Lire le texte intégral (format pdf)
Transcription
Lire le texte intégral (format pdf)
In : Commentaire n° 83, Automne 1998 Idéologie française, capitalisme et chômage THIERRY DE MONTBRIAL On dénonce en France la pensée unique, la toute-puissance supposée, aujourd'hui, de la vision ou mieux du paradigme néo-libéral dominant aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Ces pays, dit-on, n'ont réduit leur taux de chômage qu'en permettant un accroissement « inacceptable » des inégalités de rémunération. Au « modèle anglo-saxon », on oppose le projet social-démocrate de l'Europe continentale, fondé, comme l'écrit Roger Guesnerie1, « sur une acceptation du marché, tant qu'il concerne les biens, et sur un rejet et une réticence profonde vis-à-vis des sujétions du marché du travail ». L'explosion du chômage serait-elle la conséquence de ce rejet ? N'aurait-on donc le choix qu'entre la peste et le choléra, entre un capitalisme inhumain où une forme dégradante du plein-emploi ne serait maintenue qu’en échange de la destruction de tous les acquis e sociaux du second XX siècle ; et une social-démocratie au rabais où le prix à payer pour la protection de la majorité serait l'exclusion d'une minorité croissante de la population, où une fraction toujours plus importante de ceux qui ont un emploi serait minée par la peur de rejoindre tôt ou tard le camp de la misère et du désespoir ? Le sociologue Pierre Bourdieu, qui a déclaré la guerre au néo-libéralisme dans lequel il voit une utopie « en voie de réalisation », n'a-t-il pas raison d'observer : « Toute violence se paie et par exemple la violence structurale qu'exercent les marchés financiers, sous forme de débauchages, de précarisation, etc., a sa contrepartie à plus ou moins long terme sous forme de suicides, de délinquance, de crimes, de drogue, d'alcoolisme, de petites ou de grandes violences quotidiennes2 » ? Ne faut-il pas approuver la romancière Viviane Forrester quand elle dénonce l' « horreur économique »3 ? Il n'y a pas, aujourd'hui, de questions plus importantes que celles qui sont ainsi soulevées. Mais la plus grande confusion règne dans les esprits, entretenue par les discours trop idéologiques de la plupart des personnalités politiques, des acteurs de la vie économique ou des intellectuels qui s'expriment sur ces sujets. Cela est particulièrement vrai en France où l'on adore se battre pour des idées, notamment quand il s'agit des trois concepts à l'origine de notre devise nationale (liberté, égalité, fraternité) ou encore du rôle respectif de l'Etat et de la société civile. Une difficulté réelle tient e e au fait qu'à l'origine des deux grandes idéologies du XIX et du XX siècle, le libéralisme et le marxisme, l'économie et la politique sont indissociables. Dans son enquête sur l'histoire du libéralisme 1 R. Guesnerie. L'économie de marché, Flammarion, coll. Dominos, 1996, p. 89. P. Bourdieu. Contre-feux, Liber raisons d'agir, 1998, p. 46. 3 V. Forrester. L'horreur économique, Fayard, 1997. 2 1 e économique, Pierre Rosanvallon montre bien que le concept de marché tel qu'il se forme au XVIII siècle est un concept sociologique et politique qui se traduit par un « refus global du politique ». Je cite : « De ce point de vue, Adam Smith n'est pas tant le père fondateur de l'économie politique que le théoricien du dépérissement de la politique. Ce n'est pas un économiste qui fait de la philosophie, c'est un philosophe qui devient économiste dans le mouvement de réalisation de sa philosophie. Smith est l'anti-Rousseau par excellence4 ». Rosanvallon rappelle cette anecdote particulièrement significative à propos de François Quesnay, le fondateur de la physiocratie : « Le dauphin se plaignant un jour à Quesnay de ce que la charge royale soit difficile à remplir, le médecin du roi répondit que ce n'était pas son avis. Eh ! Que feriez-vous donc si vous étiez roi ? demande le dauphin. Monsieur, dit Quesnay, je ne ferais rien. Et qui gouvernerait ? poursuit le dauphin. Les lois, répond Quesnay5. » Ainsi, l'idéologie libérale, comme le marxisme, prétend-elle développer une vision complète de la société, où en particulier l'Etat doit jouer un rôle minimal. Commentant le monde contemporain, trop d'intellectuels ont du mal à s'abstraire des conditions prévalant à l'origine de la science économique moderne et, sans se donner la peine d'étudier cette discipline en plein essor, ont tenu à n'y voir qu'un avatar de l'idéologie. Dans le même ordre d'idées, Roger Guesnerie note justement que « l'enseignement de la science économique [en France] est traditionnellement moins développé que dans le monde anglo-saxon et ne s'est que progressivement dégagé de la tradition juridique qui avait établi une tutelle bienveillante sur une science parfois bien hexagonale, bien souvent sans écho hors de nos frontières. La situation change radicalement aujourd'hui, sous l'influence d'une élite universitaire ouverte au monde, mais ce changement n'aura que lentement une traduction sur la culture économique générale du pays. « Après la chute du mur de Berlin, l'alternative entre une organisation économique fondée sur le marché et une organisation rivale qui récuse profondément les principes de la première semble avoir disparu. Aujourd'hui, le marché est plus que jamais une réalité incontournable qui pèse sur notre organisation sociale et sur notre vie quotidienne. Plus que jamais, le devoir prioritaire des intellectuels qui en débattent, des citoyens qui le contrôlent par leur vote, est d'essayer de le comprendre6.» La science des difficultés Il est essentiel en effet de bien voir qu'il n'y a guère d'autres perspectives que des impasses si l'on nie, par préjugé ou par ignorance, l'existence ou même la possibilité d'une science économique largement autonome par rapport aux autres sciences sociales, et si en conséquence on s'en remet aux affrontements idéologiques et à une nouvelle forme de lutte des classes pour trancher les grandes questions de société. Au terme d'une étude magistrale sur le problème du chômage, réalisée pour l'Académie pontificale des sciences sociales dont il est le président, Edmond Malinvaud observe 4 P. Rosanvallon . Le libéralisme économique. Histoire de l'idée de marché. Seuil. Introduction, 1979 et 1989. Ibid., p. 82. 6 R. Guesnerie, op. cit. pp.112-113. 5 2 que les économistes ne diffèrent pas des spécialistes des autres sciences sociales quant à l'objectif d’humaniser les économies de notre temps. « De fait, écrit-il, beaucoup d'entre eux ont choisi leur métier dans l'espoir de contribuer à la réalisation de cet objectif. » Mais il ajoute : « Là où [les économistes] diffèrent peut-être, c'est dans une meilleure perception de la difficulté de la tâche et dans leur souci légitime de ne pas accréditer à la légère de soi-disant remèdes qui s'avéreraient à l'épreuve plus dommageables que bienfaisants7 .» Pour clarifier les choses, il convient de commencer par le commencement et donc de rappeler l'objet de la science économique. Prenons par exemple la définition qu'en donne Paul Samuelson au début de son célèbre manuel : « L'économie est l'étude de la façon dont l'homme et la société choisissent, avec ou sans recours à la monnaie, d'employer des ressources productives rares qui sont susceptibles d'emplois alternatifs pour produire divers biens, et les distribuer en vue de la consommation, présente ou future, des différents individus et groupes qui constituent la société. » Il n'y aurait pas de problème économique si les ressources n'étaient pas rares. Mais, malgré la révolution des technologies de l'information, c'est-à-dire le couplage de l'ordinateur et des télécommunications, l'humanité est encore loin de l'âge d'or où elle pourrait satisfaire ses besoins matériels sans efforts. L'économie s'intéresse donc à la production des richesses, à la répartition des revenus qui en sont issus, et à l'utilisation (consommation, investissement) de ces revenus. L'un des concepts les plus fondamentaux de la science économique est celui d'efficacité. Puisque les ressources sont rares, il faut les utiliser au mieux, c'est-à-dire en tirer le maximum. A cette fin, les opérations doivent être organisées en sorte que les biens et services demandés par les utilisateurs ultimes, en contrepartie de leurs revenus, correspondent exactement à ceux qui ont été produits. L'intuition majeure d'Adam Smith (1723-1790), fondateur de la science économique moderne, est que le fonctionnement sans entraves du système de prix permet précisément de réaliser cet équilibre dans des conditions efficaces. Il en est ainsi lorsque les échanges sont organisés sur des « marchés », de sorte que la demande de chaque bien ou service soit rendue égale à son offre par la détermination d'un prix d'équilibre. Si le prix d'un bien est inférieur à son prix d'équilibre, la demande est supérieure à l'offre, et le prix tend à augmenter. Si le prix est supérieur au prix d'équilibre, l'offre est supérieure à la demande, et le prix tend à diminuer. Tel est donc dans son principe le fonctionnement de la « main invisible » dont parlait l'auteur de La Richesse des Nations, grâce à laquelle les ressources rares peuvent être employées de façon efficace. Mais, comme le rappelle E. Malinvaud, « l'efficacité de l'économie de marché a sa contrepartie dans la sévérité des sanctions qu'elle impose et dans une obligation de flexibilité face à des évolutions qui côtoient l'instabilité8 ». 7 E. Malinvaud, Le chômage dans les économies mixtes : évitable ou non ? in The Future of Labour and Labour in the Future. Proceedings of the Second Plenary Session of the Pontifical Academy of the Social Sciences, 2023 mars 1996, Vatican City, 1998. 8 Ibid., p. 173. 3 Le bon fonctionnement de l'économie de marché n'est pas le laissez-faire, selon la formule attribuée à Gournay et qui résume la philosophie du libéralisme, illustrée par l'anecdote de Quesnay précédemment citée. Ce n'est pas la loi de la jungle. Ce n'est pas un système maffieux où règne la loi du plus fort. La concurrence suppose une organisation institutionnelle - notamment un cadre juridique et judiciaire, un système monétaire. Mais en règle générale, les institutions doivent avoir pour but de faciliter, et non d'entraver les échanges. La question institutionnelle se pose aussi, bien entendu, sur le plan des échanges internationaux. Il n'est pas exagéré de dire que l'activité principale de la théorie économique depuis un peu plus de deux siècles a consisté à approfondir l'intuition d'Adam Smith et à comprendre les « défaillances » du marché. On analyse de mieux en mieux le fonctionnement des marchés en concurrence imparfaite, les particularités liées aux économies d'échelle et aux rendements croissants, les questions relatives aux biens dits collectifs ou publics ou encore aux « effets externes », ainsi que les problèmes liés au temps, à l'incertitude, aux imperfections de l'information et à l'existence de « coûts de transactions », dans lesquels le prix Nobel Ronald Coase voit la raison fondamentale de l'existence même des organisations hiérarchisées - elles-mêmes, contraires à l'idée de marché - que sont les entreprises. Il n'en reste pas moins que la théorie du marché, élaborée par une lignée d'économistes parmi lesquels il faut encore citer les noms d'Alfred Marshall (1842-1924), Léon Walras (1834-1910), Vilfredo Pareto (1848-1923), Paul Samuelson (né en 1915), Maurice Allais (né en 1911), Kenneth Arrow (né en 1921) et Gérard Debreu (né en 1921), demeure encore de nos jours la référence inévitable, aussi sûrement qu'il est impensable en physique de parler des gaz réels sans penser au cas limite des gaz parfaits. Du point de vue du fondement des sociétés réelles, l'expérience depuis la première révolution industrielle montre que les pays dont l'organisation économique s'apparente au paradigme du marché réussissent mieux que les autres. Jusqu'à ce jour, on ne peut citer un seul exemple de succès - en particulier sur le plan de la justice sociale - d'une économie organisée sur la base d'un rejet de l'économie de marché. Les tentatives de l'Union soviétique et de ses satellites, celles des pays dits en voie de développement qui ont voulu mettre en œuvre une planification bureaucratique et centralisée, se sont soldées par des échecs catastrophiques. A l'inverse, les expériences les plus concluantes de sortie du sous-développement ont été menées en référence à l'économie de marché. Pour la plupart des analystes, les difficultés que rencontrent actuellement certains pays de l'Asie de l'Est ne mettent pas en échec cette stratégie, et s'expliquent au contraire par le maintien de privilèges, de rentes de situation, de circuits occultes ou de réglementations désuètes. La question du travail De tous les biens économiques, le plus singulier est le travail. Comme l'écrit Jacques Lesourne dans un livre remarquable publié en 1995, le travail a deux faces : « Côté pile, il est un service rendu par un homme ou une femme à une organisation. Côté face, il est, pour la plupart des individus, leur source principale de revenu. Ce double caractère le distingue nettement des biens (la lessive, l'électricité) ou 4 des autres services (l'assurance, les transports, la transmission d'informations) [... ]. Sa rémunération est donc au centre des débats sur la justice sociale 9. » Les marxistes ont fait de la lutte des classes, de la guerre entre « le travail » et « le capital », le centre de leur stratégie. L'enseignement social de l'Eglise catholique met l'accent sur des valeurs comme le droit à un emploi (qu'E. Malinvaud interprète prudemment comme « un devoir de la collectivité nationale vis-à-vis de l'ensemble de ses membres10 ») ou le juste salaire (qu'il faut considérer comme une rémunération minimum, non nécessairement liée directement au travail fourni), sur le rôle du travail dans l'épanouissement de la personnalité (à la limite, tout travail devrait être conçu comme une oeuvre) et dans l'approfondissement de la communauté, également sur la notion de participation des travailleurs au capital de l'entreprise. Mais l'Eglise se montre très prudente quand il s'agit d'indiquer les moyens d'atteindre ces objectifs11. Elle a raison, car les faits sont têtus. Sur le marché du travail non qualifié, par exemple, le maintien artificiel d'un prix supérieur au prix d'équilibre ne peut que provoquer - toute correction faite pour tenir compte des fluctuations conjoncturelles de l'activité - un chômage dont l'ampleur est d'autant plus grande que l'écart est plus élevé. Et si l'on n'entrave pas le marché, c'est l'inégalité entre salaires des travailleurs qualifiés et non qualifiés qui augmente. Dans le premier cas, on a le « modèle de l'Europe continentale », particulièrement le « modèle français ». Dans le second, le « modèle anglo-saxon ». Encore faut-il noter que le travail a deux prix, et que « pour l'organisation qui l'utilise , il a un coût très supérieur au revenu qu'il procure à l'individu qui le fournit. Pour déterminer ce coût, l'employeur doit en effet ajouter au salaire brut non seulement les charges sociales obligatoires ou conventionnelles, mais aussi l'équivalent monétaire de diverses contraintes. En revanche, pour obtenir sa rémunération nette, le salarié doit déduire du salaire brut les charges sociales qui lui incombent et l'impôt sur le revenu12 ». Ainsi, dans la nouvelle édition de son célèbre manuel 13, Raymond Barre considère-t-il justement qu'il faut, en France, baisser substantiellement les charges sociales pesant sur les entreprises, quitte à augmenter la CSG ; assouplir les dispositions qui régissent les relations de travail et sont des freins à l'embauche ; aménager le SMIC pour faciliter le premier emploi des jeunes ; développer l'apprentissage et la formation professionnelle. Naturellement, la transgression à court terme de la loi de l'offre et de la demande sur le marché du travail, ou plus justement, selon la terminologie de Jacques Lesourne, sur les marchés des compétences (il y en a beaucoup), n'est pas la seule cause du chômage. La théorie économique distingue, à coté de ce chômage dit « classique » : le chômage frictionnel, le chômage keynésien, et le chômage structurel. Le chômage frictionnel provient de ce que, dans une économie vivante, même en l'absence de 9 J. Lesourne, Vérités et mensonges sur le chômage, O. Jacob, 1995, p. 43. op. cit., p. 164. 11 Voir J. Schasching, Catholic Social Teaching and Labour in The Future of Labour and Labour in the Future, op. cit. 12 J. Lesourne, op. cit., p. 50 10 5 bouleversements techniques ou géopolitiques, il y a constamment des innovations, des modifications de goûts, donc des variations de l'offre et de la demande. Il y a donc constamment des entreprises qui réduisent leurs activités ou disparaissent, d'autres qui naissent ou se développent. En raison du coût de l'information, la transition entre deux emplois demande un certain temps. D'où le concept apparemment paradoxal de taux de chômage naturel ou de plein-emploi. C'est ainsi que pour la majorité des économistes américains, les Etats-Unis connaissent actuellement le plein-emploi alors que le taux de chômage est de l'ordre de 5%. On peut chercher à réduire le taux de chômage naturel par une meilleure organisation des marchés du travail, ce que l'ANPE, par exemple, essaie de faire en France. Le chômage keynésien résulte des fluctuations conjoncturelles de l'activité économique auxquelles j'ai déjà fait allusion, que l'on appelle aussi le « cycle des affaires ». Ainsi; l'amélioration qui semble se confirmer actuellement en Europe devrait-elle s'accompagner d'une décrue mécanique du chômage, notamment en France. Le chômage structurel correspond à des « chocs » se traduisant par des modifications brutales de la structure de l'offre ou de la demande dans certaines catégories de compétences, par exemple en raison d'une immigration massive, comme en Israël après la chute de l'Union soviétique au début de la décennie. Dans de telles conditions, les forces sociales s'opposent à la réalisation à court terme d'un nouvel équilibre de marché, tout en admettant généralement un ajustement partiel des rémunérations qui réduit l'ampleur du déséquilibre. On a alors une combinaison de réactions, allant de l'apparition d'un chômage de longue durée au déversement de certaines catégories de compétences vers d'autres. Ainsi a-t-on vu en Israël des médecins d'origine russe, parfois très qualifiés, convertis en chauffeurs de taxis. Pareils déséquilibres sont résorbés sur des périodes plus ou moins longues, en réponse à une modification compensatrice de la structure du marché du travail, elle-même fonction des politiques mises en œuvre à cet effet. Une forme particulièrement importante de chômage structurel correspond au processus que Joseph Schumpeter (1883-1850) qualifiait de « destruction créatrice14 », où l'économie dans son ensemble connaît une mutation en raison de l'apparition d'un nouveau système technique (Bertrand Gille), comme cela aura été le cas dans le dernier quart du XX e siècle. Il en résulte une modification profonde des marchés des compétences, et comme en cette matière les ajustements sont toujours longs - de l'ordre d'une génération - le chômage structurel apparaît comme une forme extrême et durable du chômage classique, à laquelle on ne peut remédier qu'en modifiant progressivement l'offre des compétences et en adaptant les réglementations du travail aux nouvelles réalités. D'où, en particulier, l'importance de l'éducation et spécialement de la formation professionnelle, ou encore du développement du travail à temps partiel, du télétravail, etc. Incidemment, en raison de leur rigidité, des mesures comme la réduction massive et simultanée du temps de travail ou l'abaissement uniforme de l'âge de la retraite sont davantage des actions 13 R. Barre et F. Teulon, Economie politique, 2 vol. PUF, 1997. J. Schumpeter , Capitalisme, socialisme et démocratie, Payot, 1942 (pour la 1 ère édition anglaise), 1951 (pour la première édition française), Ch. VII. 14 6 idéologiques que des réponses réfléchies aux conditions prévisibles pour le siècle prochain. Mondialisation et chômage A ce stade, notons que la responsabilité de la mondialisation dans la réduction observée de la part de l'industrie dans le PIB des pays développés, et dans l'augmentation de la demande du travail qualifié par rapport au travail non qualifié, est probablement beaucoup plus faible que l’on ne le croit généralement. Tel est du moins le jugement de l'immense majorité des économistes professionnels reconnus par leurs pairs, il est vrai à quelques exceptions près, comme en France notre confrère Maurice Allais. Pour l'essentiel, en effet, le commerce international des pays industrialisés a lieu entre eux et il est majoritairement intrabranche. La part des importations de produits manufacturés en provenance des pays à croissance rapide d'Asie (dont la Chine) est de 7% pour l'Europe occidentale, 22% pour l'Afrique du Nord et 39% pour le Japon. Le classement de ces trois régions par taux de chômage est dans l'ordre inverse. Il faut aussi rappeler que, dans les pays dits « à bas salaires », les salaires réels augmentent très rapidement. Par exemple, le coût horaire total de la main-d’œuvre dans les usines Samsung est sensiblement le même au Royaume-Uni et en Corée (10 dollars en 1996). Dans les années 90, les coûts unitaires de main d'oeuvre (qui tiennent donc compte de la productivité) sont plus élevés en Corée qu'aux Etats-Unis. En fait, la part de l'industrie diminue, en raison d'une part des baisses de prix relatifs dues à l'augmentation de la productivité, d'autre part de la modification dans la structure de la demande, au profit des services. L'augmentation de la demande de travail qualifié par rapport au travail non qualifié est ainsi davantage la conséquence de la transformation du système technique et de la composition de la demande finale que du commerce international. Pour toutes ces questions, je renvoie par exemple à un petit livre de Paul Krugman, l'un des économistes américains les plus réputés de sa génération, publié en anglais sous le titre imagé de Pop internationalism et intitulé en français de façon plus neutre La mondialisation n'est pas coupable15. Selon le paradigme du marché , on ne peut donc éliminer le chômage structurel qu'en adaptant le marché du travail - ou les marchés des compétences - aux conditions de l'époque, et en se pliant, en définitive, aux rigueurs de la loi de l'offre et de la demande. S'agissant de la France, aujourd'hui, il ne faudrait pas reproduire l'erreur commise lors de la précédente reprise conjoncturelle à la fin des années 80, en n'en profitant pas pour effectuer les réformes structurelles sans lesquelles nous devons nous attendre à des lendemains douloureux. Une aversion française Malheureusement, les élites françaises n'ont pas suffisamment étudié et intériorisé le phénomène du marché. Sauf de trop rares exceptions, les intellectuels en vogue, philosophes ou sociologues en particulier, ignorent ou méprisent l'économie qu'ils considèrent comme une idéologie et non comme une science. Nos élites administratives apprennent le droit, et un peu la macroéconomie, considérée 7 comme une science de gouvernement, mais leurs connaissances en microéconomie, c'est-à-dire la science du marché, sont faibles. Notre pays a certes produit un petit nombre de grands économistes libéraux, internationalement reconnus, parmi lesquels François Quesnay (1694-1774) déjà cité, Jacques Turgot (1727-1781), Jean-Baptiste Say (1776-1832), Frédéric Bastiat (1801-1850) et plus près de nous Jacques Rueff (1896-1978), le talentueux et influent conseiller du général de Gaulle. Pendant longtemps, Maurice Allais a été considéré comme un champion du libéralisme. Il n'en reste pas moins que le libéralisme, même lorsqu'il n'est pas sauvage, a mauvaise presse en France. Les analyses de Tocqueville n'ont rien perdu de leur validité : les Français abhorrent les inégalités - du moins quand elles sont apparentes - et attendent tout de l'Etat, « la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». Ainsi écrivait Bastiat, moins pour exprimer un rejet idéologique de l'Etat que pour dénoncer une attitude effectivement trop répandue. Dans notre pays, la droite libérale est à peu près inexistante, et la tradition de gauche a le plus grand mal à s'affranchir de ses influences marxistes et keynésiennes. En conséquence, élection après élection, les partis formulent des programmes peu sérieux qu'ils doivent renier avec plus ou moins d'habileté une fois au pouvoir, provoquant des réactions variables chez leurs électeurs. En fait, économie de marché et justice sociale ne sont nullement antinomiques. Le bouclage du circuit qui connecte les trois pôles de la production des biens et services, de la distribution des revenus et de la dépense finale, peut se faire de multiples manières. Mais l'analyse économique enseigne qu'il y en a de bonnes et de mauvaises. Par exemple, la manipulation autoritaire des prix et des coûts engendre des inefficacités, c'est à dire une mauvaise utilisation des ressources, qui se traduisent souvent par un déséquilibre entre l'offre et la demande sur les marchés. Ainsi, en édictant au nom de la justice sociale des lois qui multiplient les obligations des propriétaires et les droits des locataires, on ne peut qu'aggraver à terme le problème du logement des plus démunis, alors qu'on avait l'inverse pour objectif. Voilà typiquement un exemple de ce que le grand sociologue et économiste Vilfredo Pareto appelait « action non logique du quatrième genre », c'est-à-dire le cas où le résultat d'une action en est la conséquence prévisible, mais contraire aux intentions de la personne agissante16. Dans le domaine de l'emploi, les actions non logiques sont particulièrement perverses. Par exemple, en augmentant artificiellement le coût du travail non qualifié, en maintenant des systèmes d'allocations chômage ou des réglementations des licenciements qui modifient dans le mauvais sens les conditions de l'offre et de la demande de travail, on aggrave le problème que l'on prétend résoudre. De même lorsque l’on maintient en l'état des statuts corporatistes, comme pour les ouvriers du livre et tant d'autres professions en France qui protègent ainsi leurs « acquis » aux dépens de travailleurs aussi ou mieux qualifiés, mais condamnés à rester à la porte. Trop souvent, on caricature la situation actuelle, comme s'il s'agissait de détruire l'Etat et la notion de service public ou de mettre à bas les systèmes de protection sociale (assurances maladie, retraites, droit du travail), bref de déshumaniser la société. La réalité est toute différente. La plupart des économistes ne sont pas des adeptes de 15 16 Paul Krugman, La mondialisation n'est pas coupable, La Découverte, 1998. R. Aron , Les Etapes de la pensée sociologique. Gallimard 1967 (section 1 du chapitre sur Pareto). 8 l'ultralibéralisme, et leur message n'est pas de nature idéologique. Ils se bornent à observer que, comme tout ce qui vit, l'Etat, le service public ou les systèmes de protection sociale doivent s'adapter. Vouloir que rien ne change au nom d'une sacralisation des « acquis sociaux » est une position intenable. Par une ironie du langage, les conservateurs absolus en la matière s'autoqualifient de « progressistes ». Des « vérités incomplètes » En fait, le combat pour la pétrification des acquis sociaux, et donc pour le refus des réformes, masque au moins partiellement des enjeux de pouvoir. Mais il faut aussi souligner l'aspect proprement intellectuel de l'immobilisme, qui tient à ce que la plupart des hommes se déterminent - en tout cas pour les sujets qu'ils ignorent - en fonction de ce que Bastiat appelait des « vérités incomplètes ». Et en effet, comme l'écrit encore cet auteur au début de ses célèbres Sophismes économiques, pour démontrer qu'une vérité est incomplète, il faut de longues et arides dissertations. Dites « Voici une machine qui a mis sur le pavé trente ouvriers », vous serez compris de tous, et chacun pourra avec vous en déduire que « les machines sont un mal ». « Mais" écrit Bastiat, nous ne pouvons nous en tenir à une cause et à son effet prochain. Nous savons que cet effet même devient cause à son tour. Pour juger une mesure, il faut donc que nous la suivions à travers l'enchaînement des résultats, jusqu'à l'effet définitif. Et puisqu'il faut lâcher le grand mot, nous sommes réduits à raisonner. » Par exemple, dans le cadre de la théorie élémentaire de l'offre et de la demande, on peut montrer à des débutants que, contrairement à l'intuition immédiate, les charges fiscales correspondant à une taxe proportionnelle au prix de vente d'un bien ou service ne sont généralement pas supportées en totalité par les demandeurs, et que, à la limite, elles peuvent se trouver entièrement à la charge des offreurs. En raisonnant, on peut aussi montrer que les dépenses publiques les mieux intentionnées peuvent avoir des effets pervers. En tout état de cause, il convient toujours d'envisager leur coût d'opportunité, c'est-à-dire de comparer les avantages ultimes qui en résultent à ceux d'emplois alternatifs des ressources ainsi consommées. Faute de se soumettre à la logique du marché, on multiplie les gadgets en subventionnant des créations d'emplois sans supprimer les causes du chômage classique ou structurel, sans même s'interroger sur les conséquences ultimes des distorsions supplémentaires introduites par ces aides et sans se poser de question sur leur coût d'opportunité. La science économique est avant tout une méthode de raisonnement. Ces raisonnements supposent des connaissances théoriques et empiriques, et donc des efforts pour les acquérir. Mais aussi de la finesse et de l'expérience, une pensée éprouvée dans le réel. Car cette discipline n'est pas la mécanique rationnelle. Sur ce point, le grand Léon Walras avait tort. Les statistiques et les modèles économiques aboutissent rarement à des conclusions qui s'imposent nécessairement à la raison. A cet égard, le rêve d'une partie de la profession dans les années soixante s'est évanoui. Dans notre pays, la pensée économique se heurte à l'idéologie égalitariste et jacobine. Trop souvent nos spécialistes les plus reconnus de la microéconomie se réfugient dans la théorie pure et hésitent de se prononcer sur les situations 9 concrètes en invoquant la trop grande complexité de la réalité. Schumpeter avait certes raison de dénoncer les applications « irresponsables » de la théorie aux problèmes pratiques, et de fait il arrive malheureusement parfois - d'ailleurs dans tous les domaines - que des scientifiques réputés cherchent à attirer sur eux l'attention du public et utilisent leur autorité pour asséner des propositions mal fondées. Mais, à l'inverse, une trop grande prudence, la peur de s'opposer à la tyrannie du « "politiquement correct » sont également coupables. J'ai cité plusieurs fois Frédéric Bastiat. Une fondation américaine, vouée à l'éducation économique, a récemment publié une nouvelle traduction de deux de ses principaux ouvrages17. Le préfacier, Henry Hazlitt, montre bien que le génie de cet auteur, insuffisamment connu de nos jours, tient dans sa méthode. Bastiat rappelle constamment que le but ultime de l'activité économique est la satisfaction des besoins humains et non le travail pour le travail. La plupart des erreurs de raisonnement en la matière résultent d'une concentration excessive sur le problème des producteurs pris individuellement. Pour le démontrer, l'auteur des sophismes utilise le procédé du raisonnement par l'absurde, en s'appuyant sur des petites histoires généralement savoureuses. Ainsi dans la célèbre pétition où « les marchands de chandelles, bougies, lampes, chandeliers, réverbères, mouchettes, éteignoirs, les producteurs de suif, huile, résine, alcool, et généralement de tout ce qui concerne l'éclairage » dénoncent l'intolérable concurrence du soleil et demandent à MM. les membres de la chambre des députés qu'il leur plaise « de faire une loi qui ordonne la fermeture de toutes fenêtres, lucarnes, abatjour, contrevents, volets, rideaux, vasistas, oeils-de-boeuf, stores, en un mot de toutes ouvertures, trous, fentes et fissures par lesquelles la lumière du soleil a coutume de pénétrer dans les maisons, au préjudice des belles industries dont nous nous flattons d'avoir doté le pays, qui ne saurait sans ingratitude nous abandonner aujourd'hui à une lutte si inégale ». Et de faire valoir l'immense activité qui résulterait de pareilles lois. Dans d'autres piécettes, Bastiat démontre l'absurdité du comportement des hommes qui se dotent à grands frais de moyens pour faciliter les communications, et dépensent ensuite des fortunes pour opposer des difficultés au transport des marchandises d'un pays à l'autre. De Bastiat à Viviane Forrester Je recommande à chacun de lire ou de relire Bastiat. D'une tout autre nature est le livre de Viviane Forrester, intitulé L'horreur économique, dont l'immense succès de librairie n'a pas suffisamment retenu l'attention en tant que fait social, expression d'une profonde inquiétude de la population française dans son ensemble 18. Que dit la romancière? Justement indignée par le phénomène du chômage, par la dégradation et la souffrance des personnes qui ne trouvent plus de place dans la société, elle remet au goût du jour la 17 Economic Sophisms et Economic Harmonies, publiés par The Foundation for Economic Education, Inc. Irvington on Hudson , New York, 1996 et 1997. Les oeuvres complètes de Bastiat en 7 volumes ont été publiées par Guillaumin et Cie, Libraires à Paris, entre 1854 et 1864. 18 Viviane Forrester. op. cit. 10 vulgate marxiste. L'essentiel de son propos consiste à dénoncer la « dictature » de l'économie de marché, dans laquelle elle ne voit que l'exploitation du plus grand nombre par une minorité de « profiteurs », en particulier les entreprises multinationales au service de qui, affirme-t-elle, se trouvent les organismes internationaux comme le FMI ou l'OCDE. L'auteur brosse une description caricaturale des marchés financiers qu'elle assimile à « un trafic où l'on achète et vend ce qui n'existe pas » et martelle des formules du genre « cette nouvelle forme d'économie n'investit plus, elle mise ». Indifférente aux déficits béants d'une entreprise comme la Société Nationale des Chemins de Fer, elle s'indigne qu'on prétende remettre en cause le statut de ses employés, et n'envisage pas que le maintien de conditions artificielles d'emploi dans certains secteurs puisse être la cause du chômage dans d'autres secteurs. L'auteur s'en prend, comme les gauchistes des années 60, à « l'indifférence occidentale à la mort lente du tiers monde ». Elle n'évoque pas le décollage de l'Asie et le redémarrage de l'Amérique Latine, dus à l'adoption par ces pays d'une stratégie de développement fondée sur l'économie de marché, après l'échec des tentatives fondées sur la planification bureaucratique. Elle n'a pas de mots assez durs pour condamner les économistes, en particulier Edmund Phelps et Gary Becker dont elle a picoré ici ou là des citations isolées de leur contexte analytique. Elle n'hésite pas à les considérer comme les inspirateurs d'un véritable génocide ! Elle dénonce, comme c'est la mode en France, la « pensée unique », mais on chercherait vainement sous sa plume le moindre raisonnement économique ou la moindre recommandation concrète. La citation suivante reflète bien sa pensée : « Pourquoi", écrit-elle, ne semble-t-on pas même envisager de s'adapter aux exigences de la mondialisation, en s'exerçant non pas à la subir, mais à s'en dégager ? Pourquoi ne pas chercher avant tout un mode de répartition et de survivance qui ne serait pas fonction d'une rémunération d'emploi ? Pourquoi ne pas chercher, ne pas exiger pour l'"emploi" de la vie - celle de l'ensemble humain - un autre sens que l'"emploi" de l'ensemble des individus par quelques uns, d'autant plus que cela même se révèle désormais impossible ? » Toujours revenir à Ricardo Je n'ai pas abordé directement, dans cet exposé, le thème de la mondialisation. Les échanges de biens et services, les mouvements de capitaux, les rapports monétaires internationaux doivent être organisés, comme tous les marchés. Cette tâche immense n'est jamais terminée puisque le monde change constamment. Mais il faut dénoncer la tendance toujours trop forte à imputer aux autres nos difficultés. Paul Krugman cite à ce sujet la parabole suivante présentée dans un manuel américain d'économie internationale publié en 1983, c'est-à-dire à une époque où les Etats-Unis étaient engagés dans un gigantesque effort d'adaptation19. « [L'auteur du manuel] imagine un entrepreneur se lançant dans une activité nouvelle grâce à l'utilisation d'une technologie secrète permettant de convertir du blé, du bois et d'autres matières premières américaines en biens de consommation à la fois de très bonne qualité et très bon marché. Cet entrepreneur devient un héros national ; quelques uns de ses concurrents américains sont certes touchés, mais tout le monde accepte ces quelques convulsions occasionnelles comme le prix à payer pour le bénéfice d'une économie de marché. Mais un journaliste 11 un peu fouineur découvre qu'en fait l'entreprise exporte le blé et le bois vers l'Asie où il achète des produits manufacturés ; il est alors dénoncé comme un imposteur et accusé de détruire des emplois américains. Le but de l'auteur est évidemment de démontrer que le commerce international est une activité comme les autres, comparable à un processus de production transformant les exportations en importations ». Cette parabole, digne de Bastiat, nous rappelle qu'en matière de commerce international, les gagnants se trouvent aussi bien dans le pays qui importe que ans celui qui exporte. « Dans cette dernière décennie du XX e siècle" écrit encore Krugman, ce sont toujours les raisonnements de Hume et de Ricardo qui devraient former l'essentiel de ce que l'on enseigne [aux étudiants] . C'est-à-dire qu'il faut leur apprendre que les déficits du commerce extérieur se corrigent d'eux-mêmes et que les bénéfices tirés du commerce international ne dépendent pas du fait qu'un pays possède un avantage absolu sur ses rivaux. » Ce n'est pas en érigeant des barrières douanières aux frontières de l'Europe que l'on résoudra les problèmes du chômage et de la protection sociale. Pour résoudre ces problèmes, il est nécessaire de se placer dans le cadre de l'économie de marché et donc de bien en comprendre la logique. Une meilleure éducation économique devrait contribuer à en renforcer la légitimité. Mais celle-ci restera incomplète tant que les citoyens ne percevront pas clairement qu'il est effectivement possible, dans ce cadre, de réhabiliter la protection sociale et plus généralement les actions collectives - notamment sur le plan culturel - sans lesquelles toute communauté se dissout. A cette fin, aucune tâche n'est plus importante que de faire travailler ensemble des économistes, des sociologues, des spécialistes du droit du travail et de la sécurité sociale, au sens large, pour élaborer des solutions où le marché apparaisse enfin compatible avec les principes de solidarité et de justice. Il faut aussi affronter lucidement la question du coût de la transition, afin que la dignité des personnes les plus durement affectées par ce passage d’un monde à l’autre soit préservée. Il y va d'ailleurs de l'intérêt de la société dans son ensemble, puisque sa stabilité est en jeu. Tout ce travail de réflexion et d'action doit être mené au niveau européen, comme nous y oblige la logique de la grande aventure commencée avec le traité de Rome et à laquelle le passage à l'euro vient de donner une impulsion considérable. En d'autres termes, il faut inventer un contenu substantiel et moderne pour l' « Europe sociale », dans laquelle nous devons voir un impératif catégorique, et non pas un vague appendice au marché et à la monnaie uniques. Dans ces e conditions, nous pourrons entrer avec confiance dans le XXI siècle. Thierry de Montbrial 19 P. Krugman, op. cit., Ch.7. : « Ce que tout étudiant doit savoir sur le commerce international ».