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Florence Ronveaux
Virginie Godet
Pascale Hensgens
PROSTITUTION(S) : MISE EN EXAMEN
POUR MIEUX COMPRENDRE UN SYSTÈME ET SES ENJEUX
Décembre 2011
CVFE –Etude-Décembre 2010
Introduction
Le phénomène prostitutionnel divise l’opinion publique, les responsables politiques, les
intellectuel-le-s, les chercheur-euse-s, les prostitué-e-s et les féministes plus encore.
Même si tout le monde s’accorde à dire qu’il y a des formes de prostitutions, des mondes
de la prostitution, des pratiques de prostitution… la « question prostitution » reste
traversée par un débat de positionnement.
Pour le Collectif contre les violences familiales et l’exclusion, l’actualité locale
liégeoise fut l’occasion d’entrer dans une tentative de clarification de sa position
institutionnelle.
Membre de la commission consultative Femmes et Ville de la ville de Liège, le
CVFE a fait partie d’un groupe d’avis sur le projet ISATIS, consistant en la
construction et l’administration d’un centre de prostitution sous forme d’asbl
gérée par des représentants des pouvoirs publics et de l’associatif, nous aurons
l’occasion de reparler plus longuement de ce projet par la suite. L’avis de la
commission Femmes et Ville s’est avéré défavorable à la construction de l’Eros
center liégeois. Le CVFE aurait pu se contenter d’en rester là mais il a choisi au
contraire d’engager ses équipes de travail dans une réflexion au cœur de cette
question située à l’intersection de nombreuses disciplines : économie, santé,
psychologie, sociologie, philosophie…
Si, la plupart du temps, la problématique de la prostitution ne concerne pas
directement notre public, notre expérience d’association féministe qui lutte
contre les violences faites aux femmes et nos missions de promouvoir une
société plus égalitaire, nous permet au moins de poser la question de la
prostitution sous l’angle du rapport de domination.
En effet, certaines formes de violences sexuelles au sein du couple se
concrétisent dans l’exploitation sexuelle de la partenaire. Et chez les jeunes se
développent non seulement une prostitution de très jeunes femmes y ayant
recours dans le but de financer leurs études, mais aussi une certaine forme de
proxénétisme dans le cadre des premières relations amoureuses. La question de
la libre disposition de son corps et de sa sexualité tant auprès des jeunes que
des moins jeunes, ainsi que celle du respect de soi-même et de l’autre sont
cruciales dans notre travail de sensibilisation. Les relations amoureuses, avec
leur charge idéalisée ou plus réaliste, sont au cœur des valeurs et du
questionnement de l’association, y compris dans leur dimension sexuelle.
Notre travail s’est toujours appuyé sur l’alliance avec les personnes concernées
par les violences ou les injustices, sur l’analyse de la situation et de leurs besoins
à partir de leur expertise. En matière de prostitution nous pourrions nous sentir
tiraillé-e-s entre des intérêts et des valeurs qui semblent contradictoires. La
liberté, l’émancipation et l’auto-détermination ont été et continuent d’être parmi
les objectifs féministes du CVFE. Cette émancipation pourrait-elle parfois
emprunter des chemins de traverse ?
F. Ronveaux et al.
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Nous avons donc souhaité plonger notre association dans ce débat et permettre
à chacune et chacun de la place professionnelle qu’il occupe d’y voir plus clair,
voire de se positionner, et de participer à l’élaboration d’une position commune
reflétant les sensibilités mais aussi les fondamentaux de notre travail
d’accompagnement des personnes. Pari osé, lorsque l’on connaît la virulence des
débats justifiant de telle ou telle position.
Dans un premier temps donc, et c’est l’objectif de ce travail, nous avons choisi
de dresser un état des lieux du phénomène multiforme qu’est la prostitution dans
le souci de tendre vers la plus grande exhaustivité possible. Dans un second
temps, et ce sera l’objet d’une prochaine analyse, nous vous rendrons compte
des résultats d’un processus de conférence de consensus qui a mis au travail une
dizaine de travailleuses/eurs du CVFE pour essayer de dégager une position
institutionnelle.
Mais revenons à l’objet de cette étude. Elle devrait permettre à toute personne
néophyte de nourrir sa réflexion, de conforter sa position ou de la nuancer. Le
sujet est plus que d’actualité, car, si à Liège la construction de l’Eros center est
en stand by, à Seraing il est en voie d’aboutir. De même, tandis que la France
conforte sa position abolitionniste, la Belgique à travers la déclaration
gouvernementale évoque la possibilité de création d’un statut social des
prostitué-e-s.
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I. A travers l’histoire
Il est de coutume de considérer la prostitution comme le « plus vieux métier du monde ».
Si rien ne permet d'étayer cette tradition, force est néanmoins de constater que la
prostitution est présente dans les sources historiques depuis les premières civilisations de
l'écriture, et ce sous différentes formes.
Les premières mentions de prostituées, servant dans le temple de la déesse
babylonienne Inana-Ishtar apparaissent dans le Code d'Hammourabi, premier
corpus de lois connu. Il y est question d'une hiérarchie entre elles, mais pas des
rétributions par les fidèles. Hérodote, historien grec, leur consacre également des
passages de son Historia.
L’antiquité
Dans la Grèce antique, prostitution sacrée et profane coexistent pour
commencer. Mais c'est la seconde qui prend l'avantage, et on ne trouvera bientôt
plus de prostituées sacrées que dans le temple d'Aphrodite à Chypres. Les
femmes étant exclues de l'espace public, une loi de Solon réglemente la
prostitution à Athènes et au Pirée. Des bordels publics sont créés: les dictérions.
Dans ces établissements de basse classe, les prostituées, appelées Pallaques,
sont enfermées, et des fonctionnaires chargés de prélever les taxes et de
contrôler les prix. Un système qu'on retrouvera dans le modèle réglementariste
du 19ème siècle. D'autre part, on retrouve d'autres formes de prostitution, avec
de nouveau une hiérarchie. Les auletrides, artistes et musiciennes, qu'on peut
comparer aux geishas japonaises, et les hétaïres, courtisanes de haut vol,
souvent maîtresses d'hommes importants dans la Cité, à l'image d'Aspasie1,
compagne de Périclès et amie des philosophes.
A Rome, les prostituées sont reléguées dans certains quartiers, exercent dans
des lupanars2 et doivent porter une carte, la licencia stupris. Elles sont
considérées comme indignes et civilement mortes. On a compté, malgré cette
réglementation et ce confinement, jusqu'à 35.000 prostituées à Rome, pour une
population de 1 million d'habitants.
Le Moyen Age
La période Byzantine verra naître des tentatives d'abolition (bien que le terme soi
anachronique) de la prostitution. L'impératrice Théodora, épouse de Justinien,
elle-même ancienne prostituée, créera des maisons destinées à recueillir les filles
souhaitant « rentrer dans le droit chemin ».
1
http://fr.wikipedia.org/wiki/Aspasie
2
Lupanar venant de lupa, la louve, mais aussi la prostituée.
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Pendant le haut moyen-âge, les prostituées sont criminalisées. En tant que
graves pécheresses, elles sont condamnées au fouet, et leurs cheveux sont
coupés, forme de stigmatisation.
Par la suite, leur situation évoluera en dents de scie, entre tolérance relative,
stigmatisation, relégation et réglementation, selon les époques. Ainsi, Louis IX
(Saint Louis) promulgue des édits interdisant aux prostituées de porter des
vêtements qui risqueraient de les faire confondre avec « d'honnêtes femmes »,
et imposant aux « bourdeaux » de s'installer hors les murs. Ces règles
entraîneront le développement d'une prostitution clandestine, liée à la
truanderie.
Un certaine forme de réglementarisme passera par la gestion de bordels par les
autorités locales, qu'elles soient temporelles ou ecclésiastiques, considérant
qu'agir de la sorte est un moindre mal, et une façon de garder un contrôle sur les
ouailles. Ainsi le prince-évêque de Liège et le chapitre des chanoines de SaintLambert possèderont-ils une étuve (les bains publics servant de prétexte), située
dans l'actuelle rue Matrognard.
L’époque moderne
Si la Renaissance est considérée comme l'âge d'or des courtisanes, mais aussi
des filles de rue et des lupanars, la Réforme et la Contre-Réforme, ainsi que le
17ème siècle sont marqués par une ferme condamnation de la prostitution, et
surtout des prostituées. Celles-ci sont de nouveau condamnée à la prison, au
fouet, et elles sont marquées pour certaines au fer rouge. De plus, on les oblige
de nouveau à porter les cheveux courts, afin de les différencier des « honnêtes
femmes ».
Le 18ème siècle marque un retour à la tolérance, bien que les prostituées fassent
encore l'objet de condamnations formelles. C'est l'époque des « orphelines à la
cassette », prostituées emprisonnées puis exilées en Louisiane, afin de servir
d'épouses aux colons français. On en garde entre autres une trace littéraire dans
le roman Manon Lescaut, de l'Abbé Prévost.
C'est en 1805 que Napoléon instaure l'enregistrement des prostituées, ainsi que
la réglementation des maisons de tolérance, qui sera d'application en France
jusque 1946. La future Belgique fait alors partie de l'Empire, et est donc soumise
au même régime législatif. Le terme de maison de tolérance recouvre par ailleurs
des réalités très différentes, entre les maisons d'abattage misérables – c'est
d'ailleurs dans une maison d'abattage de Namur que Charles Baudelaire
contractera la syphilis- et les bordels de luxe fréquentés par la haute société.
D'autre part, certaines filles exercent clandestinement, souvent sous la coupe
d'un proxénète. La fin du XIXe siècle regorge d'affaires criminelles liées aux
Apaches, mauvais garçons entre voleurs et souteneurs. Pensons, par exemple, à
l'histoire d'Amélie Elie, dite Casque d'Or3.
3
http://fr.wikipedia.org/wiki/Am%C3%A9lie_%C3%89lie
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Enfin, on ne peut évoquer le 19ème siècle en passant sous silence les Lionnes,
prostituées de haut vol, entretenues par des aristocrates et des industriels, aux
histoires spectaculaires, à ne prendre que la Marquise de Païva4, dont il fut dit, à
la construction de son hôtel particulier au luxe ostentatoire qu'il « était déjà fini,
il y avait déjà le trottoir ».
De nos jours
On voit déjà à travers ces brefs éclairages historiques à quel point les statuts des
prostituées sont divers, du plus prestigieux au plus misérable, selon les époques
et les rôles sociaux qui y sont associés. Quand la politique s’en préoccupait,
c’était au nom de la morale, de l’ordre et de la salubrité publique plus que mue
par le souci du bien être et de la dignité des femmes…
Il faut attendre 1949, dans la suite de la Déclaration universelle des droits de
l’Homme, pour qu’une convention de l’ONU déclare que « La prostitution et le
mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains, sont incompatibles
avec la dignité et la valeur de la personne humaine. »
Dans les pays signataires, comme la France, les maisons closes ferment sans
toujours prévoir de réinsertion. L’aide aux personnes prostituées est dévolue aux
ONG, ce qui est encore le cas actuellement presque partout où elle existe. En
Belgique, la prostitution ne sera pas condamnée, mais bien le proxénétisme, ce
qui laisse place à une situation juridique floue pour les personnes prostituées.
Dans les années 70’ dans la foulée de la lutte pour le droit à la contraception et à
l’avortement, les prostituées et les féministes sont côte à côte sous les mêmes
banderoles : « Mon corps m’appartient ». Les féministes ne sont-elles pas, par
définition, solidaires de celles qui sont exclues de l’égalité des droits ? Mais les
débats au sujet de la pornographie vont faire voler cette alliance en éclat, créant
la ligne de fracture entre féministes radicales et pro-sexe. Concernant la question
de la prostitution, le féminisme se divisera dès lors en 3 grandes tendances.
4
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Pa%C3%AFva
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II. Regards théoriques
1. Règlementarisme, abolitionnisme, prohibitionnisme
Trois termes sont aujourd’hui utilisés pour caractériser les différents régimes qui
entourent la prostitution dans le monde.
Le réglementarisme, apparu au XIXe siècle, sous l’impulsion d’un médecin
hygiéniste français, visait à sa création à un encadrement particulièrement
contraignant pour les filles (visites médicales, contrôles de police et fichage,
enfermement dans des maisons de redressement ou des maisons closes).
Aujourd’hui ce terme englobe plutôt l’ensemble des questionnements relatifs au
statut des personnes prostituées. Les règlementaristes considèrent que la
prostitution peut être un choix et un métier comme un autre. Ce qui recouvre
des revendications très différentes, prônant soit la soumission de la prostitution
au droit commun (Droit du travail), soit des mesures particulières pour en
faciliter l’exercice.
L’abolitionnisme s’est, à l’origine, construit en opposition à ce modèle. Avec pour
sens premier : « abolition des règlements autour de la prostitution », comme le
fichage. Mais assez vite son argument principal devient l’incompatibilité de la
prostitution avec la dignité humaine. D’où l’impression qui peut actuellement être
donnée d’une primauté accordée à la préservation de l’image de la femme plutôt
qu’à la protection des femmes mises en danger par cette pratique.
Dans l’analyse de beaucoup d’abolitionnistes radicaux ou néo-abolitionnistes, la
prostituée est vue comme une complice plus ou moins consciente du patriarcat,
une victime à sauver –parfois d’elle-même, une aliénée volontaire dans le
meilleur des cas… C’est ce genre de position, pertinente par rapport à la traite
par exemple, mais universalisée à toutes, qui fait dire à certaines prostituées
volontaires que les féministes sont sourdes5.
Le terme « abolitionnisme » est d’ailleurs souvent employé aujourd’hui dans le
sens « abolition de la prostitution », ce qui le rapproche singulièrement du
prohibitionnisme. Les deux derniers mouvements se rejoignent par exemple dans
les initiatives de pénalisation des clients que nous verrons plus loin. C’est ce que
nous appellerons néo-abolitionnisme.
Le prohibitionnisme traduit dans les lois nationales d’un pays l’interdiction de la
prostitution, du proxénétisme et de la consommation de services sexuels. Il
n’existe officiellement dans aucun pays de l’Union Européenne. Il est par contre
en vigueur dans la plupart des états des USA, du golfe persique, d’Afrique, et en
Chine… Ce qui n’empêche pas la prostitution et le proxénétisme de s’y porter
aussi bien qu’ailleurs, sinon mieux.
5
Sonia Verstrappen, ex-prostituée et anthropologue belge, dans une intervention lors du débat autour du centre prostitutionnel
ISATIS (Liège, mars 2011).
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Outre ces trois positionnements dits « classiques », se dégage une quatrième
voie, dite de l’entre-deux. Celle-ci tente de tenir compte des différentes réalités
que recouvre le terme de prostitution. Ni réglementariste, ni néo-abolitionniste,
ou les deux à la fois. Elle peut s’illustrer par la citation suivante : « Pour penser
un statut, il n’y a pas nécessairement à déterminer sa position entre
abolitionnisme et réglementarisme : on peut favoriser la définition d’un statut qui
se fonde dans les principes de l’abolitionnisme (donc un statut commun,
identique à celui des indépendants ou des salariés, par ex., non discriminatoire,
ou à l’inverse une définition qui le distingue et le caractérise et compatible
alors avec le réglementarisme »6.
Cette posture, trop résignée pour les néo-abolitionnistes, invite effectivement
notamment à légiférer, et donc à admettre que dans le cas où il y a
consentement et non exploitation, l’activité pourrait être acceptable et encadrée.
Sinon au nom de quoi l’interdire ? Voilà qui malmène certains idéaux, et nous
renvoie à nos repères !
2. Points de vue des intellectuelles féministes
2.1.
Simone de Beauvoir
« L’inégalité des femmes est une réalité, mais elle a entièrement été construite
par les hommes. La femme est l’autre de l’homme, constituée par lui en objet
pour servir son pouvoir. Ni son corps ni son esprit ne sortent indemnes de cette
opération, dans la mesure où ils sont intimement liés. Ainsi la femme accepte
comme évidente sa faiblesse physique et donc son impossible rôle de
conquérante. Elle se contente de séduire ou de servir de médiatrice. Mais cette
aliénation ne s’est pas produite sans sa complicité ».
Dans cette citation générale, Simone de Beauvoir parle de « La » femme, au
singulier et non dans ses diversités, ce qui est assez réducteur. Les mots
« aliénation » et « complicité », souvent présents dans le discours abolitionniste,
sont amenés. La question de sa faiblesse physique également, affirmée comme
évidente.
Or c’est justement tout ce que refusent les prostitué-e-s dites « libres », qui
bravent le danger, le nient ou le minimisent, adoptant en tout cas une position
non victimaire. Cette supposée faiblesse est récusée aussi par les mouvements
féministes de la 3e vague7 et ceux d’autodéfense féministe, qui sont d’ailleurs
généralement aux côtés des personnes prostituées, évitant de prendre une
position morale sur la prostitution, mais, tant que ce phénomène existe,
postulent que les prostitué-e-s ont le droit à la sécurité comme n’importe quelles
autres femmes et qu’il faut leur en fournir les moyens adaptés. Si cette analyse
correspond aux trop nombreuses situations d’exploitation et de traite, elle n’est
peut-être pas entièrement satisfaisante.
6
Catherine Deschamps et Anne Sourys, Femmes publiques : les féminismes à l'épreuve de la prostitution, Paris, Amsterdam
Editions, 2009, p 35.
7
http://fr.wikipedia.org/wiki/Troisi%C3%A8me_vague_f%C3%A9ministe
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D’ailleurs en matière de prostitution, l’auteure du Deuxième sexe bifurque. Elle
nous dit en substance que la suppression de la prostitution demandée par les
abolitionnistes est assimilée à celle de l’alcoolisme et de la littérature
pornographique et qu’elle est « une revendication de bourgeoises réformistes,
non révolutionnaires, revendiquant des droits fondés sur la défense de la vertu
des femmes »8.
2.2.
Andrea Dworkin
« La prostitution, qu’est-ce que c’est ? C’est l’utilisation du corps d’une femme
pour du sexe par un homme ; il donne de l’argent, il fait ce qu’il veut. Dès que
vous vous éloignez de ce que c’est réellement, vous vous éloignez du monde de
la prostitution pour passer au monde des idées (…) Nous ne pouvons pas corriger
les défauts de notre féminisme si nous sommes prêtes à accepter la prostitution
des femmes. (...) L’argent permet à l’homme d’acheter une vie humaine et
d’effacer son importance de tous les aspects de la reconnaissance civique et
sociale. Cinquante maudits dollars permettent à n’importe quel homme de faire
cela ! »
Souvent considérée comme radicale, largement sous-estimée et peu traduite en
français, l’œuvre d’Andrea Dworkin offre néanmoins une analyse puissante de la
domination masculine et du patriarcat, au sein de laquelle la rigueur intellectuelle
n’exclut pas une grande empathie avec les victimes des violences qu’elle
dénonce, surtout les violences conjugales, sexuelles, et plus que tout l’industrie
du sexe et de la pornographie. Au sujet de la prostitution, qu’elle qualifie
d’ « échelon de base de la domination masculine », Andrea Dworkin écrivait
aussi : « La répétition vous tuera, si ce n’est pas l’homme qui le fait. (...) La
prostitution à elle seule constitue de la violence contre le corps d’une femme »9.
Elle remet donc fortement en question le discours émancipateur des militant-e-s
« pro-sexe »10. Elle qualifiait de « chimère masculine » l’attitude voulant que les
femmes accroissent leur pouvoir à travers le sexe « en provoquant des érections,
ce qui exempte commodément les hommes de toute responsabilité pour les
conséquences de leurs actes, et notamment de leurs actes de conquête sexuelle
(…) Vous donnez de l’argent à une femme et soudain, quoique vous lui ayez fait,
elle l’a voulu, elle l’a mérité ».
2.3.
Elisabeth Badinter
« Le projet de loi français de pénalisation du client est une régression, un retour
à la police des mœurs digne du XIXème siècle. C’est un projet puritaniste qui
menace les libertés individuelles (…) L’Etat n’a pas à mettre son nez dans ce que
l’on fait de notre corps entre adultes consentants. Cette loi ne servira pas au
démantèlement des réseaux, pour cela il faut bien plus un travail policier et des
politiques sociales d’envergure… Cela couterait évidement beaucoup plus cher
8
Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, Paris, Gallimard, 1949 (tome 1). Rééd. Folio-Essais, 1997 (2 vol.).
9
In Prostitution et Société, revue trimestrielle du mouvement du Nid, novembre 2011.
10
Mouvement né dans les années 80 en réaction à un féminisme vu comme puritain, voire « anti-hommes ». Pour les
militantes « pro-sexe », le corps, le plaisir et le travail sexuel sont des outils politiques dont elles doivent s’emparer.
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que de mettre les clients à l’amende !...On risque de se retrouver avec une
prostitution de luxe pour riches clients intouchables, et de précariser et
d’aggraver les conditions de vie et de sécurité des filles exploitées car c’est un
rêve de penser qu’on peut mettre fin aux pulsions sexuelles de ce genre »11.
Elisabeth Badinter représente un courant féministe « libéral », considérant les
femmes comme des individus responsables et potentiellement forts, capables de
gérer leur prostitution. Son livre « Fausse route » a crée beaucoup de
controverse à sa sortie, accusant le féminisme « radical » de tenir uniquement
un discours victimaire. On note cependant dans ces arguments un certain
fatalisme par rapport aux prétendus besoins sexuels masculins. Elle prend
également peu en compte les contraintes économiques qui amènent les
personnes à exercer ce type d’activité, ce qui peut étonner chez une femme
proche de la gauche française.
2.4.
Virginie Despentes
« La prostitution volontaire et occasionnelle, à laquelle je me suis livrée un
temps, est bien plus fréquente qu’on ne le pense. L’acte en lui-même ne
bouleverse pas fondamentalement nos repères liés à l’argent ou à la relation
féminin-masculin. Ce n’est pas si différent de ce qui se passe dans certains
mariages… Cela peut se passer dans une continuité très tranquille. Par contre en
parler, dire “je l’ai fait”, vous propulse d’emblée dans la position d’une marginale,
comme les « intouchables » en Inde.
Ecrivaine et réalisatrice, Virginie Despentes se qualifie elle même d’électron libre,
une espèce d’anarcho-féministe avec une lecture marxiste de la réalité, plus
intuitive que théorique. Sa liberté de ton, sa fascination pour la pornographie
dénote et interpelle. Il est à noter qu’elle été victime d’un viol, comme un
nombre important de femmes prostituées, de strip-teaseuses12 ou de femmes
tout court13. Lequel est fréquemment un argument en faveur de l’absence de
« vrai » choix, comme nous l’aborderons dans la partie éthique.
Cela peut-il être une manière de guérir une blessure par un comportement
« réparateur » ou constitue-t-il une seconde descente aux enfers ? La réponse de
Virginie Despentes est la suivante : « La prostitution a été une étape cruciale
dans mon cas, de reconnaissance après le viol. Une entreprise de
dédommagement, billet après billet, de ce qui m’avait été pris par le viol »14.
Tout comme sa fascination pour les armes à feu, son analyse est typiquement de
type « Girl power » plus qu’égalitariste : comment reprendre le pouvoir sur les
hommes par la séduction et l’argent ? Quoi qu’il en soit, par son approche, elle
bouscule certaines idées reçues. Comme l’écrit Catherine François15 : « Que cela
11
Interview d’Elisabeth Badinter sur France culture le 14.04 2011 au sujet du projet de loi de pénalisation et de
responsabilisation du client (You Tube).
12
http://sisyphe.org/spip.php?article913
13
Selon d’autres études, le nombre d’abus sexuels sur mineurs dépasserait largement le nombre de personnes prostituées à
l’âge adulte, ce qui invaliderait le lien de cause à effet.
14
Virginie Despentes, King Kong Théorie, Paris, Grasset, 2006.
15
Catherine François, Sexe, prostitution et contes de fées, Bruxelles, Ed. Luc Pire, 2011.
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nous plaise ou non, les prostituées pensent, et même elles réfléchissent : elles
ont été touchées par les courants contestataires féministes des années 70’ et ont
remis en cause, du moins pour une partie d’entre elles, la loi des souteneurs… »
2.5.
Féministes du Sud
« Comme des vêtements sont posés sur des cintres dans les armoires, certaines femmes sont
accrochées à des cintres invisibles pour des hommes en cas de besoins »
Pour Taslima Nasreen16, comme pour Wassyla Tamzali, avocate algérienne, directrice
du programme droit des femmes de l’Unesco dès 1996, la prostitution menace ni plus ni
moins le patrimoine humain.
Du fait de réalités économiques et culturelles encore moins favorables aux
femmes dans certains pays (on parle ici de « Sud » pour englober l’Asie,
l’Amérique du sud et l’Afrique, mais on peut y adjoindre l’Europe de l’Est), on
comprend que les féministes du Sud ont du mal avec la prostitution en général.
L’idée que celle-ci pourrait être libre et volontaire leur parait utopique, d’autant
plus que le phénomène n’épargne pas les mineur-e-s.
« Un million d’enfants rejoignent chaque année, dans le monde entier, les rangs
des victimes du tourisme sexuel et de la prostitution organisée. Lucrative
activité, dont le profit se chiffre en milliards de dollars ; industrie en pleine
croissance, à l’Est comme à l’Ouest, au Nord comme au sud de la planète, tant la
« demande » est forte et l’offre sans limites »17.
Mêmes les femmes migrantes qui « choisissent » cette activité pour quitter un
environnement social ou familial oppressif sont peu libres. Elles envoient une
part importante de leurs gains à la famille, quand elles ont remboursé leur
« Madame » et le réseau...
Le clivage entre abolitionnistes et réglementaristes se découpe tantôt selon des
frontières politiques : analyse marxiste, sociale démocrate, voire néo-libérale.
Parfois géographiques à travers un certain clivage Nord/Sud. Théorique entre
différentialistes qui sacralisent le corps face aux universalistes qui pensent la
personne dans son individualité, religieuses et philosophiques aussi, bien sûr…
Ces multiples aspects se combinent parfois dans le chef d’une même personne,
amenant à toujours plus de complexité pour un nombre de positions limitées… Et
les « indécis-e-s » dans tout ça ne manquent pas d’avis ni d’idées : ils-elles en
ont trop ! Peut-être ces découpages sont-ils finalement peu pertinents à l’heure
actuelle ? Il est aussi plus rare que l’on se demande ce que les personnes
prostituées elles mêmes pensent de leur activité !
16
Taslima Nasreen est une gynécologue, écrivaine et poétesse bangladeshi militante des droits de femmes et de la laïcité,
interdite de séjour dans de nombreux pays en raison de ses convictions.
17
Claire Brisset, « Enfances décomposées », in Le Monde Diplomatique, août 1996. D’autres chiffres avancés par NOW- USA
confondent le trafic à des fins domestiques, agricole et prostitution dans un même total. Repris par O’Neil-Richard en 1999critiqué par Chapkis 2005. On voit là la limite du risque de manipulation des statistiques.
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III. L’ actualité en Europe et les différents modèles
appliqués
Il n’existe pas de position commune des Etats relative à la prostitution au sein de l’UE.
Toutefois, un arrêt rendu par les Cours de justice européennes en novembre 200118
déclare que la prostitution exercée de façon indépendante relève du droit
communautaire sur la prestation des services.
Or, ce jugement est susceptible de faire jurisprudence. Concrètement une Région
pourrait passer par dessus une législation fédérale ou nationale abolitionniste,
par une forme de renversement de la hiérarchie des normes.
D’autre part, une résolution portant sur les violences faites aux femmes, adoptée
le 5 avril 2011 au Parlement Européen19, prend en compte la prostitution, en tant
que violation des droits humains, et opte pour une approche abolitionniste.
Demande y est faite d’une étude sur « le lien existant entre le cadre juridique en
place dans un État membre donné et la forme et la gravité du phénomène de
prostitution dans ce même État ».
Une harmonisation semble difficile, tant les législations, ou absences de
législations, sont variées, comme on peut le constater à travers les exemples qui
suivent.
1. La Belgique
Jusqu'en 1948, le modèle en vigueur en Belgique était de type réglementariste.
Suite à la ratification de Convention des Nations Unies sur le trafic des êtres
humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui, elle s'est inscrite dans un
courant plus abolitionniste.
L'exercice de la prostitution n'est pas pénalisé, de même que la location d'un
local à des fins de prostitution, dans la mesure où les sommes perçues ne sont
pas trop élevées. Par contre, le proxénétisme (exploitation de la prostitution
d'autrui et tenue d'une maison de prostitution), la publicité, le racolage tombent
sous le coup du code pénal (articles 380, 380 bis, 380 ter, 381 et 382)20.
On note toutefois la coexistence de deux positions dans le chef des législateurs.
En effet, à côté d'une tendance abolitionniste inspirée du système suédois, et
visant à la pénalisation du client, existe une tendance dite « néoréglementariste », cherchant à dissocier prostitution « forcée », liée au trafic des
être humains, et prostitution « libre ».
18
Arrêt de la cour du 20 novembre 2001, C-268/99.
19
http://www.europarl.europa.eu/oeil/file.jsp?id=5872482
20
http://www.dsb-spc.be/web/index.php?option=com_content&task=view&id=77&Itemid=101
F. Ronveaux et al.
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CVFE –Etude-Décembre 2010
Il s'agirait donc de renforcer les dispositions de lutte contre le trafic d'êtres
humains, tout en donnant un cadre légal à l'exercice de la prostitution choisie,
autorisant donc certaines formes d'exploitation de la prostitution d'autrui.
Des propositions et projets de lois allant dans ces divers sens ont été déposés au
Parlement21, et la récente déclaration gouvernementale prévoit à la fois une
répression plus sévère des trafics et une volonté de mettre fin à l’insécurité
sociale et juridique des personnes prostituées22.
Villa Tinto à Anvers, ErosCenters à Liège et Seraing
D'autre part, des initiatives locales ont été lancées, avec pour but déclaré de
permettre aux prostituées d'exercer leur activité dans des conditions de sécurité,
de salubrité et d'hygiène acceptables. Ainsi, la villa Tinto à Anvers avait
inauguré, en 2005, le principe du complexe hôtelier dédié à la prostitution.
Localisé dans une ancienne charcuterie (!), l´ensemble, géré par une SPRL,
héberge 50 salons loués à un prix modéré (50 euros pour 12 heures). Sa gestion
est privée.
Le projet Isatis (Initiative sociale d’aide aux travailleurs indépendants du sexe),
abandonné ou ajourné faute d’un vote majoritaire au conseil communal en juin
2011, proposait la création d'un centre prostitutionnel géré par une asbl
regroupant des associations travaillant sur le terrain, des responsables politiques
siégeant à titre privé, ainsi qu'une représentation des personnes prostituées.
Cette solution fut trouvée suite aux questions éthiques soulevées par
l'éventualité de la gestion du centre par les pouvoirs publics locaux.
Pour rappel, en 2009, la ville de Liège fermait les vitrines du quartier Cathédrale
nord, laissant « sur le trottoir » 104 personnes. Le souci de la sécurité, mais
aussi la demande pour ce type de services qui n’ont pas été remplacés par
d’autres (les bars, le net, la rue,..), en raison du cloisonnement des secteurs et
des goûts des clients, pousse en 2011 les autorités communales à envisager
d’établir une sorte de maison close de grande dimension (50 boxes), garante,
selon elles, de meilleures conditions de travail pour les personnes prostituées, en
terme de sécurité et de salubrité. Les personnes devraient prester sous statut
d’indépendantes, la location se faisant en principe par tranche de 8 h pour la
somme de 120 euros23.
Alors qu'on ignore actuellement quel est son avenir, le projet liégeois a fait
l'objet d'un avis négatif de la part de la Commissions Consultative « Femmes et
Ville ». Par contre, il semble qu'un centre prostitutionnel devrait voir le jour à
Seraing, avec un fonctionnement similaire à la Villa Tinto d’Anvers, à savoir géré
par le privé.
21
http://www.lachambre.be/kvvcr/showpage.cfm?section=/flwb&language=fr&rightmenu=right&cfm=ListOneKeyword.cfm?key=0
002835&legislat=53&word=PROSTITUTION
22
http://bayenet.be/cours/ecopublecture9.pdf
23
http://archives.lesoir.be/creer-un-eros-center-pose-question_t-20110122-017KLZ.html
F. Ronveaux et al.
« Prostitution(s) : mise en examen »
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CVFE –Etude-Décembre 2010
Des questions se posent évidemment quant à l'organisation de ce type de centre,
et sur le bien-fondé de leur création. Doit-on lire dans cette tendance un réel
souci des conditions de vie et de sécurité des personnes prostituées ou une
volonté politique de contrôle des mœurs, à la fois sécuritaire et hygiéniste ? Une
volonté de voir disparaître le côté « artisanal » au profit d’une prostitution
moderne, aseptisée, professionnalisée, de l’avis de certaines prostituées ellesmêmes ? Un encadrement des pouvoirs publics peut-il, à lui seul, garantir que la
personne qui se prostitue est volontaire ?
Une étude sur la faisabilité d’un tel projet à Bruxelles avait débouché sur un avis
négatif d’experts indépendants. Qu’en est-il de la sécurité pour celles qui sont le
plus exposées, celles travaillant dans la rue ou à leur domicile ? Des solutions
leur seront-elles proposées, que ce soit pour sortir du système ou pour assurer
leur sécurité ? La question de l’autogestion de l’infrastructure par les prostituées
elles-mêmes aussi peut-elle apparaître comme un rendez-vous manqué vers la
reconnaissance des personnes et leur émancipation ?
2. La France
Après les années de pénalisation du racolage passif, depuis la loi de 2003 sur la
sécurité intérieure (LSI) et plus de 7 mois de travail et d'auditions, les membres
de la mission d'information de l'Assemblée nationale sur la prostitution ont
adopté officiellement leur rapport. Près de 400 pages et 30 propositions pour
relancer, sur ce constat, la lutte contre la prostitution via la pénalisation et la
responsabilisation du client24.
Ce n’est pas réellement un changement de cap, on demeure dans la logique de
disparition du phénomène et de répression.
Danièle Bousquet, présidente de la commission parlementaire, clarifie la
démarche: «Il s'agit d'éradiquer non pas la prostitution, mais ses racines. La
prostitution n'est pas un fléau social ; c'est une réalité sociale d'exploitation des
personnes25. Notre rapport décrit la situation française, les raisons pour
lesquelles on devient prostituée, dans la rue ou sur internet. Toute la violence
que cela implique d'avoir des rapports sexuels répétés avec des inconnus en
échange d'argent. »
Toute personne, faisant appel aux services d’une prostituée, deviendrait passible
d’une peine de six mois de prison ferme, assortie d’une amende de 3 000 euros.
Si la nouvelle loi, prévue pour 2012, est adoptée, certains pensent que son
application ne pourra qu’être arbitraire. Quand l’infraction sera-t-elle établie ?
Lors de l’acte ou du paiement - qui ont lieu à huis clos -ou plutôt lors d’une
éventuelle négociation des tarifs ? Cette hypothèse est la plus vraisemblable.
Dans ce dernier cas, il s’agirait d’un délit d’intention dépendant totalement de la
24
http://www.prostitutionetsociete.fr/actualites/actualites-france/30-propositions-novatrices-pour
25
Entre 85 et 90% des personnes prostituées seraient sous le joug du proxénétisme, selon l’enquête de Richard Poulin réalisée
en 2005, disponible sur Sysiphe.org
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« Prostitution(s) : mise en examen »
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CVFE –Etude-Décembre 2010
capacité d’appréciation du policier de distinguer le simple passant ou le curieux
et le futur client.
De surcroit, agir sur le client par la pénalisation en prétendant qu’on ne vise pas
les prostituées peut sembler un brin démagogique. Mais peu importe, c’est pour
leur bien, car « personne, de manière vraiment éclairée, ne peut décider en toute
conscience d’effectuer un tel métier », insiste Mme Bousquet.
Suite aux travaux de la commission parlementaire, une résolution déposée par
Danielle Bousquet a été approuvée par la Chambre, le 6 décembre 2011. Celle-ci
réaffirme la position abolitionniste de la France. Une proposition de loi sera
déposée allant dans le sens de la pénalisation des clients, mais il n'est pas
encore certain qu'elle sera prise en considération d'ici la fin de la législature.
Si la plupart des mouvements féministes en France, dont Osez le Féminisme,
soutiennent cette proposition, des associations comme ActUp ou le Strass
(Syndicat des travailleurs-euses du sexe) s'y opposent et ont déjà écrit aux élus
et manifesté contre son éventuelle mise place.
3. Les Pays-Bas
Le gouvernement néerlandais a fait voter en 2008 un projet de loi visant à mieux
encadrer la prostitution, déjà légalisée par les Pays-Bas en 2000, afin de lutter
contre des abus comme la prostitution forcée, le viol et le trafic d'êtres humains.
Les prostituées travaillant en indépendantes doivent désormais s'inscrire dans un
registre. Toutes les entreprises du sexe, les maisons closes, cabarets, salons de
massage, cinémas pornographiques et services d'escorte doivent également
obtenir une licence de la commune. Les clients d'une prostituée non déclarée
deviennent punissables par la loi car, dans la vision abolitionniste, « ils
entretiennent une forme de prostitution dans laquelle les abus et exploitations
peuvent arriver plus facilement ».
Dans les faits, cette loi a eu pour effet l’augmentation de l’offre (effet d’appel
d’air) et une augmentation de la traite. Plus de 80 % des prostituées à
Amsterdam sont aujourd’hui d’origine étrangère. On peut se demander si ce
n’est pas partiellement dû au jugement de la Cour de Justice européenne évoqué
plus haut, reposant sur le principe de libre circulation et installation des
prestataires de services. On ne peut en déduire que toutes sont forcément
exploitées ou contraintes, mais cela constitue un indicateur sérieux du lien entre
pauvreté et prostitution, car il y a peu à parier que c’est le rêve de petite fille de
toutes les femmes qui émigrent en Europe occidentale.
L’apport de l’industrie du sexe à l’économie néerlandaise est estimé à 5% du
PIB26. Cependant, la situation des personnes prostituées ne s’est pas améliorée,
voire a empiré, à cause de l’appel d’air provoqué, qui a entraîné une arrivée
massive de femmes issues des pays de l’Est, mais aussi d’Afrique et d’Amérique
centrale dans le but de répondre à l’augmentation de la demande.
26
http://sisyphe.org/spip.php?article1565
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D’après le rapport qui fait le bilan de dix ans d’expérience des maisons closes
aux Pays-Bas, le nombre de victimes de la traite recensées a presque triplé sur
cette période. En Allemagne, où le système est similaire, le trafic et la violence
sont en augmentation, 70 % sur cinq ans27 : on y constate également une
augmentation de la prostitution forcée de femmes d’Europe de l’Est et d’Afrique.
Outre le développement des centres prostitutionnels privés « de luxe », en
centre ville, on constate une prostitution « lowcost » sur des parkings aménagés
spécialement et situés en périphérie28. Les pouvoirs publics d’Amsterdam se
disent en tout cas dépassés par le succès de cette loi. Par contre les proxénètes
sont aujourd’hui en Hollande des hommes d’affaires prospères et
« respectables ».
Modèles similaires : l’Espagne, l’Allemagne, la Turquie, la Grèce.
4. La Suède
En 1999, l’Etat suédois a criminalisé le fait « d'acheter le corps de quelqu'un » et
a mis en place, après un bref programme de sensibilisation, des amendes et des
peines de prison pour les clients. Le bilan officiel semble extrêmement positif.
« Cette mesure a eu des effets très importants. Si la prostitution n'a pas disparu,
elle a diminué de 50% environ et, surtout, la traite mafieuse n'a pas explosé,
contrairement à ce qu'on voit dans les pays environnants. Cette loi était
soutenue par un tiers de la population quand elle a été votée ; par près des trois
quarts aujourd'hui. »29
Mais ce bilan est très controversé. Seule la prostitution de rue aurait diminué de
manière significative. Le nombre de personnes prostituées à l'échelle nationale,
lui, n'aurait en fait pas diminué et a même, selon certains rapports, augmenté30.
L'explication la plus souvent avancée est que les personnes prostituées ont dû se
résoudre à quitter les centres-villes vers les ruelles sombres des cités de
banlieue, des endroits où elles pouvaient dès lors rejoindre leurs clients sans que
ceux-ci craignent d'être interceptés par les policiers. En somme, les personnes
prostituées ont dû accroître leur marginalisation géographique — et sociale — en
se déplaçant là où les clients étaient alors prêts à les rencontrer, entraînant une
réorganisation de l'«industrie».
La prostitution n'a pas connu de déclin en Suède depuis la réforme; elle se serait
plutôt adaptée… Certains clients aussi passent la frontière vers le Danemark, la
Finlande ou se rabattent sur l’offre via le net.
Où se trouve la vérité entre ce bilan officiel et politique et ses détracteurs
généralement réglementaristes ? Si l’on se réclame d’une approche pragmatique,
de telles dissonances sont perturbantes. Il semblerait au moins que le fait de
27
http://www.prostitutionetsociete.fr/actualites/actualites-europe/allemagne-la-flambee-des-trafics
28
http://www.liberation.fr/economie/0101582165-du-sexe-pour-toutes-les-bourses
29
Interview de Danielle Bousquet, présidente de la mission d'information de l'Assemblée nationale sur la prostitution pour
lesnouvellesnews.fr : http://lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/civilisation/1195-prostitution-resolutionsoumise-aux-deputes
30
http://cybersolidaires.typepad.com/ameriques/2011/06/les-effets-pervers-de-la-criminalisation-des-clients-des-prostituees.html
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pénaliser ce comportement, en parallèle avec une campagne de
responsabilisation, a fait prendre conscience aux jeunes générations du caractère
moins anodin qu’il n’y paraît des services sexuels…
odèles similaires : Norvège, Islande.
5. Un modèle serait-il à chercher aux Etats-Unis ?
La question peut paraître incongrue quand on connaît la position souvent
schizophrénique du pays de l’Oncle Sam entre un certain puritanisme et le
business que le commerce du sexe représente.
Pourtant, parallèlement au prohibitionnisme, des expériences se sont
développées. A San Francisco, ainsi que dans d’autres villes d’Amérique du Nord,
se poursuit une politique de prévention et de responsabilisation du client dont la
particularité est de faire appel à l’expertise d’ex-prostituées31.
Pour Norma Hotaling, décédée en 2006, « une femme qui est sortie de la
prostitution sait de quoi les autres ont besoin. Elle est en mesure d’établir avec
elles une relation de confiance, quand la violence et l’exploitation sexuelle
rendent la confiance si difficile (…) L’un des points forts est d’amener les clients à
comprendre qui sont les femmes qui se trouvent en face d’eux. Celles-là leur
disent la vérité sur ce qu’elles vivent. Bien entendu, elles ne dévoilent pas tout
de suite leur véritable identité. Lorsqu’elles le disent, les hommes sont
stupéfaits ; ils ne sont pas habitués à voir des prostituées comme autre chose
que des sexes. »
A en croire Norma, les réactions sont positives : « Les hommes nous remercient.
Certains disent regretter de ne pas avoir eu ces connaissances plus tôt. Sur 1400
hommes passés par ce programme, quatre seulement ont été à nouveau arrêtés.
C’est la preuve que les hommes peuvent changer»… Ou simplement changer
d’Etat ?
6. Une question politique
Force est une fois de plus de constater qu’aucune position politique n’est simple
à assumer, ni surtout dépourvue d’effets … pervers ! Que la prostitution se
pratique au grand jour ou dans la clandestinité, il n’y a jamais de garantie
absolue de sécurité et surtout d’indépendance et de non exploitation des
personnes…
Certaines positions sont inconciliables : on ne peut à la fois construire un centre
pour encadrer et sécuriser et pénaliser le client qui s’y rend... Le politique devra
trancher, guidé soit par une vision à court terme, pragmatique ou par un projet
de société plus idéaliste.
31
http://www.prostitutionetsociete.fr/prevention-et-education/prevenir-la-prostitution/norma-hotaling-initiatrice-d-un
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Il est aussi trop rare qu’on se demande ce que les personnes prostituées ellesmêmes pensent de leur activité32. Même si seules celles qui pratiquent librement,
et représentent vraisemblablement une minorité de personnes concernées,
prennent généralement la parole, avec le risque de fausser notre perception,
cette voix singulière ne devrait-elle pas être entendue ? N’aurait-elle aucune
légitimité ? Le féminisme ne consiste-t-il pas aussi à se réclamer du discours des
opprimé-e-s sans y substituer le sien ?
Ces personnes prostituées volontaires tentent de se regrouper en lobbies (Carré
de dames à Bruxelles, Strass-Syndicat des travailleuses, -eurs du sexe, en
France)33, démontrant que le manque de solidarité entre prostitué-e-s n’est peutêtre pas une fatalité.
En Communauté française, leur parole est relayée par des associations de santé
et de prévention (Espace P34, Entre235, Icar36). Ces associations, en prise directe
avec le terrain, et qui abordent le phénomène prostitutionnel notamment sous
l’angle de l’accompagnement et du droit à la dignité, se posent également des
questions philosophiques et éthiques.
33
Griselidis ( F), Act up ( F), Les putes ( B) , Cabrinia ( F) , Femmes de droit (F) , Pastt( F) , etc.
34
http://www.strategiesconcertees.be/repertoire/espace-p
35
http://www.entre2.org/presentation.html
36
http://www.labiso.be/?Id=1750&display=cover&page=VisualiserContenuOuvrage
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IV.
Dimensions éthiques
Excepté l’exploitation des êtres humains, qui fait consensus contre elle, le phénomène
prostitutionnel se résumerait, selon les règlementaristes, à un échange de services sexuels
entre adultes, hommes et/ou femmes, libres et consentant-e-s. C’est compter sans la
difficulté à s’accorder sur ces notions de liberté, de consentement et de choix.
Pour examiner ces notions, nous utiliserons dans ce chapitre, l’argumentaire du
mouvement néo-abolitionniste radical. Ce dernier, outre une analyse de genre de
type marxiste, se place souvent sur le terrain de la morale évoquant la dignité
humaine et l’aliénation.
C’est donc une mise en tension de positions situées aux extrêmes que nous
utiliserons pour aborder ce qui nous semble essentiel du questionnement
philosophique et éthique autour du phénomène prostitutionnel.
1. La domination des hommes sur les femmes
« La prostitution reproduit les mécanismes de domination entre les sexes. » « La
femme n’a de valeur que quand elle est utile à un homme, en ce sens c’est au
système patriarcal qu’il faut s’attaquer »37, « La femme est un objet, son corps
un produit de consommation ».
C’est évidemment un argumentaire qui nous touche en tant que féministes. Le
patriarcat est une réalité. Pendant des siècles, les hommes ont organisé la
société à leur avantage, pour répondre à leurs besoins et à leurs désirs. Mais le
pouvoir n’est pas un attribut, il s’inscrit dans une relation de co-dépendance de
dominants à dominées.
Pourtant des prostituées refusent l’assignation de dominées, elles prétendent au
contraire que leur activité est une source de pouvoir économique et symbolique.
Elles revendiquent une part active et la maîtrise dans le contrat avec le client38.
Le discours de victimisation de toutes les femmes par le patriarcat ne porte-t-il
pas en soi le risque de figer les rôles de manière binaire, ne permettant pas aux
hommes et femmes de se voir autrement que comme bourreau ou victime ?
Pour les Cybersolidaires 39, « ce discours est un renforcement des rôles sociaux
de sexe : à la femme la prostitution, à l’homme l’argent », allant jusqu’à
assimiler l’abolitionnisme à une forme de sexisme…
37
Marie-Victoire Louis (1991) : http://www.marievictoirelouis.net/document.php?id=491&themeid=
38
http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/11/25/morgane-merteuil-je-prefere-etre-escort-plutot-que-travailler-enusine_1609029_3224.html
39
http://cybersolidaires.typepad.com/ameriques/2007/06/abolitionnisme-.html
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La reconnaissance d’un rapport de force historique ne dispense pas de la nuance
et encore moins de l’effort d’examiner et d’encourager un cheminement de dévictimisation individuelle et collective, de réappropriation et de reconnaissance
du pouvoir sur leur vie de toutes les personnes qui le revendiquent. Même si cela
passe par des moyens qui nous surprennent, voire nous dérangent… Qui plus
est, ce discours ne nie-t-il pas totalement deux réalités, moins importantes en
nombre mais en plein essor : celles de la clientèle féminine et celle de la
prostitution homosexuelle et transsexuelle ?
2. Le corps et la dignité humaine : corps sacré, profane, profané ?
Les notions d’image et de dignité de « la » femme, que l’on retrouve dans des
argumentaires du mouvement abolitionniste du Nid, de certains partis politiques
belges comme le CDH40, consacrent la dignité de la personne humaine comme un
élément d’organisation du système social par l’éthique41. On renoue ainsi avec
une conception du droit basée sur la notion chrétienne de l’homme créé à l’image
de Dieu. Toute dégradation de la dignité humaine est en quelque sorte
considérée comme un avilissement de l’image divine.
« La conception laïque de la dignité humaine n’existe plus comme rapport de
l’homme ou de la femme à Dieu, mais comme "rapport de soi à soi" ou, plus
précisément, comme rapport de l’être humain à sa propre image. Cependant, elle
resterait bien dans la dimension du sacré, puisqu’elle consacre ce principe
comme un droit absolu, de nature transcendantale, inconciliable avec d’autres
droits fondamentaux, dont le principe de liberté ou celui de disposer de son
propre corps »42.
Pourtant la prostituée ne vend pas son corps, ni même une partie de celui-ci,
mais des actes. Quand elle a terminé, les parties de son corps qu’elle a utilisé lui
appartiennent toujours. Si quelque chose est perdu, c’est au niveau psychique
qu’il faut le chercher. Beaucoup d’ex-prostituées témoignent de la nécessité de
dissocier corps/esprit, sexualité professionnelle/sexualité privée. Parfois avec des
conséquences graves sur l’estime de soi et la santé mentale et physique
(consommation d’alcool et de drogues).
A la question de la responsabilité envers la collectivité, chaque personne ne peutelle décider si son corps est sacré ou non, cela n’affectant en rien la sacralité des
autres ? Pourquoi enfin les prostituées seraient elles solidaires des autres
femmes, qui le sont bien peu avec elles ?
40
Céline Frémault, députée bruxelloise et présidente des femmes du CDH, note de 2011.
http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/1278899/2011/06/15/Le-cdH-relance-la-question-de-l-abolition-de-laprostitution.dhtml
41
Il existe en France depuis 1994 un principe d’indisponibilité, qui précise que le corps n’est pas une propriété individuelle, et
limite par exemple la procréation pour autrui. Version un peu différente en Belgique depuis la loi de 2002 sur l’euthanasie. Voir
aussi les travaux d’Anne Fargeot-Largeau et Marcella Iacub.
42
Tulay Umay (sociologue), « La prostitution et l’image de la femme », in La libre Belgique, 20 mai 2011.
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3. La liberté sexuelle
« Vive l’amour libre et gratuit ! », slogan féministe soixante-huitard par
excellence et belle utopie. Cependant il n’est pas question d’amour ici, mais de
sexualité. Il serait aussi arbitraire de lier le sexe à l’amour que la sexualité à la
reproduction.
Dès lors quel problème poserait le « sexe libre » aux féministes, même radicales,
si on garantissait l’absence de contraintes et la présence d’alternatives réelles
aux femmes ?
Si cela nous dérange qu’un acte intime soit mêlé à de l’argent et à l’absence
d’affection, il est important d’au moins reconnaître que c’est notre problème sans
en faire celui de tous et toutes. Le féminisme dit « pro-sexe »43 a par contre cela
de dérangeant qu’il sous-entend que les autres seraient « contre », coincées ou
puritaines.
Il est possible que le regard que la société, et nous-mêmes parfois, portons sur
la prostitution atteste des limites que toute femme rencontre encore lorsqu’elle
veut parler de sa sexualité ou la vivre autrement que selon les normes, avec les
risques que cela la mette en danger physique ou l’exile de la vie sociale.
« Mon corps m’appartient » : le droit de disposer de son corps est devenu devoir
de le protéger, et surtout d’en rendre compte au féminisme. Mais alors, ne
risque-t-on pas de retourner à une situation aussi injuste que la mainmise de
l’autorité publique sur le corps des femmes ?
Aucun droit n’est absolu, tous s’accompagnent de devoirs, mais quels sont-ils
alors ? Dans la philosophie de l’autodéfense féministe, nous disons que chacune
à le droit de se protéger, de prendre soin de son intégrité, mais que ce ne peutêtre une obligation en soi, et qu’elle seule peut décider comment elle va le faire.
En 68’, nous disions aussi : « Nos désirs font désordre ».
4. Le consentement
« Céder n’est pas consentir », « Un consentement acheté n’en est pas un, donc
c’est du viol» : pour la mouvance abolitionniste, les prostituées ne peuvent faire
ce choix librement et de manière éclairée. La contrainte financière, la
socialisation dans une société encore empreinte d’inégalités et de stéréotypes
seraient autant de biais à celui-ci. Mais qui peut se targuer de faire des choix
éclairés et absolument libres de toute contrainte ?
Le consentement impliquerait aussi une relation égalitaire. Dans l’idéal, oui. Mais
l’asymétrie entre les parties n’est-elle pas présente dans d’autres domaines ?
Cette question renvoie aux rapports sociaux de genre, mais également aux
rapports de classes…
43
Mouvement né dans les années 80 en réaction à un féminisme vu comme puritain, voire « anti-hommes ». Pour les
militantes » pro-sexe », le corps, le plaisir et le travail sexuel sont des outils politiques dont elles doivent s’emparer.
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Les prostituées mentiraient sur le consentement pour protéger leur gagne pain,
le milieu, le souteneur. Peut-être que oui, peut-être que non, certaines oui,
d’autres pas. Nous ferions probablement la même chose, ou pas. Mais pourquoi
cette tendance à ne croire que celles qui dénoncent ?
On peut reconnaître aux prostitué-es aussi le droit de changer d’avis sur ce
qu’elles vivent, avec le recul, en fonction des moments de la vie et des
changements, comme chacun-e le fait au moment d’un divorce par exemple…
Consentement ou culpabilité ?
Il est à observer aussi que la notion de consentement biaisé ne rejette
généralement pas la faute sur la personne qui l’accorde en général, sauf encore
une fois en matière de sexualité44. Ainsi la femme qui porte une jupe courte, qui
sort en boîte, aime séduire et être séduite serait responsable de son viol ? Ainsi,
une affaire récente et très médiatisée nous rappelle que pour certain-e-s, une
prostituée ne pourrait être violée puisque son corps est public. Ou au contraire
l’est à tous les coups, malgré son consentement…
Ce qui peut en revanche constituer un délit, c’est l’atteinte à la dignité par celui
qui en abuse. Plutôt que l’invalidation systématique du consentement des
prostituées, car il sort de nos cadres de référence et de ce qui est acceptable
pour nous, il y a peut-être à chercher un meilleur équilibre entre les parties en
interaction dans la prostitution et de meilleures règles de négociation.
Chaque personne saine d’esprit et disposant d’un minimum de choix de vie ne
peut-elle être reconnue comme consentante - subjectivement, comme tout un
chacun- mais suffisamment pour qu’on lui reconnaisse cette possibilité ?
5. La violence
« La prostitution est la forme extrême des violences sexuelles », « En
prostitution, vous ne pouvez pas prendre pour acquis que vous serez encore
vivante dans la minute qui vient. Vous ne le pouvez pas et vous ne le faites pas.
Si vous le faites, vous êtes stupide, et être stupide dans le monde de la
prostitution, c’est être blessée, c’est être morte »45.
La violence serait inhérente à cette activité. Envisageons-la alors dans sa
multiplicité.
44
Nous pouvons même tenter un parallèle avec le regard posé par la société sur les victimes la violence conjugale, coupables
de rester avec leur conjoint violent.
45
Andréa Dworkin citée dans Prostitution et sociétés, revue trimestrielle du Nid, novembre 2011.
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5.1.
La violence préalable à l’activité et présidant au « choix »
Nous l’avons déjà évoqué, les abus sexuels, notamment dans l’enfance,
concerneraient beaucoup de personnes prostituées46, hommes et femmes. Mais
quand on se penche sur les actes sexuels non désirés de manière globale, ils
concernent également une telle quantité de filles – et dans une moindre mesure
de garçons -, que l’on peut seulement conclure que ces actes sont extrêmement
fréquents dans nos sociétés et que toutes leurs victimes ne font pas par la suite
le choix prostitutionnel.
C’est donc une explication qui n’invalide pas tous les choix en bloc. Et quand bien
même, comme l’explique Sonia Verstappen47, cette expérience de violence
sexuelle serait à la source de l’expérience prostitutionnelle, elle pourrait
constituer une forme de réparation nécessaire et assumée pour certaines
victimes. La société, par une certaine tolérance et banalisation de ces actes, ne
proposant pas toujours d’autres moyens…
5.2.
La violence des proxénètes
Elle est réelle et multiforme. Elle nous touche parfois à travers notre travail au
Collectif contre les violences familiales et l’exclusion dans le domaine des
violences entre partenaires. Elle peut aussi prendre la forme du crime organisé.
Ainsi à Liège, suite à une répression forte, le proxénétisme de réseaux serait,
d’après la police judiciaire, en voie de disparition. Mais il est remplacé par une
forme de proxénétisme hôtelier guère plus tolérable, les loueurs demandant des
loyers exorbitants pour des locaux indignes.
5.3.
La violence des clients
Elle est surtout présente dans la prostitution de rue et dans le privé : chantage,
vols, viols, meurtres, serial killers, etc. Elle est réelle et banalisée. Ce serait « les
risques du métier ». Une prostituée française dont le client avait réussi à obtenir
des relations sans payer, et donc contre l’accord de la femme, a été condamné
pour grivèlerie. Cependant, il n’a dû payer comme seule compensation à ce viol
que le prix de la passe. Cela en dit long sur la mentalité des clients, des juges et
de la société civile…
5.4.
La violence sociétale et la stigmatisation
Cette violence concerne et touche toutes les prostituées. Même pour celles qui
disent assumer ce choix. Il faut alors vivre avec les insultes, le réflexe NIMBY des
riverains 48, les agressions verbales et les dégradations de biens, le contrôle
46
Pour ceux-celles qui souhaitent des chiffres on signalera la banque de données du Criminal Justice Abstracts en tapant les
mots clés « prostitution » et « abuse », on obtient environ 300 sources, incluant livres et articles. Cf. aussi Shaver en 1993 pp.
159-160
47
http://www.uclouvain.be/99025.html
48
« Not in my back yard » : attitude consistant à accepter un fait, mais pas sa proximité.
F. Ronveaux et al.
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social et le risque de placement d’enfants. Ici aussi la liste des violences est trop
longue et bien peu de choses sont mises en place pour y remédier, en dehors de
rares initiatives privées49.
La violence envers les personnes prostituées est inacceptable. Leur donner des
moyens pour y faire face et renforcer les lois est une étape nécessaire, quelle
que soit la position éthique adoptée. Quant à cette stigmatisation, certaines
prostituées admettent en jouer : le parfum de soufre est la meilleure publicité et
le moteur d’une partie des clients.
5.5.
La question des besoins irrépressibles
Quand on évoque la théorie des besoins irrépressibles des hommes, nous
sommes ici face à un argument de type réglementariste et de prostitué-e-s qui
se présentent comme un hybride de psychologues/garantes de la sécurité,
particulièrement interpellant.
Dans son ouvrage Sexe, prostitution et conte de fées, Catherine François
souligne que « les personnes prostituées revendiquent le droit au respect et à la
dignité. Elles admettent que les besoins sexuels des hommes sont irrépressibles
et, dès lors, acceptent qu’une série de femmes soient disponibles sur le marché
pour permettre de satisfaire des milliers d’érections »50.
Cette justification de la prostitution par des personnes qui demandent le respect
a quelque chose, nous semble-t-il, d’éminemment condescendant, voire
insultant, pour les hommes ! Elle paraît aussi fataliste et même misérabiliste.
Catherine François est présidente de SOS viol et enseigne dans une haute école
sociale à Bruxelles. Comment enseigner dans le social et s’y résigner ? Il est
aussi très étonnant de travailler dans le domaine des agressions sexuelles et de
faire l’amalgame entre la pulsion du viol (destructrice) et un besoin sexuel.
Comment prétendre défendre la dignité des femmes et se résoudre à ce que
certain-e-s servent de défouloir- même consentantes- pour préserver la vertu
des autres ? Ce sont les mêmes personnes qui présentent fréquemment toutes
les féministes abolitionnistes comme des castratrices dotées d’une sexualité
triste…
La sexualité est reconnue comme un droit humain, mais il y a parfois confusion
entre désirs et besoins. Quand bien même, tous les besoins sexuels ne doivent
pas être assouvis par le recours à une personne, surtout non-consentante… Ici se
pose aussi la question des prestations sexuelles pour personnes handicapées. Ce
projet ne fait pas l’unanimité chez les associations de personnes handicapées,
dont certaines revendiquent la capacité de séduire et d’entrer en relation, sans
l’intervention de la « pitié » ou de l’argent.
49
Mon corps : ma fierté ma force, brochure conçue par Garance en collaboration avec des associations européennes (Projet
daphné). Garance propose aussi des stages de prévention des violences (www.garance.be).
50
Catherine François, Sexe, prostitution et contes de fées. Regard complice sur la liberté sexuelle, op. cit. Assistante sociale et
sexologue, Catherine François a travaillé dix ans dans le secteur de la prostitution, à l’asbl Espace P… Présidente de SOS
VIOL, elle publie un ouvrage dérangeant sur la prostitution libre et assumée avec Marie, qui y travaille depuis l’âge de 35 ans.
F. Ronveaux et al.
« Prostitution(s) : mise en examen »
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La prostitution n’est pas un rempart contre le viol, cet argument est un argument
de « marketing » ou au mieux d’utilité sociale revendiquée par des personnes en
manque de reconnaissance. Si misère il y a, elle serait plutôt relationnelle et,
dans ce cas, il y du travail à faire, chez les garçons comme chez les filles.
5.6.
La question de l’argent et de la pauvreté
« Le client a de l’argent, la prostituée n’en a pas ». Que dire, dès lors, quand
parfois celle-ci gagne plus que son client ? L’une et l’autre choisiraient-ils alors
seulement des manières différentes de le gagner et de le dépenser ? « L’argent
dédouane le client et apaise sa conscience ».
Au-delà du sentiment de pouvoir que doit procurer le fait de payer quelqu’un,
d’acheter ses services, sa supposée soumission, c’est aussi pour certains clients qui pourraient trouver des partenaires sans ce recours - un choix de « facilité » :
pas d’opération séduction longue et à l’issue incertaine dans ce cas. Certains
hommes vivent dans la psychose de la femme profiteuse qui feint d’éprouver des
sentiments : ici les règles sont claires.
Mais cela n’est pas toujours valorisant : l’homme faisant ce choix s’abaisse,
puisqu’il a dû payer pour obtenir ce que d’autres obtiennent par la séduction (pas
toujours très honnêtement non plus).
L’échange sexe-sécurité financière n’existe pas que dans la prostitution : être
une « bonne épouse » et accomplir son « devoir conjugal », même si celui-ci est
officiellement aboli, en font partie. On sait depuis longtemps que la dépendance
économique dans le cadre des violences conjugales est souvent très forte.
D’un point de vue strictement économique, de nombreux observateurs
reconnaissent que la mondialisation a entraîné des modifications dans le
commerce du sexe : industrialisation, internationalisation, augmentation de la
traite et du crime organisé, essor de puissants réseaux.
La prostitution, un enjeu économique ?
C’est la notion de « système prostitutionnel » : l’alliance entre le capitalisme et
le patriarcat. C’est une des réalités, mises en lumière par des associations
comme le Lobby Européen des Femmes (LEF) et ATTAC (association pour la
taxation des transactions financière et aide aux citoyens). Bien sûr la prostitution
existait avant le capitalisme, mais il en a accentué les violences.
Mais le phénomène prostitutionnel présente tant de visages… Cette activité peutelle être réellement émancipatrice, au moins économiquement, pour certaines ?
Derrière cette question, il y a l’utopie d’un monde libre de liens économiques.
Mais aussi l’utopie d’un monde libre d’exploitation de la force de travail, dans
certains cas de la vulnérabilité même. C’est un enjeu capital, sans jeu de mots.
La liberté et le droit de ne PAS se prostituer en dépendent !
F. Ronveaux et al.
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« Le difficile avec la morale, c’est qu’on ne peut ni s’en passer ni s’en contenter »
nous dit le philosophe André-Comte-Sponville51.
On ne pourrait s’en contenter parce qu’elle est essentiellement négative
(constituée d’interdits). Parce qu’elle est d’une exigence infinie : elle est toujours
trop grande pour nous, humain-e-s, ou nous trop petit-e-s pour elle. Fonder sa
vie sur la morale revient donc à se condamner à l’échec. Et finalement parce
qu’elle échoue à nous rendre heureux (ne pas faire le mal n’est pas un projet de
vie en soi et la vertu ne garantit pas que notre vie sera exempte de souffrances).
« On ne peut pas non plus s’en passer, parce qu’il s’agit de s’interdire le pire,
noblesse fragile, pour cela toute entière tendue vers son contraire, qui est la bête
en l’homme. Combattre la barbarie hors de soi, c’est politique, en soi, c’est
moral ».
51
André Comte-Sponville, « Les limites de la morale », article dans L’Express en 1998.
F. Ronveaux et al.
« Prostitution(s) : mise en examen »
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CVFE –Etude-Décembre 2010
Conclusion
En entamant cette recherche, nous avons ouvert la boîte de Pandore… Il nous
manque encore des éléments sans aucun doute, nombre d’ouvrages, recherches,
témoignages existent. Conscient de l’ampleur de la question, le CVFE poursuivra
sa réflexion dans les mois qui viennent en rencontrant des expert-e-s des
différentes tendances, ainsi que les expertes que sont les personnes prostituées
sur différents terrains.
Lorsqu’on a le souci des femmes et des hommes prostitué-e-s, on ne peut,
malgré le confort que cela apporterait, se résoudre à l’alternative « pour ou
contre la prostitution ?». Ce serait nier la complexité de la question et surtout la
leur.
Lorsque se pose la question de l’émancipation, il n’est pas souhaitable de faire
l’impasse sur les personnes directement concernées, leurs expériences, voire
leurs paradoxes. Et cela même si leurs visions des choses divergent des nôtres.
Ce serait se priver d’une base essentielle à la réflexion entamée.
Eviter les postures de principe demande qu’action et réflexion soient
entremêlées, pas en sœurs ennemies, mais bien dans une nécessaire
réconciliation dialectique. Il s’agirait alors de naviguer entre deux eaux, avec la
double nécessité du réalisme, par souci des personnes, et de l’idéalisme sans
lequel aucun progrès social n’advient.
Nous voudrions définir le progrès social en dehors des questions de morale…
L’éthique pèse le pour et le contre, et appelle les individus à se responsabiliser à
travers leur propre réflexion, mais ne pourra sans doute jamais s’affranchir d’une
position morale en matière de prostitution particulièrement. Du moins, si on en
croit André Comte-Sponville : « Si l’on entend par morale tout ce qu’on fait par
devoir, et éthique tout ce qu’on fait par amour, seule l’éthique serait bonne. Mais
l’amour fait défaut, presque toujours. C’est pourquoi nous avons besoin de
morale. Parce que nous ne savons pas aimer, parce que nous ne sommes pleins,
ordinairement, que de nous-mêmes, que de vide et d’angoisse ! »
Au-delà de leurs divisions, toutes les féministes dénoncent la double morale
sociétale : liberté sexuelle pour les hommes, « liberté » pour les femmes à leur
disposition et vertu pour les autres. Les divergences théoriques devraient
pourtant pouvoir se réduire au moins sur un point, qui nous paraît essentiel : la
lutte contre l’exploitation et les violences dont sont parfois victimes les
prostituées, mais aussi la lutte contre la stigmatisation dont elles sont toujours
victimes.
En effet, les personnes prostituées sont stigmatisées pour les raisons mêmes qui
nous font militer depuis plus de 30 ans au sein du CVFE. Indépendamment du
fait de monnayer des rapports sexuels, n’est-ce pas la multiplicité des
partenaires et l’occupation de l’espace public, souvent la nuit, qui dérange le plus
une société qui s’accommode fort bien du reste de taxer leurs revenus ?
F. Ronveaux et al.
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CVFE –Etude-Décembre 2010
Nous ne pouvons pas les écouter seulement quand elles nous disent ce que nous
avons envie d’entendre, que ce soit un discours victimaire ou libertaire.
Le féminisme, pas plus qu’il ne peut-être la célébration de la gloire de la
maternité, ne peut être la célébration du mythe de la putain52 .Certaines
féministes, parce qu’elles aiment le sexe, déclarent s’identifier aux prostituées et
croient que dans la prostitution, il s’agit de femmes qui aiment le sexe aussi.
Dans leur ignorance ou leur naïveté, ces femmes défendent la prostitution
comme une libération sexuelle. Cela n’est rien de moins qu’une utilisation de
femmes prostituées par d’autres femmes. C’est indéfendable.
Mais devons-nous naviguer entre deux eaux, avec la double nécessité du
réalisme, par souci des personnes, et de l’idéalisme sans lequel aucun progrès
social n’advient ?
Joséphine Butler, créatrice de la fédération abolitionniste internationale en 1875,
ouvrait déjà à l’époque une voie nouvelle entre le prohibitionnisme et la
réglementation, puisqu’elle considérait alors que la prostitution était une activité
sexuelle privée et non punissable, mais que son exploitation par un tiers
constituait un délit.
Dans la réalité actuelle pourtant, les prostitué-e-s sont encore harcelé-e-s pour
troubles de l’ordre public ou raisons fiscales, tandis que les proxénètes sont
rarement arrêtés et condamnés, quand ce n’est pas le pouvoir public qui songe à
s’y substituer pour la bonne cause.
La ville de Liège, oubliant peut-être qu’au-delà de la sécurité, au-delà d’un geste
avant tout symbolique et médiatique, il y a un projet de société à défendre, faitelle l’économie de politiques sociales plus ambitieuses ? Des mesures qui évitent
le phénomène d’« homéostasie du risque » (déplacement des dangers d’un
domaine vers un autre) et font le deuil de l’utopie de l’encadrement idéal, qui
éteint toute créativité.
C’est à ce genre de questions que devront répondre dans les semaines qui
viennent les travailleuses, -eurs du CVFE qui ont accepté de se lancer dans
l’expérience d’une conférence de consensus, qui visera tant à définir si possible
une posture institutionnelle collective qu’à dégager des pistes d’actions.
Nous souhaitons redire la vocation féministe de transformation de la réalité,
rétablir des solidarités qui devraient aller de soi. Ce combat nous semble mériter
autant d’alliances qu’il y a aujourd’hui de divisions. Il nous recentre sur nos
objectifs d’empowerment.
Aujourd’hui, il s'agit pour le CVFE, comme pour beaucoup d’associations de
terrain, à partir d'un état des lieux des forces en présence et des législations en
vigueur, de « penser la possibilité d'une nouvelle alliance entre les différents
courants féministes et les prostitué-es, alliance qui n'évacuerait ni aspérités ni
paradoxes, mais qui chercherait, dans une perspective pragmatique, à renforcer
52
Témoignage de Christine et d’autres « survivantes » sur http://membres.lycos.fr/survivantes
F. Ronveaux et al.
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par la réduction des risques la capacité d'agir des personnes concernées afin
qu'elles puissent œuvrer à leur propre émancipation. »53
53
Catherine Deschamps et Anne Sourys, Femmes publiques : les féminismes à l'épreuve de la prostitution, op.
cit.
F. Ronveaux et al.
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Bibliographie indicative
Deschamps (Catherine), Souyris (Anne), Femmes publiques, les féminismes à
l’épreuve de la prostitution, Paris, Ed. Amsterdam, 2008.
Fraisse (Geneviève), Du consentement, Paris, Seuil, 2007.
François (Catherine), Prostitution, sexe et contes de fées, Bruxelles, Luc Pire,
2011.
Guillemaut (Françoise) (sous la dir.), Femmes et migrations en Europe,
Stratégies et empowerment (2 volumes), Paris, Cabiria Editions.
Le marché du sexe, in Chronique féministe (Université des Femmes), n° 70,
1999 (réédition 2011).
Les mondes de la prostitution, in Pensée Plurielle, Bruxelles, Editions de Boeck,
n°27, 2011.
Mattieu (Lilian), La condition prostituée, Paris, Textuel, 2007.
O’ Connor (M.), Healy (G.), Les liens entre la prostitution et la traite sexuelle :
manuel pour comprendre, CATW-LEF, 2005.
Pape (Pierette), L’abolition du système prostitutionnel : une affaire d’hommes !,
Take back the night, 2010.
Parent (C.), Buckert. (C.), Corriveau (P.), Nengeh Mensah (M.), Toupin (L.), Mais
oui, c’est un travail !, Montréal, Presses de l’Université du Québec.
Pheterson (Gail), Le prisme de la prostitution, Paris, L’Harmattan, coll.
« Bibliothèque du féminisme », 2001.
Prostitution : guide pour un accompagnement social, ouvr. coordonné par Ayerbe
(Christian), Dupré la Tour (Mireille), Henry (Philippe), Vey (Brigitte), Toulouse,
Ed. Erès, coll. Trames, 2011.
Women at work, revue mensuelle Le Poiscaille, février 2011.
F. Ronveaux et al.
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CVFE –Etude-Décembre 2010
Table des matières
INTRODUCTION
2
I. A TRAVERS L’HISTOIRE
4
II. REGARDS THÉORIQUES
7
1. RÈGLEMENTARISME, ABOLITIONNISME, PROHIBITIONNISME
2. POINTS DE VUE DES INTELLECTUELLES FÉMINISTES
2.1. SIMONE DE BEAUVOIR
2.2. ANDREA DWORKIN
2.3. ELISABETH BADINTER
2.4. VIRGINIE DESPENTES
2.5. FÉMINISTES DU SUD
7
8
8
9
9
10
11
III. L’ ACTUALITE EN EUROPE ET LES DIFFERENTS MODELES APPLIQUES
12
1.
2.
3.
4.
5.
6.
12
14
15
16
17
17
LA BELGIQUE
LA FRANCE
LES PAYS-BAS
LA SUEDE
UN MODELE SERAIT-IL A CHERCHER AUX ETATS-UNIS ?
UNE QUESTION POLITIQUE
IV. DIMENSIONS ETHIQUES
19
1. LA DOMINATION DES HOMMES SUR LES FEMMES
2. LE CORPS ET LA DIGNITE HUMAINE : CORPS SACRE, PROFANE, PROFANE ?
3. LA LIBERTE SEXUELLE
4. LE CONSENTEMENT
5. LA VIOLENCE
5.1. LA VIOLENCE PREALABLE A L’ACTIVITE ET PRESIDANT AU « CHOIX »
5.2. LA VIOLENCE DES PROXENETES
5.3. LA VIOLENCE DES CLIENTS
5.4. LA VIOLENCE SOCIETALE ET LA STIGMATISATION
5.5. LA QUESTION DES BESOINS IRREPRESSIBLES
5.6. LA QUESTION DE L’ARGENT ET DE LA PAUVRETE
19
20
21
21
22
23
23
23
23
24
25
CONCLUSION
27
BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE
30
TABLE DES MATIERES
31
F. Ronveaux et al.
« Prostitution(s) : mise en examen »
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CVFE –Etude-Décembre 2010
Prostitution(s) : mise en examen
Pour mieux comprendre un système et ses enjeux
Collectif contre les violences conjugales et l’exclusion (CVFE asbl) : 11, rue Maghin - 4000 Liège
Publications (analyses et études) : www.cvfe.be
Contact : René Begon - [email protected] - 04 250 96 87
Avec le soutien du Service de l’Education permanente de la Communauté française et de la Région wallonne
F. Ronveaux et al.
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