110411 Chômage allemagne

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110411 Chômage allemagne
Note de veille, 11 avril 2011
Le faible impact de la crise économique sur l’emploi en Allemagne
Le marché du travail allemand a été, entre 2007 et 2009, beaucoup moins touché par la crise
que les autres marchés européens. Ce « miracle allemand » 1 a pu se produire grâce à une
double impulsion : une baisse de la productivité consentie par les entreprises afin d’éviter les
licenciements et une incitation à l’emploi mise en place depuis les années 2000 par l’État
allemand et soutenue pendant la crise par des mesures conjoncturelles.
Alors que dans la plupart des pays européens, la crise économique a entraîné une
augmentation importante du chômage, le marché du travail allemand en a à peine senti les
effets. Selon une lettre Trésor Éco d’octobre 2010, l’Espagne est passée d’un taux de
chômage de 11,4 % en 2008 à 18 % en 2009 et l’Italie et la France ont vu leur taux augmenter
de 1 et 1,6 point chacune. Sur la même période, le chômage en Allemagne n’a augmenté que
de 0,2 point. En octobre 2010, le nombre de chômeurs en Allemagne passait sous la barre des
trois millions, soit une diminution de deux millions par rapport à son point culminant en 2005,
et son plus bas niveau depuis 18 ans 2. Ce faible impact de la crise sur l’emploi allemand est
d’autant plus surprenant que le pays a connu, lors de la crise, une diminution de son PIB
(produit intérieur brut) plus importante que les autres pays de la zone euro (-4.7 % entre 2008
et 2009, contre -2,5 % pour la France et -3,7 % pour l’Espagne)3.
1
Déclaration du ministre de l'économie allemand Rainer Brüderle lors d'un discours devant le parlement
allemand le 1er juillet 2010.
2
Chiffres Eurostat, voir la base de données : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/statistics/themes.
3
OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Perspectives économiques 2010, n°
88, Annexe statistique, site Internet :
http://www.oecd.org/document/3/0,3746,fr_2649_34573_2483907_1_1_1_1,00.html
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1
Les entreprises allemandes ont joué un rôle majeur dans le maintien du chômage à un niveau
exceptionnellement bas. Elles ont en effet consenti à une baisse de la productivité (-2 % en
2009) afin d’éviter les licenciements. Pour cela, elles ont eu recours à quatre dispositifs : le
chômage partiel (responsable de 35 % de la diminution de la productivité), la récupération des
heures supplémentaires (23 %), la réduction de travail hebdomadaire (21 %) et l’utilisation
des comptes épargne-temps 4 (21 %).
Ces mesures ont été moins supportées par les employés (pour qui la perte de salaire due à la
réduction du temps de travail a été compensée par une hausse du salaire horaire 5) que par les
entreprises. Ainsi, la baisse de la productivité a contribué à augmenter le coût unitaire par
salarié de 3 % en 2009 entraînant, par conséquent, une baisse des taux de marge (-4,5 points
entre 2008 et 2009).
Toutefois, cette perte a été contrebalancée par la bonne santé financière des entreprises : le
revenu disponible brut des sociétés non financières s’est accru de 55 milliards d’euros par an
entre 2004 et 2008, contre une augmentation de trois milliards par an entre 1995 et 2003.
L’investissement ayant crû moins vite sur la période 2004-2008, le taux d’autofinancement 6
des entreprises s’est largement amélioré, il a même temporairement atteint la barre des 100 %
en 2007.
La bonne volonté des entreprises s’explique par une situation démographique inquiétante en
Allemagne, où les entreprises doivent faire face à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée due
au recul de la population en âge de travailler. Entre 1998 et 2009, cette population a diminué
de 2,6 %, et la baisse devrait se poursuivre en l’absence de flux migratoires plus importants.
4
Le principe du compte épargne temps (CET) : permettre au salarié d’accumuler des droits à congé rémunéré ou
de bénéficier d’une rémunération, immédiate ou différée, en contrepartie des périodes de congé ou de repos non
prises ou des sommes qu’il y a affectées.
5
Les salaires avaient été renégociés en 2008 soit avant l'éclatement de la récession et sous l'impact de la hausse
des prix en 2008
6
Capacité d’une entreprise à financer son activité et ses investissements grâce à ses fonds propres, sans avoir
recours à l’emprunt ou à l’émission d’actions
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2
L’Allemagne pourrait ainsi faire face, à l’horizon 2020, à un déficit d’offre sur le marché du
travail de 6,1 millions de personnes, dont 1,2 million de diplômés universitaires 7. Les
entreprises allemandes ont donc préféré sacrifier une partie de leur marge plutôt que de se
retrouver incapables de répondre à la demande une fois la crise terminée.
Dans les années à venir, l’Allemagne devra sûrement instaurer d’autres mesures pour lutter
contre le déficit démographique, comme l’incitation au travail des femmes (déjà entamé), le
recours à l’immigration, l’allongement du taux d’activité et la lutte contre l’échec scolaire
(pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre qualifiée).
Le maintien d’un faible taux de chômage pendant la crise a, d’autre part, été favorisé par le
gouvernement allemand, qui a mis en place des politiques structurelles dans les années 2000.
Ces politiques ont, par ailleurs, été soutenues par des politiques conjoncturelles pendant la
crise.
Les réformes des années 2000 concernant l’incitation à l’emploi sont connues sous le nom de
« réformes Hartz8 ». Elles possèdent deux volets, l’un visant à rendre le chômage plus répulsif
(réduction de la durée de versement des allocations de 32 à 18 mois, fusion du chômage de
longue durée et de l’équivalent allemand du revenu minimum d’insertion, l’Arbeitslosengeld,
baisse des minima sociaux) et l’autre ayant pour but de rendre le marché du travail plus
attractif (subvention des emplois précaires, simplification des procédures d’embauche,
incitation à la création d’entreprises, restructuration des agences en charge de l’emploi). Ces
politiques avaient déjà porté leurs fruits avant la crise, puisque le taux de chômage sur la
période 2005-2008 était passé de 10,8 % à 7,1 %.
Pendant la crise, le gouvernement allemand a également mis en place des politiques
conjoncturelles afin de soutenir l’emploi. Il a facilité les conditions d’accès au chômage
partiel et allongé la durée légale de celui-ci de 12 à 18 mois. Depuis le 1er février 2009, la part
salariale des cotisations sociales sur les heures chômées est intégralement prise en charge par
7
MGI (McKinsey Global Institute). Germany 2020, Future Perspectives for the German Economy. San
Francisco : MGI,, 2008
8
Du nom de l’inspirateur de ces réformes, Peter Hartz, ancien directeur du personnel de Volkswagen.
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3
l’agence fédérale pour l’emploi, contre 60 % à 67 % avant 2009. Cette mesure a représenté un
coût de 4,6 milliards d’euros en 2009, contre seulement 110 millions en 2008. Avec ces
politiques, le nombre de personnes au chômage partiel serait passé de 100 000 en 2008 à plus
d’un million en 2009 (400 000 en 2010), selon Trésor Eco. Le recours au chômage partiel
aurait permis d’éviter l’augmentation du chômage pendant la crise d’au moins un point. Il faut
toutefois noter que les périodes chômées dans le cadre de ce dispositif ne sont pas
comptabilisées dans les chiffres du chômage global.
L’IFRI, dans un rapport de 2010 sur l’économie allemande en sortie de crise, expliquait que la
reprise économique en Allemagne passerait par une relance de la demande intérieure en deux
temps : l’amélioration du marché du travail et des augmentations salariales. Les chiffres parus
début 2011 montrent que la deuxième phase est désormais entamée puisqu’au dernier
trimestre 2010, les salaires réels ont enregistré une hausse de 1,3 % par rapport à l’année
précédente 9 et en janvier 2011, le baromètre de la consommation a atteint 41,8 points, son
plus haut niveau depuis décembre 2006 10.
Malgré ces résultats encourageants, l’IFRI note tout de même deux « zones d’ombre » quant à
la reprise économique de l’Allemagne. Tout d’abord, la croissance économique dépend
largement des exportations (qui représentaient 50 % du PIB allemand en 2008) et 43 % des
produits allemands exportés sont à destination de l’Europe 11. La reprise allemande est donc
en partie liée à la bonne santé économique de la zone euro. Par ailleurs, le système bancaire
allemand demeure très fragile après la crise. HRE (Hypo Real Estate), la quatrième banque du
pays, a d’ailleurs échoué aux tests européens de résistance à une nouvelle crise économique
(stress tests) cordonnées par le CESB (Comité des superviseurs bancaires européens).
Laurie Grzesiak
Sources :
MEIE (ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi). « Qu’est-ce qui explique la
résistance de l’emploi en Allemagne ? », Lettre Trésor-Éco, n°79, 2010, site Internet :
http://www.minefe.gouv.fr/directions_services/dgtpe/TRESOR_ECO/francais/pdf/2010-01079.pdf ; LALLEMENT Rémi, « L’économie allemande en sortie de crise. Une surprenante
résilience ». IFRI (Institut Français des Relations Internationales), Note du Cerfa n°80, 2010,
site Internet : http://www.ifri.org/?page=detail-contribution&id=6342
9
CIDAL (Centre d’information et de documentation sur l’Allemagne). « Les salaires réels augmentent de 1,3 %
au
troisième
trimestre
2010 »,
10
janvier
2011,
site
Internet :
http://www.cidal.diplo.de/Vertretung/cidal/fr/__pr/actualites/nq/2011__01/2011__01__10__Realloehne__D__p
m.html?archive=2062764
10
CIDAL. « La consommation des ménages s‘envole en Allemagne », 7 février 2011,
http://www.cidal.diplo.de/Vertretung/cidal/fr/__pr/actualites/nq/2011__02/2011__02__07__Konsum__pm.html?
archive=2062764
11
Chiffres de la Banque mondiale.
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