Dossier documentaire

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Document 1 : Schumpeter et la théorie économique traditionnelle
La théorie du monopole […] nous enseigne que, sauf dans les cas limites, le prix de monopole est plus élevé et la
production moindre que ne le sont le prix et la production concurrentiels. Ces conclusions sont exactes, mais seulement
si la méthode et l'organisation de la production - ainsi que toutes les autres conditions - sont exactement les mêmes dans
les deux cas. En fait, cependant, il existe des méthodes supérieures accessibles au monopoleur, mais qui ne sont
aucunement applicables ou le sont moins facilement par une foule de concurrents. […] Le principal avantage tiré par
une entreprise d'une position de vendeur unique, obtenue au moyen d'un brevet ou d'une stratégie monopolistique, ne
consiste pas tant dans la possibilité pour cette firme de se livrer temporairement aux agissements d'un monopoleur que
dans la protection acquise de la sorte contre la désorganisation momentanée du marché, ainsi que dans les coudées
franches obtenues pour la réalisation d'un programme à long terme. […]
L'introduction de nouvelles méthodes de production et de nouvelles marchandises est difficilement concevable si, dès
l'origine, les innovateurs doivent compter avec des conditions de concurrence parfaite. […] Ceci veut dire que le
progrès économique […] est en majeure partie incompatible avec de telles conditions.
J. A. Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), Payot, 1990.
1.
2.
Pourquoi la théorie économique traditionnelle critique-t-elle les situations de monopoles ?
Expliquez l'attitude de Schumpeter face aux monopoles.
Document 2 : la nature du régime capitaliste
Le capitalisme, constitue, de par sa nature, un type ou une méthode de transformation économique et, non seulement il
n'est jamais stationnaire, mais il ne pourrait jamais le devenir. Or, ce caractère évolutionniste du processus capitaliste ne
tient pas seulement au fait que la vie économique s'écoule dans un cadre social et naturel qui se transforme
incessamment et dont les transformations modifient les données de l'action économique. […] En fait, l'impulsion
fondamentale qui met et maintient en mouvement la machine capitaliste est imprimée par les·nouveaux objets de
consommation, les nouvelles méthodes de production et de transport, les nouveaux marchés, les nouveaux types
d'organisation industrielle - tous éléments créés par l'initiative capitaliste.
Le contenu des budgets ouvriers, disons de 1760 à 1940, n'a pas simplement grossi sur la base d'un assortiment constant,
mais il s'est constamment modifié du point de vue qualitatif. De même, l'histoire de l'équipement productif d'une ferme
typique, à partir du moment où furent rationalisés l'assolement1, les façons culturales et l'élevage jusqu'à aboutir à
l'agriculture mécanisée contemporaine - débouchant sur les silos et les voies ferrées - ne diffère pas de l'histoire de
l'équipement productif de l'industrie métallurgique, depuis le four à charbon de bois jusqu'à nos hauts-fourneaux
contemporains, ou de l'histoire de l'équipement productif d'énergie, depuis la roue hydraulique jusqu'à la turbine
moderne, ou de l'histoire des transports, depuis la diligence jusqu'à l'avion. L'ouverture de nouveaux marchés nationaux
ou extérieurs et le développement des organisations productives, depuis l'atelier artisanal et la manufacture jusqu'aux
entreprises amalgamées telles que l'U.S. Steel2, constituent d'autres exemples du même processus de mutation
industrielle - si l'on me passe cette expression biologique qui révolutionne incessamment de l'intérieur la structure
économique, en détruisant continuellement ses éléments vieillis et en créant continuellement des éléments neufs.
J. A. Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), Payot, 1990.
1. Division des terres agricoles en parties distinctes (les soles), consacrées chacune à une culture donnée pendant une saison.
2. Entreprise sidérurgique américaine.
1.
2.
3.
Quelle est, pour Schumpeter, la principale caractéristique du système capitaliste ?
Montrez que Schumpeter considère les transformations du capitalisme sur les plans quantitatifs et qualitatifs.
Expliquez le schéma suivant à partir du texte de Schumpeter et de vos connaissances.
Schéma extrait de P. Combemale (dir.), Nouveau Manuel SES de Terminale, La Découverte, 2007.
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Document 3 : qu'est-ce l'innovation ?
Produire, c'est combiner les choses et les forces présentes dans notre domaine. Produire autre chose ou autrement, c'est
combiner autrement ces forces et ces choses […]. [L'innovation est] l'exécution de nouvelles combinaisons. Ce concept
englobe les cinq cas suivants :
1)
Fabrication d'un bien nouveau, c'est-à-dire encore non familier au cercle des consommateurs, ou d'une qualité
nouvelle d'un bien.
2)
Introduction d'une méthode de production nouvelle, c'est-à-dire pratiquement inconnue de la branche intéressée
de l'industrie ; il n'est nullement nécessaire qu'elle repose sur une découverte scientifiquement nouvelle et elle
peut aussi résider dans de nouveaux procédés commerciaux pour une marchandise.
3)
Ouverture d'un débouché nouveau, c'est-à-dire d'un marché où jusqu'à présent la branche intéressée de l'industrie
du pays intéressé n'a pas encore été introduite, que ce marché ait existé avant ou non.
4)
Conquête d'une source nouvelle de matières premières ou de produits semi-ouvrés1 ; à nouveau, peu importe
qu'il faille créer cette source ou qu'elle ait existé antérieurement, qu'on ne l'ait pas prise en considération ou
qu'elle ait été tenue pour inaccessible.
5)
Réalisation d'une nouvelle organisation, comme la création d'une situation de monopole (par exemple la
trustification) ou l'apparition brusque d'un monopole.
J. A. Schumpeter (1912), Théorie de l'évolution économique, Dalloz, 1999.
1. Produits semi-finis, c'est-à-dire qui interviennent dans la production d'autres produits.
1.
2.
Quelle est la différence entre produire et innover ?
Trouvez un exemple illustrant chaque type d'innovation mis en évidence par Schumpeter.
Document 4 : les grappes d'innovation
Pourquoi les entrepreneurs n'apparaissent-ils pas d'une manière continue et égale dans chaque période, mais en troupe ?
Premièrement : […] l' "exécution de nouvelles combinaisons est difficile" et accessible seulement à des personnes de
qualités déterminées […]. Seules quelques personnes ont les "aptitudes voulues pour être chefs" dans une telle situation,
bref dans une situation qui n'est pas 1' "essor", seules quelques-unes peuvent avoir du succès à ce moment. Mais si une
personne ou quelques-unes ont marché de l'avant avec succès, maintes difficultés tombent. D'autres personnes peuvent
suivre ces premières, ce qu'elles feront sous l'aiguillon d'un succès qui paraît désormais accessible. […] Deuxièmement :
[…] dans des branches économiques, où il y a encore de la concurrence et une pluralité de personnes indépendantes,
nous constatons d'abord l'apparition isolée de l'innovation - en particulier dans des exploitations ad hoc -, nous voyons
ensuite les entreprises existantes s'emparer de l'innovation avec une vitesse et une perfection inégales, d'abord quelquesunes, puis en nombre toujours plus grand d'entre elles […]. Troisièmement : ce qui précède explique l'apparition en
groupes des entrepreneurs d'abord dans la branche où les premiers apparaissent, et ce jusqu'à l'épuisement, caractérisé
par l'élimination du profit, des possibilités qu'offre la voie nouvelle à l'économie privée. […] L'apparition en groupe des
entrepreneurs, seule cause du phénomène de 1' "essor", n'a sur l'économie une influence, différant qualitativement de
l'influence qu'aurait leur apparition continue répartie également dans le temps, que dans la mesure où elle ne signifie pas,
comme cette dernière, une perturbation toujours imperceptible de l'équilibre, mais signifie une grande perturbation
procédant par à-coups, une perturbation d'un autre ordre de grandeur.
J. A. Schumpeter (1912), Théorie de l'évolution économique, Dalloz, 1999.
1.
2.
3.
4.
Pourquoi les innovations apparaissent-elles le plus souvent par grappes ?
Trouvez dans la période contemporaine un exemple de "grappe d'innovations".
Le changement économique est-il un processus continu ?
Montrez que l'innovation est source de croissance en complétant les deux schémas ci-dessous (cf. document 3).
Innovation de type 2, 4 et 5 (insérez des ou des selon le cas)
...... des prix
Gains de
productivité
...... des coûts unitaires
de production
...... des
salaires
...... des
bénéfices
...... des dividendes
...... des investissements
...... de la
demande
...... de la
production
Innovation de type 1, 3 et 4 (utilisez les termes suivants : besoin, performance, marché, demande)
Apparition d'un nouveau produit plus ……………………… apparition de nouveaux ……………………… apparition d'une nouvelle ……………………… création d'un nouveau ……………………… hausse de la
production des entreprises.
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Document 5 : la destruction créatrice
Quand nous considérons ces
fluctuations de longue durée
affectant l'activité économique,
l'analyse nous révèle, davantage que
celle de n'importe quel autre
phénomène, la nature et le
mécanisme de l'évolution capitaliste.
Chacune de ces oscillations
comprend
une
"révolution
industrielle", puis l'assimilation des
effets de cette dernière. […]
De telles révolutions remodèlent
périodiquement
la
structure
existante
de
l'industrie,
en
introduisant de nouvelles méthodes
de production - l'usine mécanisée,
l'usine électrifiée, la synthèse
chimique, et ainsi de suite ; de
nouveaux biens - tels que les
services
ferroviaires,
les
automobiles,
les
appareils
électriques ; de nouvelles formes
d'organisation - telles que les
fusions de sociétés ; de nouvelles
sources d'approvisionnement - laine
de la Plata, coton d'Amérique,
cuivre du Katanga ; de nouvelles
routes commerciales et de nouveaux
marchés pour les achats ou pour les
ventes.
Ce
processus
de
mutation
industrielle
imprime
l'élan
fondamental qui donne leur ton
général aux affaires : pendant que
ces nouveautés sont mises en train,
la dépense est facile et la prospérité
est prédominante - nonobstant, bien
entendu, les phases négatives des
cycles plus courts superposés à la
tendance fondamentale en hausse mais, en même temps que ces
réalisations s'achèvent et que leurs
fruits se mettent à affluer, l'on
assiste à l'élimination des éléments
périmés de la structure économique
et la "dépression" est prédominante.
Ainsi se succèdent des périodes
prolongées de gonflement et de
dégonflement des prix, des taux
d'intérêt, de l'emploi, et ainsi de
suite, ces phénomènes constituant
autant de pièces du mécanisme de
rajeunissement
récurrent
de
l'appareil de production.
Or, ces révolutions se traduisent
chaque fois par une avalanche de
biens de consommation qui
approfondit et élargit définitivement
le courant du revenu réel, même si,
initialement, elle provoque des
troubles, des pertes et du chômage.
J. A. Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie (1942) Payot, 1951.
Schéma extrait de P. Combemale (dir.), Nouveau Manuel SES de Terminale, La Découverte, 2007.
1.
2.
3.
4.
Expliquez le passage souligné.
Que signifie "24,2" ?
Entre 2000 et 2005, par combien ont été multipliées les ventes de lecteurs de DVD ? Quelle a été l'évolution du
nombre de magnétoscopes vendus ?
Comment pouvez-vous expliquer ces évolutions ?
Document 6 : le rôle de l'entrepreneur dans l'innovation
Maintenant surgit la question décisive : pourquoi exécuter de nouvelles combinaisons est-il un fait particulier et l'objet
d'une "fonction" de nature spéciale ? […] Pourquoi l'exploitant individuel ne peut-il pas user de ces nouvelles
possibilités aussi bien que des anciennes ; pourquoi, de même qu'il s'y entend à tenir suivant l'état du marché plus de
porcs ou plus de vaches laitières, ne peut-il pas choisir un nouvel assolement1, si on lui démontre qu'il est plus
avantageux ? On peut analyser la nature de ces difficultés sous trois rubriques. En premier lieu, l'agent économique,
hors des voies accoutumées, manque pour ses décisions des données que le plus souvent il connaît très exactement
quand il reste sur les voies habituelles, et pour son activité il manque de règles. […] Ce point concerne le problème posé
à l'agent économique ; le second concerne sa conduite. Il est objectivement plus difficile de faire du nouveau que de
faire ce qui est accoutumé et éprouvé, et ce sont là deux choses différentes ; mais l'agent économique oppose encore une
résistance à une nouveauté, il lui opposerait même une résistance si les difficultés objectives n'étaient pas là. L'histoire
de la science confirme grandement le fait qu'il nous est extrêmement difficile de nous assimiler, par exemple, une
nouvelle conception scientifique. […] Le troisième point est la réaction que le milieu social oppose à toute personne qui
veut faire du nouveau en général ou spécialement en matière économique, Cette réaction s'exprime d'abord dans les
obstacles juridiques ou politiques. Même abstraction faite de cela, chaque attitude non conforme d'un membre de la
communauté sociale est l'objet d'une réprobation dont la mesure varie suivant que la communauté sociale y est adaptée
ou non.
J. A. Schumpeter (1912), Théorie de l'évolution économique, Dalloz, 1999.
1. Division des terres agricoles en parties distinctes (les soles), consacrées chacune à une culture donnée pendant une saison.
1.
2.
3.
4.
À quelles difficultés est confrontée une personne cherchant à innover ?
Comment appelle-t-on en sociologie le phénomène auquel fait référence le passage souligné ?
Donnez des exemples d'entrepreneurs au sens de Schumpeter.
Selon vous, qu'est-ce qui distingue un entrepreneur d'un inventeur, d'une entreprise, d'un travailleur indépendant ?
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Document 7 : le profit de l'entrepreneur
Le profit de l'entrepreneur considéré et de ceux qui le suivent immédiatement disparaît. Pas d'un seul coup, il est vrai,
mais en règle générale après une période plus ou moins longue de diminution progressive. Cependant, le surplus est
réalisé, il constitue dans des conditions données un montant déterminé de revenu net, même s'il n'est que temporaire.
Mais à qui échoit-il ? Évidemment aux individus qui ont introduit les métiers à tisser dans le circuit, donc pas
nécessairement à leurs inventeurs, ni à leurs producteurs ou utilisateurs. […] En quoi a consisté la contribution des
individus considérés ? Seulement en volonté et en action. […] Et qu'ont-ils fait ? Ils […] ont employé les moyens de
production existants différemment, de façon plus appropriée, plus avantageuse. Ils ont "mis en pratique de nouvelles
combinaisons". Ils sont des entrepreneurs. Et leur profit, le surplus que ne contrebalance aucun passif, est un profit
d'entrepreneur.
J. A. Schumpeter (1912), Théorie de l'évolution économique, Dalloz, 1999.
1.
2.
Pourquoi le profit de l'entrepreneur n'est-il que "temporaire" ?
Qu'est-ce qui justifie le profit de l'entrepreneur selon Schumpeter ?
Document 8 : vers la disparition de l'esprit d'entreprise ?
Nous avons vu que le rôle de l'entrepreneur consiste à réformer ou à révolutionner la routine de production en exploitant
une invention ou, plus généralement, une possibilité technique inédite (production d'une marchandise nouvelle, ou
nouvelle méthode de production d'une marchandise ancienne, ou exploitation d'une nouvelle source de matières
premières ou d'un nouveau débouché, ou réorganisation d'une branche industrielle, et ainsi de suite). C'est à ce genre
d'activités que l'on doit primordialement attribuer la responsabilité des "prospérités" récurrentes qui révolutionnent
l'organisme économique, ainsi que des "récessions" non moins récurrentes qui tiennent au déséquilibre causé par le choc
des méthodes ou produits nouveaux.
Or, cette fonction sociale est, dès à présent, en voie de perdre son importance et elle est destinée à en perdre de plus en
plus et à une vitesse accélérée dans l'avenir, ceci même si le régime économique lui-même, dont l'initiative des
entrepreneurs a été le moteur initial, continuait à fonctionner sans perturbations. En effet, d'une part, il est beaucoup
plus facile désormais que ce n'était le cas dans le passé, d'accomplir des tâches étrangères à la routine familière - car
l'innovation elle-même est en voie d'être ramenée à une routine. Le progrès technique devient toujours davantage
l'affaire d'équipes de spécialistes entraînés qui travaillent sur commande et dont les méthodes leur permettent de prévoir
les résultats pratiques de leurs recherches. Au romantisme des aventures commerciales d'antan succède rapidement le
prosaïsme1, en notre temps où il est devenu possible de soumettre à un calcul strict tant de choses qui naguère devaient
être entrevues dans un éclair d'intuition géniale. Ainsi, le progrès économique tend à se dépersonnaliser et à
s'automatiser. Le travail des bureaux et des commissions tend à se substituer à l'action individuelle.
J. A. Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), Payot, 1990.
1. Sens du concret.
1.
2.
Quelle est la crainte affichée par Schumpeter ?
Comment explique-t-il l'évolution qu'il décrit ?
Document 9 : proportion d'entreprises ayant innové entre 2002 et 2004 en France
Entreprises innovantes
10 à 49 salariés
50 à 249 salariés
250 salariés et plus
Moyenne
21,0
42,0
63,0
24,9
Dont innovations de
produits
10,1
24,7
45,8
13,0
Dont innovations de
procédé
17,0
33,5
52,8
20,1
Champ : entreprises marchandes d'au moins 10 salariés.
Enquête SESSI sur l'innovation, INSEE / Ministère de l'industrie, 2004, http://www.industrie.gouv.fr/sessi/enquetes/innov/cis4/Q234a.html.
1.
2.
3.
4.
Que signifient les chiffres soulignés ?
Quelles sont les entreprises les plus innovantes ?
Pourquoi dans la deuxième colonne du tableau, la moyenne est-elle plus proche de 21,0 % que de 63,0 % ?
Ce document remet-il en cause la théorie de l'entrepreneur développée par Schumpeter ?
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Document 10 : les NTIC, une nouvelle vague technologique
Les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) constituent l'une de ces vagues
technologiques fondamentales qui ponctuent l'histoire du capitalisme et que les historiens qualifient de révolutions
industrielles. […]
Les NTIC concernent trois domaines : la téléphonie, l'audiovisuel et l'informatique. L'origine de cette mutation
technologique remonte au second conflit mondial, avec la découverte de l'ordinateur et de l'informatique, résultat de la
recherche de fortes capacités de calculs par les Anglais pour déchiffrer les messages secrets allemands et par les
Américains pour concevoir la bombe atomique. Ce que nous vivons aujourd'hui avec Internet et les NTIC constitue la
deuxième étape de cette révolution technologique. La troisième étape a quant à elle déjà débuté : c'est celle des bases de
données qui capitalisent des connaissances, qui constituent un enjeu économique considérable. Les NTIC agissent sur
l'ensemble de l'économie et de la société.
Les précédentes révolutions industrielles avaient profondément modifié l'agriculture d'abord, puis l'industrie
manufacturière. Tout comme le chemin de fer au XIXe siècle et l'automobile au XIXe siècle, la consommation de masse
des NTIC transformera notre civilisation, au XXIe siècle, grâce au réseau universel et à la technologie numérique. Une
société émerge, dans laquelle l'information et les connaissances acquièrent une place stratégique. Les NTIC sont déjà
actives et se diffusent dans tout le tissu économique et social. Très peu de secteurs y échappent, et pour cause :
l'information est le premier ingrédient de l'activité productive et de la vie sociale. Les secteurs de la distribution, de la
banque et de la finance, bien sûr, mais aussi bien d'autres domaines, tels que la santé, l'éducation ou la vie associative,
seront profondément affectés par les NTIC. […]
Les NTIC affectent les secteurs traditionnels de l'économie par deux séries d'effets contradictoires : un effet de
"cannibalisation", aboutissant à la destruction de pans entiers d'activités (impact négatif d'Internet sur le courrier postal
ou sur certaines formes de commerce), et un effet de "pollinisation", qui permet de dynamiser les entreprises en
suscitant de nouvelles méthodes d'organisation, notamment les systèmes intranet ou extra net, comme source
d'interactivité et de créativité des salariés.
D. Pilhon, Le Nouveau Capitalisme, La Découverte, coll. Repères, 2004.
1.
2.
Illustrez la phrase soulignée.
Relevez dans le document l'ensemble des arguments qui confirment l'analyse de Schumpeter.
Document 11 : les cycles n'existent pas ?
Première constatation : le cycle long n'existe pas, il ne saute pas aux yeux de l'économiste à partir des données brutes
sur la production ou les prix. Le cycle long est toujours construit, obtenu après de multiples manipulations des données
premières : calculs de moyennes mobiles, établissement d'une tendance de longue durée, gommage des cycles courts (7
à 11 ans)… Le cycle long est donc toujours le résultat d'une "trituration" des données statistiques observées. Ce qui
explique au passage la grande multiplicité des cycles courts, moyens et longs "découverts", ou plutôt fabriqués: outre le
cycle des affaires de quelques mois et le cycle Juglar (7 à 11 ans), nous trouvons le cycle de la construction et des
transports (18 ans environ), le cycle de Kuznets (22 ans), les cycles de Wardwell (15 à 19 ans), de Hoffmann, de
Mitchell, enfin le cycle de Kondratieff (50 ans) et le trend séculaire. Cette floraison de cycles en tous genres et le
caractère souvent artificiel (ou prédéterminé par les conclusions attendues) des constructions techniques utilisées font
dire à Maddison, historien américain de la croissance, que "les raisons valables de croire qu'il existe des mouvements
rythmiques de long terme n'ont pas été avancées" […]
Seconde constatation : le terme de cycle long est profondément ambigu. Les fluctuations construites par les différents
auteurs sont en effet rarement régulières et présentent des amplitudes et périodicités variables d'un "cycle" à l'autre,
voire même aléatoires pour l'amplitude : il ne s'agirait donc même pas d'ondes au sens que ce terme prend en physique
(périodicité et amplitude variables de façon non aléatoire). Il s'agirait plus vaguement de "mouvements longs", comme
il est dit aujourd'hui, ce qui vient discréditer complètement la notion de cycle. […] Le terme de cycle, attribué fort
hâtivement aux mouvements longs, conduit ainsi à privilégier des explications très déterministes de l'évolution
économique.
P. Norel, "Cycles longs : l'éternel retour", Alternatives Économiques, n° 109, juillet 1993.
1.
2.
Quelles sont les critiques adressées par l'auteur à l'encontre des analyses s'appuyant sur la notion de cycle long ?
Reprenez le schéma du document 2. La durée des cycles est-elle toujours identique ?
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