La Chanson de Craonne
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La Chanson de Craonne
La Chanson de Craonne Auteur : anonyme (poilus) Epoque : 1915-1918 Genre : chanson contestataire Contexte historique : C'est une parodie d’un air très à la mode en 1911, Bonsoir M’amour. Sa simplicité en fait une chanson idéale pour adapter d'autres paroles, ici liées à la Grande Guerre et écrites par des poilus. Le texte se modifie au gré du conflit, mais apparaît dans les écrits des soldats dès 1915. Il se stabilise définitivement en 1917 après le massacre du Chemin des Dames, mais exprime en fait un ras-le-bol général qui couvait depuis plusieurs années. Les mutineries de 1917 ont sans doute influencé le choix du titre final, Chanson de Craonne (village détruit de Picardie), car l'offensive vouée à l'échec mais tout de même orchestrée par le Général Nivelle provoqua des réactions très amères. -> De quelle manière les hommes ont-ils exprimé leurs sentiments à l'issue de la Première Guerre Mondiale ? Analyse de la version interprétée par Marc Ogeret - dans le style de l'époque Décalage entre le texte original, naïf et simplet, et les textes des poilus -> devient une plainte douloureuse, grinçante et pleine de colère. Le texte évoque au fil des couplets le quotidien et l'état d'esprit des poilus : - Ils rentrent de perm à reculons, car ils savent qu’ils seront vite renvoyés au front ; « Et le cœur bien gros, comme dans un sanglot, on dit adieu aux civ'lots » - Mais ils sont résignés et vont tout de même remplir leur devoir ; « Même sans tambour, même sans trompette, on s’en va là-haut en baissant la tête » - L'impatience et l'espoir d'être vite remplacés obsèdent les poilus au quotidien ; « Pourtant on a l’espérance que ce soir viendra la r’lève que nous attendons sans trêve » - Au fur et à mesure de l'enlisement du conflit, un sentiment d'injustice gagne les rangs : les poilus reprochent aux riches de rester à l'abri. Ils les accusent de continuer à vivre normalement, sans être inquiétés de quoique ce soit, pendant qu'eux se battent pour défendre leur patrie : « Si pour eux la vie est rose, pour nous c’est pas la même chose Au lieu d’se cacher, tous ces embusqués f’raient mieux d’monter aux tranchées (...) » Le refrain montre l’état de désespérance dans lequel se trouvent les poilus, convaincus d’être sacrifiés pour une cause qui les dépasse. Le vocabulaire employé traduit l’incompréhension qui gagne les rangs et qui poussera les poilus à se mutiner, prenant ainsi le risque d'être fusillés. « guerre infâme ; laisser sa peau ; condamnés ; on crève » « Mais c’est fini car les trouffions vont tous se mettre en grève (…) Car si vous voulez faire la guerre, payez-la de votre peau ! » L'air et le rythme de la version originale, Bonsoir M'amour, ont été parfaitement conservés. C'est une valse lente typique des chansons très à la mode au début du XXè siècle. L'accompagnement était généralement assuré par l'accordéon, comme dans cette version. Dans les couplets, il suit le rythme des phrases par des notes longues et plaintives. Le rythme de la valse est peu marqué -> ambiance sombre. Le ralenti à la fin du couplet accentue le sentiment de résignation. Dans le refrain, on reconnaît davantage le rythme de la valse car l’accordéon joue un contrechant* entraînant (mélodie secondaire), mais le tempo reste lent -> accentue le côté révolté des paroles. Conclusion : Aujourd’hui, la Chanson de Craonne est devenue l'une des chansons emblématiques de la Première Guerre Mondiale. Le contraste entre l’original et sa parodie très critique, écrite par les soldats eux mêmes, a sans doute contribué à accentuer le malaise général qui régnait à cette époque. Avec les Lettres de Poilus et La Butte Rouge, elle constitue sans doute l’un des témoignages les plus authentiques de la Grande Guerre. © fiche réalisée par G. Métrich - collège Gaston Bachelard 2013/2014 - HdA 3è
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