Tuberculose péritonéale : 27 cas dans la banlieue

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Tuberculose péritonéale : 27 cas dans la banlieue
INT J TUBERC LUNG DIS 6(3):253–258
© 2002 IUATLD
Tuberculose péritonéale : 27 cas dans la banlieue
nord-est de Paris
N. Thoreau,* O. Fain,† P. Babinet,* O. Lortholary,‡ M. Robineau,‡ D. Valeyre,‡ P. Boudon,§ J. Desrues,¶
J. Glowinski,¶ D. Mechali,* C. Poirier,‡ P. Joudiou,‡ J. Rautureau,‡ J. Stirnemann,† A. Kettaneh,† P. Cruaud,†
M. Thomas†
* Service de Médecine Interne, de Maladies Infectieuses, Hôpital Delafontaine, Saint-Denis ; † Service de Médecine
Interne et Laboratoire de Microbiologie, Hôpital Jean-Verdier, Bondy; ‡ Service de Maladies Infectieuses, de
Pneumologie, d’Hépato-gastro-entérologie, Hôpital Avicenne, Bobigny ; § Service de Médecine Interne, Hôpital Robert
Ballanger, Aulnay sous Bois ; ¶ Service de Médecine Interne, de Rhumatologie, Hôpital Gonesse; Assistance
Publique-Hôpitaux de Paris, Université Paris Nord, UPRES Recherche Clinique et Thérapeutique, Paris, France
RÉSUMÉ
C A D R E : La tuberculose péritonéale n’a pas disparu en
France dans les années 1990.
O B J E C T I F : En déterminer les caractéristiques dans la
banlieue parisienne.
D E S C R I P T I F : Etude rétrospective des cas pris en charge
entre 1990 et 1998 dans cinq hôpitaux de la banlieue
Nord Est de Paris.
R É S U L T A T S : Un total de 27 cas de tuberculose péritonéale chez l’adulte ont été recensés. Il s’agissait de neuf
femmes et 18 hommes, d’âge moyen 37,5 ans, dont 88,9%
étaient d’origine étrangère. Des symptômes généraux et
des symptômes digestifs, douleurs abdominales et/ou
ascite, étaient présents dans 96,3% des cas. Le délai de
prise en charge moyen était de 30 jours. L’atteinte péritonéale était isolée dans 25,9% des cas, et associée à une
tuberculose pulmonaire dans 40,7% des cas ou hépatique dans 25,9% des cas. Une co-infection par le VIH
(virus de l’immunodeficience humaine) était présente
dans 14,8% des cas. La culture du liquide d’ascite, la
laparoscopie et/ou la laparotomie (n 5 17), avec biopsies dirigées, ont permis un diagnostic formel de tuberculose péritonéale dans 59,2% des cas. Un cas de
rechute ainsi qu’un cas de multirésistance ont été
observés. La durée moyenne de traitement a été de 9 mois
(extrêmes 6–12). Trois patients ont reçu une corticothérapie, et 91,2% des patients ont guéri sans séquelles.
C O N C L U S I O N : La tuberculose péritonéale n’est pas
exceptionnelle en région parisienne. Le diagnostic doit
être évoqué devant une ascite fébrile, et sera confirmé
par la laparoscopie avec prélèvements bactériologiques
et histologiques. Les modalités thérapeutiques demandent à être uniformisées.
M O T S C L É S : tuberculose péritonéale ; tuberculose extrapulmonaire ; laparoscopie ; ascite ; corticoïdes
LA TUBERCULOSE régressait régulièrement dans les
pays industrialisés depuis un siècle. En France, le
rythme de décroissance de l’incidence de la tuberculose était proche de 7% par an jusqu’en 1988.
L’inversion de la tendance épidémiologique s’est traduite d’abord par une stabilisation (14,9 pour 100 000
habitants en 1991), puis par une augmentation de
l’incidence dès 1992 (15,9/100 000 habitants),1 avec
une répartition non-homogène des cas déclarés de
tuberculose sur le territoire français.
Ainsi, en 1992, la région Ile-de-France représente
44,4% des déclarations obligatoires et 41% en 1993,
alors que 18% de la population française y demeure.2
Plusieurs facteurs semblent contribuer à ce phénomène :
flux migratoires, conditions socio-économiques précaires, absence de domicile fixe, et épidémie d’infection
par le virus de l’immunodeficience humaine (VIH).
De 7,6% en 1962, le rapport tuberculoses extrapulmonaires/tuberculoses pulmonaires est passé à
environ 25% en 1994 en France.3 Parmi les formes
extrapulmonaires en recrudescence, la tuberculose
péritonéale est la forme la plus fréquente des tuberculoses abdominales. Le but de cette étude a été de
déterminer les caractéristiques de cette affection dans
la banlieue Nord-Est de Paris (France).
PATIENTS ET METHODES
Entre le 1er janvier 1990 et le 31 décembre 1998, nous
avons réalisé une étude rétrospective dans quatre
hôpitaux de la Seine-Saint-Denis et un du Val d’Oise,
à partir des fichiers de bactériologie, d’anatomie
pathologie et des services de Médecine Interne, afin
de recenser et décrire les manifestations cliniques,
Correspondance à: Olivier Fain, Service de Médecine Interne, Hôpital Jean Verdier, Avenue du 14 Juillet, 93140 Bondy,
France. Tel : (133) 1 48 02 63 96. Fax : (133) 1 48 02 63 61. e-mail: [email protected]
Article submitted 23 April 2001. Final version accepted 29 November 2001.
254
The International Journal of Tuberculosis and Lung Disease
biologiques, radiologiques et l’évolution des tuberculoses péritonéales chez des patients âgés de plus de
15 ans.
Critères diagnostiques
Tous les patients avaient un tableau clinique évocateur d’une infection tuberculeuse et ont répondu au
traitement antituberculeux.
Le diagnostic de tuberculose péritonéale était considéré comme formel quand il existait : 1) une preuve
bactériologique, avec mise en évidence de Mycobacterium tuberculosis à la culture, que ce soit sur le liquide de ponction d’ascite ou sur les biopsies péritonéales, et/ou 2) une preuve histologique à partir des
prélèvements péritonéaux : granulome épithélioïde et
giganto-cellulaire avec nécrose caséeuse, et/ou 3) une
identification de M. tuberculosis DNA par PCR (réaction polymérase en chaîne) dans le liquide péritonéal.
Le diagnostic était considéré comme probable
quand l’un des éléments suivants était présent : 1)
granulome sans nécrose caséeuse sur les biopsies péritonéales ; 2) arguments cliniques évocateurs d’une
atteinte péritonéale (et macroscopique lorsqu’une
laparotomie ou une laparoscopie était réalisée) associés à une tuberculose extra-péritonéale prouvée
bactériologiquement.
RESULTATS
Vingt-sept observations ont été analysés : neuf
femmes (33%) et 18 hommes (67%) (sex ratio : 2).
Pendant cette même période et dans les mêmes services, 303 tuberculoses extrapulmonaires ont été
prises en charge, soit une incidence de 8,9%. L’âge
moyen au moment du diagnostic était de 37,6 ans
(extrêmes 19–68 ans). La classe d’âge des 25–44 ans
était la plus représentée (59,3%). Au total, 88,9% des
patients étaient d’origine étrangère, avec une majorité
de patients originaires d’Afrique : Afrique Noire (37%),
Tableau 1
et Maghreb (26%). Les autres patients étaient originaires d’Asie (18,5%), d’Amérique du Sud (3,7%) et
d’Europe (3,7%) (Tableau 1). Les données épidémiologiques sont parfois incomplètes du fait du caractère rétrospectif de l’étude. Six patients (22,2%)
avaient des antécédents personnels tuberculeux, et un
contage tuberculeux existait chez trois autres patients
(11%). Les données concernant le statut vaccinal des
patients n’étaient pas disponibles. L’intradermoréaction à la tuberculine, effectuée chez 14 patients,
était positive (.10 mm) dans sept cas, et phlycténulaire dans deux cas. Dix patients (37%) présentaient
au moins un facteur d’immunodépression : une infection par le VIH était connue chez quatre patients
(14,8%), alors que seules deux patientes de notre
série avaient un statut VIH non connu ; quatre
patients (14,8%) étaient éthyliques chroniques, dont
un cirrhotique, et deux étaient diabétiques (7,4%).
Quatorze des 20 patients (soit 70%) pour lesquels
nous avons des informations concernant leurs conditions sociales font partie des catégories sociales ayant
un niveau socio-économique faible : chômeurs (25%),
ouvriers (22%) et retraités (4%).
Les manifestations cliniques sont détaillées dans le
Tableau 2. Le mode de révélation le plus fréquent
(96,3% des cas) est l’association de signes généraux et
d’une symptomatologie abdominale : altération de
l’état général (88,9%), fièvre (74,1%), sueurs nocturnes (14,8%), douleurs abdominales (74,1%), distension abdominale avec ascite (81,5%), diarrhée non
glairo-sanglante (29,6%). Un patient a présenté un
tableau pseudo-chirurgical avec suspicion d’appendicite aiguë, ayant nécessité une laparotomie exploratrice. Le délai médian de prise en charge (entre le
début des symptômes et la première consultation)
était de 30 jours (extrêmes 3 jours à 1 an). Un syndrome inflammatoire existait dans tous les cas. Une
lymphopénie (,1500/mm3) était présente chez 10
patients (41.6%), dont les quatre patients infectés par
Tuberculose péritonéale : épidémiologie
19804
Pieron, France
Hamdani, Maroc 19875
Bennani, Maroc 19886
Peghini, Dakar 19897
Manohar, Afrique du Sud 19908
Bhargava, Inde 19929
Mimica, Bosnie 199210
Sandikçi, Turquie 199211
Ramaiya, Inde 199312
Sathar, Afrique du Sud 199513
Lisehora, Hawaii 199614
Notre série
F 5 féminin ; M 5 masculin.
Nombre
Sexe (%)
Age moyen
22
207
300
68
145
M (95.4)
F (68)
F (68)
F5M
F (57.9)
34 ans
29,5 ans
34 ans
36 ans
32 ans (F)
39 ans (M)
38
32
135
84
30
28
F5M
F (59.4)
F (59.2)
F5M
—
M (68)
37 ans
41,5 ans
30,9 ans
29,5 ans
37 ans
29,5 ans
27
M (67)
37,6 ans
Ethnie
Africains
—
—
—
97,9% Africains
2,1% Indiens
—
—
—
—
96% Noirs Africains
57% îles du Pacifique
18% « Caucasiens »
14% Philippins
63% Africains
18,5% Asiatiques
255
Tuberculose péritonéale : 27 cas dans la banlieue nord-est de Paris
Tableau 2
Tuberculose péritonéale : manifestations cliniques
Ascite
(%)
Nombre
Pieron, France 19804
Hamdani, Maroc 19875
Bennani, Maroc 19886
Peghini, Dakar 19897
Manohar, Afrique
du Sud 19908
Bhargava, Inde 19929
Mimica, Bosnie 199210
Sandikçi, Turquie 199211
22
207
300
68
145
38
32
135
Ramaiya, Inde 199312
84
Lisehora, Hawaii 199614
Notre série
28
27
40.9
74
76.3
80.9
95
100
75
96
70 ; distension
abdominale : 56
36 ; distension
abdominale : 61
81.5
Douleurs
abdominales
(%)
AEG
(%)
Atteinte
pulmonaire
et/ou pleurale
(%)
90.9
76
75
4.4
31.8 ; troubles du transit : 27.2
72 ; diarrhée : 40.5
87
8.8
54.5
74
85
—
—
20
42
—
54
66
75
70
36
39
50
96
44
37
66
80
18
37
37
—
—
36
37
12
64
74,1%
71
74,1 diarrhée : 29,6
71
88,9
Fièvre
(%)
—
40,7
AEG 5 altération de l’état général.
le VIH. Parmi les six patients lymphopéniques non
infectés par le VIH, la moyenne du taux des lymphocytes était de 770/mm3.
Le bilan hépatique était normal chez 13 patients
(48,2%). Une cholestase isolée était observée dans
huit cas (29,6%), le plus souvent anictérique (n 5 6),
et une cholestase associée à une cytolyse dans quatre
cas (14.8%). Une biopsie hépatique, effectuée chez
quatre patients, a retrouvé dans tous les cas une hépatite granulomateuse. Le dosage du CA 125 réalisé
chez quatre patientes était élevé dans ces quatre cas,
avec une moyenne de 337 UI/l (N , 35UI/l). La
radiographie thoracique était anormale chez 19
patients, avec dans 12 cas une pleurésie. L’échographie abdominale réalisée chez 25 patients (92,6%), et
complétée dans la moitié des cas par un scanner abdominal, permettait de mettre en évidence un épanchement péritonéal dans 22 (88%) cas, avec dans un cas
des lésions d’allure kystique traduisant une ascite cloisonnée sus méso-colique, une infiltration de la graisse
mésentérique dans six cas et des adénopathies abdominales dans deux cas.
Une ponction d’ascite, effectuée chez 19 patients
(70,4%), retrouvait dans 95% de ces cas un exsudat
lymphocytaire. L’examen direct était positif dans un
cas, et la culture dans quatre cas (21%). Une laparoscopie et/ou laparotomie était pratiquée chez 17
patients (62,9%). L’analyse bactériologique des prélèvements effectués en per-opératoire permettait
d’affirmer le diagnostic de tuberculose dans six cas
(35,3%), avec une culture positive à M. tuberculosis.
L’examen direct ne retrouvait la présence de bacilles
acido-alcoolo-résistants dans aucun de ces cas.
L’aspect macroscopique du péritoine était très évocateur du diagnostic de tuberculose péritonéale avec
présence de granulations péritonéales dans 12 cas
parmi les 19 ayant subi une laparoscopie (n 5 10) et/
ou laparotomie (n 5 9) ; des adhérences étaient
notées dans 10 cas. Une lésion granulomateuse était
objectivée chez 15 patients, avec dans neuf cas un
granulome avec nécrose caséeuse, dont trois avec une
analyse bactériologique positive. Les explorations
chirurgicales n’ont pas permis d’établir un diagnostic
formel de tuberculose péritonéale chez cinq patients,
malgré l’existence d’une ascite, la présence de M.
tuberculosis dans les prélèvements pulmonaires et la
guérison sous traitement spécifique. Pour 11 patients
(40,7%), le diagnostic était probable : granulome
sans nécrose caséeuse avec bactériologie péritonéale
négative dans trois cas, diagnostic indirect reposant
sur des arguments cliniques associée à une tuberculose extra-péritonéale prouvée (recherche de M.
tuberculosis dans les crachats et/ou urines positive)
dans cinq cas, et traitement d’épreuve efficace en 3
mois dans trois cas.
Une quadrithérapie antituberculeuse (isoniazide
[INH], rifampicine [RMP], ethambutol [EMB], pyrazinamide [PZA]) a été instaurée chez 16 patients
(59,3%) et une trithérapie (INH, RMP, PZA ou EMB)
chez les 11 autres patients (40,7%).
La durée moyenne du traitement était de 9 mois
(extrêmes 6–12 mois). Des effets secondaires du
traitement antituberculeux ont été observés chez 12
patients (44,4%), avec une hépatotoxicité dans la
moitié des cas. Une corticothérapie adjuvante a été
débutée dans trois cas (11,1%) : d’emblée chez un
patient séropositif pour le VIH présentant une tuberculose disséminée, et chez deux patients du fait de
l’absence d’amélioration de l’état général sous antituberculeux. Un seul cas de multirésistance (INH 1
RMP 1 streptomycine) aux antituberculeux a été
répertorié chez un patient originaire du Cap-Vert
ayant antérieurement présenté une tuberculose résistante à l’INH (résistance primaire). Quatre patients
ont été perdus de vue dans les 6 premiers mois de
traitement. La période de suivi des autres patients a
été en moyenne de 14 mois. Une guérison sans
séquelles a été obtenue chez 21 autres patients, un
256
The International Journal of Tuberculosis and Lung Disease
patient a présenté une éventration secondaire à la laparotomie dont la cure a été réalisé 7 mois plus tard
sans complications, et un patient a présenté une
rechute 14 mois après l’arrêt du traitement.
DISCUSSION
La tuberculose péritonéale représente 3,7% des
tuberculoses extrapulmonaires,3 8,9% dans notre
série, et est la forme la plus fréquente des tuberculoses
abdominales.6,15,16 Dans les pays en voie de développement, l’étiologie tuberculeuse reste la première
cause des ascites.6 Cette série de 27 cas de tuberculose
péritonéale, recensés sur une période de 9 ans, rappelle que la tuberculose péritonéale (TP) n’est pas une
affection exceptionnelle en France. Le sujet jeune est
principalement atteint (Tableau 1) avec une moyenne
située autour de 35 ans (extrêmes de 29,5 à 41,5 ans).
Une prédominance féminine est retrouvée dans une
majorité des cas, notamment sur le continent africain
(Tableau 1). La prédominance masculine dans de
nombreux pays européens et dans notre série (sex
ratio 2,1), peut être expliquée par le fort contingent
de travailleurs immigrés pour lesquels la tuberculose
péritonéale est plus fréquente par rapport aux sujets
autochtones (66,6% des hommes de notre étude sont
originaires d’Afrique). Les circonstances de découverte de la tuberculose péritonéale sont très diverses,
car la symptomatologie est souvent non spécifique,
mais elles sont dominées par l’ascite fébrile dans la
majorité des séries (Tableau 2). Certaines formes
pseudo-chirurgicales et pseudo-tumorales (avec élévation des marqueurs tumoraux comme le CA 12515)
sont décrites et constituent des difficultés diagnostiques. Ainsi, les formes pseudo-chirurgicales, tableaux de péritonite appendiculaire, d’appendicite
aiguë voire d’occlusion aiguë, représentent selon les
séries de 1,3 à 8,8% des cas.6 L’immunodépression
est un facteur favorisant ; en effet les tuberculoses
péritonéales sont deux à trois fois plus fréquentes
chez les sujets séropositifs pour le VIH.17 Dans notre
série, les quatre patients séropositifs pour le VIH
(14,8%) ont contracté la tuberculose à un stade
d’immunodépression sévère, avec un taux de CD4
,90/mm3, et présentaient au minimum une localisation extra-péritonéale, de la fièvre et une altération de
l’état général. Quand la tuberculose est contractée au
stade d’immunodépression sévère (CD4 ,100/mm3),
les signes généraux sont au premier plan d’une maladie qui est souvent disséminée, avec un test tuberculinique négatif dans deux tiers des cas, et des granulomes absents ou non spécifiques. Dans les cas où elle
survient précocement dans l’évolution, il s’agit habituellement d’un réveil d’une infection ancienne latente ;
la présentation et l’évolution restent alors comparables
aux tuberculoses des sujets immunocompétents.15,18
Un épanchement pleural est noté chez 22 à 32%19
des patients atteints de tuberculose péritonéale, et une
localisation pulmonaire dans 50% des cas. Ce taux
d’atteinte pulmonaire et/ou pleurale est de 40,7%
dans notre étude. Une tuberculose hépatique (histologiquement prouvée) est associée dans 14,8% des
cas de notre série (51,8% des patients présentant des
anomalies du bilan hépatique), et à des degrés variables selon les études : 17%,6 27.9%7 et 25%.10
L’analyse du liquide d’ascite doit être systématique,
même si dans notre série la culture n’est positive que
dans 21% des cas, contre 35,2% pour la mise en culture des prélèvements per-opératoire. La positivité des
cultures est d’autant plus élevée que les prélèvements
(à priori pauci-bacillaire) sont importants. Quant à la
technique de PCR, elle n’a été utilisée que chez trois
patients (11,1%), avec un résultat positif dans un cas,
alors que la culture classique était positive dans deux
des trois cas. La mesure de l’activité adénosine déaminase (ADA) semble d’un intérêt diagnostic,13 pouvant être éventuellement une alternative à la chirurgie
dans les pays à forte endémicité, la valeur prédictive
positive étant de 96% lorsque le taux est supérieure à
30 UI/ml. Le dosage des LDH dans le liquide d’ascite
apparaît comme un test sensible (90% pour un taux
.90 UI/l) mais peu spécifique (14% pour un taux
.90 UI/l) de tuberculose péritonéale.20 Il est élevé
chez 100% des patients indemnes de cirrhose et 84%
chez ceux présentant une cirrhose. La laparoscopie
avec biopsies dirigées reste considérée comme la
méthode de référence pour le diagnostic de tuberculose
péritonéale.5–8,10,11,21 La laparotomie n’est réservée
qu’aux formes sèches ou « fibro-adhésives » (5 à 13%
des cas),5,6 du fait des symphyses péritonéales et du
risque de perforation digestive. Dans notre série, la
laparoscopie, voire la laparotomie, avec biopsies
dirigées, ont permis d’établir un diagnostic formel
(bactériologique et/ou histologique) de tuberculose
péritonéale chez 44,4% des patients contre 18,5%
pour la seule analyse du liquide de ponction d’ascite,
ce qui est bien moindre que les données de Bennani,6
l’examen histo-pathologique des prélèvements permettant d’apporter une preuve formelle de la nature
tuberculeuse de l’atteinte péritonéale dans 86 à 90%
des cas.
Le traitement de la tuberculose péritonéale reste
avant tout médical. L’adjonction d’une corticothérapie par voie générale ne semble pas permettre
d’accélérer l’amélioration de l’état général ou le délai
de résorption de l’ascite.5,6 Dans notre étude, seuls
trois patients ont reçu des corticoïdes, à des doses et
pour des durées variables, ne permettant pas de conclure. Seule une étude prospective permettrait d’établir l’intérêt d’une telle association sur l’évolution initiale et le risque de séquelles (occlusion intestinale
tardive).
La prévalence de tuberculose à bacilles multirésistants (MDR) en France est faible, mais existe : 0,5%
en 1992 et 1993, et 0,6% en 1995.22,23 Parmi ces cas
de tuberculose à bacilles multirésistants, il n’y avait
Tuberculose péritonéale : 27 cas dans la banlieue nord-est de Paris
aucun cas de tuberculose péritonéale en 1995 (un seul
cas dans notre série). L’évolution à moyen terme est le
plus souvent favorable :24 disparition de la fièvre en
quelques jours, reprise pondérale en 4 à 6 semaines, et
assèchement de l’épanchement intra-abdominal en
2 mois environ. Une guérison sans séquelles a été
obtenue chez 22 patients de notre série (91,6% des 24
patients non perdus de vue), ce qui est proche du taux
de guérison de 89,3% dans la série de Lisehora,14 et
97,4% dans la série de Bhargava.9 Un cas de rechute
(3,7%) a été observé dans notre étude, comparé à
0.9% dans la série des 207 patients de Hamdani.5
Nous n’avons recensé aucun décès imputable à la
tuberculose alors que la mortalité est de 1.4%5 à
10%3 dans les séries de tuberculose péritonéale, principalement en post-opératoire ou dans le cadre de
tuberculoses disséminées.
La symptomatologie de la tuberculose péritonéale
est peu spécifique, ce qui occasionne souvent des
retards diagnostiques. L’existence d’une ascite fébrile
inexpliquée doit faire évoquer le diagnostic et réaliser
une laparoscopie. Les modalités thérapeutiques
mériteraient d’être évaluées (durée des traitements,
corticothérapie).
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SUMMARY
S E T T I N G : Peritoneal tuberculosis did not disappear
from France during the 1990s.
O B J E C T I V E : To determine the characteristics of peritoneal tuberculosis in the north-eastern suburbs of Paris.
M E T H O D : A retrospective study of cases diagnosed with
peritoneal tuberculosis between 1990 and 1998 in five
suburban hospitals in the north-east region of Paris.
R E S U L T S : Twenty-seven cases of adult peritoneal tuberculosis were diagnosed. There were nine women and 18
men, with a mean age of 37.5 years, 88.9% of whom were
foreign born. General and digestive symptoms—abdominal pain and/or ascites—were present in 96.3% of the
cases. The mean delay in treatment was 30 days. Peritoneal involvement was isolated in 25.9% of cases, and associated with pulmonary tuberculosis in 40.7% or hepatic
tuberculosis in 25.9%. Co-infection with HIV (human
immunodeficiency virus) was present 14.8% of cases. Culture of ascites fluid, laparoscopy and/or laparotomy (n 5
17), with directed biopsy, aided in the formal diagnosis of
peritoneal tuberculosis in 59.2%. One relapse and one
case of multiresistance were observed. The mean duration
of treatment was 9 months (range 6–12 months). Three
patients received treatment with corticosteroids, and
91.2% of the patients achieved cure without sequelae.
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The International Journal of Tuberculosis and Lung Disease
Peritoneal tuberculosis is not rare in
the Paris region. The diagnosis should be suspected
in case with ascites and fever, and can be confirmed
CONCLUSION:
by laparoscopy with sampling for bacteriology and
histology. The methods of treatment need to be
standardised.
RESUMEN
M A R C O D E R E F E R E N C I A : En los años 1990, la tuberculosis peritoneal no había desaparecido en Francia.
O B J E T I V O : Determinar las características de la tuberculosis peritoneal en el noreste de los alrededores de
París.
M É T O D O : Estudio retrospectivo de los casos tratados
entre 190 y 1998 en cinco hospitales del noreste de los
alrededores de París.
R E S U L T A D O S : Se diagnosticaron 27 casos de tuberculosis peritoneal en adultos. Se trataba de nueve mujeres y
18 hombres ; el promedio de edad era de 37,5 años y el
88,9% de ellos eran de origen extranjero. En el 96,3%
de los casos síntomas generales y digestivos (dolores
abdominales y/o ascitis) estaban presentes. El promedio
de la demora para el tratamiento era de 30 días. En el
25,9% de los casos la localización era únicamente peritoneal ; estaba asociada a una tuberculosis pulmonar en
el 40,7% de los casos y a una tuberculosis hepática en el
25,9%. Se constató una coinfección por el virus de la
inmunodeficiencia humana (VIH) en el 14,8% de los
casos. El cultivo del líquido ascítico, la laparoscopía o la
laparatomía (17), con biopsias dirigidas, permitieron un
diagnóstico formal de tuberculosis peritoneal en el
59,2% de los casos. Se observaron un caso de recaída y
un caso de multirresistencia. La duración promedio del
tratamiento fue de 9 meses (extremos : 6–12). Tres
pacientes recibieron una corticoterapia. El 91,2% de los
pacientes curaron sin secuelas.
C O N C L U S I Ó N : La tuberculosis peritoneal no es excepcional en la región parisina. El diagnóstico debe ser
evocado ante una ascitis febril y será confirmado por
laparoscopía con exámenes bacteriológicos e histológicos. Las modalidades terapéuticas deben ser uniformadas.