,0 %
35,0 %
16,0 %
13,0 %
67,3
Filature de laine
peignée
50,5 %
25,5 %
15,5 %
8,5 %
74,6
Filature cardée
65,0 %
1,0 %
23,0 %
11,0 %
80,9
Teinture des matières
53,0 %
24,0 %
15,0 %
8,0 %
74,2
Teinture des tissus
77,0 %
1,5 %
17,0 %
4,5 %
85,4
Tissage du Coton
71,0 %
18,0 %
11,0 %
84,2
Tissage des
Couvertures
76,0 %
11,0 %
7,0 %
6,0 %
87,7
Tissage Habillement
80,0 %
5,0 %
8,5 %
6,5 %
89,5
Tissage Ameublement
89,0 %
1,0 %
6,5 %
3,5 %
93,8
Tissage des tapis
82,0 %
0,5 %
13,0 %
4,5 %
88,8
Bonneterie
76,0 %
15,0 %
6,0 %
3,0 %
87,0
1 - Françaises résidant dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing.
II - Françaises résidant en France, en dehors de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing.
III et IV - Etrangères
V - Frontalières.
résidant en France.
- 520 -
masculin sont celles qui se montrent attractives aussi pour les femmes
les branches qui ont un coefficient d'équilibre féminin supérieur à 85
ont, à l'exception de la teinture des tissus, un coefficient masculin
qui dépasse 70. Cette dernière remarque vient s'ajouter à tout ce qui
précède et qui a constamment montré les grandes disparités existant entre
les différentes industries textiles. On ne peut, en ce qui concerne le
problème du recrutement de la main-d'oeuvre, parler de ce secteur industriel comme d'un tout.
Les statistiques disponibles permettent d'établir la répartition par âge du personnel ouvrier selon son origine géographique. Cette
ventilation détaillée est indispensable car, enraison de l'ampleur des
contrastes, la moyenne est fort peu représentative. Ne son! significatives
que les observations portant sur un échantillon minimum; n'ont été pris
en considération que les groupes atteignant au moins un effectif de 50
unités car, autrement, on rencontre des classes d'âge ne comprenant que
quelques individus.
Analyser la structure par âge présente l'intérêt de suggérer
dans quelles directions les évolutions auront tendance à se produire au
cours des années à venir, en l'absence de bouleversements brutaux. Un
certain nombre de pyramides des âges ont été dressées. Elles représentent
des branches importantes ou des exemples typiques des situations rencontrées. On a regroupé ensemble les pyramides concernant le personnel masculin, car c'est surtout la comparaison des données concernant les différents groupes géographiques qui a été recherchée. Les travailleuses offrent
une structure par âge trop différente de celle des hommes pour que l'établissement d'un parallèle entre les deux sexes soit significatif. La vision des pyramides est suggestive par elle-même, pour quantifier plus
facilement l'impression visuelle, quelques rapports particulièrement intéressants
ont ~é indiqués dans des tableaux.
TEINTURE
El APPRETS
TISSAGEHABlllEMEIT
TISSAGE
DES TIPIS
DES ETOFFES
GRAPHIQUE 12_PYRAMIDES DES AGES DU PERSONNEL OUVRIER MASCULIN POUR QUELQUES
-----sourcersyndlcat
TEXTILES
IMPORTANTES
----------
patronal
FIUCAIS
actifs
9080
JO
40
PEIGIAGE DELALAIIE
FILATUIEDELAIIEPEIGIEE
TEllTilt
lE COlU
HI MA1IEm
BRANCHES
TOURCOING
textile
DE
ROUBAIX TOURCOIIG
FILATURE
DE ROUBAIX-
--_-------------~-----------
1EX1ILEI
F!AlCAIS
D AUTRES REGIOIS
ETRAIGERSDORIGIIE
EUROPEUE
AFRICAIIS
FRDlTAliERS
- 521 -
Le tableau n° 58 permet d'apprécier le pourcentage du personnel âgé de moins de 21 ans au 31.12.1973. On a également calculé le
rapport entre les gens âgés de 21 à 39 ans et ceux ayant entre 40 et 59
ans. Si les adultes jeunes sont plus nombreux que ceux d'âge mûr, l'indice
est supérieur à 100 et cela indique que la situation démographique de la
branche est saine. Un indice très faible signifie que l'on a en moyenne
un personnel assez âgé, dont le remplacement normal se fera mal, si la
branche maintient le nombre de ses emplois. En ~as de changement technique
important ou de restructuration de grande ampleur, la présence d'une masse
d'ouvriers relativement âgés n'est pas non plus un facteur favorable, car
les adaptations aux nouvelles méthodes de production ou les reclassements
éventuels dans d'autres branches seront plus délicats pour les gens ayant
largement dépassé la quarantaine.
Il est frappant, chez les hommes,de constater la situation
très particulière des frontaliers:
on ne rencontre pratiquement plus de
très jeunes salariés dans leurs rangs; en aucun cas les moins de 21 ans
ne dépassent les 3 % et parfois il rlffiexiste pas un seul ; par ailleurs
les 40-59 ans sont toujours plus nombreux que les 21-39. La classe la
plus nombreuse est celle des 50-59 ans. Les gens d'âge mûr sont parfois
trois ou quatre fois plus nombreux que leurs cadets. Cette situation s'observe dans toutes les branches; celles qui ont un coefficient d'équilibre
élevé, comme le tissage ameublement, ne sont pas systématiquement plus
favorisées que les autres. Il est vrai que dans les branches les plus attractives les frontaliers sont peu nombreux, de sorte que des variations de
10 ou 20 points de l'indice de jeunesse peuvent être dues au déplacement
de quelques unités: les variations de détail ne sont pas très significatives sur le plan statistique. La tendance générale est, par contre, indiscutable. La lecture de ces chiffres est éloquente:
elle indique de
façon irréfutable que le mouvement frontalier, en ce qui concerne les hommes,
est en voie d'extinction pure et simple. Il ne concerne plus qu'un petit
nombre d'ouvriers dont la plupart sont, ou s'estiment, trop âgés pour se
convertir.
- 522 TABLEAU N° 58
STRUCTURE PAR AGE ET SELON L'ORIGINE GEOGRAPHIQUE
MASCULIN DES PRINCIPALES
DU PERSONNEL OUVRIER
INDUSTRIES TEXTILES DE L'AGGLOMERATION
DE ROUBAIX-TOURCOING.
Situation au 31.12.1973.
Source : Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing.
a) Pourcentage
des moi ns de 21 ans
â-
l 'intéri eur des différents
groupes.
Origine géographique
Branche
II
IV
III
V
21,0 %
51,0 %
17,5 %
2,5 %
2,5 %
8,0 %
16,0 %
4,0 %
0,8 %
0,7 %
Filature de laine peignée
13,0 %
48,0 %
12,0 %
3,5 %
2,5 %
Filature cardée
19,0 %
5,0 %
3,0 %
2,0 %
Filature de coton
Peignage de la Laine
7,1 %
51,0 %
7,0 %
1,6 %
Teinture des ti ssus
14,5 %
33,0 %
11 ,0 %
5,0 %
Tissage du coton
19,0 %
Teinture des matières
Tissage des couvertures
4,0 %
9,0 %
13,0 %
2,0 %
15,0 %
11,0 %
11 ,0 %
Tissage des tapis
21,0 %
21,0 %
7,0 %
Bonneterie
24,0 %
Tissage Habillement
16,0 %
Tissage Ameublement
40,0 %
b) Indice de jeunesse selon l'origine géographigue
Filature de coton
Peignage de la laine
1,2 %
(a)
170
503
180
290
54
73
330
105
165
18
.../ ...
- 523 -
Fil ature de lai ne peignée
106
Filature cardée
100
2.530
190
360
51
144
174
50
Teinture des matières
70
470
94
134
20
Teinture des tissus
91
470
120
200
22
Tissage du coton
109
Tissage des couvertures
74
Tissage Habi 11ement
84
Tissage Ameublement
184
800
162
280
30
98
100
170
29
Tissage des tapis
133
206
370
40
Bonneterie
119
- Français résidant dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing.
résidant en France, mais en dehors de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing.
III
Etrangers originaires des pays européens et résidant en France.
IV - Etrangers originaires des pays africains et résidant en France.
V - Frontaliers.
II - Français
(a) Indice de jeunesse
N.B.
Nombre d'ouvriers âgés de 21 à 39 ans x 100
Nombre d'ouvrlers agés de 40 à 59 ans
Indique que l'effectif rencontré est trop faible pour qu'un pourcentage
puisse être calculé ou que cette catégorie n'est pas représenté.
- 524 -
Les diftérertcs
c"I~ürles
d'êtrHnqers qui vi~ent en France
comportent peu de tro s Jeune" .iuvri ers , ',urlout ,'omri l"s travailleurs
originaires d'Afriq,:e. (el'; PSi. r.omprchens i b l.'"
Id mesure où il s'agit essentiellement de migrants qui vi0nncnt en ~rance seulement après
avoir' atteint l'âge adu1 te. Eta~t donne que leur arrivé'e est souvent
récente et que la plupart ne se fixent pas definitivement 5 Roubaix-Tourcoing, c'est le groupe des Cl-ô) qui domine net~0mE'nt par'mi eux. Ce phénomène est parti cul 1 ('reillentprononcé chez les Arncains. La catégorie des
"étrangeré originaires dos l'dY' européens" corrporte, en effet, des éléments issus de l'arv ienne vague des Jnn,'es 19",0, evoquee précédemment.
Le rôle de l'ensemble de' tr-ava
i
lleur s imm i qr ès apparaît
souvent capital, car" ce sont eux qui tuurnissent une part tres importante
des adultes jeunes. Si, par exemple, ces etrangers representent 37,5 %
de l'ensemble des ouvriers de la filature de laine peignée, et 50,5 % de
ceux du peignage de la laine, leur part s'élève à respectivement 44,5 %
et 56,4 %, si l'on considère la seule tranche d'àge des 21-39 ans. Cette
catégorie de salariés compte une forte proportion d'adultes jeunes dans
les branches où son introduction date essentiellement d'une dizaine d'années. C'est le cas nota~nent des Africains occupés dans le tissage des
tapis ou des tissus d'habillement.
Les Français de Roubaix-Tourcoing comprennent une part généralement élevée de travailleurs d'âge mûr, encore que certaines exceptions
soient à relever, les plus notables étant celles de la bonneterie, du tissage des tapis et de la filature du coton; les deux premières se comprennent facilement étant donne le caractère attractif de ces activités. La
troisième est plus surprenante, étant donné que cette branche, dans l'ensemble, intéresse peu les residants permanents de l'agglomération de
Roubaix-Tourcoing. Pour expliquer cette anomalie apparente, il faudrait
pouvoir è'tab1ir quelle est la nature ox.rct e des emplois occupés par ces
França is ; 1eur présence ser,)l t comp rche ns ihie s' ils "e consacra ient surtout au réglage, à l'entr'etlen etc ...
GRAPHIQUE 13. PYRAMIDES DES AGES DU PERSONNEL OUVRIER FEMININ POUR QUELQUES
IMPORTANTES
source syndicat
fIllCAISES
patronal
DE ROUBAIX TDUICDIIG
textile
fRAICAISES
ETiUGERES
D AUTRES REGIDIS
mm
ans
61
60
40
30
21
21
:I~<zz,_~ __ ~~~~~~~--'--~~~
o
PEIIIAGE DE LA LAIIE
FIlATUIEDELAIIEPEIGlEE
flLATm
Il CIl..
TlIIAIi IAllll1l1E1T
BRANCHES TEXTILES
DE ROUBAIX TOURCOING
1020
30
4050
6010
8090100
nu
120 130 140 150ilcflfs
VIVAIT El
fRDITALlms
G,13
aOIMETERIE
- 525 TABLEAU N" 59
COMPARAISON
DE L'EFFECTIF
MOYEN DES CLASSES D'AGE ENTRE 21 ET 24 ANS ET ENTRE 25
ET 29 ANS POUR LE PERSONNEL OUVRIER MASCULIN DES INDUSTRIES TEXTILES DE
L'AGGLOMERATION
Source:
DE ROUBAIX-TOURCOING.
Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing.
Situation au 31.12.1973.
Activité
Français de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing.
Français vivant en
France, en dehors de
cette agglomération
Filature de coton
1,65
3.30
Peignage de la laine
l,50
3,27
Filature de laine peignée
l,50
3,10
Fi lature cardée
1,66
Teinture des matières
1,35
2.50
Teinture des tissus
1,33
1.54
Tissage du coton
3.75
Tissage des couvertures
0.75
Tissage Habillement
1.53
Tissage des tapis
1.83
Bonneterie
1.50
(a) Calcul établi sur des effectifs
(a)
inférieurs à la cinquantaine.
- 526 TABLEAU N° 60
STRUCTURE PAR AGE ET SELON L'ORIGINE GEOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES
DU PERSONNEL OUVRIER FEMININ
INDUSTRIES TEXTILES DE L'AGGLOMERATION
DE ROUBAIX-TOURCOING
Situation au 31.12.1973
Source : Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing.
a) Pourcentage
des moins de 21 ans
II
Branche
a
l 'intirieur des diffirents
groupes
III et IV
30,0 %
60,0 %
31,0 %
6,0 %
46,0 %
3,0 %
Fil ature de laine peignie
15,5 %
53,0 %
24,0 %
Filature cardée
11 ,0 %
Teinture des matières
14,5 %
43,0 %
11 ,0 %
Teinture des tissus
11 ,5 %
11 ,0 %
14,0 %
Tissage du coton
24,5 %
Tissage des couvertures
20,0 %
Tissage Habillement
13,5 %
Tissage Ameublement
12,5 %
Tissage des tapis
15,0 %
Bonneterie
29,0 %
Filature de coton
Peignage de la laine
V
4,0 %
5,5 %
25,0 %
62,0 %
27,0 %
11 ,0 %
b) Indice de jeunesse selon le groupe (a)
Fi lature de coton
Peignage de la
ÈI
ine
132
490
470
59
41
260
50
29
.../ ...
- 527
Fi 1 al, ,
.ie
Filatu"t:"
,:arJi'e
80
l ei ntur«
des matières
40
Ie i ntur
T i s c,~~'_lI
laine
81
il 1 ement
120
TisSdgè'
ameublement
Tiss,
dPS
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ta~i s
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'1 ')~,
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JI
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Il -
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"'1<,"'51"5
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610
386
173
174
68
200
75
92
1Z8
rVn1L\
~ ~ <:
75
tissus
.c' S
,lb
peignée
281
3.300
380
100
85
155
res i dant dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing.
Y"f"oidanten France, mais en dehors de l'agglomération
de Roubaix-
nq .
III et 1'1 - E',""',u01'esrésidant en France.
(a) - Irrl,'e de jeunesse
Nombre d'ouvrières
Nombre d'ouvrlères
âgées de 21 à 39 ans x 100
agées de 40 à 59 ans
N.B. - Indique que l'effectif du groupe est trop faible (inférieur à 50) pour
qu'~n pourcentage puisse valablement êtr:e calculé, ou que ce groupe
n'est pas représenté.
- 528 TABLEAU N° 61
COMPARAISON DE L'EFFECTIF MOYEN DE CERTAINES CLASSES D'AGE DU PERSONNEL OUVRIER
FEMININ DES PRINCIPALES
INDUSTRIES TEXTILES DE L'AGGLOMERATION
DE ROUBAIX-TOURCOING
Situation au 31.12.1973
Source: Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing
(a)
(b)
effectif
entre 21
effectif
entre 25
moyen
et 24
moyen
et 29
des classes entre 18 et 20 dns comparé il celui des classes
ans.
des classes entre 21 et 24 ans comparé à celui des classes
ans.
Branche
Françaises de l'agglomération
de Roubaix-Tourcoing
Françaisesvivant en
France, en dehors de
cette agglomération
(a)
(b)
(a)
(b)
Filature de coton
1,33
2,50
2,15
4,30
Peignage de la laine
0,75
1,12
1,75
4,00
Filature de laine peignée
1,01
1,76
2,32
2,21
Filature cardée
0,80
1,05
Teinture des matières
2,00
1,25
2,10
3,54
Teinture des tissus
0,94
1,15
1,20
1,54
Tissage du coton
1,11
1,40
Tissage des couvertures
0,50
3,00
Tissage Habillement
0,91
2,00
Tissage Ameublement
0,83
1,25
Tissage tapis
1,10
1,25
Bonneterie
1,14
2,20
1,82
6,80
- 529 Le personnel venant du Bassin Minier ne comprend pratiquement pas
d'hommes de plus de 40 ans. Ceci est normal puisque leur arrivée dans
les usines textiles ne date guère que d'une dizaine d'années. Elle remonte
au moment où la récession houillère s'est accentuée, tandis qu'arrivaient
à l'âge du travail les très nombreux jeunes nés dans cette région après la
Seconde Guerre Mondiale.
Les Français de Roubaix-Tourcoing, et plus encore ceux venant
du dehors, comportent une très forte proportion de très jeunes ouvriers
masculins. Cela semble un facteur plutôt favorable, car ce pourrait être
un moyen de compenser, à terme, la faiblesse relative des 21-39 ans parmi ces deux catégories de population. Il faut toutefois se garder d'imaginer une évolution simpliste de la pyramide des âges, où tous les moins de
21 ans actuellement présents dans l'industrie textile y resteraient et
viendraient progressivement regonfler les tranches d'âges immédiatement
supérieures. Les très jeunes constituent une population fort mobile sur le
plan professionnel, et le premier emploi n'est souvent occupé qu'à titre
provisoire, en attendant le service militaire, par exemple. Même après
celui-ci, on note une diminution très rapide des effectifs au cours des
années suivantes qui marquent la période de fixation dans une activité professionnelle, à l'occasion du mariage notamment.
Le tableau n° 59 donne un aperçu de ce phénomène:
les tranches
d'âge des statistiques utilisées n'étant pas d'égale durée, on a calculé
l'effectif moyen par année, en divisant par quatre le nombre des 21-24, et
par cinq celui des 25-29. Ceci revient à supposer une répartition uniforme
des classes d'âge à l'intérieur de ces groupes, ce qui n'est d'ailleurs vraisemblablement pas le cas (.). Pour schématique que soit cette façon de procéder, elle n'en révèle pas moins des faits significatifs (..) : dans tous
(.) On n'a
pas
comparé,
18-20
ans à celui
ampute
ces trois
( .. ) Cette
en presence
façon
des
pour
les
21-24,
classes
d'âge
de faire
de branches
d'une
serait
où les
accrus
sorte
cette
démographique
la tranche
dustrielles
moins
des
25-29
avaient
de 24 ans
parmi
ans.
déjà
au cours
part
pas
quatre
ouvrier.
moyen
encore
si l'on
jeunes
dernières
eu le temps
Il y 5 ou 6 ans,
de Français
des
militaire
potentiel.
et de très
ou cinq
pas
le cas.
appréciable
personnel
effectif
de signification
de jeunes
des
le nombre
cas le service
de son
n'aurait
Ce n'est
une
leur
partie
depourvue
brusquement
vague
masculins,
le premier
effectifs
s'etaient
que
ouvriers
car dans
se trouvait
travailleurs
années,
de
d'atteindre
ces branches
de Roubaix-Tourcoing
inde
- 530 -
les cas, sauf celui du tissage des couvertures qui porte sur un total très
faible, on observe que l'effectif moyen d'une classe d'âge s'abaisse sensiblement lorsque l'on passe du groupe des 21-24 ans à celui des 25-29.
Ce fléchissement n'est pas dû à la structure de la répartition par âge de
l'ensemble de la population masculine de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing
ou du Bassin Minier: le taux de natalité de la période 1946-1950 n'a pas
été plus faible que celui des années 1950-1953. On observe, en fait, plutôt
le contraire. Si les ouvriers du textile se répartissaient par âge comme
l'ensemble de la population masculine de ces régions, les 25-29 ans devraient
être, en moyenne, au moins aussi nombreux que les classes du groupe 21-24.(.)
D'une manière globale, l'examen de la pyramide des âges révèle
des tendances peu favorables:
les Français qui travaillent dans le textile
sont souvent relativement âgés ou très jeunes, c'est-à-dire qu'ils appartiennent aux catégories qui sont les moins bien placées sur le marché du
travail et dont les possibilités de choix sont souvent les plus réduites.
La poursuite des évolutions actuellement décelables ferait reposer davantage encore la pl upart des branches sur l'apport des trava i11eu rs immi grés,
à moins que l'on ne réussisse à conserver les nombreux jeunes qui entrent
dans le textile au début de leur activité professionnelle.
Il n'y a pas à
proprement parler un manque de main-d'oeuvre,locale,
en valeur absolue,
mais des difficultés pour l'industrie textile, à retenir les gens attirés
par d'autres
types d'emplois
dans la région, ou en dehors.
La situation du personnel ouvrier féminin n'est pas fondamentalement différente, compte-tenu des particularités propres à la main-d'oeuvre
de ce sexe. Les frontalières sont âgées et représentent une catégorie en voie
de disparition, sauf en ce qui concerne la bonneterie. L'effectif de ces sa-
( • ) En
1968,
vantage
d'hommes
incluent
dans
l'ensemble
nés entre
toutefois
de l'arrondisse~ent
1944 et 1948 qu'entre
les étrangers
recensés
de Lille,
on comptait
1949 et 1953.
à l'intérieur
da-
Ces chiffres
de ce périmètre.
- 531 -
1ariées travaillant dans cette branche est très peu nombreux; cette observation correspond toutefois à la situation d'ensemble de la bonneterie dont
le personnel est pratiquement toujours le plus jeune parmi œ1ui de l'ensemble
des industries textiles.
Comme chez les hommes, si l'on excepte les frontalières, ce sont
les résidantes permanentes de Roubaix-Tourcoing qui présentent l'indice de
jeunesse le plus faible. Il est à noter, par contre, que, à la différence
de ce que l'on observait pour le sexe masculin, les très jeunes sont généralement plus nombreuses parmi les étrangères vivant dans l'agglomération que
chez les autochtones. Ces salariées, qui proviennent presque toutes des pays
européens autres que la France, sont récemment arrivées et ne peuvent accéder à beaucoup d'emplois du tertiaire, ou à celui de personnel de bureau
dans l'industrie, en raison de leur ignorance de la langue française.
Le pourcentage des très jeunes Françaises de Roubaix-Tourcoing
reste encore considérable, bien qu'il soit sensiblement inférieur à celui
des travailleuses venant du Bassin Houiller. Chez ces dernières, cela est
dû à une cessation très précoce du travail puisque l'effectif moyen d'une
classe d'âge parmi les 21-24 ans est toujours inférieur à celui dénombré dans
la tranche des 18-20 ans. Ce fait est à mettre en rapport avec la précocité
de leur nuptialité et surtout avec la durée du temps de transport qui allonge
notablement la durée de la journée de travail et rend ces fonctions très
pénibles pour des mères de famille.
Si l'on rassemble toutes les remarques qui viennent d'être faites,
il apparaît nettement que les industries textiles de Roubaix-Tourcoing sont
de moins en moins en équilibre avec la population permanente de cette agglomération, au point de constituer une remise en cause de la localisation de
certaines branches, comme le peignage de la laine ou la filature de coton.
- 532 -
Les facteurs susceptibles d'expliquer cette situation.
Il est délicat d'analyser une ;ituation de ce genre, car elle
est due a l'interaction de très nombreux phénomènes, et il faudrait sans
doute des enquêtes multiples et Interdisciplinaires pour aboutir a des résultats irréfutables. Il s'agit seulement ici de dégager les facteurs principaux.
Faire cela n'est pas seulement répondre a une légitime curiosité de l'esprit.
Si l'on 'peut mettre en évidence quelques uns des motifs qui rendent des industries textiles peu attractives, on met ipso facto en évidence les points
sur lesquels il faudrait porter les efforts, si l'on veut tenter de remédier
a cette situation. Le déplacement géographique n'est pas, en effet, le seul
scénario que l'on puisse imaginer pour dénouer les tensions actuelles sur
le marché de l'emploi. Ne pourrait-on envisager que ces postes de travail
évoluent suffisamment pour devenir plus attirants
L'un des faits qui ont contribué
a
provoquer la désaffection des
Français de Roubaix-Tourcoing pour certaines industries textiles a été le
développement du travail en équipes successives: en 1954, les deux tiers
du personnel ouvrier textile de l'agglomération connaissaient des horaires
de journée classiques. Au début de 1974, ce n'était plus le cas que d'un
tiers d'entre eux. Cette moyenne recouvre des écarts très considérables selon les différentes branches (cf. tableau n° 62) : 85 % des ouvriers de la
filature de coton travaillent en équipes successives, alors que cette proportion atteint seulement 16 % en bonneterie.
L'une des conséquences de la généralisation de ce type d'horaires
de travail est la diminution de la proportion des femmes parmi le personnel
ouvrier. Le travail de nuit en usine leur est légalement interdit. Même pour
les équipes de jour l'employeur, s'il le peut, préfère recruter des hommes
car certains pourront travailler éventuellement la nuit, s'il y a un certain
roulement entre les effectifs des diverses équipes. Les horaires des équipes
de journée, 5 h-13 h ; 13 h-21 h, sont par ailleurs peu commodes pour les
100
90
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ORIGINE GEOGRAPHIQUE DU PERSONNEL
OUVRIER DES PRINCIPALES INDUSTRIES
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TEXTILES DE L'AGGLOMERATION
ROUBAIX-TOURCOING;
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L-
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INDUSTRIES TEXTILES DE L'AGGLOMERATlON
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31-12-1973
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SUR LE COEFFICIENT D'EQUILIBRE
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40
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SO
50
1 peignage de la laine
S
tissage
2 filature du coton
S
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3
4
-,
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SO
70
90
100
n. tranllln! pu en .qUlplS
dela laine peignee
7
""
d. laine cardée
8
teinture
pour
habillement
9 teinture de. tissus
pour ameublement
ID tiss.ge
du coton
des tapis
Il
de. couyertures
des matiare. et des fils
Il bonneterie
..
cartJMD
- 533 TABLEAU W 62
IMPORTANCE DE LA MAIN-D'OEUVRE
L'AGGLOMERATION
Source
FEMININE DANS LES INDUSTRIES TEXTILES DE
DE ROUBAIX-TOURCOING
Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing.
Pourcentage des
femmes dans le
total du personnel ouvrier au
31.12.1973
Pourcentage des
femmes dans le
total du personnel au 31.12.73
Evolution
du pourcentage des
femmes entre
1954 et 1973
(1)
Pourcentage
de 1 'ensemble du personnel ouvrier ayant
des hora ires
de journée
normaux
(2)
Filature de coton
52,7 %
50,0 %
- 20,0 %
15,0 %
Peignage de la laine
15,6 %
15,3 %
-
8,7 %
30,0 %
Filature de lai ne peignée 50,8 %
47,7 %
12,0 %
18,0 %
Filature cardée
Tissage des couvertures
22,5 %
45,4 %
21,4 %
42,0 %
-
2,0 %
30,0 %
66,0 %
Teinture des ratiëres
27,0 %
24,5 %
-
1,5 %
38,0 %
Teinture des tissus
17,8 %
17,0 %
+
3,0 %
56,0 %
Tissage du coton
39,0 %
36,0 %
Tissage Habillement
42,0 %
37,0 %
- 10,0 %
42,0 %
Tissage Ameublement
35,0 %
33,0 %
4,0 %
75,0 %
Tissage des tapis
24,0 %
25,0 %
-
3,0 %
58,0 %
Bonneteri e
84,0 %
77,0 %
+ 4,0 %
84,0 %
35,0 %
(1) Pourcentage calculé par~pport à l'ensemble des salariés de la branche.
(2) Pourcentage calculé par rapport à l'ensemble du personnel masculin et féminin.
Situation au 31.12.1973.
- 534 -
femmes qui doivent s'occuper de jeunes enfants. Les problèmes de transport
peuvent également se poser avec plus d'acuité; trains et autobus sont peu
abondants lors de la prise de poste du matin ou lors de la sortie le soir.
Les industries textiles emploient pour toutes ces raisons de moins en moins
de main-d'oeuvre féminine, comme le montre le tableau n° 62. Les pourcentages de variation de cette main-d'oeuvre qui y sont présentés concernent
l'ensemble des salariés, et pas seulement les ouvriers. Le développement des
emplois de bureaux a contribué à masquer la diminution des femmes parmi le
personnel de production. Cela explique leur légère progression dans la teinture de~ tissus.
La masculinisation des emplois aggrave les problèmes de recrutement, puisque ce sont les femmes qui acceptent le plus facilement les emplois
textiles. Elles ont, en effet, à Roubaix-Tourcoing, un moindre éventail de
possibilités dans les autres industries que les hommes (cf. ci-dessous), et,
en raison de leurs charges de famille, elles sont plus enclines à rechercher
un emploi proche de leur domicile. Leur salaire n'est, en général, pas considéré comme la source principale de revenus du ménage. Elles se contentent
plus facilement d'un travail peu qualifié n'offrant que des perspectives de
promotion limitées. L'industrie textile chercherait plutôt à recruter des
hommes, mais ses caractéristiques la rendent souvent peu attractives pour
les travailleurs français de ce sexe vivant à Roubaix-Tourcoing.
Le travail en équipes successives présente des inconvénients évidents pour le personnel masculin également,et beaucoup de résidants de l'agglomération préfèrent l'éviter. Il est alors nécessaire de faire appel au
personnel extérieur. Le graphique n° 13 montre clairement l'influence de ce
facteur sur la répartition des ouvriers par origine géographique:
seules
les branches qui ont plus de 34 % d'emplois avec des horaires classiques parviennent à disposer de plus de 50 % de travailleurs ouvriers résidant de façon permanente dans l'agglomération. Le peignage et les filatures se retrouvent
dans la partie inférieure du graphique, car ce sont eux qui pratiquent le plus
le travail en équipes successives. Ce facteur n'est certes pas le seul à entrer
en ligne de compte et l'on remarque, en particulier, la situation relativement
- 535 -
privilégiée de la filature de la laine peignée: elle pratique le travail
en équipe autant que celle du coton, mais compte deux fois plus de personnel
originaire de l'agglomération. La différence de coefficient d'équilibre déjà
soulignée entre les deux branches de l'ennoblissement trouve ici une grande
partie de son explication, la teinture des tissus recourt, en effet, moins
au travail en équipes successives que celle des matières et des fils. La
fabrication des étoffes occupe en général une plus forte proportion d'ouvriers français vivant à Roubaix-Tourcoing que la filature, car elle offre,
en moyenne des emplois plus qualifiés. Toutefois, _à l'intérieur du tissage,
on observe des inégalités et les branches les mieux placées sont celles qui
pratiquent le moins le travail en équipes successives.
Sans chercher à tout expliquer par l'extension de ce type d'horaires, il faut bien reconnaître qu'elle a notablement contribué à détourner
les Français résidant dans l'agglomération de Roubaix-Jourcoing du textile.
Le graphique n° 14 met bien en valeur l'importance de ce facteur: on constate que la variation du coefficient d'équilibre se fait en partie en fonction de cette donnée: les points qui représentent les diverses brancbes
sont suffisamment al ignés pour que l'on puisse calculer un coefficient de
corrélation linéaire entre les deux faits représentés sur le graphique. On
obtient une valeur (0,79) qui témoigne de l'existence d'un lien entre l'évolution des deux éléments pris en considération.
Les disparités entre les différentes activités textiles sont
dues également à la plus ou moins grande qualification des postes offerts.
Cette remarque, déjà faite dans le chapître deux à l'occasion de la description de la situation des années 1950, reste valable de nos jours. Le tableau
n° 63 illustre ce fait à partir de l'exemple de l'industrie lainière: en
peignage et en filature on a moins de 10 % d'ouvriers très qualifiés, c'està-dire de ceux dont le coefficient de qualification dépasse 159. En tissage
d'habillement, par contre, cette catégorie d'ouvriers constitue environ le
tiers de l'effectif total. La présence de ce type de personnel ne signifie
pas que tous les salariés de cette branche soient en moyenne plus qualifiés
- 536 -
TABLEAU W
63
REPARTITION PAR NIVEAU DE QUALIFICATION
DU PERSONNEL OUVR:[R DES PRINCIPALCS
BRANCHES DE L'INDUSTRIE LAINIERE DE L'AGGLOMERATION
Source
DE ROUBAIX-TOURCOING
EN 1972.
Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing.
ouvriers peu
qua 1 ifi és
(coefficient
120 et moins)
ouvri ers
moyennement
qua 1 ifi ès
(coefficient de
121 à 158)
ouvriers très
qua 1ifi és
(coefficient
supérieur à 1"9)
Peignage
13,0 %
80,0
7,0 %
Filature peignée
12,0 %
82,6 %
5,4 :~
Tissage Habillement
13,0 %
54,8 %
32,2
;s
- 537 -
que ceux de la filature. On peut noter, en particulier, que dans les trülS
brancnes on compte la même proportion d'ouvriers peu quaiiflé". Cela aide
en partie a comprendre que le tissage fasse appel lui aussi a de la malnd'oeuvre
immigrée.
L'evolutlon du degré de qualification, a l'irtérieur d'une même
éva l uer. Ce proactivitc, au cours des ann~es est beaucoup plus dlfficile
b lcn«- " et,' par t.t ellcment évoque dans le chapitre n' 4 ( , ), L'évolutlOn
~,':_')l
.r r.i. dans
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'e,,:t pas l i « " une ma ch mc comp lexe ; il marripula t t u i r-ccteraen t une?
:l1dl", ,IJ'vlnt ulie cadence dépendant essentiellement de son rythme propre,
Je ~III
,1 n'operalt qu'en journee, Cet emplol etait très apprécié bien que
la lal Drllte COlt une matiere malpropre et odorante, La plupart de ces tonctions "ttl'actlvcs ,E' sont modifiées assez profondément et leur nombre s'esL
n-dulI d "/dntaqe que l'ensemble des autres postes de trava i ; : en peignage,
1,,5 t,""'HS
representilient 15 ': du total des ouvriers en 1%4 ; en 1972, leur
proiJilt'lllJll
ne s'élevait plus qu'a 31, .. ln tissage d vhab i llenen t , en 1954,
?S
de. uuvrlcrs etalent des tlsserands ; en 1972, cette acLivité n'en comportait plus que 16,4 %, Des exemples du même genre se rencontrent dans
d'autres branches de la fabrication des étoffes:
la production des tissus
101'"
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( .)
cf.
compeqr»-
cl
1
ce sujet
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que
la Revue Economlque.
l'
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l'article
Cl
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de J.
Louart et la b i bl t.oq r aph i e qUl
Iribarne
dans le numéro
de mai
l' ac-
1974 de
- 538 -
d'ameublement comprenait 37,4 % de tisserands parmi l'ensemble du personnel
ouvrier en 1960, et 28 % en 1971. Cette évolution contribue à expliquer le
fléchissement du coefficient d'équilibre de cette branche, observé depuis
1959. La plus forte proportion de tisserands en tissage ameublement qu'en
habillement explique également en partie la présence d'une plus grande proportion de Français de Roubaix-Tourcoing dans la première de ces deux branches, bien que son personnel ouvrier soit essentiellement masculin.
Le cas du tissage des tapis est intéressant également à considérer : 'le pourcentage des tisserands et de ceux qui occupent des emplois
similaires sur le matériel non-conventionnel (cf. chapître 4) reste stable
entre 1960 et 1971, atteignant le chiffre considérable de 36 %. Si l'on
regarde les données de façon plus précise, on constate que la proportion
des tisserands sur matériel traditionnel est passée de 34 % à 26,3 %, tandis
que celle des conducteurs œ métiers produisant des non-tissés s'est élevée,
au cours de cette même période, de 2 % à 10 %. Cette dernière catégorie d'emplois n'a pas les caractéristiques de type "artisanal" évoquées ci-dessous,
et qui s'appliquaient particulièrement au tisserand classique qui devait
maîtriser une machine très complexe sur le plan mécanique. Le développement
des nouveaux matériels à très haute productivité, les métiers "tuft" notamment, a entraîné l'accroissement relatif du personnel de manutention, car
l'on travaille des tonnages de matières beaucoup plus considérables qu'autrefois. Cette catégorie de salariés représentait 7,4 % du personnel ouvrier
en 1960. Sa proportion atteignait 17,4 %, à la fin de 1971. L'ensemble de
ces transformations n'est pas étranger à la sensible dégradation du coefficient d'équilibre de cette branche qui a été constaté ci-dessus.
La question du niveau des rémunérations est à prendre en compte
parmi les facteurs susceptibles d'expliquer le moindre intérêt de la population autochtone pour beaucoup d'emplois textiles. Ce problème est délicat et
prête à controverse en raison de sa complexité, les salaires réels varient,
en effet d'une branche à l'autre et également suivant les entreprises. Les
écarts observés évoluent rapidement dans le temps en période inflationniste,
car les modifications du montant des rémunérations d~viennent fréquentes et
- 539 -
ne se produisent pas en méme temps dans tous les secteurs industriels
autres représentés dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing.
JU
Une étude précise sur le problème des salaires textiles, à l'échelle nationale, a été faite dans le n° 45 du bulletin du B.I.E.I.T .. Il
Y apparaît que la rémunération des ouvriers du textile est, en moyenne, nettement inférieure à celle des salariés des autres branches industrielles:
que l'on considère les salaires horaires moyens bruts ou les salaires nets
annuels moyens, on constate, en 1971, une infériori.té du textile de 15 à 20 %
par rapport à l'ensemble des autres activités ( . ). La tendance, depuis 1968,
est à la réduction de ces écarts, les salaires les plus bas tendant à progresser plus vite que les autres. Une enquête similaire a été faite, au cours de
la même année, par le Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing-Vallée
de la Lys; elle concerne sa circonscription et un certain nombre d'autres
industries présentes dans cette agglomération ou les reste de la région du
Nord-Pas-de-Calais.
Il apparaît, à l'examen de ces données, que l'on n'observait pas de différences significatives entre le textile et des branches
comme la métallurgie, les papiers-cartons ou la transformation des matières
plastiques, si l'on comparait le salaire horaire moyen effectif net (en y
incluant les diverses primes) des ouvriers de niveau de qualification équiva 1ente. Par contre, on rel eva it des contras tes très sensi b.l es d'une branche
à l'autre quant à l'importance relative des différentes catégories de personnel ouvrier: les "hautement qualifiés" (.. ) représentaient moins de 1 %
des effectifs du textile et plus de 18 % de ceux de la métallurgie. Ces différences constituent le facteur essentiel expliquant les écarts observés cidessus entre l'ensemble des branches textiles et les autres activités.
(.)
Ces décalages
les=adres,
ne se retrouvaient
ce qui confirme
veau de qualification
qu'ailleurs
de voient
dans ce dernier
coup d'entreprises
relative
comparable.
et les cadres
guère pour les employés,
la tendance
à l'homogénéisation
Les employés
et ingénieurs
textiles.
ponsabilités
importantes
(..) Ce classement
normes du Ministère
et valorise
du Travail.
familiale
s'ajoute
de l'étude beau-
aussi la
ce qui leur donne souvent des res-
considérablement
était établi suivant
Les auteurs
de la structure
A cette cause incontestable
rareté des cadres dans le textile,
et
à ni-
étaient plutôt moins payés
plutôt davantage.
fait l'influence
les techniciens
des salaires
les tableaux
leur rôle.
de classification
et les
- 540 -
Cette constatation appelle plusieurs remarques: puisque le
textile offre surtout des emplois peu qualifiés, les possibilités de promotion y seront relativement limitées surtout pour le personnel ouvrier;
il sera plus difficile d'y faire "carrière", et ceci détournera les éléments
jeunes les plus dynamiques et les plus ambitieux. La notion de "qualification" est très délicate à quantifier objectivement d'une industrie à l'autre
des branches prospères peuvent avoir tendance à surqualifier leurs emplois
pour mieux se placer sur le marché du travail et recruter plus facilement
la main-d'oeuvre locale la plus stable. L'existence d'un nombre important
de postes de travail considérés comme très qualifiés et, par conséquent,
mieux rémunérés, confère une meilleure image de marque aux industries qui
les possède; il en rejaillit un certain prestige sur l'ensemble de leur
personnel.
Dans la mesure où la qualification dans le textile est souvent
relativement peu importante, les temps de formation au poste de travail sont
assez brefs. L'étude de J. Louart sur la filature de coton révèle de grandes
divergences d'opinion, parmi les responsables des entreprises étudiées, sur
les délais nécessaires pour qu'un ouvrier atteigne un rendement normal. Dans
la pratique, en quelques mois, et parfois en quelques semaines, le travailleur atteint en général le salaire moyen normal de sa fonction. Ce dernier
comportant un minimum fixe garanti à l 'heure complété par un supplément qui
est fonction du rendement de l'ouvrier. De ce point de vue, le textile,
principalement en filature, est intéressant pour des gens dépourvus de toute
formation initiale et désirant rapidement obtenir un salaire complet. On
comprend par là l'attrait exercé par certaines de ses branches auprès des
très jeunes hommes, ou des femmes qui n'envisagent de travailler que pendant
quelques années.
Un autre aspect important du problème des rémunérations est celui de leur régularité et, par conséquent, de la stabil ité de l'emploi. L'évolution de la vie moderne conduit, en effet, les salariés à avoir une part
notable de leur budget consacrée à des dépenses fixes qu'ils ne peuvent moduler en fonction de variations ~ revenus survenant à très court terme. Les
- 541 -
achats à crédit (logement, voiture, équipement électro-ménager etc ... ) en
sont les principaux responsables. Une brusque diminution du salaire sera
durement ressentie si 30 % du budget normal doivent déjà être consacrés au
remboursement d'emprunts effectués un an auparavant ou même plus anciennement. Les variations conjoncturelles notables que connaît fréquemment le
textile en sont d'autant plus vivement redoutées par son personnel. Le chômage partiel est, certes, de mieux en mieux indemnisé mais se traduit quand
même assez rapidement par une diminution de ressources. D'autre part, les
réductions d'emplois ont été importantesdans la plupart des branches (cf.
3ème partie), au cours des vingt dernières années. Tout cela crée un climat peu propice à inciter les gens à faire carrière dans le textile, surtout s'il s'agit d'hommes ayant des enfants à charge.
Tous les facteurs qui viennent d'être évoqués ne touchent pas
avec la même intensité chaque branche textile. Ce sont certaines activités
qui sont simultanément frappées par l'ensemble d'entre eux: c'est en filature que le travail en équipes successives est le plus répandu, qu'il y a
le moins d'emplois très qualifiés. On comprend,de ce fait, la tendance observée à l'accentuation des écarts entre les coefficients d'équilibre des différentes activités textiles.
Les raisons fondamentales des difficultés du textile de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing à recruter de la main-d'oeuvre ouvrière locale,
n'ont pas changé de nature depuis les dix ou quinze dernières années, mais
elles se manifestent avec une acuité croissante. Il est intéressant de remarquer, en particulier, que, comme en 1954, la filature de la laine peignée
reste mieux placée que celle du coton. Dans la première, les salaires restent
légèrement plus élevés, car la concurrence internationale y est beaucoup
moins vive. En outre, à Roubaix-Tourcoing,
la filature de la laine comprend
des entreprises plus puissantes que celles du coton; elle a des effectifs
plus importants et offre, grâce à cela, un marché du travail plus actif, facilitant les reclassements si une firme lainière éprouve des difficultés.
- 542 -
Les industries textiles, dans leur ensemble, sont confrontées de
plus en plus à la concurrence des autres activités existant dans l'agglonération de Roubaix-Tourcoing, et dont le nombre total des emplois s'est développé au cours des dernières années. Si le textile était en position de quasi-monoindustrie, une part appréciable de la population résidante serait,
en quelque sorte, contrainte d'y travailler, à moins de s'imposer des déplacements relativement importants en temps de trajet, sinon en distance parcourue. Si, au contraire, ces industries ne représentaient qu'une très faible
part de l'emploi total, elles pourraient espérer recruter leurs ouvriers parmi la fraction des travailleurs désireux d'occuper des emplois n'exigeant
qu'un apprentissage assez rapide. A l 'heure actuelle, le textile de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing n'est plus l'activité quasi-exclusive dans
le secteur secondaire qu'il était encore au début des années 1950, mais il
en représente encore une part appréciable. En 1968, le textile n'occupait
déjà plus que 51 % des actifs résidant dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing et travaillant dans l'industrie. Faute de disposer d'un recensement
plus récent, on peut faire appel aux données des ASSEDIC. Ces dernières
sont représentatives pour le secteur secondaire. Au 1.1.1974, dans le ressort de l'ASSEDIC de Roubaix-Tourcoing-Halluin, dont les limites correspondent d'assez près à celles de la circonscription du Syndicat Patronal
Textile de Roubaix-Tourcoing Vallée de la Lys, 44 % des emplois secondaires
étaient textiles. Ces différents chiffres ne sont pas rigoureusement comparables mais confirment la tendance à la décroissance du textile. Son importante est très inégale si l'on considère séparément les deux sexes: 36,4
des hommes travaillant dans l'industrie étaient occupés par ce secteur,
tandis que cette situation était celle de 68,4 % des femmes.
Sans négliger le rôle du secteur tertiaire, il est clair que
les habitantes de œtte agglomération qui désirent travailler ont un choix
assez limité. Elles se tournent par conséquent plus facilement vers le textile que les hommes, d'autant qu'elles recherchent souvent un emploi pas
trop éloigné de leur domicile pour pouvoir éventuellement concilier plus
facilement leurs obligations familiales et leur horaire de travail. Les
hommes subissent moins cet impératif. C'est encore un élément qui ne facilite
- 543 -
pas le recrutement
d'ouvrrers masculins
autochtones
par les firmes tex_iles.
Le textile est encore trop important pour pouvoir trouver suffisamment de gens susceptibles de se contenter des types d'emplois qu'il
offre actuellement. Et cela d'autant plus que le développement de la scolarisation amène les habitants à souhaiter des fonctions plus qualifiées,
offrant une grande stabilité et une ambiance de travail jugée plus agréable.
Ceci est une attitude globale qui détourne de l'industrie en général: une
enquéte réalisée, en 1973, par l'ASSEDIC de Roubaix-Jourcoing-Halluin,
auprès de 425 jeunes originaires de cette agglomération, montrait que 84 %
de ceux qui avaient un niveau d'études égal ou supérieur au baccalauréat
souhaitaient
entrer dans l'administration.
Lorsque l'on évoque ces difficultés éprouvées par le textile de
Roubaix-Tourcoing à recruter du personnel ouvrier parmi les autochtones, il
ne faut jamais oublier que non seulement les diverses branches sont très
inégalement frappées par ce phénomène, mais aussi que, à l'intérieur d'une
même activité, on observe de fortes variations d'une entreprise à l'autre.
Une analyse systématique de ces différences, et des raisons que les expliquent, fournirait des éléments supplémentaires fort intéressants pour la
compréhension de ce problème. L'exemple d'une filature de laine peignée qui
réussit à disposer d'une main-d'oeuvre aux trois quarts autochtones montre
quelle peut être l'ampleur de l'écart entre les firmes. Dans ce cas précis,
cette situation plus favorable est sans doute due à un niveau de salaire
qui se situe parmi les plus élevés de sa branche, et à une grande sécurité
d'emploi assurée par une expansion régulière de l'entreprise au cours des
dix dernières années. Ces éléments ont en partie contrebalancés les inconvénients nés du travail en équipes successives, qu'elle pratique autant
que ses confrères. Elle doit néanmoins faire appel à de la main-d'oeuvre
étrangère pour environ 20 % de ses emplois ouvriers. Les difficultés ne sont
pas supprimées mais sensiblement
atténuées.
L'importance des différents facteurs qui viennent d'être évoqués
se trouve confirmée, si l'on examine la situation d'une branche importante
à Roubaix-Tourcoing,
et qui n'appartient pas au secteur textile, la vente
par correspondance. Cette activité comporte deux grandes catégories de postes de travail: ceux d'employés, qui consistent essentiellement à transmettre
- 544 -
des commandes à un ordinateur par l'intermédiaire de terminaux, et ceux de
manutentionnaires. Dans les "usines à colis", les postes n'exigent qu'un
temps d'apprentissage limité. On peut dire que la vente par correspondance
et le textile sont dans une large mesure concurrents sur le marché du travail local. Ces entreprises commerciales ont connu une expansion régulière
qui a fait croître régulièrement le nombre de leurs emplois. Elles pratiquent
souvent des salaires compétitifs par rapport à ceux du textile et ignorent
à peu près complètement le travail en équipes successive,.
Des enquêtes menées auprès des deux principales d'entre elles,
qui occupent à elles seules plus des trois quarts des effectifs de cette
branche, montrent qu'elles font peu appel aux étrangers: ces derniers représentent moins de 3 % de l'effectif global dans l'un des cas. L'analyse
précise de la composition du personnel des "usines à co li s" de l'autre firme
montre qu'elle avait, en 1974, un coefficient d'équilibre de 84,3 pour les
femmes, qui constituent les deux tiers du total de cette catégorie, et de
81,6 pour les ouvriers masculins. On peut noter, en particulier, que les
trois quarts des hommes sont des Français de Roubaix-Tourcoing, situation
qui rappelle celle du tissage pour ameublemeot, dont les emplois sont souvent assez qualifiés. Les deux tiers des ouvrières de cette entreprise sont
des Françaisesrésidant à Roubaix-Tourcoing et l'on compte à peine 5 % d'étrangères vivant en France; c'est une situation encore meilleure que celle
de la bonneterie. Les Frontalières constituent 4 % de l'ensemble des ouvrières,
et les trois cinquièmes d'entre elles ont moins de 29 ans; cette relative
jeunesse de cette catégorie ne se rencontre plus dans le textile. Il faut
quand même faire appel au personnel résidant dans le Bassin Minier. Une dizaine de cars ramassent pour cette firme dans les régions de Lens et HéninBeaumont. Le quart des ouvrières provient de ce secteur géographique. Leurs
caractéristiques démographiques sont les mêmes que celles de leurs collègues
travaillant dans le textile. Leur nombre est resté relativement constant au
cours de ces dernières années.
Ces quelques exemples montrent que même ur, travail rêpè
titt f
et
parcellaire comme celui rencontré dans les "usines il colis" peut être accepté par un nombre important de résidants permanents de Roubaix-Tourcoing, si
d'autres aspects des conditions de travail, au sens large du terme, sont
- 545 -
plus favorables. De ce point de vue, on peut considérer que les diffic ltés
éprouvées par le textile ne sont pas à priori inéluctables.
Les travailleurs autres que les Français résidant à RoubaixTourcoing viennent dans le textile en raison d'un manque d'emplois à leur
lieu de résidence habituel. La succession des différentes vagues identifiées
Frontaliers, gens du Bassin Minier, étrangers des pays méditerranéens, s'explique essentiellement par les conditions propres à ces régions, qui ont rendu leurs habitants disponibles pour ce type de mtqr-ation.
Il est particulièrement intéressant d'essayer d'analyser les raisons du déclin du rôle des
Frontaliers, car ce groupe avait traditionnellement une importance considérable ; sa quasi-disparition marque la rupture d'un lien très puissant entre
le foyer textile de Roubaix-Tourcoing et des régions en fin de compte assez
proches de lui.
Trois raisons principales expliquent la réduction du courant
frontalier (.) . Tout d'abord ces travailleurs, comme les Français de
Roubaix-Tourcoing, cherchaient dans le textile la possibilité de faire
une carrière professionnelle d'une durée normale. Ils ont été pris d'inquiètude devant les suppressions de postes et rebutés par le développement du
travail en équipes successives, d'autant plus qu'on les rencontrait surtout
dans les branches qui ont été les plus affectées par ces différents phénomènes.
Un autre facteur important a été l'évolution des taux de change
les dévaluations du franc français, en 1959 et 1969, ont réduit le pouvoir
d'achat des salaires touchés en France. Leurs effets n'ont été qu'imparfaitement compensés par les bonifications salariales et les taux de change préférentiels accordés à ces travailleurs à titre plus ou moins précaire, à la
suite d'accord de durée en principe limitée, ce qui ne pouvait qu'accroître
( .) Sources
l'Echelon
essentielles:
Régional
les travaux de F. Lentacker,
de l'Emploi
de Lille.
du C.A.D. et de
- 546 leurs inquiétudes quant à leur avenir. En 1974, les dispositions appliquées
en faveur des frontaliers sont les suivantes: l'employeur accorde une bonification de 13 % aux travailleurs frontaliers masculins, par rapport aux
salaires versés au personnel résidant en France. Cette bonification n'est
que de 10 % pour les femmes. Pour les uns, comme pour les autres, elle ne
s'applique pas à la fraction du salaire qui dépasserait un certain plafond,
fixé alors à 1.800 francs français par mois. Le taux de change pratiqué est
celui du marché mais il intervient éventuellement un subside de l'Etat belge
calculé de telle sorte que le travailleur obtienne toujours au moins 8,76 F
belges pour un franc français. Ces dispositions concernent tous les frontaliers
textiles résidant en Belgique, qu'ils travaillent ou non dans l'agglomération
de Roubaix-Tourcoing. L'effort financier consenti par les employeurs témoigne
de leur désir d'essayer de conserver une main-d'oeuvre appréciée et difficile
à remplacer, particulièrement chez les hommes. Ce système ne pallie toutefois
qu'incomplètement la baisse du franc français, notamment pour les ouvriers
très qualifiés et les agents de maitrise.
Tous ces éléments n'ont pu qu'inciter les Frontaliers à essayer
de trouver du travail chez eux. Or précisèment ce souhait a pu se réaliser
grâce à la vigoureuse politique de développement régional menée par les
Autorités belges, particulièrement dans les régions voisines de l'arrondissement de Lille. Entre 1960 et 1970, le nombre total des emplois industriels
a augmenté de 38 % dans l'arrondissement de Mouscron, de 35 % dans celui de
Courtrai et de 80 % dans celui d'Ypres. Ces deux derniers facteurs ne concerne
pas seulement les frontaliers textiles travaillant dans l'agglomération de
Roubaix-Tourcoing, mais ont affecté l'ensemble de ce courant. C'est ainsi que,
pour l'ensemble du département du Nord, le nombre des Frontaliers régresse,
entre 1960 et 1971, de 68,6 % dans le textile, mais aussi de 69,2 % dans le
bâtiment et les travaux publics, qui en employaient 3.624 en 1960, et de 28 %
dans la métallurgie. L'exemple de ces deux dernières branches est intéressant
car ce sont des activités où le nombre des emplois ne s'est pas contracté
comme dans le textile (.).
(.) Des compressions d'effectif sont intervenues dans la métallurgie de la
Sambre qui employait un certain nombre de Frontaliers, mais par contre l'agglomération dunkerquoise, qui a connu une vive expansion dans ce secteur, n'a
guère attire de Frontaliers,
en dépit de la proximite de la frontière be1ge.
- 547 -
Un phénomène nouveau est venu quelque peu masquer, ces dernières
années, la diminution du nombre des Frontaliers. L'étude de leur répartition
par nationalité montre que l'on rencontre maintenant parmi eux de plus en
plus de citoyens français résidant de façon permanente en Belgique. La monographie citée de J.M. Demaret fait apparaître que, au 31.12.1971, le quart
de tous les Frontaliers recensés par la. Préfecture du département du Nord
étaient des nationaux français. Il y a vingt ans, cette proportion était infime. Cela peut s'expliquer par le fait que des gens ont préféré se fixer
en BelgiqOe parce qu'ils y trouvaient des logements plus à leur convenance.
La possession de voitures particulières, qui rend plus facile de ne pas résider près de son lieu de travail, a pu jouer un rôle également. Il s'agit,
en fait, de simples suppositions, car il n'y a pas encore eu d'enquêtes
précises réalisées auprès de ces "néofrontaliers". Il serait intéressant,
en particulier, de déterminer combien d'entre eux sont mariés à des Belges,
ou possèdent éventuellement la double nationalité. Cette nouvelle catégorie
de Frontaliers travaille moins souvent dans le textile que les autres:
d'après l'étude citée ci-dessus, à la fin de 1971, 45 % des Frontaliers de
nationalité belge travaillaient dans le textile chez les hommes; parmi les
femmes cette proportion était de 85 %. Au contraire, parmi les Frontaliers
français ayant leur domicile en Belgique, un tiers seulement des hommes, et
les deux tiers des femmes étaient occupés par les industries textiles. Ce
résultat semble logique, puisque l'on se trouve en présence de gens qui sont
devenus Frontaliers, au moment où ces branches d'activité devenaient moins
attirantes pour ce. type de travailleurs.
Ces données générales offrent des aspects plus particuliers en
ce qui concerne l'agglomération de Roubaix-Tourcoing. Celle-ci reste le
principal lieu où travaillent des Frontaliers dans.le textile du département;
elle en regroupe environ les deux tiers. Elle a d'autant plus facilement perdu cette main-d'oeuvre venue de Belgique que ces travailleurs ont parfois
pu trouver, chez eux, des emplois textile~, ce qui réduisait beaucoup les
difficultés de leur reclassement sur place. L'étude citée du Comité d'Expan-
- 548 -
sion de Roubaix-Tourcoing (C.E.R.T.) montre que, en 1963, près du quart des
Frontaliers travaillant dans cette agglomération résidaient dans les seules
communes d'Herseaux et de Mouscron, cette dernière jouant le rôle essentiel.
Dans l'actuel arrondissement de Mouscron (45) le nombre des emplois textiles
passe de 8.398, en 1953, à 8.975, en 1970 ; les quatre cinquièmes de ces
derniers se situent dans le chef-lieu. Il y a donc eu une légère expansion
au cours de la période étudiée, ce qui contraste avec la forte contraction
observée en France. La répartition par branche est très différente de celle
observée à Roubaix-Tourcoing:
l'activité principale dans cette région belge
est le tissage des tapis et des tissus d'ameublement qui regroupe à lui seul
40 % des salariés, vient ensuite, avec 18 % la filature de la laine peignée
et, avec 17 %, la filature des fibres synthétiques prend la troisième place.
Le reste est constitué par des branches variées. Le peignage de la 1ain~
occupe seulement 5 % de l'ensemble des salariés. A la même époque, 1970, le
tissage des tapis et de l'ameublement n'occupait à Roubaix-Tourcoing que
8 % des effectifs, tandis que la filature de laine peignée en représentait
26 %,le peignage de la laine 11 %, et la filature de coton 10 %. Mouscron
concentre surtout des branches textiles attractives; ceci a contribué à
détourner certains Frontaliers, ou certains jeunes issus de ces régions,
d'aller travailler à Roubaix-Tourcoing. Ils pouvaient trouver plus près de
leur domicile des emplois jugés intéressants et rémunérés en argent belge.
On observe même, depuis quelques années l'amorce d'un mouvement
frontalier inverse, c'est-à-dire que des gens résidant en France vont travailler en Belgique. Ce ~énomène touche un peu les industries textiles. L'étude belge citée estimait que, au milieu de l'année 1970, 376 Français travaillaient dans les firmes textiles de l'arrondissement de Mouscron. On en
comptait 180 dans celui de Tournai, et 130 dans celui de Courtrai. Tout en
indiquant que beaucoup d'entre eux résident en France, la source utilisée ne
fournissait pas le nombre précis de ceux domiciliés en Belgique, où ils
(45) Sources:
pour
Hainaut Occidental.
heid
; ouvrages ci tés.
1953, Programme
Pour
du développement
1970, De Tewerkstelling
et de l aménagement
l
du
in de Belgishe Textillni]ver-
- 549 peuvent être employés notamment par les filiales des firmes textiles f'ançaises. L'étude de l'Echelon Régional de l'Emploi estimait, à la fin de
1971, à 310 l'effectif de ces Frontaliers français textiles, 60 % d'entre
eux étaient des femmes. Le total général de tous les Frontaliers français
résidant dans le département du Nord, toutes activités confondues, dépas~t
les 1.200 personnes. A propos du textile, on peut remarquer que, en 1973 et
au début de 1974, avant la crise du second semestre de cette année-là, des
quotidiens régionaux français comme "La Voix du Nord" et plus encore
"Nord Eclair", qui est fortement implanté sur Roubaix-Tourcoing, contenaient
fréquemment des offres d'emplois insérées par des firmes textiles belges;
ces derniêres indiquant parfois que leurs représentants pouvaient être
contactés à Roubaix même, ce qui confirmait bien leur intention de recruter
des habitants de çette agglomération.
A ~ropos des autres groupes de population travaillant dans le
textile de cette agglomération, on manque d'études récentes et précises. Le
recensement de 1968 donne quelques indications, mais elles sont très générales,
notamment, en ce qui concerne les migrations pendulaires, car les effectifs
sont indiqués seùement à l'échelle de l'ensemble du secteur secondaire et,
de plus, la situation a sensiblement évolué depuis cette date.
Les travailleurs du Bassin Minier continuent à se déplacer essentiellement dans des cars affrétés par les entreprises auprès des firmes spécialisées souvent implantées sur les lieux d'habitation de cette main-d'oeuvre.
ce qui facilite la mise en place des autobus le matin. (cf. les remarques générales faites à ce sujet, ci-dessous, à propos du foyer lillois).
Les travailleurs immigrés sont assez mal connus car ces catégories
évoluent très vite et les études qui les concernent (. ) portent sur les problèmes d'ensemble de ces migrations et assez peu sur les aspects spécifiques
au textile. Quelques points méritent d'être soulignés: ces migrations n'ont
pas été systématiquement organisées par les entreprises comme celles des mineurs
marocains par les houillères du Bassin du Nord-Pas-de-Calais. Les firmes ont
le plus souvent embauché des gens qui s'étaient rendus à Roubaix-Tourcoing.
( . ) Cf. en particulier,
cours de publication,
la thèse citée de A. Salah et les communications,
faites au cours du colloque
qui a été réuni à Lille
le 25 Octobre
1974.
de l'I.D.E.A.D.
en
Nord-Picardje
- 550 -
par leurs propres moyens. La présence, parfois ancienne, de petits noyaux a
provoqué progressivement l'afflux de leurs parents et amis. Ceci est particulièrement vrai des Algériens qui formaient déjà une communauté notable dans
les années 1950.
Cette immigration devient de plus en plus familiale: en 1974,
par exemple, environ 10.000 enfants algériens sont scolarisés dans les classes
primaires de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing. La rareté des femmes africaines dans l'industrie textile s'explique essentiellement par le nombre
moyen élevé d'enfants par ménage et par les cùutumes œ cette communauté musulmane. La durée moyenne du séjour en France des travailleurs immigrés est
mal connue. Pour les Algériens, elle serait d'environ 10 ans, Cela signifie
que des adolescents en grande partie élevés hors de leurs pays d'origine arrivent et surtout vont arriver à l'âge du travail. Ceci pourra i t , à terme,
modifier les caractéristiques démographiques de ces travailleurs, en renforçant les effectifs des très jeunes.
La situation dans les autres f~yers textiles importants du
Nord-Pas-de-Calais
(.)
L'étude détaillée du foyer textile de Roubaix-Tourcoing a permis
de poser les grands problèmes, de saisir les différences qui existent entre
les diverses branches, et les principaux mécanismes qui en sont responsables.
Il s'agit de se demander si toutes ces caractéristiques se retrouvent dans
les autres grands centres du Nord-Pas-de-Calais. Les nuances qui seront dégagées permettront de mieux saisir l'original ité de ces différents foyers.
(.)
Ne seront pas examinés
on ne dispose
étroitement
pas de données
aussi précises
liés à ceux de l'évolutlon
seront évoqués,
L'étude
ici les cas de Caudry et de Cala~s pour lesquels
lors de l'étude
sont très
de la dentelle
i
ils
de cette branche.
de ces foyers a été possible
aimablement
et dont les problèmes
de l'industrie
grâce à l'utilisation
fournie par les Organlsations
Professionnelles
d'une documentati(
intéreS3ées.
G.16 REPARTITION PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE
L'INDUSTRIE
TEXTILE
DU PERSONNEL DE
DE L'AGGLOMERATION
LILLOISE
SITUATION
[ID
cadres
BD
td
employes
[J
tecbmcrens
60
§
agenls de malt me
OJ
cuvrters
AU 31-12-1973
10
1 PERSONNEl
Idu teta! des ettecnfs
1ensemble
des branches
gfilaluredecolon
83
~
du lin
ttltene
B'lssagedelatolle
ID
des dttterentes
ennebhssement
OUVRIER' PAR BRANCHE 1
branches
tr ancars
de 1 agglomerallon
tr ancats
restëant
de lilloise
hors de l'agglomeratton
etrangersd'orlgme
europeenne
élrangersdonglne
atrrcame
lillOISe
- 551 Le foyer textile lillois (.)
Le foyer textile lillois reste par le nombre de ses emplois, le second de la région Nord-Pas-de-Calais.
Il représente le tiers environ des effectifs dénombrés dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing;
mais, à lui seul, il
occupe 20 % de travailleurs de plus que l'ensemble de la Vallée de la Lys, formée par l'addition des régions d'Armentières et d'Halluin. 60 % des emplois du
foyer lillois sont, en 1973, d'après les statistiques de l'Echelon Régional de
l'Emploi, localisés dans le noyau central de l'agglomération (Lille, Lomme,
Loos, La Madeleine et Hellemmes), dont 17 % dans la commune principale.
Il apparaît immédiatement, à la lecture du tableau n° 64, que le
problème du recrutement de la main-d'oeuvre ouvrière se pose, dans l'agglomération lilloise, avec moins d'acuité que dans celle de Roubaix-Toucoing.
Au 31.12.1973, le coefficient d'équilibre de l'ensemble du personnel textile
de la première est supérieur de près de trois points à celui de la seconde.
L'avantage lillois est dû à une proportion d'autochtones un peu plus élevée
que dans l'agglomération voisine et également à une répartition différente
de l'importance relative des autres catégories. Le personnel venant du Bassin Minier joue un rôle beaucoup plus considérable à Lille: il y représente
plus du quart du total, au lieu de moins du huitième de Roubaix-Tourcoing
( ..).
Les immigrés sont proportionnellement
deux fois moins nombreux dans l'agglomé(.) Le ressort du Syndicat Patronal Textile de Lille est plus étendu Que
l'agglomération
lilloise dans sa définition I.N.S.E.E., mais, en fait, presque
tous les emplois textiles se situent à l'intérieur des limites de cette dernière. La catégorie l "Français de l'agglomération
qui résident à l'intérieur de la circonscription
lilloise" comprend tous ceux
du Syndicat Patronal Textile
de Lille. La categorie II, surtout chez les ouvriers, correspond presque uniquement à des personnes vivant dans le Bassin Minier. Elles sont plus proches de
leur lieu de travail que leurs concitoyens
qui vont travailler à Roubaix-Tour-
coing. Faute d'indications precises quant à leur commune exacte de résidence,
il est difficile de quantifier cette différence. C'est pourQuoi, dans le calcul
du coefficient d'équilibre,
pour l'agglomération
démographiques,
on a gardé la même pondération
de Roubaix-Tourcoing,
de ces travailleurs
que celle utilisée
Les caractéristiques,
notamment
montrent qu'ils constituent bien un groupe
différent des "Français résidant dans l'agglomération
lilloise",
(.,) En valeur absolue, on peut remarquer, par contre, que les industries textiles de l'agglomération
travailleurs
emploient pratiquement
autant de
venant du Bassin Minier que celles de l'agglomération
de Roubaix-Tourcoing
lilloise.
- 552 TABLEAU N° 64
REPARTITION PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE
L'AGGLOMERATION
Source
DU PERSONNEL DE L'INDUSTRIE TEXTILE DE
LILLOISE. SITUATION AU 31.12.1973
Syndicat Patronal Textile Lillois.
II
III
IV
V
Coefficien'
d+êqu il ibrr
4,8 %
0,2 %
78,0
Ensemble du personnel
61,4 % 27,6 %
6,0 %
Cadres et ingéni eurs
88,0 %
10,5 %
1,5 %
93,6
Employés
91,5 %
8,0 %
0,5 %
97,2
Techniciens
83,5 %
15,0 %
1,5 %
91,4
Agents de Maîtrise
89,9 %
7,6 %
2,0 %
Ensemble des ouvriers
55,0 % 32,0 %
7,0 %
Ouvriers masculins
51,0 % 26,7 %
Ouvrières
57,4 % 36,0 %
II
III
IV
V
-
0,5 %
94,4
5,8 %
0,2 %
74,3
8,7 %
13,3 %
0,3 %
70,1
6,0 %
0,5 %
0,1 %
77 ,1
Français résidant dans l'agglomération lilloise.
Français résidant en dehors de l'agglomération lilloise.
Etrangers d'origine européenne et domiciliés en France.
Etrangers d'origine africaine et domiciliéS en France.
Frontal iers.
- 553 ration lilloise, où les Frontaliers sont pratiquement inexistants. Cet e situation n'est pas nouvelle et rappelle beaucoup celle observée antérieurement
(cf. chapître 2).
Pour tous les salariés autres que les ouvriers, les coefficients
d'équilibre sont élevés. Ceux qui font partie de la catégorie II n'habitent
pas toujours dans le Bassin Minier; chez les cadres notamment, on rencontre
des gens habitant des ensembles résidentiels de grand standing, tels ceux de
Bondues ou de Villeneuve d'Ascq, situés à l'intérieur du ressort du Syndicat
Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing. Ces types d'emplois attractifs voient
leur importance relative s'accroître:
entre 1961 et 1973, le pourcentage des
ouvriers est passé, dans le textile de l'agglomération lilloise, de 86,9 %
à 81,4 %, tandis que celui des employés s'accroissait de 5,8 % à 9 %, et
celui des ingénieurs et cadres de 2 % à 3,5 %.
Parmi les ouvriers, on rencontre encore une majorité absolue de
Français vivant dans leur agglomération de travail, ce qui n'est plus le cas
à Roubaix-Tourcoing.
La différence entre les deux foyers est sensible surtout chez les ouvriers masculins:
Lille a 9 % d'autochtones de plus, alors
que les pourcentages sont comparables pour le personnel féminin. On retrouve
chez les deux sexes, une forte importance des travailleurs du Bassin Minier
(.) : ils constituent le second groupe en nombre, leur proportion étant la
plus forte parmi les ouvrières. Chez les hommes, les étrangers d'origine eu
ropéenne sont plus nombreux que les Africains, situation inverse de celle
observée à Roubaix-Tourcoing.
L'avantage de l'agglomération lilloise ne s'explique pas par la
nature des branches textiles représentées:
les deux tiers des salariés y
sont occupés par la filature de coton et des fibres synthétiques (..), par
(.)
La migration
l'agglomération
ouvriers
des travailleurs
sont des hommes
(..) Dans l'agglomération
tiques de main-d'oeuvre,
et celles qui travaillent
croissent
autres.
du Bassin Houiller
dans le premier
lilloise,
entre les entreprises
uniquement
Pour rendre
très sensibles
comparables
ces deux rubriques
quant à l'origine
dans le se
dans les stati
filant du coton ou des mélang
les fibres chimiques.
Ces dernières
que s'opère la conversion
les données
dan
un tiers de c
cas ; un quart seulement
il existe une séparation,
en nombre au fur et à mesure
on a regroupé
est plus masculine
de Lille que dans celle de Roubaix-Tourcoing:
concernant
entre lesquelles
s'a
technique
~
les différentffiannée~
il n'y a pas de différenc(
de la main-d'oeuvre.
- 554 -
celle du lin et par la filterie (.) , alors que, à Roubaix-Tourcoing, l'ensemble des branches se rattachant à la filature n'emploie que 54 % des effec
tifs. De plus, c'est la filature de laine peignée, plus attractive que celle
du coton, qui y tient la première place, tandis que cette dernière n'est pra
tiquement pas représentée dans l'agglomération lilloise.
La région lilloise continue de bénéficier de sa plus grande proximité du Bassin Houiller, et notamment de sa partie centrale, de Lens à
Hénin-Beaumont. Ceci ne veut pas dire toutefois que le ramassage ne s'effect
que sur de courtes distances: chaque autobus, à Lille, comme à Roubaix-Tour
coing, circule pour le compte d'une seule entreprise et effectue des circuit
complexes pour atteindre tous les travailleurs d'une même équipe. Ce sys tème
introduit des rigidités dans le marché du travail, car une firme hésite à
embaucher un salarié domicilié très à l'écart de son circuit de ramassage h~
bitue1. Dans l'agglomération lilloise, le kilométrage moyen parcouru par un
bus entre son premier arrêt et la porte de l'usine avoisine la cinquantaine
ce qui représente un temps de trajet maximum supérieur à l'heure. Ces donnel
sont évidemment variables d'une ligne à l'autre. Il n'y a pas de ramassagè
l'intérieur de l'agglomération. Dans quelques cas le transport est entière
ment gratuit; dans la plupart des autres, le personnel en paie une partie.
En 1974, cette part s'élève, en moyenne, à 20 %. Elle tend à décliner; di,
ans auparavant, elle avoisinait le quart.
L'agglomération lilloise présente une autre caractéristique qui
la distingue de celle de Roubaix-Tourcoing:
le textile y occupe une place
beaucoup moins importante dans l'emploi. Les statistiques de l'ASSEDIC mont}
que, au 1.1.1974, le textile y donnait du travail à 13,6 % des hommes et à
(.)
La filterie
les salariés
est ici définie
occupés
pour le rendre utilisable
en particulier,
de façon stricte:
par les opérations
par le confectionneur
toutes les opérations
elle comprend
seulement
de finition du fil, après sa filatuJ
ou le particulier.
de conditionnement.
Cela inc
- 555 TABLEAU N° 65
REPARTITION
PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE
DU PERSONNEL OUVRIER DES PRINCIPALES
BRANCHES DES INDUSTRIES TEXTILES DE L'AGGLOMERATION
LILLOISE.
SITUATION AU 31.12.1973
Source
Syndicat Patronal Textile de la Région Lilloise.
a) Ensemble des ouvriers
II
III
IV
V
Coefficient
d 'équil ibre
Fil a ture du
42,0 %
coton et des
fibres chimiques
41,0 %
7,0 %
10,0 %
Fil a ture du lin
28,8 %
56,2 %
11,6 %
3,0 %
Filterie
63,8 %
29,2 %
5,0 %
2,0 %
Tissage de 1a
Toile
88,0 %
2,0 %
4,0 %
5,5 %
Ennoblissement
80,0 %
10,0 %
6,0 %
4,0 %
87,5
66,8
0,4 %
60,9
80,2
0,5 %
91,6
b) Ouvriers masculins
Filature du
coton
35,5 %
35,5 %
9,0 %
20,0 %
60,5
Filature du 1in
29,3 %
51,7 %
13,0 %
6,0 %
59,9
Filterie
62,0 %
20,0 %
10,5 %
7,5 %
Tissage de la
Toile
79,0 %
3,3 %
5,5 %
11,8 %
Ennoblissement
79,5 %
8,7 %
5,6 %
6,2 %
76,5
0,4 %
84,8
86,8
... f ...
-
556 -
c) QlJ_vrières
Fi lature du
coton
48,0
";
to
46,0 %
III et IV
6,0 %
Filature du lin
28,5 %
60,0 %
11 ,0
Fi lteri e
64,5 %
31,5 7,
4,0 %
Tissage de la
Teil e
95,5 %
0,8 %
3,2 %
Ennoblissement
80,5
or
12,2 %
II
1
"
7,3
;G
Î~
- Français rèsidant dans l 'agglomèration lilloise.
II - Français residant en dehors de l 'agglomèration lilloise.
111 - Etrangers d'origine europèenne et rèsidant en France.
IV - Etrangers d'origine dfricaine et rèsidant en France.
V - Frontaliers.
V
72,5
0,5
%
61,5
81,3
0,5 %
96,9
88,4
- 557 -
37,6 % des femmes occupées par l'industrie (.). A Roubaix-Tourcoing,
'es
pourcentages sont près de deux fois plus élevés pour le sexe féminin, et
près de trois fois pour le masculin. Grâce à cela, le textile lillois à une plus
forte proportion de salariés autochtones,bien qu'il comporte surtout des branches jugées peu attractives dans l'agglomération soeur.
La considération de cette situation globale ne doit pas masquer
les différences qui existent entre les différentes branches du centre textile
lillois. Le tissage du lin et du coton, que le'on désigne traditionnellement
dans cette aggl omérati on sous la formul e générale de "t t ssage de la toil e" ,
est l'activité qui conna,t le plus de facilité pour recruter son personnel
ouvrier. Ce n'est pas étonnant puisque c'est l'industrie qui offre le plus
d'emplois qualifiés; c'est, en outre, celle qui pratique le moins le travail
en équipes successives, à peine la moitié de sa main-d'oeuvre, 47 % exactement, est soumise à ce type d'horaire au début de 1974. Pratiquement toutes
les ouvrières sont des françaises résidant dans l'agglomération lilloise, et
c'est également le cas des quatre cinquièmes des hommes. La situation de
cette branche est meilleure que celle de son homologue dans les autres grands
centres textiles de la région. A Roubaix-Tourcoing et à Halluin ce type de
tissage est en concurrence avec d'autres, habillement et ameublement, parfois
considérés comme plus attractifs. Ce n'est pas le cas à Armentières, et pourtant le tissage de la toile y compte un peu moins d'autochtones qu'à Lille.
Cette différence s'observe aussi bien parmi le personnel ouvrier masculin que
chez les femmes. Une fois encore, ces disparités sont à mettre, au moins partiellement, en rapport avec l'inégale importance du travail en équipes successives : il touche les deux tiers ou les trois quarts des ouvriers dans les
trois foyers textiles situés en dehors de Lille, et pris comme point de compara ison.
(.)
L'agglomération
circonscription
surtout des communes
l'ASSEDIC
lilloise
du Syndicat
englobe
définie
Patronal
~ésidentielles,
par l'ASSEDIC
est plus petite que la
de cette ville. Les différences
concernent
si bien que l'ensemble
par
92,5 % des effectifs
dénombrés
délimité
par l'organisation
patronale.
-558 -
Dans l'agglomération lilloise, après le tissage de.1a toile, la
branche la plus attractive est l'ennoblissement. Un peu plus des deux cinquièmes de son personnel ouvrier connaissent des horaires de journée classiques.
Tant chez les hommes que chez les femmes, les quatre cânquièmes des ouvriers
sont de provenance locale; la seconde catégorie, par ordre d'importance, est
celle de Français venus du Bassin Minier. La comparaison avec les autres grands
centres textiles est un peu illusoire car l'ennoblissement comprend des opérations multiples et variées, et l'on risque de mettre en parallèle des activités en fait assez différentes.
La filature du coton et des fibres chimiques est l'activité
du
textile lillois qui occupe le plus grand nombre de salariés: à elle seule,
elle représente 38 % de l'effectif total. Au début de 1974, on constate que,
parmi les ouvriers de cette branche, les gens venant du Bassin Minier sont
pratiquement aussi nombreux que les Français résidant dans leur agglomération
de travail. Cette situation se rencontre aussi bien chez les hommes que chez
les femmes. Ces deux catégories de population constituent la quasi-totalité
de l'effectif féminin, alors que parmi les ouvriers masculins on compte un
tiers environ de travailleurs immigrés, originaires le plus souvent d'Afrique
du Nord. Cette situation est meilleure que celle constatée dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing. La filature de coton lilloise bénéficie notamment
de la présence d'une plus forte proportion de travailleurs d'origine locale.
Le pourcentage de ces derniers dans le total des ouvriers masculins est de
35 % à Lille, contre 23 % à Roubaix-Tourcoing. Chez les femmes, l'avantage
lillois est encore plus prononcé: leur part s'y élève, en effet, à 48 % au
lieu de 25 % à Roubaix-Tourcoing. C'est, paradoxalement, dans cette dernière
agjomération que les salariés venus des mines occupent proportionnellement
la place la plus importante. Le travail en équipes successives est pratiqué
avec la même intensité dans les deux grands centres. Pour expliquer ces différences, il faut invoquer, outre le contexte général lillois plus favorable
au textile, la présence de la filature de laine peignée à Roubaix-Tourcoing.
Cette dernière se montre nettement plus attractive que celle du coton sur le
marché du travail, et attire environ deux fois plus d'autochtones, en pourcentage du total de sa main-d'oeuvre. A Armentières, la situation de la filature
- 559 -
du coton est encore meilleure qu'â Lille, bien que l'on y travaille a~ 'ant
en équipes successives. Cela est â mettre en rapport avec la situation d'ensemble du textile, qui est~nne, dans une agglomération de moyenne dimension.
La filature de lin est la branche du textile lillois qui éprouve
le plus de difficultés â recruter du personnel ouvrier: chez les hommes,
comme cl'ez les femmes, les Français de l'agglomération réprésentent moins de
30 % du total et la majorité absolue des effectifs provient du Bassin Houiller.
On compte 19 % d'étrangers parmi les travailleurs masculins et 11 % chez les
ouvrières. Cette situation ne constitue pas une nouveauté. Le travail du lin
est traditionnellement considéré comme plus pénible que celui du coton (cf.
chapitre 2). Il faut noter, en plus, que la filature de lin pratique beaucoup
Je travail en équipes successives;
autant que celè du coton, même si, au
début de 1974, les horaires de nuit y sont moins fréquents. Un autre fait a
contribué â rendre moins attractive cette activité: parmi les principales
industries textiles lilloises, elle est celle qui a connu les plus importantes
suppressions d'emplois au cours des années récentes: entre le 31.12.1966 et
le 31.12.1973, le nombre des ouvriers diminue de 43 % en filature de lin, et
de 16 % seulement en filature de coton et de fibres chimiques. Il faut remarquer que, tout en étant la plus mal placée sur.le marché du travail lillois,
la filature de lin a quand même une situation plus avantageuse que celle du
coton â Roubaix-Tourcoing. Elle emploie davantage d'autochtones, tant chez
les hommes que chez les femmes. La filature de lin lilloise a un coefficient
d'équilibre supérieur de près de 10 points â celle du coton â Roubaix-Tourcoing.
La filterie est une activité qui nécessite beaucoup de manipulations de charge de faible poids, elle exige de la dextérité manuelle, sans
nécessiter une forte qualification. C'est une branche qui fait traditionnellement largement appel au personnel féminin. C'est, avec la bonneterie, l'industrie textile qui emploie proportionnellement le plus de femmes. Leur pourcentage, parmi les ouvriers, atteint 80 % dans l'agglomération lilloise. La
filterie comporte également de nombreux postes d'employés. En 1973, le personnel ouvrier constituait 71,5 % des effectifs totaux de cette branche, au lieu
de 86,2 % en filature de lin par exemple.
- 560 -
La filterie bénéficie d'un coefficient d'équilibre élevé pour
une activité qui s'apparente quand même beaucoup à la filature. Les deux tiers
environ de ses ouvriers, hommes comme femmes, sont des Français habitant l'agglomération lilloise. Cette branche bénéficie de plusieurs éléments favorables
la moitié seulement de sa main-d'oeuvre travaille en équipes successives, et
le nombre des emplois ouvriers est aussi élevé ell 1913 qu'en 1966. Sa situation à Lille est nettement meilleure que dans la région d'Halluin. Deux raisons contribuent à expliquer cette différence' dans l'agglomération lilloise
se trouve l'entreprise française la plus puissante de cette branche (cf. 1°
partie de ce chapitre). Dans la Vallée de la Lys, la rubannerie, qui s'apparente
au tissage, reprcsente une part importante des emplois textiles dans les communes où se trouve la filterie. Le travail en équipes successives est également pratiqué dans ces deux foyers textiles.
L'étude d'ensemble montrait que le textile lillois recrutait plus
facilement sa main-d'oeuvre ouvrière que celui de ROUbaix-Tourcoing. Cette
situation, comme on vient de le voir, se vérifie aussi au niveau de chacune
des branches. A l'intérieur même du foyer lillois on retrouve pourtant des
contrastes entre les différentes activités qui rappellent ceux analysés précédemment à Roubaix-Tourcoing. Le textile lillois rencontre quand même certaines
difficultés ainsi que le montre la comparaison entre le tableau statistique qui
vient d'être utilisé et celui qui décrit la situation au 31.12.1971. D'une
manière globale, entre ces deux dates, l'emploi ouvrier a été pratiquement
stable puisque l'on enregistre seulement une diminution de 1,5 %. Le coefficient d'équilibre de l'ensemble du personnel ouvrier baisse légèrement; cette
dégradation est provoquée par la diminution du pourcentage des Français résidant dans l'agglomf'rdtion lilloise; parmi les travailleurs masculins; leur
part se I~duit de 1,5 %, tandis que celle des étrangers progresse de 4 %. Chez
les ouvrières, la part. du recrutement local s'accroît un petit peu, le nombre
des étrangères s'accroi t quand même pour compenser le léger déc lin de l 'importance reldtive du personnel venu du Bassin Minier. La décroissance du nombre
global des travailleurs venant des régions minières est un phénomène à suivre
avec attention, puisque ces derniers tiennent une place très importante dans
le textile lillois. Cette évolution plutôt défavorable n'a pas affecté toutes
les activités textiles de la même façon.
- 561 TABLEAU W 66
REPAkTl~l~N
PAR ORIGINE
BRANCHLS
GEOGRAPHIQUE
DES INDUSTRIES
DU PERSONNEL
TEXTILES
OUVRIER
DE L'AGGLOMERATION
------._-----------------SITUATION
Source
Syndicat
Patronal
DES pnlNCIPALLS
LILLOISE
AU 31.12.1971
Textile
de la région lilloise.
al Ensemble des ouvriers
II
III
IV
Coefficient
d'équilibre
V
34,2 %
6,0 %
4,2 %
40,1?~
47,3 %
6,0 %
6,6 %
66,8
3~',6
54,4 %
10,5 ?~
2,5 %
63,0
Fiiterie
74,3 %
22,7 %
2,0 %
1,0 %
86,5
Tissagedelatl':;p
85,4%·
8,0 %
3,4 %
3,2 %
Ennoblissen,er'è
82,0
8,0 70,
7,7 %
2,3 %
Filature
d'j
UJL~)I'
\,1
de~ t i bre s (iliclic]<I."·
Fi lature d'_
! i ri
%
b) Ouvriers
0,2 %
0,4 %
75,2
91,0
88,5
masculins
Ensemble des o ranches
53,8 'J:
27,8 %
7,8 %
10,1 %
Filature du cot.on cl
des fibres Chid:iques
36,7 %
40,2 %
7,5 %
15,6 %
Fil ature du 1 i fi
34,6 %
45,1 %
13,8 %
6,4 %
0,1 %
62,0
Tissage de
79,1 %
8,3 %
4,5 %
7,1 %
1,0 %
87,0
80,5 %
9,5 %
6,5 %
3,5 %
la
tu i l e
Ennob li ssement
0,4 %
72,0
62,5
87,8
c ) liuvrières
En5P~ble des branches
56,5 %
II
38,G rc
1II et IV
4,8 %
V
0,1 %
.../ ...
77 ,0
- 562 -
Filature du coton et
des fibres chimiques
42,8 %
51,9 %
5,3 %
69,5
Filature du lin
32,0 %
60,0 %
8,0 ?;
64,0
Tissage de la.toile
90,0 %
7,8 %
2,0 %
Ennoblissement
85,0 %
8,5 %
6,5 %
0,2 %
- Français résidant dans l'agglomération lilloise.
II - Français résidant en dehors de l'agglomération lilloise.
III - Etrangers d'origine européenne et résidant en France.
IV - Etrangers d'origine africaine et résidant en France.
V - Frontaliers.
94,5
90,9
- 563 -
La, bonne situation d'ensemble du tissage de la toile est d,meurée
pratiquement inchangée au cours de ces deux années. L'effectif ouvrier total
y est également resté constant. On note deux faits notables:
un accroissement du travail en équipes successives, celui-ci passe de 38 % à 47 %, l'équipe de nuit occupant 6 %, au lieu de 4 % du personnel. En corrélation avec
le fait précédent, on constate une tendance à la masculinisation de l'effectif ouvrier car la part des femmes y tombe 56,1 %, en 1971 à 53,3 % en 1973.
En second lieu, il convient de remarquer la forte diminution du personnel
venant du Bassin Minier; celle-ci a été en partie compensée par l'appel aux
étrangers, mais on enregistre également un accroissement, en valeur absolue,
des Français résidant dans l'agglomération lilloise, qui, parmi les femmes,
améliorent même leur pourcentage. Grâce à cela, le coefficient d'équilibre de
l'ensemble du personnel ouvrier de cette branche demeure stable.
Dans l'ennoblissement, le coefficient d'équilibre diminue d'un
point entre les deux années repêres. Chez les ouvriers masculins, on rencontre
un petit peu d'étrangers en plus. Chez les femmes, le déclin des lilloises
est essentiellement comblé par les ouvrières résidant dans le Bassin Minier.
L'évolution est somme toute limitée, surtout si l'on songe que, au cours de
cette période, le travail en équipes successives s'est étendu de 39 % à 47 %
du personnel ouvrier tandis que le nombre des emplois se réduisait de 15 %.
La part des femmes s'est très légèrement accrue; cette branche n'en reste
pas moins, et de loin, celle qui utilise proportionnellement le moins d'ouvrières.
Pour la filature du coton et des fibres chimiques, le coefficient
d'équilibre demeure stable bien que le travail en équipes ait progressé de
3 % à 4 %, et que le nombre des postes de travail se soit réduit de 4 %. Chez
les hommes, on enregistre une nette diminution du rôle des ouvriers du Bassin
Houiller, qui ont été remplacés par des étrangers;
tandis que, chez les
femmes, les ouvrières des mines se voient substituer plutôt des Françaises
de l'agglomération lilloise. C'est, une fois encore, l'amélioration du recrutement local du personnel féminin qui permet le maintien, et même la très
- 564 -
légère amélioration. du coefficient d'équilibre de la branche. et cela d'autant plus que les femmes représentent la majorité des effectifs ouvriers. Leur
pourcentage reste stable pendant les deux années ~tudiées. On peut remarquer
que. en filature comme en tissage. la féminisation du personnel de l'industrie
cotonnière lilloise est beaucoup plus prononcée que dans tous les autres
centres textiles du Nord-Pas-de-Calais.
Les deux branches textiles lilloise dont la situation s'est nettement dégradée entre 1971 et 1973 sont la filterie et la filature de lin.
Pour cette dernière le coefficient d'équilibre tombe de deux points.Au cours
de cette mème période. le nombre des ouvriers chute de 7 %. Pour les deux
sexes on constate une diminution du pourcentage des Français résidant dans
l'agglomération lilloise. Elle est compensée par un appel aux salariés du'
Bassin Minier chez les hommes. et aux étrangères chez les femmes. Cette activité intéresse de moins en moins la population locale qui craint de ne pas y
trouver un emploi stable. Les gens du Bassin Minier. dont la présence est
souvent de courte durée. car elle est interrompue par le mariage ou le service
militaire. s'accomodent beaucoup mieux de ce type de postes. Cette remarque
est confirmée par le fait que. en 1971 comme en 1973. parmi le personnel ouvrier masculin ou féminin originaire des mines. c'est celui de la filature
de lin qui comporte la plus forte proportion de moins de 21 ans. Cette branche
demeure très féminisée. bien que le pourcentage des hommes se soit légérement
accru récemment.
L'évolution de la filterie paraît. de prime abord. plus surprenante car cette activité a accru sensiblement. de 13 %. le nombre des postes
de travail offerts entre 1971 et 1973. Si l'on considère les chiffres bruts.
on constate une quasi-stabilité des Français résidant dans l'agglomération
lilloise; tous les postes nouveaux. ou presque, ont été pourvus avec du personnel provenant du Bassin Minier ou de l'étranger;
cela réduit le pourcentage de la main-d'oeuvre locale et entraîne la chute de six points du coefficient,d'équilibre. C'est la plus forte dégradation enregistrée parmi les
branches importantes du textile lillois. Ce phénomène coïncide, et lui est
- 565 TABLEAU W 67
POURCENTAGE
Source
DES FEMMES DANS LE PERSONNEL OUVRIER DES INDUSTRIES TEXTILES LILLOISES
Syndicat Patronal Textile de la Région Lilloise.
Situation au
31.12.1971
Situation au
31.12.1973
Ensemble des branches
59,1 %
57,8 %
Filature du coton et des fibres
chimiques
58,2 %
58,9 %
Filature du lin
62,0 %
60,0 %
Fil teri e
81,3 %
78,9 %
Tissage de la toil e
56,1 %
53,3 %
Ennoblissement
28,8 %
31,8 %
- 566 -
très probablement lié, avec une brusque augmentation du travail en équipes
successives: en 1966, 30 % seulement des ouvriers connaissaient ce type
d'horaires; en 1971, ils n'étaient encore que 33 % ; en 1973, ils sont
49 %. Une fois encore l'on voit que le développement de ce type d'emploi
du temps détourne partiellement la population locale du textile.
Si quelques difficultés apparaissent dans le recrutement de la
main-d'oeuvre ouvrière du textile lillois, elles affectent surtout certaines
branches, et plutôt le personnel masculin. Cette évolution, comme on l'avait
également observé à Roubaix-Tourcoing, tend à accroître les disparités entre
les différentes activités. C'est ainsi que l'écart des coefficients d'équilibre entre la mieux placée, le tissage de la toile, et celle qui l'est le plus
mal; la filature de lin, était de 28 points en B71 ; deux ans plus tard, il
s'est creusé et atteint 30,7 points. L'ampleur de ce contraste est moins considérable à Lille qu'à Roubaix-Tourcoing;
mais il est plus élevé dans le
chef-lieu départemental que dans les centres de la Vallée de la Lys. Tout se
passe comme si plus la compétition devenait vive entre les branches textiles,
sur le marché du travail, plus les différences entre ces industries s'accentuaient, au détriment des moins bien placées.
L'étude de la structure par âge du personnel ouvrier de l'agglomération lilloise amène à faire des remarques assez semblables à celles formulées à propos de Roubaix-Tourcoing. Il faut noter, en particulier, le fort
pourcent.aqe des très jeunes travailleurs, parmi les femmes comme parmi les
hommes, chez les Français résidant dans l'agglomération lilloise: le quart
ou le cinquième des ouvriers a presque toujours moins de 21 ans. Cette proportion est encore plus forte chez les gens du Bassin Minier où elle avoisine
souvent la moitié. Les indices de jeunesse font apparaître les contrastes prévisibles: les valeurs les plus élevées se rencontrent parmi les travailleurs
résidant dans le Bassin Minier, viennent ensuite les étrangers et les Français
vivant dans leur agglomération de travail. Ce classement est valable pour les
deux sexes. On peut noter que, parmi les Français de l'agglomération lilloise,
c'est la branche la moins attractive, la filature œ lin, qui a logiquement
l~ndice de jeunesse le plus bas. Dans la filature de coton, les 21-39 ans
d'origine locale sont proportionnellement moins nombreux qu'à Roubaix-Tourcoin
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- 567 TABLEAU W 68
STRUCTURE PAR AGE DU PERSONNEL OUVRIER DES PRINCIPALES BRANCHES 1EI1,1;"
--------------------------------------------------DE L'AGGLOMERATION
Source
-----
-
LILLOISE. SITUATION AU 31.12.1973
Syndicat Fdtron&l Textile de la Région lilloise.
a) Pourcentage des moins de 21 ans
Hommes
II
Femmes
III
IV
3,6
Filature du coton
et des fibres
chimiques
22,5 %
50,5 %
7,0 %
Filature du 1 in
21,6 %
63,7 %
16,0 %
Filterie
12,5 %
15,0 %
Tissage de la
Toile
18,0 %
32,0 %
Ennoblissement
26,0 %
8,5 %
II
III et IV
or
J,
24,0 %
46,6 %
23,0 %
6,0 %
21,0 %
65,0 %
24,0 %
28,4 %
48,0 %
10,0 %
25,0 %
22,4 %
11,0 %
b) Indice de jeunesse
Filature du coton
et des fi bres
chimiques
Filature du 1 in
Filterie
II
III
IV
105
510
270
1000
113
364
324
65
1170
195
202
79
670
300
104
153
129
265
Tissage de la
Toile
96
Ennoblissement
134
II III IV Cff"
oe
195
460
II
148
92
Français
Français
Etrangers
Etrangers
résidant dans l'agglomération lilloise.
résidant en dehors de l'agglomération lilloise.
d'origine européenne et résidant en France.
d'origine africaine et résidant en France.
"
Nombre des 21-39 ans
lcient de Jeunesse:
Nombre des 40-59 ans X 100
- Effectifs trop peu nombreux pour que la donnée soit calculée.
III et IV
- 568 TABLEAU N° 69
STRUCTURE PAR AGE DU PERSONNEL OUVRIER DES PRINCIPALES BRANCHES DES INDUSTRIES
TEXTILES DE L'AGGLOMERATION
Source
LILLOISE. SITUATION AU 31.12.1971.
Syndicat Patronal Textile de la Région Lilloise.
a) Pourcentage des moins de 21 ans
Filature du coton 17,5 % 50,0 %
et des fibres
chimiques
13,0 %
5,5 %
Femmes
II
21,6 % 53,0 %
Filature du lin
18,0 % 70,0 %
20,0 %
5,5 %
16,2 %
63,6 %
Filterie
14,0 % 33,0 %
21,6 %
47,0 %
Tissage de la
Toile
20,6 % 33,0 %
25,6 %
24,0 %
Ennoblissement
20,0 % 25,0 %
11,0 %
30,0 %
Il
Hommes
III
8,0 %
IV
10,0 %
III et IV
28,0 %
26,3 %
31,0 %
b) Indice de jeunesse
II
III
IV
430
312
735
78
II
240
72
1030
201
305
85
931
Tissage de la
Toile
103
140
508
118
237
Ennoblissement
112
Filterie
103
Filature du coton 94
et des fibres
chimiques
Filature du lin
1
II
III
IV
-
80
137
124
385
Français résidant dans l 'agglomération lilloise.
Français résidant en dehors de l'agglomération lilloise.
Etrangers d'origine européenne résidant en France.
Etrangers d'origine africaine résidant en France.
. .
.
Nombre des 21-39 ans
Coefflclent de Jeunesse: Nombre des 40-59 ans x 100
- Effectifs trop peu nombreux pour que la donnée soit calculée.
III et IV
330
270
- 569 -
La comparai son des données de 1973 avec cell es de 1971 re" et de
dégager certaines tendances. Il faut toutefois étre relativemE. t prua""t dans
l'analyse, car de nombreuses variations de détail apparaissent;
une partie
des effectifs s'est renouvelée, en effet, en raison d'un taux de rotation
important notamment chez les très~unes et les immigrés. Trois constations
apparaissent. Tout d'abord; les grands traits signalés ci-dessus se retrouvent, ce qui confirme qu'ils sont des caractères permanents et non pas des
accidents purement conjoncturels. Dans l'ensemble, on note un certain accroissement de la part des moins de 21 ffiS parmi les Français de l'agjomération
lill oi se. Les indi ces de jeunesse de cette" ca tégori e de trava Hl eu rs se sont
également plutôt améliorés au cours de ces deux années; l'exception la plus
notable est celle de la filature de lin où ils régressent à la fois chez les
hommes et chez les femmes, alors que les pourcentages des moins de 21 ans se
sont accrus. Ceci n'est pas contradictoire, car cela montre bien que cette
branche intéresse plutôt les gens qui ne sont pas encore définitivement engagés dans un métier donné.
En conclusion, il convient de souligner que, si l'agglomération
lilloise rencontre moins de difficultés de recrutement de personnel que celle
de Roubaix-Tourcoing,
elle n'y échappe toutefois pas complètement. Un fait le
prouve indiscutablement:
en 1961, parmi l'ensemble des salariés, ouvriers
ou non,"6 % seulement des salariés étaient des étrangers résidant en France.
En 1973,leur pourcentage s'élevait à près de Il %. Le rôle du Bassin Minier,
dont la proximité est l'un des grands atouts du centre lillois, tend à décliner, non seulement en valeur absolue, à l'imitation du nombre total des
emplois disponibles, mais aussi en pourcentage:
les travailleurs venant des
régions minières constituaient environ le tiers du total entre 1965 et 1969
depuis 1972, ils représentent moins de 30 %, ceci confirme que l€ Bassin
Houiller est un gisement de main-d'oeuvre en voie d'épuisement
- 570 -
REPARTITION PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE
DU PERSONNEL DES INDUSTRIES TEXTILES
D'HALLUIN ET DE SES ENVIRONS. SITUATION AU 31.12.1973
Source
Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing
II
III
0,8 %
l1 ,8 %
- Vallée de la Lys.
IV
Coefficient
d' équil ibre
24,2 %
83,6
1,5 %
9,0 %
96,6
2,5 %
20,0 %
92 ,8
85,0 %
2,5 %
12,5 %
94,8
Agents de maîtrise
70,5 %
4,0 %
25,5 %
89,7
Ensemble des ouvriers
54,0 %
1,0 %
14,0 %
4,0 %
27,0 %
79,2
Ouvriers masculins
51,0 %
0,9 %
16,6 %
7,0 %
24,5 %
75,4
Ouvrières
58,5
1,0 %
l1 ,0 %
29,5 %
83,4
Ensemble du personnel
60,9 %
Cadres et ingénieurs
89,5 %
Techniciens
77 ,0 %
Employés
II
III
IV
V
0,5 %
2,8 %
V
- Français résidant dans les agglomérations de Roubaix-Tourcoing
de ses envi rons.
- Français résidant en dehors des agglomérations précédentes.
- Etrangers d'origine européenne et résidant en France.
- Etrangers d'origine africaine et résidant en France.
- Frontaliers.
et d'Halluin et
G.19 REPARTITION PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE
INDUSTRIES TEXTILES
DU PERSONNEL DES
0 HALLUIN ET DE SES ENVIRONS
SITUATION AU 31-12-1973
ulolaldes
l':
.fflellfs
d.chaque
cal.gorle
100
[IJcadres
BtechnlCllns
BD
[J
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1
t.du lohl
effectifs
des
de
•
chaque
B
an
ficellerie
tlssige
de l'habillement
ameublement
Iisugecoton
rubannerre
1
branche
DES OUVRIERS
francais
flllm.
Iissag'
ag.ntsdemallme
euvners
PERSONNEL OUVRIER: PAR BRANCHE
ENSEMBLE
Ël
EE
Ël
emplo}es
résidant
dans les agglom'rafions
de Roubm leurcemq
et ltathnn
efrangersd·orJglne
europunneresldanl
en france
a fncarns
frontaliers
rr.nralsd'autresreglons
- 571 La région d'Halluin
et ses environs
(.)
Les limites géographiques de ce foyermt été définies au chapître
2, elles correspondent au ressort de l'ancien Syndicat Patronal implanté à
Halluin. Lorsque l'on examine la composition du personnel de ce centre textile, selon son origine ( ..), on est frappé par l'importance encore considérable des Frontaliers:
ils constituent, au 31/12/1973, plus du quart des
ouvriers, alors qu'à Roubaix-Tourcoing
ils en forment moins du septième. Les
Frontaliers sont également bien représentés dans les a~tres catégories de
salariés:
ils constituent le quart des agents de maîtrise, le cinquiéme des
techniciens, le huitième des employés et près du dixième des cadres et ingê-'
nieurs. En bonne partie à cause de cette raison, les coefficients d'équilibre
(....
) du personnel ouvri er sont mei 11eurs à Ha 11ui n et dans ses envi rons qu'à
( .) Le Syndicat
Patronal
Roubaix-Tourcoing
auquel
sous
le vocable
qui couvre ce foyer, et qui a fusionné
il a ajouté
de "Syndicat
de la Vallée
justifie par le fait qu'Halluin
virons,
comme Comines,
Armentières,
la Vallée
Wervicq
de la Lys".
(cf. Chapitre
Pour
lever
toute
appellation
localités
se
de ses en-
2). Mais ce terme est ambigu car
ambiguité,
dans un sens géographiquement
avec celui de
traditionnellement
Cette
ne domine pas les autres
qui n'est pas incluse dans cet ensemble,
de la Lys.
expression
son n9m, est désigné
se trouve elle aussi dans
on a renoncé
à employer
~ette
restrictif.
(..) La catégorie
n° 1 correspond,
aux gens résidant
dans l'ensemble
Roubaix-Tourcoing
et de la l'Vallée de la Lys", mais en fait la plus grande par-
tie de ces travailleurs
cette
partie
de la Vallée
(.....
) On peut évidemment
cas présent,
coefficient
du Syndicat
d'équilibre.
se poser
la question
de savoir
Ceci pourrait
de la pyramide
française
symboliquement
il convient,
des localités
de
de
à propos des
de ce pays travailler
domiciliée
n'ont pas les mêmes
0,75 proche
et
en France.
occupées
ou
caractéristiques
dans son agglomération
une pondération,
dans le
de notre
françaises
comme de celui des fonctions
des âges, les Frontaliers
que la main-d'oeuvre
ce qu'exprime
de vue juridique,
SI
pour l'établissement
se poser en particulier
étant donné la forte imbrication
du point
fusionné
à Halluin même ou dans les autres communes
il est assez normal que des gens viennent
Toutefois,
Patronal
de la Lys.
de conserver ~s mêmes pondérations
Frontaliers:
belges,
réside
comme lors de l'étude de Roubaix-Tourcoing,
du ressort
de travail
de l'unité
tout en
i
- 572 -
(•..suite) lui demeurant
faudrait
connaître
inférieure.
les communes
Pour pondérer
précises
si elles sont en moy.enne plus proches
celles où vivent
les Frontaliers
Les 'Etrangers originaires
nent davantage
étaient
belges;
et à Comines
il
et voir
et de combien,
que
à Roubaix-Tourcoing.
et domiciliés
en France"
un tiers des actifs provenant
leur pourcentage
50 %. Ces différences
de Portugais,
le plus. Là encore,
pour établir
Id composition
nationalité.
du lieu de travail,
occupés
des pays européens
à Tourcoing
ont reçu beaucoup
connaitrè
des Frontaliers
compren-
de Belges dans cette partie de la Vallée de la Lys qu'à Roubaix-
en 1968, à Roubaix,
Tourcoing:
avec plus de précision,
de résidence
atteignait
ont dû s'atténuer
de la catégorie
75 %
car toutes ces communes
tandis que l'immigratLon
une pondération
de ces pays
40 %, à Halluin
belge ne se renouvel-
plus précise,
II avec précision,
il faudralt
c'est-à-dire
par
- 573 -
Roubaix-Tourcoing. Ceux des autres catégories y son4par contre, p1jS 'aibles,
tout en restant suffisamment élevés pour témoigner qu'il n'y a pas de problème,
sérieux de recrutement pour ce type de postes de travail. La main-d'oeuvre
française domiciliée en dehors du ressort du Syndicat Patronal Textile de
Roubaix-Tourcoing Vallée de la Lys est pratiquement inexistante. Ces particularités justifient une étude séparée de ce centre textile.
L'avantage d'Halluin et de ses environs est considérable pour
du personnel ouvrier puisque leur coefficient d'ftquilibre est supérieur dln
peu plus de dix points à celui ~e Roubaix-Tourcoing. Cela s'explique en partie
par la nature même des activités textiles présentes:
si on leur applique les
coefficients de leurs homologues de Roubaix-Tourcoing, le coefficient d'équilibre de l'ensemble du personnel ouvrier est encore de 74,4. C'est-à-dire que
plus de la moitié de l'écart initial constaté entre les deux centres est dû
à la plus grande importance du tissage à Halluin et dans ses environs. Il
n'en demeure pas moins que ces localités conservent encore un avantage appréciable, même si l'on neutralise l'influence de ce facteur. Leur meilleure situation s~ remarque surtout à propos du personnel masculin, où leur coefficient
d'équilibre est supérieur de 13 points à celui de Roubaix-Tourcoing, alors
qu'il ne l'est que d'un peu plus de six points pour les ouvrières.
Il est nécessaire d'établir une comparaison plus poussée pour mieux
analyser ce fait (.) , En tissage de coton, branche qui occupe le plus grand
nombre d'ouvriers, 17,6 % dans ce foyer textile, les Français résidant sur
place occupent 65 % des postes ouvriers, proportion pratiquement identique à
celle observée à Roubaix-Tourcoing. La différence entre les deux centres ré-
(.)
Comme on l'a vu dans le chapitre
tiles sont représentées
façon détaillée
employant
que la situation
au moins
grands contrastes
exemple,
à Halluin
500 salariés.
présentés
occupe moins
ture du coton etc ...
deux, presque
toutes les branches
et dans ses environs.
des plus importantes,
Parmi
c'est-à-dire
les autres on retrouve
précédemment:
d'autochtones
la filature
te~-
On n'a analysé de
celles
quand même les
de laine peignée,
que le tissage mais davantage
par
que la fila-
- 574 TABLEAU N° 71
REPARTITION PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE DU PERSONNEL OUVRIER DES PRINCIPALES INDUSTRIES
TEXTILES D'HALLUIN ET DES SES ENVIRONS. SITUATION AU 31.12.1973
Source
Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing
- Vallée de la Lys
a) ensemble des ouvriers
II
III
IV
Coefficient d'équilibre
V
Rubannerie
~6,O %
13,0 %
1,0 %
30,0 %
82,0
Fice11eri e
Corderie
35,0 %
22,0 %
3,0 %
40,0 %
71 ,2
Filterie
29,0 %
51,8 ~~
73,7
Ti ssage pour
Habi 11ement
~)3
,0 %
6,0 %
1,0 %
10,0
t
92,8
Tissage pour
Ameublement
GO,5 %
12,0 %
1,5 %
26,0 %
83,4
Tissage du
Coton
65,5 %
8,0 %
3,0 %
23,5 %
86,0
5,2 %
14,0 %
b) Ouvriers masculins
Rubannerie
"1,0 %
13,0 %
2,0 %
34,0 %
80,2
Fice11eri (:
Corderie
33,0 %
28,0 %
9,0 %
30,0 %
64,8
Fi 1 terie
?2,0 %
1,5 %
~~
68,2
%
90,3
26,0 "/,
83,0
5,0 % 26,0 %
83,0
53,5
23,0 %
Tissage pour
Habillement
83,0
ro
9,0
ot
M
Tissage pour
Ameublement
60,0
l,
12,0
'II
lissôge du
Coton
60,0 7~
to
9,0 X,
2,0 %
2,0 %
6,0
.../ ...
- 575 Ouvrières
c) ----II
III et
IV
V
Coefficient
Rubannerie
63,0 %
13,0 %
24,0 %
84,3
Fi ce" erie
Corderie
36,0 %
79,0 %
45,0 %
75,4
Fil teri e
32,0 %
9,5 %
51,0 %
78,0
Tissage pour
Habillement
86,0 %
2,0 %
12,0 %
95,5
Tissage pour
Ameublement
63,5 %
11 ,0 %
25,5 %
85,4
Tissage du
Coton
73,0 %
6,0 %
21,0 %
90,2
II
III
IV
V
-
7,5 %
d'équilibre
Français résidant à Halluin et dans ses environs ou dans l'agglomération
Roubaix-Tourcoing.
Français résidant en France en dehors des régions précédentes.
Etrangers d'origine européenne et domiciliés en France.
Etrangers d'origine africaine et domiciliés en France.
Frontaliers.
de
- 576 -
side essentiellement dans le plus fort pourcen taqe des Frontaliers à Halluin
ces derniers, à Roubaix-Tourcoing, sont en grande partie remplacés par des
immigrés. Des différences sensibles se rencontrent entre Halluin et RoubaixTourcoing à propos des deux autres branches du te,tile présentes simultanément dans les œux centres: la fabrication des tlSSU'> "our l 'habillement et
pour l'ameublement. La première de ces ac t i vt té s Jr,e bien meilleure situation à Halluin. Elle y compte 12 /;d'autochtones de plus qu'à Roubaix-Tourcoing,
dans ce cas ci ce n'est pas la proportion des Fro~tdliers qui constitue la différence entre les deux foyers. L'écart n'est pas le méme si l'on examine séparément la situation des deux sexes: à Halluln. par rapport a Roubaix-Tourcoing,
on compte"
d'autochtones en plus chez les femmes et 23 % en plus chez les
hommes. un peut, en outre noter que, à Halluin, le tissage pour habillement
apparaît plus attr-act if que celui pour ameub leinent , contrairement à ce que l'on
observe à ROubalx-lourcoing. Cette dernière activité a d'ailleurs un coefficient
d'équilibre plus faible à Halluin que dans l'agglomération voisine: les pourcentages de travailleurs immigrés sont à peu près les mèmes , ce sont les Français vivant sur place qui sont proportionnellement moins nombreux dans le centre de la Vallée de la Lys. L'écart est surtout sensible chez 1?s hommes: 60 %
d'autochtones d Halluln, contre 89 %
à
Roubaix-lourcoing.
Sans chercher à tout expliquer par ce phénomène, il faut bien constater encore une fois l'influence du travail en équipes successives: la
branche qui le pratique le moins à Halluin, parmi ces trois types de tissage,
c'est celui du coton. Grâce à cel~ ce dernier a une meilleure situation que
le tissage pour ameublement dont 86 ~ des ouvriers travaillent en équipes. La
d if fé reuce ont re 1es deux branches s'observe parmi 1e ~ersonne 1 fémi nin qui
est precis0ment celui qui est le plus facilement rebuté par ce type d'horaires.
les autres branches textiles importantes œ cette partie de la
Vallée de la Lys ne sont pas ou trop peu représentées à Roubaix-Tourcoing
pour que l'on puisse faire des comparaisons significatives entre les deux
foyers. Des trois activités restantes, la rubannerie est celle qui se révèle
la plus attractive, ce n'est pas surprenant pUlsqu'il s'agit en fin de compte
d'une variété du tissage. Sa situation est toutefois moins brillante que celle
- 577 -
TABLEAU N° 72
POURCENTAGE
DES FEMMES DANS LE PERSONNEL OUVRIER DES PRINCIPALES
BRANCHES
TEXTILES D'HALLUIN ET DE SES ENVIRONS. SITUATION AU 31.12.1973
Source:
Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing
Activité
Pourcentage
- Vallée de la Lys.
des femmes
Ensemble des branches
48,0 %
Rubannerie
44,0 %
Ficellerie - Corderie
66,5 %
Filterie
69,0 %
Tissage pour Habillement
46,0 %
Tissage pour Ameublement
39,0 %
Tissage du Coton
46,0 %
- 578 -
des autles industries produisant Jes étoffes: elle emploie davantage de travailleurs immigrés et moins de Français vivant sur place , Cette moindre attractivité se remarque surtout chez les ouvrar s masculins.
La production des ficelles, cordes, tresses et lacets s'apparente
a la filature et, de ce fait, attire beaucoup moins ;es autochtones. Chez les
ouvrier~ masculins le groupe le plus nombreux est celui des étrangers vivant
en France et l·ul1 compte 30 % de frontaliers; parmi les (('lIl111PS, les Frontalièr~', "e ..nent largement en tête avec 45 % dr cE'H" c,,1.e'I,)llP
de personnel,
Cette branche est féminisée au deux tiers, comme 1. filler',. La majorité absolue Jo. ouvrières de cette dernière industrle viennent de Belgique et il
en va de
".(:rl'""'
flOU~'
l es hommes.
Au total, il apparaît clairement. que Hol Juin Et ses environs conservent. une forte or iqi nalité par rapport à l 'agglomeration de Roubaix-Tuurcoing
même lorsque de! branches identiques se renc0ntrp!,L simultanément dans les
deux centres,
L'étude de la structure par âgé mon!.('€que, chez les hommes, les
frontalier', ,onstitupnt la catégorie la mo in-. ~cune : alors qu'ils représentent
le quart du total des ouvriers, ils ne forment qu~ 7 % de ceux ayant moins de
21 ans, .na i s , par contre, le tiers de ceux ayant entre 50 et 59 ans. Pour cette
tranche la pyramide des âges des Frontaliers est particulièrement large. Leur
indice de Jeunesse n'est pas mauvais dans l 'ensemble,sauf en filterie et en
corderie; ces branches qui s'apparentent a la filature attirent ici beaucoup
moins les ~dultes jeunes que le tissage. Dans cette dernière activité, les
FrontallPfs ont, sauf en ameublement un i ndice de jeunesse supérieur à celui
des o~vr:ers masculins français locaux.
Chez les femmes, les Frontalières comptent également peu de moins
de 21 ans ct leur indice de jeunesse est souvent meilleur que celui des auto ch tones . Dans l'ensemble, les Frontaliers constituent un groupe relativement
âgé comme le montre l'étroitesse de la base de leur pyramide; mais cette s t ructure par âge est bien meilleure que celle rencontrée à Roubaix-Tourcoing. Il
est très significatif d'observer, par exemple, que les meilleurs indices de
jeunesse m3scullns des frontalier. de Roubal~-Tourcoi~y sont a peine sup0rieurs
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II')
- 579 TABLEAU N° 73
STRUCTURE PAR AGE DU PERSONNEL OUVRIER DES PRINCIPALES
BRANCHES TEXTILES
D'HALLUIN ET DE SES ENVIRONS. SITUATION AU 31.12.1973
Source
Syndicat Patronal Textile de Roubaix-Tourcoing
a) Pourcentage
des moins de 21 ans
Femmes
Hommes
III
IV
-
- Vallée de la Lys.
III et IV
V
V
Rubanneri e
ie ,o
4,5 %
24,0 %
40,5 %
7,0 %
Ficellerie
Corderie
15,5 % 13,5 % 5,0 % 3,0 %
19,0 %
14,5 %
6,0 %
Filteri e
16,0 % 17,5 %
~o
2B,5 %
-
2,0 %
26,0 %
37,0 %
7,5 %
5,5 %
10,5 %
20,0 %
12,0 %
-
2,5 %
36,0 %
48,5 %
7,0 %
9,5 % 22,5 % 9,0 % 4,5 %
18,0 %
25,0 %
10,0 %
143
107
417
174
61
164
223
132
Tissage pour 11,5 % 18,0 %
Habillement
Tissage pour 19,5 % 11,0 %
Ameublement
Tissage du
Coton
b) Indice de jeunesse
Rubannerie
112
126
Ficellerie
Corderie
187
155
Tissage pour 101
Habi 11ement
109
167
186
300
480
Filteri e
200
45
76
267
95
107
375
.../ ...
- 580 -
Tissage pour
Ameublement
Tissage du
Coton
219
148
300
157
323
300
150
82
100
275
93
88
700
191
_ Français résidant dans l'agglomération de Roubaix-Tourcoing
dans ses environs.
III
Etrangers d'origine européenne et résidant en France.
IV - Etrangers d'origine africaine et résidant en France.
V - Frontaliers.
Indice de jeunesse
Nombre des 21-39 ans
Nombre des 40-59 ans x 100
ou à Halluin et
G.21 REPARTITION PAR ORIGINE
TEXTILES D'ARMENTIERES
",dulolal
100
des effectifs
GEOGRAPHIQUE
DU PERSONNEL DES INDUSTRIES
ET DE SES ENVIRONS SITUATION
AU 31-12
de la cit.gone
80
[ll
60
cadres
E3
techmcrens
[]
employes
El agenlsdlmaltnse
OJ
ouvriers
IPERSONNEL OUVRIER:PAR BRANCHE 1
/, du total des
.ffectlfs
des dlFferenfes branches
1ensemble des branches
1hleture du coton
ffi nssaqe de la torle
~
ennoblissement
trancats
d'Armentieres
et de ses enVIrUIlS
'} trancats d autres teqrcns
enanqers
4 afncarns
frontaliers
d
onqme europenne
-19 7 3
- 581 -
aux plus mauvais de ceux d'Halluin et de ses environs. Dans un cas on se
trouve en p~ésence d'un groupe en voie d'extinction rapide, dans l'autre on
observe seulement le début d'un veillissement d'ensemble. Le sens de l'évolution générale est le même, mais les deux foyers textiles se situent à des
stades différents.
Chez les ouvriers textiles Français travaillant et résidant dans
cette partie de la Vallée de la Lys, les hommes ont un indice de jeunesse convenable. parce que supérieur à 100, sauf en tissage du coton. A l'exception
de cette dernière branche, les indices rencontrés ici sont meilleurs qu'à
Rouba i x-Tourc o i nq. Cette plus grande abondance d'hommes jeunes entraîne un
moindre poids relatif des moins de 21 ans, sauf er ameublement. Le personnel
ouvrier f émt r.r n français présente les mêmes caractéristiques d'ensemble et
les remarques précédentes peuvent lui être appliquées;
son indice de jeunesse
est même meilleur que celui noté à Roubaix-Tourcoing dans les trois branches
présentes A 1~ fois dans les deux foyers textiles.
1 ~s étrangères
domiciliées en France ont toujours le meilleur indice de jeunesse parmi les ouvrières et comptent la plus forte proportion de
l
moins dt
ans. Cette situation très favorable nf> se rencontre pas aussi systémat i quement chez les hommes ayant une origine étrangère et vivant en France.
2,
Pour essayer d'expliquer les raisons de la moindre acuité des
problèmes du recrutement du personnel ouvrier dans cette partie de la Vallée
de la Lys, par rapport à Roubaix-Tourcoing, on'peut évoquer plusieurs éléments : l 'rr.quê te , déjà citée, du C.E.R.T. etablissait que, en 1963, les trois
quarts des Frontaliers travaillant à Halluin et dans ses environs résidaient
dans les uo.s villes belges jumelles des françaises: Meni-n, Cosrines et
Wervicq-Nord. Ils se trouvaient très près de leur emploi, ce qui constitue
une inci t i1 t, i on à 1e œnserver . De plus, ces communes belges n'ont pas bénéficié,sur leur territoire, de la création de zones industrielles ce l'ampleur de
cele de Mousrron. L'étude belge, précédemment utilisée, apprend que, en 1970,
Menin, Comines et Wervicq-Nord, a elles trois, avaient un nombre d'emplois
textiles égal à seulement 11,5 l: de celui qui existait dans la seule commune
- 582 -
de Mouscron.
également
L'imbrication
entre
à -des Français
frontière,
tout
ditions
en conservant
particulières
maintenu
chacune
les
Vallée
Halluin
plus
se trouve
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région
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des trajets
dans
et belges
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autres.
un emploi
de Roubaix-Tourcoing.
2) que l'on
chapitre
françaises
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geographique.
Les Français
que ceux
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expliquent
dans ce secteur
le textile
les
d'aller
des autres
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l'agglomération
le 31.12,1971
de 9 't à Il
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quelques
une progression
coton,
pour autant
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revêtir
de Roubaix-To~rcoing,
et le 31.12.1973,
% en tissage
du textile
Il
enC,éH
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pourcentage
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de 10 % à 14 ~, en rubannerie
et
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- 583 -
TABLEAU N° 74
REPARTITION PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE
D'ARMENTIERES.
Source
DU PERSONNEL DES INDUSTRIES TEXTILES
SITUATION AU 31.12.1973
Syndicat Patronal Textile d'Armentières.
II
3,5 %
Coefficient
d'èquilibre
IV
V
7,6 %
7,2 %
85,8
III
Ensemble du personnel 73,4 %
8,3 %
Cadres et ingénieurs
92,0 %
7,0 %
1,0 %
96,2
Techniciens
89,0 %
6,0 %
5,0 %
95,7
Agents de maîtrise
86,0 %
1,0 %
8,5 %
93,8
Employés
96,0 %
1,5 %
3,5 %
97,6
Ensemble des
Ouvriers
69,2 %
9,0 %
5,0 %
9,3 %
7,5 %
82,9
Ouvriers masculins
68,8 %
6,0 %
5,8 %
14,4 %
5,0 %
80,6
Ouvrières
70,0 %
14,0 %
11,0 %
86,9
4,5 %
5,0 %
1 - Français résidant dans le ressort du Syndicat Patronal Textile d'Armentières.
II - Français résidant en dehors de ce ressort.
III - Etrangers d'origine européenne et résidant en France.
IV - Etrangers d'origine africaine et résidant en France.
V - Frontaliers.
- 584 -
Le foyer textile armentièrois
(.)
La circonscription du Syndicat Patronal Textile d'Armentières
comprend non seulement cette agglomération, mais aussi des communes s i t uer-s
en amont, dans la Vallée de la Lys, comme la Gorgue, Sailly ou Laventie ou
se trouvent notamment des usines d'ennoblissement. Ces dernières ne sont pas
tellement liées à Armentières sur le plan technique, en ce sens qu'elles ne
travaillent pas nécessairement les tissus produits dans cette ville. C'e,t
leur proximité gèogra~hique qui a incité à les inclure dans la circonscription de ce syndicat. l.es entreprises de Bailleul sont également rattdche~s
à cette orqarri sa t i on professionnelle. Bien que cet ensemble déborde que lque
peu des limites de l'arrondissement de Lille, il est nettement moins important que les trois a.t.ros centres textiles qui s'y trouvent. Il representp,
par le nombre de se, salariés, environ le huitième de celui de Roubaix-Tou'coing, le tiers de celui de Lille et les trois quarts de celui d'Halluln et
de ses environs.
Les dPUX tiers des travailleurs textiles du loyer armentierolS
exercent leurs activités dans la ville principale et les communes limitrophes
d'Houplines et de La Chapelle.
L'étude de la répartition du personnel selon son origine géographique révèle que la région d'Armentières en recrute une grande partie ',!,,'
place: son coefficient géneral d'équilibre est supérieur de près de 3 pOInts
à celui d'Halluin, de près de 8 à celui de Lille et de plus de 10 a celui dr
Roubalx-Tuurcoing. Cela est dû essentiellement à la présence d'un plus gr-and
nombre de Français r-esidant et travaillant dans cette région
ils représentent
ici les trois quarts du total, alors que dans les trois autres foyers etudies,
la proportion de ce type de salariés varie entre 59 % et 61 %.
Cette supériorité armentièroise se retrouve à chaque nivedu de
qualification mais est particulièrement sensible chez les ouvriers; pour l'ensemble de ces derniers, l'avantage est de 3,7 points de coefficient d'équill
----------------(.)
le
Les
donnée s ch.i f f r oe s ont.
Sy nd i.c a t
Patronal
'rex t.r L_;
é
t.é a i.mab Lement
d'Armentières.
communiquées
à l'auteur:
fi rr
- 585 -
bre par rapport à Halluin; de 8,3 par rapport à Lille et de 14,3 par rapport
à Roubaix-Tourcoing. Ici encore cette situation est due à une proportion beaucoup plus élevée de Français appartenant à cette agglomération. La situation
est presque aussi favorable chez les hommes que chez les femmes, alors que
jusqu'à présent on avait constaté une nette différence entre les deux sexes.
On peut encore noter la présence d'un certain pourcentage de Frontaliers. Ceux-ci sont peu nombreux, mais ils sont proportionnellement un peu
plus importùntspanni les ouvriers qu'à Roubaix-Tourcoing;
c'est un renversement complet par rapport à la situation observée dans les années 1950.
Parmi les trois branches principales du textile armentièrois, la
plus attractive est l'ennoblissement:
les quatre cinquièmes de ses ouvriers
des deux sexes sont de recrutement local, le reste est composé presque uniquement de personnel frontal ier lorsqu' ils' agi t de femmes, tandi s qu'il comprend plutôt des travailleurs immigrés chez les hommes. Il est exceptionnel
que cette industrie connaisse une situation meilleure que celle du tissage.
Deux faits peuvent contribuer à expliquer cela: d'une part, dans ce foyer,
l'ennoblissement pratique moins le travail en équipes successives que le tissage (le pourcentage des ouvriers travaillant la nuit est, en particulier,
quatre fois plus fort en tissage qu'en ennoblissement). D'autre part les implantations de la majorité des unités de production se situent en dehors de
la ville d'Armentières, dans des petites localités qui gardent un aspect un
peu rural; cette dispersion facilite le recrutement du personnel. Par ailleurs,
cette br'anche ne présente pas dans ce foyer le même dosage entre ses diverses
spécialités que dans d'autres centres. On remarque en particulier ici la présence d'unités modernes et importantes d'impression.
Le tissage du lin et du coton, activité qui emploie le plus de salariés, à Armentières et dans sa région, avec 40 % du total, vient en seconde
position. Les trois quarts de sa main-d'oeuvre sont encore de recrutement local ; ce pourcentage est nettement plus élevé chez les femmes que chez les
hommes ouvriers. Le tissage armentièrois occupe une proportion de femmes net-
- 586 TABLEAU N° 75
REPARTITION PAR ORIGINE GEOGRAPHIQUE DU PERSONNEL OUVRIER DES PRINCIPALES
BRANCHES TEXTILES D'ARMENTIERES.
Source
SITUATION AU 31.12.1973
Syndicat Patronal Textile d'Armentières.
a) Ensemble du personnel ouvrier
II
Filature du coton
54,5 %
Tissage de la toile
76,0 %
Ennoblissement
80,5 %
19,5 %
1,0 %
Coefficient d'eqln
III
IV
V
3,0 %
12,6 %
10,0 s'
8,5 %
9,0 %
6,5
4,0 ~,
5,5 %
9,0 %
91,?
4,0 %
22,5 %
8,0 "
"
71 ,6
9,5 %
12,5 %
6,0
82,0
5,0 %
7,5 %
il',
7S,?
85,3
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b) Ouvriers masculins
Filature du coton
52,5 %
Tissage de la toile
72,0 %
Ennoblissement
80,5
13,0 %
1,0 %
%
88,6;,
6,0 %
c) Ouvrières
II
Filature du coton
56,0 %
Tissage de la toile
85,0 %
Ennoblissement
81,0 %
25,0 %
1,0 %
III et
4,0 %
IV
Pourcentage
de femmes
parmi les
ouvriers
49,4
15,0 %
V
8,0 %
7,0 %
2,0 %
16,0 %
Coeft
81,0
~{
92,2
24,5 %
93,9
28,4
- Français résidant dans le ressort du Syndicat Patronal Textile d'Armentières.
II - Français résidant en dehors de ce ressort.
III
Etrangers d'origine européenne et résidant en France.
IV - Etrangers d'origine africaine et résidant en France.
V - Frontaliers.
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- 587 -
tement plus faible que les branches équivalentes des autres centres.
Parmi les trois activités principales qui, ensemble, représentent
88 % du total des emplois de ce centre textile, la filature du coton vient en
seconde position par le nombre de ses salariés, environ le tiers de ceux du
foyer, mais elle occupe la dernière place si l'on considère les coefficients
d'équilibre. Un peu plus de la moitié seulement de ses ouvriers, hommes ou
femmes, sont des Français résidant dans cette région; le reste comprend surtout des étrangers vivant en France chez le pprsonnel masculin, et une forte
part de travailleuses venant des mines parmi les ouvrières, où l'on note, en
outre, un pourcentage encore notable de Frontalières. Ce sont les raisons habituelles qui expliquent que cette industrie soit moins bien placée que les
autres sur le marché du travail local; mais il ne faut pas oublier qu'elle a
beaucoup moins de problème de recrutement que les entreprises équivalentes
des autres grands centres textiles du Nord. 'Une simple comparaison suffit a
i11ustrer ? 1oquemment ce fai t : 1e pourcentage des ouvri ers mascul ins frança is
résidant dans l'agglomération est à Armentières supérieur de moitié a celui
signalé dans le foyer lillois, et supérieur de plus du double a œlui observé
a Roubùix-Tourcoing. Le travail en équipes est pratiqué de façon comparable
dans toutes ces localités.
L'analyse de la structure par âge fait apparaître les contrastes
habituels entre les Français de la r~on minière et ceux résidant sur place.
Les étrangers vivant en France apparaissent également comme ayant un indice
de jeunesse élevé. On peut noter les caractéristiques assez peu favorables du
tissage de la toile qui a relativement peu de moins de 21 ans d'origine locale
et surtout un indice de jeunesse très médiocre dans cette catégorie de population. De ce point de vue, les caractéristiques sont moins bonnes que celles
rencontrées dans les branches équivalentes dans les autres centres. La filature de coton a beaucoup de travailleurs d'origine locale de moins de 21 ans
et des indices de jeunesse moyens chez les autochtones, c'est un peu sa situation habituelle, encore qu'à Roubaix-Tourcoing ces indices soient un peu meilleurs.
- 588 TABl i IIU NU 76
STRUCTURE i)AR AGE Ill! PERSONNEL OUVPHH
-----
D'ARMENTIERES.
Source
I~I!IlI:,T~ll
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DES PRINrlPAUS
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II - Fronç.is résidant en dehors de ce ressort.
III
Etrangers d'origine européenne et résiddnt en France.
IV - Etrdngers d'origine africaine et résidant en France.
V - Frontaliers.
Indice de jeunesse
- 589 -
Un fait intéressant est à souligner à propos des Frontaliers:
parmi l'ensemble des branches, les moins de 21 ans représentent encore 10 %
de ceux d'entre eux qui sont ouvriers, et les indices de jeunesse sont de 84
pour les hommes et de 167 pour les femmes. On ne se trouve pas en face d'une
population en voie d'extinction, comme à Roubaix-Tourcoing, mais devant un
groupe qui connaît un certain vieillissement. Cette situation rappellè beaucoup les observations faites à propos de la région d'Halluin et forme, par
conséquent, une caractéristique de l'ensemble de la Vallée de la Lys textile.
Les causes principales sont d'ailleurs les mêmes; pratiquement tous les Frontaliers travaillant à Armentières viennent de la commune belge limitrophe de
la "Cité de la toile" : de Ploegsteert. Le rôle de ce facteur de proximité
explique que le mouvement frontalier soit dans cette agglomération en majorité féminin, alors que 60 % des emplois textiles disponibles sont mascùins.
La faible distance entre le domicile et la résidence est également
en grande partie responsable de la relative facilité du recrutement auprès
de la population française de cette région, surtout si l'on ajoute que les autres
industries importantes présentes dans les communes où se situent les usines
textiles sont principalement le bâtiment et les travaux publics ou les produits
alimentaires;
toutes activités qui ne sont pas exceptionnellement attractives.
Les établissements textiles, dont aucun ne dépasse les 500 personnes emploient
des gens résidant à leur voisinage immédiat, souvent issus de familles travaillant traditionnellement dans ces branches; la faiblesse de certains indices
de jeunesse indique toutefois que cette situation risque peut-être de se dégrader un peu dans les années à venir.
En filature de coton, les salariés français qui ne résident pas
dans l'agglomération proviennent essentiellement des régions minières et
peu de Flandre intérieure: étant donné les horaires de prises de poste, les
ouvriers ne peuvent arriver à leur usine, ou en repartir, que s'ils disposent
d'un moyen de transport personnel, solution fatigante et coûteuse au delà
d'une certaine distance, ou si l'entreprise organise un ramassage par car.
- 590 -
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- 591 -
Fourmies ou situées dans un rayon d'une dizaine de kilomètres autour de cette
ville. Par ailleurs, aucune usine ne compte plus de 300 ;ëilariés.
On se trouve en face du plus bel exemple de dissémination géographique rencontré parmi les cinq foyers étudiés. Cette fragmentation de l'appareil de production permet à la main-d'oeuvre de se trouver à proximité immédiate de son lieu de travail et explique en bonne partie le fait que ces petits
centres textiles trouvent sur place la totalité des salariés ouvriers ou autres
dont ils ont besoin. De plus, les localités industrielles importantes de cet
arrondissement se trouvent à une certaine distance, plus au nord, dans la
Vallée de la Sambre, elles rencontrent actuellement des difficultés et n'ont
pas un rayonnement croissant. Sur place, dans les communes textiles, on rencontre un peu de métallurgie, notamment, à Fourmies, au Cateau et à Anor. Ces
unités ne suffisent pas à accaparer toutes les personnes actives disponibles
dans ces localités et leurs environs et, de plus, ne fournissent guère d'emplois féminins.
Un autre facteur favorable pour le recrutement de la main-d'oeuvre
textile a été la stabilité du nombre des postes de travail dans les principales
acti vités au cours des années récentes : de 1968 à 1973, l'effecti f ouvri er
reste constant, à 1 % près, en tissage, et progresse même de 6 % en filature
de laine peignée. La répartition par branche, par contre, n'est pas à priori
favorable puisque c'est la filature de laine peignée qui regroupe les deux
tiers des emplois, et cette dernière pratique le travail en équipes successives
aussi intensément qu'à Roubaix-Tourcoing.
Le coefficient d'équilibre pour le personnel ouvrier en tissage et
en filature de laine peignée avoisine 99, c'est-à-dire que la totalité des
travailleurs est recrutée sur place, situation rencontrée nulle part ailleurs
parmi les foyers importants étudiés. La plus grande facilité de recrutement
rencontrée par la filature de laine peignée fait que cette branche occupe à
Fourmies un pourcentage d'ouvriers masculins plus élevé qu'à Roubaix-Tourcoing,
cette proportion atteignait, au 31.12.B73, 61,8 % à Fourmies contre 50,8 %
dans l'autre grand foyer. Cette masculinisation se poursuit dans l'Avesnois car
- 592 -
la proportion des hommes dans le total du personnel de cette branche s'est
accrue de 4,7 % entre 1968 et 1973.
Si en filature de laine peignée et en tissage de cette même fibre
on rencontre moins de 1 % d'étrangers, cette proportion s'élève à 12 % dans
la catégorie des industries textiles "diverses" qui regroupe les branches représentées par seulement une ou deux entreprises. Cette proportion est due en
bonne partie à la présence d'un peignage. Ce fait est intéressant car il confirme bien que lorsque un problème, même léger, de recrutement de main-d'oeuvre
commence à se poser, il affecte d'abord une activité qui était apparue à Roubaix-Tourcoing, comme l'une des moins attractives.
La structure par âge de la main-d'oeuvre de Fourmies-le Cateau
est également plus favorable que celle des branches similaires situées à Roubaix-Tourcoing:
la proportion des moins de 21 ans en filature de laine peignée
est deux fois plus forte dans l'Avesnois que parmi les ouvriers français résidant à Roubaix-Tourcoing. Les indices de jeunesse sont également beaucoup plus
élevés à Fourmies, où ils sont nettement supérieurs à 100, alors qu'à RoubaixTourcoing ceux des Français de l'agglomération atteignent seulement 106 pour
les hommes et 75 pour les femmes. Des remarques analogues peuvent être faites
à propos du tEsage de la laine dont la structure par âge est dans la région de
Fourmies-Le Cateau meilleure que celle des travailleurs d'origine locale en
tissage habillement aussi bien à Roubaix-Tourcoing qu'à Halluin.
La région de Fourmies-Le Cateau n'a pas connu de détérioration
vraiment appréciable de sa situation au cours des toutes dernières années :
si l'on considère l'ensemble du personnel ouvrier des deux principales branches
on constate, entre 1971 et 1973, une légère diminution des moins de 21 ans en
filature et une stabilité de l'indice de jeunesse. En tissage, les moins de
21 ans régressent sensiblement, leur proportion passe de 35,6 % à 26,8 %, mais
l'indice de jeunesse se redresse de 133 à 198. Cela signifie simplement que
de nombreux ouvriers âgés de 18 à 20 ans en 1971 sont venus gonfler la tranche
des 21-24 ans en 1973. Le centre textile de Fourmies-Le Cateau apparaît ainsi
de façon incontestable comme le plus avantagé dans le domaine du recrutement
du personnel, parmi les 5 foyers envisagés dans le présent chapître.
- 593 -
Conclusion
Dans l'ensemble, le textile rencontre des difficultés grandissantes
à recruter sur place le personnel ouvrier dont il a besoin. Cette situation
n'est pas propre aux seuls foyers étudiés ici, ni même à ce seul secteur industriel, elle s'observe également dans la plupart des autres. Les comparaisons
que l'on peut effectuer à l'échelle nationale ou régionale confirment toutes ce
fait. Une statistique établie par le Ministère du Travail, et publiée dans son
supplément au bulletin mensuel de statistiques de janvier 1974, estimait que,
le 31.7.1971, les établissements textiles français de plus de 10 salariés, y
compris ceux produisant des fibres chimiques, employaient en moyenne 13,2 %
d'ouvriers de nationalité étrangère. Ce pourcentage pour appréciable qu'il fût,
était très inférieur à la valeur record de 34,3 % rencontrée dans le Bâtiment
et les travaux publics, à la même date.
A l'échelle régionale, on observait des phénomènes du même ordre:
en 1970, 27 % du personnel ouvrier des Bâtiments et des travaux Publics étaient
étrangers de même que, en 1972, 10 % des ouvriers des Houillères du Nord-Pas-deCalais.
Il faut toutefois se souvenir que l'importance du pourcentage des
travailleurs étrangers n'a pas la même signification géographique suivant les
branches. Une forte proportion de ces salariés dans les charbonnages peut éventuellement constituer un certain handicap pour le maintien ou une éventuelle
relance de la production;
elle ne saurait remettre en cause, évidemment, la
localisation de l'activité extractrice, pas plus que celle du bâtiment ou des
travaux publics. De même un grand centre sidérurgique ne se déplace pas facilement et ne peut, en outre, s'implanter que dans des sites très particuliers.
Il n'en vas pas de même pour le textile qui est, on a déjà insisté sur ce point,
potentiellement
beaucoup plus mobile.
- 594 -
La présence du textile sera beaucoup moins souhaitée par ses régions d'accueil, si elle se traduit par l'arrivée d'une grande masse d'étrangers dépensant fort peu sur place. De la même façon, protéger le textile national contre la concurrence étrangère se justifie moins, si les devises économisées par le fait de produire sur place sont en partie perdues par les
transferts de salaires effectués par des ouvriers étrangers très nombreux.
Ne pas être capable de recruter de la main-d'oeuvre sur place remet en caus«
la localisation des industries textiles dans la région Nord-Pas-de-Calais,
tout autant que le dêve loppement de nouveaux foyers de production hors (Je l"lS
frontières.
Ce problème ne se pose pas avec la même acuité dans toutes lp.s
branches textiles et l'on a eu maintes fois l'occasion de soul igner les vontrastes rencontrés entre netatllllleAt
·les diverses variétés de la f i lature e L
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important. Des établissements pas très grands répartis dans des 10,a1·\,_-,
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à proximité car autrement celle-ci doit souvent accepter un temps de t ro j e t
assez long pour trouver d'autres emplois. Dans une grande agglomérat,on industrielle, le textile trouvera de la main-d'oeuvre, s'il ne représente qu'une
'parb modeste de l'emploi total.Ces remarques, tirées de T'observat tor ,je lé:
situation présente de la régiofl du Nord-Pas-de-Calais, se vérifient ,-gèlpment
si l'on considère d'autres foyers texbles importants d'Europe Occidentale (.).
Dans le Yorkshire Occidental ( ..), l'industrie lainière empl oys i!
au début de 1972, 65.000 personnes concentrées presque toutes dans quelques
gros centres comme Bradford ou Huddersfield. Le tiers du personnel masculin
ouvrier de cette branche était de nationalité étrangère, indienne ou pakista-
( . ) Cf. également
Vosges faites
( .. ) Pour plus
tannique.
les
remarques concernant
ci-dessus
de détails
à propos de l'étude
cf.
notre
étude
l'industrie
cotonnière
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du Groupe Agache-Willot.
citée
sur 11 j ndustrie
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- 595 -
naise dans plus de 80 % des cas. La concentration géographique de l'industrie
dans de grandes agglomérations aboutissait à une situation présentant de fortes
analogies avec celle de Roubaix-Tourcoing.
La comparaison avec l'industrie textile belge est intéressante en
raison de la proximité de ce pays, et aussi parce qu'il ya un volume d'emplois
globalement comparable à celui existant dans l'ensemble du Nord-Pas-de-Calais.
On dispose, en outre, grâce à l'étude déjà citée, de données précises sur la
répartition géographique des activités en 1970. On observe une forte dispersion
des 120.000 emplois textiles de ce pays. Le foyer le plus important, celui de
Gand et de ses environs, occupait moins de 12 % des effectifs totaux, alors
qu'il avait une population totale voisine de celle de Roubaix-Tourcoing. La
moitié des salariés de ce foyer belge travaillait
dans la ville principale et
le reste était réparti à travers une dizaine de communes périphériques.
les autres centres notables sont éparpillés à travers les différentes
provinces. L'arrondissement qui abrite le plus grand nombre de salariés textiles
est celui de Courtrai, avec 17,3 % du total national; la ville de Courtrai
elle-même en compte 3,4 %.
On observe, en outre, en Belgique, une moindre spécialisation des
principaux centres avec souvent une présence notable du tissage. A Gand, par
exemple, la filature du coton occupe à peine un millier de salariés dans la
ville elle-même, tandis que le tissage de cette fibre en emploie trois fois
plus. A Saint-Nicolas, premiêre commune textile belge avec ses 8.400 emplois,
les deux tiers des actifs se consacrent aux diverses branches de la fabrication
des étoffes. Le peignage de la laine est dans le Nord-Pas-de-Calais concentré
presque uniquement à Roubaix-Tourcoing.
En Belgique, le principal centre, la
région de Verviers, en rassemble seulement les deux cinquièmes. En dehors
de celle-ci se rencontrent trois centres notables d'importance comparable
Hoboken (province d'Anvers) avec 17 % des salariés, EEKLO (province de Flandre
Orientale) avec 17 % et Mouscron avec 12 %. L'on remarque des faits semblables
à propos notamment de toutes les autres branches qui peuvent se rattacher à
- 596 -
la filature. Dans celle de la laine, par exemple, le premier centre, Verviers
ne regroupe que 28 % des effectifs. Le second, Mouscron, le suit de près avec
20 %.
L'ensemble de la main-d'oeuvre textile belge ne comportait, en
1970, que 4 % d'étrangers, dont le quart était de nationalité française. Cette
possibilité de recruter des travailleurs autochtones est en partie liée à
l'éparpillement géographique des centres de production. D'autres facteurs entrent évidemment en ligne de compte. Parmi ceux-ci, on peut remarquer, en
particulier, le poids relatif plus faible de la filature dans les industries
texties belges: le peignage de la laine, toutes les branches de la filature
proprement dites, la fi1terie et la ficellerie-corderie occupaient 28 %
des effectifs en Belgique, au lieu de 45 % dans le Nord-Pas-de-Calais, à la
même époque. L'étude citée ne donne malheureusement pas la répartition des
nationalités par branche.
La dispersion géographique facilite la solution des problèmes de
main-d'oeuvre en temps normal. Il ne faut pas oublier, toutefois, que, en
cas de difficultés toujours possibles, la fermeture d'une usine dans une petite ville soulève de graves difficultés; ce fait a encore été mis en valeur
récemment, à Fourmies, lors du dépôt de bilan d'une bonneterie. Cette solution de la dispersion n'est qu'un pa1natif limité. Elle revient à dire, en
effet, que beaucoup de branches textiles ne recrutent que dans la mesure où
elles ne subissent, sur le marché du travail, qu'une faible concurrence de
la part des autres activités ( . ). Dans la petite localité ou le quartier où
elle représente la seule ou la principale usine, l'entreprise textile bénéficie
en quelque sorte, d'une rente de situation qui n'est pas nécessairement appelée à se prolonger indéfiniment, car l'économie de ces petits centres n'est pas
(. ) Les lndustries
plois
sée en 1971,
Arras,
textiles
sont mis en compétition
avec ceux d'autres
à notre demande/par
la bonnpteœ
confection
ne sont pas toujours
devait
recrutait
du Pas-de-Calais
'Our place son personnel
en faire venll
ration, du Bassin Minier
l'ASSEDIC
perdantes
secteurs:
lorsque leurs emune enquête
montrait
ouvrier,
alors que la
llnp- bonne partie de l'extérieur
not.amment.
réali-
que, à
de l'agglomé-
- 597 -
destinée à demeurer figée.
De même, le recours aux travailleurs étrangers dans les grandes
agglomérations traduit la faible compétitivité de la filature sur le marché
du travail. Cette solution est relativement fragile à moyen terme, car la
poursuite de cette immigration n'est pas certaine (.). Elle peut être interrompue pour des raisons politiques ou économiques générales. D'autre part, les
immigrés, au fur et à mesure de leur acquisition d'une certaine pratique
du travail industriel, risquent de glisser vers des secteurs jugés plus attractifs par le reste de la population. Ceci obligerait à aller chercher des ouvriers
d'origine de plus en plus lointaine, et reviendrait à transformer le textile
en fournisseur d'emplois en quelque sorte de transition.
Il ne faut pas oublier non plus que l'appel massif aux immigrés
fraîchement arrivés, dévalorise ces postes de travail aux yeux de la population
autochtone et même parfois auprès des étrangers installés depuis longtemps,
car les uns et les autres y voient la preuve que ce sont des fonctions peu qualifiées. Ceci contribue à développer une image de marque dont il sera très
difficile de se débarasser, même lorsque des efforts importants d'amélioration
des conditions du travail sont entrepris par la suite.
Si certains emplois textiles sont systématiquement délaissés dès
lors qu'une possibilité de choix apparaît dans un autre secteur, cela condamnerait, à la limite, ces branches à ne s'installer que dans les régions où
existe uen tendance permanente au sous-emploi, c'est-à-dire en fait essentiellement dans les pays en voie de développement.
Ce raisonnement ne s'applique pas également à toutes les industries
textiles, et surtout on ne saurait projeter purement et simplement dans l'avenir les observations
tirées de la situation présente.
Il convient toutefois de se souvenir que des modifications technologiques profondes commencent à apparaître, comme l'a exposé le chapitre pré-
(.) Cf. La suspension temporaire de l'immigration decidee en Juillet 1974
par le gouvernement
français.