Femmes des Bordels Militaires de Campagne. Les BMC

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Femmes des Bordels Militaires de Campagne. Les BMC
Femmes des Bordels Militaires de Campagne.
Les BMC de l’armée coloniale française au Maroc.
Mustapha El Qadéry, BNRM, Rabat.
On dit que les guerres qui font la gloire ou la hantise des nations ne se
gagnent ou ne se perdent qu’avec ou sans les femmes ! Comme le métier de la
guerre est un métier d’hommes, on ne parle souvent que des hommes quand on
parle de la guerre et de ses héros, c'est-à-dire qu'on oublie les femmes, héroïnes
souvent sans gloire. Les femmes dont je voudrais parler ici ne sont pas les
femmes de l’arrière lointain qui remplacent les hommes dans les activités
économiques. Ce ne sont pas non plus les civiles, victimes de la folie des
hommes prises comme otages dans leurs tactiques et stratégies de destruction de
l’ennemi. Les femmes dont je voudrais rendre compte ici sont celles qui
accompagnent les soldats en campagne pour veiller sur leur moral et celui de
leurs officiers. Ce sont les femmes actives dans les Bordels Militaires de
Campagne (BMC), bordels mobiles, qui se déplacent avec les soldats et que les
différentes hiérarchies militaires ont toujours pris soin de cantonner à l'arrière,
au sein des espaces de divertissement réservés aux repos de courte durée.
1. Bordel colonial :
Ce dispositif des BMC apparaît au Maroc avec la conquête coloniale qui
mobilise de nombreuses troupes de 1907 à 1934. Je ne dispose pas d’éléments
d'information sur l’armée espagnole au Nord et au Sud du Maroc, ni sur les
Mhellas et les armées des différentes dynasties qui se sont succédées au pouvoir
au Maroc. Ce travail ne vise pas non plus à traiter de la prostitution durant la
période coloniale qui a fait l’objet d’un monumental travail monographique
(Taraud, 2003). Un autre Maroc et de l’Afrique du Nord qui constitue l’autre
facette «cachée», l’autre face de «l’orient imaginaire» et ses harems dans la
littérature à l’eau de rose, au moment où la sémantique militaire parlait de la
conquête coloniale en termes de pénétration et de pacification comme on peut le
lire dans un «manuel» destiné aux Affaires indigènes (Le Glay, 1926). Un
pénétrant qui pénètre un pénétré pour le rendre passif à une
éternelle pénétration, de la civilisation, nous dit-il ! Si l'on garde cette
sémantique, si curieuse à priori, on peut dire que, dans le cas du Maroc, le projet
colonial se définit comme la perpétration d’un viol légalisé par un traité de
protectorat1 ! Dans ses mémoires, un des officiers des Affaires indigènes raconte
une soirée «mémorable», comme les soldats aiment en faire avant et après les
campagnes contre les insoumis, lors de la guerre du Maroc (Carrère, 1973 : 111136). L’histoire se passe à Fès, dans le dancing du Maroc Hôtel de la ville, vers
1922 – 1923, quand la Région militaire est dirigée par le général et comte
1
- L’essai romancé de Moha Abehri, Etre ou ne plus être, éd. Centre Tarik Ibn Zyad, Rabat, 2002 évoque cette
symbolique portée d’un viol organisé selon les normes de mariages et sa légalité pour le droit, la chari’a.
Publié in, M. Cheikh & M. Péraldi, Des femmes sur les routes. Voyage au féminin entre
Afrique et Méditerranée, éd. CJB, le Fennec, Karthala, Cacablanca, 2009, pp. 229-244.
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Aldebert de Chambrun2. Le dancing, tenu par un ancien légionnaire en guise de
maître d'hôtel, est déjà bondé, lorsque le général arrive avec un groupe d’invités
parmi lesquels un critique littéraire, Marcillac invité de son épouse, des gradés
de son état-major ainsi que le capitaine Alphonse Juin, membre du cabinet
militaire de Lyautey, devenu maréchal de France et Résident général de France
au Maroc de 1948 à 1952.
Dans sa description des lieux ce soir là, cet officier nous dépeint avec un
accent de virilité une scène peuplée de soldats qui rentrent des opérations de
l’été, «les poches pleines de billets de banque. Les épouse légitimes il y en avait
peu ou pas du tout, les autres par contre sont assez nombreuses (…) dans
le brouhaha, littéralement déchaîné, brillant Chef d’escadrons, qui porte un
grand nom, grimpe soudain sur l’estrade et, durant dix minutes, harangue
l’assistance avec une désopilante fantaisie. Dans des accents patriotiques ou
cocasses, le tribun termine ainsi son laïus : Nobles seigneurs qui m’écoutez et
vous autres, sordides truands que j’admire, apprenez, si vous ne le savez pas
déjà, que nous sommes venus dans ce pays pour civiliser les hommes et…pour
nous faire syphiliser par les femmes».
Au-delà de la haute idée que se fait ce mimique de son métier de soldat,
au-delà des applaudissements de son public de soldats, de noble extraction
comme de basse catégorie, «truands» au service de la République, les autres
femmes que l’auteur évoque ici, les légères comme on les surnomme, ne sont
certainement pas des indigènes, puisque celles-ci n’ont pas le droit de sortir de
leurs lupanars. Seules les femmes venues de France ou des autres colonies
jouissent de ce droit, pour égayer les soirées de repos et de divertissement des
gradés, en compagnies galantes aux accents des faubourgs. Cette catégorie de
femmes apparaît dans une étude sur les tatouages durant les premières années du
Protectorat. (Herber, 1919)
Les lieux de garnisons sont dotés de bordels réglementés par des
lois qui soumettent leur gestion aux autorités indigènes et à la police
militaire. Tous les lieux où l’armée a organisé les casernes de ses troupes
sont dotés de «quartiers réservés»; ainsi en est-il à Casablanca, Fès,
Meknès, Marrakech, Tadla, Lhajeb, Ksar Souk, Boumalen, Warzazat,
Taroudant, Tiznit, ainsi que dans de nombreux petits centres
administratifs occupés par les troupes de Goum. Un journaliste du
Canard Enchaîné rapporte dans un reportage réalisé dans les années
vingt, où il adopte une perspective hédoniste, ses «plaisirs» marocains et
algériens dans les divers lieux qu’il a visités, tous consacrés aux «Fatma»
: bordels de Tanger, Casablanca, Rabat, Fès, Tlemcen, Sidi Bel Abbès,
Oran, Alger, Tunis. L’auteur consacre un chapitre aux BMC, intitulé :
2
- Son épouse a édité un roman, Clara Longhworth-Chambrun, Le miracle de Sidna Aïssa, 1930, et un article,
«Shakespeare et le Maroc», in la Revue de Paris, 1916.
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Afrique et Méditerranée, éd. CJB, le Fennec, Karthala, Cacablanca, 2009, pp. 229-244.
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Dans le Sud Marocain, sur la foi du récit que lui en a fait un témoin !
(Salanderne, sd. : 97-101)
On sait que l’autorité militaire a créé en Afrique du Nord ce qu’on
appelle officiellement les BMC. Ce sont des lupanars ambulants qui suivent
les troupes comme les cantinières suivaient autrefois
les
armées
de
3
Napoléon. Ce sont
naturellement des femmes
arabes qui font partie
des BMC. Elles mènent la vie durs des soldats en colonne et leur sort n’est
guère enviable.
Un de mes lecteurs, qui fut infirmier aux tirailleurs marocains, a
bien
voulu me confier ses souvenirs e me donner de curieux détails sur les BMC :
Lors de l’approche du départ en colonne des troupes ayant leur base dans un
grand centre –Meknès ou Fez par exemple – il n’est plus question dans le
quartier réservé que de cet événement sensationnel. Il importe de savoir quelles
seront les femmes que l’on désignera pour suivre la colonne. L’animation est
vive parmi la clientèle. Les habitués viennent solliciter patronnes et leur
suggèrent qu’une telle et une telle seraient les bienvenues. Ordinairement, les
patronnes coupent court à tout en décidant d’emmener avec elles les
«favorites». Mais si l’une de ces favorites s’avère incapable de faire la colonne
à cause de son état de santé –il leur faut du cran pour accomplir les mêmes
étapes que nous – c’est un véritable concert de lamentations et de désespoir
parmi ses fidèles (…) Les pensionnaires des BMC ne se recrutent
pas
seulement dans les maisons des quartiers réservés de Fez, de Meknès
ou
ailleurs. Au cours de leurs tournées dans le bled, les
patronnes recueillent
aussi des femmes régions insoumises, plus émancipées que les autres ou
voulant fuir un maître féroce et
cruel. Elles engagent aussi des femmes de
nos partisans,
désireuses de changer leur existence (…) Il y a également,
sur notre route, les douars. Ce sont des campements de nomades. Les
femmes des douars traitent aussi avec la troupe, mais elles
sont
plus
exigeantes que les pensionnaires du BMC…
Cette description relate l’intense activité féminine alimentée par la guerre de
conquête du Maroc, de 1907 à 1934, et les veuves et orphelines qu'elle produit
dont une partie a probablement alimenté les BMC. Cette guerre engendre
également une intense activité masculine, junte qui fait carrière en alimentant,
en habillant et en ravitaillant les colonnes, et voit la naissance des premières
fortunes indigènes. Les moins fortunés parmi eux tiennent des gargotes, cafés
maures et autres commerces à l’arrière des troupes lancées dans des opérations
six mois par an et suivies par un souk au service de la colonne. Des témoignages
oraux m’ont confirmé cette intense activité à l’arrière des lieux des opérations,
contre «les insoumis» soumis au déluge de feux et à la razzia, avant de se
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- La langue française confondait et confond encore les Arabes et les Musulmans tout en usant des fois de terme
indigènes, selon l’exotisme, la fantaisie ou les mécanismes des auteurs.
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soumettre au Makhzen et de rejoindre les partisans pour mener campagne devant
les troupes, en gage de bonne soumission.
Durant les opérations de 1933, l’Etat-major autorise un journaliste anglais à
suivre la légion étrangère sur le terrain. Il en rapporte un reportage détaillé des
opérations, illustré de photos, dont une instantanée, prise sur le vif où l'on voit
quatre femmes indigènes devant leur «tente marabout», dont les habits
correspondent à la mode urbaine des indigènes de l’époque.
Pendant la seconde guerre mondiale, les BMC participent à l’effort demandé aux
indigènes pour libérer la France, nous dit-on. Bien sûr, les diverses études,
recherches et reconstitutions des faits ne mentionnent nullement la place de ces
femmes dans cette guerre. Les archives ne les mentionnent pas davantage, et il
faudrait dépouiller des milliers de notes de services pour en trouver, au hasard
des sondages, quelques unes concernant «les opérations» dans les BMC. C’est
dire la difficulté de reconstituer les itinéraires et les contextes sociaux et
culturels qui ont engendré un phénomène dont l’importance n’est pas à négliger.
Ce n’est que dans la catégorie «indiscrétion», digression dans un texte qui ne
parle que de guerre et de cadavres, qu’un auteur de ses mémoires de guerre
signale la junte féminine. Après «la marche triomphale sur Rome», les troupes
marocaines sont embarquées de l’Italie vers la Corse, déjà investie par d’autres
troupes Marocaines qui y ont débarqué. Dans sa description des soldats au bord
de la plage durant la préparation de l’embarquement, cet officier évoque les
femmes en ces termes (Augarde, 1952) :
« Après en voir fini avec l’Italie et le défilé à Rome, les troupes allaient
embarquer pour la Corse. Sur la plage, tout le monde éprouve une sensation de
répit. Il en résulte un relâchement de la discipline. Le bivouac à l’air d’un
campement de bohémiens. Le groupe des femmes met au milieu des djellaba (les
goumiers)4 une note joyeuse. Les trente filles des Aït Isschak (Aït Ishaq),
d’Azilal, de Beni Mellal, réputées les plus belles sourirent de leurs yeux
brillants. Leurs cheveux bruns et lisses, huilés avec soin, apparaissent sous les
foulards aux teintes fraîches, achetés dans les bazars de la banlieue napolitaine
qui supportent allégrement les couleurs vives de l’Italie. Leurs robes, presque
toutes blanches aujourd’hui, laissent voir seulement leurs babouches, le cou et
les avant bras entourés de colliers et de bracelets d’argent massif. Elles nagent
littéralement dans leurs colis. L’officier T.Q.M.5 en est très embarrassé. Il fait
ouvrir les baluchons, les caisses, les coffres, dont le contenu paraît suspect. Le
pauvre T.Q.M. est allé voir le lieutenant-colonel Bourdelles, homme petit et
maigre, aimant les paradoxes jusqu’à répéter qu’il n’aurait jamais dû être autre
chose que brigadier de cavalerie, et lui déclare :
4
L’habit des goumiers fût la djellaba brune qui les caractérisaient parmi les troupes. Un autre chef de section,
évoque la catastrophe de cette couleur lors des combats dans la neige en Italie (et probablement dans les
Vosges). Colonel Marcel Mathieu, Une Vie Exaltante, Gardet Imprimeur Editeur, Annecy, 1981, pp. 242-256.
5
Toutes Questions Militaires ?
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Afrique et Méditerranée, éd. CJB, le Fennec, Karthala, Cacablanca, 2009, pp. 229-244.
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- Si nous embarquons tous leurs bagages, nous serons obligés de laisser les
munitions.
- Elles en ont tellement ? …
- Oui mon colonel…Elles recèlent les prises les plus précieuses des goumiers.
Par crainte d’une fouille éventuelle, ils leur ont confié le fruit de leurs
«razzias».
Le colonel est impitoyable :
- Un sac, comme tout le monde. Le supplément sera dirigé sur le dépôt de
Naples.
Une seule proteste. Elle s’es prend au médecin-lieutenant de notre tabor,
Medrène, consciencieux et dévoué pour ses camarades, sous un angle joyeux
scepticisme (…) se tourne vers moi en me déclarant :
- Elle me casse les pieds, celle-là ! Elle me fait un malheur parce qu’elle n’a pas
pu changer ses lires.
Se tournant vers elle :
- Tu n’as qu’à aller voir l’officier de détails…ou les rendre à ceux qui te les ont
prêtés…parce qu’ils n’ont pas de courage de venir nous embêter.
- Toi mon Lieutenant, tu ne veux jamais rien faire pour nous. Avant Rome, je t’ai
demandé de me prendre pour ramasser les blessés…et, mieux, de me donner un
fusil.
- Oui, et je t’ai répondu que tu ne savais pas t’en servir, réplique-t-il avec un
réel désir de l’échauffer.
- Moi, je t’ai dit : « Donne-moi une moukala (fusil), va te mettre à quatre cents
mètres. Je tire. Si tu es vivant, tu payes le «piritif !» et tu n’as pas voulu…
- Bon…bon…va emballer tes fringues ou tu vas manquer le bateau.»
Ce récit est l’un des rares témoignages édités par les différents auteurs qui
ont publié sur leur parcours de guerre. Général Guillaume (Guillaume, 1977)
commandant des Goums marocains durant la seconde guerre, qui a
également publié ses mémoires, n’en dit mot. Cet extrait de mémoire
rapporté, révèle de façon transversale, le rôle des femmes issues des bureaux
des Affaires indigènes du Moyen Atlas central qui dépendent des Trois
cercles d’Azilal, Beni Mellal qui font partie du Territoire Autonome de Tadla
et de Ait Ishaq du Cercle de Khénifra, Région militaire de Meknès. Cela
donne une idée sur le Moyen Atlas comme principal vivier de recrutement
des Goums et des femmes qui les accompagnent. De nombreux témoignages
de soldats, m'ont confirmé après de nombreux détours, cette présence
féminine que tous ont d'abord tendance à oublier à priori, pour des raisons
qui restent obscures pour moi. L’un d’eux m'a rapporté quelques détails par
la suite, en exprimant sa jubilation de leur présence également dans les
danses collectives que, selon les tribus, les Goumiers exécutent même sur le
front. Elles furent aussi de la partie, me raconta un ancien goumier, lors du
grand Ahidous organisé par les Goumiers à Stuttgart, après l’annonce de la
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victoire, soirée endeuillée par la mort de l’une des filles du BMC dans des
conditions obscures.
Rappelons qu’à la Libération, le texte de félicitation du général Guillaume
commandant des Goums et de la Division d’Infanterie Algérienne (DIA) adressé
à ses troupes ne tarit pas d’éloge pour ces goumiers, texte rapporté par Augarde
(Augarde, 1952 : 303) :
Cette victoire éclatante, vous l’avez obstinément préparée sur tous les champs
de bataille de la Libération de novembre 1942 à avril 1945, de la Tunisie au
Neckar et au Danube.
En TUNISIE, sommairement armés et équipés, vous avez acquis par vos exploits
le droit de poursuivre la lutte en Europe à l’avant-garde des Alliés.
Vous avez en SICILE, vaillamment représenté l’Armée française.
En CORSE, vous avez libéré BASTIA en attendant de prendre une part
prépondérante à la conquête de l’Ile d’Elbe.
En Italie, votre marche foudroyante en tête du corps de montagne (…)
déconcentré l’ennemi et ouvert la route de Rome
En FRANCE vous avez participé brillamment à la libération de Marseille,
dégagé au passage Briançon, contribué (….) à chasser l’ennemi des Vosges,
puis à sauver Strasbourg.
Au cours de 30 mois d’une lutte ininterrompue, vous avez assené à l’ennemi de
terrible coups, lui faisant 23 000 prisonniers et vous emparant d’un immense
matériel.
Vos pertes ont été lourdes. Depuis la Tunisie, 8 300 des vôtres (sur 20 000) sont
tombés, tués ou blessés dans le combat, sans ralentir jamais votre course
endiablée vers la Victoire
Vous avez paré vos fanions d’une gloire impérissable. L’Allemagne vous craint.
La France vous acclame. Les alliés vous admirent.
Votre chef, qui, aux heures les plus graves de la défaite, mit sa foi en vous et
vous prépara dans l’ombre6, pour la revanche, et qui tant de fois, vous lança à
l’assaut, est fier de vos succès. Vous pouvez rentrer au Maroc, la tête haute.
6
- Guillaume fait référence ici au camouflage des soldats indigènes dans le Moyen Atlas, aux commissions
allemande d’armistice venue au Maroc. Guillaume fût Directeur de l’Intérieur (qui a remplacé la Direction des
Affaires Indigènes) sous le proconsulat du Général Noguès, qui a fini en fuite après l’arrivée de de Gaulle au
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Déjà vos hauts faits sont entrés dans la légende. La France n’oubliera jamais la
part prise par vous à sa libération.
Les Femmes n'étaient-elles donc en réalité pas de la partie, pour qu’on puisse
omettre l’effet moral de leurs «opérations» sur ces soldats pas comme les autres,
avançant au mot d’ordre Zidou lgddam (En Avant)7, soldats craints par
l’Allemagne, acclamés par la France et admirés par les alliés nous dis Guillaume
! Quant aux fameuses méthodes dont leur général loue les résultats, rappelons
que les Goums avaient été chargés, dans le cadre du dispositif global établi par
les états-majors alliés, de faire la guérilla dans la guerre. Ainsi les fameuses
méthodes «berbères», reprises par les officiers en lui donnant une série de
sémantiques révélatrices des « techniques » coloniales en milieu de montagne
sont reprises durant la seconde guerre mondiale. Coups de main, opérations de
police, raids, razzias, reconnaissances, embuscades, prises, infiltrations sont les
principales missions de ces troupes durant la seconde guerre. Ces troupes se
meuvent ainsi, à pied dans la majorité des cas, dans les reliefs difficiles d’accès
pour les troupes régulières, mécanisées et accompagnées de lourds équipements.
Les effets psychiques de ces méthodes en Italie achèvent les diverses résistances
dans les régions montagneuses, au point que la langue italienne garde encore
aujourd’hui un souvenir cruel du "Mariquino". D’après Augarde, même le Pape
s’en plaint à de Gaulle au point que celui-ci en vient à craindre l'arrivée de leurs
«méthodes» en France. Rassuré sur leur «civilité» et leur indispensable présence
pour assurer la victoire du dispositif français parmi les alliés, il ordonne
néanmoins leur intégration dans le dispositif «d’avant-garde» de débarquement
sur «le champ d’honneur».
2. Dans le bordel indochinois
La guerre d’Indochine a laissé une trace indélébile dans l’histoire coloniale
française. Les récits de la défaite de Dien Bien Phu et de la revanche
algérienne occupent une place primordiale dans les divers récits des «héros»
de l’armée coloniale de la République. Ayant retrouvé sa légitimité avec la
Libération, l’armée française qui a mobilisé les soldats des colonies pour
participer à la victoire alliée, fait de même avec la guerre de libération
indochinoise, sans obtenir les mêmes résultats qu’en Europe. Comme
pendant la seconde guerre mondiale, des femmes marocaines participent à
cette guerre coloniale. L’une d’elle m’a raconté sa vie, femme qui a séjourné
en Indochine en 1953 et 1954. La présence de femmes marocaines dans cette
Maroc. Celui-ci se rendit au Moyen Atlas, en janvier 1944 pour constater les réserves militaires mises à l’abri
des allemands. Une photo de de Gaulle en compagnie du Pacha de Khénifra et des Zayan, Hassan fils de Mouha
Ouhemmou, avait immortalisé cette visite du chef de la résistance, aux armées qui vont faire rentrer la France
dans les concert des nations victorieuses.
7
- Augarde lors de sa prise de fonction, général Guillaume lui décrivant son unité «Berbère», «La majorité des
hommes vient du Moyen Atlas. Ce sont des Zaians. Ils ont été durs à pacifier, mais quelle race, quels beaux
soldats !...Vous parler l’arabe ? …La seule chose à dire : Zidou el Gouddam !», J. Augarde, pp. 27-28
Publié in, M. Cheikh & M. Péraldi, Des femmes sur les routes. Voyage au féminin entre
Afrique et Méditerranée, éd. CJB, le Fennec, Karthala, Cacablanca, 2009, pp. 229-244.
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guerre, notamment dans la fameuse cuvette de Dien Bien Phu a fait l’objet du
témoignage, tardif, d’une brancardière française, Geneviève de Galard qui a
tu l’information pendant près de 35 ans, et qui était supposée être la seule
femme dans le camp retranché. Etant donné son statut de femme parmi les
soldats, les médias lui consacrèrent de l’intérêt. Les autorités lui conseillèrent
de taire dans ses interviews la présence des marocaines pour des raisons
morales, dit-elle8.
Parmi ces femmes d’Indochine, Fadma qui m’a raconté sa vie que je relate
brièvement ici est une femme que j'ai toujours connue. Je l’ai rencontrée à
l’automne de sa jeunesse, et l’ai retrouvée à un âge avancé, plus de vingt ans
plus tard. Elle est d'abord patronne du bordel de mon village, à la lisière nord
du Moyen Atlas et du Haut Atlas Central, jusqu’aux années quatre-vingt,
quand celui-ci est fermé définitivement par les autorités dans le contexte de
la sécheresse et du développement des crimes et délits. Fadma continue alors
son métier, 70 kms plus loin, dans le bordel du chef lieue de la province
même, et arrête définitivement ses activités à sa fermeture peu de temps
après. Elle adopte un enfant, puis un second et se retire dans son village
d’origine, pour vivre de ses économies qui tarissent rapidement. Fadma est
connue de tous pour son histoire chinoise, qu’elle répète inlassablement;
principal ingrédient du menu des histoires salaces, avec lesquelles elle égaie
ses clients.
J’ai retrouvé Fadma vingt ans plus tard, égale à elle-même, même si sa
nouvelle condition de mendiante l’avait beaucoup marquée. La responsabilité
des deux enfants rajoutait au poids de sa vie qu’elle voit avec fatalisme et
sourire, tout en se battant pour rapporter à manger et s'acheter les éternelles
cigarettes qu’elle n’a jamais réussi à «jeter». Après plusieurs rencontres avec
elle, j’ai entamé de nombreux dialogues sur sa vie, pour en rassembler les
différents morceaux. Prostituée avant et après ses deux années indochinoises,
avant et après l’indépendance. Fadma se considère comme une femme qui
demande le divorce à la famille de son mari, quand celui-ci part s’engager
dans l’armée sans lui demander son avis, afin de vivre librement. Elle
s’adonne au plus vieux métier du monde pour aider ses parents à surmonter
leur pauvreté, et s'installe dans le principal village de son pays à quelques
kilomètres de son domicile parental. C’est là qu’elle exerce son métier,
installée dans un Fendeq (caravansérail), sous le contrôle des autorités
sanitaires. Lors d'une visite médicale, l’officier local des Affaires indigènes,
accompagné d’un autre officier venu recruter, lui offre de partir pour
l'Indochine avec ses collègues. Elle a à peine vingt ans, quand elle décide sur
8
- Interview (par Marie-Victoire Louis), de Mademoiselle de Liancourt A propos de la prostitution en période de
guerre In : «Cette violence dont nous ne voulons plus», N° spécial 11 / 12, Prostitution, Mars 1991, p. 82 à 89.
http://militaria.conceptbb.com/ftopic2374.Petits-problemes-de-BMC-en-INDOsuite.htm
Publié in, M. Cheikh & M. Péraldi, Des femmes sur les routes. Voyage au féminin entre
Afrique et Méditerranée, éd. CJB, le Fennec, Karthala, Cacablanca, 2009, pp. 229-244.
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place de tenter l’aventure en compagnie d’une autre femme, et embarque
pour la caserne régionale de recrutement pour y recevoir paquetage et
matériel. Elle est dirigée avec les troupes et les femmes recrutées dans les
limites administratives du Cercle vers un casernement à proximité de
Casablanca, où elle est affectée à son Tabor, en compagnie de douze autres
femmes originaires de diverses régions du Maroc, sous l’autorité d’une
patronne de Casablanca (probablement du célèbre Bousbir). Puis le
cheminement par camion vers Oran, le bateau pour le Vietnam, via Suez et
ses vendeurs en bateau de babioles et d'icônes religieuses, la Mecque et son
annonce par les hauts-parleurs du bateau aux soldats des diverses armes.
Ceux-ci lancent des prières et chantent des litanies religieuses durant toute la
traversée de la mer Rouge.
Une fois arrivé en Indochine, son groupement de Tabor est affecté à l’Est,
dans la zone de Dang Dang, Kaoba et Haiphong. Fadma me décrit les lieux,
le métier et me raconte diverses histoires de goumiers, d’officiers et me
rapporte des bavardages divers. Le plus surprenant dans ce récit, c’est que
Fadma assure avoir été blessée lors d’une attaque des Vietminh. Fadma
raconte qu'elle travaille dans la base arrière du Tabor, dans lequel les unités
prennent leur repos de courte durée, à tour de rôle. Mais voilà qu’un jour les
organisateurs des «opérations» de repos décident d’envoyer les femmes dans
les positions avancées de certaines unités. Fadma est affectée avec une
collègue auprès d’une compagnie qui tient une position fortifiée, non loin des
positions «ennemies». Et voilà que le soir de son arrivée, l’accrochage a lieu
et Fadma est blessée à la jambe, par des éclats de mortiers, précise t-elle !
Elle est évacuée et hospitalisée à Hanoi pendant six mois (six mois de
chômage ironise t elle), durée qui boucle les 24 mois de son «engagement»,
et s'achève sur son retour au Maroc, à Sefrou, où le Tabor est dissous. Fadma
raconte qu'elle a obtenu des certificats, une médaille pour sa blessure et une
autorisation de s’établir dans le bordel de son choix. Tous ces papiers et ces
documents sont brûlés par l’un des cinq époux qui ont entrecoupé sa carrière,
sans qu'elle ait réussi à s’installer dans le mariage. Je ne suis pas une femme
de la maison, dit-elle !
A son retour dans son village d’origine, et après une période de repos, Fadma
reprend le métier dans le fendeq jusqu’à la fermeture du bordel au lendemain
de l’indépendance. Fadma reprend du service avec d’autres prostituées
lorsqu'elles s'installent dans une partie du quartier des Juifs, après leur départ
du village, vers 1965. Cette nouvelle période voit l’ouverture d’un bar, qui
dure une dizaine d’année, à proximité du quartier devenu réservé. Ce village
aux habitants groupés dans des petits douars ne dépassant pas le millier fait
de l’activité commerciale sa raison d’être : une route de 50 km qui relie la
route principale Fès - Marrakech à une route secondaire Demnat - Azilal, le
Publié in, M. Cheikh & M. Péraldi, Des femmes sur les routes. Voyage au féminin entre
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traverse à mi chemin et le place également au milieu de deux centres
administratifs et de casernement durant la période coloniale, non loin d’une
mine exploitée à partir des années quarante pendant une vingtaine d'années.
Une communauté juive faisait partie de ses habitants et avait impulsé la
création et le développement d’un Mellah et son extension commerciale dont
le nom subsiste encore aujourd’hui. Deux casernes, une mine, une route,
productions agricoles, le souk de ce village est dans une position
géographique d’une bouche, comme l’indique son nom, au cœur d’un pays
riche de sa culture bour, son élevage, ses amandiers et ses oliviers de sa petite
vallée, ce qui lui a conféré ce rôle de centre d'échanges entre la plaine et la
Montagne, lieu de souk, de gîte et de couvert. Le village a connu une
croissance fulgurante, avec les transferts d’argent des militaires engagés dans
la guerre du Sahara à partir de 1975 et de ceux émigré en Italie à la suite de la
sécheresse du début des années quatre-vingt. Après l’essor considérable du
bordel durant les congés étalés sur l’année des militaires originaires de la
région, la sécheresse et ses conséquences sociales qui a amené une profonde
mutation a produit son lot de bandes et de crimes, ce qui a conduit les
autorités à fermer définitivement les lieux.
Fadma, ses filles et leurs collègues se redéployèrent et certaines patronnes
prirent leurs retraites dont certaines ont déjà fondé une famille s’intégrèrent
rapidement dans le tissu social, d’autres à l’image de Fadma continuèrent des
vies en «solo» vivant de la charité publique et de l’affection des voisins dans
l’attente de l’au-delà.
3. Femmes des Affaires Militaires Musulmanes ?
Mes recherches sur les BMC m’ont amené à m’intéresser à une catégorie
d’officiers de l’armée coloniale française au Maroc, ceux que la hiérarchie
militaire et administrative désignait comme Officiers des Affaires Militaires
Musulmanes, les AMM. Ils sont moins connus et évoqués que la phalange des
officiers des Affaires indigènes créés par Lyautey, qui se sont illustrés dans la
guerre du Maroc comme dans l’administration des tribus ou la seconde guerre.
Les officiers des AMM, si je peux résumer le rôle de ces illustres inconnus de
l’armée française en Afrique musulmane, sont des officiers chargés de veiller au
moral des troupes musulmanes dans l’armée française, à savoir les tirailleurs, les
zouaves, les spahis, les Divisions de Montagne et bien sur les Goums. Dans
l’administration coloniale, ils font carrière dans le bled ou dans les villes,
comme officiers interprètes, traducteurs, Torjmans (drogman) et dans les
Affaires indigènes comme adjoints. Durant les guerres coloniales menées à
l’extérieur de leur pays, les troupes «musulmanes» ont leurs propres officiers,
flanqués d’officiers des Affaires Musulmanes chargés de veiller au respect des
us et coutumes religieux des troupiers et surtout de surveiller leurs attitudes et
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Afrique et Méditerranée, éd. CJB, le Fennec, Karthala, Cacablanca, 2009, pp. 229-244.
d'assurer leur discipline. Il semble que les femmes aient fait partie des
attributions de ces officiers, même si cela n’apparaît pas dans les rares
témoignages consultés. Mais, si l'on se fie à leurs révélations, il nous est avéré
que les femmes des bordels font partie des attributions de ces officiers qui
s’occupent du bien être du «soldat musulman» dans les troupes coloniales.
L’histoire de ce corps d’armée n’est pas l’objet de ce travail, mais elle
participe d'une tentative de compréhension d’un système «musulman» sous la
colonisation. C’est un corps qui est institué par la loi du 14 juin 1938 et succède
ainsi au corps des interprètes de l’armée, corps fondé par Napoléon lors de la
conquête d’Egypte et qui s’est multiplié et développé en Algérie et dans les
autres colonies «musulmanes» d’Afrique et d’Asie. L’un des rares documents
que j’ai pu consulter sur ce corps est l’œuvre d’un ancien du métier, qui a fait
carrière au Maroc et en Indochine (Jeantelot, 2005 : 469-673). Dans son récit sur
son parcours, il ne mentionne nullement la présence des «filles». Mais à la
description de ses attributions, comme lieutenant AMM dans un Etat-major des
Tirailleurs marocains en Indochine, on comprend que le «moral» des armées
dont il s’occupe ne pouvait se passer de ces attributions. Durant ses fonctions, le
lieutenant a la responsabilité de suivre les troupes et de résoudre leurs problèmes
«particuliers» pour renforcer leur combativité. Cela signifie par exemple leur
procurer des moutons de sacrifice pour les fêtes religieuses musulmanes, même
aux troupes assiégées par l’ennemi, le bétail de sacrifice est fourni par
parachute, comme c’est arrivé avec un régiment de tirailleurs algériens9. Parmi
ses attributions il cite également, l’organisation d’émission religieuses par des
tolbas du pays (en «arabe» dit-il !) dans le cadre des émissions de la radio de
l’armée, ou encore l'organisation de pèlerinages à la Mecque pour ceux dont le
service prend fin avec l’événement. Ce fsyan trojman (officier interprète)
comme le nommaient les troupes nord-africaines acquiert auprès de ses hommes
un fort capital de sympathie qui lui vaut, nous raconte-il, leur dévouement au
point de lui sauver la vie quand il est blessé et fait prisonnier avec eux par les
Vietminh, chez lesquels il passe deux années de supplices. Vu ses blessures, les
Vietminh sont sur le point de l’achever, au moment de sa prise, lorsqu'un
tirailleur se jette sur les pieds du chef pour implorer son indulgence.
On pourrait s'interroger sur le sens des Affaires Musulmanes dans la
sémantique française de l’époque coloniale. "Musulmans", "Indigènes",
"Arabes", "Berbères" et "Juifs" sont les différents termes utilisés pour
désigner les colonisés, les soumis, les pacifiés d’Afrique du Nord. Les sens
de ces mots, qui désignent des populations segmentées pour des raisons
politiques évidentes, continuent aujourd’hui à soulever interrogations,
recherches et investigations. Paris avait opté pour une politique musulmane
gérée par un organisme créé en 1911, le comité Interministériel des Affaires
9
Photo reproduite dans p. 383.
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Afrique et Méditerranée, éd. CJB, le Fennec, Karthala, Cacablanca, 2009, pp. 229-244.
Musulmanes (CIAM). Un livre (Le Pautremat, 2003) en retrace les objectifs,
la genèse, le rôle durant la grande guerre, l’évolution et les réalisations.
Alfred Le Chatelier, ancien des Bureaux Arabes et des Communes Mixtes,
fondateur de la Chaire de la Sociologie musulmane au Collège de France plus
tard, lui avait consacré un article dans la revue qu’il dirigeait, pour en faire la
défense10 et la promotion pour le développement de la France musulmane.
Lyautey faisait de sa «politique musulmane» au Maroc sa fierté, sa méthode
et la garant de la réussite de son établissement du Protectorat comme l’atteste
ses discours publié dans Parole d’Actions publié en 1922, traduit et édité en
arabe en 1924. A ce jour, de nombreuses confusions continuent à alimenter
cette thématique de l’Islam dont les développement vertigineux des ces
thématiques attestent les confusions. Dans le champ de la recherche comme
dans le champ de la vulgate, les images génériques dominantes sur les ex indigènes sont, encore, tributaires de ces constructions coloniales et leurs
prolongements nationaux des indépendances dans la construction de
l’histoire. Les images et visions, à priori opposées, celles des nationalistes et
des colonialistes se rejoignent en fin de compte, dans la mesure où elles
expriment des visions construites à des fins politiques évidentes dans deux
contextes différents mais successifs dont l’un est tributaire de l’autre. Les
origines coloniales de nombreux phénomènes résumés dans des «questions»
et problématiques demeurent encore mal élucidés aujourd’hui, dont les
confusions participent à la myopie qui caractérise les études marocaines,
malgré l’abondante documentation qui fournit aux différentes disciplines
l’opportunité de se rappeler, des origines coloniales et de ses systèmes
scolaires de la connaissance sur les structures des sociétés et de leurs passés.
La mutation coloniale elle-même représente en soi une problématique, et tant
que cette mutation demeure encore «obscure», le reste pourrait être perçu
comme une série de spéculations dont les hypothèses nécessitent des
investigations et des recompositions, à l’exemple de la sémantique qui
représente en soit l’objet d’études contextuelles et non seulement un champ
d’études linguistiques.
10
- Alfred Le Chatelier, «Politique musulmane. Lettre à un conseiller d’état », Revue du Monde Musulman, vol.
XII, n° 9, Publication de la Mission Scientifique du Maroc, E. Leroux, Paris, septembre 1910. (165 p.). Sur la
Mission Scientifique, voir, Edmund Burke III., “The image of Moroccan State in French Ethnological
Literature : A New look at the Origins of Lyautey’s Berber Policy”, in E. Gellner & Ch. Micaud (ed.), Arabs &
Berbers, Duckworth, London, 1972, pp. 175-199.
Publié in, M. Cheikh & M. Péraldi, Des femmes sur les routes. Voyage au féminin entre 12
Afrique et Méditerranée, éd. CJB, le Fennec, Karthala, Cacablanca, 2009, pp. 229-244.
Bibliographie :
Fadma, 75 ans environ, récit dictée d’une petite grande vie.
- Moha Abehri, Etre ou ne plus être, éd. Centre Tarik Ibn Zyad, Rabat, 2002.
- Jacques Augarde, Tabor, éd. France Empire, Paris, 1952
- J-D. Carrère. Missionnaire en burnous bleue. Missionnaire en burnous bleu. Au service des
renseignements durant l’épopée marocaine, Ch. Lavauzelle, Limoges, 1973
- Maurice le Glay, De la Pénétration, Conférence au Cours des Affaires indigènes, Institut des
Hautes Etudes Marocaines, Rabat, 1926, Publication de la Résidence Française au Maroc.
- Général Guillaume, Homme de guerre, éd. France Empire, Paris, 1977.
- Jean Herber, «Tatouages marocains», Archives berbères, 1919-1920, pp. 58-66.
- Charles Jeantelot, Repères au Crépuscule, Nouvelles Editions Latines, Paris, 2OO5.
- Colonel Marcel Mathieu, Une Vie Exaltante, Gardet Imprimeur Editeur, Annecy, 1981.
- Roger Salandernne, L’Afrique galante. Reportage chez les prostituées juives et mauresques,
éditions Prima, Paris, s.d. (1932 ?).
- Pascal Le Pautremat, La politique musulmane de la France au XX° siècle, Maisonneuve &
Larose, Paris, 2003.
- Christelle Taraud, La prostitution coloniale. Algérie, Tunisie, Maroc (1830-1962), Payot,
Paris, 2003.
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Afrique et Méditerranée, éd. CJB, le Fennec, Karthala, Cacablanca, 2009, pp. 229-244.