Staffing: Getting the Right Mix – A Nurses Union
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Staffing: Getting the Right Mix – A Nurses Union
Dotation en personnel : la bonne composition - perspective d’un syndicat infirmier 1. Introduction La Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers (FCSII) est ravie de pouvoir offrir son opinion au sujet du Cadre décisionnel de la composition du personnel pour des soins infirmiers de qualité (l’Association des infirmières et infirmiers du Canada, le Conseil canadien de réglementation des soins infirmiers auxiliaires et la Registered Psychiatric Nurses of Canada, 2012). Nous croyons que ce cadre décisionnel est un outil efficace pour déterminer les facteurs clés dont on doit tenir compte pour toute décision, fondée sur les principes, et relatif à la composition du personnel. Nous espérons qu’il contribuera à mettre en place davantage de procédures de dotation visant des soins optimaux aux patients, et des milieux de travail sains pour tous les travailleurs et les travailleuses de la santé. Il s’agit d’un des nombreux outils à la disposition des équipes de gestion. Ce qui importe le plus à la FCSII est un bon jumelage entre les besoins des patients et l’expertise du personnel dans le cadre d’un modèle continu qui, pour les patients, est sans interruption et sans danger. Cela dit, nous sommes particulièrement ravis de voir que ce cadre met de l’avant l’engagement du personnel de première ligne, élément essentiel pour réduire l’épuisement et le roulement du personnel, développer le leadership, et assurer que les décisions en matière de dotation reflètent les besoins liés aux soins des patients. Il est important de se rappeler que l’équilibre du budget n’est pas le seul objectif; nous devons toujours tenir compte des besoins des patients et des preuves de première ligne. 2. Ce que nous pensons de la composition du personnel La FCSII est une fédération regroupant les syndicats infirmiers provinciaux du pays. Certains de nos syndicats membres représentent seulement le personnel infirmier autorisé ou immatriculé (IA ou II), d’autres représentent les IA(II) et le personnel infirmier auxiliaire autorisé (IAA), ainsi que le personnel infirmier psychiatrique autorisé (IPA) dans certaines provinces de l’Ouest. Nos syndicats infirmiers savent très bien comment harmoniser les demandes concurrentielles de la communauté infirmière. Depuis longtemps, la FCSII rehausse la valeur des IA(II), IAA et IPA. Nous avons défendu l’étendue complète de leur champ d’activités afin que chaque catégorie d’infirmières ou d’infirmiers réglementés puissent assumer «… la gamme complète de rôles, responsabilités et fonctions pour lesquels ils ont été formés, pour lesquels ils sont compétents, et autorisés à assumer. »1 Tout comme l’AIIC, et les autres organisations infirmières provinciales et nationales, nous considérons toutes les catégories de soins infirmiers comme complémentaires, et nous croyons que les meilleurs résultats de santé dépendent d’une équipe de soins bien équilibrée. 1 White et al., Nursing Scope of Practice: Descriptions and Challenges. Nursing Leadership 21(1): 44-57 1 Se porter à la défense des droits de toutes les catégories d’infirmières et d’infirmiers ne se traduit pas nécessairement en conflit. Toutefois, la confusion quant au rôle est un grave problème si on tient compte des études. Les infirmières et les infirmiers eux-mêmes ont de la difficulté à préciser leur rôle, et cela engendre de la tension dans une équipe de soins.2 Nous savons aussi que le rythme rapide actuel dans nos milieux de travail ne facilite pas le travail d’équipe ou axé sur la collaboration. Les données sont claires : les connaissances, l’expertise et des niveaux adéquats de dotation doivent s’harmoniser à l’acuité des besoins des patients dans tous les établissements de soins. La substitution de personnel et des niveaux de dotation basés seulement sur des considérations financières, plutôt que sur des normes de pratiques, sont tout simplement dangereux. La FCSII ne représente pas les travailleurs de la santé non réglementés. Toutefois, elle reconnaît leur grande contribution à l’équipe de soins. Cette reconnaissance est particulièrement importante car ces travailleurs et travailleuses n’ont pas d’organisme fédéral de réglementation et, souvent, n’ont même pas de syndicat pour prendre leur défense. Toutefois, reconnaître leur valeur ne signifie pas que l’on accepte que ces personnes non réglementées remplacent le personnel infirmier. Il y a une différence entre l’élitisme et demander la reconnaissance que nous méritons. Il y a un bassin de preuves à l’appui de la valeur cruciale de la formation et de l’éducation du personnel infirmier. Harrington et al., par exemple, ont démontré que les résidants des établissements de soins de longue durée offrant un plus grand nombre d’heures de soins infirmiers par résidant et par jour, avaient de meilleurs résultats, notamment taux inférieur de mortalité, meilleur état nutritionnel, meilleur fonctionnement sur le plan physique et cognitif, taux moindre d’infections urinaires, moins de plaies de lit, et moins d’admissions à l’hôpital.3 Une étude marquante portant sur les soins directs aux patients, menée par Aiken et al. en 2010, met en relief le lien entre l’incidence d’effets adverses, dont la mortalité, et le ratio infirmièrepatients. En se basant sur les données d’un premier sondage mené auprès de 22 336 infirmières d’hôpitaux de la Californie, du New Jersey et de la Pennsylvanie, les auteurs estiment à 486 le nombre de vies qui auraient pu être sauvées au New Jersey et en Pennsylvanie, sur une période de deux ans, si ces États avaient eu les niveaux de dotation en personnel infirmier en vigueur en Californie.4 Nous reconnaissons l’importance d’un éventail adéquat de la composition du personnel. Toutefois, la FCSII croit aussi que les travailleurs et les travailleuses de la santé devraient avoir l’occasion de se perfectionner s’ils le désirent. Nous avons souvent demandé aux gouvernements et aux employeurs de promouvoir la formation continue et le développement professionnel, y compris des demandes adressées au gouvernement fédéral d’étendre le programme d’exonération de remboursement des prêts aux travailleurs de la santé qui retournent aux études pour améliorer leurs compétences. 3. Préoccupations et initiatives syndicales Les syndicats infirmiers du pays sont inquiets par rapport à la tendance des gouvernements et des employeurs de mettre en place des modèles de soins qui se traduisent subrepticement en postes 2 White et al. Nursing Leadership, vol 21(1) 2008 Harrington, C., O'Meara, J., Collier, E., & Schnelle, J. (2003, October). Nursing indicators of quality in nursing homes. Journal of Geronotological Nursing, 5-11. 4 Aiken, L., Sloane, D., Cimotti, J., Clarke, S., Flynn, L., Seago, J.A., Spetz, J., Smith, H. (2010). Implications of the California nurse staffing mandate for other states. Health Services Research 45: 904921 3 2 infirmiers éliminés au nom d’euphémismes tels « économies » ou, mieux encore, « optimisation du champ complet d’activités ». Certaines pratiques vont à l’encontre de l’abondance de données appuyant la valeur des soins infirmiers réglementés et, par conséquent, elles nuisent aux soins aux patients et à l’intégrité de l’équipe de soins. À l’Île-du-Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse, et dans certains milieux de travail de l’Ontario, les modèles de soins axés sur la collaboration ou les initiatives en matière de modèles de soins, ont servi de prétexte pour ne pas pourvoir les postes vacants de IA et IAA, et pour dépendre davantage des travailleurs de la santé non réglementés. Plusieurs syndicats infirmiers du pays ont bien qualifié cette approche en disant qu’il s’agit d’un manque d’appréciation de la valeur du personnel infirmier. C’est ce qu’ont appris les chercheurs du Syndicat des infirmières et infirmiers de Terre-Neuve-etLabrador (SIITNL), notamment que le public connaît mal les différences entre les IA(II), IAA, et les autres professionnels de la santé. Selon l’étude menée par le SIITNL, peu de membres du public étaient en mesure de faire la différence entre une IA(II) et d’autre personnel de soins. En se basant sur ces résultats, le syndicat a lancé son projet Clarity, une initiative pour sensibiliser davantage le public au rôle et à la valeur des IA(II). Le College of Registered Nurses de l’Alberta mène une recherche similaire. Le Syndicat des infirmières et infirmiers de la Nouvelle-Écosse se préoccupe aussi de la reconnaissance du personnel infirmier (IA ou II, IAA). Comme conséquence du modèle de soins adopté par le gouvernement, le personnel infirmier est maintenant remplacé par du personnel non réglementé. Puisque les travailleurs du secteur de la santé portent les mêmes vêtements, généralement des scrubs, le public ne se rend souvent pas compte du nombre décroissant de personnel infirmier. Cela s’avère particulièrement problématique à la lumière des données établissant un lien entre la dotation en personnel infirmier et les résultats des patients. Avec ces faits en mémoire, le syndicat a négocié, lors de la dernière ronde de négociations, un uniforme commun et distinct afin que l’on puisse reconnaître plus facilement le personnel infirmier réglementé, et sensibiliser le public à la diminution du nombre d’infirmières et d’infirmiers. En sus des différents modèles mis à l’essai, nous savons que des budgets d’austérité ont été adoptés dans plusieurs provinces. Cela signifie des réductions budgétaires ciblant les services de soins de santé malgré les preuves justifiant d’investir davantage pour répondre aux besoins croissants et aux attentes d’une population en croissance. Le climat actuel nous rappelle les budgets d’austérité des années 1990. En qualité de syndicats infirmiers, nous avons mis l’accent sur les données qui établissent un lien entre le personnel infirmier et de meilleurs résultats chez les patients et, ultimement, de meilleurs résultats par rapport aux budgets alloués à la santé. Après une longue lutte, nous avons gagné. Au cours de la dernière décennie, nous avons pu stopper le déclin du nombre d’infirmières et d’infirmiers. Maintenant, en 2012, nous devons encore défendre notre profession ainsi que la qualité et la sécurité des soins. Cette fois-ci, nous avons encore plus de preuves à l’appui de nos arguments. En plus d’intervenir et de réagir quotidiennement par rapport aux compressions, la FCSII amorce une étude portant sur la dotation sécuritaire en personnel dans le but d’élaborer des politiques reflétant les pratiques exemplaires. Les conséquences de milieux de travail poussés au-delà des limites sont bien connues : haut degré de fatigue chez le personnel infirmier, absentéisme, blessures, épuisement, roulement de personnel, et impact négatif, bien documenté, sur les patients. La surcapacité, soit l’utilisation des services de santé au-delà des limites prévues, est un autre symptôme d’une mauvaise planification. Une mauvaise planification peut aussi signifier 3 nombre insuffisant de personnel, plans de dotation inadéquats, utilisation courante et excessive des heures supplémentaires, et milieux de travail inférieurs aux normes avec manque d’espace et d’équipements. Ces lacunes en matière de planification, et leurs conséquences très négatives, sont devenues la nouvelle norme internationale dans les établissements de santé. Elles engendrent des défis importants pour le personnel infirmier, affectent négativement la qualité de leur milieu de travail et, finalement, la qualité des soins qu’ils peuvent dispenser aux patients. Pernicieusement, elles augmentent les coûts plutôt que les réduire. Toutes ces conséquences alimentent et ne font que renforcer les problèmes à la source. Un haut taux de roulement, par exemple, diminue la productivité, exerce de la pression sur le milieu de travail, et crée un cycle de défis en matière de maintien en poste du personnel. Malgré la reconnaissance générale de la nature cyclique des problèmes liés au maintien en poste, peu de mesures concrètes ont été prises pour les régler. Dans son énoncé de position de 2009, l’Association des infirmières et infirmiers du Canada établit le bien-fondé de solutions à l’échelle du système pour régler les problèmes liés à la charge de travail, plutôt que les mesures à court terme, par exemple mettre des lits dans les couloirs ou augmenter les heures supplémentaires du personnel infirmier déjà poussé à sa limite. La FCSII a élaboré un rapport sur la dotation sécuritaire et propose des solutions à l’échelle du système. Le rapport tient compte de la littérature portant sur cette question et met à contribution le personnel infirmier de première ligne et les universitaires et les décideurs chefs de file. Le rapport de la FCSII explore les problèmes liés à la charge de travail en gardant l’œil sur les répercussions sur la vie au travail du personnel infirmier, la sécurité des patients, et les résultats des patients. Les problèmes étant clairement établis, le rapport met l’accent sur les solutions potentielles, par exemple la mise en place de ratios infirmière-patients, et de plans plus nuancés de dotation comme le modèle synergie. Le cadre décisionnel relatif à la composition du personnel, présenté par l’Association des infirmières et infirmiers du Canada, ainsi que le rapport de la FCSII sont, ensemble, des outils importants pour aider les équipes de première ligne à planifier plus sensiblement en fonction de l’expertise du personnel et des données probantes. Qu’importe si nous parlons de cadre décisionnel relatif à la composition du personnel, de modèles de soins ou de ratios infirmière-patients, nous devons être conscients, en qualité de professionnels de la santé, qu’il s’agit de pièces différentes d’un casse-tête complexe entourant un être humain très complexe, notamment notre patient. Ce patient a plusieurs caractéristiques individuelles et reçoit probablement des soins dans une variété de contextes. Il est essentiel de reconnaître que l’infirmière de première ligne, et l’équipe de soins, sont au centre et à la base des soins qui seront prodigués au patient. Cette reconnaissance se fait d’abord en démontrant du respect pour le jugement professionnel et l’expérience du personnel infirmier de première ligne, et en étant confiants que, s’ils ont l’occasion, le temps et un financement suffisant, ils feront tout ce qu’ils peuvent pour offrir des soins d’excellence. 4