roziglitazone

Transcription

roziglitazone
Pourquoi les effets de secondaires de
l’antidiabétique orale
(roziglitazone) de
inaperçus en
Avandia
GSK
?
France
1
sont-ils passés
Executive summary
In a context where the French
pharmaceutical industry is buffeted by
scandals and molecules in the hot seat.
We would like to return to the
information processing of the Avandia®
drug (rosiglitazone). Understand the
history of this molecule that has been
recalled because of a scientific
investigation and U.S. policy. Then we
would try to understand why the
eviction of the drug was not visible in
the French press as opposed to the
Médiator®. With this drug we would
understand how the influence of GSK
laboratory works, in the French policy
and scientists.
Mots Clés
GSK,
GlaxoSmithKline,
Avandia,
rosiglitazone, Avandiamet, Vioxx, Gérard
Bapt, Irène Frachon, Servier, Mediator,
Cercle d’influence, conflit d’intérêt,
Nissen,
Pierre
Bergmann.
Executive summary
Dans un contexte où l’industrie
pharmaceutique française est bousculée
par des scandales et des molécules sur la
sellette. Nous souhaitons revenir sur le
traitement
de
l’information
du
®
médicament Avandia (rosiglitazone).
Comprendre l’historique de cette
molécule qui a été retiré du marché à
cause d’une investigation scientifique et
politique
américaine.
Puis
nous
essaierons de comprendre pourquoi
l’éviction de ce médicament est passée
inaperçue dans la presse française à
l’inverse du Médiator®.
Grâce
à
ce
médicament
nous
comprendrons
comment
s’articule
l’influence du laboratoire GSK, dans le
paysage politique et scientifique
français.
2
Table des matières
Executive summary ......................................................................................................................................... 2
Mots Clés.............................................................................................................................................................. 2
Le secteur pharmaceutique français......................................................................................................... 4
L’Avandia, l’histoire mouvementé d’un
médicament. ...................................................................................................................................................... 4
Pourquoi, l’affaire de l’Avandia® passe-telle inaperçue en France? ............................................................................................................................. 9
L’absence de porte parole en France contre
l’Avandia. .................................................................. 9
L’affaire du médicament Vioxx® .................... 9
L’affaire de l’Avandia® .................................... 10
L’affaire du Médiator® .................................... 11
Des sympathisants de GSK dans l’agence de
régulation du médicament ? ......................... 12
GSK, un cercle d’influence puissant? ...................................................................................................... 12
La pandémie lucrative de GSK en aout
2010. ........................................................................ 13
Les trois clubs de GSK lui serviraient-ils à
maitriser l’avenir ? ............................................ 13
Avenir de la santé............................................... 13
La Fondation GSK .............................................. 14
Le club Hippocrate ............................................ 14
Sources .............................................................................................................................................................. 16
Annexes ............................................................................................................................................................ 17
3
Le secteur pharmaceutique
français
médicaments suspectés de dangereux ou
d’inefficaces.
A
La fin de cet âge d’or, s’explique aussi
par l’apparition des génériques qui est
somme toute légitime mais qui ne le
reste plus quand le médicament
d’origine s’est aligné au prix du
médicament générique. Ce dernier
faisant bénéficier au pharmacien
d’officine d’une ristourne étatique de
17%. Malgré l’alignement du prix du
médicament princeps par rapport au
générique, la lutte reste déloyale. De
plus le laboratoire génériqueur ne
finance pour la plupart la recherche
médicale.
l’heure actuelle, que ce soit en
France ou dans le monde entier,
l’âge
d’or
de
l’industrie
pharmaceutique est terminé, les
croissances { deux chiffres n’existent
plus. Ce secteur, dit peu concurrentiel,
reste risqué pour des laboratoires qui
investissent des millions d’euros pour
pouvoir arriver ou non à la
commercialisation
de
leurs
médicaments. La majorité des gros
laboratoires sont, en général, cotés en
bourse ; des laboratoires plus petits ont
eux réussi ou désiré de s’en passer.
Les tendances actuelles sont plus aux
rachats et aux fusions d’entreprises
comme souvent sur des secteurs où la
concurrence augmente de plus en plus.
Au niveau humain, l’heure est aux plans
de licenciements.
L’Avandia, l’histoire
mouvementé d’un
médicament.
L
’Avandia est un antidiabétiques
ayant obtenu son autorisation de
mise sur le marché le 11 juillet
2000. Le principe actif de l’Avandia® est
la rosiglitazone et a été commercialisé
en 2003.
Pourquoi l’âge d’or est-il terminé?
Les nouvelles thérapies chimiques ne
sont plus si fréquentes. De plus, l’état
n’arrive plus à continuer sa politique de
santé de prise en charge totale. Il a
commencé à dérembourser certaines
classes qualifiées de « confort » { l’image
des veinotoniques par exemple.
Le problème de ces vagues de
déremboursement est qu’elles ont porté
préjudice au gouvernement en place le
rendant impopulaire. L’état a donc
trouvé une manière de faire des coupes
dans ses budgets santé, en dénigrant le
médicament
pour
exemple
la
publication
d’une
liste
de
77
L’Avandia®
(rosiglitazone)
et
®
l’Avandamet
(rosiglitazone
et
metformine) sont deux spécialités
contenant
de
la
rosiglitazone
commercialisées par le laboratoire GSK.
4
Beaucoup d’espoirs reposaient sur ces
produits. En effet, GSK et ses
actionnaires comptaient avoir un retour
sur investissement jusqu’en 2012, date
d’expiration du brevet.
de la recherche chez GSK { l’époque, qui
va directement faire
pression
sur
la
hiérarchie du Pr Buse
à l'Université de
Caroline du Nord, le
Pr.
Buse
commente : « La
direction de l'entreprise a contacté mon
directeur et dans une brève série
d'échanges qui a durée environ une
semaine se soldant par le fait que je fus
contraint de signer un document
juridique dans lequel je m’engageais {
ne plus aborder ce sujet en public ».
Suite à cet échange le Pr Buse cède et
envoi l’accord signé en question au Dr
Yamada en lui demandant «d’arrêter de
lui causer du tort ». L’accord (rédigé par
GSK) fut appelé plus tard par la firme la
"lettre de rétractation de Buse".
Peu après sa mise sur le marché, des
doutes sont émis par la communauté
médicale par rapport { l‘évaluation de la
balance bénéfice risque des glitazones.
La
rosiglitazone
notamment
est
suspectée par ses utilisateurs d’avoir
des effets secondaires plus conséquents
que d’autres traitements déj{ présents
sur le marché.1
Les premières études indiquant des
effets secondaires graves provoqués par
l’Avandia ont été menées par le Pr. John
Buse, un professeur
de
médecine
à
l'Université
de
Caroline du Nord
spécialisé dans le
diabète. Quand il a
commencé à exposer
les résultats de ses études aux sociétés
savantes, la firme GSK est intervenue
pour l’empêcher de continuer.
Cependant, en mars 2000, Le Pr Buse
envoie une lettre au commissaire de la
FDA. Il y écrit qu'il s'inquiète au sujet de
l’Avandia qui "pourrait-être associée à
des effets et des complications
cardiaques. " Le 19 avril 2000, GSK
obtient une copie de cette lettre. Un
dirigeant de GSK écrit: «Nous devons
traiter cette question en tant que société
.... On dirait que le Dr Buse ne croit pas à
notre histoire de lipide ou notre histoire
cardio-vasculaire. "
Après la lettre du Dr Buse à la FDA, GSK
réagit par la personne de Martin Libéré,
permettant de maintenir la pression sur
les épaules du Pr. Buse. La lettre disant :
« Je reste préoccupé par votre attitude
agressive { l’égard de la rosiglitazone et
SmithKline Beecham (GSK avant sa
fusion avec Glaxo). À mon avis, vous
avez présenté à
la FDA plusieurs
Le rapport du sénat américain relate
l’histoire. En effet au début de l’année
1999, Le Dr John Buse donne plusieurs
entretiens critiques sur l’Avandia®. Le
25 juin 1999 les résultats des travaux du
Pr. Buse arrivent aux oreilles des cadres
de GSK. Le rapport du sénat américain
révèle que les objets des mails circulant
entre les cadres de GSK mentionnent le
Dr Buse par le sobriquet suivant : "le
renégat de l’Avandia®". La réaction par
GSK se fait rapidement savoir par la
personne du Dr Tachi Yamada, directeur
5
allégations injustes, déséquilibrée et
sans fondement. » Le 3 novembre 2000
des cadres de GSK discutent du Dr John
Buse en interne. Un dirigeant de GSK
écrit à l'autre, «Merci pour votre aide
pour remettre J. Buse dans le droit
chemin et je l'espère au-delà. ».
En mai 2007, la méta-analyse du Pr.
Nissen est publié dans le New England
Journal of Medecine. Cette étude
incrimine l’Avandia® et l’accuse d’avoir
provoque 83 000 infarctus aux USA.
Cette étude réunie les données
disponibles de la FDA et de GSK qui ont
des suivis patients supérieurs à 24
semaines3.
Cinq ans plus tard en 2005, le Pr. Buse
exprime de nouveau son opinion en
privé en réaffirmant que l’Avandia
comportait
des
risques
cardiovasculaires ; dans un courriel qu'il
adresse au Pr Steven Nissen, président
du département de cardiologie de la
clinique de Cleveland, il y confit de
nouveau ses préoccupations constantes
au sujet de l’Avandia®. Voici les mots du
Dr Buse au Pr Nissen: « Wow! Super
travail sur l'article muriglitazar. J'ai fait
une analyse similaire des données de la
rosiglitazone basée sur les données de la
demande d'approbation initiale à la FDA
sur les diapositives qui ont été présentés
lors des audiences de la FDA et j’ai
trouvé une corrélation entre la prise
d’Avandia
et
l’augmentation
d’événements cardiovasculaires graves.
Je l'ai présenté à la Société
d'endocrinologie et à des réunions de
l’American Diabetes Association cet
été... » Puis il raconte la suite de son
histoire comme quoi GSK l’avait arrêté
tout de suite grâce à des pressions sur sa
hiérarchie. «J'ai certainement été
intimidé par eux, mais franchement je
n’avais pas la précision des données que
vous avez eu et j’ai décidé que ce n'était
de ce fait pas la peine de poursuivre." Le
Dr Buse conclu son e-mail : «J'étais
certainement intimidés par eux .... J’ai
des remords d'avoir cédé il y a des
années »2
Le Dr Steven Nissen, est le président du
Robert
and
Suzanne
Tomsich
Department of Cardiovascular Medicine
situé sur le campus de la clinique de
Cleveland. Il a écrit plus de 300 articles
scientifiques avec de nombreux écrits
publiés dans le New England Journal of
Medecine, Circulation et le Journal of the
American Medecine Association (trois
journaux scientifiques renommés).
Médecin très reconnu aux Etats unis, il a
été pendant un an président de
l’American College of Cardiology. Il fut
aussi membre de la Cardiorenal
Advisory Panel de la FDA qu’il continue
de conseiller.
Le Pr. Nissen travaille pour de
nombreuses
compagnies
pharmaceutiques sur le développement
de nouveau traitement pour les
maladies cardiovasculaires mais il
maintient son éthique personnelle et
6
exige que les compagnies versent tous
ses honoraires { des œuvres de charité.
En 2007, il est désigné par le TIME
magazine comme « un des 100 hommes
les plus influants dans le monde » et par
Smart Money comme « l’un des 30
puissances en business et finance du
pays ».
rosiglitazone est associée à une
augmentation significative du risque
d'infarctus du myocarde et à une
augmentation du risque de décès
d'origine cardiovasculaire mais avec une
significativité limite.»
La publication de Nissen fait du bruit en
bourse où le titre GSK perd 7% de sa
valeur. GSK n’arrive pas à aussi bien
contrôler l’attaque du Pr Nissen que
celle du professeur Buse.
Le Pr. Nissen a conduit un certain
nombre d’étude sur les effets
secondaires de nombreux médicaments
depuis retirés du marché. Comme par
exemple le Vioxx (rofécoxib) en 2001,
Nissen a été l'un des premiers médecins
à mettre en avant un risque accru de
crises
cardiaques
et
d’accidents
vasculaires cérébraux lors de son
utilisation. Trois ans plus tard Merck &
Co. retire le Vioxx du marché4.
Le 21 mai 2007, le Comité sénatorial des
finances interroge GSK sur des
allégations comme quoi l'entreprise
aurait intimidée un scientifique qui
s’inquièterait sur les risques cardiovasculaires de l’Avandia®. GSK répond
par un communiqué de presse pour
contrer ces allégations le 24 mai 2007,
dans le Wall Street Journal : «GSK a
qualifié les allégations d’ « absolument
fausses. »
L’article du Pr. Nissen, publié dans le
New England Journal of Medecine,
rapportant sa métaanalyse, portait sur
42 essais cliniques randomisés en
double aveugle. Cette étude réunissait
au total et 15 565 patients exposés pour
une partie d’entre eux { l’Avandia®
(rosiglitazone) et pour les autres à un
placebo (ou autre traitement chez des
patients diabétiques de type 2). Cette
étude a abouti aux résultats suivants :
« Les infarctus du myocarde ont été plus
fréquents dans le groupe rosiglitazone,
d'environ 40 %; les décès de causes
cardiovasculaires se sont avérés plus
fréquents d'environ 60 % et la mortalité
totale a aussi été en défaveur de la
rosiglitazone, mais de façon non
significative. »
Pour se défendre sur la partie
scientifique, GSK finance une étude
menée par le Pr. Philip Home qui est
publiée dans le New England Journal of
Medecine en
juillet
2007.
Elle
comprenait 4447 patients avec un suivi
moyen de 3,75 ans. L’étude sort positive
pour GSK. La conclusion de l’étude est
alors beaucoup moins nuancée que celle
du Pr. Nissen : «Les données étaient
insuffisantes pour déterminer si le
médicament a été associé à une
augmentation du risque d'infarctus du
myocarde5». Ce qui discrédite la
métaanalyse du Pr. Nissen.
Le professeur Nissen conclut cette
analyse de la manière suivante: « La
En septembre 2007, une autre étude est
menée, elle, par le Pr. Sonal Singh et
7
comprend toutes les études déjà
utilisées par le Pr. Nissen ainsi que
d’autres provenant de la base de
données Medline. L’étude inclut dans sa
métaanalyse des études avec un suivi
minimum d’un an pour les 14 291
patients. Cette métaanalyse confirme la
conclusion du Pr. Nissen :
«Parmi les patients ayant une
intolérance au glucose ou un diabète de
type 2, l'utilisation de la rosiglitazone
pendant au moins 12 mois est associée à
un risque significativement accru
d'infarctus
du
myocarde
et
d'insuffisance
cardiaque,
sans
augmentation significative du risque de
mortalité cardio-vasculaire6.»
La communication de l’Afssaps en
janvier
2008,
informant
de
l’augmentation possible du risque
d’infarctus du myocarde et d’accident
vasculaire cérébral, a eu comme
conséquence une diminution de moitié
des prescriptions de médicaments
contenant de la rosiglitazone.
C’est en 2009 que GSK provisionne 3
milliards de dollars : « pour son
accusation dans l'enquête par le Bureau
du procureur des États-Unis du district
du Colorado pour les ventes américaines
du
Groupe,
les
pratiques
promotionnelles
et
pour
sa
responsabilité dans l’affaire Avandia®
(rosiglitazone)7.»
Dans cette étude, avec un suivi plus
court et un nombre de patient plus élevé
le Pr. Singh prouve que le médicament
augmente significativement le nombre
d’infarctus du myocarde.
À l’été 2010, deux études de plus ont
confirmé que la rosiglitazone exposait
les patients diabétiques à des risques
cardiovasculaires accrus. Une synthèse
de 56 essais cliniques (35 000 patients)
ayant évalué la rosiglitazone avec un
suivi de plus de 24 semaines et
rapportant
des
événements
cardiovasculaires a confirmé un risque
augmenté d’infarctus du myocarde de
façon significatif.
«Pour l’année 2006, les ventes
d’Avandia® en valeur culminaient à
3 milliards de dollars. En 2009, elles
sont tombées à 1,2 milliard de dollars5.»
Suite à cette étude, le médicament a été
réévalué par les agences du médicament
Européenne et Américaine.
Aux USA, entre janvier et octobre 2010,
le nombre de patients traités par un
médicament
contenant
de
la
rosiglitazone avait diminué de 50%,
passant de 235 000 en janvier à 119 000
en octobre. La raison évoquée par la
FDA est également le risque accru
d’infarctus du myocarde, un effet qui
peut encore s’aggraver si les patients
recevaient en même temps de l’insuline.
En 2008 en France, cette étude a été
considérée comme probante et, par
conséquent, l’Agence Européenne du
Médicament
et
l’Afssaps
recommandaient de ne pas prescrire de
rosiglitazone aux patients souffrant de
maladies cardiaques ischémiques ou de
pathologies artérielles périphériques.
8
L’histoire de l’Avandia® finit le 18
novembre 2011 quand la Food and Drug
Administration prend la décision d’un
retrait total de l’Avandia® des
pharmacies. Cependant, les médecins
voulant
toujours
prescrire
le
médicament pourront le faire en
inscrivant les patients sur un registre
spécial. Les patients recevront alors le
traitement par la poste.
Nous nous posons donc la question de la
différence de prise en charge de
l’information et de l’investigation en
France et aux Etats-Unis. Pour cela nous
avons pris 2 autres médicaments : le
Vioxx® et le Médiator®.
L’affaire du médicament Vioxx®
Le rofécoxib est un anti-inflammatoire
non stéroïdien qui a été retiré du
marché pour des questions de sécurité
d’usage. Il a été commercialisé par
Merck & Co. pour traiter l'arthrose, les
douleurs aiguës, et les dysménorrhées.
Le rofécoxib a été approuvé par le Food
and Drug Administration le 20 mai
1999, et a été commercialisé sous les
noms de marque Vioxx, Ceoxx, et
Ceeoxx.
En septembre 2011, GSK passe aux
aveux sur les effets secondaires de son
médicament antidiabétique Avandia®, le
laboratoire paie pour ses chefs
d’accusation 3 milliards de dollars afin
arrêter les poursuites judiciaires aux
Etats-Unis8.
Pourquoi, l’affaire de
l’Avandia® passe-t-elle
inaperçue en France?
E
n France, on estime à 3 millions
le nombre de personnes atteintes
de diabète de type 2, dont près de
deux-tiers
sont
traités
par
antidiabétiques oraux. Environ 110 000
patients ont été traités par rosiglitazone,
dont un tiers avec Avandia® et deux
tiers par Avandamet®. Plus de 70% des
patients ont reçu le traitement pendant
au moins deux ans.
Plus de 80 millions de personnes dans le
monde ont été traitées par le Vioxx.
Le 30 septembre 2004, Merck a retiré
son médicament car il s’est avéré qu’il
avait engendré entre 88 000 et 140.000
cas de maladies cardiaques graves en un
peu plus de cinq ans. Dans l'année
précédant le retrait, Merck a réalisé un
chiffre d'affaires de 2,5 milliards de
dollars aux États-Unis uniquement grâce
au Vioxx.
Voici deux éléments de réponse étayés
d’exemples, pouvant répondre { cette
question :
L’absence de porte parole en France
contre l’Avandia.
9
L’affaire du médicament Vioxx® aux
Etats-Unis a été portée durant toute la
procédure par l’épidémiologiste David
Graham9.
l’explosion du système. Après le retrait
du Vioxx®, les responsables de
l’AFSSAPS se sont expliqués dans les
médias en faisant comprendre que pour
la France le contexte était différent, que
les conditions de prescriptions étaient
différentes, avec des doses plus faibles
et des durées plus courtes, que les
autorités avaient été plus vigilantes et
que l’on devait s’attendre { peu d’effets
secondaires. L’affaire a ainsi vite été
classée et assez peu relayée par la
presse et ainsi le scandale rapidement
étouffé.
David Graham a passé l’essentiel de sa
carrière au sein de la FDA, où il était
chargé de l’évaluation de la toxicité des
médicaments au sein de l’agence. Il est
l’un des acteurs essentiels de la FDA
dans le retrait du marché de plusieurs
médicaments : l’antibiotique Omniflox®,
l’antidiabétique Rezulin®. Et en 2004, il
s’est battu pour le retrait de l’antiinflammatoire Vioxx®.
Dans l’affaire du Vioxx®, il a été prouvé
que la firme Merck & Co. a tout fait pour
minimiser les risques de morbidité et de
mortalité cardiovasculaire. Elle a exercé
son influence au sein même de la FDA,
où l’épidémiologiste David Graham a
subi de fortes pressions pour se taire. Il
a tout de même lancé l’alerte, et s’est
battu contre le Vioxx®, par le biais
d’études cliniques, allant jusqu’{ plaider
devant le congrès des Etats-Unis. Pour
cela, David Graham s’est battu contre le
laboratoire, contre les experts mais
aussi contre ses supérieurs à la FDA.
Le Dr. Graham est actuellement le
directeur adjoint de la FDA.
L’affaire de l’Avandia®
Le Time Heatlh a, en 2007, publié un
article au titre évocateur « Est-ce que
l’Avandia est le prochain Vioxx?10 ».
Il y a une comparaison évidente entre
l’affaire du Vioxx® et l’affaire de
l’Avandia®. Ce sont toutes les deux des
affaires qui ont explosé aux États-Unis à
partir d’une personne initiale que l’on
qualifie de « chien de garde » ayant
mené de manière indépendante une
investigation. Néanmoins, personne en
France n’a repris le relai de
l’investigation permettant de mettre en
évidence des chiffres clés français, des
données françaises. Ainsi, ce sont deux
affaires qui sont restées des affaires
américaines sans un relai solide au
niveau des médias français.
Aux Etats-Unis, avec l’affaire du Vioxx®,
la FDA est violemment critiquée pour ne
pas avoir réagi plus tôt. Mais en France,
l’Agence française de sécurité sanitaire
des produits de santé est étrangement
épargnée or, les autorités de santé, par
l’intermédiaire de l’AFSSAPS ont tout
fait pour étouffer le scandale et éviter
La presse française a peu traité le sujet.
On a pu retrouver de l’information
grand public en France sur internet via
10
des sites participatifs tel que Le Post ou
Agoravox. France 24 a, par la personne
de Virginie Meynial, fait un reportage
dans une émission d’intelligence
économique traitant le sujet11. Le sujet
du
reportage
était :
«Industrie
pharmaceutique : Médiator®, Avandia®
une guerre de la communication ». La
problématique était bien posée mais le
reportage manquait de réponses. Cela
étant dit on se doute, grâce aux réponses
peu claires du député Gérard Bapt et de
la représentante de l’AFSSAPS dans ce
reportage, qu’il existe un malaise {
parler de l’Avandia®.
présidence à la mission d’information de
l’IGAS (Inspection générale des affaires
sociales) sur le Médiator.
Cependant un bémol est à amener à
l’affaire Médiator® car contrairement
aux deux autres cas précédemment
décrits, l’affaire du Médiator® n’a pas été
encore jugée par la justice. Et la
culpabilité, en dehors des effets
secondaires dûs à son médicament, des
laboratoires Servier n’a pas été prouvée.
En revanche, ces événements
nous permettent de nous apercevoir
qu’une ou deux personnes ont porté
l’affaire. Elles ont ainsi permis, { leur
manière, la transformation de l’affaire
en scandale. On peut qualifier ces
personnes de « chiens de garde de
l’information médicale ».
L’affaire du Médiator®
Le Médiator® (benfluorex) était indiqué
dans le traitement du diabète de type 2,
il a été commercialisé de 1976 à 2009 en
France par le groupe Servier.
L’affaire
du
®
Médiator
en
France a été
portée par le Dr
Irène Frachon
pneumologue de
formation,
en
poste au CHU de
Brest. Elle a
choisi de mener un combat contre le
Médiator®, en revanche moins dans la
partie scientifique que nos deux
précédents protagonistes mais, elle a
décidé de soulever l’opinion
publique grâce à son livre
« Médiator® 150 mg, combien de
morts ».
Les scandales de l’Avandia® et du Vioxx®
aux Etats-Unis ont montré une
apparente préoccupation de certains
membres des autorités sanitaires (FDA)
ou de sociétés savantes vis-à-vis des
traitements mis en cause.
En France, pour le Médiator® le dossier
a été porté par deux personnes. Le
docteur Irène Frachon qui n’a pas de lien
avec les instances françaises de
régulation du médicament française et le
député Bapt. Irène Frachon a publié
plusieurs
études
sur
le
®
Médiator . La première étude
fut publiée en mars 2009, sur
des patients diabétiques soumis
au benfluorex ; elle conclut de la
manière suivante : « Il n’y a pas
d'effet de causalité certain,
concernant
les
maladies
cardiovasculaires
avec
le
Dans cette affaire, il y a aussi eu
l’intervention
du
député
cardiologue Gérard Bapt, par sa
11
benfluorex, pouvant être tirée de tels
cas12. »
C’est en avril 2010, après l’arrêt de la
commercialisation du Médiator®, qu’elle
publie une étude sur 682 patients dans
la revue en ligne PLoS One où elle
conclut : « L'utilisation du benfluorex est
associée à une régurgitation mitrale
inexpliquée13 ». Mais, Irène Frachon a
surtout écrit un livre « Médiator® 150
mg, combien de morts » publié le 7 juin
2010.
Le député Bapt, cardiologue de
profession, a lui présidé la mission
d'information de l'Assemblée nationale
sur le Médiator® par l’IGAS un rapport
fait par l’état pour l’état.
En ce qui concerne le médiator le
déroulé de l’affaire est sensiblement
différent. La première étude ayant
permis de confirmer les effets
secondaires du médiator fut une étude
demandée et financée par les
laboratoires Servier, l’étude REGULATE
publié dans l’European Journal of
Echocardiography. REGULATE regroupa
847 patients diabétiques de type 2 avec
un suivi de 52 semaines. Cette étude a
provoqué le retrait du médicament en
novembre 2009. Et ce n’est qu’après le
retrait du médicament que l’affaire a
pris de l’ampleur par le biais du Dr
Irène Frachon et du Député Gérard Bapt.
la Commission d'Autorisation de Mise
sur le Marché (AMM), depuis 10 ans. En
2007, il se rapproche du laboratoire GSK
en tant que conseiller en développement
(déclaré sur sa liste de conflits
d'intérêts). La même année, en Juillet
2007, il répond à une interview de la
journaliste Catherine Desmoulins pour
le site Theheart.com14.
On note la question suivante sur la
métaanalyse du Pr. Nissen sur
l’Avandia®
:
«Est-ce
bien
raisonnable d'avoir un avis si tranché
sur des nombres d'événements si
petits ? C'est peut-être un peu du
catastrophisme.»
Il affirmait que cette métaanalyse
n’apportait pas plus de preuves
scientifiques, tout comme le PDG de GSK
Jean-Pierre Garnier qui annonçait que
l’étude publiée dans le New England
Journal of medicine n’apportait pas de
preuves scientifiques14.
L’histoire
aura
eu
raison
des
déclarations du Pr. Bergmann.
GSK, un cercle d’influence
puissant?
G
SK est l’un des laboratoires qui a
le plus d’influence et qui fait le
plus de lobbying en France. « Que
Choisir » avait, dans une étude publiée il
y a 3-4 ans, montré que GSK était une
des sociétés pharmaceutiques soulevant
le plus de conflits d'intérêts dans la
communauté des experts français, loin
devant Servier qui réalise pourtant
quasiment toute sa R&D en France.
Des sympathisants
de GSK dans l’agence
de régulation du
médicament ?
Le Professeur JeanFrançois Bergmann,
est vice-Président de
12
Le cercle d’influence de GSK se fait par
l’intermédiaire de « Clubs » de libre
échange où différentes personnalités du
milieu
médical
se
rencontrent :
médecins,
sénateurs,
ministres,
associations de patients, autorités de
santé, employés de GSK…
Baxter acceptent les 16% d’indemnités
proposé par l’Etat alors que GSK
demande une indemnité de 233 millions
(2 tiers de la commande initiale) soit
50% d’indemnisation sur la commande
annulée15. Finalement, en septembre,
après 1 mois de négociation, GSK
accepte la proposition de l’Etat à 16%
d’indemnisation. Y aurait-il autre chose
dans la balance qui aurait fait flancher
GSK?
Avant d’aborder les clubs de GSK, il
serait intéressant de s’attarder sur
l’épidémie H1N1 de 2010.
La pandémie lucrative de GSK en aout
2010.
«En acceptant la somme proposée par la
France, les trois laboratoires se privent de
la possibilité de procéder à des recours
devant la justice. Néanmoins, ils
préservent leurs bonnes relations avec
l'État français en prévision de nouvelles
pandémies17.»
Eric Nunès, Le Monde.
Dr Girard vs Bachelot pour
les vaccins de la grippe A
http://www.youtube.com/watch?v=cwnN71vDoAk
Lors de l’épidémie de la grippe A, le
pouvoir en place décida d’une campagne
vaccinale et par conséquent d’acheter 94
millions de doses de vaccins à quatre
laboratoires : Sanofi, GSK, Novartis et
Baxter.
Les trois clubs de GSK lui
serviraient-ils à maitriser
l’avenir ?
Avenir de la santé
Le club: « Avenir de la santé » qui a été
monté en 1988, célèbre cette année sa
23ème année d'existence. Il rassemble
des scientifiques renommés, des
politiques impliqués dans la santé, des
universitaires, des économistes, des
représentants
des
structures
institutionnelles et des personnes du
monde de la santé. Par ailleur l’examen
des membres du club « Avenir de la
Santé » nous permet de voir que ce club
a ciblé des personnalités influentes dans
le secteur de la santé comme des
membres de la commission d’AMM, des
députés, des membres de ministères, et
de l’IGAS18.
La moitié du marché fut remportée par
GSK. Quelques mois plus tard, sur les 94
millions de doses commandées, 50
millions ont été annulées par le
gouvernement, ceci du { l’échec de la
campagne de vaccination. Seulement 7%
des français furent vaccinés. L’état a
proposé
une
indemnisation
des
laboratoires à hauteur de 16% de la
commande annulée. Sanofi, Novartis et
13
Yves Bur, non présent dans la liste de
participant en annexe, député UMP et
président de la délégation chargée des
représentants d'intérêt, se retrouve à
plusieurs reprises dans les débats et
dans les éditions papier que le club édite
(cf photo lors d’un débat du club avenir
de la santé avec le directeur générale de
club est financé en partie par la firme
pharmaceutique GSK.
Voici une péripétie concernant le
président fondateur du club que le
Huffington Post relate20.
Le 4 février 2011, Gérard Bapt,
président de la Mission d’Information
sur le Médiator® { l’Assemblée
Nationale, expliquait dans Marianne que
les conflits d’intérêts minent tout le
secteur de la Santé. Les laboratoires
pharmaceutiques sont présents à tous
les niveaux du système. « Des
représentants de Servier siègent toujours
dans des organisations où sont
intimement mêlés public et privé, et qui
attribuent des fonds publics. »
« Je suis persuadé que les conflits d’intérêt
ont joué un vrai rôle dans l’affaire du
Médiator ». (Autres déclarations du
député Bapt ne provenant pas de
Marianne).
« Il est stupéfiant que l'État français
tolère toujours des situations portant
atteinte à la crédibilité des jurys
attribuant des crédits publics ». (Autres
déclarations du député Bapt ne
provenant pas de Marianne).
GSK France Christophe Weber).
Notons donc qu’Yves Bur est aussi la
personne qui a écarté la lobbyiste du
groupe Servier de l’assemblée nationale.
La Fondation GSK
La fondation GSK a pour but de favoriser
l’accès, des populations de pays sousdéveloppés, aux trithérapies. Mais cette
fondation permet aussi, à GSK France, de
réseauter auprès de grands leaders
d’opinion de la lutte contre le SIDA. GSK
étant l’un des laboratoires les plus
impliqués dans le traitement du VIH.
Cette fondation est présidée par une
personne ayant eu des fonctions
étatique qui n’est autre que l’ancienne
ministre de la santé française, Michèle
Barzach19.
Le 18 mars, Agoravox a flashé le député
la main prise dans le pot de confiture à
avoir fait supprimer son nom du site
internet du club Hippocrate. Il
semblerait que les purges aient été
ordonnées début mars comme en
témoigne les modifications faites sur
l’encyclopédie
communautaire,
Wikipédia. En regardant de plus près
l’historique de la fiche de Gérard Bapt
sur l’encyclopédie en ligne, nous
découvrons en effet que deux adresses
Le club Hippocrate
Le club parlementaire : « Le club
Hippocrate »,
dont
le
président
fondateur est Gérard Bapt, réunit une
centaine de députés et sénateurs. Ce
14
IP au moins ont tenté (avec succès) à
plusieurs reprises d’effacer le nom de
Gérard Bapt associé au club Hippocrate.
Il s’agit des adresses 213.30.147.234 et
217.156.140.234. En utilisant l’un des
nombreux outils de géolocalisation
disponible sur internet, les auteurs de
l’article ont découvert que le nom d’hôte
de l’IP 213.30.147.234 est ns4.senat.fr,
tandis que celui de 217.156.140.234 est
ns3.senat.fr…
Il y a 8 personnes sur 11 qui étaient
membres du club Hippocrate dans la
mission d’information du Médiator®.
Le laboratoire GSK s’est constitué
un cercle d’influence très puissant en
France. Mais il n’est pas le seul.
Cependant { l’heure actuelle GSK n’a
toujours pas renseigné le nom d’un
éventuel représentant d’intérêt sur la
liste gouvernementale de l’assemblée
nationale. Comme les entreprises
pharmaceutiques Solvay, Astra Zenica
ou Servier. Les représentants d’intérêts
sont utiles à la vie politique car ils aident
à la compréhension des problématiques
en apportant leurs avis. Mais GSK auraitil des choses à cacher ?
Et voici un dernier point troublant
concernant ce club parlementaire
Hippocrate, la liste des professionnels20
qui
composaient
la
mission
d’information IGAS sur le Médiator® :
M. Gérard Bapt, président (SRC) :
Co-président du Club Hippocrate
M. Jean-Pierre Door, rapporteur (UMP) :
Co-président du Club Hippocrate
M. Jean Bardet (UMP) :
Membre du Club Hippocrate
Mme Valérie Boyer (UMP) :
Membre du Club Hippocrate
M. Jacques Domergue (UMP) :
Membre du Club Hippocrate
M. Jean Leonetti (UMP) :
Ne fait pas partie du Club Hippocrate
M. Arnaud Robinet (UMP)
Membre du Club Hippocrate
M. Jean Mallot (SRC) :
Ne fait pas partie du Club Hippocrate
M. Jean-Louis Touraine (SRC)
Membre du Club Hippocrate
M. Maxime Gremetz (GDR) :
Ne fait pas partie du Club Hippocrate
M. Jean-Luc Préel (NC)
Membre du Club Hippocrate.
Le cercle d’influence de GSK ne permet
pas d’expliquer totalement pourquoi
l’affaire de l’Avandia n’a pas été relayée
par la presse grand public notamment
lorsque l’on sait qu’en France, les
laboratoires Servier sont influents.
Dans l’affaire de l’Avandia en France, la
collusion qu’il existe entre les autorités
de santé et GSK reste troublante surtout
pour un laboratoire qui n’est pas francofrançais.
On peut supposer que ce cercle
d’influence a participé à la non
divulgation de l’affaire de l’Avandia,
surtout lorsque l’on voit les pratiques
marketings du laboratoire GSK aux USA.
On se doute qu’en dehors des USA, les
laboratoires GSK n’auraient aucune
raison de freiner leur politique de
« leadership ».
15
Sources
1. http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierDiabeteGlitazones2.php
2. Committee staff report to the chairman and ranking member committee on
finance United States senate, November 2007. The Intimidation of Dr. John Buse
and the Diabetes Drug Avandia.
3. Effect of Rosiglitazone on the Risk of Myocardial Infarction and Death from
Cardiovascular Causes. Steven E. Nissen, M.D., and Kathy Wolski, M.P.H.N Engl J
Med 2007; 356:2457-2471June 14, 2007
4. http://en.wikipedia.org/wiki/Vioxx
5. http://www.nejm.org/doi/pdf/10.1056/NEJMoa073394
6. http://jama.ama-assn.org/content/298/10/1189.full.pdf+html
7. http://www.gsk.com/media/pressreleases/2011/2011_pressrelease_10014.htm
8. http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/chimiepharmacie/20111103trib000661286/avandia-amende-de-3-milliards-dedollars-pour-gsk.html
9. Mukherjee D, Nissen SE, Topol EJ. (2001). "Risk of cardiovascular events
associated with selective COX-2 inhibitors.". JAMA 286 (8): 954–959.
doi:10.1001/jama.286.8.954. PMID 11509060.
10. http://www.time.com/time/health/article/0,8599,1623580,00.html
11. http://www.youtube.com/watch?v=5_YyjO5VPnM.
12. Boutet K, Frachon I, Jobic Y, Gut-Gobert C, Leroyer C, Carlhant-Kowalski D, Sitbon
O, Simonneau G, Humbert M Fenfluramine-like cardiovascular side-effects of
benfluorex.. Eur Respir J. 2009 Mar;33(3):684-8.
13. Frachon I, Etienne Y, Jobic Y, Le Gal G, Humbert M, Leroyer C. Benfluorex and
unexplained valvular heart disease: a case-control study. PLoS One. 2010 Apr
12;5(4):e10128.
14. http://www.theheart.org/article/803725.do
15. http://www.novethic.fr/novethic/entreprises/impact_local/sante/mediator_ufc_
que_choisir_et_afd_veulent_instaurer_democratie_sanitaire/132515.jsp
16. http://www.lefigaro.fr/societes/2010/04/29/04015-20100429ARTFIG00726grippe-a-les-labos-font-leur-compte-avec-l-etat-.php
17. http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/09/08/grippe-a-la-francepaiera-plus-de-48-millions-d-euros-aux-laboratoires_1408240_823448.html
18. http://mobile.agoravox.fr/actualites/sante/article/le-club-avenir-de-la-sante23-105878
19. http://www.gsk.fr/fondation_gsk/propos_fondation/edito.html
20. http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/02/24/2416458_affairemediator-le-depute-gerard-bapt-lave-blanc-mais-pas-encore-plus-blanc.html
21. http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/04/07/2458559_affairemediator-le-senat-censure-wikipedia.html
16
Annexes
Liste des participants « Club Avenir de la Santé »
M. Jean-Noël BAIL GSK France Vice-Président - Directeur des Affaires Économiques et
Gouvernementales
Mme Christiane BASSET UNAF Administrateur chargée du dossier santé vieillesse
M. Pascal BEAU Espace Social Européen Directeur
Mme Corinne BEBIN Mairie de Versailles Maire adjoint délégué aux affaires sociales
Pr Dominique BEGUE Université Paris V Professeur des Universités
Professeur Jacques BELEGAUD Commission d'AMM Membre
M. Bernard BELLOC Présidence de la République Conseiller "Enseignement supérieur et
recherche"
Mme Delphine BENDA MEDEF Directeur de mission en charge de la Protection sociale
M. Alain BERGEAU
UNPS Président
M. Marc BERNIER Assemblée Nationale Député de Mayenne
Dr Dominique BESSETTE Institut National du Cancer Responsable du département
prévention Direction de la Santé publique
M. Jacques BIOT JNB Développement Président-Directeur Général
Mme Mélanie BLOND Ministère du Travail, de l'Emploi et de la Santé Conseillère
technique Presse Communication Santé
Pr Claudine BLUM-BOISGARD AP-HP Conseillère Médicale auprès de JM LE GUEN
Mme Claire BODIN CPAM Vaucluse Vice-Président
M. Philippe BOENNEC Assemblée Nationale Député de Loire Atlantique
Dr Michèle BRAMI Agence Technique de l'Information sur l'Hospitalisation (ATIH) Chef
de projet Mission Tarification à l'activité
Pr Jean-Michel CHABOT Haute Autorité de Santé Conseiller Médical du Directeur
M. Yves CHARPAK Établissement Français du Sang Directeur des Études et de la
prospective
M. George COLOMBIER Assemblée Nationale Député de l'Isère, Secrétaire de la
Commission des Affaires Sociales
Mme Danièle COMBE Direction de la Sécurité Sociale Chargée de la distribution
pharmaceutique
Mme Florence de SAINT-MARTIN Direction Générale de l'Offre de Soins (DGOS) Chargée
de projet sous la direction pilotage de la performance des acteurs de l'offre de soin
Pr Michel DEBAERT AFSSAPS Vice-président du groupe de travail sur les médicaments
utilisés en homéopathie
Pr Laurent DEGOS Hôpital St-Louis Ancien Président de la HAS, Professeur
d'Hématologie
Pr Jean-François DELFRAISSY ANRS Directeur
M. Jean-Luc DELMAS Groupe OCP Directeur Communication Institutionnelle & Affaires
Publiques
17
Mme Marianne DESCHENES AFSSAPS Coordinateur Risques Émergents et Action de
Santé Publique
M. Charles DESCOURS Sénateur Honoraire
Pr Michel DETILLEUX Commission d'AMM Membre
Mme Elisabeth DUFOURCQ IGAS Ancien Secrétaire d'État à la Recherche, Inspecteur
Général des Affaires Sociales Honoraire
M. Gilles ECHARDOUR ARS Ile-de-France Chargé de Mission
Dr Sophie FEGUEUX Délégation interministérielle à la sécurité routière Conseillère
technique Santé
Mme Pascale FLAMANT Institut National du Cancer Directrice Générale
Dr Alexandra FOURCADE Direction Générale de l'Offre de Soins (DGOS) Responsable de
la Mission des Usagers de l'Offre de Soins
Mme Corinne FOURNIER Assemblée Nationale Assistante Parlementaire d'Edwige
Antier
M. William GARDEY UGECAM Ile-de-France Président
Dr Marcel GARNIER Groupe Malakoff Médéric Directeur Médical
M. Eric GINESY Ministère du budget, des comptes publics, de la fonction publique
Adjoint au chef du bureau des comptes sociaux et de la santé
Pr Jean-Paul GIROUD Commission d'AMM Membre
Dr Martine GOUELLO CNAMTS Médecin-Conseil chargée des affaires européennes
Mme Ghislaine GROSSET Mairie de Paris Sous-Directrice de la Santé à la Direction de
l'action sociale, de l'enfance et de la santé (DASES)
M. Richard GUEDON GROUPAMA Assurances Directeur Médical
Dr Michel HANNOUN Fédération des métiers de santé de l'UMP Président
M. Henri-Philippe HUSSON Académie Nationale de Pharmacie Président
M. Alexandre KOUTCHOUK Ministère du budget, des comptes publics, de la fonction
publique
Chef du bureau de la solidarité et de l'intégration
Pr Michel LAROQUE IGAS Mission internationale
M. Marc LE FUR Assemblée Nationale Député des Côtes-d'Armor
M. Patrice LEGRAND IGAS Inspecteur Général
Mme Florence LEPAGNOL AFSSAPS Responsable cellule coordination des vigilances
Pr Jean-Pierre LEPINE Commission d'AMM Membre suppléant
M. Stéphane LEVEQUE CPAM des Yvelines Président du Conseil d'Administration
Mme Florence LIANOS Direction Générale de la Cohésion Sociale Sous-Directrice de
l'enfance et de la famille
Dr Jean-Louis LORRAIN Sénat Sénateur du Haut-Rhin & Membre de la Commission des
Affaires Sociales
Mme Florence LUSTMAN Mission Alzheimer Inspecteur général des finances chargée du
plan Alzheimer
M. Pascal MAISONNEUVE AFSSAPS Chef du service coordination de l'information, des
vigilances, des risques, et des actions de santé publique
Dr Vincent MARSALA
IGAS
Conseiller général des établissements de santé
18
Dr Michel MARTY CNAMTS Médecin conseil Responsable du Département
Hospitalisation
Pr Jacques MASSOL Direction Générale de la Santé Conseiller
Dr Maryse MEDINA CNAMTS Directeur des relations Européennes Internationales et
Coopération
M. Jean MILHAU Sénat Sénateur du Lot
Dr Christophe MISSE AP-HP Directeur du département de la Recherche Clinique &
Développement
M. Jean-Pierre PACCIONI GlaxoSmithKline France Pharmacien responsable
M. Jean-Pierre PAROUNAGHIAN CPAM du Val d'Oise Président du Conseil
d'Administration
M. Jean-Louis PAUC CPAM de Bobigny Président Honoraire du Conseil d'Administration
M. Gérard PELHATE Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole Président
Dr Anne PERILLAT Direction Générale de la Santé Adjointe Chef médicament
Pr Christian PERRONNE Haut Conseil de la Santé Publique Président de la Commission
spécialisée maladies transmissibles
M. Henry-Jean PETIT URCAM Ile-de-France Ancien Président
M. Christian PRIEUR CNAMTS Ancien Directeur
Dr Jean-Louis PRUGNAUD Commission d'AMM Membre de la Commission
M. Axel RAHOLA Ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale Rapporteur du
comité interministériel de la dépendance
Mme Florence RICHART AFSSAPS Chef du Département de l'organisation des
ressources, de l'informatisation et des services
Dr Bertille ROCHE-APAIRE RSI - Régime Social des Indépendants Médecin Conseil
M. François ROMANEIX Haute Autorité de Santé Directeur
Dr Élisabeth ROUSSEAU Direction Générale de la Santé Bureau relations avec les
professionnels de la santé
Dr Antoinette SALAMA CNAMTS Médecin conseil
M. Jean-Patrick SALES Ministère des Solidarités Cohésion Sociale Conseiller médical
M. Aristide SUN Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie – DGCIS Adjoint
au Sous-directeur de la chimie, de la pharmacie et des biotechnologies
Pr Philippe THIBAULT Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement
supérieur (AERES) Membre du CA
M. Jean-Paul TILLEMENT Commission d'AMM Membre suppléant
Dr Jean-Louis TOURAINE Assemblée Nationale Député des Bouches-du-Rhône, Membre
de la Commission des Affaires Sociales
M. Guy TOUSSAINT Direction Générale de la Santé chargé de la Sous-Direction de la
prévention des risques liés à l'alimentation et à l'environnement
M. François TRIVIN Conseil National de l'Ordre des Pharmaciens Vice-Président
M. Yves TROUILLET Conseil National de l'Ordre des Pharmaciens Trésorier
M. Daniel VASMANT Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie Chef du
bureau Industries de santé, de biotechnologies et de l'agroalimentaire
Pr Gérard VIENS Chaire ESSEC Santé Directeur Institut de Management de la Santé
19
Dr Olivier WOING Commission de la Transparence Membre titulaire
Misoo YOON Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie Inspectrice des
Finances
Interview de Mr Jean-Marie Vailloud
Mr Vailloud est un médecin cardiologue exerçant à Lyon. Depuis quelques années, ce
cardiologue engagé tient un site internet, où il traite et juge des sujets d’actualités
médicales grâce à une expertise de par sa formation & compétence et ainsi qu’une
investigation de l’information poussée. Il est notamment l’auteur de nombreux articles
traitant le sujet de l’affaire du Médiator et de l’Avandia
Mr Vailloud n’a aucun lien avec l’industrie pharmaceutique. L’ensemble de ses revenus
proviennent: d’un salariat dans une clinique de rééducation, d’un salariat en tant que
praticien attaché au CHU, d’une activité libérale, de placements financiers non liés à des
établissements produisant ou exploitant des produits de santé, d’une activité d’expertise
auprès de l’Afssaps. Il n’a jamais travaillé pour l’industrie pharmaceutique et ses seules
collaborations avec ces derniers ont été : un article sponsorisé par le laboratoire “Dade
Behring” sur les peptides natriurétiques et une animation bénévole d’un séminaire
organisée par Boehringer-Ingelheim sur la recherche d’informations médicales sur
internet.
Ma première question qui est assez générale et qui est l ‘essence même de cette
interview est de savoir Pourquoi, alors qu’il y a une affaire Avandia® potentiellement de
grande ampleur, le traitement de l’information est-il différent du Médiator ? Et par
conséquent, grâce à quels moyens GSK évite la polémique journalistique en France ?
En fait il n’y a pas réellement de réponse { cette question et ce n’est pas évident de
répondre à une telle question.
Je pense que ce n’est pas de la faute de GSK ou en tout cas pas grâce à GSK. L’affaire du
Médiator est scandaleuse parce qu’il y a une suspicion très forte de collusion entre les
autorités de santé française telles l’AFSSAPS et les laboratoires pharmaceutiques
Servier. Alors que pour l’affaire de l’Avandia en France, ce n’est pas le cas. Il n’y a pas de
suspicion de collusion révélée dans l’affaire Avandia, et cette affaire montre, à l’heure
actuelle en France, uniquement le problème de sécurité du médicament. Par contre,
l’affaire de l’Avandia aux Etats-Unis est similaire à l’affaire du Médiator en France en
montrant en plus cette collusion laboratoires pharmaceutiques/autorités de santé.
A la base, lorsque Madame Frachon a commencé a parlé de l’affaire du médiator en
France, les autorités de santé et les experts n’ont voulu la croire et ne l’ont pas écouté.
Ensuite lorsque l’on s’est rendu compte qu’une partie de l’histoire était vraie, on s’est
rendu compte que les experts et personnels des autorités de santé, qui à la base avaient
écouté Madame Frachon et classé sans suite cette histoire de morbi-mortalité du
Médiator, était lié à Servier et que a priori les gens qui était à la tête de l’AFSSAPS,
comme Mr Jean Michel Alexandre, était très lié à Servier. Pour l’histoire, Jean Michel
Alexandre était un responsable très influent à l’AFSSAPS entre 1980 et 2000, et à son
20
départ en 2000, il a touché 1,2 millions d’euros pour une mission de consultant au sein
des laboratoires Servier. En dépit de l’absence d’une quelconque fraude, le Figaro
souligne qu’en 1995, alors que la décision de l’Afssaps était de procéder à l’arrêt de
vente de Médiator dans les préparations magistrales mises en place par le pharmacien,
la vente de ce médicament était toujours autorisée. Or, au moment de ces faits, Jean
Michel Alexandre occupait toujours un poste important { l’Afssaps. D’ailleurs, suite { la
demande du ministre de la santé, une enquête sur cette affaire est conduite. Mr
Alexandre n’est pas le seul à avoir protégé le Médiator et c’est l{ qu’est le scandale. Le
scandale n’est pas tellement le fait que le Médiator ait tué des gens mais plutôt qu’il y ait
eu un traitement de faveur pour ce médicament. L’affaire du Médiator a montré une
collusion entre Servier et les autorités du médicament.
Dans l’affaire de l’Avandia, l’étude de Mr Nissen a montré un signal de surmortalité.
Cette étude a été la première a montré ce sur-risque jusqu’alors indétectable, et les
agences ont réagit selon la procédure par une analyse rapide et précise de ce sur-risque
par des études. Donc, en France, il n’y a pas de scandale
Il y a eu récemment l'annonce d'un accord aux Etats-Unis, pour une somme de 3
milliards de dollars, passé par GSK avec le Department of Justice afin de mettre fin à des
investigations fédérales sur les pratiques marketing de GSK aux Etats-Unis dont les faits
reprochés étaient la "falsification" d'études cliniques, le paiement de médecins pour
encourager les prescriptions, le détournement du programme Medicare ainsi que la
forte pression et menaces sur les hôpitaux et médecins pour qu’ils ne critiquent pas
l’Avandia sur la seine publique.
Comment se fait-il qu’avec un procès aussi attrayant, les médias n’en parlent pas plus en
France ?
Tout simplement parce que ce procès se passe aux Etats Unis et non en France et que
beaucoup de journalistes santé partent du principe que seul ce qui se passe en France
intéresse les Français. Le Médiator est une histoire Franco-Française et donc qui les
concerne, alors que finalement le procès de l’Avandia, pour quelqu’un qui n’est pas dans
le milieu médicale, il ne s’y intéresse pas. Pour Monsieur Lambda, c’est un médicament
aux Etats-Unis et il ne fait pas vraiment le lien avec le médicament qu’il prend en France.
De plus les journalistes santé ont écrit sur le problème de l’Avandia au niveau sanitaire
mais cette information n’a pas été reprise par les grands quotidiens français car il n’y a
pas de polémique sur la collusion apparente ou prouvée entre l’industrie
pharmaceutique et les autorités de santé
Et enfin, il faut noter que les politiques de médicaments en France et aux USA sont
complétement différentes et indépendantes. Les autorités sont vraiment indépendante,
ne se regardent pas mutuellement et agisse rarement dans le même sens au même
moment. Elles agissent indépendamment. Par exemple, pour qu’un médicament ait une
AMM en France et aux USA, il faut deux dossiers différents avec des exigences
différentes, et un dossier de mise sur le marché peut être accepté en France et non aux
USA. Et c’en est de même pour les crises, la prise en charge par les autorités des crises
est différente et chaque pays mène une investigation qui lui est propre. Il n’y a pas
d’harmonisation des politiques des médicaments. Il y a donc un sentiment de séparation
21
entre l’Europe et les USA et une crise publique dans un pays peut passer quasi inaperçu
dans l’autre. C’est le cas du médiator dont les américains ont peu parlé.
Et qu’en est-il du cercle d’influence très important de GSK auprès des politiques ?
GSK, comme beaucoup de laboratoires, a tissé un réseau de relation très influent en
France, tout comme d’autres laboratoires tel Sanofi ou les laboratoires Servier, en
mettant des billes dans les experts et les politiciens.
Tous les laboratoires graissent la patte des gens d’influence qui ont le pouvoir de
décision.
Maintenant, dire que GSK, grâce { son réseau d’influence, s’épargne un traitement
médiatique est un peu présomptueux. Ce laboratoire a certainement agit pour contrôler
aux maximum cette crise en France.
Mais je pense réellement, que c’est parce qu’il n’y a pas de scandale politique de
l’Avandia en France, que le scandale n’a pas lieu. Le non-scandale de l’Avandia en France
s’explique parce qu’il n’y a pas eu d’experts et de politiciens français pointés du doigt, et
que les autorités sanitaires n’ont pas eu de retard dans la prise en charge de cette crise
en retirant assez rapidement le médicament, sans le laisser trainer sur le marché.
Mais pour en revenir à la question, toutes les entreprises pharmaceutiques font pareils
en essayant de montrer une éthique irréprochable, mais c’est tellement difficile
d’essayer de ne pas tricher. Les industries font des chiffres d’affaires qui se mesurent en
milliard et faire du lobbying auprès des médecins, des politiciens et autorités de santé
est assez facile, d’autant que nombreux se corrompent facilement.
Servier a arrosé tout le monde, Sanofi a arrosé tout le monde, et GSK de même. Après
chaque laboratoire a un pouvoir de corruption plus ou moins élevé et GSK de part son
chiffre d’affaire et l’importance de son implantation en France doit être très puissant.
Comment se fait-il qu’il ait fallu attendre 3 ans entre la parution de l’étude du NEJM de
Mr Nissen sur les dangers de l’Avandia et le retrait du médicament ?
L’étude de Mr Nissen, parue dans le journal américain New England Journal of Medecine
est une méta-analyse rétrospective dont les données ont été fournies par GSK. Ce type
d’étude n’a pas valeur de vérité au niveau scientifique et médicale. La méta-analyse n’est
pas une étude très robuste, au contraire des études randomisées en double aveugle.
Ainsi, cette méta-analyse a seulement permis de mettre en évidence un sur-risque, qui
ne pouvait pas apparaitre avec les méthodes normales de pharmacovigilance. Donc les
trois années d’attente correspond { l’attente d’autres signaux, d’autres analyses plus
robustes tel une étude randomisé de part les autorités de santé. Et sachez que 3 années,
cela reste même assez rapide.
Si Irène Frachon n’avait pas fait son bouquin sur le médiator mais sur l’Avandia, y aurait
il eu une affaire Avandia de grande ampleur en France ?
Je ne suis pas sur. Le problème de l’affaire Médiator tient au fait de la lenteur du retrait
en France du médicament et de la connivence entre les laboratoires Servier et les
autorités de santé. Au contraire, en France, le retrait de l’Avandia a suivi une procédure
classique et assez rapide. Au contraire, dans l’affaire du Médiator il y avait des signaux
qui existaient depuis très longtemps, 1990 je crois. Le Médiator a montré que les
autorités de santé n’ont pas étudié les signaux de sur-risque détectés et n’ont rien fait
22
pour faire bouger les choses. L’Avandia a eu une prise en charge assez rapide, et ceux
dès la sortie de la méta-analyse, les autorités de santé française et européennes ont
étudié plus en détails ces signaux en demandant qu’une étude soit faite. Les autorités
sanitaires ont donc joué leur rôle dans l’affaire de l’Avandia et non dans l’affaire du
Médiator.
Comment se fait-il que le Médiator, malgré les gros appuis politiques qu’il avait, n’est pas
réussi a évité le scandale ? (Nicolas Sarkozy a travaillé dans le cabinet d’avocat qui
défend depuis des années les Laboratoires Servier et Mr Bertrand est le ministre qui a
signé la poursuite de l’AMM du Médiator en France)
C’est une évolution de la société. Aux Etats Unis, il y a une typologie de médecins et
d’experts qui n’existait pas en France, mais qui est en train d’apparaître, que l’on appelle
« les chiens de garde » comme Mr Nissen, Erin Brockovich et l’affaire de pollution des
eaux potables. Ce sont des individus qui mettent en évidence des anomalies. Cette
démarche est très américaine. Ces individus vont mettre en évidence une anomalie et
vont tout faire pour la dévoiler à la presse et aller jusqu’au bout, et le scandale arrivent
comme ça. Jusqu’ { présent en France, on n’avait pas cette typologie de personne et ainsi
personne n’embêtait le Médiator car personne ne s’y intéressait réellement par une
investigation poussée. De plus les laboratoires Servier arrosaient généreusement et
donc personne ne songeait à se poser de questions. Et puis Mme Irène Frachon est
arrivé. Elle est le premier chien de garde en France. Prescrire avait critiqué le médiator
par une revue de littérature sans réellement approfondir le sujet et mener une
investigation. Irène Frachon a investiguait et s’est battu comme Erin Brockovich pour
montrer le scandale.
Mais des personnes telle Madame Irène Frachon en France, il n’y en a pas beaucoup
encore. Ce n’est pas la culture de la France d’avoir des personnes indépendantes qui
investiguer. En France, on fait confiance aux experts ais c’est en train de changer.
Et puis, la presse n’a pas fait son rôle non plus. Ce ne sont pas les journaux de cardiologie
français qui vont investiguer et songer à créer des problèmes aux laboratoires
pharmaceutiques qui les subventionnent surtout quand on voit toute la publicité dans
ces revus médicales.
Manque t’il en France de vrais journalistes ou experts d’investigation ?
C’est évident. L’immense majorité de la presse médicale est inféodé aux laboratoires
pharmaceutiques. Parce que les laboratoires pharmaceutiques achètent les publicités et
donc payent le journal et surtout ils achètent les abonnements pour les médecins. Il faut
savoir qu’un médecin se fait offrir les abonnements aux revues médicales. Ainsi, les gens
qui tiennent ces journaux de santé ne vont pas mordre la main qui les nourri. Comment
peut-on expliquer, que dans la crise que connaît à l’heure actuelle la presse, la presse
médicale se porte extrêmement bien.
Ces journaux représentent un outil publicitaire pour les industries et non une source
d’analyse ou d’information.
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Interview de Dr. Chirac
Journaliste de la Revue Prescrire
Je me permets de vous solliciter pour une interview, car vous incarnez, avec votre
journal, l'indépendance du médicament français. Suite à votre article, sur le médicament
Zyban, je me suis dit que vous seriez la bonne personne à qui poser des questions sur le
sujet suivant : l'Avandia.
Nous sommes un groupe d'étudiants chargés d'investiguer sur le médicament AVANDIA.
L'étude de ce médicament et de sa situation nous montre que GSK développe beaucoup
d'efforts pour atténuer l'engouement journalistique pouvant être développé autour de
ses médicaments (je fais allusion aux 3 milliards de dollars déboursés pour l'arrêt des
investigations et le silence des victimes aux USA).
C'est aussi une procédure habituelle aux USA.
Engouement ayant eu lieu qu'aux USA, et nullement en France. Alors que le médicament
était bel et bien utilisé en France au moment de la publication de cette méta-analyse au
New England Journal.
La grosse différence, c'est qu'il n'y a pas en France d'actions de groupes ET d'avocats à
l'affût d'affaires...
Seules les sources (non médicales) d'informations boursières ont parlé d'une provision
de 3 milliards de dollars dans les comptes de GSK au moment de la publication de la
métaanalyse du Pr Nissen (père du scandale sur le Vioxx).
La presse financière est effectivement une bonne source d'informations sur le
médicament.
Le second médicament relié à GSK, est le ZYBAN, qui est une amphétamine qui n'aurait
pas non plus trouvé un rapport bénéfice risque très important. Le fait que le ZYBAN soit
une amphétamine nous interroge beaucoup !!!
Vous avez raison ; je vous mets en PJ nos premier et dernier articles sur le sujet.
Effectivement si nous prenons ces deux médicaments AVANDIA et ZYBAN, nous avons
d'un côté un antidiabétique oral et de l'autre une amphétamine. Ce qui nous ramène à
l'affaire Médiator ; antidiabétique oral et targué d'être une d'amphétamines.
Pour tout vous dire, nous sommes en train d'évaluer la méta-analyse du professeur
Nissen sur l'AVANDIA grâce à un Professeur de la faculté de Bordeaux spécialisé en
pharmaco-épidémiologie. Nous avons eu l'occasion de rencontrer la lobbyiste de Servier
qui s'est fait écarter de l'assemblée nationale de manière assez obscure et nous avons
essayé de contacter Virginie Meynial, auteur d'un reportage traitant partiellement le
sujet sur la chaîne France 24 (que je vous recommande de regarder si cela n'est pas déjà
fait : http://www.youtube.com/watch?v=5_YyjO5VPnM
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Donc, tout d'abord j'aimerais savoir si la version de l'histoire que je vous ai présentée
correspond à l'idée que vous vous en faisiez? Si non, n'hésitez pas à me corriger.
Je dois être d'accord, car je ne vois pas de "version de l'histoire"...
Avez-vous connaissance de personnes influentes au niveau de l'état et des
administrations, ayant une très bonne écoute auprès des laboratoires GSK, qui
pourraient agir en faveur de ces laboratoires?
Aucune idée, nous ne cherchons jamais à savoir ce genre de chose, mais regardons
seulement ce qu'il y a dans les dossiers.
Au forum économie santé 2011 organisée par les Échos. Lors de la prise de parole de M.
Maraninchi nouveau directeur de l'AFSSAPS. M. Maraninchi expliquait vis-à-vis du
Médiator que s'il on s'était donné la peine de simplement regardé la structure chimique
du benfluorex et de voir que c'était une amphétamine le problème aurait été réglé avant
(sous-entendu que les amphétamines sont interdites depuis un certain nombre
d'années).
Oui, c'est dit aussi dans le rapport de l'Igas sur le Mediator°. Mais Servier a réussi à
"rouler beaucoup de gens dans la farine" (dixit l'Igas) en affirmant que le métabolite
concerné était à dose très faible.
Donc je me permets de poser la question pourquoi n'en est-il pas aujourd'hui de même
pour le ZYBAN au vu de cette phrase?
Servier avait échoué à faire changer la DCI benfluorex ; pour Zyban°, c'est réussi, la DCI
"amfébutamone", explicite, a été changé en l'inoffensive "bupropione"...
Lors de ce même forum le président LEEM, M. Lamoureux a déclaré que le Médiator était
un cheval de Troie pour M. Xavier Bertrand dans sa bataille de la diminution de la tête
de la sécurité sociale.
Il y a toutes sortes de rumeurs, certains disent que le but est que Sanofi rachète Servier...
D'après vous, pourquoi la presse généraliste de gauche comme de droite, n'a pas su
s'emparer d'une affaire d'une telle ampleur?
Il y a eu pas mal de presse négative sur Zyban° au moment du lancement
D'après vous, grâce à quels moyens (leviers) GSK arrive à réguler l'information dans la
presse généraliste ?
Aucune idée ; d'une manière générale, la presse a peur des procès de firmes ; la situation
s'est nettement améliorée en 2011, la presse GP a osé attaquer des médicaments.
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