dissertation - SES Massena
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DISSERTATION Il est demandé au candidat : 1. de répondre à la question posée explicitement ou implicitement dans le sujet ; 2. de construire une argumentation à partir d’une problématique qu’il devra élaborer ; 3. de mobiliser des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ; 4. de rédiger en utilisant un vocabulaire économique et social spécifique et approprié à la question, en organisant le développement sous la forme d’un plan cohérent qui ménage l’équilibre des parties. Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l’expression et du soin apporté à la présentation. Sujet = Les inégalités sont-elles compatibles avec la justice sociale dans les sociétés démocratiques contemporaines ? DOCUMENT 1 – Des indicateurs d’inégalités en France Niveau de vie moyen par décile en euros 1999 2009 Gains en % Premier décile (D1) 7 300 7 910 8,4 Dernier décile (D10) 45 030 53 220 18,2 Salaires mensuels nets pour des postes à temps complet en 2009 Hommes Femmes Ecart en % Cadres supérieurs 4 375 3 347 30,7 Employés 1 491 1 405 6,1 Taux de succès d’accès à un logement (visite et obtention d’un appartement) en % Candidat métropolitain Candidat maghrébin Ecart en points Obtention d’une visite 35 20 15 Obtention d’un appartement 75 17 58 (Source : http://www.inegalites.fr/index.php, 2012) DOCUMENT 2 – En pratique, personne ne revendique l'égalité. Personne n'ose réclamer l'égalité des niveaux de vie, d'éducation, de loisirs, etc. L’« égalitarisme », montré du doigt par certains, est destiné à servir d'épouvantail : en agitant la crainte du « nivellement », on justifie encore plus d'inégalités. Nos sociétés recherchent non pas l'égalité tout court, mais bien l'égalité «juste», que certains appellent «des chances», et combattent non pas l'inégalité, mais l'inégalité «injuste». Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas dans une société d'abondance où l'on peut totalement se passer de travail, et où ce travail reste très majoritairement une contrainte. Les ressources sont limitées et il faut bien les répartir. En attendant d'atteindre l'abondance, nos sociétés admettent les inégalités et qu'il est «juste» de partager la richesse en fonction des «efforts», du «travail» ou du «mérite ». Si ce n'était pas le cas, il y aurait de grandes chances pour que l'on se heurte au problème de la production des richesses, chacun ayant intérêt à lai sser l'autre travailler à sa place. (Source : L. MAURIN, « Pourquoi accepte-t-on les inégalités ? », www.inegalites.fr. Observatoire des inégalités, 22 décembre 2003). DOCUMENT 3 – L’ordre issu du marché permet à chacun de recevoir, en fonction de sa contribution, ce qui lui est dû : le marché apparaît donc clairement comme un outil garantissant que le critère de méritocratie est privilégié pour déterminer la distribution des positions sociales. (...) Les inégalités peuvent alors être justifiées par le talent et surtout par le travail : les inégalités sont justes car elles récompensent les plus productifs.(...) Les inégalités apparaissent en effet comme un véritable aiguillon pour les plus pauvres en permettant d’indiquer aux hommes les impasses qu’ils doivent éviter : les disparités se révèlent être un stimulant indispensable afin de les pousser à améliorer leur situation.(...) En outre, les inégalités profitent à tous : par exemple, la concentration du capital qui est la contrepartie de ces positions différentes est nécessaire au financement de l’activité productive et, donc, des emplois. L’épargne dégagée par les catégories de revenus les plus élevés sert l’investissement, ce qui, à terme, doit permettre d’augmenter la croissance économique, c’est-à-dire le bien être de l’ensemble de la population ! (Source : Eric Keslassy, Démocratie et égalité, collection Thèmes et débats, Bréal 2003) DOCUMENT 4 – La conception méritocratique de l’égalité a été l’objet de deux critiques. D’abord que doit-on faire de ceux qui n’ont aucun mérite, de ceux qui, pour une raison ou pour une autre, sont incapables de travailler suffisamment pour assurer leur subsistance ? Que faire des individus sans qualification, des individus volontairement inactifs ? Les réponses à ces questions relèvent d’un jugement moral. On peut ainsi considérer qu’il est nécessaire de répondre aux « besoins » de ces individus, l’Etat devant int ervenir pour réduire les inégalités qui sont des injustices. Voilà une première approche de l’idée de justice sociale. Une deuxième critique de la conception méritocratique s’adresse aux excès qu’elle peut engendrer. Le philosophe Jean-Jacques Rousseau a montré qu’une société pouvait être menacée si les riches étaient trop riches et les pauvres trop pauvres. Le lien social, le contrat social qui fait que les individus acceptent de vivre ensemble et d’avoir des relations sociales stables peut être remis en cause si les inégalités de richesse sont excessives. La lutte contre les inégalités trop criantes est donc nécessaire à la survie même de la société démocratique. (Source : Jean Yves Capul, Olivier Garnier, Dictionnaire d’économie et de sciences sociales, Hatier juin 2002) DOCUMENT 5 – A la suite d’émeutes raciales particulièrement violentes et du mouvement en faveur des droits civiques (Civil rights Act, 1964), les programmes appelés affirmative action se multiplient aux Etats-Unis.[…] Ainsi, progressivement, les Afro-américains, les « Hispaniques », les femmes, les descendants des populations autochtones (Native Americans) et parfois les Asiatiques bénéficient d’un dispositif visant à les aider à rattraper leur retard dans le monde de l’éducation (admission dans les universités), en terme d’emploi et dans l’attribution de marchés publics. Remédier à la sous-représentation statistique de ces groupes passe alors principalement par l’établissement de quotas (places et contrats réservés). […] Admettre à l’université un candidat dont la note est faible parce qu’il appartient à un groupe « défavorisé », aux dépens d’un candidat dont la note est élevée, parce qu’il vient d’une famille d’immigrés européens semble parfaitement contradictoire avec l’égalité de tous les citoyens devant la loi. Dans les faits, ces mesures ont indéniablement permis d’accélérer la mobilité ascendante d’une partie de la population, notamment de la communauté afro-américaine. Par exemple, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell, affirme qu’il n’aurait jamais pu devenir général sans l’affirmative action. […] Cependant, ceci n’est pas sans poser de sérieuses difficultés. Un processus de stigmatisation est fatalement contenu par cette politique qui dès lors, peut être rejetée par ceux qui en sont les premiers bénéficiaires. Un doute sur leurs compétences réelles subsiste, aussi bien dans leurs esprits que dans celui des autres (qui ont vite fait de les étiqueter). Ainsi, certains membres des « minorités visibles » souhaitent l’abolition de ces mesures qui jettent le discrédit sur leurs mérites. (Source : Eric Keslassy, La discrimination positive aux Etats-Unis et en France, Ecoflash n° 194, décembre 2004) 1 DOCUMENT 6 – Inégalités de revenus redistribution par les services publics 1 Inégalités de revenus = L’inégalité des revenus est mesurée par le coefficient de Gini compris ici entre 0 et 100. Plus il est proche de 0, plus l’égalité des revenus est forte. INEGALITES ET JUSTICE SOCIALE Introduction : Amorce = En France, en 2000, le gouvernement Jospin, constatant que 12% des députés étaient des femmes alors que ces dernières représentaient 55% de la population, a fait voter une loi sur la parité en politique qui incite financièrement les partis politiques à présenter 50% de femmes aux élections. Ce traitement différencié des femmes souligne le fait que l’égalité des droits ne suffit pas pour atteindre l’idéal de justice sociale des sociétés démocratiques. Problématique = Dans quelle mesure, l’inégal accès aux richesses, aux positions sociales et aux honneurs, est-il compatible avec les idéaux égalitaires d’une société démocratique ? Toutes les inégalités économiques et sociales sont-elles injustes ? Peut-on se contenter de l’égalité des droits et de l’égalité des chances pour obtenir une société « juste » ? Que doivent faire l’Etat et la société pour atteindre « l’équité », c’est-à-dire « l’égalité juste » ? Doit-on accepter des politiques discriminatoires pour atteindre l’égalité des situations ? Cette dernière est-elle souhaitable ? Annonce du plan = Même si certaines inégalités peuvent apparaître comme « justes », l’Etat et la société doivent combattre les inégalités « injustes » pour permettre aux sociétés d’être pleinement démocratiques. 1 – CERTAINES INEGALITES PEUVENT PARAITRE « JUSTES »… A – A CONDITION QUE LA LIBERTE ET L’EGALITE DES DROITS SOIENT RESPECTEES Phrase introductive = Dans la conception libérale classique, les individus sont des êtres égoïstes qui cherchent à maximiser leur bonheur personnel. La « main invisible » du marché va coordonner l’ensemble de ces actions pour déboucher sur une situation optimale (au sens de Pareto) dans laquelle la situation d’un individu ne peut être améliorée sans dégrader celle d’un autre. Les ultra-libéraux (Friedrich-A Hayek, Robert Nozick…) vont considérer que les inégalités sont justes à condition que la liberté et l'égalité des droits des individus soient respectées. Quels sont leurs arguments ? Les inégalités économiques et sociales ne font que refléter le talent et le mérite d’un individu. Ainsi, pour les néo-classiques, le salaire correspond à la productivité marginale. Les travailleurs n’ayant pas la même productivité, il est juste que les salaires soient inégaux. un salarié deux fois plus productif que son voisin a droit une rémunération deux fois supérieure. De même, la réussite scolaire et sociale est liée au mérite personnel des individus. Un élève, qui produit un devoir bien supérieur à ceux de ses camarades, a droit à la meilleure note Les sociétés démocratiques de marché assurent donc une justice distributive : à chacun selon ses efforts. L’existence de riches est un puissant facteur d’imitation. Les riches sont enviés et admirés. Cela incite les autres à vouloir les imiter au bénéfice de la croissance des richesses (Doc 2 et 3). Les inégalités sont naturelles, on ne peut les empêcher. Supposons une société dans laquelle tous les individus auraient exactement les mêmes moyens d’existence au départ. Très vite, des inégalités vont apparaître car l’usage des ressources disponibles va être différent d’un individu à l’autre. Certains vont consommer et s’appauvrir. D’autres vont épargner, investir et s’enrichir. Tous les individus n’ont pas les mêmes capacités ni les mêmes talents. Il est donc « naturel » que des inégalités apparaissent. Elles reposent sur des décisions individuelles prises librement. Elles ne sont que l’effet d’agrégation de ces milliers de décisions et ne sont pas voulues par personne. Au nom du droit à la différence, on ne peut pas les empêcher. Toute tentative d’égalitarisme ne pourrait qu’aboutir à une médiocratie. Hayek va plus loin en considérant que l’égalité des chances est un leurre car l’inégalité est liée au hasard de la naissance. Ces inégalités naturelles ne sont pas héréditaires ce qui va permettre, de génération en génération, une certaine fluidité de la société (Doc 3). Dans cas, la lutte contre les inégalités de situation est illégitime, inefficace et attentatoire aux libertés. Les libéraux soulignent les nombreux effets pervers de la lutte contre les inégalités et la pauvreté : Appauvrir les riches tue l’incitation à investir et à innover (Schumpeter), ce qui va réduire la croissance économique qui profite aux pauvres puisqu’elle fournit emplois et revenus. Les inégalités sont « justes » car elles profitent à tous (Doc 3). Augmenter les prélèvements obligatoires aboutit à tuer les ressources redistribuables (courbe de Laffer) car les riches vont s’expatrier ou frauder le fisc. « L’impôt tue l’impôt » ! Distribuer des aides sociales encourage la paresse et l’inactivité (Milton Friedman). L’égalitarisme par le bas est facteur de médiocrité. L’égalité n’est donc pas équitable (Doc 3). Enfin, la lutte contre les inégalités entrave la liberté de chacun. Alexis de Tocqueville avait remarqué que les individus égaux dans une société démocratique étaient prêts à confier leurs intérêts à un Etat « despotique et bienveillant » et à renoncer à leur liberté. Pour Hayek, toute volonté de mettre en place l’égalité des chances aboutirait à un état totalitaire car il faudrait interdire l'héritage, le don, soustraire l'enfant à sa famille…ce qui priverait les individus de leur liberté. Conclusion partielle = Ainsi, les libéraux considèrent qu’une société est « juste » lorsque les individus disposent d’une stricte égalité des droits. Il s’agit d’une justice universaliste. Cependant, cette conception néglige les inégalités de départ. Les individus ne partent pas dans la compétition avec les mêmes chances ce qui donne à l'arrivée des inégalités de positions qui sont indépendantes des mérites de chacun. Un pilote de course automobile, qui aurait la voiture la plus rapide, arrivera en tête de la course même s'il n'est pas le meilleur pilote. Le droit, donné à tous, de participer à la compétition ne suffit pas à assurer une course équitable. B – A CONDITION QUE LA LIBERTE ET L’EGALITE DES CHANCES SOIENT RESPECTEES Phrase introductive = Le débat sur les inégalités a été renouvelé au début des années 1970 avec la publication du livre de John Rawls, « Théorie de la justice » (1971). Il part du postulat fondamental selon lequel la justice ne peut être atteinte en dehors du respect simultané de l’égalité des chances et de la liberté. Quels sont ses arguments ? Les inégalités sont justes à condition que l'égalité des chances soit offerte au départ et qu'elles bénéficient à tous. Une société démocratique juste doit donc reposer sur trois principes : La liberté est un principe premier. Tous les individus doivent pouvoir disposer des libertés fondamentales d’un Etat de droits (droit d’expression, droit de vote, droit à la propriété privée…) dans le respect des libertés des autres. L’égalité des chances est le second principe. La société doit offrir à tous les mêmes moyens de réussite afin que chacun puisse exprimer ses potentialités. John Rawls ne se limite pas à la vision libérale de l'égalité : s'il n'est pas juste de naître dans telle ou telle catégorie sociale, il n'est pas juste non plus d'être né avec un faible quotient intellectuel. Il ne faut donc pas seulement prendre en compte les facteurs sociaux, mais aussi les facteurs naturels (Doc 2). Le principe de différence vient en troisième position. Les inégalités ne sont acceptables que si elles profitent aux plus défavorisés. Ainsi, les inégalités de revenus induites par le marche sont justes (car efficaces par rapport a l’égalité réelle) si elles favorisent la croissance et améliorent la situation de tous, y compris des plus défavorisés au départ (Doc 3). La théorie de Rawls justifie donc l’intervention de l’Etat. Il ne doit pas se contenter de garantir les libertés fondamentales. Il doit assurer cette égalité de chances en supprimant non pas toutes les inégalités, mais juste celles défavorisant certaines personnes. Il peut le faire de trois façons : En luttant contre les discriminations par la loi. En France, un maghrébin, qui cherche un logement, a 15% de chance de moins qu’un métropolitain d’obtenir une visite et 58% de chance de moins d’obtenir un appartement. De même, à statut égal, une femme cadre gagne 30% de moins qu’un homme (Doc 1). Depuis 2001, la loi condamne toute discrimination fondée sur l’origine, le sexe, le handicap, la religion d’une personne. En offrant le même type de prestations ou de services publics gratuits à tous. Il s’agit d’une justice universaliste. L’Ecole gratuite offre aux élèves les mêmes chances de réussir leurs études. Les allocations familiales compensent une partie des coûts d’éducation des enfants quelque soit les revenus des parents. Ainsi, les services publics diminuent de 7,5 points les inégalités de revenus de départ aux Etats-Unis, de 10 points en France et de 8 points en Suède (Doc 6). En compensant les handicaps naturels et sociaux de départ par un traitement inégalitaire. Un traitement égalitaire n’est pas toujours équitable car il ne corrige pas les inégalités de départ. Ainsi, distribuer des allocations familiales à toutes les familles qui ont des enfants n’est pas équitable car les familles aisées n’ont pas besoin de cet argent alors que les familles pauvres ont besoin d’allocations plus conséquentes. Il est donc « juste », « équitable » de mettre en pratique une discrimination positive, c’est-à-dire de donner plus à ceux qui ont moins. Cette justice compensatrice ou différentialiste a été mise en œuvre avec succès aux Etats-Unis au profit des minorités ethniques (Doc 5). En France, elle prend la forme de prestations d’assistance réservées aux pauvres ou aux handicapés, de quotas ou de places réservées pour le femmes et les élèves de milieux modestes (Expérience de Science-po Paris), de moyens supplémentaires aux ZEP… Conclusion partielle = John Rawls renouvelle donc la théorie libérale et conditionne l’existence d’inégalités à l’amélioration de la situation de tous. Est juste une action qui vise à compenser des inégalités de situations initiales pour établir une égalité des chances. Ainsi, l’égalité des chances est compatible avec l’inégalité des situations à l’arrivée si ces dernières ne sont que l’expression d’un mérite différent ou d’un effort individuel différent. Cependant, l'égalité des chances n'assure pas l'égalité à l'arrivée. En supposant que les pilotes de course aient les mêmes voitures, il y aura bien un vainqueur à l'arrivée. 2 – …MAIS D’AUTRES INEGALITES SONT INJUSTES ET DOIVENT ETRE COMBATTUES A – L’EGALITE DES CHANCES NE SUFFIT PAS Phrase introductive = Les politiques de discriminations positives reposent sur l'idée que l'égalité des chances est la seule façon d'aboutir à une société juste. En effet, si la société offre les mêmes chances à tous, les inégalités dans l'accès aux positions sociales élevées ne peuvent être attribuées qu'au mérite, à la volonté des individus. Cependant, à la suite de François Dubet, on peut faire un certain nombre de critiques à cette idéologie de l'égalité des chances. Tout d’abord, la discrimination positive peut avoir un certain nombre d’effets pervers. Outre qu’elle contredit l’égalité des droits entre tous les individus et qu’elle ne concerne qu’une minorité d’individus, elle peut se retourner contre les bénéficiaires pour différentes raisons : On risque de stigmatiser ces populations. On va leur reprocher de ne pas avoir obtenu la position qu’ils occupent par leur propre mérite. Cette critique est même souvent intériorisée par ceux qui bénéficie de la mesure et qui vont finir par la récuser. Ainsi, aux Etats-Unis des Noirs américains refusent la discrimination positive car ils veulent prouver qu’ils peuvent arriver aux mêmes résultats par leurs propres moyens (Doc 5). Elle créée un sentiment d’injustice pour ceux qui ont été exclu du dispositif et qui, pourtant, ont obtenu de meilleurs résultats que les populations bénéficiaires. Le 28 juin 2007, la Cour suprême des Etats-Unis a ainsi interdit la discrimination positive à l'entrée des écoles publiques américaines, à cinq voix contre quatre car elle remettait en cause l’égalité des chances et la méritocratie (Doc 5). D’où un fort sentiment d’exaspération chez les plus aisés qui ne comprennent plus les privilèges accordés aux populations discriminées et qui s’en désolidarisent (fraude fiscale, expatriation…). Elle encourage le communautarisme. En privilégiant une partie de la population pour sa couleur de peau, sa religion ou pour son sexe, ont risque de créer artificiellement des communautés dont les intérêts seraient divergents. On risque ainsi de remettre en cause la cohésion sociale et l’universalisme républicain. Ensuite, l’idéal méritocratique repose sur une fausse égalité des chances (Doc 4). D’une part, les services publics et les prestations universelles profitent davantage aux milieux aisés. Ainsi, les enfants de milieux favorisés font des études plus longues et dans des filières prestigieuses qui coûtent plus cher que les enfants de milieux modestes… D’autre part, l'égalité des chances suppose que l'on sache mesurer de façon objective le mérite. Ainsi, l'entreprise évalue le salarié individuellement alors que ses résultats dépendent souvent d’un travail en équipe. De même, le mérite scolaire s'appuie sur des bases fragiles (nature des épreuves, fiabilité de l'évaluation) en particulier pour distinguer de manière fine les élèves juste au-dessus de la moyenne et ceux qui sont juste en dessous. Le mérite dépend donc des critères retenus pour l'évaluer par ceux qui sont chargés d'évaluer. Enfin, le fait qu'on ait sélectionné les meilleurs de façon juste ne signifie pas que le sort des perdants soit juste. Ils n’ont pas profité des chances offertes parce qu’ils n’en avaient pas les moyens ou parce qu’ils étaient handicapés physiquement ou socialement. Faut-il les laisser sur le côté de la route pour autant ? La sélection élitiste produit des élèves qui se sentent humiliés par le système scolaire, ont moins confiance en eux et dans les institutions. Enfin, l'égalité des chances ne remet pas en cause l'inégalité des places. L'égalité des places vise à réduire les inégalités de revenus, de conditions de vie entre les milieux aisés et les pauvres. L'égalité des chances, elle, maintient intact la hiérarchie sociale mais tente de donner des chances aux plus méritants des classes défavorisées. En d'autres termes, l'égalité des chances sert de justification aux inégalités des places. Ceux qui n'ont pas accès aux meilleures positions sociales sont responsables de leur échec puisque la société a, soi-disant, tout fait pour qu'ils entrent dans la compétition à armes égales. Conclusion partielle = L'égalité des chances ne peut suffire à assurer une société juste. La compétition pour les places dans la société ne peut être « juste » que lorsque les individus ont des situations économiques, sociales et culturelles comparables. Quelles sont les raisons qui militent pour une égalité des situations ? B – L’EGALITE REELLE DOIT ETRE RECHERCHEE Phrase introductive = Les inégalités sont justes à condition que la société ait offert à tous les moyens de se réaliser de façon autonome. L'économiste indien Amartya Sen, dans « L'idée de justice » (2009), soutient qu’une distribution équitable de biens au départ ne suffit pas car tous les individus n'ont pas la même capacité à les utiliser. Ils doivent avoir un droit à l’erreur (un mauvais choix peut conduire l’individu à gaspiller les ressources qui lui sont allouées par la société) et une seconde chance. Pour être libre, l’homme doit avoir à sa disposition à tout moment des ressources nécessaires. Plusieurs arguments justifient cette recherche de l’égalité des situations : Tout d’abord, c’est en ayant des revenus suffisants que l’individu peut exprimer tous ses talents. Les entreprises se sont aperçues qu’en augmentant les revenus de leurs salariés, elles obtenaient une plus grande productivité et une plus grande autonomie de leur part (théorie du salaire d’efficience). Ensuite, l’égalité des revenus empêche les phénomènes de domination. La libre concurrence c’est la « liberté du renard dans le poulailler » (Karl Marx). Lorsqu’on peut acheter le travail de l’autre, on peut l’exploiter. Il n’est pas inutile d’observer que la croissance récente des inégalités s’accompagne d’une augmentation de la domesticité. L’égalité en droit ne suffit pas pour garantir la liberté. Il faut aussi une égalité des situations. On n’a de liberté que lorsqu’on a les moyens de s’exprimer. L’égalité est donc la condition de la liberté et de la fraternité. Enfin, l’égalité des situations rend la société plus cohérente et plus efficace. Les politiques de l’impôt progressif et de la redistribution des revenus sont fondées sur le principe de la justice corrective qui cherche à améliorer le sort des plus démunis et à réduire les inégalités au nom d’une norme morale (les grandes religions font obligations de donner aux pauvres, par exemple) ou politique (l’intérêt général). La réduction des inégalités a plusieurs avantages : D’une part, John Maynard Keynes considère que le système économique peut être plus efficace lorsqu’il est moins inégalitaire. En effet, en redistribuant les revenus on élimine les « rentiers » qui stérilisent l’épargne et on favorise la consommation des ménages les plus pauvres, qui ont une forte propension à consommer. Ainsi, on renforce le phénomène du multiplicateur qui accroît la demande et l’incitation des entrepreneurs à produire davantage et à embaucher. L’emploi dépend plus de la demande que de l’offre à court terme. D’autre part, la réduction des inégalités favorise la cohésion sociale et élimine un certain nombre de coûts sociaux. Les inégalités et le marché, sont sources de gaspillage, de frustrations, de conflits sociaux, d’anomie et de déviance. Ainsi, le fait que les 10% les plus riches en France aient accru leur revenu moyen de 18% entre 1999 et 2009 parait injuste aux dix les plus pauvres qui n’ont vu leur revenu moyen augmenter que de 8% (Doc 1). La délinquance est ainsi alimentée par cette frustration relative. Elle se traduit par des coûts économiques et sociaux élevés (police, justice, prison, assurance...). Le lien social ne peut se passer de réduction des inégalités (Doc 4). On peut en effet constater que les pays les plus égalitaires (Norvège, Suède, Canada) sont des pays qui arrivent à concilier cohésion sociale, forte croissance, faible chômage et faible délinquance (Doc 6). Conclusion : Rappel de la démonstration = Une société démocratique a pour principe l’idéal égalitaire. Cela ne signifie pas que l’égalité des droits, des chances et des situations soient réalisées mais que l’on doit tendre vers cette triple égalité. L’égalité des droits ne suffit pas, elle a besoin de l’égalité des chances. L’égalité des chances n’est pas aussi suffisante pour atteindre la « justice sociale ». Une société réellement égalitaire est une société juste parce qu’elle assure la cohésion sociale. C'est en diminuant le nombre d'échelons dans la hiérarchie sociale, les inégalités de revenus et de conditions de vie que les individus pourront entrer dans la compétition à armes égales. Autrement dit, il faut définir des inégalités tolérables. Ouverture = Ne pourrait-on pas améliorer les conditions sociales de chaque position sociale de telle façon qu'aucun individu ne se sente mal classé et qu'il puisse réaliser ce qui lui semble bien ? Le "bien" remplacerait alors le "juste".
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