Responsabilité conjointe et performance des groupes de crédit 1

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Responsabilité conjointe et performance des groupes de crédit 1
Responsabilité conjointe et performance
des groupes de crédit1
Léandre BASSOLE*
C.E.R.D.I – Université d’Auvergne
Janvier 2004
Résumé
Cet article analyse les effets des déterminants de la co-responsabilité sur la
performance des groupes de crédit à partir des données issues du MRFC2 au Malawi. Malgré
les effets positifs de la surveillance et de l’entraide mutuelle, de la pression des pairs sur la
probabilité de remboursement des groupes, le MRFC présentait un taux de recouvrement de
plus en plus faible. Nos résultats nous ont permis de comprendre que la principale raison de
cette décroissance était l’existence d’un comportement de défaillance stratégique des
emprunteurs. Ce papier représente la première justification économétrique d’un tel
comportement dans les groupes de crédit, qui trouve son essence dans les règles mêmes qui
fondent le mécanisme de co-responsabilité – la perte de l’accès au crédit futur de tout le
groupe si au moins un membre est défaillant. Face à cela, nous préconisons dans ce papier le
relâchement de cette règle afin de protéger les bons emprunteurs.
Mots clés : Sélection Adverse, Hasard Moral, Défaillance stratégique
*
1
Doctorant
C.E.R.D.I-Université d’Auvergne
65 Boulevard François Mitterrand,
63000 Clermont Ferrand, France
Tel : 04 73 17 74 00
Fax : 04 73 17 74 28
Email : L.Bassole @cerdi.u-clermont1.fr
Ce papier est issu de mon Mémoire de DEA soutenu en Septembre 2003. Tous mes remerciements au
Professeur Jean-Louis ARCAND et au Docteur Aliou DIAGNE pour leur critiques et commentaires pertinents.
Je remercie également Aurélien BEKO, Issa FAYE, Thierno DEME, Fousseini TRAORE, Paul GYSELINCK
pour leurs observations.
2
MRFC : Malawi Rural Finance Company, créé en 1994.
INTRODUCTION
Dans son Rapport sur le développement dans le monde 2000/2001, consacré à la
pauvreté3, la Banque mondiale relève que "sur les 6 milliards d'
habitants de la planète, 2.8
milliards, soit presque la moitié, disposent de moins de 2 dollars par jour pour vivre, et 1.2
milliards ont moins de 1 dollar….la population va encore augmenter de 2 milliards de
personnes, dont 1.94 milliards dans les pays en développement, au cours des 25 prochaines
années". Le constat dans la grande majorité des pays en développement, montre que les
politiques économiques et sociales mises en œuvre n'
ont pas permis d'
améliorer de manière
significative les conditions de vie des populations, particulièrement dans les zones rurales.
En effet, pour réduire la pauvreté, de nombreuses interventions sont possibles.
Cependant, l'
un des principaux obstacles à une participation accrue des plus défavorisés au
développement économique dans les pays du sud est leur difficulté à accéder à des ressources
financières. La majorité des populations du Sud n’intéresse pas le secteur bancaire classique.
En Afrique, par exemple, 90% de la population, voire 100% en milieu rural, n’ont pas accès
aux services financiers des banques (Gentil et Servet, 2002). Cela n’est pas le résultat d’une
malignité particulière, d’une volonté d’exclusion, mais provient du fait que effectuer ce
service n’est pas rentable financièrement pour une banque soumise à des contraintes de
rentabilité immédiate et à certains ratios prudentiels. En effet, du fait de leur niveau de
pauvreté assez élevé, il leur est difficile voire impossible de donner une garantie matérielle
dont la valeur permettra de couvrir le prêt en cas de problème de remboursement. A cela
s’ajoute, l’impossibilité de la banque de sanctionner l’emprunteur au delà de la perte de
l’accès au crédit, car des sanctions supplémentaires engendraient des coûts plus importants
que la valeur réelle du prêt. Enfin, les coûts de transactions individuels de ces prêts de petite
taille sont très élevés pour les banques commerciales.
D’où l’émergence de la microfinance, qui apparaît comme un secteur intermédiaire
pouvant satisfaire les besoins importants de services financiers pour la majorité de ceux qui
n’ont pas d’accès réel au secteur bancaire. La microfinance s’est développé en tant que
3
La pauvreté est un phénomène complexe et multidimensionnel et lutter contre elle suppose de bien comprendre au
préalable ses caractéristiques et de distinguer ses manifestations de ses causes profondes. Le concept de pauvreté ne fait pas
l'
objet d'
une définition unique malgré l'
abondante littérature sur le sujet (Lipton et Ravallion, 1996). Elle peut se définir
comme un état de privation à long terme de bien-être jugé inadéquat pour vivre décemment. La pauvreté est donc synonyme
de carence. Elle est fonction d’un manque connu face à des besoins que l’on peut identifier.
-2-
approche du développement économique qui s’intéresse spécifiquement aux populations a
faible revenu. Les services financiers comprennent généralement l’épargne et le crédit. Audelà de leur fonction d’intermédiaire financier, un grand nombre d’institution de microfinance
(IMFs) jouent un rôle d’intermédiation sociale a travers le groupement de personnes, le
renforcement de la confiance en soi, la formation dans le domaine financier et la gestion des
compétences au sein d’un groupe.
Mais il est intéressant de savoir comment les IMFs font-elles face aux problèmes
précités qui empêchent l’accès des populations pauvres aux prêts des banques commerciales
classiques ? Quel est le mécanisme d’offre de crédit qui facilite l’accès de ces populations aux
prêts des IMFs ?
Au lieu de faire des prêts individuels, la plus part des IMFs dans les pays en voie de
développement choisissent de prêter à des groupes de personnes pauvres qui sont
conjointement responsables du prêt octroyé au groupe. Chaque membre du groupe reçoit un
prêt, de façon individuelle, à la condition d’accepter la responsabilité du remboursement des
crédits accordés aux autres membres s’ils refusent ou se révèlent incapables de rembourser
par eux-mêmes. Si le groupe n’arrive pas à rembourser totalement les prêts offerts aux
membres, il est pénalisé et perd l’accès au crédit futur. Ce choix de crédit de groupe avec
co-responsabilité permet de pallier aux problèmes que rencontre les banques commerciales
pour plusieurs raisons. Le crédit de groupe4 utilise le capital social au sein des communautés
rurales ou urbaines pour avoir des informations sur les emprunteurs, ce qui lui confère la
capacité de réduire les problèmes d’asymétrie informationnelle que rencontrerait
l’institution de micro-crédit ou les banques classiques dans le cas d’un prêt individuel. Selon
Narajan et Pritchett (1999), le capital social renvoie à une association d’activité qui conduit à
moins d’information imparfaite et à des coûts de transactions faibles, entraînant ainsi un bon
niveau de production au sein de la communauté. Ce capital social permet une meilleure
circulation de l’information entre le prêteur et l’emprunteur et réduit, donc, les problèmes de
sélection adverse et de hasard moral dans le marché de crédit. A partir de ce capital social,
le crédit de groupe devient une garantie de remboursement pour le prêteur.
Au sein du crédit de groupe avec co-responsabilité, pour faire face à la sélection
adverse, la formation du groupe revient aux membres, ce qui permet l’utilisation de
l’information locale afin de connaître le type (niveau de risque) de chaque emprunteurs. Cette
4
Le crédit de groupe ne permet pas seulement l’accès des pauvres au crédit afin de pouvoir financer des activités
génératrices de revenus, mais est un facteur de cohésion sociale dans les communauté rurales (Rhyne et Otero,
1994 ; Bhatt et Tang, 1998).
-3-
auto sélection peut aboutir soit à des groupes homogènes de même type (Ghatak, 1999), soit
à des groupes hétérogènes et homogènes (Sadoulet et Carpenter, 2001). Après la signature du
contrat, pour éviter un comportement opportuniste, c'
est-à-dire pour réduire le hasard moral,
la responsabilité conjointe au sein du groupe autorise une surveillance mutuelle et une
pression des pairs afin que les membres respectent leur contrat (Stiglitz, 1990 ; Besley et
Coate, 1995 ; Diagne, 1998). Enfin, la responsabilité conjointe rend possible des actions
d’entraide mutuelle auprès des membres qui ont des problèmes de remboursement. Ces
différents facteurs de la co-responsabilité permettent d’améliorer la performance des groupes
en matière de remboursement, ce qui pérennise l’activité de crédit et lui confère la capacité de
pouvoir réduire la pauvreté de façon dynamique.
De récentes études théoriques (Morduch, 1999, pour une excellente vue d’ensemble)
ont montré que les principes qui sous tendent le mécanisme de crédit de groupe avec coresponsabilité aboutissent à une performance très importante en matière de remboursement.
L’intérêt accordé au crédit de groupe s’explique en grande partie par le succès du programme
de crédit mis en place par la Gramen Bank5 du Bangladesh, qui a ensuite été fréquemment
imité par ailleurs. Selon Pitt et Khander (1995), les programmes de prêts de groupe avec coresponsabilité ont été mis en place de façon relativement satisfaisante au Cameroun, en Corée
du Sud, en Malaisie et au Bangladesh. Dans ces pays, les taux de remboursement des groupes
de crédits à voisine les 95%. Mais, des systèmes similaires d’offre de crédit aux populations
pauvres ont rencontré de nombreuses difficultés de remboursement en Inde, en Egypte, au
Venezuela, au Kenya et au Lesotho, au Malawi.
En effet, la Compagnie Financière Rurale du Malawi (MRFC)6 a dupliqué le principe
de crédit de groupe avec co-responsabilité dans ses programmes de crédits en zone rurale.
Mais, malgré l’utilisation de cette méthode d’octroi du crédit jugée efficace, les taux de
remboursement des groupes ne correspondent pas aux objectifs escomptés. En effet, depuis sa
création en 1994, les taux de remboursement des programmes de crédits du MRFC suivent
une tendance décroissante importante (89% en 1995 à 70% en 1998). Au vue de cette
situation, il est opportun de s’interroger sur les raisons de cette non performance. Cela nous
conduit à savoir :
•
Quels ont été les effets des facteurs de la co-responsabilité sur le comportement des
groupes de crédit du MRFC ?
5
Pitt et Khander (1995), Hashemi et Schuler (1997),Hossain (1998) présentent une description plus détaillée et
une évaluation empirique de la Gramen Bank du Bangladesh.
6
MRFC est le sigle anglais que nous adopterons dans la suite de ce rapport.
-4-
•
Quelle est la principale raison de cette décroissance du taux de remboursement ?
•
Existerait-il une alternative à la co-responsabilité dans le crédit de groupe ?
C'
est tenté de répondre à ces interrogations, que nous nous sommes investis de la mission
d'
appréhender et d'
analyser la co-responsabilité dans le crédit de groupe. Au vue de
l’importance des questions, nous analyserons dans une première section les arguments
théoriques et empiriques sur la co-responsabilité et la performance du crédit de groupe en
matière de remboursement. Dans une seconde section, nous présenterons nos données, ce qui
nous permettra de tester les effets des facteurs de la co-responsabilité afin de pourvoir
confirmer ou infirmer notre analyse théorique.
Section 1 : Arguments théoriques et empiriques sur la co-responsabilité
1. La co-responsabilité dans le crédit de groupe
L’existence d’asymétrie d’information est devenue une hypothèse cruciale dans les
analyses modernes du fonctionnement du marché de crédit. On parle de sélection adverse7
quand certaines caractéristiques de l’emprunteur ne sont pas parfaitement connues du prêteur,
mais affectent sa probabilité de remboursement du crédit. Les modèles de référence de la
littérature supposent, par exemple, que les emprunteurs ont une information privée qui
concerne soit leurs caractéristiques intrinsèques (Jaffee et Russel, 1976), soit les
caractéristiques de leurs projets d’investissement (Stiglitz et Weiss, 1981).
Dans un contrat de micro-crédit, le prêteur peut faire face à ce problème d’asymétrie
d’information en offrant un lot de contrats avec des termes différents, qui lui permet de
séparer les bons emprunteurs des mauvais. Cette méthode est basée sur la garantie matérielle,
mais ce mécanisme de contrat ne peut réussir à différencier les emprunteurs car ces derniers
ne peuvent pas gager des biens d’une grande valeur, du fait de leur situation de pauvreté. Face
à ce problème, dans le mécanisme de crédit de groupe, le prêteur arrive à réduire, voire à
éliminer la sélection adverse, tout en déléguant la formation du groupe aux membres (figure
1). Ce principe d’auto-sélection utilise l’information locale privée, à laquelle le prêteur ne
pouvait pas accéder (ou du moins non sans coûts) pour différencier les types des emprunteurs.
Hoff et Stiglitz (1990), Khander (1998) ont montré que les emprunteurs détiennent assez
d’information sur leurs partenaires et sur la structure du marché du crédit de leur localité. De
7
On emploie parfois le termes d’antisélection pour désigner la sélection adverse.
-5-
ce fait, le crédit de groupe avec la co-responsabilité permet la formation de groupes où tous
les membres ont une parfaite information sur les caractéristiques de leurs partenaires (le
risque du projet, le niveau de solvabilité, etc.), ce qui donne des groupes homogènes (Varian,
1990 ; Devereux et Fishe, 1993 ; Van Tassel, 1999 ; Ghatak, 1999 ; Ghatak et Guinnane,
1999 ; Kritikos et Vigenina, 2003).
Une fois que le prêt a été octroyé, le rendement du projet dépend de l’action de
l’emprunteur, de son comportement, de son effort de travail. De façon classique, on
s’attendrait à ce que l’emprunteur choisisse des actions qui égalisent le bénéfice marginal au
coût marginal, mais en situation d’asymétrie informationnelle cette prévision du choix de
l’emprunteur ne se réalise pas (Ghatak et Guinnane, 1999). Pour Ghatak et Guinnane, dans un
contrat sans garantie, l’emprunteur et le prêteur n’ont pas le même objectif car l’emprunteur
n’internalise pas entièrement les coûts d’échec du projet, donc il peut entreprendre des actions
qui risquent de faire échouer le projet financé par le prêt. On parle alors de hasard moral.
Figure 1 : Dynamique du Contrat de Crédit de Groupe
Signature
du contrat
Echéance
du contrat
Temps
Sélection Adverse
L’auto-sélection
Hasard moral
ex-ante
Surveillance
mutuelle
Hasard moral
ex-post
Pression
des pairs
Source : Auteur
Dans la dynamique du contrat de crédit, nous avons deux types de hasard moral
(Conning, 2000 ; Rodrìguez-Meza, 2000) : le hasard ex-ante et le hasard moral ex-post (voir
figure 1). Le hasard moral ex-ante peut apparaître avant l’échéance du contrat, dans la mesure
où un ou plusieurs membres du groupe pourraient soit utiliser le prêt à d’autres fins, soit ne
pas allouer un effort de travail optimal pour la réussite du projet. Ce type de hasard moral est
-6-
expliqué par le fait que l’information que le prêteur obtient concernant les actions et le niveau
d’effort potentiel des emprunteurs (après la signature du contrat), est imparfaite. Pour faire
face à ce problème de comportement opportuniste, le prêteur peut procéder à une surveillance
des emprunteurs après que le crédit soit octroyé. Mais la présence d’asymétrie
informationnelle rend cette surveillance très coûteuse. Alors, par le mécanisme de crédit de
groupe avec co-responsabilité, le prêteur délègue cette surveillance aux membres même du
groupe car ces derniers sont supposés avoir une information parfaite sur leurs pairs. Pour
Stiglitz (1990), Banerjee et al.(1994), Madajewicz (1997), Conning (1999), Armendàriz de
Aghion (1999), Conning (2000), la co-responsabilité au sein du groupe améliore la
surveillance mutuelle des membres, afin que tous choisissent des projets sûrs qui permettront
d’améliorer la performance du groupe. En sachant que le groupe perd l’accès au crédit futur si
au moins un membre est défaillant, des efforts de contrôle mutuel sont exercés par les
membres afin d’obtenir un signal concernant l’effort de production de leurs pairs. On peut
alors dire que le crédit futur représente une incitation dynamique pour le groupe qui amplifie
la surveillance des pairs.
On parle de hasard moral ex-post lorsque à l’échéance certains membres ne peuvent
pas (échec du projet), ou décident volontairement de ne pas rembourser le prêt. En effet, le
problème d’aléa moral ex-post s’expliquerait par le fait que le résultat du projet financé est
une information privée. Le prêteur donc est incapable de savoir si l’échec est dû à des raisons
légitimes, telle que des chocs idiosynchratiques, ou au comportement stratégique de
l’emprunteur. Une fois de plus, la co-responsabilité dans le crédit de groupe permet de pallier
à ce problème, car du fait de leur proximité, les membres du groupe ont une position
privilégiée pour obtenir des informations concernant les activités de leurs pairs, permettre une
surveillance efficace des actions entreprises et même exercer des pressions pour obliger
certains membres à respecter leur contrat (Bowles, Carpenter et Gintis, 2001). Floro et
Yotopolous (1991), Besley et Coate (1995) ; Wydick (1996) ; Diagne (1997) et Impavido
(1998) soutiennent que la pression des pairs induite toujours par l’incitation dynamique de la
co-responsabilité permet de réduire le hasard moral ex-post.
On vient de constater que la co-responsabilité dans le crédit de groupe permet de
limiter les problèmes d’asymétrie informationnelle (sélection adverse et hasard moral), mais
on remarque aussi que (données quelques chiffres) les groupes n’ont pas une performance
aussi élevée comme le prévoit la théorie. Il convient alors de se demander en quoi la coresponsabilité n’améliorerait pas le taux de remboursement.
-7-
2. Le problème de défaut stratégique
Le problème de défaut stratégique a été analysé par Diagne (1998) et Besley et Coate
(1995). En effet, la défaillance stratégique, se définit par l’absence de volonté de la part de
l’emprunteur de respecter son contrat malgré la réussite de son projet.
Besley et Coate (1995) constatent un effet négatif de la co-responsabilité sur le niveau
de remboursement, dû à la défaillance stratégique de certains membres afin de ne pas
supporter le remboursement d’un autre partenaire défaillant, ce qui entraîne la défaillance de
tout le groupe. Ces auteurs conçoivent un modèle de théorie des jeux avec deux emprunteurs
homogènes au sein d’un groupe, où le choix ne porte pas sur le type du projet mais sur la
volonté de rembourser ou pas son emprunt. Le modèle prévoit une sanction8 au(x) membre(s)
défaillant(s) appliquée par le préteur. En effet, l’emprunteur maximise son utilité (lorsqu’il
rembourse) par rapport à deux contraintes : l’information sur le choix possible de son
partenaire et le montant de la sanction infligée par le prêteur. Pour un emprunteur dont le
projet réussit, si le projet de son partenaire ne réussit pas et que la sanction est inférieure au
remboursement, il va choisir de ne pas rembourser sa part et le groupe sera défaillant. On
remarque que l’élément principal qui occasionne cette défaillance stratégique est le fait de
devoir payer pour son partenaire, ce qui est l’essence même de la co-responsabilité. Le
modèle montre qu’en présence de co-responsabilité les emprunteurs peuvent choisir
volontairement de ne pas respecter leur contrat afin d’éviter de venir en aide à leur partenaire.
Diagne (1998) analyse la défaillance stratégique dans une optique totalement
différente de Besley et Coate (1995). Jusqu’à présent, toutes les analyses théoriques que nous
avons expliquées mettent l’accent sur l’avantage d’information que possèdent les membres du
groupe par rapport au prêteur, c'
est-à-dire une asymétrie informationnelle entre le groupe et
l’institution de microfinance, ce qui procure un avantage au groupe pour la sélection,
l’examen des types, la surveillance mutuelle et la pression des pairs (Stiglitz, 1990 ; Varian,
1990 ; Ghatak, 1999, etc.). Le respect du contrat de façon individuelle est cautionné par la
réussite du projet financé (Besley et Coate, 1995). En effet pour Diagne (1998), la défaillance
stratégique est due à l’existence d’une autre forme d’asymétrie informationnelle jusque là pas
encore analysée dans la théorie économique sur le crédit de groupe. Il s’agit de l’information
8
Y la production issue des projets financés. Le prêteur impose une pénalité en cas de défaillance d’un
membre de co (Y ) . Il est supposé que co (Y ) < Y et co′ (Y ) > 0 : le niveau de la pénalité augmente avec
Soit
la production mais reste toujours inférieure à cette dernière.
-8-
imparfaite et asymétrique entre les membres au sein du groupe concernant la volonté de
rembourser de leur partenaire. Il considère que la principale raison de défaillance dans le
crédit de groupe n’est pas l’incapacité, mais l’absence de volonté à rembourser le crédit. Le
fait que l’information sur la volonté à rembourser est privée, les membres du groupe ne sont
pas sûrs des intentions de remboursement de leurs pairs, même s’ils ont une parfaite
information sur leurs capacités à rembourser. Si un membre n’accorde pas d’importance pour
le crédit futur et s’il a des doutes sur la volonté de rembourser d’au moins un partenaire au
sein du groupe, il est optimal pour lui de ne pas respecter son contrat. Car s’il rembourse sa
part r et qu’au moins un membre est défaillant et que la pression des pairs n’a pas eu d’effet
positif, tout le groupe est considéré comme défaillant et son utilité se retrouve réduite de
U ( r ) . Par contre s’il décide de ne pas rembourser, il perd toujours le crédit futur, mais cette
fois-ci son utilité est intacte, ce qui est optimal pour lui. A la différence de Besley et Coate
(1995), l’élément capital qui entraîne la défaillance stratégique ici est l’absence d’importance
pour le crédit futur. Or, l’accès au crédit futur est une incitation utilisée dans le crédit de
groupe avec co-responsabilité pour encourager au remboursement. Ces deux études montrent
clairement que l’inefficacité de la co-responsabilité à améliorer la performance du groupe
réside dans les règles- mêmes qui la fondent.
3. Etudes empiriques sur la co-responsabilité dans le crédit de groupe
Bien qu’il existe plus d’études théoriques sur le mécanisme de crédit de groupe que
d’études empiriques, la plupart des hypothèses théoriques ont été déjà testées.
Wenner (1995) utilise des données sur 25 groupes de crédit de FINCA au Costa Rica pour
étudier la validité et l’efficacité du crédit de groupe comme un moyen d’avoir l’information
sur la solvabilité de l’emprunteur. Son étude permet de constater que les groupes qui utilisent
les mécanismes de sélection formelle en co-responsabilité, basés sur des informations privées
auxquelles les prêteurs n’ont pas accès, et des règlements internes (code écrit), ont une bonne
performance en matière de remboursement. L’efficacité de l’auto-sélection a été analysée et
prouvée aussi par Zeller (1998). Par rapport aux groupes formés par les agents de crédit,
Sharma et Zeller (1996) montrent que les groupes auto formés sont plus efficaces en terme de
remboursement.
Wydick (1999) analyse l’effet de la cohésion sociale sur la performance des
groupes de crédit en termes de réduction de hasard moral, d’amélioration du remboursement.
-9-
Son étude lui permet de constater que la surveillance mutuelle améliore la performance des
groupes en zone urbaine alors que la pression des pairs améliore le taux de remboursement
des groupes en zone rurale. Hauge (1998) constate à partir des groupes de crédits agricoles en
zone rurale au Chili, que la cohésion et la maturité du groupe en présence de co-responsabilité
permettent d’avoir un bon taux de remboursement.
Loin de rejeter le mécanisme de crédit de groupe avec co-responsabilité, Diagne,
Chimombo et Mataya (2000) montrent à partir d’une analyse de statistique descriptive sur des
groupes au Malawi que la surveillance mutuelle, la pression des pairs et la co-responsabilité
ont un effet faible, voire négatif sur la performance des groupes en matière de remboursement
du prêt. Bien avant eux, Matienzo (1978), Hulme (1995) et Sprodofsky (1995) avaient
constaté que la pression des pairs n’avait aucun effet sur la performance d’un groupe de crédit.
En effet pour Diagne, Chimombo et Mataya (2000), le facteur qui motive le plus au
remboursement au sein du groupe est la valeur relative que les membres associent à l’accès au
crédit futur. L’accès au crédit futur, qui est de taille plus élevée, est une incitation dynamique
que la plupart des institutions de microfinance utilisent pour encourager au remboursement.
C’est en cela que pour Sharma et Zeller (1996), le rationnement du crédit a un effet positif sur
le remboursement. Mais cette incitation dynamique n’est pas toujours vérifiée. Kritikos et
Vigenina (2003) ne trouvent aucun effet de l’incitation dynamique sur le taux de
remboursement. Khander, Khalily et Khan (1994) constatent à partir d’une étude sur la
Gramen Bank que l’incitation dynamique aboutit plus tard à des taux de remboursement
faibles.
Section 2 : Approche Empirique
1. Les données
Les données utilisées dans cette étude proviennent de l’organisme MRFC (Malawi Rural
Finance Company), créé en 1994 au Malawi, qui regroupe plusieurs programmes de
microfinance. L’enquête a été réalisée par Diagne, Simtowe, Chimombo et Mataya de juin
1998 à août 1999 auprès de 96 groupes de crédit, provenant de trois différents programmes du
MRFC (MRFC seasonal agriculture loans, Mudzi seasonal agriculture et Mudzi non-farm
businesses). La différence principale entre les programmes porte sur le type d’activité agricole
(tabac, maïs, coton, riz). Les groupes ont été sélectionnés selon les niveaux de remboursement
de la période 1996/97 au sein de trois strates : les groupes à remboursement total (tous les
- 10 -
membres ont honoré leur contrat de prêt de 1996/97), les groupes à remboursement partiel
(certains membres du groupe n’ont pas remboursé leur prêt de la période 1996/97 au début de
l’enquête) et les groupes de défaillance totale (aucun membre du groupe n’a remboursé son
prêt de la période 1996/87 au début de l’enquête). La sélection des échantillons a été aléatoire
au sein de ces strates, et les informations recueillies lors de l’enquête couvrent la période de
1995 à 1999.
2. Analyse économétrique
Hypothèses à Tester
Au vu de l’analyse théorique, notre étude empirique essaiera de tester les hypothèses
suivantes :
Hypothèse 1 : En situation de co-responsabilité dans un contrat de crédit de groupe, l’autosélection, la surveillance mutuelle, la pression des pairs et l’entraide mutuelle permettent
d’améliorer le taux de remboursement.
Hypothèse 2 : La perte de l’accès au crédit futur par tout le groupe dans l’éventualité où au
moins un membre est défaillant augmente les problèmes de défaillance stratégique, ce qui
détériore le taux de remboursement du groupe.
Afin d’analyser les effets des règles de co-responsabilité sur la performance du groupe
de crédit, nous considérons deux types de taux de remboursement : au niveau interne
(Défaillance interne) (Modèle 1), c'
est-à-dire la défaillance entre les membres du groupe, et
au niveau externe vis-à-vis de l’institution de crédit (Défaillance externe) (Modèle 2). Ce
choix nous permet de mieux saisir la dynamique du mécanisme de remboursement dans le
temps qui prévaut au sein du groupe. En effet, nous avons deux niveaux de remboursement
(Wenner, 1995 ; Kritikos et al.2003), à l’échéance du contrat, lorsque tous les emprunteurs
choisissent la même stratégie, soit ne pas rembourser son prêt, soit rembourser. Le groupe
sera considéré comme défaillant ou pas. Mais si les emprunteurs choisissent des stratégies
différentes, on se retrouve à un second niveau de remboursement. Ceux qui ont décidé de
rembourser au premier niveau vont soit décider de faire jouer la pression des pairs afin que les
autres respectent leur contrat, soit leur venir en aide par la clause de l’entraide mutuelle afin
que le groupe ne perde pas le crédit futur. A ce stade du remboursement, le niveau de la
- 11 -
pression des pairs et la possible entraide mutuelle sont fonction de la valeur que les bons
emprunteurs accordent à l’accès au crédit futur.
Nous utilisons les mêmes variables explicatives dans les deux modèles, ce qui nous
permet certes de tester nos hypothèses, mais surtout de mieux saisir la dynamique du
remboursement au sein du groupe. Par exemple, si le coefficient de la variable de pression des
pairs est statistiquement significatif dans le modèle 1, cela indiquerait l’existence d’une
pression des pairs ex-ante au sein du groupe. Ce résultat pourrait s’expliquer par le fait que les
individus qui tiennent davantage au crédit futur vont exercer une pression sur leurs partenaires
afin que ces derniers choisissent des projets moins risqués. Cependant, si le coefficient de
cette variable est statistiquement significatif dans le modèle 2, cela mettrait en exergue une
pression ex-post des pairs au sein du groupe lorsque les problèmes de remboursement se
manifestent.
Nos deux variables dépendantes ont une forme binaire. La défaillance interne au sein
du groupe vaut 1 si certains membres du groupe n’ont pas remboursé leurs prêts à l’échéance
du contrat, et 0 sinon. On remarque que 44% des groupes ont des problèmes de
remboursement interne, 42% de ces groupes cultivent le tabac alors que 8% n’exercent pas
d’activités agricoles (voir Annexe 3). Malgré le niveau élevé de défaillance interne, les
groupes de type ‘tabac’ ont des taux de remboursement interne plus importants que les autres,
soit 56% des groupes qui n’ont pas de problèmes internes sont des cultivateurs de tabac. La
défaillance externe est nulle si et seulement si, malgré les problèmes internes, les règles de la
co-responsabilité permettent au groupe de respecter son contrat envers l’institution de crédit,
et le groupe est considéré comme un groupe de remboursement total. Mais si le groupe ne
réussit pas à respecter son contrat envers le prêteur, d’où défaillance externe =1, le groupe est
considéré comme un groupe de remboursement partiel ou un groupe de défaillance totale car
aucun membre n’a remboursé son prêt. On peut aussi souligner que par rapport aux problèmes
de défaillance interne, la dynamique du remboursement fait que les problèmes de défaillance
externe sont moindres, soit 23% contre 47% à l’intérieur des groupes (Annexe.1°)
Modèle 1 : La défaillance Interne
Y1 = α + β1 . AS +
K =2
i =1
β i PPi + β 4 .SM + β 5 .EM + β 6 .DS +
R =6
i =1
β i .VCi + ε1
Y1 = Défaillance interne = 1 si problème de remboursement au sein du groupe et Y1 = 0 sinon
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Modèle 2 : La défaillance Externe
Y2 = α + δ1 . AS +
K =2
i =1
δ i PP + δ 4 .SM + δ 5 .EM + δ 6 .DS +
R=6
i =1
δ i .VC + ε 2
Y2 = Défaillance externe = 1 si problème de remboursement entre le groupe et l’institution de
crédit. AS :Auto Sélection , PP :Pression des pairs (Volonté et effet de la pression des pairs),
SM :Surveillance mutuelle, DS :Défaillance Stratégique, VC :Variables de Contrôle
Interprétation des principaux résultats
Nous utilisons un modèle Logit pour estimer nos deux modèles à variables dépendantes
binaires. Les résultats sont présentés dans le tableau 3. Avant de procéder à des interprétations
de nos résultats, nous allons procéder à des tests afin de juger de la valider de nos estimations.
Deux problèmes de spécification importants doivent nous interpeller dans l’estimation
d’un modèle Logit. Il s’agit de l’omission de variables (qui est une source d’endogénéité) et
de l’hétéroscédascité. Afin de nous assurer que nous n’avons pas omis de variables
explicatives dans nos modèles, que les modèles soient bien spécifiés, nous procédons à un
« linktest ». Ce test consiste à dire que si le modèle est bien spécifié, il y a peu de chance
qu’une variable exogène additionnelle soit significative. Le « linktest » crée deux nouvelles
variables, la variable de prédiction _HAT, et le carré de cette variable de prédiction, notée
_HATSQ. En effet, _HAT devrait être significative s’il s’agit de la vraie valeur prédite par le
modèle, par conséquent le modèle serait bien spécifié. Alors si tel est le cas, la variable
_HATSQ ne doit pas être significative.
- 13 -
Tableau 1 Test de spécification des deux modèles
Variables
Modèle 1
Modèle 2
Observation
0.979***
(5.13)9
-0.056
(-0.38)
0.044
(0.22)
199
1.165***
(4.12)
0.067
(0.84)
0.032
(0.12)
199
Log de Vraisemblane
-115.012
-82.25
_HAT
_HATSQ
constant
Pseudo R2
0.16
***Significatif à 1%, **Significatif à 5%, *Significatif à 10%
0.18
Source : Auteur
Pour nos deux modèles, le coefficient de la variable _HAT est statistiquement significatif à
1%, alors que celui de la variable _HATSQ ne l’est pas. On peut alors conclure en une bonne
spécification de nos modèles. Cette bonne spécification est synonyme d’absence de problème
de variables omises. Le problème d’hétéroscédascité a été résolu par la correction de White.
Le problème de la multicolinéarité survient lorsque certaines variables explicatives
sont corrélées fortement ou parfaitement entre elles, provoquant ainsi une instabilité des
coefficients estimés et une forte augmentation de leurs écart-types. Afin d’analyser ce
problème, nous utilisons la méthode du Facteur d’Inflation de la Variance (VIF)10:
VIF ( xi ) =
1
1 − Ri 2
avec VIF ( xi ) définissant le facteur d’inflation de la variance de la variable explicative xi et
Ri2 le carré de son coefficient de corrélation.
9
Valeur de z
Correspond en anglais à : Variance Inflation Factors (VIF)
10
- 14 -
L’interprétation du Facteur d’inflation de la variance a été proposée par Chatterjee et
Price (1991) : 1) toutes valeurs du VIF supérieures à 10 qui correspond à une tolérance
( 1VIF ) inférieure à 0.1 est synonyme d’existence d’un problème de multicolinéarité ; 2) une
moyenne du VIF largement supérieure à 1 suggère que la variable explicative est une
combinaison linéaire de certaines variables explicatives.
Tableau 2 : Analyse de la colinéarité des Variables explicatives.
Méthodes de Test
Variables explicatives
Auto-sélection
Volonté d’appliquer la
pression des pairs
Effet de la pression des
pairs
Surveillance mutuelle
Entraide mutuelle
Défaillance stratégique
Activité commune
Taille du groupe
Maïs
Coton/Riz
Activité non agricole
Matrice de
Variance Covariance
(Significativité11) :
DEFAILEXT
Matrice de
Variance Covariance
(Significativité12) :
DEFAILINT
Facteur
d’Inflation de la
Variance
(Tolérance)
-0.051
(0.471)
-0.137
(0.052)
-0.188
(0.007)
-0082
(0.244)
-0.279
(0.000)
-0.053
(0.455)
-0.058
(0.411)
0.043
(0.545)
0.038
(0.588)
-0.163
(0.020)
-0.087
(0.219)
-0.107
(0.129)
-0.166
(0.018)
-0.216
(0.002)
-0.162
(0.022)
-0.185
(0.008)
0.066
(0.349)
0.022
(0.755)
0.012
(0.861)
0.065
(0.356)
0.047
(0.503)
0.047
(0.503)
1.11
(0.90)
1.17
(0.80)
1.18
(0.84)
1.20
(0.83)
1.23
(0.81)
1.15
(0.87)
1.15
(0.86)
1.18
(0.84)
1.33
(0.75)
1.29
(0.77)
1.40
(0.71)
Moyenne de VIF
1.22
Nombre de Condition
2.17
11
12
p-value.
idem
- 15 -
La colonne 4 du Tableau 2 présente les valeurs du VIF et le niveau de tolérance. Nous
pouvons remarquer que toutes nos variables explicatives ont une valeur du VIF qui est
inférieure à 10, la moyenne du VIF se situant à 1.22. Ces résultats montrent que nous n’avons
pas de problème de multicolinéarité ou qu’elle est à minimiser car tous les tests sont à prendre
avec précaution.
Le nombre de conditions de Besley, Kuh et Welsch (1980) est aussi un indicateur de la
stabilité de nos coefficients estimés. Pour ces auteurs, si le nombre de conditions est supérieur
à 10, cela voudrait dire que les coefficients estimés sont instables et qu’il existerait un
problème de multicolinéarité des variables explicatives. L’analyse du Tableau 2 montre que le
nombre de condition de nos variables explicatives est de 2.17<10, ce qui confirme les
conclusions du VIF.
- 16 -
Tableau 3 : Résultats d’un modèle Logit des deux types de défaillance.
Variable dépendante
Variables explicatives
Auto-sélection
Volonté d’appliquer la pression des pairs
Effet de la pression des pairs
Surveillance mutuelle
Entraide mutuelle
Défaillance stratégique
Activité commune
Taille du groupe
Maïs
Coton/Riz
Activité non agricole
Constante
Nombre d’observations
Pourcentage de prédiction correcte
Défaillance interne
-0.378
(-1.03)
-0.667*
(-1.69)
-1.152***
(-3.17)
-2.425**
(-2.18)
-0.087
(-1.19)
1.239**
(2.28)
0.800**
(2.09)
0.040
(1.30)
1.987***
(3.24)
2.135**
(2.47)
1.145**
(2.56)
-0.711
(-0.76)
199
Défaillance externe
66.33
78.39%
Log de Vraisemblance
-115.09
Pseudo R2
0.16
Test de significativité jointe de toutes les
variables explicatives (LR test)
Chi2
43.59
dll
10
P-value
0.0000
***Significatif à 1%, **Significatif à 5%, *Significatif à 10%
-0.149
(-0.30)
-1.461**
(-1.96)
-0.149
(-0.31)
-3.029**
(-2.09)
-0.283***
(-3.35)
0.306
(0.45)
1.650
(0.36)
0.031
(0.75)
1.411**
(2.26)
3.028***
(2.82)
0.039
(0.07)
0.016
(1.25)
199
-82.41
0.18
38.17
10
0.0001
Les valeurs de Z entre parenthèse.
La défaillance interne
Les coefficients estimés dans un modèle logit (Tableau 1) ne permettent une analyse
de leur signe, c'
est-à-dire si la variable associée influence positivement (signe positif) ou
négativement (signe négatif) la probabilité, et leur significativité statistique, car on ne peut pas
- 17 -
les interpréter directement. A la différence d’un modèle linéaire, les coefficients ne
représentent pas un effet marginal.
La surveillance mutuelle au sein du groupe est une variable continue qui est le
pourcentage des membres qui ne connaissent pas la composition du groupe lors du cycle de
prêt. En effet, plus les membres n’ont pas une bonne information sur la composition du
groupe, plus ils seront incités à se surveiller mutuellement. L’analyse de l’annexe 1 nous
permet de constater qu’au sein des groupes, en moyenne 13% des membres ont une
information limitée sur leurs partenaires. Cette incitation à la surveillance mutuelle devrait
améliorer la performance du groupe tout en limitant les problèmes de hasard moral ex-ante.
Elle agit négativement et significativement (5%) sur la probabilité de défaillance interne. La
surveillance mutuelle améliorait la performance du groupe en matière de remboursement.
La pression des pairs est prise en compte par deux variables. Nous avons d’une part
la variable binaire qui nous renseigne sur la volonté des emprunteurs à appliquer la pression
des pairs au cas où un membre serait défaillant. Au sein des groupes, moins de la moitié
(28%) des membres sont fermes sur leur volonté de mettre en pratique ce principe de la coresponsabilité (Annexe 1). Nos résultats nous permettent de constater que cette volonté
améliore la probabilité de remboursement de façon significative (10%). Ce résultat montre
que de façon ex-ante, si les membres du groupe ont une grande volonté d’appliquer la
pression des pairs, ils pourront faire face aux problèmes que la surveillance mutuelle aurait
constatés sur le comportement de certains membres. Ce qui permet de bien faire face au
problème d’aléa moral ex-ante, tout en évitant les comportements de passager clandestin. En
plus de l’information sur la volonté potentielle à exécuter la pression des pairs, nous avons,
d’autre part, essayé d’analyser l’effet possible de cette pression des pairs sur les défaillants.
Cet effet nous renseigne sur le niveau d’efficacité de la pression des pairs sur les membres
défaillants. En effet, malgré le niveau faible de la volonté d’appliquer ce principe de crédit de
groupe, le pourcentage d’emprunteurs sûrs de l’effet positif (contraindre le défaillant à
rembourser) est de 37% (Annexe 1). L’effet de la pression des pairs est très positif sur le
comportement des emprunteurs susceptibles de faire défaut à l’échéance du contrat
(significatif à 1%). En effet, nous pouvons dire que plus les membres sont sûrs de l’efficacité
de la pression des pairs, mieux sera le taux de remboursement interne.
Pour contrôler l’effet des risques naturels, nous recourrons à la corrélation des
activités au sein du groupe « Activité commune ». On s’attendrait, dans un premier temps, à
- 18 -
ce qu’elle réduise le taux de remboursement (problème de risque covariant) (Sharma et Zeller,
1997 ; Zeller, 1998 ; Matin, 1998). Mais, l’utilisation de cette variable peut avoir un autre
effet. Wydick (1999) considère que la corrélation des activités permet de faciliter la
surveillance au sein du groupe. Donc, il constate dans son étude que cette corrélation améliore
le taux de remboursement. Au vu de cette controverse sur l’effet possible de la corrélation des
activités et du fait que c’est une variable de contrôle, nous ne pouvons pas donner a priori le
signe attendu de cette variable. Nos constatons à partir du tableau 1 que la corrélation des
activités influence positivement et de façon significative (5%) la probabilité de défaillance
interne, ce qui rejoint l’approche de Sharma et al.
Le comportement de défaillance stratégique est pris en compte par la variable
continue qui représente la proportion des emprunteurs au sein d’un groupe qui sont sûrs à
100% que les non-défaillants au sein du groupe n’auront pas accès au crédit futur si au moins
un des membres est défaillant (co-responsabilité totale). En effet, comme nous l’avons vu
dans notre approche théorique, cette information sur l’application complète des principes de
co-responsabilité en situation d’information imparfaite sur les intentions possibles des
partenaires, peut conduire à une défaillance stratégique des bons emprunteurs au sein du
groupe. Même s’il n’existe pas d’information imparfaite et incomplète sur les intentions des
autres, on assistera à un remboursement total si et seulement si, tous les membres accordent
de l’importance au crédit futur. Cette hypothèse de l’existence d’un comportement de
défaillance stratégique est confirmée par nos résultats dans la mesure où cette variable agit
positivement et significativement sur la probabilité de défaillance interne.
Une analyse statistique nous permet de remarquer que malgré les effets positifs des facteurs
de la co-responsabilité sur la probabilité de remboursement au sein des groupes de crédits du
MRFC, son taux de remboursement a décrue de 89% depuis sa création à 70% en 1998. Au
sein des groupes, la principale raison de défaillance n’est pas l’incapacité de pouvoir respecter
son contrat dû à l’échec de son projet, mais l’absence de volonté à le respecter nonobstant le
succès du projet financé (soit 25% des causes de défaillance). Cela voudrait dire que les
emprunteurs au sein des groupes sont davantage tentés à avoir un comportement de
défaillance stratégique en présence de co-responsabilité.
- 19 -
La défaillance externe
Dans une logique de la co-responsabilité, les problèmes internes au groupe ne
devraient pas affecter l’institution de crédit si les membres décident réellement de coopérer.
Mais que nous disent les résultats empiriques ?
La volonté d’appliquer la pression des pairs après l’échéance du contrat agit
négativement (significatif à 1%) (Tableau 1) sur la probabilité de faire défaut. En effet,
lorsque les problèmes de remboursement existent au sein du groupe, la non passivité des
emprunteurs face aux sanctions potentielles liées à l’application de la pression des pairs,
permet au groupe de réduire ses problèmes afin de respecter son contrat avec l’institution de
crédit.
L’entraide mutuelle au sein du groupe est saisie à partir d’une variable continue qui
capte le niveau de l’entraide lorsque la pression des pairs, après l’échéance du contrat, ne
réussit pas à obliger un défaillant à respecter son contrat de crédit. Elle permet d’améliorer la
performance des groupes de crédit (significatif à 5%). Soulignons que l’absence d’effet positif
de la pression des pairs pourrait, d’une part, s’expliquer par le fait que la cause du problème
de remboursement ex-ante n’émane pas de la volonté de l’emprunteur mais plus des
phénomènes (sécheresse, mauvaise récolte, etc.) qui ne sont pas sous son contrôle. Face à
cette situation, la coopération sociale au sein du groupe peut jouer en sa faveur. C’est en cela
que l’entraide mutuelle permettra d’améliorer le niveau de remboursement du groupe. D’autre
part, si l’échec de la pression des pairs ne se justifie pas par le fait que la défaillance est due à
des raisons naturelles, mais par un refus pur et simple de l’emprunteur d’honorer ses
obligations, l’entraide mutuelle pourrait jouer positivement si au sein du groupe le
pourcentage de membres qui accordent une importance au crédit futur est important.
CONCLUSION ET RECOMMENDATIONS
Cette étude nous a permis d’analyser les effets des éléments du mécanisme de la coresponsabilité sur la performance du crédit de groupe à partir des données issues des groupes
de crédit de l’institution MRFC au Malawi.
Notre base de données ne nous permet pas de valider l’hypothèse 1 de façon robuste,
car l’effet de l’auto sélection n’est pas pertinent. Toutefois, on constate dans cette étude que
les principaux éléments de la co-responsabilité qui agissent positivement sur le comportement
des groupes issus de notre échantillon sont la pression des pairs, la surveillance et l’entraide
- 20 -
mutuelle. Nous remarquons que la pression des pairs agit en amont (interne) et en aval
(externe) des problèmes de remboursement au sein du groupe. Il en est de même de la
surveillance mutuelle. Ceci confirme notre analyse théorique selon laquelle la surveillance
mutuelle et la pression des pairs permettent de réduire le problème d’aléa moral, améliorant la
performance du groupe. Nos résultats montrent que l’entraide mutuelle reste l’ultime recours
assez fiable lorsque la pression des pairs se trouve incapable de contraindre les défaillants à
rembourser après l’échéance du contrat de crédit. Nonobstant ces effets positifs de la coresponsabilité sur le comportement des emprunteurs, nous avons remarqué que le MRFC
continuait d’avoir des taux de remboursement décroissants de cycle en cycle.
Notre premier modèle nous a permis de comprendre réellement les causes profondes
de cette décroissance du taux de remboursement. Les estimations économétriques valident
l’hypothèse 2 de façon robuste dans la mesure où son effet marginal sur la probabilité de
défaillance reste la plus importante (voir tableau 3). Ce constat vient confirmer notre approche
théorique sur la raison d’un tel comportement de défaillance stratégique qui, en effet, trouve
son essence dans les règles mêmes qui fondent le mécanisme de co-responsabilité. Ce constat
ne doit pas être considéré comme une inefficacité totale de la responsabilité conjointe, mais
doit plutôt susciter une réflexion sur le remède au problème de défaillance stratégique. A ce
propos, pour réduire l’asymétrie informationnelle au sein du groupe, il serait intéressant dans
un premier temps d’éviter des groupes de taille trop importante. Dans un second temps, il
convient de souligner l’importance de la formation du groupe. En outre, il faudra éviter
d’avoir au sein d’un même groupe des emprunteurs qui exercent la même activité, surtout
agricole (risque covariant). Afin de faire face au problème de défaillance stratégique, et de
protéger les bons emprunteurs c’est-à-dire ceux qui accordent une grande importance au
crédit futur, nous suggérons le relâchement d’une règles de co-responsabilité – la perte du
crédit futur de tous les membres du groupe si au moins un membre est défaillant.
- 21 -
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- 27 -
ANNEXE 1 : Statistiques Descriptives des Variables
Variables
Défaillance interne
Défaillance externe
Variables explicatives
Auto-sélection
Volonté d’appliquer la
pression des pairs
Effet de la pression des
pairs
Surveillance mutuelle
Entraide mutuelle
Défaillance stratégique
Variables de contrôle
Activité commune
Taille du groupe
Tabac
Maïs
Coton/Riz
Activité non agricole
Descriptions
Muette=1 si défaillance
interne (entre les membres
et le groupe)
Muette=1 si défaillance
externe (entre le groupe le
prêteur)
Muette=1 si initié par les
membres du groupe
Muette=1 si les membres
ont une grande volonté
d’appliquer la pression des
pairs.
Muette=1 si effet de la
pression des pairs est sûr.
Pourcentage des membres
qui ne connaissent pas la
composition du groupe
Niveau d’entraide mutuelle
au sein du groupe.
Pourcentage des membres
qui sont sûrs à 100% que
les non défaillants n’auront
pas accès au crédit futur si
le groupe à contenu au
moins un défaillant
Muette=1 si les membres
du groupe ont des activités
en commun
Nombre d’emprunteurs au
sein d’un groupe au début
de saison
Muette=1 si le groupe
cultive du Tabac
Muette=1 si le groupe
cultive du Maïs
Muette=1 si le groupe
cultive à la fois le coton et
le riz
Muette=1 si le groupe
n’exerce pas d’activité
agricole
- 28 -
Obser.
Moy.
Ecart-type
Min
Max
199
0.472
0.500
0
1
199
0.236
0.425
0
1
199
0.407
0.492
0
1
199
0.281
0.450
0
1
199
0.376
0.485
0
1
199
0.137
0.218
0
0.865
199
6.558
2.775
0
10
199
0.210
0.326
0
1
199
0.562
0.497
0
1
199
17.757
5.794
5
33
199
0.502
0.501
0
1
199
0.145
0.353
0
1
199
0.045
0.208
0
1
199
0.306
0.462
0
1
ANNEXE 2: Principales Raisons de défaillance au sein des groupes de crédit
Type de Groupe
Absence de
volonté
Absence de profit
suffisant
Causes naturelles
Tabac
Maïs
Coton/Riz
Activités non
agricoles
25%
22%
37%
15%
21%
24%
21%
13%
27%
36%
21%
21%
38%
41%
8%
Source: RDD/IFPRI 1998 Rural Finance Survey
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