M11 : Une coopérative
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M11 : Une coopérative
COMPTE-RENDU DE LA VISITE D’UNE CAVE COOPÉRATIVE : LE CHAMPAGNE PANNIER CHATEAU-THIERRY (AISNE) – MERCREDI 31 MARS 2010 L’histoire du Champagne Les premières vignes ont été plantées à l'époque gallo-romaine, mais c'est au Moyen-âge, sous l'impulsion des moines, que va se développer la vocation viticole de la Champagne. La production comprenait surtout des vins rouges « tranquilles ». Aujourd’hui, il en subsiste à Bouzy ou Cumières, mais leur production est faible vu la forte demande de Champagne. La guerre de Cent ans dévasta la région et ce n’est qu’au XV° siècle que la viticulture retrouva son essor. Reims devint le centre du commerce de ces vins dont la réputation ne cessait de grandir. Au XVII° siècle, des vignerons se mirent à produire un vin blanc obtenu par pressurage de raisin noir à chair incolore. Ce fut sans doute en Angleterre, vers 1660, que l’on inventa la mise en bouteille de ces vins « qui bouillonnaient dans les tonneaux » dans lesquels ils étaient importés. Cela eut pour effet de permettre au gaz carbonique de se dissoudre dans le vin : le vin de Champagne pétillant était né. Dom Pérignon, cellérier à l’abbaye bénédictine de Hautvillers de 1668 à 1715, fut le premier à associer différents crus de la région afin d’obtenir un assemblage harmonieux. On lui doit aussi l'emploi du bouchon de liège permettant au vin de garder sa fraîcheur et sa mousse. Des caves vont être aménagées dans d’anciennes carrières de pierre. Le Champagne va ensuite acquérir son rayonnement international, grâce aux propriétaires de célèbres maisons d’Epernay ou de Reims qui en assurent la promotion comme Heidsieck, Moët, Bollinger, Pommery, Clicquot, … Au début du siècle, le phylloxéra et la 1° guerre mondiale détruisirent la majeure partie du vignoble. Le vignoble de Champagne fut le premier à recevoir l'Appellation d'Origine Contrôlée en 1936. Quelles sont les principales étapes de la fabrication du Champagne ? Les vendanges ont lieu fin septembre, début octobre, cent jours après la floraison. En Champagne, elles sont obligatoirement manuelles. Après pressage et mise en cuves, une première fermentation (fermentation alcoolique) transforme le sucre naturel contenu dans le raisin en alcool : le jus de raisin devient du vin « tranquille ». Des liquides de différents cépages (Pinot Meunier, cépage cultivé dans la vallée de la Marne ou sur les sols argileux plus au nord, apportant du fruité et de l'arome ; Pinot Noir, cépage « noble » cultivé principalement sur les sols calcaires de la Montagne de Reims, apportant du corps et de la structure et Chardonnay, cépage cultivé au Sud sur la Côte des Blancs, apportant de la fraîcheur et de l'élégance utilisé surtout pour les grands crus), de différents endroits et de différentes années sont assemblés. Le tirage ou mise en bouteille où l’on ajoute de la levure et du sucre n’a lieu qu’après le 1er janvier suivant la récolte. La bouteille est obturée par une capsule. Lors d’une seconde fermentation (fermentation malolactique), la levure transforme le sucre en alcool et gaz carbonique. Ce dernier qui ne peut s'échapper de la bouteille va donner naissance aux bulles. La teneur en alcool va ainsi atteindre 12% du volume. Les bouteilles sont stockées horizontalement en cave pendant 15 mois à 3 ans. Durant ce temps de repos, un dépôt se forme dans la bouteille. Le remuage permet de le faire glisser dans le goulot de la bouteille pour pouvoir l’éliminer après congélation par dégorgement. Une liqueur d’expédition est enfin ajoutée selon la qualité de champagne désirée. Pour terminer, les bouteilles sont bouchées et habillées pour la vente. Le Champagne en quelques chiffres Le vignoble s’étend aujourd’hui sur 35 000 hectares, (soit 3 % du vignoble français) à 90 % en région Champagne-Ardenne (Marne, Aube, Haute-Marne), mais aussi au sud de l’Aisne (39 communes). On compte 4 765 récoltants expéditeurs, 65 coopératives et 289 négociants. Plus de 300 millions de bouteilles de Champagne sont expédiées par an (dont 20 à 24 millions pour l’Aisne suivant les années). Cela a généré un chiffre d’affaires de 4,4 milliards d’euros en 2008 (250 millions d’euros pour l’Aisne) dont 2,2 à l’export principalement vers la Grande Bretagne, les États-Unis, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et le Japon. Le Champagne représente près d’un quart des exportations régionales et a un impact sur de nombreuses autres activités. Contrairement au secteur du vin français, l'industrie du champagne s'est très tôt concentrée. Plus de 80 % du chiffre d'affaires du secteur était réalisé par les dix plus grands groupes. Avec un chiffre d'affaires de plus d'un milliard d'euros généré par son activité champagne, LVMH domine sans conteste le marché. Présentation de la cave coopérative Située rue Roger Catillon à Château-Thierry, elle appartient à la COVAMA (Société Coopérative Vinicole de la Vallée de la Marne) fondée dans les années 1960. Elle regroupe aujourd’hui 409 sociétaires exploitant 718 hectares dans l’aire d’appellation du Champagne principalement dans la Vallée de la Marne (à l'ouest d'Epernay, c'est la région où domine le Pinot Meunier) et sur la Côte des Blancs (au sud d'Epernay, c'est la région où domine le Chardonnay), ce qui représente 2 à 3 % du vignoble champenois. Elle réalise la fabrication complète du produit pour ses adhérents. Une partie de sa production est également vendue sous les marques PANNIER (660 000 bouteilles par an) et JACQUART (près de 4 millions) qui sont la vitrine de prestige de la coopérative, mais aussi sous d’autres marques notamment pour les hypermarchés. Elle fournit également l’Hôtel Ritz et le Vatican. Ses maîtres de chais sont donc capables de réaliser des assemblages différents correspondant à la diversité de sa clientèle. Grâce à la robotisation, sa production est désormais industrielle. Sa capacité de production est de 6,5 millions de bouteilles par an. 80% de ses ventes se fait sur les trois mois précédant les fêtes de fin d’année. Elle exporte principalement vers le Japon, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la R.F.A., le Mexique, le Brésil et les DOM-TOM. Elle occupe une surface de 40 000 m2 sur trois étages et a une capacité de stockage de 25 millions de bouteilles. Les paysages du Champagne (dont les caves Pannier) sont candidats à l’inscription au Patrimoine Mondial de l’Unesco, au titre de « paysage culturel », mais n’ont toujours pas été retenu à ce jour. Le process de fabrication à la COVAMA La coopérative compte 12 cuveries comportant 350 cuves en acier inoxydable pour une sécurité alimentaire optimale de 400 hectolitres chacune (soit plus de 10 millions de litres). Leur température est régulée entre 18 et 20°C par ordinateur car les levures contenues échauffent le vin. Des futs en bois de 210 litres étaient majoritairement utilisés jusque dans les années 1940, mais cela donnait un goût tannique au Champagne. Aujourd’hui seules quelques marques comme Bollinger ou Krug les utilisent encore. Ces 350 cuves sont nécessaires pour vinifier la vendange de l'année mais aussi pour stocker les nombreux crus (correspondant en général à un village) et les différentes années des vins de réserve. En effet, la coopérative conserve 40% de vins de réserve afin de « lisser le goût » de ses produits lors de l’assemblage afin d’assurer une certaine continuité du goût d’années en années. Cette politique peut être différente dans d’autres coopératives. Après rinçage, remplissage des bouteilles et obturation (100 000 bouteilles/jour par seulement quatre personnes), elles sont mises en palette pendant trois semaines en cave. Les bouteilles sont ensuite déposées à plat où elles vont vieillir entre 15 mois et trois ans. Le parc de gyropalettes (plus de 500 bouteilles chacune) permet de remuer 113 000 bouteilles à la fois. Le cycle de remuage dure 7 jours, auxquels s’ajoutent 3 semaines de repos après leur transfert dans les caisses. Une fois le cycle de remuage terminé, les bouteilles sont stockées têtes en bas, en attente du dégorgement. Un remuage traditionnel sur pupitres est pratiqué pour les flacons spéciaux (demi-bouteilles, magnums,…), avec une capacité de 52 000 flacons. Les bouteilles sont remuées à la main 2 fois par jour pendant 11 jours. On procède ensuite au dégorgement, technique consistant à congeler le dépôt en plongeant le col de la bouteille vers le bas dans un « bac à glace », pour ensuite la décapsuler et faire sauter le glaçon à l’aide de la pression contenue dans la bouteille (6 bars). Sur cette chaine trois personnes dégorgent 6500 bouteilles/heure. Cette opération faite, les bouteilles sont dosées avec de la liqueur d’expédition pour obtenir différentes qualités de champagne « brut », « demi-sec », … puis elles sont bouchées et muselées. La chaine d'habillage (permettant de réaliser 1 200 habillages différents) est entièrement automatisée. Les flacons spéciaux nécessitent une chaîne spécifique employant le double de personnel. Une personne en bout de chaîne vient contrôler la qualité de la fabrication et retire les bouteilles défectueuses avant la mise automatique en carton. 50 % du personnel est employé dans les bureaux, 30 % contrôle les chaînes et 20 % assure la maintenance. Dans le cadre du développement durable et du Grenelle de l’environnement, les vignerons de la coopérative sont sensibilisés la viticulture intégrée qui privilégie les mécanismes de régulation naturelle et les méthodes de lutte écologique, afin de minimiser le recours aux intrants aussi bien dans le domaine de la protection contre les maladies ou ravageurs, que de celui de la fertilisation et de l’entretien des sols. L’objectif est de diminuer de 2/3 les intrants. Le sulfate de cuivre qui empoisonne le sol à long terme est particulièrement visé. => La production de Champagne (300 millions de bouteilles par an) reste inférieure à la demande d’où la tentation d’agrandir l’aire d’appellation pour augmenter le volume de production. Cependant l’augmentation du volume risque de se faire au détriment de la qualité (cf. le Bordelais, il y a trente ans). La crise remet aujourd’hui en cause cette volonté, il y aura certainement une extension de 3 à 4% de l’aire mais sur des critères stricts de sols et de terroirs et il y aura certainement aussi des déclassements. Pour en savoir plus : - sur la COVAMA http://www.covama.fr/ - sur le Champagne PANNIER http://www.champagnepannier.com/ - sur le Champagne JACQUART http://www.jacquart-champagne.fr/fr/#/ Crédits photos : http://www.covama.fr Compte-rendu rédigé par Christian Caffin.