l`exemple original du Plateau de Beille en Pyrénée
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l`exemple original du Plateau de Beille en Pyrénée
FORMATION DES INGÉNIEURS FORESTIERS Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l'exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES Pierre-Damien Dessarps 16ème Promotion 2005-2006 Juillet 2008 Illustrations en page de couverture : RENVA et Pierre-Damien Dessarps Agroparistech- ENGREF Communauté de communes des Vallées d’Ax Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l'exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES Pierre-Damien Dessarps 16ème Promotion 2005-2006 Juillet 2008 FICHE SIGNALETIQUE D’UN TRAVAIL D’ELEVES FIF F.I.F. - E.N.G.R.E.F. TRAVAUX D’ELEVES Mots clés TITRE : Du plan de gestion environnementale au plan de Plan de gestion développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en environnementale Pyrénées ariégeoises Plateau de Beille AUTEUR(S) : Pierre-Damien Dessarps Promotion ème 16 promotion Caractéristiques : CADRE DU TRAVAIL ORGANISME PILOTE OU CONTRACTANT : Communauté de Communes des Vallées d’Ax Nom du responsable : Mlle Corinne Chopin Fonction : chargée de mission montagne Nom du correspondant ENGREF : Mr. Damien Marage Tronc Commun Option Spécialité Stage entreprise Stage étranger Stage fin d’études Autres Date de remise : Contrat Junior Entreprise NON SUITE A DONNER (réservé au Service des Études) Non consultable si oui permanent jusqu’à ..../..../.... Consultable et Diffusable Résumé La réalisation d’un inventaire environnemental, économique et social du Plateau de Beille (Ariège) démontre sa richesse écologique et sa forte fréquentation en relation avec les nombreuses activités qui s’y déroulent. L’analyse de ces inventaires dégage d’une part des enjeux patrimoniaux essentiels et d’autre part des enjeux économiques et sociaux importants. L’utilisation d’un modèle de gestion intégrée (modèle FPEIR) permet de proposer quelques mesures en faveur du grand tétras. Ce rapport démontre enfin le lien très fort qui peut unir activités humaines et espaces naturels. Il prouve qu’un plan de gestion environnementale peut naturellement se muer en un plan de développement territorial. The realization of an environmental, economic and social inventory of the “Plateau de Beille” in Ariège demonstrates its ecological wealth and its important frequentation in connection with the many activities which take place there. The analysis of these inventories highlights on one hand essential patrimonial stakes and on the other hand important economic and social stakes. The use of an integrated management model (DPSIR model) allows proposing some measures in favour of the capercaillie. This report demonstrates the strong relationship between human activities and wildlife. It proves that an environmental management plan can change into territorial development plan. Remerciements Je tiens tout d’abord à remercier sincèrement ma maître de stage, Corinne Chopin, pour sa disponibilité, son écoute, ainsi que les membres du comité technique de ce stage, Mr. Cugnasse, Mr. Grassaud, Mr. Jugie et Mr. Ménoni pour leur encadrement, leur esprit critique et leurs expérience. Je remercie ensuite la cellule technique Midi-Pyrénées de l’ONCFS, notamment Anne Paris, pour l’appui technique qu’elle m’a fourni et pour sa gentillesse. Je remercie également l’équipe technique de la RENVA pour m’avoir aidé à m’acclimater à la vie à Beille. Je salue tous les acteurs locaux avec lesquels je me suis entretenu pendant ce stage pour leur accueil toujours chaleureux. Je remercie enfin tous ceux qui m’ont aidé de près ou de plus loin à l’élaboration de ce rapport. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 1 Table des matières Remerciements.................................................................................................................... 1 Table des matières .............................................................................................................. 2 Table des annexes .............................................................................................................. 3 Table des illustrations......................................................................................................... 4 Index alphabétique des sigles............................................................................................ 5 Introduction ......................................................................................................................... 6 1 Le Plateau de Beille, un environnement exceptionnel..................................................... 7 1.1 Localisation et éléments de description de la zone d’étude...................................... 7 1.2 Description climatologique du site d’étude ..............................................................10 1.3 Quelques éléments de géologie et de géomorphologie...........................................10 1.4 Bassins versants et réseaux hydrographiques........................................................11 1.5 Les milieux et les habitats présents sur le Plateau de Beille ...................................12 1.6 La flore présente sur le site.....................................................................................12 1.7 La faune présente sur le site d’étude central...........................................................13 1.8 Synthèse.................................................................................................................15 2 Des activités ancestrales au tourisme............................................................................16 2.1 L’activité pastorale ..................................................................................................16 2.2 Activités cynégétiques ............................................................................................17 2.3 Activités halieutiques ..............................................................................................21 2.4 La forêt et les activités sylvicoles ............................................................................23 2.5 Les activités touristiques hivernales........................................................................26 2.6 Les activités touristiques estivales ..........................................................................28 2.7 Synthèse.................................................................................................................29 3 Détermination et hiérarchisation des enjeux de conservation ........................................31 3.1 Les enjeux patrimoniaux .........................................................................................31 3.2 Les enjeux liés aux activités humaines et au développement territorial...................41 3.3 Hiérarchisation des enjeux de conservation............................................................48 3.4 Hiérarchisation des enjeux socio-économiques et définition des objectifs...............50 3.5 Proposition d’objectifs de gestion et de stratégies...................................................51 4 Modélisation et propositions de gestions intégrées........................................................53 4.1 Un modèle d’évaluation et de prise de décision environnementale : le modèle FPEIR .....................................................................................................................................53 4.2 Application du modèle FPEIR à la problématique du grand tétras dans le « système Beille »..........................................................................................................................54 4.3 Propositions de mesures de gestion en faveur du grand tétras...............................55 4.4 Synthèse.................................................................................................................56 Conclusion..........................................................................................................................59 Bibliographie ......................................................................................................................61 Liste des contacts ..............................................................................................................66 Table des annexes répétée ................................................................................................69 Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 2 Table des annexes Annexe I : Présentation du réseau hydrographique Annexe II : Tableau récapitulatif des habitats inventoriés sur la zone centrale d’étude Annexe III : Tableau récapitulatif des superficies des différents habitats présents sur le site d’étude Annexe IV : Cartographie des habitats présents sur le périmètre central Annexe V : Inventaire non exhaustif de la flore présente sur le périmètre central de l’étude Annexe VI : Inventaire non exhaustif de la faune présente sur le site central de l’étude Annexe VII : Fiche entretien Annexe VIII : Carte des estives présentes sur le site central d’étude Annexe IX : Cartographie des différents territoires de chasse Annexe X : Cartographie des pistes balisées liées aux activités touristiques hivernales Annexe XI : Cartographie des pistes balisées liées aux activités touristiques estivales Annexe XII : Compléments de l’inventaire socio-économique Annexe XIII : Cartographie des habitats favorables au grand tétras sur le périmètre central d’étude Annexe XIV : Protocole du suivi hivernal du grand tétras Annexe XV : Cartographie des indices de présence du grand tétras lors de l’hiver 2008 (ONCFS) Annexe XVI : Cartographie des tourbières inventoriées dans le cadre du programme Life Tourbière Annexe XVII : Nature et fonctionnement d’une tourbière Annexe XVIII : Cartographie des différentes formations végétales présentes sur le périmètre central d’étude Annexe XIX : Exemple de l’utilisation de l’outil SIG pour l’aménagement du domaine skiable en faveur du grand tétras Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 3 Table des illustrations Carte 1. — Localisation géographique du site d’étude..................................................... 7 Carte 2. — Présentation des périmètres d’étude .............................................................. 9 Figure 1. — Diagramme ombrothermique du Plateau de Beille (Météo France) ............10 Tableau 1. — Nombre moyen de jours de gel sur le Plateau de Beille (Météo France) 10 Tableau 2. — Récapitulatif de l’avifaune présente sur le périmètre central d’étude .....13 Tableau 3. — Présentation des unités pastorales du Plateau de Beille .........................16 Tableau 4. — Récapitulatif de la gestion menée des différentes estives .......................17 Tableau 5. — Présentation des différentes structures de chasse ..................................18 Tableau 6. — Les gibiers présents et leurs modalités de chasse...................................19 Tableau 7. — Modalités de suivi des gibiers de montagne .............................................21 Tableau 8. — Les différents détenteurs et gestionnaires du droit de pêche..................22 Tableau 9. — Gestion menée par les différentes unités de pêche..................................23 Tableau 10. — Présentation des différentes forêts communales soumises à la gestion de l’ONF sur l’ensemble du site d’étude ...................................................................25 Tableau 11. — Fréquentation du Plateau de Beille en fonction des activités hivernales .....................................................................................................................................26 Tableau 12. — Présentation des principales caractéristiques des prestataires en activité sur le Plateau de Beille..................................................................................28 Tableau 13. — Calendrier des activités humaines sur le périmètre central d’étude......30 Tableau 14. — Récapitulatif des statuts de protection et de conservation du grand tétras au niveau national et européen.......................................................................31 Figure 2. — Nombre moyen de grands tétras observés lors du suivi de l’hivernage de 1989 à 2008 (ONCFS)..................................................................................................33 Figure 3. — Nombre moyen d’indices de présence de grands tétras observés lors du suivi de l’hivernage de 1989 à 2008 (ONCFS) ...........................................................33 Tableau 15. — Comparaison des superficies de futaies à pins à crochet en Ariège (IFN, 1994) ............................................................................................................................37 Figure 4. — Les successions végétales sur le Plateau de Beille ....................................39 Figure 5. — Schéma d’analyse de l’enjeu patrimonial (ONF, 2006b) ..............................48 Tableau 16. — Hiérarchisation des enjeux de conservation ...........................................50 Tableau 17. — Présentation des objectifs globaux en fonction du type d’enjeu...........51 Tableau 18. — Présentation des objectifs déterminés en fonction de l’enjeu ...............51 Figure 6. — Évaluation générale de l’environnement par le modèle FPEIR (Ministère de l’environnement du Luxembourg, 2003) ...................................................................53 Tableau 19. — Récapitulatifs des indicateurs utilisables dans l’application du modèle FPEIR à l’environnement............................................................................................54 Figure 7. — Schéma d’application du modèle FPEIR à la problématique du grand tétras sur le site central d’étude...........................................................................................58 Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 4 Index alphabétique des sigles APPB : arrêté préfectoral de protection biotope (p34) AAPPMA : association agréée de pêche et de protection des milieux aquatiques (p21) ACCA : association communale de chasse agréée (p17) AICA : association intercommunale de chasse agréée (p18) CRSPN : Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (annexe V) DIREN : direction régionale de l’environnement (p6) ESF : école de ski français (p28) GIC : groupement d’intérêt cynégétique (p20) IFN : inventaire forestier national (p37) ISO : international standard organisation (p45) PHAE : prime à l’herbe agro-environnementale (p17) Modèle DPSIR : driving forces-pressures -states -impacts –responses (p53) Modèle FPEIR :forces motrices-pressions-état-impacts-réponses (p53) ONCFS : office national de la chasse et de la faune sauvage (p6) ONEMA : office national de l’eau et des milieux aquatiques (p35) ONF : office national des forêts (p25) ORGFH : orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats (p39) PHAE : prime herbagère agroenvironnementale (p17) PIB : produit intérieur brut (p54) PMA : prélèvement maximal autorisé (p19) RENVA : régie des espaces nordiques des vallées d’Ax (p26) SDAGE : schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (p11) SEQ-Eau : système d'évaluation de la qualité de l’eau (p6) SIG : système d’information géographique (p55) UGB : unité gros bovins (p16) UTN : unité touristique nouvelle (p27) VTT : vélo tout terrain (p27) ZNIEFF : zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (p12) ZPS : zone de protection spéciale (p14) Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 5 Introduction Le Plateau de Beille est longtemps resté un site préservé, dédié au pastoralisme, à la chasse et à l’exploitation forestière. Il n’était accessible de la vallée qu’au prix d’une longue marche sur un sentier qui servait à la transhumance. Seuls les villageois de la vallée s’y aventuraient en fonction de leurs besoins. A partir des années 80, un projet de création de stade de neige pour le ski de fond est mené au regard de son formidable potentiel pour cette pratique en plein essor. La station de ski de fond voit le jour à la fin des années 1980. 18 ans après, jouissant d’une réputation nationale, le site de Beille est devenu un espace privilégié pour de nombreuses activités, aussi bien touristiques que traditionnelles. Il est donc fortement fréquenté à l’année. Il constitue indéniablement un élément moteur du développement économique et touristique de la Communauté de Communes des Vallées d’Ax. Parallèlement, le Plateau de Beille, souvent qualifié de « site magique » au regard du paysage et de l’environnement qu’il offre, recèle une richesse écologique importante mais toujours mal quantifiée à l’heure actuelle. Ainsi, le Plateau de Beille abritait avant l’implantation de la station de ski nordique, une des plus importantes populations hivernantes de grand tétras du massif pyrénéen. L’évolution de cette population a été suivie jusqu’en 1994 par l’office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) afin d’apprécier l’impact des infrastructures touristiques sur la dynamique du galliforme. Le Plateau de Beille offre également de nombreuses zones humides, dont deux tourbières de tailles plus importantes, répertoriées au milieu des années 90 dans le cadre du projet européen Life Tourbière. Par contre, aucun document synthétique n’avait été réalisé pour rassembler les inventaires et les données qui existent sur le Plateau de Beille, à part des documents réalisés à l’échelle du massif de l’Aston, dont le Plateau de Beille fait partie. Plus récemment, la Communauté de Communes des Vallée d’Ax a sollicité l’ONCFS afin de réaliser à nouveau le suivi de la population de grand tétras comme au début des années 1990 afin d’estimer le niveau actuel de population mais également l’impact des activités anthropiques nouvelles. C’est à partir de cette proposition d’étude que la communauté de Communes des Vallées d’Ax en partenariat avec l’ONCFS et la direction régionale de l’Environnement de Midi-Pyrénées (DIREN Midi-Pyrénées) a décidé de lancer un projet plus ambitieux sur l’ensemble de la faune, de la flore et des habitats afin d’aboutir à un plan de gestion environnementale concerté avec l’ensemble des acteurs locaux. Ce projet tire également son origine d’une prise de conscience de la richesse environnementale et écologique du Plateau de Beille. Celle-ci représente un atout primordial susceptible d’orienter le développement touristique, et que la connaissance de cette richesse et la concertation avec les différents utilisateurs de l’espace naturel est le meilleur moyen de la préserver. L’élaboration de ce plan de gestion s’articule en deux phases. La première phase consiste au recueil de données, à l’acquisition de connaissances sur le patrimoine, et à l’analyse. La deuxième phase consiste à élaborer une méthodologie pour la définition de mesures de gestion opérationnelles et concertées. Le rapport, présenté ici, s’inscrit dans la première phase du projet de plan de gestion environnementale du Plateau de Beille. Il se divise en 5 parties : — réalisation d’une description du site d’étude ; — réalisation d’un inventaire socio-économique des activités sur le Plateau de Beille ; — inventaire écologique ; — détermination et hiérarchisation des enjeux de conservation à partir des deux inventaires précédents ; — mise en place de pistes de réflexion en matière de préconisations de gestion. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 6 1 Le Plateau de Beille, un environnement exceptionnel 1.1 Localisation et éléments de description de la zone d’étude 1.1.1 Situation géographique Le Plateau de Beille est situé au sud-est du département de l’Ariège, à une trentaine de kilomètres de Foix, préfecture du département. Il appartient au Territoire de la Haute Ariège, où il domine le chef-lieu du canton, Les Cabannes. Le Plateau marque la délimitation entre le bassin versant de l’Aston et de l’Ariège. Il est souvent considéré comme appartenant au massif de l’Aston. La carte 1 ci-dessous présente la localisation géographique du site d’étude. Carte 1. — Localisation géographique du site d’étude 1.1.2 Description du plateau de Beille Le Plateau de Beille, comme son nom l’indique, est une surface globalement plane, possédant une altitude comprise entre 1700 et 2000 mètres. Le relief y est donc doux mais vallonné, avec une orientation générale au Nord. Il est souvent décrit comme une demiétoile, mesurant 6 km de long et 3,5 km de large. Sa surface est estimée à environ 1450 hectares. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 7 Le Plateau de Beille est largement entaillé au Nord et à l’Est par 3 vallées successives, qui sont du Nord au Sud : — la Vallée d’Albiès ; — la Vallée du Mourègnes ou Vallée de Lassur ; — la Vallée du Lavail ou Vallée de Luzenac. Les flancs du Plateau de Beille tombent rapidement dans ces vallées adjacentes. Les parties ouest et sud du Plateau de Beille plongent de façon très abrupte dans la Vallée de l’Aston. 1.1.3 Choix du périmètre de l’étude Pour des raisons évidentes de continuum biologique et d’interactions possibles entre le Plateau de Beille et son pourtour (impacts sur l’environnement même du Plateau de Beille), il a été décidé de ne pas restreindre l’étude à la définition morphologique d’un plateau. La zone d’étude a donc été divisée en deux périmètres distincts. Une zone centrale d’étude Cette zone correspond peu ou prou à la définition morphologique d’un Plateau de Beille et à la description réalisée précédemment. Elle a été choisie en raison du temps relativement court imparti à l’étude et en raison de la forte présence d’activités humaines susceptibles de perturber le milieu. Ainsi la précision des informations, la richesse des données ainsi que la finesse de l’analyse des enjeux environnementaux doivent être maximales. Une zone périphérique d’étude Cette zone, beaucoup plus vaste que la précédente, est délimitée par le ruisseau de l’Aston à l’Ouest, par l’Ariège au Nord, par le ruisseau du Lavail à l’est et enfin au sud par la crête des Génibres. Elle constitue le pourtour du Plateau de Beille. Les aspects abordés dans ce périmètre secondaire se borneront aux éléments essentiels qui sont susceptibles d’influencer l’environnement et les milieux naturels du Plateau de Beille. La carte 2 ci-dessous présente les deux périmètres élaborés. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 8 Carte 2. — Présentation des périmètres d’étude Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 9 1.2 Description climatologique du site d’étude Le climat du massif de l’Aston, dont fait partie le Plateau de Beille, est qualifié de climat océanique typique des régions intérieures jusqu’à 1000 mètres d’altitude et de climat océanique de haute montagne au-delà (Gruber dans Boite, 1989). Le climat de la région des Pyrénées centrales est caractérisé par une pluviométrie de l’ordre de 1000-1200 millimètres, ce qui reste élevé mais plus faible que les précipitations sur la partie ouest des Pyrénées. Le périmètre central d’étude se situant entre 1650 mètres environ et 2000 mètres d’altitude, l’étage de végétation qui est ici concerné est l’étage subalpin. Le périmètre périphérique d’étude, plus vaste, comprend l’étage collinéen (jusqu’à 900 mètres environ), l’étage montagnard (jusqu’à 1500 mètres en ombrée et 1700 mètres en soulane) et l’étage subalpin, puisqu’il s’étend entre 500 mètres et 2000 mètres d’altitude. Le diagramme ombrothermique ci-dessous (figure 1) récapitule les données climatiques. Celles-ci proviennent Météo France, à partir des statistiques reconstituées 1971-2000, pour la station climatique Aston n° 0902 4004 (altitude1781 mètres). 150 70 60 50 40 30 20 10 0 100 50 0 J F M A M J températures en °C précipitations en mm diagramme ombrothermique hauteur moyenne des précipitations température moyenne J A S O N D Figure 1. — Diagramme ombrothermique du Plateau de Beille (Météo France) Le tableau 1 ci-dessous récapitule le nombre moyen de jours de gel mensuel (température inférieure à 0°C). Tableau 1. — Nombre moyen de jours de gel sur le Plateau de Beille (Météo France) Mois J F M A M J J A S O N D total Nombre moyen de jours de gel 30,4 20,7 18 nr 4 0,7 0,1 0,1 1,2 6,7 19,6 21,9 123 1.3 Quelques éléments de géologie et de géomorphologie 1.3.1 La formation du Plateau de Beille Le Plateau de Beille s’est formé pendant le cénozoïque, lors de la surrection pyrénéenne. Cette époque est marquée par deux évènements bien distincts : — un soulèvement au début du cénozoïque suivi d’un phénomène d’érosion qui entraînera un premier arasement de la chaîne des Pyrénées vers 25 millions d’années ; — un second soulèvement par crises successives avec une intense phase érosive. Ainsi, Le premier rehaussement est accompagné par une deuxième phase d’arasement entre 18 et 10 millions d’années. Le Plateau de Beille serait le résultat de cette deuxième période érosive. A partir de 10 millions d’années jusqu’à 500000 ans, les surfaces aplanies seront soulevées de plus de 1000 mètres, aboutissant à l’altitude actuelle du Plateau de Beille. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 10 Ce plateau est assez remarquable, puisqu’il constitue une des dernières hautes surfaces planes qui subsistent dans la haute chaîne axiale. Il se situe à la transition entre l’ouest de la chaîne, où toutes les surfaces aplanies ont disparu et l’est de la chaîne, ou ces surfaces sont encore bien préservées. Le Plateau de Beille témoignerait donc de conditions de mise en place différentes entre la partie occidentale et orientale des Pyrénées. Il existe à l’heure actuelle quelques indices de la morsure du glacier de l’Ariège sur le Plateau de Beille (dépôts morainiques, décapage des altérites). Ils rendent compte d’une action brève du glacier, ce qui suggère que le glacier qui a fortement influencé les vallées adjacentes n’a que brièvement débordé sur le Plateau de Beille. 1.3.2 Les roches en place sur le Plateau de Beille La composition géologique reste très homogène sur le Plateau de Beille. En effet, la roche-mère présente sur le site d’étude est quasi exclusivement composée de gneiss appelé « gneiss de Riète », roche secondaire résultant de la métamorphisation du granite en place par des remontées plutoniques. Le substrat du Plateau de Beille est donc composé de roches acides. Nous retrouvons en fond de vallée la présence de dépôts morainiques et de dépôts de remaniement, témoignages de l’action du glacier et des cours d’eau actuellement en place. 1.4 Bassins versants et réseaux hydrographiques 1.4.1 Présentation Le Plateau de Beille constitue une ligne de séparation des eaux. En effet, celles-ci sont drainées soit par le bassin versant de l’Aston, grâce notamment au Ruisseau d’Artaran et au ruisseau de Poussiergues, soit par le bassin versant de l’Ariège, grâce au ruisseau d’Albiès, au ruisseau des Mourègnes ou au ruisseau du Lavail. Conformément à la description morphologique du Plateau de Beille, les ruisseaux à l’ouest sont plus courts, et moins importants que les ruisseaux à l’est. En effet, les ruisseaux d’Albiès, des Mourègnes et Lavail drainent les vallées qui entaillent le Plateau de Beille à l’est. Les bassins versants sont donc plus importants. De part sa morphologie de plateau et son microrelief, Beille recèle un certain nombre de zones humides qui jouent le rôle de régulateur des régimes hydrauliques par le stockage de l’eau et sa restitution progressive. Ruisseaux et zones humides de tête de bassin forment un réseau efficace de stockage et de drainage des eaux mais fragile et plus complexe qu’il n’y paraît. La carte en annexe I localise le réseau hydrographique présent sur le site d’étude. 1.4.2 Qualités hydrobiologiques et classement du réseau hydrographique D’après le classement effectué selon le système d’évaluation SEQ-Eau par le Réseau de Bassin Adour-Garonne des données sur l’eau, la qualité de l’eau des différents ruisseaux est considérée comme très bonne. C’est la meilleure catégorie existante. D’après la DIREN Midi-Pyrénées, ces ruisseaux ne sont ni en zone vulnérable à la pollution par les nitrates d’origine agricole, ni en zone sensible à l’eutrophisation. D’après le rapport « Recensement des cours d’eau et des milieux aquatiques à « caractère patrimonial » sur le bassin Adour—Garonne, rédigé par les bureaux d’étude Geodiag et Ecogea pour l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, les 5 ruisseaux décrits plus haut sont considérés, en amont de leur barrage ou de leur prise d’eau, comme cours d’eau remarquables à fort intérêt patrimonial. Ce rapport s’intègre au schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Adour-Garonne et aux dispositions prises afin de préserver les espèces menacées et les milieux aquatiques remarquables du bassin. Même si ce résultat peut être attendu à l’échelle départementale, il faut préciser que Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 11 seulement 11.5% des cours d’eau du bassin versant de la Garonne possèdent classement de cours d’eau remarquable. le 1.4.3 Qualités biologiques et écologiques Les différents classements des ruisseaux prouvent qu’ils possèdent des intérêts forts en terme de biologie et d’écologie. Concernant les zones humides, 3 tourbières ont été inventoriées sur l’ensemble du site et 2 dans le périmètre central. Ces travaux menés dans le cadre du Pôle Life-Tourbière démontrent leurs intérêts. 1.5 Les milieux et les habitats présents sur le Plateau de Beille Bien que les paramètres écologiques qui régissent l’expression de la végétation soient globalement homogènes à l’échelle du périmètre central avec une altitude comprise entre 1700 mètres et 2000 mètres, une légère exposition nord et un substrat siliceux, le facteur de perturbation qu’est le pacage des animaux permet la présence de la plupart des formations végétales typiques de l’étage subalpin. Ainsi, nous observons des pelouses rases, des landes et des forêts. 1.5.1 Diversité des habitats Les paramètres stationnels (exposition, substrats, présence de nappes d’eau affleurantes…) permettent la présence d’un minimum de 12 habitats potentiels sur la zone centrale d’étude. Ce dénombrement a été réalisé grâce à la cartographie d’habitat au 1/25000ème réalisé par le bureau d’étude AMIDEV en 1997 sur les 22000 hectares qui constituent le massif de l’Aston. Devant le manque de précision des données, une nouvelle carte a été élaborée avec une phase terrain très courte, ce qui n’a pas permis la réalisation d’inventaires floristiques. Les habitats ont donc été déterminés par l’appréciation de la présence de la flore caractéristique de ces habitats. Il est intéressant de noter que 7 habitats se sont révélés d’intérêt communautaire d’après la directive Habitat, Faune, Flore dont 2 d’intérêt prioritaire. L’annexe II récapitule les différents habitats inventoriés, leur libellé et leur statut européen. L’annexe III dresse les différentes superficies de chaque habitat, ainsi que les superficies totales en fonction du type de faciès végétal. L’ensemble des habitats d’intérêt communautaire ou d’intérêt prioritaire représente 1281 hectares, soit 88 % de la superficie totale de la zone centrale d’étude. La carte présentée en annexe IV localise géographiquement les habitats sur le périmètre central d’étude. Elle est le fruit du travail de terrain. 1.6 La flore présente sur le site Cinquante-six espèces ont été inventoriées dont 16 lors de l’inventaire de la zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) n° 730011933 et 47 lors l’inventaire des tourbières. Sept espèces ont donc été recensées lors des deux inventaires. La liste complète des espèces (ainsi que leurs statuts) est présente en annexe V. Si l’inventaire des tourbières s’est révélé exhaustif, ce n’est pas le cas de celui de la ZNIEFF. Le nombre d’espèces réellement présentes sur le site est donc largement supérieur à 56. D’un point de vue patrimonial, 5 espèces doivent retenir notre attention. En effet trois d’entre elles sont protégées nationalement et inscrites sur le livre rouge de la flore (Drosera intermedia Hayne, Drosera rotundifolia L., Lycopodiella inundata L.). Le lycopode des tourbières (Lycopodiella inundata) qui présente les statuts les plus élevés en terme de protection (annexe I de la liste nationale des espèces protégées) et en terme de vulnérabilité (classé espèce prioritaire dans le livre rouge de la flore). Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 12 Les deux espèces restantes sont Eriophorum vaginatum L. et Potentilla palustris (L.) Scop. Elles sont toutes les deux inscrites sur la liste rouge provisoire de la flore de Midi-Pyrénées et sur la liste des espèces protégées en Midi-Pyrénées. Il est intéressant de noter que ces 5 espèces sont strictement inféodées aux zones humides et aux tourbières. On peut enfin signaler la présence Arnica montana L., espèce inscrite sur la liste rouge provisoire des espèces rares ou menacées en Midi-Pyrénées et présente dans les nardaies et autres pelouses alpines sur substrat siliceux, voire dans les landes et forêts claires de pins à crochet. Il parait évident que l’inventaire floristique des habitats, autres que celui concernant les tourbières, est insuffisant pour déterminer la présence d’espèces patrimoniales complémentaires avec notamment la présence de nombreuses espèces endémiques des Pyrénées. De plus, on doit également noter que ces inventaires sont vieux puisqu’ils datent de 1989 pour la ZNIEFF et de 1995 pour les tourbières. 1.7 La faune présente sur le site d’étude central La difficulté principale résidait dans le fait que ces inventaires avaient été effectués dans le cadre du massif de l’Aston, et non celui du Plateau de Beille. Il y a donc fallu trier les données, et éliminer les espèces qui sont potentiellement présentes sur le Plateau pour garder seulement les espèces qui sont explicitement citées sur le Plateau. Les listes complètes d’espèces animales inventoriées ainsi que leurs statuts de protection sont présentés en annexe VI. 1.7.1 L’avifaune Les différents inventaires font état de 53 oiseaux observés sur le Plateau. Le tableau 2 suivant récapitule en nombre d’espèces, l’écologie des oiseaux présents ainsi que leurs statuts de protection. Nous n’avons retenu que deux statuts, jugés les plus pertinents : la présence à l’annexe I de la directive « oiseaux », et l’inscription au livre des oiseaux menacés et à surveiller en France (Rocamora et Yeatman-Berthelot,1999). Tableau 2. — Récapitulatif de l’avifaune présente sur le périmètre central d’étude Écologie Nombre total d'espèces Nombre d'espèces inscrites à l'annexe I Nombre d'espèces de la directive inscrites au livre rouge des habitat et inscrites oiseaux sur le livre rouge des oiseaux liste liste total total liste rouge rouge orange 1 4 0 4 1 0 Nombre d'espèces inscrites à l'annexe I de la directive oiseaux N1 5 N2 12 0 2 0 0 0 0 N3 18 1 3 1 1 1 0 Migrateur strict 5 2 5 2 1 2 2 Hivernant strict 1 0 0 0 0 0 0 Passage strict 12 6 8 4 0 5 4 total 53 10 22 7 6 9 6 Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 13 La signification de la légende concernant l’écologie de l’avifaune est la suivante : — N1 : nicheur des milieux ouverts (pelouses et landes) ; — N2 : nicheur des milieux semi fermés (mosaïque de forêts claires et de landes) ; — N3 : nicheur des milieux fermés (forêt) ; — migrateur strict : spécimen dont sa présence est due à son cycle de migration ; — hivernant strict : spécimen dont le Plateau de Beille constitue une aire d’hivernage ; — passage strict : spécimen qui niche à proximité du Plateau de Beille et qui peut-être aperçu sur ce dernier. Vingt-deux espèces inventoriées sont inscrites dans le livre des oiseaux menacés et à surveiller en France, dont 7 sur liste rouge et 7 sur liste orange. Dix espèces sont inscrites à l’annexe I de la directive oiseau, ce sont donc des espèces qui doivent faire l’objet de mesures de conservation spéciale en particulier en ce qui concerne leurs habitats par la création de zones de protection spéciales (ZPS). Sur ces 10 espèces, 9 sont inscrites au livre des oiseaux menacés et à surveiller en France, dont 6 sur la liste rouge. Ce chiffre témoigne de la richesse de l’avifaune du Plateau de Beille, et de son intérêt patrimonial. Pourtant ce constat doit être nuancé au regard de la biologie de chaque espèce, c'està-dire en fonction de son caractère migrateur, nicheur sur le site même ou dans les alentours. Ainsi, 35 espèces sont potentiellement nicheuses sur le Plateau de Beille, 6 sont migratrices ou hivernantes (leurs présences sur les inventaires constituent un concours de circonstance) et 12 de passage (espèces qui ne nichent non pas sur les habitats du Plateau de Beille mais dans les alentours). C’est cette dernière catégorie qui accentue l’importance des chiffres obtenus, puisque les oiseaux de passage sont souvent des oiseaux qui chassent ou qui recherchent leur nourriture sur le Plateau de Beille. C’est le cas des rapaces tels l’aigle royal, ou le gypaète barbu. Or sur les 7 oiseaux inscrits sur liste rouge, 5 sont ainsi des rapaces. Finalement, sur les 35 oiseaux nicheurs, 9 sont inscrits sur le livre des oiseaux en danger ou à surveiller, dont 1 sur liste rouge et 5 sur liste orange. Sur les 5 oiseaux nicheurs de milieux ouverts, 4 sont inscrits sur la liste orange du livre rouge. Sur les 18 oiseaux nicheurs de milieux forestiers, 3 sont inscrits au livre rouge, dont 1 sur liste orange et 1 sur liste rouge. Sur les 12 oiseaux nicheurs d’écotone (milieux semi fermés), seulement 2 sont inscrits sur le livre rouge. Les espaces ouverts recèlent donc plus d’oiseaux patrimoniaux en terme de statut défavorable que les deux autres types de milieu. Il est intéressant de souligner que la différence importante entre le chiffre des oiseaux recensés en milieux fermés ou semi-ouvert et le nombre des oiseaux d’espaces ouverts s’explique par un échantillonnage systématique avec point d’écoute de la pineraie à pins à crochet réalisé en 1987 (Clouet, 1987 dans AMIDEV, 1997). Une telle méthodologie appliquée aux espaces ouverts augmenterait le nombre d’oiseaux détectés. 1.7.2 Les mammifères Les inventaires et les observations disponibles décrivent la présence de 12 mammifères différents. Il est intéressant de souligner la présence de l’isard, espèce emblématique de la grande faune des Pyrénées au même titre que le grand tétras ou l’ours brun. Le chat sauvage, espèce qui a le caractère le plus patrimonial de l’inventaire, est généralement inféodé à la hêtraie-sapinière présente sur le pourtour du Plateau de Beille. Sa présence dans les inventaires est sans doute anecdotique. Même si la présence de l’ours brun n’est pas recensée dans les inventaires, le site central et le site périphérique sont classés comme zone de présence régulière depuis 1999. Pour justifier d’un tel classement, la zone doit recéler des indices de fréquentation au moins Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 14 durant 3 ans sur une période totale de 5 ans. Mr. Pierre-Yves Quenette, spécialiste à l’ONCFS du suivi de l’ours dans les Pyrénées, nous apporte quelques éléments. Au moins deux ours, nés dans les Pyrénées et issus de parents réintroduits, fréquentent le site. La zone centrale, avec ses nombreuses pelouses et landes, est plutôt une aire de passage nocturne. Néanmoins, au mois de juillet et août, les ours peuvent consommer les myrtilles dans les landes où cette baie est abondante. C’est notamment le cas au sud de la zone centrale (col de la Didorte, col des Finestres). Par contre, l’ensemble de la forêt de la zone d’étude périphérique (jusqu’à la proximité immédiate des villages en bas de vallée), constitue une zone de repos diurne appréciée par les ursidés en raison de sa tranquillité et de son accessibilité. Mr. Quenette ajoute enfin, que les ours sont responsables chaque année d’attaques sur les ovins (de l’ordre de 10 à 20 attaques environ). 1.7.3 L’herpétofaune Les différents inventaires mettent en lumière l’existence de 3 batraciens et de 2 reptiles. Trois d’entre eux ont un statut défavorable (Maurin et Keith, 1994). Une attention particulière doit être portée à l’euprocte des Pyrénées. En effet, il n’est signalé qu’une seule fois, dans le cadre d’une observation relatée dans le rapport AMIDEV, mais n’apparaît jamais dans les autres inventaires. Ce batracien strictement endémique des Pyrénées, et certainement un des joyaux inconnu du grand public de la faune pyrénéenne au même titre que le desman des Pyrénées. M. Gilles Pottier, spécialiste de l’herpétofaune à l’association naturaliste Nature MidiPyrénées, confirme que le biotope aquatique de Beille, composé de tourbières, de mouillères et de ruisseaux d’altitude est très favorable à l’euprocte. Il ne serait donc pas étonnant de le retrouver ici. De par son expérience, M. Pottier met en garde contre la confusion trop rapide entre l’euprocte et le triton palmé, dont la présence et l’abondance sont unanimement notées dans les milieux tourbeux par exemple. 1.7.4 Les poissons Les ruisseaux présents sur le périmètre central de l’étude sont sans doute trop réduits pour avoir une faune piscicole très développée. Il n’existe à l’heure actuelle aucune donnée ou inventaire de la faune aquatique sur le périmètre du Plateau de Beille. 1.7.5 L’entomofaune Il n’existe à l’heure actuelle aucune donnée ou inventaire de l’entomofaune sur le périmètre du Plateau de Beille. Pourtant, un habitat comme les tourbières pourrait recéler de nombreuses espèces intéressantes. 1.8 Synthèse Le Plateau de Beille est un site remarquable, même « magique » pour la plupart des acteurs locaux. En effet, il constitue à la fois un paysage unique et un espace à fort intérêt patrimonial. Mais attention, l’ensemble des inventaires dont sont issues les données date au mieux du milieu des années 1990 voire de la fin des années 1980. Or en 10 ou 15 ans, la situation faunistique ou floristique a très bien pu évoluer. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 15 2 Des activités ancestrales au tourisme Les entretiens individuels réalisés avec tous les acteurs locaux, mais également les acteurs institutionnels ont permis de dresser l’inventaire précis des activités socioéconomiques. Une fiche d’entretien générale a été élaborée dans ce but. Elle est disposée en annexe VII. Bien sûr, les questions ont été affinées en fonction de l’interlocuteur. 2.1 L’activité pastorale 2.1.1 Présentation et organisation de l’activité sur le Plateau de Beille Le pastoralisme est une activité ancestrale qui a façonné le paysage actuel du Plateau de Beille. Il est encore à l’heure actuelle très présent. Ce plateau est composé de différents territoires pastoraux qualifiés d’estives, les troupeaux transhumants y pâturent à la belle saison. Le bétail y passe entre 4 et 5 mois par an, l’estive est donc un lieu clé pour les éleveurs ariégeois. Le Plateau de Beille est concerné par 3 estives différentes. Deux sont gérées par des groupements pastoraux (groupement pastoral de Pech-Verdun et groupement pastoral de Luzenac-Unac), la troisième est propriété du syndicat des propriétaires indivis d’Urs-VèbreLassur. La carte en annexe VIII localise les différentes estives par rapport aux périmètres d’étude. La zone d’étude est inégalement concernée par ces trois unités pastorales. En effet, Le territoire du groupement pastoral de Luzenac-Unac reste en marge du Plateau de Beille. De plus, cette vaste estive s’étend également sur l’autre versant de la vallée du Lavail (Plateau de Bourbourou). Ne possédant pas de cabane pastorale sur son estive du Plateau de Beille, le pâtre le fréquente finalement très peu. Le tableau 3 ci-dessous récapitule les principales caractéristiques des différentes structures pastorales. Tableau 3. — Présentation des unités pastorales du Plateau de Beille Superficie totale de l'estive Groupement Pastoral de Pech-Verdun Groupement pastoral de Luzenac-Unac Estive du Syndicat des propiétaires de Urs-VèbreLassur 1204 ha 1920 ha 1396 ha 4 éleveurs bovins 3 éleveurs équins 8 éleveurs bovins 15 éleveurs équins 6 éleveurs bovins 3 éleveurs ovins 300 bovins 40 équins 250 bovins 45 équins 170 bovins 1300 ovins Unité gros bovin 0,26 UGB/ha 0,15 UGB/ha 0,97 UGB/ha Bergers/vachers employés 1 vacher 1vacher 1 vacher 1 berger Nombre d'éleveurs Le cheptel Cabane des Cabanes pastorales Isarges utilisées Refuge du boutas Cabane de Gérièys Refuge de Bertounel Cabane de Beille d'en haut Cabane du col des Finestres La pression de pâturage reste faible sur les trois estives. En effet, on considère que le pâturage est extensif à 1.3 UGB/ha, bien que ce chiffre varie selon la capacité d’accueil du milieu et qu’il n’existe pas réellement de norme. Néanmoins, Il est important de relativiser les valeurs obtenues, puisque la superficie totale des estives a été utilisée pour le calcul. Or, l’ensemble de la surface n’est jamais réellement pâturable (falaises, éboulis, ou encore zones inaccessibles et trop pentues). Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 16 Les races utilisées sont le plus souvent des races locales (vache de race Gasconne, chevaux de race Merens et brebis de race Tarasconnaise). Celles-ci, adaptées à la vie en montagne et à la transhumance, font partie du patrimoine agricole ariégeois. Ces animaux sont des races à viande, et la production est orientée vers des veaux et des agneaux d’engraissement. 2.1.2 Gestions réalisées sur les unités pastorales Le tableau 4 suivant résume les caractéristiques principales de gestion des estives. Tableau 4. — Récapitulatif de la gestion menée des différentes estives Groupement Pastoral de Pech-Verdun Groupement pastoral de Luzenac-Unac Estive du Syndicat Indivis PHAE (mesure 19B) déclarée PHAE (mesure 19B) sur 900 ha déclarée sur 1250 ha PHAE gardiennée (mesure19F) déclarée sur 979ha Aide au gardiennage Aide aux travaux d'amélioration et d'aménagement de l'espace pastoral Aide au gardiennage Aide aux travaux d'amélioration et d'aménagement de l'espace pastoral Mesures d'accompagnement à la restauration de l'ours dans les Pyrénées Aucune pratique du débroussaillage Mesures de gestion des mécanique ou manuel estives pratique du débroussaillage mécanique ou manuel _ déparasitage interne et externe en hiver _ entretien courant sur les estives / _ débroussaillement mécanique de 10-20 ha sur le secteur du mouscadou / Mesures agrienvironnementales Primes et subventions Traitements sanitaires des animaux Projet _ déparasitage interne et externe en hiver _ entretien courant sur les estives _ débroussaillement mécanique d'une vingtaine d'hectares sur le secteur d'Albiès _ participation avec la commune de Verdun à la restauration de 3 cabanes sur le Plateau de Beille _ déparasitage interne et externe en hiver _ entretien courant sur les estives Les groupements pastoraux de Pech-Verdun et de Luzenac-Unac se révèlent assez dynamiques en matière de gestion des estives. Les patres utilisent des chiens pour guider les troupeaux. Ces derniers sont souvent libres. 2.2 Activités cynégétiques 2.2.1 Organisation de la chasse sur le périmètre d’étude La chasse est une activité très ancrée sur le Plateau de Beille. Elle est structurée le plus souvent en Association Communale de Chasse Agréée (ACCA). On dénombre ainsi une ACCA, 2 Associations Intercommunales de Chasse Agréées (regroupements d’ACCA), et un groupement de chasse privée. Ces sociétés sont présentées dans le tableau 5 suivant. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 17 Tableau 5. — Présentation des différentes structures de chasse Société de chasse Superficie totale approximative (ha) ACCA Verdun nombre approximatif d'adhérents 1300 ACCA de Les Cabannes 35 100 30 12690 110 AICA Luzenac-Unac 2250 60 Groupement des Chasseurs de Foix (2) 1396 30 AICCA des Deux Vallées (1) (1) :l’AICA des Deux vallées regroupe les ACCA de Pech, Aston, Albiès et de Château-Verdun. (2) : le groupement des chasseurs de Foix loue le droit de chasse de la propriété du Syndicat Indivis. La carte en annexe IX localise les différents territoires de chasse sur le périmètre central. Le nombre important de structures cynégétiques s’explique par le morcellement administratif et foncier du Plateau de Beille. Sur le terrain, la situation est très hétérogène. En effet, la pression de chasse n’est pas homogène sur l’ensemble du périmètre d’étude. Le fait que d'une part, le territoire de l’AICA des deux vallées soit immense et localisé sur le versant opposé de la Vallée de l’Aston, et que d'autre part le territoire de l’ACCA de Verdun soit isolé par rapport au reste du territoire communal suggère que la pression de chasse est bien moindre à l’Ouest de la zone d’étude qu’à l’Est. 2.2.2 Évolution des effectifs des chasseurs La tendance est à la baisse lente mais constante du nombre de chasseurs ainsi qu’à l’augmentation de l’âge moyen du pratiquant. Cette tendance est identique à celle observée à l’échelle nationale. 2.2.3 Pratique de la chasse Les gibiers présents La zone d’étude présente une diversité intéressante en terme de gibier. La particularité du site est d’abriter des espèces de gibier de montagne comme la perdrix grise de montagne, le grand tétras ou encore l’isard. Ces espèces sont emblématiques de la faune pyrénéenne. Le tableau 6 suivant récapitule les espèces présentes ainsi que les différentes modalités de prélèvement. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 18 Tableau 6. — Les gibiers présents et leurs modalités de chasse Gibiers sédentaires Principales zones de présence et de chasse Perception de l'évolution des populations Plan de chasse et modalités de prélèvement fixés par arrêté préfectoral Modalités de prélèvement fixées par les unités de chasse période de chasse du Carnet de prélèvement et gibier de montagne prélèvement maximum (1) autorisé (PMA) de 20 perdrix/chasseur/an ACCA Verdun: PMA de 2 perdrix/chasseur/an AICA des 2 Vallées: PMA de 4 perdrix/chasseur/jour Période de chasse fixée par arrêté préfectoral "Gibier de montagne" Pelouses et landes Indéterminée subalpines perdrix grise de montagne Grand tétras Isard Ensemble des secteurs boisés du Plateau de Beille,de 1400m à 200m d'altitude) Chute dans les période de chasse du années 90, retour de gibier de montagne l'espèce depuis (1) quelques années Plan de chasse Aucune conventionnel Carnet de prélèvement et PMA de 1 coq maillé/chasseur/an Principalement les zones boisées (hêtraie-sapinière) sur le pourtour du Plateau de Beille Augmentation des période de chasse du Plan de chasse légal populations depuis gibier de montagne obligatoire sa réintroduction au (1) début des années 90 AICA des 2 Vallées: utilisation de la carabine interdite, chasse uniquement autorisée au fusil de chasse "Gibier de plaine" Sanglier Chevreuil Lièvre Tous les secteurs Augmentation boisés, de la vallée constante jusqu'au plateau Du 1er septembre jusqu'au 2ème dimanche de janvier (2) Tous les secteurs Augmentation Du 3ème septembre boisés, de la vallée constante jusqu'au 2ème jusqu'au plateau dimanche de janvier (2) Pelouses et landes Augmentation sur le Du 2ème dimanche subalpines plateau de septembre jusqu'au 2ème dimanche de décembre, chasse interdite le mardi et vendredi Aucun plan de chasse Aucune Plan de chasse légal obligatoire Aucune Aucun plan de chasse ACCA de Verdun: chasse autorisée uniquement le mercredi, samedi et dimanche (1) : la période de chasse du gibier de montagne court du 3ème dimanche de septembre jusqu'au 1er dimanche d'octobre. Mais la chasse est uniquement autorisée les mercredis, samedis, dimanches et jours fériés. (2) : la chasse en battue du sanglier et du chevreuil est uniquement autorisée les mercredis, samedis, dimanches et jours fériés. Le gibier migrateur est parfois chassé sur le Plateau de Beille. Ainsi, la bécassine des marais fréquente les tourbières et autres mouillères du Plateau de Beille, alors que la bécasse des bois se rencontre dans les secteurs boisés du Plateau. Le pigeon ramier (ou palombe) peut également être prélevé lors de son passage automnal sur la chaîne pyrénéenne. La période de chasse du gibier de montagne étant assez courte (durée effective de 10 jours), les chasseurs désirant prélever ces espèces se spécialisent le plus souvent dans la traque d’un seul gibier. Le grand tétras est surtout chassé sur le territoire de l’ACCA de Luzenac–Unac. Un certain nombre de chasseurs se sont spécialisés. Lors de la saison 2007-2008, 5 grands tétras ont été prélevés sur le Plateau de Beille, pour un prélèvement à l’échelle du département de l’ordre de 15 coqs. Le Plateau de Beille constitue donc un haut lieu ariégeois de la chasse du grand tétras. Le sanglier, est devenu, à l’image de chasse française, le « fond » de chasse du chasseur fréquentant le secteur du Plateau de Beille. C’est donc le gibier le plus chassé par le plus grand nombre de chasseurs. Son tableau de chasse est pléthorique et représente environ 180 prélèvements sur la zone d’étude périphérique. L’isard a été réintroduit au début des années 90 à partir d’une trentaine d’individus. Le Groupement Intérêt Cynégétique du Ruhle a alors vu le jour pour mutualiser la gestion de Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 19 l’isard sur l’ensemble du secteur du Plateau de Beille et de ses environs. Ce GIC est composé des ACCA de Aston, Savignac, Luzenac, Albiès, Aulos, Château-Verdun et du groupement des chasseurs de Foix. La zone centrale d’étude est chassée de l’ouverture jusqu’aux premières neiges persistantes. Le reste du territoire est chassé jusqu’aux dates de fermeture. Mode de chasse Les gallinacés de montagne sont chassés au chien d’arrêt, le lièvre, généralement, à l’aide de chiens courants par un petit groupe de chasseurs. L’isard est chassé uniquement à l’approche ou à l’affût. Le grand gibier, comme le sanglier et le chevreuil, est chassé généralement lors de battues aux chiens courants. Cette chasse nécessite la création d’équipes rassemblant plusieurs dizaines de chasseurs qui peuvent provenir de plusieurs communes différentes. Ainsi, les l’équipes de l’AICA des Deux Vallées est composée de chasseurs d’Aston, d’Albiès de Pech et de Château-Verdun. De même, le territoire de l’AICA de Luzenac-Unac est mis en commun avec les territoires des ACCA de Vèbres, Urs, Lassur et Garanou. Une équipe de chasse intercommunale chasse ainsi l’ensemble. Lâchers de gibier Conformément à la législation en vigueur dans les zones de montagne, aucun lâcher de gibier-oiseau (faisan, perdrix grise ou rouge) n’est effectué sur le Plateau de Beille afin d’éviter tout risque sanitaire ou de pollution génétique sur les populations locales. Par contre, chaque année, des lièvres de repeuplement sont lâchés par les AICA d’Aston et de Luzenac-Unac. Cela représenterait à l’échelle du Plateau de Beille 15 à 20 animaux lâchés. Régulation des espèces classées nuisibles Lors des différents entretiens réalisés avec « les acteurs chasse », une observation commune a été relevée : celle de l’augmentation des populations de martre. Actuellement, aucun piégeur agréé ne régule sur le territoire d’étude les renards, mustélidés, et corvidés. 2.2.4 Suivi des espèces chassables Le suivi des espèces-gibiers est réalisé par la Fédération Départementale de chasse de l’Ariège avec la participation des chasseurs locaux. Ainsi, les chasseurs du Plateau de Beille sont fortement impliqués dans la gestion, notamment celle du gibier de montagne. Les espèces suivies ainsi que les modalités de comptages sont récapitulées dans le tableau 7 ci-dessous. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 20 Tableau 7. — Modalités de suivi des gibiers de montagne Espèces suivies Comptage Grand Tétras Perdrix grise des montagnes Type de comptage Période de comptage But du comptage 2 — comptage aux places de chant — comptage des nichées au chien d'arrêt — avril-mai pour le comptage au chant — de mi-juillet à septembre pour le comptage des nichées — estimer la dynamique des populations pour le comptage au chant — estimer le succès de la reproduction pour le comptage au chien d'arrêt 1 comptage des nichées au chien d'arrêt de mi-juillet à septembre pour le comptage des nichées estimer le succès de la reproduction 2 comptage "pointage flash" — premier comptage à partir du mois d'avril — deuxième comptage au mois de juin estimer à la fois la dynamique des populations et le succès de la reproduction Isard Sur le Plateau de Beille, 3 places de chant sont suivies chaque année, l’une par la Fédération Départementale de l’Ariège, les deux autres par l’observatoire des galliformes de montagne et l’ONCFS. Le comptage d’été au chien d’arrêt est réalisé sur l’ensemble du territoire central pour le grand tétras et la perdrix grise de montagne. 2.2.5 Réserve de chasse et de faune sauvage Le site d’étude est très peu concerné par le zonage de réserve de chasse et de faune sauvage. En effet, seule la partie extrême Sud du territoire de chasse du groupement des chasseurs de Foix est concernée par cette mesure. La proportion de surface classée « réserve » par rapport à l’ensemble du territoire est donc infime. 2.2.6 Problématique du braconnage L’estimation du braconnage reste très floue. Aucun cas de braconnage n’a été relevé par les agents de la police de l’environnement. L’avis « des acteurs chasse » est très partagé sur le braconnage d’espèces comme le grand tétras sur place de chant ou encore pendant la période d’ouverture générale mais hors période de chasse légale. Certains pensent qu’il existe, d’autres pensent qu’il est minime voire nul. Par contre, tous les acteurs s’accordent sur le fait que le braconnage de nuit, au phare, pratiqué sur la route d’accès du Plateau de Beille existe dans des proportions inquiétantes. Les espèces braconnées seraient le lièvre, le sanglier et le chevreuil principalement. Mais en l’absence de cas avérés, l’estimation du braconnage reste incertaine. 2.3 Activités halieutiques 2.3.1 Organisation des activités halieutiques La pêche peut être pratiquée sur les 5 ruisseaux et leurs affluents qui prennent naissance sur le Plateau de Beille. Mais concrètement, la taille de ces ruisseaux est tellement réduite sur la zone centrale d’étude que ces derniers ne sont pas pêchés. Ils le sont donc uniquement sur leurs parties plus en aval, jusqu’à leurs confluences avec l’Aston ou l’Ariège. Le nombre d’organismes titulaires du droit de pêche est important puisqu' on en dénombre 6. Le droit de pêche et la gestion piscicole sont donc très morcelés, à l’image du découpage administratif et du foncier du territoire d’étude. Il existe 4 associations privées, un droit de pêche qui appartient au Syndicat des propriétaires Indivis et une association agréée de pêche et de protection des milieux Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 21 Aquatiques (AAPPMA). Le droit de pêche du Mourègnes est laissé libre par le Maire de Lassur. C’est l’AAPPMA de Luzenac qui possède l’accord verbal de la gestion de ce cours d’eau. Le tableau 8 suivant récapitule les différents détenteurs du droit de pêche. Tableau 8. — Les différents détenteurs et gestionnaires du droit de pêche Titulaire du droit de pêche Association communale de pêche privée d'Albiès Association de pêche privée la Riva Territoires de pêche et ruisseaux concernés le ruisseau d'Albiès (Ruisseau de la Gargante) et ses affluents en aval du Syndicat des propriétaires Indivis 50 Partie avale du ruisseau d'Artaran Partie avale du ruisseau de Poussiergues Société de pêche privée du Lavail L'intégralité du ruisseau de Lavail et de ces affluents Syndicat des propriétaires Indivis Partie amont du ruisseau d'Albiès et ses affluents Partie amont du ruisseau des Mourègnes AAPPMA de Luzenac Partie avale du ruisseau des Mourègnes et ses affluents Association de pêche privée la Verdunoise Nombre approximatif d'adhérents 100 38 inconnu, le droit de pêche est soumis à autorisation du Syndicat des propriétaires Indivis Partie amont du ruisseau d'Artaran 120 18 2.3.2 Pratique de la pêche Les eaux des différents cours d’eau sont toutes classées en première catégorie. Le poisson qui est exclusivement pêché est la truite fario. Date de pêche et réglementation Les réglementations en vigueur sont très hétérogènes à l’échelle du site d’étude. En effet, chaque association peut fixer, dans son règlement intérieur, des mesures plus contraignantes que celles dictées par la fédération de l'Ariège pour la pêche et la protection du milieu aquatique et visées par arrêté préfectoral. Ces règles fixent la date d’ouverture de la pêche en première catégorie au 2ème samedi du mois de mars et la date de fermeture au 3ème dimanche de septembre. Le prélèvement maximal journalier autorisé est de 10 poissons, et la taille légale de capture de la truite fario est fixée à 20 cm. Mesures de gestion piscicole Aucune association de pêche, mis à part l’AAPPMA de Luzenac, n’a rédigé de plan de gestion des ressources piscicoles conformément à la loi (article L433.3 du code de l’environnement). Le tableau 9 suivant récapitule les actions de gestions qui sont entreprises par les différents détenteurs du droit de pêche. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 22 Tableau 9. — Gestion menée par les différentes unités de pêche Titulaire du droit de pêche Rempoissonnement Lieu Modalités Association communale de pêche privée d'Albiès oui ruisseau d'Albiès ???? mais pas de Poussiergues Association de pêche privée la Riva non / / oui Le Lavail et ces affluents Tous les ans sur le Lavail: 5000 alevins provenant d'une pisciculture agréée, 10 boites Vibert et 20 kg de truites portion en aval Alevinage une année sur deux sur les affluents non / / oui Ruisseau des Mourègnes 600 alevins tous les deux ans provenant d'une pisciculture agréée, en amont de la prise d'eau non / / Société de pêche privée du Lavail Syndicat des propriétaires Indivis AAPPMA de Luzenac Association de pêche privée de Verdun Les ruisseaux sont rempoissonnés uniquement avec des truites fario. La société de pêche privée la Riva, ne réalevine pas les ruisseaux de Poussiergues et d’Artaran mais réalevine une partie de leurs territoires de pêche. La Verdunoise et la société de pêche communale d’Albiès ne réalevinent ni le ruisseau de Poussiergues ni celui d’Artaran, bien qu’ils le fassent sur le reste de leurs territoires respectifs. Intérêts halieutiques D’après les diverses opinions des acteurs de la pêche, la situation semble assez contrastée selon les ruisseaux. D’une manière générale les ruisseaux qui se situent sur le versant Est du Plateau de Beille et qui se jettent dans l’Ariège sont plus longs, plus larges, et comportent plus d’affluents que les ruisseaux du versant Ouest qui se jettent dans l’Aston. L’intérêt halieutique est donc beaucoup plus fort pour les ruisseaux d’Albiès, des Mourègnes et du Lavail que pour les ruisseaux de Poussiergues et d’Artaran. D’ailleurs, le ruisseau d’Artaran ne semble même pas pêché. Dans tous les cas, même si les populations sont localement importantes, la taille des truites reste modeste. Problématique du braconnage Tous les « acteurs pêche » rencontrés s’accordent sur le fait que le braconnage est minime sur l’ensemble des ruisseaux qui proviennent du Plateau de Beille. 2.4 La forêt et les activités sylvicoles La forêt est bien représentée sur le site central d’étude à côté des landes et des pelouses subalpines. Elle représente le biotope quasi exclusif de la zone périphérique d’étude. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 23 2.4.1 Les différents types de forêts Deux grands types de forêts sont présents sur le territoire : — la pineraie à pins à crochet d’altitude ; elle est surtout présente sur la zone centrale d’étude ; — la hêtraie-sapinière montagnarde ; elle est présente sur l’ensemble du pourtour du Plateau de Beille, c’est à dire sur la zone d’étude périphérique. A basse altitude, c’est à dire à l’étage collinéen, on observe également la présence du chêne pédonculé et du chêne sessile. 2.4.2 Les statuts fonciers Il existe 2 grands statuts en fonction de la localisation géographique sur le Plateau de Beille : soit la forêt appartient aux communes, soit elle appartient aux propriétaires privés du syndicat Indivis. 2.4.3 Historique de la forêt La forêt que nous observons aujourd’hui a été fortement influencée par les activités humaines dès l’âge de bronze, mais c’est à partir du XVIIème siècle que les activités anthropiques vont le plus modeler et transformer celle-ci (Métaillé, 2004). En effet, cette époque va être marquée par la croissance de la métallurgie et l’intensification du charbonnage pour répondre à la demande énergétique de cette activité industrielle. Les forges à la catalane vont connaître leur apogée à la fin du XVIIème siècle et au début du XVIIIème siècle, avec la présence de 4 à 5 forges dans la vallée de l’Aston (Bonhote et Vernet, 1988). Parallèlement, la pression pastorale va augmenter en réponse à l’augmentation des populations et des troupeaux transhumants. Deux phénomènes sont alors visibles sur le milieu forestier. On note la quasi disparition de la forêt résineuse d’altitude, il ne subsistera que quelques îlots de pins à crochet sur le Plateau de Beille. On remarque également un abaissement de la limite altitudinale de la forêt. Ces forêts sont également fortement pâturées, les landes sont très régulièrement brûlées pour maintenir les estives (Boite, 1989).Les travaux de Bonhote et Vernet en 1988 ont démontré la présence importante de charbon de pin sylvestre dans les restes des charbonnières. Or, actuellement, le pin sylvestre n’est quasiment pas observable sur l’ensemble de la Haute Ariège, à tel point qu’on pensait que cette essence n’était naturellement pas présente dans cette région. Les résultats de l’analyse des résidus de charbon démontrent la présence dans le passé de cette essence et suggère que le charbonnage l’a intégralement fait disparaître. On observe un appauvrissement des peuplements forestiers tant en essence qu’en qualité. En effet, la forêt va être traitée en taillis de courte rotation pour la production du charbon. Les sylviculteurs vont alors favoriser à outrance le hêtre et le chêne à basse altitude au détriment du sapin et du pin sylvestre. A partir de la fin du XIXème siècle, la métallurgie va totalement péricliter avec la fermeture de la dernière forge en 1884, provoquant la disparition du charbonnage. De plus les populations locales vont diminuer en raison de l’exode rural avec comme conséquence le déclin de la pression pastorale. Deux nouveaux phénomènes vont alors être observés, aboutissant à la structure et à la physionomie des forêts actuellement présentes sur le Plateau de Beille : — le pin à crochet va recoloniser les anciens pâturages d’altitude à la fois à l’étage subalpin mais également à la limite supérieure de l’étage montagnard ; — le sapin va recoloniser la hêtraie à l’étage montagnard. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 24 2.4.4 Mode de gestion Forêt du Syndicat Indivis Les deux grands types de forêts énoncés plus haut sont présents sur cette propriété privée. Elles ne font l’objet d’aucune mesure de gestion, et ne possèdent pas de plan de gestion rédigée. La hêtraie-sapinière n’est pas exploitée, elle est juste soumise à un droit d’affouage des habitants de Vèbre, Urs et Lassur. Ils peuvent ainsi récolter du bois de chauffage à l’exception du sapin. Forêts communales Il existe deux cas de figure : — la pineraie de pins à crochet n’est pas soumise à la gestion de l’Office national des forêts (ONF). Elle n’est d’ailleurs pas gérée et ne possède pas de plan de gestion ; — la hêtraie-sapinière est le plus souvent soumise à la gestion de l’ONF. Il assure la gestion grâce à un plan d’aménagement forestier visé par les maires des communes concernées. Ce plan établit les objectifs de la gestion de la forêt, la programmation des travaux forestiers et des aménagements à réaliser. 2.4.5 Forêts communales gérées par l’ONF Le tableau 10 ci-dessous récapitule les forêts communales soumises ainsi que leurs superficies. Tableau 10. — Présentation des différentes forêts communales soumises à la gestion de l’ONF sur l’ensemble du site d’étude Les forêts communales Superficie (ha) Albiès 94,41 Aston 1956,32 Les Cabannes 163,38 Luzenac-Unac 899,63 Pech 46,07 Le bois de Castillou (forêt communale indivise) 162,49 Brièvement, ces forêts ont une double vocation : — la production de bois ; — la protection des milieux et la conservation de la biodiversité. La production est axée sur le sapin et accessoirement sur le hêtre. Ces bois ne sont pas de très bonne qualité. Le sapin est utilisé comme bois de charpente et bois d’emballage. Le Hêtre est utilisé comme bois d’industrie ou comme bois de chauffage. Les reliefs particulièrement hétérogènes et parfois très escarpés n’autorisent pas l’exploitation à des fins de production de l’ensemble des forêts communales. Le mode de traitement privilégié est la futaie irrégulière par bouquet ou parquet. Les rotations s’effectuent alors tous les 12 à 15 ans en moyenne. Quelques parcelles au niveau de la forêt communale d’Aston ont été plantées en pin sylvestre ou en mélèze, afin de développer un relais de production. La surface des ces parcelles reste très minime. La gestion courante des forêts communales prend toujours en compte la biodiversité et la présence d’espèces patrimoniales comme l’ours ou le grand tétras. Il est également intéressant de noter que ces forêts, surtout à haute altitude, sont intégrées aux estives. Elles sont donc parcourues par le bétail en début et en fin de saison. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 25 2.5 Les activités touristiques hivernales En raison de l’altitude, de l’enneigement et de la topographie, le Plateau de Beille, est devenu un site privilégié pour toutes les activités nordiques depuis le début des années 90. Ces activités génèrent environ une cinquantaine d’emplois, dont une majorité de saisonniers. Ces chiffres témoignent de l’importance du site de Beille en matière d’économie et d’emplois pour le territoire de la communauté de Communes des Vallées d’Ax. 2.5.1 L’espace nordique de la station de ski de fond du Plateau de Beille Compte tenu du potentiel du site, une station de ski nordique fut créée en 1988. La première ouverture du site a eu lieu en 1989, un an après. Sa création a alors nécessité la validation d’une Unité Touristique Nouvelle. Elle connut rapidement un succès probant qui ne se dément toujours pas à l’heure actuelle. Elle est aujourd’hui la 4ème station de ski nordique au niveau national et la 1ère des Pyrénées en terme de fréquentation et de chiffre d’affaires. Le tableau 11 ci-dessous présente la fréquentation du Plateau de Beille. Tableau 11. — Fréquentation du Plateau de Beille en fonction des activités hivernales 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 nr nr 54962 55813 46908 21458 29812 nr nr nr 20110 23118 24662 10593 16840 nr nr nr 7480 6182 12025 4413 nr 86459 84095 82552 85113 83595 36464 55614 71274 21615 21024 20638 21278 20899 14586 16684 18569 92179 87303 97983 60188 108074 105119 103190 106391 104494 51050 72298 89842 Forfaits journée ski nr nr nr nr Forfaits journée nr nr nr nr raquettes Autres nr nr nr nr Somme forfaits 73743 69842 78386 48150 journée Estimation des 18436 17461 19597 12038 visiteurs Somme forfaits journée + visiteurs 2008 8962 moyenne nr : non renseigné Monsieur Jugie, directeur de la régie des espaces nordiques des vallées d’Ax (RENVA), estime, par expérience, que la station draine 25 % de visiteurs supplémentaires par rapport aux clients qui s’acquittent des forfaits. Le nombre total de personnes qui fréquentent le site d’étude est donc égal à la somme des personnes qui achètent les forfaits journée avec les simples visiteurs. Entièrement dévolue à la pratique du ski de fond à sa création, la station a su développer son offre et les activités proposées. Aujourd’hui, la station compte : — 70 km de pistes de ski nordique ; — 42 km de pistes raquettes et marche nordique ; — une zone d’évolution nordique, desservie par un téléski école ; — un stade de Biathlon ; — une piste d’initiation au ski alpin réservée aux moins de 12 ans ; — un espace luge ; — un Jardin des neiges pour l’initiation du ski aux enfants ; — une piste école pour traîneaux à chiens. La station ne présente pas de logements sur le Plateau de Beille. Le stade de neige de Beille est ouvert, selon l’enneigement, entre 100 et 120 jours par an. Il peut ouvrir dès mi-novembre jusqu’à la mi-avril. 2.5.2 La Régie des Espaces Nordiques des Vallées d’Ax La RENVA est un établissement public à caractère industriel et commercial. Même si elle possède son autonomie financière, celle-ci reste sous la tutelle juridique et décisionnelle de la Communauté de Communes des Vallées d’Ax. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 26 La régie a pour mission la gestion des pistes de ski de fond, remontées mécaniques et activités à caractère commercial du Plateau de Beille et du domaine nordique du Chioula. Elle peut aussi mettre en place et gérer toute activité de loisir d’hiver ou d’été nécessaire au développement touristique sur la Communauté de Commune des Vallées d’Ax. Plus concrètement, la Régie gère la mise en place du produit (préparation, entretien et accès aux pistes) pendant la saison d’exploitation et l’entretien et la création de pistes hors exploitation. Elle entretient également les infrastructures (garage, bâtiment, parc roulant). Elle est également responsable du secours sur les pistes, de l’accueil du public, et de la location de matériels de loisirs. En été, sa mission est plus floue avec un champ d’action a priori plus réduit. Elle est responsable de l’accueil du public, et elle a collaboré à la mise en place de sentiers de randonnées et de VTT. La RENVA emploie 8 personnes en permanence, 6 en plein temps et 2 à mi-temps. Elle emploie également entre 20 et 27 employés saisonniers qui se répartissent entre le domaine skiable de Beille (trois quarts des effectifs) et le domaine skiable du Chioula (un quart des effectifs). Le budget de la RENVA est largement déficitaire, il s’équilibre avec l’apport à 30 ou 40% de subventions de la Communauté de Communes des Vallées d’Ax. Création et entretien du domaine skiable L’entretien des 70 km de pistes de ski de fond et des 42 km de pistes pour raquettes incombe à la RENVA. Les pistes ont été créées au départ avec l’Unité Touristique Nouvelle (UTN), mais toutes les pistes et les équipements prévus n’ont pas été réalisés. En parallèle, de nouveaux secteurs ont été investis sans UTN. Pour tracer les pistes de raquettes, la RENVA utilise le terrassement naturel, et dame la piste à l’aide d’un scooter des neiges. Les tracés des pistes ont été réalisés avec les conseils de la DIREN. Elles sont régulièrement débroussaillées et élaguées. Sur le Plateau de Beille, il y a moins de 25% de pistes de ski de fond non travaillées car le relief ne le permet pas. Il faut donc travailler les pistes, les reprofiler. L’entretien des pistes de ski de fond consiste à les désempierrer et les revégétaliser. La revégétalisation est réalisée par l’entreprise Plant-Semence-Environnement. Elle ne semble pas utiliser de semences d’herbacées endémiques. Les pistes de ski de fond sont souvent utilisées comme pistes carrossables à la belle saison. Or, sans aménagement spécifique (une bande roulante juxtaposée à la piste proprement dite), cette double vocation est difficilement conciliable. Pour l’instant, seulement 400 mètres de pistes ont ainsi été équipées. La carte en annexe X présente les différents types de pistes balisées sur le périmètre central d’étude. 2.5.3 Activités proposées sur le Plateau de Beille L’activité reine reste bien sûr le ski de fond, mais au fil des années et des tendances, les activités se sont multipliées (raquettes, chiens de traîneau, luge, biathlon, initiation ski alpin). La carte disposée en annexe XI localise géographiquement les pistes balisées. L’engouement pour la raquette a débuté en 2000 et semble actuellement une valeur sûre. Les observations de tous les acteurs « activités hivernales » s’accordent sur le fait que les secteurs les plus fréquentés en raquettes et en ski sont le secteur à proximité immédiate de la station. Plus on s’éloigne vers le Sud et le col de la Didorte, plus le fréquentation est réduite. Il existe sur le Plateau de Beille plusieurs prestataires de service. Le tableau 12 qui suit récapitule ces différents prestataires et leurs activités. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 27 Tableau 12. — Présentation des principales caractéristiques des prestataires en activité sur le Plateau de Beille Prestataires Angaka ESF Montagne Passion Bureau des Guides Siège bâtiment d'accueil de la station de ski bâtiment d'accueil de la station de ski Ax les Thermes Ax les Thermes Personnel Activités proposées — jusqu'à 10 personnes — bivouacs — activités ludiques (construction igloo, courses d'orientation) — randonnées raquettes — traîneaux à chiens — 3 moniteurs — leçons de ski de fond, de permanents biathlon, et de ski alpin enfant — 2 à 3 moniteurs — balades raquettes temporaires en fonction des besoins — 3 accompagnateurs — randonnées raquettes permanents — activités ludiques — 8 accompagnateurs (construction igloo, parcours temporaires maximum sagaie) — 3 accompagnateurs — randonnées raquettes Estimation de la fréquentation — 20 à 100 personnes/jour/activité — activité bivouac limitée à 30 personnes/jour — raquettes: 120-150 sorties/saison — raquettes: 15 sorties par saison — autres activités: 60 personnes par jour par saison — raquette: 15 à 20 sorties par saison — activités ludiques: 15 à 20 sorties par saison raquettes: 20 à 30 sorties par saison 2.5.4 Sorties raquettes accompagnées et autres activités Les sorties raquettes en groupe encadrées par un accompagnateur de moyenne montagne sont nombreuses sur le Plateau de Beille. Angaka et l’école de ski français (ESF) sont des structures basées sur le Plateau de Beille, elles y travaillent donc à plein temps. Les associations comme Bureau des Guides et Montagne Passion étant basées à Ax les thermes, Le Plateau de Beille reste en quelque sorte un lieu de repli. Il arrive que certains accompagnateurs du bureau des guides travaillent avec la clientèle d’Angaka, ils font donc partie du vivier de collaborateurs de la structure. Il est également envisageable que des accompagnateurs indépendants viennent organiser des sorties raquettes avec leur clientèle personnelle. Quelque soit le prestataire, les sorties raquettes sont souvent organisées de la même façon. Elles se déroulent sur une demi-journée ou sur une journée, généralement en groupe de 10 à 14 personnes (clientèle de groupe ou familiale). La pratique de la raquette se fait quasi exclusivement en hors piste. Les secteurs fréquentés se situent à l’Est de la station, pour des raisons de commodité (proximité immédiate du parking) et parce que le nombre de pistes raquettes ou de ski de fond reste réduit. Ces secteurs sont Gérièys, les Gourgues, Courtal Gélat, ou plus rarement Beille d’en haut ou Beille d’en bas. L’ensemble des accompagnateurs met un point d’honneur à sensibiliser leurs clients à l’environnement, à les initier au milieu naturel. Ils se détournent des secteurs où les traces de grand tétras laissent supposer qu’ils sont présents. La fréquence des sorties démontre que la fréquentation des secteurs cités est importante. Le fait que les accompagnateurs signalent ne jamais rencontrer d’autres groupes accompagnés, et travailler le plus possible sur un terrain vierge de toute trace laissent penser que tous les secteurs sont fortement exploités. 2.6 Les activités touristiques estivales 2.6.1 Fréquentation estivale Ces dernières années, le site de Beille a acquis une forte réputation au niveau national. Les arrivées successives d’étapes du tour de France ont contribué à sa notoriété. Actuellement, le Plateau de Beille draine approximativement plus de 50 000 personnes hors période hivernale. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 28 2.6.2 Activités proposées sur le Plateau de Beille Le bâtiment de la station de ski de fond reste ouvert durant l’été. Le restaurant l’Abeille Gourmande ainsi que la boutique de souvenirs accueillent ainsi le public. Au niveau des activités, il existe principalement deux prestataires de service, qui sont Angaka et la Ferme du Quié. Angaka propose depuis 2007 des activités de canirando (randonneur tracté par un chien) ou de trottidog (trottinette tractée) avec les chiens de traîneau. 300 à 400 personnes y participent. Ces activités sont couplées avec le bivouac dans les structures légères d’Angaka (environ 50 personnes). La pratique de la canirando et du trottydog se fait essentiellement sur les pistes existantes, mais la pratique hors piste (forêt, estives) peut également être envisagée si le niveau physique des clients le permet. Les secteurs fréquentés sont le Sarat, Beille d’en haut et Beille d’en bas, Prat moll. La Ferme du Quié propose des sorties sur la journée à la découverte du pastoralisme et de l’estive du groupement pastoral de Pech-Verdun. Cette activité se déroule du mois de juin au mois de septembre. Les mois de juin et de septembre sont souvent consacrés à des groupes organisés de 30 à 100 personnes. Les mois de juillet et août sont plus consacrés à une clientèle familiale. La visite se fait alors en groupe de 60 à 80 personnes. La ferme du Quié assure en moyenne 35 à 45 sorties par an, ce qui représente environ 3000 personnes. Lors de ces visites, il est question bien sûr de pastoralisme mais également d’environnement, de montagne et de patrimoine ariégeois. Un sentier d’interprétation du milieu naturel et du pastoralisme fut créé au milieu des années 90. Il est aujourd’hui tombé en désuétude, sans doute à cause des outils de communication démodés. 2.6.3 Sentiers de randonnée Jusqu’en 2006, le Plateau de Beille n’était parcouru du Nord au Sud que par le GR10, le célèbre sentier de grande randonnée qui traverse les Pyrénées d’est en ouest. Mais devant l’importance du flux touristique, la Communauté de Communes des Vallées d’Ax en partenariat avec la RENVA a mis en place deux types de sentiers balisés : — 4 sentiers VTT qui reprennent intégralement le tracé de certaines pistes de ski de fond ; — 3 sentiers pédestres qui reprennent en majorité le tracé de pistes de ski de fond mais également des sentes empruntées par le bétail. Les éleveurs ainsi que les vachers des estives concernées ont été consultés pour éviter que les sentiers perturbent les troupeaux d’animaux. L’environnement a également été pris en compte. Ces sentiers ont eu deux buts principaux : — proposer aux estivants des itinéraires balisés, puisque rien n’existait réellement pour les accueillir ; — canaliser le flux de randonneurs pour éviter qu’ils ne se dispersent sur les estives. La carte en annexe XI présente les différents sentiers balisés présents sur le périmètre central d’étude. Une présentation des communes concernées par le site d’étude, des propriétaires fonciers et des outils de conservation du milieu naturel a été compilée en annexe XII. 2.7 Synthèse L’inventaire exhaustif qui précède démontre à quel point le Plateau de Beille juxtapose un nombre important d’activités sur le même espace. Par le passé, seules les activités ancestrales cohabitaient, et la fréquentation était réduite aux villageois environnants. Depuis la création de la station de ski de fond, et de la route d’accès, la situation s’est métamorphosée, avec l’essor des activités touristiques hivernales puis estivales. Ces Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 29 nouvelles activités sont responsables de la fréquentation de masse telle qu’on la connaît actuellement. La cohabitation entres activités ancestrales et activités nouvelles est donc nécessaire, mais semble, après entretiens des acteurs locaux, source potentielle d’interactions et de conflits. Le tableau 13 qui suit illustre cette juxtaposition temporelle d’activités qui ont lieu sur le périmètre central d’étude. Tableau 13. — Calendrier des activités humaines sur le périmètre central d’étude J F M A M J J A S O N D Activités pastorales Activités cynégétiques Cueillette des champignons Activités touristiques hivernales Activités touristiques estivales Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 30 3 Détermination et hiérarchisation des enjeux de conservation 3.1 Les enjeux patrimoniaux 3.1.1 Le grand tétras, un emblème fragile Valeur patrimoniale Les différents statuts de protection ou de conservation sont récapitulés dans le tableau 14 suivant. Tableau 14. — Récapitulatif des statuts de protection et de conservation du grand tétras au niveau national et européen Statut national Liste des espèces protégées Partiellement protégé Statut européen Livre des oiseaux menacés et à Directive surveiller en France Oiseaux Liste orange et CMAP4 Convention de Berne Annexe I et Annexe III II Le grand tétras est classé sur la liste orange du grand livre des oiseaux menacés et à surveiller en France (effectif restreint, diminution de sa distribution de 20 à 50 %). Il est classé à l’annexe I et II de la directive oiseaux. Il est partiellement protégé France puisque cette réglementation ne s’applique que dans les massifs vosgien, jurassien et alpin. Dans les Pyrénées, il est inscrit sur la liste des espèces chassables. Les Pyrénées françaises abritent à elles seules, environ 90 % de la population totale française de grand tétras, avec une estimation de l’ordre de 4000 individus (Duriez et Ménoni, in press). Deux sous espèces sont actuellement présentes en France, Tetrao Urogallus major dans les Vosges, le Jura et les Alpes, et T. u. aquitanus uniquement inféodés aux Pyrénées. Un récent travail sur le phylogénétique a d’ailleurs mis en lumière l’originalité génétique de la sous espèce T. u. aquitanus par rapport à T. u. major (Duriez et al. 2007). Dans les Pyrénées, effectifs de grands tétras ont été divisés par deux entre 1960 et 1994 (Ménoni, 1994a). Une estimation de tendance d’évolution des populations entre 1990 et 2005 (Dumont-Dayot, 2007) démontre que les effectifs ont globalement diminué sur l’ensemble de la chaîne pyrénéenne. Une modélisation démographique (Ménoni et Dufos du Rau, 2003) des populations de grands tétras n’envisage pas un risque d’extinction dans les 20 ans à venir, mais une décroissance continue dans l’ensemble des Pyrénées. Valeur sociale Le grand tétras est une des espèces étendards de la faune sauvage pyrénéenne, au même titre que l’ours ou l’isard. Il est également un gibier mythique pour le chasseur montagnard. Caractéristiques des populations du Plateau de Beille Le grand tétras est une espèce très exigeante en matière d’habitat (Ménoni, 1991). En effet, en fonction de ses besoins alimentaires et de la saison, ces oiseaux privilégieront un type d’habitat au détriment d’un autre. Les nombreux travaux de suivi des populations qui ont été effectués par l’ONCFS au début des années 90 (Brenot, 1994) et les publications qui en ont découlé (Brenot, Catusse et Ménoni, 1996), ont mis en évidence un phénomène de migration altitudinale saisonnière et de ségrégation des sexes en rapport avec la recherche des habitats préférés. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 31 En effet, en effectuant le suivi pendant la période d’hivernage, pendant la période du chant et pendant la saison estivale, les auteurs se sont aperçus que la totalité des grands tétras se concentre en masse l’hiver dans la pineraie de pins à crochet, aux plus hautes altitudes, pour y consommer les aiguilles de pin. Celles-ci représentent leur seule ressource alimentaire. A la période du chant, les coqs paradent à la périphérie du plateau à des altitudes intermédiaires. L’été, ils se dispersent dans la hêtraie-sapinière des versants à des altitudes moyennes (à partir de 1400 mètres) tandis que les femelles et leurs nichées fréquentent préférentiellement les bois de bouleaux et les landes qui les bordent. Ils recherchent avant tout une strate de végétation basse et plutôt fermée, riche en éricacées, en baies et en insectes. Ces derniers représentent la nourriture principale des jeunes durant les premières phases de leur vie. Le périmètre de l’étude correspondant à des altitudes de l’ordre de 1700 mètres, il concerne pour une grande part le domaine hivernal du grand tétras et en périphérie le domaine de chant, de reproduction et d’élevage des jeunes. La carte présentée en annexe XIII récapitule les différentes zones favorables au grand tétras sur le périmètre central de l’étude. Les populations de grand tétras sont organisées dans un système emboîté. Une souspopulation est constituée par les domaines vitaux de quelques individus adultes qui gravitent autour d’une place de chant (de 300 ha à 1000 ha). Plusieurs sous populations attenantes forment une population. Différentes populations séparées géographiquement, mais relativement proches (10 kilomètres étant la distance maximale admissible pour échanger des individus), forment alors une métapopulation (Ménoni, 1994b). Ce fonctionnement assure, par des phénomènes d’émigrations, le peuplement d’oiseaux sur des surfaces périphériques moins optimales (Ménoni, 1991). La population du Plateau de Beille est ainsi connectée aux populations environnantes, comme celle du Plateau du Bourbourou, du massif de l’Aston, et du domaine skiable d’Ax les Thermes. État de conservation des populations du Plateau de Beille Les travaux précédents ont permis d’étudier l’évolution des effectifs de grands tétras et l’impact de la création de la station de ski de fond de Beille. Lors du premier hiver d’ouverture de la station de ski (1989-1990), la population hivernante avoisinait 130 individus. Lors de l’hiver 1994-1995, les effectifs ont été estimés à 60 individus, soit une chute de 50 % en 6 ans. Premiers résultats liés au suivi de l’hivernage 2007-2008 Les protocoles qui avaient été mis en place au début des années 90 ont été à nouveau appliqués pour mesurer la fréquentation hivernale du site et évaluer l’état des populations. Ces protocoles sont succinctement expliqués en annexe XIV. Les graphiques ci-après illustrent les résultats obtenus. On note une diminution constante de grands tétras contactés, aussi à Beille nord, Beille sud et au Bourbourou (plateau témoin car vierge de toutes infrastructures). Les indices de présences relevés pendant la campagne 2008 sont exagérément élevés. Cette anomalie s’explique par des conditions d’enneigement déficitaire cette année là. Ces résultats démontrent néanmoins une baisse de fréquentation du site mais en aucun cas un abandon. Des oiseaux ont donc été recrutés et ont réussi à se maintenir sur des habitats très fréquentés par l’homme, notamment sur le secteur nord de Beille. La carte présentée en annexe XV localise les indices de présence pour la campagne de recueil 2008. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 32 Nombre moyen de Grand tétras contactés par carreau de 250m de côté Beille nord 3 Beille sud Bourbourou 2,5 2 1,5 1 0,5 19 89 -1 19 99 0 90 -1 19 99 91 1 -1 19 99 2 92 -1 19 99 3 93 -1 19 99 4 94 -1 19 99 95 5 -1 19 99 6 96 -1 19 99 7 97 -1 19 99 8 98 -1 19 99 99 9 -2 20 00 0 00 -2 20 00 1 01 -2 20 00 02 2 -2 20 00 3 03 -2 20 00 4 04 -2 20 00 5 05 -2 20 00 06 6 -2 20 00 7 07 -2 00 8 0 Figure 2. — Nombre moyen de grands tétras observés lors du suivi de l’hivernage de 1989 à 2008 (ONCFS) Nombre moyen d'indices de présence de Grand tétras par carreau de 250m de côté 70 60 Beille nord Beille sud Bourbourou 50 40 30 20 10 19 89 -1 19 99 0 90 -1 19 99 91 1 -1 19 99 2 92 -1 19 99 3 93 -1 19 99 4 94 -1 19 99 5 95 -1 19 99 96 6 -1 19 99 7 97 -1 19 99 8 98 -1 19 99 9 99 -2 20 00 0 00 -2 20 00 01 1 -2 20 00 2 02 -2 20 00 3 03 -2 20 00 4 04 -2 20 00 5 05 -2 20 00 06 6 -2 20 00 7 07 -2 00 8 0 Figure 3. — Nombre moyen d’indices de présence de grands tétras observés lors du suivi de l’hivernage de 1989 à 2008 (ONCFS) Menaces et facteurs influençant l’état de conservation Les auteurs ont démontré une corrélation négative entre la densité de grand tétras et celle des pistes de ski de fond. Ils ont également démontré une corrélation négative entre densité de grand tétras et celle correspondant aux indices d’activités humaines hors piste. Un premier facteur pourrait être la mortalité due aux collisions avec des infrastructures de la station comme les câbles de remontées mécaniques, les grillages (Miquet, 1989 et Ménoni et al., 1989). A l’époque de l’étude, deux oiseaux avaient été retrouvés morts ainsi. Cependant, la station de ski de fond ne possède qu’une remontée mécanique et reste encore relativement vierge de toute clôture ou grillage. Un second facteur serait la mortalité due à la fréquentation du site et à son dérangement. En effet, les perturbations répétées en périodes hivernales provoquent d’une part, des pertes énergétiques importantes pouvant selon l’intensité des déplacements, entraîner la mort (Marti, 1985) et d’autre part, la production abondante d’hormones de stress (Baltic et al., 2005). Ce dérangement est dû à la fréquentation des pistes de ski de fond et de Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 33 raquettes. D’après Mr. Ménoni, expert du grand tétras à l’ONCFS, il existe une zone « tampon» de l’ordre de 40 mètres de part et d’autre d’une piste. Cette distance correspond à la distance de fuite du gallinacé (Thiel et al., 2007). La pratique du hors piste est encore plus dérangeante puisque imprévisible pour les animaux (Arlettaz et al., 2007). Le dérangement continuel serait à l’origine de l’abandon pur et simple des secteurs trop fréquentés par un manque de recrutement d’oiseaux jeunes. En effet, les adultes restent souvent fidèles à leurs sites d’hivernage malgré les fortes perturbations (Ménoni et al., 1989). Par contre, une fois qu’ils disparaissent, ils ne sont plus remplacés par des individus plus jeunes car le milieu est trop fortement perturbé pour qu’ils puissent s’installer à leur tour. Ce phénomène aboutit donc à la perte pure et simple d’habitat fonctionnel. La prédation est un facteur bien connu de régulation des populations de grand tétras (Ménoni, 1991). Or, on observe toujours une augmentation des densités des prédateurs généralistes en réponse à l’installation d’une station de ski (Magnani, 1986). Mais ce phénomène n’a pas été mesuré sur le Plateau de Beille. Les déplacements provoqués par les dérangements intempestifs rendent le grand tétras plus vulnérable à la prédation. Les prélèvements dus à la chasse pourraient constituer un facteur aggravant. La Fédération départementale de chasse applique un plan de chasse selon les recommandations de l’ONCFS (Ménoni et Corti, 2000). Le Plateau de Beille fait parti d’unité de gestion beaucoup plus vaste, celle de Haute Ariège ouest (10260 ha). Les prélèvements de coqs mâles sont calculés à cette échelle-ci (service technique de la Fédération départementale de chasse de l’Ariège, 2007). Or le prélèvement local sur le Plateau de Beille est de 5 individus, ce qui est, selon les recommandations de l’ONCFS, déjà trop pour le niveau de population de 1994-1995 (60 individus). Or, les indices relevés en 2007-2008 laissent penser que la population actuelle est plus réduite que celle de 1994-1995. Le niveau de prélèvement est donc trop important sur le Plateau de Beille. Par contre, la présence d’un arrêté préfectoral de protection biotope (APPB) de 60 hectares de pinède de pins à crochet peut se révéler comme un facteur très favorable au maintien du grand tétras dans son habitat hivernal préféré. En effet, en interdisant la pénétration humaine du milieu du 15 novembre au 31 mai, l’APPB maintient une zone de quiétude relative en plein milieu du domaine skiable. 3.1.2 Les tourbières et les zones humides Statut et présence de ces milieux en France et en région Midi-Pyrénées Les tourbières hautes actives sont classées d’intérêt prioritaire par la directive Habitat, Faune, Flore. C’est la catégorie la plus élevée, ce qui signifie que c’est un type d’habitat rare et en danger à l’échelle européenne. Les tourbières et autres marais tourbeux représenteraient moins d’un 1 % de la surface nationale (Manneville, 2001). Au niveau Midi-Pyrénées, les tourbières recouvreraient moins de 0.1 % de la surface du territoire régional (ENMP, 1999). Depuis 1945, on estime que la surface des tourbières en France a diminué d’environ 50 %, pour atteindre 60000 hectares (Manneville, 2001). En Midi-Pyrénées, on avance également le même taux de régression (ENMP, 1999). Concernant les zones humides au sens large, ces dernières représentent environ 1,5 millions d’hectares, soit 3 % du territoire et près de 50 % d’entre elles ont disparu en trente ans. (Asconit consultant et Écosphère, 2007). Caractéristiques des tourbières présentes sur le Plateau de Beille Sur le site central, deux tourbières ont été inventoriées lors du programme Life Tourbière. Elles communiquent via un petit ruisseau qui prend naissance au niveau de la première tourbière. Celle-ci est nommée tourbière du Plateau de Beille, elle se situe en amont, dans une dépression, sa superficie est égale à 21,35 hectares. La deuxième, en aval de la première, est nommée Tourbière de Tres-Benous et occupe 12,31 hectares. Elle se situe en légère pente. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 34 La carte présente en annexe XVI localise ces tourbières sur le périmètre central d’étude. On doit ajouter à cet inventaire les innombrables micro-zones humides et mouillères non cartographiées. Il est important de considérer les tourbières inventoriées comme des complexes tourbeux, car elles sont constituées par une mosaïque d’habitats tourbeux (notamment la grande tourbière de Beille). Ainsi, tandis que la cartographie d’habitat menée par l’AMIDEV en 1997 fait état de seulement deux types d’habitat (bas-marais, prairie à jonc rude et à nard humide), l’inventaire Life tourbière fait uniquement mention d’habitats caractéristiques des tourbières hautes actives. Ces trois types sont certainement présents, puisque la nappe d’eau est par moment apparente (présence de cuvettes, de chenaux drainants). Or cette présence ou non est justement le critère utilisé dans la clé de détermination des principaux groupes d’habitats tourbeux du guide des tourbières de Midi-Pyrénées (ENMP, 1999) pour différencier les bas-marais (tourbières basses acides) et les tourbières hautes actives, habitat d’intérêt communautaire. Un résumé sur la nature et le fonctionnement des tourbières est archivé en annexe XVII. État de conservation La description effectuée en 1995 lors de l’inventaire de la tourbière souligne l’excellent état de la tourbière de Beille et de Tres-Benous. L’état des deux tourbières a été évalué en 2007 lors d’une analyse succincte menée par l’office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA). L’état de la tourbière de Tres-Benous fait mention de « dégradation(s) partielle(s) et localisée(s) ». La case « pas d’opinion » a été cochée pour qualifier l’état de la tourbière du Plateau de Beille. La cartographie d’habitat réalisée au cours de ce stage a mis en évidence une superficie inventoriée en 1995 bien supérieure à la surface actuelle du complexe tourbeux. On peut donc se demander si la surface n’a pas diminué en 13 ans. L’état de conservation n’est donc pas réellement défini à l’heure actuelle et soulève quelques interrogations. Menaces et facteurs influençant son état de conservation Le pâturage est présent sur les deux tourbières, et les conditions dans lesquelles il se déroule (pâturage extensif, avec des animaux plutôt légers) le rendent très favorable aux tourbières en maintenant un degré important d’ouverture de la végétation (ENMP, 1999). Trois captages sont présents à proximité immédiate de la tourbière de Beille, légèrement en amont de celle-ci. Une prise directe existe également sur le ruisseau qui relie les deux tourbières, mais elle n’a jamais été utilisée. Cette prise d’eau modifie le lit du ruisseau, puisque celui-ci est bétonné et surélevé. Le continuum biologique est donc totalement rompu. Ces captages constituent un risque majeur pour la pérennité de tourbière de Beille, même s’ils ne sont disposés que sur un flanc de la dépression au sein de laquelle prend place la tourbière. En effet, ils risquent de déséquilibrer durablement l’alimentation hydrique de la tourbière (ENMP, 1999). Enfin, deux pistes de ski passent au dessus de la tourbière de Beille, une fois recouverte de neige. Il n’y a donc pas de pistes tracées en « dur ». Cependant, le travail des dameuses pose des risques de compactage du sol (ENMP, 1999), surtout si la pellicule de neige est fine. La dynamique naturelle de colonisation des buttes à sphaignes par les ligneux peut entraîner une dégradation de ce type de milieu. Cependant, cette évolution spontanée est extrêmement lente si le milieu n’est pas perturbé (notamment l’alimentation hydrique). Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 35 Valeur écologique D’un point de vue écologique, les complexes tourbeux et autres zones humides représentent une source de biodiversité importante. En effet, les conditions écologiques y sont si drastiques et si particulières qu’elles conditionnent la présence de communautés végétales composées d’espèces rares et strictement inféodées à ce type de milieu. Ainsi, le programme Life Tourbière en Midi-Pyrénées a permis de dénombrer une centaine d’espèces végétales présentes presque exclusivement sur ces biotopes. Les tourbières de MidiPyrénées pourraient ainsi accueillir plus de 10 % des espèces rares de la région (ENMP, 1999). De plus, ces espèces végétales sont souvent en limite d’aire de répartition (cas pour les espèces atlantiques ou les espèces boréales ou alpines) ou même en situation d’aire disjointe par rapport à l’aire de répartition principale. Comme nous l’avons remarqué dans la partie description des habitats, ces tourbières recèlent 5 espèces végétales patrimoniales. La tourbière de Beille constitue même la seule station en Ariège où coexistent à la fois Drosera rotundifolia L. et Drosera intermedia Hayne. Elle serait également susceptible d’abriter l’euprocte des Pyrénées. Un indice de contribution à la biodiversité pour les espèces (végétales et animales) inféodées aux tourbières au niveau départemental a été calculé pour la tourbière de Beille selon les modalités décrites dans le guide des tourbières de Midi-Pyrénées (ENMP, 1999). La note obtenue de 1.71 démontre que cette tourbière possède une ou plusieurs espèces très rares au niveau départemental. Par conséquent, sa dégradation ou sa destruction constituerait donc une perte irrémédiable pour la diversité biologique de l’Ariège. Enfin, la présence des tourbières structure également des communautés animales avec des espèces soit strictement inféodées à ces milieux là, soit qui nécessitent dans leurs cycles de vie un habitat humide. C’est notamment le cas de nombreux invertébrés à forte valeur patrimoniale. Il est important de souligner que l’entomofaune est encore largement méconnue sur ces biotopes. Dans ces conditions, la constellation de micro-zones humides est importante puisqu’elle constitue des corridors pour les communautés végétales et animales inféodées aux milieux humides. Valeur économique et sociale Les complexes tourbeux et zones humides jouent le rôle de régulateur des régimes hydriques dans les bassins versants. Ainsi, leurs présences atténuent les effets de crues en stockant l’eau lorsque les tourbières ne sont pas encore saturées. En période d’étiage, les tourbières libèrent l’eau emmagasinée. Le chiffre de 500 litres/an par m² de tourbière est avancé (ENMP, 1999). Ce chiffre est un ordre de grandeur, il dépend bien sûr de l’épaisseur et de la nature de la tourbe. Bien que la valeur fourragère des milieux tourbeux soit faible et que le pâturage ne soit pas recommandé sur tous les types de tourbière, la présence sur une estive de ces milieux permet la production d’un fourrage d’appoint intéressant en cas de sécheresse et de mauvaise production sur les pelouses environnantes (ENMP, 1999). 3.1.3 La Pineraie de pins à crochet Statut et généralités de la pineraie de pins à crochet en Ariège La pineraie de pins à crochet sur sol siliceux est classée habitat d’intérêt communautaire d’après la directive Habitat, Faune, Flore. C’est un habitat typique de la chaîne pyrénéenne, se rencontrant entre 1700 et 2450 mètres d’altitude, en ombrée. Ce type de biotope, dont on différencie 4 habitats élémentaires d’intérêt communautaire, se rencontre sur l’ensemble du massif pyrénéen, mais n’est présent en abondance que dans la partie orientale. Sur le reste de la chaîne, il est présent, mais très Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 36 rarement sur des surfaces conséquentes. C’est le cas en Ariège, où la surface boisée par le pin à crochet ne représente que 1.1 % de la surface boisée totale. Avec 402 hectares, la pineraie de pins à crochet est une des seules grandes superficies de ce type de peuplement présent en Ariège (voir tableau 15). Tableau 15. — Comparaison des superficies de futaies à pins à crochet en Ariège (IFN, 1994) Surface boisée par Surface boisée Surface totale boisée par le le pin à crochet sur toutes essences pin à crochet en Ariège le site d'étude Ariège 402 ha 2142 ha 201139 ha Caractéristiques de la pineraie de pins à crochet sur le Plateau de Beille La superficie totale est estimée à 402 hectares, ce qui correspond à 104 hectares de peuplements denses, et 298 hectares de peuplement clairs, ou le sous-bois de rhododendron est très abondant. Cela représente 27.5 % de la superficie totale de la zone d’étude centrale. La pineraie de pins à crochet est donc très présente. État de conservation L’état de conservation est jugé plutôt bon. Les plus vieux peuplements sont âgés de 80-90 ans et présentent une structure régularisée en futaie. Ils correspondent à la période du déclin de la pression pastorale (l’exode rural et saignée de la première guerre mondiale). La pineraie de pins à crochet est utilisée pour le pâturage, surtout au niveau de sa lisière. Ceci explique pourquoi on observe souvent ce type d’habitat juxtaposé avec des landes ou même des pelouses. Cette mosaïque forme une forêt plutôt lâche. La dynamique végétale n’a pu être quantifiée dans le cadre de ce rapport. C’est sans doute un enjeu important. Mais les observations relevées lors de la cartographie d’habitat (nombreux piquetages du pin sur les pelouses ou landes), laisse supposer que la surface forestière occupée serait en augmentation. Menaces et facteurs influençant son état de conservation Le secteur de Beille a été identifié comme zone à risque en matière d’incendie (ONF, 2006a), en raison de la monospécifité du couvert végétal, de la forte fréquentation touristique et d’un incendie antérieur qui a déjà touché un secteur de la pineraie de pins à crochet. Le problème est amplifié par le manque d’eau en quantité sur le site et la distance très longue qui sépare les centres de secours du site. Il est clair qu’un incendie de grande ampleur dans la pineraie se révèlerait catastrophique pour la faune présente et les activités touristiques (impact visuel très négatif). C’est donc un problème préoccupant. La pineraie de pins à crochet pyrénéenne est très sensible à un champignon parasite, l’armillaire. La forte densité de pins peut être un facteur aggravant en terme de conséquences, puisque l’armillaire se propage d’un arbre à un autre par les systèmes racinaires proches. L’évolution naturelle de la pineraie de pins à crochet vers la sapinière à rhododendron est envisageable aux altitudes les plus basses du site d’étude. La présence observée du sapin pectiné dans ces habitats confirme cette théorie. Le stade pineraie de pins à crochet n’est alors qu’intermédiaire. Il est donc naturel de laisser la succession végétale se réaliser et de ne pas lutter contre la progression du sapin pectiné. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 37 La dynamique naturelle de recolonisation et d’évolution des différentes formations végétales vers la pineraie de pins à crochet est le facteur essentiel de la pérennité de ces habitats sur le Plateau de Beille. La pineraie de pins à crochet est le stade climacique attendu au niveau de l’étage subalpin, donc par conséquent sur le Plateau de Beille (Gruber dans Rameau, 1993). Cette observation est également en phase avec l’analyse de la limite altitudinale passée de la forêt et sa composition à travers l’analyse des charbonnières (Bonhote et Vernet, 1988). Mais attention, le pin à crochet est une essence au caractère pionnier fort, et ces peuplements se développent au détriment d’espaces anciennement pâturés, soit par colonisation directe par le pin, soit par un stade intermédiaire de landes à rhododendron. Cette dynamique explique l’importante présence de la forêt de pins à crochet sur le Plateau de Beille, mais ne signifie pas sa stabilité à l’échelle d’un siècle. Valeur écologique La pineraie de pins à crochet constitue un habitat intéressant en matière de biodiversité. Ainsi, lors d’une étude de la présence d’oiseau par échantillonnage de point d’écoute (Clouet, 1987 dans AMIDEV 1997), 26 espèces ont été identifiées. Elle constitue un habitat parfait pour 30 espèces différentes, dont certaines comme le bec croisé des sapins, qui est strictement inféodé aux peuplements de pins à crochet ou de pins sylvestre dans les Pyrénées (Clouet, 1990-1991).Il constitue également le meilleur site d’hivernage pour le grand tétras, qui consomme uniquement ses aiguilles pendant la mauvaise saison. Enfin on peut y observer des espèces protégées comme les Lycopodes. Une telle présence n’a pas été révélée dans les inventaires de la flore. D’un point de vue écologique, cette forêt est encore jeune, elle ne dépasse pas 90 ans. Son vieillissement va sans doute augmenter la biodiversité de ce milieu. De plus, d’après M. Ménoni, chercheur à l’ONCFS et spécialiste du grand tétras, la physionomie actuelle et future de la forêt reste optimale pour son l’hivernage. Valeur économique et sociale Elle constitue un attrait paysager important en terme de tourisme hivernal et estival. Même si ce type de formation ne possède pas une grande valeur pastorale du fait du manque d’herbacées dans les peuplements les plus denses, il constitue un complément non négligeable d’apport de nourriture. La pineraie est fréquentée par les troupeaux notamment lors du mauvais temps. La valeur économique de cette forêt reste relativement faible. En effet, même si l’accès au Plateau de Beille est facile et que le réseau important de pistes de ski peut avantageusement servir de desserte, le pin à crochet reste une essence peu valorisable. De plus, le morcellement foncier est important. Enfin, cette forêt relativement jeune est issue de la recolonisation progressive des estives. Les densités et la qualité du peuplement est donc globalement inégale à l’échelle du Plateau. 3.1.4 Mosaïque d’habitats et milieux ouverts La présence de multiples faciès de végétation, est la conséquence du maintien de formations végétales ouvertes telles que les pelouses et les landes. La carte présentée en annexe XVIII localise ses différents faciès sur le périmètre central d’étude. Statuts L’habitat constitué par la pelouse acidiphile montagnarde des Pyrénées (formation herbeuse à nardus) est considéré comme habitat d’intérêt prioritaire. La pelouse mésophile à gispet, la lande à rhododendron et la lande acidiphile thermophile sont classées comme habitats d’intérêt communautaire (annexes II et III). Ces habitats d’intérêt communautaire Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 38 représentent une superficie de 830 hectares environ (pelouses, landes et mosaïques de landes et de pelouses). Au niveau de la région Midi-Pyrénées La problématique de maintien des espaces ouverts est une priorité, puisque la recherche d’un maillage équilibré entre milieux ouverts et milieux fermés à des fins de biodiversité constitue la 5ème des 14 orientations mises en place dans le cadre des orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats (ORGFH) de Midi-Pyrénées (DIREN, [sd]). Caractéristiques de la mosaïque d’habitats sur le Plateau de Beille Les différents types de landes représentent 41 % de la superficie totale. Les pelouses sont moins abondantes avec 26 %. Les faciès forestiers recouvrent eux 33 %. Globalement, les proportions sont assez équilibrées. L’observation de la cartographie des formations végétales présentée en annexe XVIII permet de conclure que leurs réparations spatiales sont également assez équilibrées. Dynamique Ces milieux, tel que les pelouses ou les landes rases, sont fortement liés à l’activité pastorale. Suite à la déprise agricole et à l’abandon des parcelles cultivées ou des estives au cours de la première moitié du XXème siècle (Defos du Rau et al., 2006), beaucoup de ces milieux se referment peu à peu, colonisés par des végétaux ligneux. Cette succession de faciès aboutit, en absence de perturbation, à une couverture homogène dominée par un type de végétation en équilibre avec les paramètres écologiques qui la structurent. Ce stade climacique est sur le Plateau de Beille la pineraie de pins à crochet. La dynamique végétale sur le Plateau de Beille est schématisée ci-dessous. Pelouses à nard mésophiles Pelouses denses à gispet Landes à rhododendron Landes thermophiles Pineraies de pins à crochet Figure 4. — Les successions végétales sur le Plateau de Beille Mais il serait intéressant d’affiner ce constat. En effet, si on sait que le milieu tend naturellement à se refermer et à évoluer vers la pineraie de pins à crochet via différents stades de landes, on ne peut à l’heure actuelle quantifier cette dynamique. Plus concrètement, la question posée est de savoir si le pâturage permet de maintenir réellement la mosaïque des milieux. D’après M. Métaillé, enseignant chercheur à Toulouse en dynamique des paysages, la charge actuelle en bétail, est bien moindre que par le passé, et elle est insuffisante pour empêcher la colonisation totale du Plateau de Beille par le pin à crochet (Métaillé et Paegelow, 2004). Les avis des acteurs du pastoralisme sont assez divergents, certains pensent que la tendance des estives est à l’embroussaillement, d’autres non. L’observation de la pression de pâturage exercée sur les différentes estives (voir tableau 3), laisse penser que le pâturage exercé (très extensif) ne permet pas de contrôler la dynamique végétale sur l’ensemble du Plateau de Beille. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 39 État de conservation Cette analyse a été réalisée à la suite de la cartographie d’habitat. Cette opération a été très courte, les observations qui en découlent n’ont qu’une valeur d’appréciation. L’état de conservation des pelouses semble globalement bon, elles sont assez peu colonisées par des ligneux bas ou même par du pin à crochet. La pression pastorale est sans aucun doute suffisante. Par contre, les landes sont souvent colonisées de manière éparse par le pin à crochet. Elles semblent donc en évolution vers la pineraie de pins à crochet. Pour certaines landes, leur état est donc défavorable. Menaces et facteurs influençant la mosaïque d’habitats Le facteur essentiel est d’origine anthropique, c’est le pâturage extensif. Lui seul est capable d’imposer à la végétation un niveau de perturbation suffisant pour bloquer la dynamique naturelle tout en respectant l’intégrité des habitats. La dynamique naturelle qui est actuellement en place menace cette mosaïque par homogénéisation vers un stade climacique forestier. Mais attention un pâturage intensif peut entraîner un effet pervers non compatible avec la préservation des habitats. L’utilisation d’engins motorisés est susceptible de dégrader localement les milieux ouverts sur lesquels ils circulent. Valeur écologique Le concept de mosaïque d’habitats est un concept clé dans la conservation de la biodiversité. En effet, un grand nombre d’espèces est dépendant de différents habitats pour réaliser les différents cycles de leur vie. De nombreux oiseaux et mammifères utilisent ainsi différents habitats dans un même paysage (Law et dickman, 1998 dans Appelqvist et al., 2001). La description de l’écologie du grand tétras sur le Plateau de Beille et notamment le phénomène de migration saisonnière illustre parfaitement ces propos. De plus, une synthèse de publications internationales (Tews et al., 2004) souligne que la majorité des études scientifiques démontrent une corrélation positive entre hétérogénéité des habitats et diversité des espèces. Une mosaïque d’habitats comportant à la fois des milieux ouverts et des milieux fermés maximise au moins de trois façons différentes le nombre d’espèces présentes dans ce paysage et donc par conséquent la biodiversité. Ainsi, le paysage s’enrichit à la fois des espèces strictement inféodées ou du moins rattachées à un type de milieu, et enfin des espèces qui fréquentent les écotones (habitats de transition formés par la juxtaposition des marges de deux habitats différents. Enfin, le paysage s’enrichit par la présence d’espèces qui dépendent d’au moins deux types d’habitats dans un périmètre restreint. C’est par exemple le cas de nombreux insectes (Appelqvist et al., 2001). L’observation de l’inventaire de l’avifaune sur le Plateau de Beille illustre parfaitement ces mécanismes. Ainsi, à l’échelle du site central d’étude, on observe à la fois des espèces nicheuses de milieux ouverts comme la caille ou la perdrix grise de montagne, à la fois des espèces nicheuses inféodées aux habitats forestiers comme le grand tétras ou le bec croisé des sapins et enfin des espèces nichant dans les écotones comme le merle à plastron ou l’hibou moyen duc. Les espèces nicheuses d’habitats ouverts, même si elles ne sont pas nombreuses, présentent une valeur patrimoniale importante (sur les 5 espèces présentes, 4 sont inscrites sur la liste orange, dont une à l’annexe I de la directive Habitat, Faune, Flore). Ces milieux ouverts sont également des espaces de chasse et de garde-manger pour les grands rapaces à fort statut de protection. Il est clair que la biodiversité floristique à l’échelle du site d’étude est multipliée par la présence d’espèces caractéristiques des différents milieux. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 40 Le concept de tache-matrice-corridor est également un concept phare en matière de maintien de la biodiversité. Il découle directement de la mosaïque d’habitats. Il faut également noter que selon l’échelle à laquelle on se place (échelle de l’habitat, de l’écosystème ou du paysage), et la mobilité d’une espèce donnée, la notion de fragmentation peut vite remplacer celle d’hétérogénéité. En effet, pour un oiseau ou un mammifère, à la mobilité souvent importante, une mosaïque à l’échelle du paysage est suffisante. Par contre, pour des espèces à mobilité réduite, comme les insectes, une mosaïque à l’échelle du paysage risque fort d’isoler des populations, et la conservation de ces espèces nécessitera souvent plus une hétérogénéité à l’échelle de l’habitat. Le concept de tache-matrice-corridor est ici clé. Un habitat propice à une espèce est considéré comme une tache au sein d’une matrice constituée de l’ensemble des habitats environnants. Il est indispensable pour la survie de la population de l’espèce considérée que ses individus puissent se déplacer de tache en tache via des corridors. Ces corridors sont des voies de communication que les individus peuvent facilement emprunter. La notion de distance franchissable maximale est ici primordiale. Valeur économique et sociale La présence des habitats ouverts et surtout des pelouses rases est indispensable à l’activité pastorale puisque ces milieux possèdent des valeurs pastorales les plus fortes. Mais la présence dans la mosaïque, de zones humides ou forestières diversifie la ressource fourragère disponible. C’est un argument intéressant au maintien de ces surfaces. De nombreuses espèces chassables tirent parti de cette mosaïque pour s’alimenter et se reproduire. Cette structure est responsable de l’intérêt cynégétique fort du Plateau de Beille. 3.2 Les enjeux liés aux activités humaines et au développement territorial 3.2.1 Le pastoralisme Principaux freins et gênes à l’activité pastorale L’important flux touristique en été peut être responsable de quelques nuisances sur l’activité pastorale. Ainsi les chiens non tenus en laisse ou les touristes trop curieux peuvent déranger la bonne conduite des troupeaux. La cohabitation au niveau des cabanes pastorales peut être rendue difficile par le manque de civisme de certaines personnes (dégradations, déchets) et les différences de rythmes de vie entre le pâtre et les randonneurs. L’ours est vécu par les éleveurs comme un véritable frein à l’activité. Il fréquente régulièrement le Plateau de Beille. Les éleveurs d’ovins sont les plus touchés par la présence de l’ours, puisque ce dernier peut attaquer directement les animaux. Même si les bovins ne sont généralement pas attaqués, le passage de l’ours provoquerait un stress important et un dérangement des troupeaux. La forte présence du sanglier est signalée par tous les responsables des unités pastorales. Ces derniers provoquent de lourds dégâts sur les pelouses alpines lorsqu’ils fouillent le sol à la recherche de nourriture. Ils pourraient être également responsables de cas de prédation sur de jeunes agneaux. Ces dégâts ne sont pas réellement un frein au pastoralisme, mais la situation actuelle reste préoccupante. Principaux enjeux de la profession Il pèse à l’heure actuelle de nombreuses incertitudes sur les nouvelles mesures agrienvironnementales et notamment sur la prime à l’herbe agro-environnementale (PHAE). En effet, son fonctionnement et ses modalités d’application ont été modifiés et seront connus et validés courant 2008. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 41 Un gros travail de mise aux normes du code du travail des cabanes pastorales devrait avoir lieu ces prochaines années. Il permettra l’amélioration des conditions de travail des pâtres. Même si la filière bovine se maintient encore actuellement, la filière ovine est plutôt en difficulté (Bailly et Fortassin, 2007). En effet, des menaces pèsent lourdement sur sa pérennité (concurrence, risques sanitaires). Les filières sont donc en recherche de diversification pour assurer leur avenir. Nous l’avons vu précédemment, les activités estivales peuvent interagir négativement l’activité pastorale. Pourtant, il faut souligner que ce flux touristique peut permettre parallèlement la création de nouveaux débouchés pour la production locale par le biais de l’agrotourisme et ventes directes. Cette relation est parfaitement exploitée par la ferme du Quié, qui propose la visite de l’estive de Pech-Verdun et qui vend directement la production aux particuliers. Cette démarche mérite sans doute d’être développée à l’échelle des 3 estives. Elle permet la diversification totale de la filière élevage et ainsi la pérennité de l’activité sur le Plateau de Beille. Il est enfin intéressant de remarquer que le pastoralisme sur Beille n’est pas prêt de s’arrêter. En effet, l’accès facile aux estives, leurs qualités et la présence d’un réseau opérationnel de cabanes pastorales assurent la pérennité de l’activité. « Il y aura toujours un éleveur pour reprendre », souligne un éleveur du Plateau de Beille. Impact des activités pastorales sur les espaces naturels et les espèces Le pastoralisme, tel qu’il est pratiqué actuellement, c'est-à-dire de façon extensive et raisonnée, avec la présence à la fois d’un cheptel bovin, ovin et équin (consommation complémentaire de la végétation), est l’activité la plus positive sur le milieu. En effet, le pâturage par le bétail des pelouses, des landes et même de la forêt, contrôle la dynamique de la végétation et permet l’entretien de mosaïque d’habitats. Le pastoralisme permet donc le maintien de la biodiversité sur le Plateau de Beille (Michallet et al., 2001 ; Blanc, 2004). Outre l’homogénéisation des espaces naturels, l’embroussaillement pourrait avoir un effet encore plus insidieux sur le milieu. En effet, devant le recul de la surface propice au bétail, les éleveurs pourraient cantonner les animaux sur les espaces encore ouverts, au risque de les surpâturer et de les appauvrir floristiquement. C’est un phénomène bien connu et les pelouses montagnardes à nard sont particulièrement sensibles à ce dernier. Un dernier point à soulever est celui de l’utilisation des produits sanitaires. D’après l’enquête réalisée auprès des acteurs locaux, tous les produits tels que les vermifuges ou les produits déparasitants sont utilisés en étable pendant la saison hivernale. Ceci est un point positif. Mais il serait bon d’approfondir cette recherche sur la nature et le type même de produits utilisés. En effet, certains produits particulièrement rémanents sont présents dans les fèces pendant la période d’estive. Ils empêchent tout développement de l’entomofaune liée à la dégradation des déjections animales, ce qui pénalise tout le réseau trophique qui en découle (Lumaret et al., 2004). Intérêts du pastoralisme dans la gestion des milieux naturels et la conservation de la biodiversité La conservation de la biodiversité au niveau de la mosaïque d’habitats est totalement corrélée avec la pérennité de la ressource fourragère des estives. Ainsi, la lutte contre le surpâturage est un frein contre l’appauvrissement floristique. La valeur pastorale en est augmentée. Contrer la fermeture des milieux permet de prévenir la diminution de la superficie la plus favorable au pâturage. Enfin, le maintien de la mosaïque d’habitats multiplie les sources d’affouragement. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 42 3.2.2 Les activités cynégétiques Enjeux liés à cette activité Il n’y a pas d’enjeu particulier. On peut cependant soulever deux points. Même si la pérennité de cette activité est assurée à moyen terme, le vieillissement des chasseurs ainsi que l’érosion lente mais continue de leurs effectifs pourrait la remettre en cause à long terme. Ceci soulèverait sans doute de graves inquiétudes en terme d’équilibre agro-sylvo-cynégétique. Le deuxième point à soulever est l’image négative que véhicule cette activité auprès du grand public. On ne peut en aucun cas parler d’interactions négatives entre les activités cynégétiques et les activités touristiques estivales essentiellement, mais ces deux types d’activités se côtoient à partir du mois de septembre jusqu’à mi novembre environ. Il est regrettable que les relations qui existent soient parfois si difficiles. Un effort de communication pourrait être entrepris. L’utilisation des véhicules tous-terrains en « milieu naturel » par les chasseurs, ne participe sûrement pas à améliorer l’image de ces derniers auprès des touristes et randonneurs. Impacts des activités cynégétiques sur le milieu naturel et ses espèces Cette activité, telle qu’elle est actuellement pratiquée sur le Plateau de Beille, n’impacte pas négativement le milieu et les espèces. Bien au contraire, avec le rôle de régulateur des populations pléthoriques de sanglier, avec la réintroduction de l’isard ou encore la participation à la gestion des espèces chassables via les comptages et suivis, les chasseurs locaux influencent positivement les espèces et leurs habitats. On peut par contre regretter l’absence de réserves de chasse sur le site. Intérêts des activités cynégétiques dans la gestion des espaces naturels et la conservation de la biodiversité La conservation de la mosaïque d’habitats est indispensable au maintien de l’intérêt cynégétique. Seule une gestion au profit du grand tétras pourra pérenniser la chasse de ce gibier mythique mais fragile. 3.2.3 Les activités halieutiques Enjeux liés à cette activité La mise en place d’inventaire de la faune piscicole parait judicieuse pour affirmer ou non la présence de souches locales. Si cette présence est avérée, la gestion actuelle devrait évoluer vers une gestion patrimoniale, c'est-à-dire une gestion des souches locales sans rempoissonnement. Impacts des activités halieutiques sur le milieu naturel et ses espèces Ces activités ne semblent pas impacter le milieu. Cependant, un intérêt particulier devrait être porté sur les mesures de rempoissonnement. En effet, il est fortement probable que ces ruisseaux abritent des souches locales de truite fario, même s’il est difficile de l’affirmer sans inventaire. Or un rempoissonnement, même effectué avec des truites fario provenant de piscicultures agréées, laisse courir des risques sanitaires de contamination ou de pollution génétique des populations locales. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 43 Intérêts des activités halieutiques dans la gestion des espaces naturels et la conservation de la biodiversité La conservation des zones humides et tourbières est favorable au maintien de la qualité de l’eau, au maintien de frayères potentielles, et à la régularisation des débits tout au long de l’année. Tous ces éléments sont favorables aux activités de pêche qui se déroulent en aval de la zone centrale d’étude. 3.2.4 Les activités forestières et la sylviculture Comme lors de la description de ces activités dans la partie II, il est important de bien dissocier les types de peuplements. Le premier grand type est la hêtraie-sapinière. Ces peuplements sont gérés en grande partie par l’ONF. Cet organisme, à travers la mise en place de plans d’aménagement forestier, mène une sylviculture raisonnée sur les boisements exploitables. De plus, la prise en compte de la biodiversité lui permet de réaliser une gestion durable des espaces forestiers. En ce qui concerne la pineraie de pins à crochet présente sur le Plateau de Beille même, il n’y a ni exploitations, ni plans de gestion. Enjeux liés à la pineraie de pins à crochet Pour l’instant, la valeur économique de cette forêt est faible, son exploitation n’est pas envisageable. Comme habitat hivernal du grand tétras, elle est optimale. Ce peuplement peut donc encore murir. Son potentiel écologique et économique va s’accroitre dans le temps. Il sera alors temps de reposer la question de son exploitation, en futée irrégulière traitée en parquet notamment. Face aux risques d’incendies déjà soulevés, à l’impact paysager très négatif d’un incendie sur le tourisme ou sur l’habitat hivernal du grand tétras, il est indispensable d’adopter pour cette forêt un plan de risque incendie. Intérêts dans la gestion des espaces naturels et la conservation de la biodiversité Le maintien de l’avifaune forestière consommatrice d’insectes et de parasites (les pics, les mésanges) permet de contrôler les effets négatifs des ravageurs. 3.2.5 La cueillette des champignons Enjeux D’après les acteurs du pastoralisme, la recherche ciblée des champignons hallucinogènes sur les pelouses fréquentées par le bétail peut poser de soucis en terme de conduite des troupeaux. La recherche des cèpes dans les habitats forestiers peut également perturber les activités cynégétiques qui s’y déroulent. Impacts de la cueillette des champignons sur le milieu naturel et ses espèces Même si en soi, la recherche et la cueillette des champignons n’est pas négative pour les espèces et les habitats, la fréquentation importante qu’elle engendre sur le Plateau de Beille est sûrement très perturbatrice pour la faune. En effet, cette activité provoque des pics de fréquentation de l’espace forestier de mi-août à mi-octobre qui selon les acteurs locaux peut se transformer en « ratissage » systématique de ce milieu. Or, la démonstration de l’impact négatif sur la faune a déjà été faite dans le massif du Caroux-Espinouse, dans le département de l’Hérault (Cugnasse et al., 1997). Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 44 Intérêt dans la conservation du milieu naturel La préservation des habitats forestiers concourt à conserver des surfaces favorables à la cueillette des champignons. 3.2.6 La fréquentation du site par les engins motorisés tout-terrain Enjeux La fréquentation est jugée, par la plupart des acteurs locaux, importante, voire trop importante par rapport aux conditions fixées par la réglementation en vigueur. Il y a donc certainement de nombreux abus, surtout quand les pics de présence de véhicules correspondent à la période de la chasse ou à la période de cueillette des cèpes. La fréquentation des pistes lorsqu’elles sont humides les dégrade. Cela demande un effort d’entretien supplémentaire pour qu’elles soient utilisées comme pistes de ski de fond. Un projet serait actuellement en cours afin de restreindre et de mieux préciser les personnes qualifiées pour remettre les autorisations de circulation et ainsi rendre l’application du décret plus efficace. Ces mesures seront efficientes seulement si elles s’accompagnent de contrôles sur le terrain, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle. Cette fréquentation véhicule enfin une mauvaise image auprès des touristes qui parcourent le Plateau de Beille à la recherche de calme et d’une certaine naturalité. Impacts de la circulation des engins motorisés tout-terrain sur le milieu naturel Il est difficile, sans évaluation précise de la fréquentation du site, d’apprécier l’impact sur les milieux. Mais un simple parcours du site fait apparaître de nombreux stigmates de cette circulation comme la présence d’ornières sur les pelouses, ou encore d’élargissements exagérés des pistes quand les conditions de franchissements sont difficiles. Il peut être facteur de destruction d’habitat sur une échelle très locale. L’utilisation des véhicules tous-terrains permet également un accès plus facile aux zones éloignées et préservées, donc un risque supplémentaire de fréquentations et de dérangements. 3.2.7 Les activités hivernales Enjeux liés à ces activités La régie est dorénavant certifiée norme ISO 9001 et norme ISO 14001. Cette dernière norme s’applique aux aspects environnementaux. Par cette certification, la RENVA se doit d’améliorer continuellement sa performance environnementale en maîtrisant le mieux possible les impacts de son activité. Elle s’engage donc au progrès continu et au respect de la conformité réglementaire. La Certification ISO 14001 ainsi que la commande d’un plan de gestion environnementale du Plateau de Beille par la Communauté de Communes des Vallées d’Ax démontrent une volonté de respect et de valorisation touristique de l’environnement. Cette volonté de diminution d’impact s’est traduite par la mise en place d’un circuit de collecte, de tri, de recyclage des différents déchets produits par l’espace nordique. Cet engagement s’est également traduit par l’utilisation d’huiles biodégradables dans les différents engins mécaniques utilisés par la station. Malgré le rang de la station de ski de fond de Beille, plusieurs points noirs subsistent. On relève une fréquentation forte d’une clientèle à la journée et non pas d’une clientèle de séjour. En effet, les hébergements disponibles ne sont présents qu’en bas de la vallée, et il est difficile de connecter le Plateau de Beille aux hébergements en raison du trajet en route de montagne. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 45 Le chiffre d’affaires de la RENVA n’est pas en adéquation avec la fréquentation du site. Ainsi beaucoup de gens utilisent le parking, les infrastructures gratuites sans le moindre dividende pour la RENVA. Le bilan financier est nettement déficitaire, ce qui nécessite l’apport de subventions intercommunales pour équilibrer les comptes. Il existe enfin des mutations importantes de la demande touristique. Ainsi la pratique du ski de fond est en perte de vitesse au niveau national alors que celle de la raquette maintient sa progression. Les touristes délaissent peu à peu le goût de l’effort pour des pratiques douces, en famille, proches de la nature et souvent bien encadrées. Pour répondre à ces défis, la RENVA et la Communauté de Communes des Vallées d’Ax misent sur une politique ambitieuse de projets. En premier lieu, des projets sont mis en place pour réorganiser l’offre actuelle en matière d’activité nordique, notamment en confortant l’offre raquettes, en profilant de nouveau la piste de départ pour la rendre plus accessible, en équipant l’aire de luge d’un tapis de remontée, ou en rendant le biathlon praticable l’été. L’équipement de canons à neige à proximité immédiate du bâtiment d’accueil est également à l’étude. En deuxième lieu, des projets sont mis en place pour augmenter la clientèle séjour, comme l’amélioration de la desserte du Plateau de Beille ou le projet de construction d’un refuge sur le site de Prat-Moll. Ce refuge jouerait également un grand rôle en matière de tourisme estival. Ces projets s’appuieraient sur le respect environnemental pour limiter le plus possible les impacts négatifs sur le milieu. Impacts des activités hivernales sur le milieu naturel Les activités hivernales touchent le milieu négativement de deux façons. La première est liée aux infrastructures qui sont mises en place sur le Plateau de Beille, la seconde est plutôt liée à la fréquentation importante du site. Comme nous l’avons vu dans la partie II, de nombreuses installations existantes nécessitent une remise voire une mise aux normes pure et simple. C’est le cas par exemple du parking qui doit être équipé d’un bassin de décantation. C’est le cas également du système d’assainissement qui doit être repensé et accueillir les effluents qui proviennent du chalet Angaka. La présence de captages dans les zones tourbeuses est également un risque non négligeable pour ces milieux fragiles surtout si la consommation tend à augmenter (projet d’utilisation de canons à neige). Le réseau de pistes est le dernier type d’infrastructure possédant un impact négatif potentiel. Lors de fortes pluies, l’érosion et le ravinement des pistes nues non équipées adéquatement (revers, fossés latéraux…), peut provoquer un apport massif de particules dans les cours d’eau, nocif à l’équilibre biologique de ces derniers. Une attention particulière doit également être portée en terme d’équipement quand une piste doit franchir un ruisseau. Enfin le réengazonnement artificiel des pistes avec des semences exogènes pose inévitablement le problème d’introduction d’espèces invasives. La fréquentation en soi du site n’est pas forcément un danger pour les écosystèmes, c’est plutôt son importance et sa fréquence en terme de dérangement de la faune et de pollutions qui posent des problèmes. Le hors piste est bien sûr le danger numéro un. Nous l’avons vu précédemment en partie II, il existe deux types de hors piste. Le premier est effectué avec des accompagnateurs en montagne, lors des sorties raquettes organisées par les différents prestataires au nord-est du Plateau de Beille principalement. Même si ces sorties ont nécessairement une action dérangeante sur le milieu, les guides mettent un point d’honneur à sensibiliser le public sur les problématiques environnementales, et à minimiser l’impact des groupes qu’ils accompagnent. Le deuxième, le hors piste sauvage et diffus, est une action sans doute encore plus perturbatrice par l’inconscience de l’impact écologique d’une telle action par les pratiquants. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 46 Enfin, les milieux peuvent porter d’importants stigmates (détritus, papiers…) de l’afflux de 100 000 personnes sur quelques mois. Depuis deux ans, la RENVA met en place une opération de ramassage printanier des déchets sur le domaine skiable. L’année dernière, 400 kilogrammes de détritus ont été récoltés. Cette année, c’est quasiment la moitié. Intérêts des activités touristiques hivernales dans la gestion des espaces naturels et la conservation de la biodiversité La RENVA s’est engagée dans un processus de certification 14001 qui vise à diminuer l’impact négatif des activités générées sur l’environnement. La conservation de la biodiversité contribue également à maintenir une image positive, une image nature, auprès des touristes qui sont de plus en plus éduqués et sensibilisés à l’environnement. C’est donc un vecteur de communication important. La conservation de la biodiversité permet également une authentification du site comme site naturel. 3.2.8 Les activités estivales Enjeux Il existe à l’heure actuelle une réelle volonté de la part des acteurs du tourisme et des acteurs politiques de développer le tourisme estival sur le Plateau de Beille. En effet, son potentiel est jugé sous-exploité. Le site de Beille cumule de nombreux atouts du fait qu’il soit un vaste plateau d’altitude. Fait rare en haute montagne, c’est un terrain facile à parcourir, propice aux balades familiales et aux randonnées douces. Il est très facile d’accès grâce à la route et au parking construits lors de la mise en service de la station de ski de fond. Il bénéficie enfin d’une fréquentation touristique importante, fruit de sa notoriété nationale voire internationale. Tous les acteurs politiques et touristiques s’accordent sur un développement qui respecte et qui s’appuie sur la richesse de l’environnement du Plateau de Beille. Ainsi un projet de refuge et un projet de sentier d’interprétation sont actuellement à l’étude. L’extension des sentiers VTT et pédestres serait réalisée à moyen terme. Ces initiatives permettraient la création d’un pôle touristique attrayant sur le territoire nord de la Communauté de Communes des Vallées d’Ax. Un point important reste à souligner : les interactions importantes du tourisme estival avec le pastoralisme. Tout développement touristique doit donc prendre en compte ce facteur là. Impacts des activités touristiques estivales sur les milieux naturels Là aussi, ce n’est pas la fréquentation en soi qui pose problème, c’est plutôt son importance. Pour l’instant, il n’y a pas d’infrastructure propre à ces activités, la randonnée pédestre ou cycliste s’effectue sur le réseau déjà existant de sentiers et de pistes. Le balisage des sentiers et le caractère très familial du grand public qui fréquente le site fait qu’il n’y a peu de diffusion dans le milieu naturel et donc peu de risque de perturbation. Intérêts des activités touristiques estivales dans la gestion des espaces naturels et la conservation de la biodiversité Comme pour les activités hivernales, la préservation peut être un vecteur de communication très fort et permet de valoriser le site auprès des clients. La biodiversité et la richesse patrimoniale peuvent également devenir un produit touristique intéressant dans le cadre d’un développement touristique « vert ». Le projet vers un nouveau sentier d’interprétation des espaces naturels s’inscrit parfaitement dans cette problématique là. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 47 3.2.9 Synthèse Les effets des activités qui se déroulent sur le Plateau de Beille sont rarement neutres sur le milieu. L’activité la plus positive est sans conteste le pastoralisme. Il est intéressant de noter que toutes les activités ont un intérêt pertinent dans la gestion du milieu naturel. C’est un argument de poids en faveur de cette dernière. Il existe donc bien un terrain d’entente, des objectifs communs entre des activités pourtant si différentes et qui semblent parfois si antinomiques au premier abord. 3.3 Hiérarchisation des enjeux de conservation 3.3.1 Schéma d’analyse des enjeux Chaque enjeu est analysé en fonction de son état actuel, des différents facteurs qui influencent sa dynamique et de son état futur si aucune mesure n’est prise. On peut ainsi en déduire la priorité de chaque enjeu. Le schéma ci-dessous illustre cette analyse. Valeur patrimoniale État actuel Facteurs anthropiques Dynamique État futur Facteurs naturels Figure 5. — Schéma d’analyse de l’enjeu patrimonial (ONF, 2006b) 3.3.2 Conservation du grand tétras Bien que ces populations soient encore importantes à l’heure actuelle dans les Pyrénées, il est important de considérer que cette sous-espèce si remarquable par son originalité génétique, uniquement présente dans les Pyrénées, est fragile et en déclin. Sur le Plateau de Beille, son état actuel est plutôt mauvais. De plus, sa conservation sur le site est un objectif majeur qui déborde de sa simple présence sur ce Plateau de Beille. D’abord, à une échelle locale : cette population est un noyau, une source d’individus pour la métapopulation présente en Haute Ariège. Ensuite, la métapopulation de la Haute Ariège est, par ces effectifs et la présence de ces noyaux de populations, un site clé de la préservation du grand tétras à l’échelle même des Pyrénées (Ménoni, 1994a). Le maintien de la population de grand tétras du Plateau de Beille est donc un objectif prioritaire. A la lumière de l’analyse et de la hiérarchisation, la zone de Beille nord est le site prioritaire au niveau des mesures à prendre. En effet, la pineraie de pins à crochet est y très favorable, elle constitue un corridor vers la population de Beille sud. C’est également ici que les facteurs limitants sont les plus forts (densité de pistes, haute fréquentation, hors piste, prédateurs opportunistes, présence du téléski). Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 48 3.3.3 Conservation des complexes d’habitats tourbeux et des zones humides Les tourbières et zones humides du de Beille possèdent une importante valeur patrimoniale avec la présence identifiée de 5 espèces remarquables. Il est probable qu’elles recèlent encore plus de richesses avec la présence d’une entomofaune insoupçonnée ou encore celle de l’euprocte des Pyrénées. La présence d’un réseau de zones humides et tourbeuses à l’échelle du site concourt à la pérennité des communautés végétales et animales inféodées à ce type de milieu. Bien que l’état de conservation soit difficilement appréciable pour réellement se prononcer, plusieurs menaces pèsent notamment sur la tourbière de Beille d’en haut. La conservation des complexes tourbeux et des zones humides est donc également un objectif prioritaire. A la lumière de l’analyse et de la hiérarchisation, la tourbière de Beille d’en haut est le site prioritaire au regard des menaces qui pèsent sur elle et de son apport en terme de biodiversité. 3.3.4 La pineraie de pins à crochet La pineraie de pins à crochet représente un intérêt patrimonial certain, car cette formation typique constitue sur le site d’étude un peuplement de taille importante à l’échelle des Pyrénées occidentales. De plus, cet habitat abrite une biodiversité intéressante dont le grand tétras. Par contre, il semble, sous réserve, en bon état de conservation, abondant, et peu menacé. Cet enjeu peut donc être considéré comme secondaire. 3.3.5 Les habitats ouverts et le maintien de la mosaïque paysagère Ces habitats possèdent une valeur écologique et une valeur socio-économique importante. L’état, sous réserve, est jugé plutôt bon, bien que le piquetage par le pin à crochet soit présent. La menace de fermeture des milieux par dynamique naturelle pèse sur la mosaïque. Mais l’importance de l’activité pastorale pérennise à court et moyen terme sa structure. La fédération pastorale de l’Ariège va mener courant 2008 un diagnostic pastoral dans le cadre de l’élaboration du document d’objectif du site Natura 2000 du massif de l’Aston. Il va permettre de mieux apprécier la valeur pastorale de l’estive de Pech-Verdun et d’une partie de l’estive du Syndicat Indivis (estives intégrées dans le périmètre Natura 2000). Il va également permettre de mieux appréhender la dynamique végétale et de proposer des mesures fines de gestion en accord avec la pérennité économique et écologique des estives. Il sera bon de se rapprocher et de participer à cette démarche. Le maintien de la mosaïque d’habitats est un objectif prioritaire dans l’absolu, mais les faibles menaces qui pèsent dessus et les travaux qui vont être entrepris minimisent sa primauté. L’analyse de cet l’enjeu a également mis en lumière le manque de données récentes et fiables. Une cartographie précise des habitats doit être menée afin d’affiner les résultats actuels et de déterminer avec fiabilité l’état de conservation. Il permettra par la même occasion de déterminer la flore patrimoniale présente dans les pelouses, landes et milieux forestiers. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 49 Le tableau 16 qui suit récapitule la démarche de hiérarchisation. Tableau 16. — Hiérarchisation des enjeux de conservation Enjeux Grand tétras Évolution de l'état Urgence Valeur État de de conservation Menaces mesures patrimoniale conservation actuel actuel prendre forte mauvais stable voire forte forte dégradation Tourbières et forte zones humides Pineraie de forte pins à crochet forte mosaïque d'habitats des Zone à d'action prioritaire secteur Beille nord flou, à préciser à priori stable mais forte à préciser forte bon mais à préciser à priori stable moyenne / moyenne moyenne / à préciser, bon à à priori stable moyen faible tourbière de Beille 3.4 Hiérarchisation des enjeux socio-économiques et définition des objectifs Il est difficile d’appliquer ici une méthodologie semblable aux enjeux patrimoniaux pour hiérarchiser les enjeux économiques et sociaux. Ce classement est certainement plus subjectif. Néanmoins, on peut s’appuyer sur quelques critères intéressants comme : — l’impact de l’activité sur le milieu ; — l’impact de l’activité sur les autres activités présentes ; — le poids économique ; — les menaces qui pèsent sur la pérennité de l’activité. La prise en compte de ces critères nous permet de dégager 4 activités à fort enjeu. 3.4.1 Le pastoralisme C’est un des enjeux essentiels, puisque c’est une activité clé sur le Plateau de Beille. Elle est très favorable au milieu, mais également à la pratique des autres activités. Elle représente un poids économique conséquent et sa pérennité est incertaine à moyen terme. 3.4.2 Les activités touristiques hivernales Son impact est loin d’être négligeable sur le milieu naturel, notamment au niveau des infrastructures existantes. De plus, réduire l’impact des activités qu’elle génère sur l’environnement est un engagement pris par la RENVA dans le cadre de la certification iso 14001. Son poids économique est majeur pour l’économie de la vallée mais cette activité connaît des problèmes financiers. 3.4.3 Les activités touristiques estivales Elles sont peu développées à l’heure actuelle, mais le potentiel économique qu’elles représentent est grand. C’est enfin l’activité qui peut le plus perturber les activités pastorales. 3.4.4 La circulation La circulation est négative à la fois sur le milieu et sur les autres activités, notamment pour l’entretien des pistes de ski hors période hivernale et pour le tourisme de randonnées et de balades. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 50 3.5 Proposition d’objectifs de gestion et de stratégies 3.5.1 L’objectif général et les objectifs par enjeu L’objectif général est d’assurer le maintien de la biodiversité et l’intégrité des espaces naturels en favorisant le développement économique, social et culturel. Cet objectif est donc quasiment identique à l’objectif principal de la directive Habitat, Faune, Flore. A ce stade, il est important d’avancer des objectifs, de les soumettre et de les faire valider auprès des acteurs locaux. En effet, ce sont ces derniers qui permettront d’abord d’élaborer et de justifier des mesures de gestion et ensuite de réaliser un suivi et une évaluation de celles-ci. On pourra différencier plusieurs objectifs généraux en fonction des enjeux. Bien sûr, cette compartimentation n’est pas étanche, puisque les enjeux patrimoniaux interagissent avec les enjeux économiques et sociaux. Mais le tableau 17 ci-dessous permet ainsi d’acquérir une vision globale. Tableau 17. — Présentation des objectifs globaux en fonction du type d’enjeu Enjeux Objectifs globaux — maintenir l'état de conservation s'il est favorable — améliorer l'état de conservation s'il est défavorable — acquérir de nouvelles données pour mieux évaluer l'état de conservation — encourager le développement et assurer la pérennité des activités positives sur le milieu naturel Enjeux économiques et — diminuer l'impact négatif des activités humaines sur le milieu naturel sociaux — diminuer les interactions négatives entre activités — développer les interactions positives entre activités Enjeux patrimoniaux Chaque enjeu peut enfin être décliné avec un objectif plus précis. Le tableau 18 cidessous récapitule les différents objectifs que l’on peut proposer. Tableau 18. — Présentation des objectifs déterminés en fonction de l’enjeu Enjeux Objectifs Grand tétras — améliorer les effectifs au niveau de Beille Nord Tourbières et zones humides — acquérir de nouvelles données pour mieux évaluer l'état de conservation — diminuer les menaces qui pèsent sur la tourbière de Beille Pineraie de pins à crochet — acquérir de nouvelles données pour mieux évaluer l'état de conservation — diminuer la menace de risque incendie Mosaïque d'habitats — acquérir de nouvelles données pour mieux évaluer l'état de conservation Pastoralisme — diminuer l'impact négatif des activités touristiques estivales — développer le lien économique entre tourisme estival et pastoralisme Activités touristiques hivernales — diminuer l'impact négatif des infrastructures existantes — développer le lien économique entre tourisme estival et pastoralisme Activités touristiques estivales — encourager un tourisme écologique — améliorer les interactions avec le pastoralisme Circulation — diminuer l'impact physique sur le milieu naturel — diminuer l'impact négatif sur les pistes de ski hors période hivernale 3.5.2 Stratégie proposée dans l’élaboration des mesures de gestion La conservation de la biodiversité doit impliquer le plus possible les acteurs locaux. Elle est l’affaire de tous, et chaque acteur en tirera un bénéfice propre. Une participation active des acteurs locaux est gage d’une meilleure concertation et acceptation. De plus, les acteurs locaux sont souvent garants d’un savoir local inestimable (Alphandéry et Fortier, 2005). Il est donc indispensable de s’appuyer dessus. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 51 Il est intéressant de composer une gestion à la fois minimaliste et adaptative. Pour cela il est essentiel d’élaborer un suivi de l’impact des mesures appliquées à l’aide d’indicateurs simples et fiables pour faciliter l’évaluation. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 52 4 Modélisation et propositions de gestions intégrées 4.1 Un modèle d’évaluation et de prise de décision environnementale : le modèle FPEIR Le modèle forces motrices-pressions-état-impacts-réponses (FPEIR), ou modèle DPSIR en anglais a été développé par l’agence européenne de l’environnement en 1998. Cette modélisation vise à fournir un mécanisme intégral pour l’analyse des problèmes environnementaux. Elle tend ainsi à décrire les interactions qui existent entre une problématique environnementale et des facteurs anthropiques et d’en comprendre les tenants et les aboutissants. Il permet une évaluation globale et intégrée. Ce modèle s’appuie à chaque stade sur des indicateurs, qui nous informent sur des changements qui ont lieu dans le système. Ils constituent donc des critères opérationnels qui viennent en aide à la gestion et à la prise de décision. Leur choix est important, ils doivent être fiables, simples et faciles à obtenir, pour que le modèle soit le plus opérationnel possible. L’utilisation d’une batterie d’indicateurs pour décrire un processus et évaluer sa dynamique est vivement conseillée. Le schéma ci-dessous illustre parfaitement le fonctionnement du modèle FPEIR. Figure 6. — Évaluation générale de l’environnement par le modèle FPEIR (Ministère de l’environnement du Luxembourg, 2003) Les forces motrices que sont les activités économiques, la démographie produisent des pressions sur l’environnement telles que la pollution de l’atmosphère ou du sol. Ces pressions influencent l’état général de l’environnement à travers la qualité de l’air, des eaux. Cet état de l’environnement induit des impacts sur la santé des populations humaines et sur les écosystèmes. Ces derniers conduisent à la mise en place de réponses à tous les niveaux du processus pour diminuer les effets négatifs. Ces réponses s’expriment par diverses mesures réglementaires, par des taxes et par la création de zones protégées. Pour chaque étape, on cherchera des indicateurs pertinents pour évaluer et quantifier chaque processus. Le tableau ci-dessous récapitule quelques indicateurs utilisables. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 53 Tableau 19. — Récapitulatifs des indicateurs utilisables dans l’application du modèle FPEIR à l’environnement Étape Indicateur forces motrices activités économiques évaluation du PIB, quantification des échanges commerciaux… démographie pressions recensement démographique… pollution de l'atmosphère et du sol taux d’émission de gaz à effet de serre... état qualité de l'air mesure de la qualité de l'air… qualité de l’eau Impacts mesure de la qualité de l'eau… santé fréquence des cas d'asthme… écosystèmes Réponse mesure de la biodiversité… taxes nombres de taxes environnementales… zones protégées superficie totale des périmètres de protection… L’application du modèle permet donc d’identifier les interactions et de déterminer les liens de causes à effets. Elle permet, in fine, d’analyser l’efficience des réponses proposées ainsi que d’évaluer le suivi des mesures. Le modèle FPEIR est donc un outil d’évaluation et de suivi performant en matière de problématique environnementale. 4.2 Application du modèle FPEIR à la problématique du grand tétras dans le « système Beille » 4.2.1 Le choix du grand tétras Il aurait été tout à fait concevable d’appliquer le modèle à l’environnement du « système Beille » dans sa globalité. Mais ce dernier serait devenu complexe et peu lisible. Il est apparu intéressant, vu le travail en amont de détermination des enjeux patrimoniaux et d’état de conservation, de travailler à l’échelle de celui-ci. Le choix du grand tétras est naturel, puisque la définition de son enjeu est le plus abouti, notamment avec une évaluation précise de son état de conservation. Les éléments concernant le galliforme, rassemblés dans la partie II et III ont été utilisés pour alimenter le modèle. L’état défavorable de conservation du grand tétras et les impacts qui en découlent démontrent que les réponses associées sont, à l’heure actuelle, insuffisantes. Le modèle est schématisé plus bas, avec l’ajout des préconisations de gestion. 4.2.2 Les indicateurs Il s’agit maintenant de définir pour chaque étape du processus des indicateurs Forces motrices Pour quantifier les activités touristes hivernales, nous pourrions utiliser le nombre annuel de forfaits vendus, et pour l’activité cynégétique, utiliser le nombre de carnets délivrés par la Fédération départementale de chasse de l’Ariège. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 54 Pressions Il nous faut d’abord définir des indices de fréquentation. Nous pourrions reprendre ceux qui ont été développés lors des études sur l’hivernage du grand tétras, comme par exemple la densité à l’hectare de pistes, la densité de traces hors piste ou encore la présence d’indices de présence de prédateurs. Pour quantifier la pression exercée par les collisions, nous pourrions disposer d’une mesure du linéaire de câbles ou obstacles non équipés de dispositif anti-collision. Pour la chasse, il suffit d’analyser le nombre de prélèvements sur les carnets de chasse. Néanmoins, en récupérant auprès des ACCA les tableaux de chasse de sanglier, nous mesurerions l’effort de chasse et la dynamique des populations de ce prédateur de ponte. État L’état de conservation est indiqué par les indices de présence, par le nombre d’individus observés. Ils ont été développés lors des études citées précédemment. Impact Il est difficile, à l’échelle du « système Plateau de Beille », de définir le moindre indicateur d’impact. En effet, il est compliqué d’estimer, par une mesure quelconque, l’impact de l’état défavorable de conservation du grand tétras à l’intérieur même du « système Plateau de Beille ». 4.3 Propositions de mesures de gestion en faveur du grand tétras 4.3.1 Rappel des objectifs et de la stratégie L’objectif proposé de conservation est d’améliorer le statut défavorable du grand tétras sur le Plateau de Beille. Il vise une augmentation des effectifs sur le site. L’urgence se porte sur le secteur de Beille Nord. La stratégie est de s’appuyer sur la concertation et l’implication des acteurs locaux. Les préconisations de gestions doivent être minimales, et adaptatives via le suivi d’une batterie d’indicateurs. 4.3.2 Analyse à partir de la modélisation Les mesures, ou réponses dans le langage de modélisation, peuvent s’appliquer aux deux stades du processus en amont de l’état. Pression Le principal facteur responsable de l’état de conservation actuel est le dérangement occasionné par les pratiquants du ski de fond et de la raquette qui rend impropre un habitat favorable à l’hivernage du grand tétras. Il est primordial de prendre des mesures pour diminuer les effets négatifs. Ces dernières visent à réaménager sensiblement le domaine skiable en faveur du grand tétras. En ce qui concerne la fréquentation sur piste, il n’y a guère d’autres mesures que de diminuer la densité de pistes à l’hectare. L’utilisation de l’outil système d’information géographique (SIG) peut se révéler précieux pour spatialiser les informations des tracés des pistes et les indices de présence de grand tétras. Il est intéressant de rappeler, que la zone tampon constituée de 40 mètres de chaque coté d’une piste n’est pas fréquentée par le grand tétras. L’idée est donc d’essayer de maximiser les étendues sans pistes (favorables à la tenue du grand tétras), en modifiant le tracé de celles si cela est possible, ou en supprimant le cas échéant. Le choix des pistes à modifier ou à supprimer doit bien sûr être proposé et discuté avec les acteurs du tourisme hivernal, notamment la RENVA, pour Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 55 répondre à la stratégie énoncée plus haut. Un exemple réalisé grâce à un logiciel SIG illustre ces propos. Il est archivé en annexe XIX. Concernant la fréquentation hors piste encadrée par un guide, il serait judicieux de renforcer la communication. En effet, chaque guide sensibilise déjà ces clients à la problématique du dérangement du grand tétras. Il serait utile de les aider à l’aide d’une plaquette d’informations. Il est possible que les guides soient également demandeurs d’informations complémentaires. Ces informations pourraient s’inscrire dans une charte de bonne conduite signée par les guides ou par les organismes auxquels ils sont affiliés. Cette charte, reprenant les principales mesures d’atténuation d’impact de la randonnée en raquettes, constituerait un vecteur de communication très positif pour les organismes qui y adhèrent. La pratique encadrée du hors piste se déroule sur le secteur nord-est du Plateau de Beille, site où la densité de pistes est assez faible. Il serait peut-être important pour limiter la diffusion des groupes de randonneurs de mettre une zone en protection, afin d’assurer un site vierge de tout dérangement. Le hors piste libre concerne quasi exclusivement la raquette, pour des questions de facilité d’accès et par goût des espaces vierges. Deux mesures sont envisageables. La première est la mise en place d’une information sur la problématique grand tétras. La seconde est la pose de palissades en bois au niveau des secteurs à risque (configuration topographique favorable au hors piste et zones riches en grand tétras). Ainsi, toute pénétration du milieu est empêchée physiquement. Il est indispensable de discuter, d’argumenter autour des ces propositions dans un groupe de travail formé par les acteurs du tourisme hivernal. La diminution du risque de collision est facile à résoudre. En effet, il existe des dispositifs efficaces de visualisation. Ils seront posés sur les câbles, les clôtures et les grillages identifiés (chenil d’Angaka, téléski). La chasse est une pression, puisque les prélèvements actuels sont mal adaptés au niveau de la population. Il faut donc réduire cette pression en définissant par exemple un plan de chasse local adapté aux effectifs de grand tétras réellement présents. La création de réserves de chasse dans la pineraie de pins à crochet diminuerait mécaniquement le taux de prélèvement. Les populations de prédateurs opportunistes comme les renards ou les martres peuvent être régulées par un piégeur agréé. Il n’en existe pas à l’heure actuelle. Pourtant, des chasseurs locaux seraient certainement intéressés par cette pratique. Une aide financière pour l’achat des pièges inciterait sans doute les personnes à franchir le pas. L’aspect piégeage peut être abordé lors de la tenue d’un groupe de travail chasse. Forces motrices La mise en place d’une communication autour de la problématique grand tétras et la mise en avant du rôle des acteurs du tourisme permettraient d’acquérir, notamment pour l’organisme gestionnaire de l’espace nordique, une image de marque très valorisante. Les touristes sont de plus en plus sensibilisés à l’environnement et bienveillants en matière de consommation écologique et durable. C’est un bon moyen pour faire de la publicité et d’attester que le site est un vrai espace naturel. Cela contribuerait à la pérennité de l’économie basée sur le tourisme. 4.4 Synthèse De nouvelles réponses ont été apportées à la problématique grand tétras dans le « système Beille ». Il est indispensable maintenant de mettre en place un programme de suivi en se basant sur les indicateurs développés dans la modélisation. Des nouveaux peuvent être créés, comme le nombre de plaquettes de communications distribuées, ou encore les tableaux de prélèvements des piégeurs. Néanmoins, le protocole d’étude de l’hivernage, dont de nombreux indices, sont issus, est relativement lourd et coûteux. Un échantillonnage et la participation de bénévoles peuvent rendre le suivi plus réalisable. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 56 Le modèle FPEIR est un outil à la fois simple et performant pour analyser l’impact humain sur une problématique environnementale et en évaluer l’efficacité des réponses. Il permet également l’élaboration de mesures/réponses pertinentes et d’un système de suivi par la mise en place d’indicateurs. Le choix de ces derniers est donc primordial. L’adoption des préconisations de gestion doit respecter les objectifs et la stratégie définie pour faciliter leur conception et leurs applications. Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 57 FORCES MOTRICES • Activités touristiques hivernales (économie locale et besoin de loisir montagne) • Activités cynégétiques (pratiques sociales locales) PRESSIONS ÉTAT • Fréquentations et dérangements (sur piste, hors piste encadré et hors piste libre) • Collisions • Chasse • Prédation • Mauvais état de conservation IMPACTS • Perte d’une espèce à fort intérêt patrimonial • Perte de la biodiversité • Arrêt de la chasse • Image négative du site RÉPONSES • Certification ISO 14001 • Charte de bonne conduite • Communication, et valorisation de la gestion menée • APPB • Plan cynégétique local • Réaménagement du domaine skiable • Zone de protection, réserves de chasse • Informations • Balisage des clôtures et câbles • Régulations des prédateurs Plan de gestion environnementale Statut de protection et de conservation • Mesures existantes • Propositions de mesures Figure 7. — Schéma d’application du modèle FPEIR à la problématique du grand tétras sur le site central d’étude Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 58 Conclusion Le Plateau de Beille est un espace naturel riche qui concentre un flux touristique important et de nombreuses activités à la fois ancestrales ou relativement nouvelles. Il n’est donc pas surprenant que dans un tel contexte, les enjeux patrimoniaux et les enjeux liés au développement territorial soient nombreux. Ces éléments plaident en faveur d’un plan de gestion environnementale et d’un plan d’aménagement du territoire. Inventaires et données environnementales Un point important doit être soulevé à nouveau ici. La détermination et la hiérarchisation des enjeux patrimoniaux passent obligatoirement par des données environnementales fiables et récentes. L’élaboration de ce rapport a mis en avant un manque patent de données (en terme de qualité et de dates des inventaires) concernant d’une part les tourbières et zones humides et d’autre part des données concernant la mosaïque d’habitats et la dynamique naturelle. Il est donc indispensable, pour aborder ces enjeux, de réaliser au plus vite une cartographie exhaustive des habitats avec des indications fiables de leurs états de conservation. La réévaluation des enjeux et des objectifs proposés sera également nécessaire. Cœxistence des activités ancestrales et touristiques Cette cohabitation est récente, elle ne remonte qu’au début des années 90 avec la création du stade de neige. Pourtant, c’est certainement à partir du début des années 2000 que les interactions se sont amplifiées, avec l’avènement d’une importante fréquentation touristique pendant l’été, période clé des activités pastorales sur le Plateau de Beille. Il est temps maintenant que ces activités apprennent à cohabiter, surtout qu’elles peuvent en retirer des bénéfices réciproques. Du plan de gestion environnementale au plan de gestion de développement territorial Il est important de souligner ici que toutes les activités qui se déroulent sur le Plateau de Beille, qu’elles soient anciennes ou nouvelles, s’appuient sur la richesse des espaces naturels. La conservation des milieux et de la biodiversité va de pair avec la pérennisation de l’ensemble des activités humaines. Le plan de gestion environnementale devient donc également plan de développement territorial. Les enjeux patrimoniaux sont donc des enjeux de développement territorial bien réels. Nous devons rajouter, pour compléter cette démonstration, que la réciproque est vraie. En effet, c’est bien la pratique ancestrale et encore actuelle du pastoralisme qui a légué ces espaces typiques avec la diversité biologique que nous admirons maintenant. Cet exemple démontre bien comment l’homme, à l’origine de la crise de biodiversité que nous traversons, peut également être un élément « clé de voûte » de son maintien quand il exploite raisonnablement son environnement. Il est important que les activités touristiques qui se sont développées et qui sont amenées à progresser dans le futur, respectent cet héritage. Le tourisme doit même devenir à son tour un élément moteur de la conservation via la valorisation des milieux naturels avec le développement d’un tourisme vert. En effet, c’est sans doute quand l’environnement acquiert une valeur économique que l’intérêt de le conserver devient primordial aux yeux de tous. Quelques perspectives Au regard de l’important jeu d’acteurs qui existe et des enjeux qui en découlent, il est important de respecter les principes de gouvernance. Le maximum d’acteurs locaux doit être impliqué à tous les stades du processus d’élaboration du plan de gestion environnement et Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 59 du plan d’aménagement. En effet, c’est à partir de la concertation et du consensus que les mesures prises peuvent être à la fois applicables et efficaces. L’élaboration de ce rapport a dressé un état des lieux, qui a lui-même servi à la détermination d’enjeux et d’objectifs. Le travail a été effectué à partir d’une « photographie du système Beille ». Elle a figé instantanément les éléments qui le composent. Or les vérités d’aujourd’hui sont rarement celles de demain et il est possible que certaines composantes aient déjà évolué. Il est donc crucial de pouvoir s’appuyer sur un suivi pour mieux apprécier les évolutions. C’est notamment le cas des notions de forces motrices, développées dans le modèle FPEIR. Ce sont elles qui pilotent les interactions activités humaines/environnement. Enfin, dans ce contexte, il est nécessaire de rester vigilant vis-à-vis des changements climatiques. En effet, ces transformations risquent de bouleverser des conditions écologiques qui pilotent les communautés et les espèces. Les enjeux patrimoniaux d’aujourd’hui ne seront peut-être plus ceux de demain. Par exemple, on découvre peu à peu l’impact négatif des changements climatiques sur les populations de grand tétras (Moss et al., 2001). La gestion des espaces naturels doit donc rester attentive à ces évolutions pour pouvoir au mieux anticiper les conséquences. Ces transformations sont susceptibles également d’impacter les activités humaines comme le tourisme hivernal, qui reste à l’heure actuel le pilier de l’économie locale. Cette dimension doit également être prise en compte dans l’aménagement du territoire. Tout projet, pour être durable, doit rester pertinent sur le long terme. Dans un contexte incertain, que sera le devenir des enjeux patrimoniaux, économiques et sociaux ? Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 60 Bibliographie ALPHANDERY P. FORTIER A. 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Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 65 Liste des contacts Membre du comité technique du stage Nom Prénom Fonction Numéro de téléphone adresse mail Cugnasse Jean Marc Délégué régional adjoint sud-ouest 05 62 20 75 51 [email protected] Ménoni Emmanuel ONCFS - CNERA faune de montagne Michel Chargé de mission territorial Pyrénées centrales et ariégeoises à la DIREN MidiPyrénées Grassaud [email protected] 05 34 45 15 19 05 61 02 10 64 [email protected] [email protected] Jugie Philippe Directeur de la RENVA 05 34 09 35 01 [email protected] Chopin Corinne Chargée mission montagne à la Communauté de Communes des vallées d'Ax 05 61 64 62 07 [email protected] adresse mail Les acteurs du pastoralisme Nom Prénom Fonction Numéro de téléphone Marfaing Thierry Technicien à la fédération pastorale de l'Ariège 05 61 02 09 66 Lacube Philippe Président GP Pech Verdun 05 61 64 91 36 Rouzaud Alain président du groupement pastoral Luzenac-Unac 05 61 64 46 93 Bergeaut Louis Président du syndicat des propriétaires Indivis de Vèbre-Urs-Lassur 05 61 64 98 84 Rousseau Laurence Gérard et Julien Technicienne à la fédération pastorale de l'Ariège 05 6102 09 66 Éleveurs ovins sur l'estive du syndicat indivis 05 61 64 46 16 Sicret [email protected] les acteurs "politiques" Nom Prénom Fonction Numéro de téléphone Prat Monsieur Maire d'Albies 05 6164 15 50 Lassalle Jean Maire d'Aston 05 61 64 77 39 Christian Maire de Luzenac et président de la Communauté de Communes des Vallées d'Ax 05 61 64 48 61 Maire de Lassur 05 61 64 96 66 Loubet Martinez Rouzoul Jean Maire de Vèbre 05 61 64 96 10 Rouja Narcisse Maire de Les Cabannes 05 61 64 77 09 Maire de Pech 05 61 03 53 73 Oliveira adresse mail Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 66 Les acteurs "activités cynégétiques" Nom Prénom Berger Asna Paul Fonction Numéro de téléphone Président de l'AICA Luzenac-Unac ??? Secrétaire de l'AICA Luzenac-Unac 05 61 64 47 95 Miquel Alain Président de l'ACCA Verdun 05 61 64 74 73 Canal Thierry Président de l'AICA des deux vallées 05 61 64 95 73 Vibes Raymond Président de l'ACCA d'Albies 05 61 64 97 17 adresse mail Bergeaut Louis Président du syndicat des propriétaires Indivis de Vèbre-Urs-Lassur 05 61 64 98 84 Derramon Serge Président du groupement des chasseurs de Foix ??? Rollet Colette Technicienne de la fédération départementale des chasseurs de l'Ariège 05 61 65 04 02 [email protected] Marty Evelyn Technicien de la fédération départementale des chasseurs de l'Ariège 05 61 65 04 02 [email protected] Guichou Jean Directeur de la fédération départementale des chasseurs de l'Ariège 05 61 65 04 02 [email protected] Barbelanne Étienne-Jean Président de la fédération départementale des chasseurs de l'Ariège 05 61 65 04 02 [email protected] adresse mail Les acteurs "activités halieutiques" Nom Prénom Fonction Numéro de téléphone Del Rio André Président de l'AAPPMA Les Cabannes 06 12 89 03 35 Asna Gilbert Président de l'AAPPMA Luzenac 05 61 64 43 17 Asna Raymond Président de la société de pêche privée du Lavail (Luzenac) 06 31 08 08 01 Yotte Allan Chargé de mission à la Fédération de l' Ariège pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique 05 34 09 31 09 [email protected] Garmendia Laurent Directeur de Fédération de l' Ariège pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique 05 34 09 31 09 [email protected] Guerola Jean Batel Kumurdjian Robert Société de pêche privée la Verdunoise 05 61 64 97 46 président de la société de pêche privée d'Albiès 05 61 64 75 85 Président de la société de pêche privée La riva (Aston) 05 61 64 75 24 Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 67 les acteurs "gestion forestière et sylviculture" Nom Prénom Fonction Numéro de téléphone Clément Denis Agent technique de l'UT Haute-Ariège et Donezan 05 61 65 25 36 Dolis Hervé Responsable de l'UT Haute-Ariège et Donezan 05 61 65 25 36 adresse mail Les acteurs "tourismes" Nom Prénom Fonction Numéro de téléphone adresse mail Caballero Jean-Antoine Adjoint d'exploitation à la RENVA et responsable smi 05 34 09 35 35 [email protected] Koess André Chargé mission Randonnées au Conseil Général de l'Ariège 05 61 02 09 09 Bertrand Pierre Directeur de l'office de tourisme des Vallées d'Ax 05 61 64 60 60 Gérant du restaurant l'Abeille Gourmande 06 83 89 33 15 Guillot Gomis Pierre Co-directeur de la SCM Angaka 05 61 01 75 60 Bosc Olivier Président du ski club Beille et responsable de l'ESF 06 74 34 95 60 Soulé François Président de Montagne Passion 06 87 12 64 01 Amiel Stéphane Accompagnateur de moyenne montagne au bureau des guides 06 74 28 46 26 Grochowsky Stéphane Accompagnateur de moyenne montagne au bureau des guides 06 84 05 28 75 Périssé Pierre Accompagnateur de moyenne montagne au bureau des guides 05 61 05 94 87 les acteurs "associations naturalistes" Prénom Fonction Numéro de téléphone Barascut Yannick Association des naturalistes de l'Ariège 05 61 65 80 54 pottier Gilles Chargé d'études herpétologie 05 34 31 97 32 [email protected] adresse mail Nom adresse mail les acteurs "gestion des milieux naturels" Nom Prénom Fonction Numéro de téléphone Pouderoux Hervé Chef du service départemental de ONCFS Ariège 05 61 65 63 44 Quenette Pierre-Yves Suivi ours des Pyrénées 05 62 00 81 08 [email protected] Cathary Guy Chef du service départemental de l'ONEMA Ariège 05 34 09 38 24 [email protected] Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 68 Table des annexes répétée Annexe I : Présentation du réseau hydrographique Annexe II : Tableau récapitulatif des habitats inventoriés sur la zone centrale d’étude Annexe III : Tableau récapitulatif des superficies des différents habitats présents sur le site d’étude Annexe IV : Cartographie des habitats présents sur le sur le périmètre central Annexe V : Inventaire non exhaustif de la flore présente sur le périmètre central de l’étude Annexe VI : Inventaire non exhaustif de la faune présente sur le site central de l’étude Annexe VII : Fiche entretien Annexe VIII : Carte des estives présentes sur le site central d’étude Annexe IX : Cartographie des différents territoires de chasse Annexe X : Cartographie des pistes balisées liées aux activités touristiques hivernales Annexe XI : Cartographie des pistes balisées liées aux activités touristiques estivales Annexe XII : Compléments de l’inventaire socio-économique Annexe XIII : Cartographie des habitats favorables au grand tétras sur le périmètre central d’étude Annexe XIV : Protocole du suivi hivernal du grand tétras Annexe XV : Cartographie des indices de présence du grand tétras lors de l’hiver 2008 (ONCFS) Annexe XVI : Cartographie des tourbières inventoriées dans le cadre du programme Life Tourbière Annexe XVII : Nature et fonctionnement d’une tourbière Annexe XVIII : Cartographie des différentes formations végétales présentes sur le périmètre central d’étude Annexe XIX : Exemple de l’utilisation de l’outil SIG pour l’aménagement du domaine skiable en faveur du grand tétras Du plan de gestion environnementale au plan de développement local : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 69 Annexe I : Présentation du réseau hydrographique Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe II : Tableau récapitulatif des habitats inventoriés sur la zone centrale d’étude Le tableau ci-dessous récapitule les différents habitats identifiés sur le périmètre central, ainsi que leurs nomenclatures Corinne Biotope et EUR 25. Le tableau renseigne également sur l’intérêt communautaire de chaque habitat. Habitat Libellé Code Corinne Biotope Code EUR 15 Intérêt communautaire 36.314 6140-1 oui Complexes d'habitats agro-pastoraux Pelouses pelouse à gispet Pelouse à nard raide Pelouses acidiphiles et mésophiles pyrénéennes denses à gispet Pelouses acidiphiles montagnardes des Pyrénées (Formations herbeuses à Nardus, riches en espèces, sur substrats siliceux des zones montagnardes) 36.31/36.311/36.312/36.313 6230-15* prioritaire Landes et fruticées Landes à genévriers Landes à genévriers 31.882 Landes à rhododendron Landes subalpines acidiphiles hautes à rhododendron ferrugineux 31.42 Landes à fougères Landes à fougères 31.86 Landes à genêt à balais Landes à genêt à balais Landes à callune 4060-4 oui Landes acidiphiles montagnardes thermophiles des Pyrénées 31.44 4060-3 oui Pineraies de pins à crochet Pineraies mésophiles sur sol siliceux en ombrée des Pyrénées 42.413 9430-12 oui Bois de bouleaux Bois de bouleaux pyrénéens 41B33 7110* prioritaire 8220-15 oui Complexes forestiers Complexes de milieux humides Tourbières Prairie à Jonc rude et pelouse humide à Nard 37.32 Tourbières hautes actives 51.1/51.11 Bas-marais acides 54.4 Complexes d'habitats rupicoles Falaises Falaises siliceuses montagnardes des Pyrénées 62.2 Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe III : Tableau récapitulatif des superficies des différents habitats présents sur le site d’étude Habitats Surface en hectares complexes d'habitats agro-pastoraux pelouses pelouse à gispet Pelouse à nard raide 72 271 mosaïques d'habitats pelouses à gispet*landes à callune 34 landes et fruticées Landes à genévriers Landes à rhododendron Landes à fougères 46 402 3 Landes à genêt à balais 36 Landes à callune 26 mosaïques d'habitats landes à callune*landes à rhododendron 4 landes à callunes*pelouses à nard raide 21 Complexes forestiers Pineraies de pins à crochet Bois de bouleaux 104 84 mosaïques d'habitats pineraies de pins à crochet*landes à rhododendron 298 complexes de milieux humides Tourbières 34 complexes d'habitats rupicoles Falaises 15 formations végétales sans distinction des habitats pelouses 377 landes 596 forêts 488 Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe IV : Cartographie des habitats présents sur le périmètre central Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe V : Inventaire non exhaustif de la flore présente sur le périmètre central de l’étude En absence d’inventaires supplémentaires réalisés au cours du stage, les données utilisées proviennent des deux inventaires suivants : — les inventaires ZNIEFF et plus précisément celui de la ZNIEFF type I de première génération, n° 730011933, Plateau de Beille, Mont R edon, Prat Moll, datant de 1989 ; — l’inventaire des tourbières de Midi-Pyrénées, programme Life Nature, code 0929 Tourbière du Plateau de Beille et code 0930 Tres-Benous, effectuées en 1995 et mises à jour en 1998. Les espèces inventoriées sont récapitulées dans les tableaux suivants. Ce tableau comprend également le statut juridique de chaque espèce aussi bien d’un point de vue national ou régional. Les textes législatifs et autres ouvrages utilisés sont récapitulés cidessous : — l’arrêté du 20 janvier 1982 modifié le 31 août 1995 relatif à la liste des espèces végétales protégées sur l’ensemble du territoire français ; — l’arrêté du 30 décembre 2004 relatif à la liste des espèces végétales protégées en région Midi-Pyrénées complétant la liste nationale ; — la directive « Habitats, Faune, Flore » 92/43/CEE du conseil du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages ; — le Livre rouge de la flore menacée de France tome I et II (Olivier et al., 1995), qui introduit deux classements : les espèces prioritaires et les espèces à surveiller ; — la liste rouge provisoire des espèces rares ou menacées de la flore vasculaire de MidiPyrénées, validée par le CSRPN le 17 décembre 2003. Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Nom de l'espèce Arnica montana L. Betula alba L. Calluna vulgaris (L.) Hull Caltha palustris L. Carex davalliana Sm. Carex echinata Murray Carex nigra (L.) Reichard Carex pyrenaica Wahlenb. Carex vesicaria L. Carex viridula Michaux subsp. viridula Coeloglossum viride (L.) Hartm. Dactylorhiza maculata (L.) Deschampsia flexuosa (L.) Drosera intermedia Hayne Observation inventaire ZNIEFF Life 730011933 Tourbière France MidiPyrénées Directive Habitat Livre rouge national Liste rouge provisoire régionale ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Drosera rotundifolia L. ■ Eleocharis palustris (L.) Epilobium palustre L. Eriophorum vaginatum L. Gentiana pyrenaica L. Homogyne alpina (L.) Juncus acutiflorus Enrh. ex Hoffm Juncus alpinoarticulatus Chaix Juncus bulbosus L. Juncus effusus L. Juncus squarrosus L. Juniperus communis L. Leontodon pyrenaicus Gouan Lycopodiella inundata (L.) Holub Statut ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Annexe II Annexe II à surveiller à surveiller ■ annexe I ■ ■ ■ prioritaire Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises ■ Nom de l'espèce Menyanthes trifoliata L. Molinia caerulea (L.) Nardus stricta L. Narthecium ossifragum (L.) Oxalis acetosella L. Pallavicinia lyelli Parnassia palustris L. Pellia neesiana Pinus uncinata Ramond ex DC. Polygonum viviparum L. Potentilla palustris L. Scop. Potentilla pyrenaica Ramond ex DC. Ranunculus aconitifolius L. Rhododendron ferrugineum L. Sanguisorba officinalis L. Saxifraga stellaris L. Scirpus cespitosus L. Selinum pyrenaeum L. Sparganium angustifolium Michaux Sphagnum sp. Stellaria alsine Grimm Succisa pratensis Moench Trifolium pratense L. Trifolium repens L. Vaccinium myrtillus L. Vaccinium uliginosum L. Veronica serpyllifolia L. Viola palustris L. Observation inventaire ZNIEFF Life 730011933 Tourbière ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Statut France MidiPyrénées Directive Habitat Livre rouge national Liste rouge provisoire régionale ■ Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises ■ Annexe VI : Inventaire non exhaustif de la faune présente sur le site central de l’étude En l’absence d’inventaires faunistiques réalisés au cours du stage, les données proviennent de différents rapports, articles scientifiques, observations et inventaires ZNIEFF. La liste suivante récapitule la bibliographie utilisée : — le rapport le massif de l’Aston (Gaudron, 1982). L’auteur cite un certain nombre d’espèces inféodées à la pineraie de pins à crochet et aux milieux ouverts du Plateau de Beille. L’origine des données n’étant pas citée, nous supposons qu’il s’agit d’observations personnelles. — le rapport AMIDEV (1997). Le bureau d’étude AMIDEV avait recensé beaucoup de données naturalistes. Le travail d’inventaire faunistique présenté dans le rapport ci-présent est largement inspiré du travail de ce bureau d’étude. Ils ont également recueilli un certain nombre de constatations provenant de différents observateurs rencontrés, à l’époque, dans le cadre de leurs travaux. — le rapport massif de l’Aston (Pardé, 1988) — les observations de l’association régionale d’ornithologie du Midi et des Pyrénées (AROMP), qui ont été publiées dans la revue Pistrac (Pistrac numéro 10 à 16 dans AMIDEV, 1997). — l’inventaire ZNIEFF type I de première génération, n° 730011933, Plateau de Beille, Mont Redon, Prat Moll, datant de 1989 ; — Inventaire des tourbières de Midi-Pyrénées, programme Life Nature, code 0929 Tourbière du Plateau de Beille et code 0930 Tres-Benous, effectué en 1995 et mis à jour en 1998 ; — Les observations récentes et personnelles. Les espèces inventoriées sont récapitulées dans les tableaux suivants. Ce tableau comprend également le statut juridique de chaque espèce aussi bien d’un point de vue international, européen ou français. Les textes législatifs et les autres ouvrages utilisés sont récapitulés ci-dessous : — l’arrêté du17 avril 1981 modifié fixant la liste des oiseaux protégés sur le territoire français ; — l’arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés sur l’ensemble du territoire français et les modalités de leur protection ; — l’arrêté du 22 juillet 1993 modifié par l’arrêté du 16 décembre 2004 fixant la liste des amphibiens et des reptiles protégés sur l’ensemble du territoire français. — la directive « Oiseaux » 79/409/CEE du conseil du 2 avril 1979 concernant la conservation des oiseaux sauvages. Les oiseaux inscrits à l’annexe I sont des espèces devant faire l’objet de mesures spéciales de conservation, en particulier en ce qui concerne leurs habitats avec la création de zones de protection spéciale (ZPS). Les espèces inscrites à l’annexe II sont des espèces pouvant être chassées et celles inscrites à l’annexe III sont des oiseaux pouvant être commercialisés. — la directive « Habitats, Faune, Flore » 92/43/CEE du conseil du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages. Les espèces inscrites à l’annexe II sont des espèces animales et végétales d'intérêt communautaire dont la conservation nécessite la désignation de zones spéciales de conservation (ZSC). Les espèces inscrites à l’annexe IV sont des espèces animales et végétales d'intérêt communautaire qui nécessitent une protection stricte. Les espèces inscrites à l’annexe V sont des espèces animales et végétales d'intérêt communautaire dont le prélèvement dans la nature et l'exploitation sont susceptibles de faire l'objet de mesures de gestion. Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises — la Convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe datant de 1979. Les animaux inscrits à l’annexe II appartiennent à des espèces de la faune strictement protégées. Ceux inscrits à l’annexe III sont des animaux protégés dont l’exploitation est réglementée. — la Convention de Bonn, du 23 juin 1979 relative à la conservation des espèces migratrices. Ainsi une espèce inscrite à l’annexe I est une espèce migratrice menacée, en danger d’extinction, nécessitant une protection immédiate. Les espèces inscrites à l’annexe II sont des espèces migratrices se trouvant dans un état de conservation défavorable et nécessitant l’adoption de mesures de conservation et de gestion appropriées. Pour les statuts de conservations, trois ouvrages ont été consultés : — le livre des « Oiseaux menacés et à surveiller en France (Rocamora et al., 1999). Les espèces sont classés d’abord en fonction de leurs situations en France en trois niveaux (liste rouge, liste orange et A surveiller) avec une catégorie cas particulier pour des espèces qui ne sont pas classées dans une des trois catégories précédentes mais qui méritent quand même une attention particulière. Un deuxième classement prend en compte en plus la situation européenne (De CMAP1 pour les espèces les plus fragiles à CMAP5). — le livre rouge des espèces menacées en France (MNHN, 1994) a également été utilisé. La codification de ce document a été réutilisée dans le tableau suivant. Ainsi, le symbole « ! » signifie en danger, le symbole « V » signifie vulnérable, le symbole « R » signifie rare et le symbole « ? » signifie indéterminé. — le Livre rouge de la flore menacée de France, Tome I : espèces prioritaires (OLIVIER et al, 1995). Ce document classe les espèces les plus vulnérables dans la catégorie « prioritaire ». Une liste provisoire des espèces végétales dont l’état de conservation est défavorable a également été élaborée. Celle-ci les mentionne comme « à surveiller ». Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Nom de l'espèce JMG JMP 1982 1986 Campagnol des champs Microtus agrestis Campagnol des neiges Microtus nivalis Cerf élaphe Cervus elaphus Chat sauvage Felis sylvestris Chevreuil Capreolus capreolus Ecureuil roux Sciurus vulgaris Hermine Mustela erminea Isard Rupicapra rupicapra pyrenaica Lièvre brun Lepus capensis Martre Martes martes Renard roux Vulpes vulpes Sanglier Sus scrofa ■ ■ ■ ■ Observation Communications personnelles AMIDEV (1997) ZNIEFF 730011933 Observations récentes France Statut juridique Directive Convention Habitat de Berne annexe III ■ annexe III ■ ■ ■ ■ ■ ■ Livre rouge (1994) ■ ■ annexe III annexe III ■ ■ annexe IV annexe III annexe III ■ annexe II ■ ■ ■ ■ ■ annexe III annexe III ■ ■ Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises ? Nom de l'espèce JMG JMP 1982 1986 Euprocte des Pyrénées Euproctus asper Grenouille rousse Rana temporaria Triton palmé Tritinus helveticus Lézard vivipare Lacerta vivipara Vipère aspic Vipera aspis Observation Communications personnelles ZNIEFF AMIDEV (1997) 730011933 Statut juridique Observations France Directive Convention Livre récentes Habitat de Berne rouge (1994) ■ ■ annexe IV ■ ■ ■ annexe V ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ annexe II annexe III R annexe III S annexe III S annexe III Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Observation Nom de l'espèce JMG 1982 Accenteur mouchet Prunella modularis AROMP 1986-1991 ■ Aigle royal Aquila chrysaetos Clouet 1987 ■ ■ ■ Alouette des champs Alauda arvensis Autour des palombes Accipiter gentilis ZNIEFF 730011933 ■ ■ inventaire Life tourbière Statut juridique Communications personnelles AMIDEV 1987 Observations récentes Écologie France Directive Oiseaux Oiseaux menacés et à surveiller (1999) Livre rouge (1994) annexe II liste rouge CMAP3 R annexe III liste orange CMAP5 annexe II annexe II cas particulier Convention de Bonn N2 ■ P ■ N1/M ■ ■ P Convention de Berne annexe II ■ annexe I annexe II annexe II ■ Bécasse des bois Scolopax rusticola ■ M annexe II et III annexe II annexe III liste orange CMAP3 Bécassine des marais Gallinago gallinago ■ M annexe II et III annexe II annexe III à surveiller CMAP5 ■ N3/H ■ annexe II Bec-croisé des sapins Loxia curvirostra ■ Bouvreuil pivoine Pyrrhula pyrrhula Bruant fou Emberiza cia ■ ■ ■ ■ N3 ■ annexe III ■ N2 ■ annexe II à surveiller CMAP5 ■ N2 ■ annexe II à surveiller CMAP5 annexe II annexe II liste orange CMAP5 annexe II annexe II cas particulier ■ Bruant jaune Emberiza citrinella Caille des blés Coturnix coturnix ■ ■ ■ ■ Chevalier cul-blanc Tringa ochropus Chocard à bec jaune Pyrrhocorax graculus ■ ■ Circaéte Jean le Blanc Circaetus gallicus Corneille noire Corvus corone corone ■ ■ ■ N1 annexe II M ■ P ■ P ■ annexe II annexe I annexe II annexe II N3 Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises liste rouge CMAP2 Observation Nom de l'espèce JMG 1982 AROMP 1986-1991 Coucou gris Cuculus canorus Crave à bec rouge Pyrrhocorax pyrrhocorax Epervier d'Europe Accipiter nisus ZNIEFF Clouet 730011933 1987 inventaire Life tourbière Statut juridique Communications personnelles AMIDEV 1987 Observations Écologie récentes ■ ■ ■ France Directive Oiseaux Convention de Bonn Convention de Berne N3 ■ P ■ P ■ annexe II ■ annexe II Geai des chênes Garrulus glandarius ■ N3 Grimpereau des bois Certhia familiaris ■ N3 annexe I Annexe II ■ ■ ■ N2 annexe III Grive musicienne Turdus philomelos ■ ■ ■ N2 annexe III Grand tétras Tetrao urogallus aquitanicus ■ ■ ■ ■ ■ Hibou moyen duc Asio otus ■ ■ ■ ■ ■ Merle de roche Monticola saxatilis Nom de l'espèce N3 Pp annexe I et II P ■ annexe I M ■ annexe I ■ N2 ■ annexe II ■ N2 ■ annexe III P ■ annexe II ■ Hibou des marais Asio flammeus Merle noir Turdus merula ■ ■ Gypaéte barbu Gypaetus barbatus Merle à plastron Turdus torquatus P ■ ■ ■ ■ ■ annexe II N2 ■ Observation Livre rouge (1994) à surveiller CMAP5 ? annexe III Grive draine Turdus viscovorus Grand corbeau Corvus corax Oiseaux menacés et à surveiller (1999) annexe III cas particulier annexe III liste orange CMAP4 annexe II liste rouge CMAP1 ! annexe II liste rouge CMAP1 ! annexe III Statut juridique Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises ? JMG 1982 AROMP 1986-1991 ZNIEFF 730011933 Clouet 1987 Mésange huppée Parus cristatus ■ Mésange noire Parus ater ■ Niverolle alpine Monttifringilla nivalis Perdrix grise de montagne Perdix perdix hispaniensis ■ ■ ■ ■ ■ Pinson du nord Fringilla montifringilla Pipit des arbres Anthus trivialis Pluvier guignard Eudromias morinellus ■ ■ à surveiller CMAP5 R annexe III liste orange CMAP3 ■ ■ N3 ■ annexe II ■ ■ ■ N3 ■ annexe II ■ ■ ■ N3 ■ annexe II P ■ N1 ■ ■ ■ annexe I et II N3 ■ P ■ annexe II annexe I annexe II N2 ■ N3 ■ N3 ■ annexe II H ■ annexe III N2 ■ annexe II ■ N1 ■ annexe II ■ M ■ ■ Pipit spioncelle Anthus spinoletta annexe II annexe II ■ ■ Livre rouge (1994) ■ ■ Pigeon ramier Columba palumbus Oiseaux menacés et à surveiller (1999) Convention de Berne N3 ■ ■ Convention de Bonn ■ ■ ■ Directive Oiseaux France Pie bavarde Pica pica Pinson des arbres Fringilla coelebs Observations récentes ■ Pic épeiche Dendrocops major Pic noir Dryocopus martius Communications personnelles AMIDEV 1987 Écologie Mésange à longue queue Aegithalus caudatus Mésange charbonnière Parus major inventaire Life tourbière ■ annexe I annexe II annexe II Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises liste rouge CMAP3 ! Observation Nom de l'espèce JMG 1982 Roitelet huppé Regulus regulus ■ Rouge gorge Erithacus rubecula Rouge-queue noir Phoenicurus ochruros ■ AROMP 1986-1991 ZNIEFF 730011933 Clouet 1987 inventaire Life tourbière ■ ■ Statut juridique Communications personnelles AMIDEV 1987 Observations récentes Directive Oiseaux Convention de Bonn Convention de Berne Écologie France N3 ■ annexe II N2 ■ annexe II N2 ■ annexe II Oiseaux menacés et à surveiller (1999) Livre rouge (1994) R Tarin des aulnes Carduelis spinus ■ ■ N3/H ■ annexe II liste rouge CMAP5 Traquet motteux Oenanthe oenanthe Troglotyte mignon Troglotytes troglodytes ■ ■ N1 ■ annexe II liste orange CMAP4 N3 ■ annexe II P ■ N3 ■ Vautour fauve Gyps fulvus Venturon montagnard Serinus citrinella ■ ■ ■ ■ ■ annexe I annexe II annexe II liste rouge CMAP3 annexe II a surveiller CMAP5 Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises R Annexe VII : Fiche entretien FICHE ENTRETIEN Présentation et fonctionnement de l’organisme Date de création Nombre d’adhérents Description des activités réalisées Mission Activités et rôle sur le Plateau de Beille Activités pratiquées sur le Plateau de Beille Lieux de pratique Problématique environnementale Impacts environnementaux et précautions particulières vis-à-vis de l’environnement Sensibilité environnementale et motivation dans les changements de pratiques si nécessaire Interactions avec les autres utilisateurs Activités traditionnelles Activités touristiques Réflexions sur l’évolution du Plateau de Beille Environnementale Autres (fréquentations, interactions…) Souhaits Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe VIII : Carte des estives présentes sur le site central d’étude Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe IX : Cartographie des différents territoires de chasse Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe X : Cartographie des pistes balisées liées aux activités touristiques hivernales Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe XI : Cartographie des pistes balisées liées aux activités touristiques estivales Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe XII : Compléments de l’inventaire socio-économique 1. Limites administratives et communes concernées La zone d’étude concerne un nombre important de communes. Ainsi, le périmètre central concerne 5 communes et le périmètre périphérique, 8 communes. Le découpage administratif est donc très dense. Le tableau suivant récapitule quelques caractéristiques des communes concernées. Tableau 1. — Présentation des communes concernées par les périmètres d’étude Commune Albiès Aston Lassur Luzenac Pech Garanou Canton Les Cabannes Les Cabannes Les Cabannes Les Cabannes Les Cabannes Les Cabannes Nombre d'habitants Superficie totale (ha) 139 769 237 15380 69 1199 643 2643 28 481 165 301 (1) Les recensements ont été effectués entre 2004 et 2006. 1.1 La Communauté de Communes des Vallées d’Ax L’ensemble des communes concernées par le site d’étude appartient au territoire de la Communauté de Communes des Vallées d’Ax, structure intercommunale créée en 2002 avec le regroupement des anciens districts existants sur les cantons d’Ax-les-Thermes et de Les Cabannes. Elle rassemble 39 communes, soit 5622 habitants en 1999. Elle assure, sur l’ensemble de son territoire, un certain nombre de compétences en matière : — d’aménagement de l’espace ; — de développement économique ; — d’environnement ; — de politique sociale ; — d’équipements périscolaires scolaires culturels ou sportifs ; — de développement touristique. La carte présente sur la page qui suit récapitule les différentes communes concernées par les territoires d’étude. Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 2. Le foncier Le foncier est très morcelé sur le périmètre central d’étude. Il existe un seul propriétaire privé, le syndicat indiv, qui est un regroupement de propriétaires issus des villages de Vébre, Urs ou Lassur. Les autres propriétés sont des communaux. Un certain nombre d’entre eux sont même indivisés entre plusieurs communes. Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 3. L’Urbanisme et le bâti 3.1 Le bâti lié à la station de ski de fond de beille Les infrastructures liées à la station de ski de fond sont peu nombreuses. En effet, on dénombre seulement le bâtiment d’accueil et le garage de stockage des véhicules utilisés dans l’entretien des pistes. Actuellement, Il n’y a aucune structure d’hébergement d’ampleur sur Beille. Le bâtiment d’accueil héberge une location de matériels de ski, un restaurant, une boutique de souvenirs et les bureaux de la Régie des Espaces Nordiques des Vallées d’Ax, organisme en charge de la gestion et de l’exploitation du domaine skiable. Ce bâtiment possède un bac de décantation pour filtrer les matières grasses provenant du restaurant. Au niveau de l’assainissement, le bâtiment est relié à une fosse septique couplée à une aire d’épandage. Ce système fait face à 2 contraintes majeures qui perturbent son fonctionnement : — les températures extérieures restent très basses en hiver, ce qui ne favorise pas le travail de dégradation bactérienne ; — les effluents ne sont jamais constants avec une fréquentation plus importante en hiver qu’en été et des courtes périodes (week-end, vacances scolaires) qui concentrent un flux maximal. Le système d’assainissement n’est donc pas à l’heure actuelle très performant, il nécessite 3 à 4 vidanges par an. 3.2 Les infrastructures liées à la station de ski de fond de Beille Un grand parking goudronné accueille les touristes au pied du bâtiment principal de la station. Il a été successivement agrandi au fil du temps et sa superficie est aujourd’hui supérieure à 1 hectare. Contrairement à la législation en vigueur, ce parking n’est pas équipé d’un bac de décantation afin de filtrer les huiles et autres hydrocarbures. La station utilise pour ses besoins en eau 6 captages de source et une prise directe à partir d’un ruisseau : — trois captages se situent sur la Jasse de Beille d’en haut, en amont d’une tourbière ; — deux captage se situe à proximité des du lieu dit « les 4 chemins » ; — une prise d’eau d’appoint si le besoin est important sur le ruisseau d’Artaran en aval de la tourbière de la Jasse de Beille d’en haut. Elle n’a encore jamais été utilisée. L’eau ainsi captée est stockée dans un réservoir, puis elle subit un traitement aux rayons ultra-violets pour la rendre potable. Il n’existe pas encore de périmètre de protection de captage comme la Préfecture l’exige. Un téléski à proximité du bâtiment permet de desservir une piste pour l’initiation au ski alpin des enfants. 3.3 Les constructions liées à l’activité d’Angaka Angaka est une Société civile de Moyens qui offre un certain nombre de prestations touristiques hivernales et estivales. Elle travaille surtout sur la base Angaka, zone qui lui est réservée à proximité même de la station. Cette base comporte un chalet qui accueille les employés d’Angaka. Ce chalet bénéficie de l’eau courante et de l’électricité mais pas de toilettes. Cette construction n’est pas reliée au réseau d’assainissement de la station, les effluents sont donc directement rejetés dans le sol de la pineraie de pins à crochet environnante. Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Angaka propose comme activité le bivouac. Elle dispose pour cela de 3 structures légères implantées sur la base Angaka : — une cabane de trappeur ; — une yourte et un tipi entièrement démontables. Ces trois constructions ne disposent ni de l’électricité, ni de l’eau courante. Angaka est spécialisée dans les activités de chiens de traîneau. Angaka travaille avec 70 chiens environ, répartis sur deux chenils. Le premier est le chenil principal, il se situe sur le secteur d’Artaran. Le second est un chenil annexe qui se situe sur la Base Angaka. Il ne concerne que les chiens blessés ou convalescents et les chiennes en chaleur. Les chiens ne restent pas à l’année sur le Plateau de Beille Ainsi 70 chiens y résident pendant la période hivernale (de mi-novembre à mi-avril), et seulement 20 en période estivale (de juillet à août). Mais les éléments du chenil tels que les pans de grillage, les niches, restent en place pendant toute une année. Jusqu’à l’année dernière, les déjections des animaux étaient descendues dans la vallée. Depuis cette année, une fosse a été aménagée pour enfouir les déjections. Des éléments végétaux comme les aiguilles de pin ou des copeaux de bois, ainsi qu’un produit biologique, y sont ajoutés pour faciliter la dégradation de la matière organique. 3.4 Les cabanes pastorales On dénombre 8 cabanes sur le Plateau de Beille, mais actuellement, seulement 3 sont utilisées par les pâtres. La plupart de ces cabanes sont à usage privé. Très peu possèdent une vocation d’accueil des randonneurs. L’équipement de ces cabanes est souvent spartiate, sans eau courante ni électricité. Elles font partie du patrimoine ariégeois, puisqu’elles sont le témoignage de l’activité pastorale. La mairie de Verdun mène d’ailleurs un important projet de restauration de 3 cabanes sur son territoire avec comme objectif la mise aux normes avec eau et assainissement. La carte ci-après récapitule les différentes infrastructures et bâtis qui existent sur le périmètre central d’étude. Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 3.5 Les voies de circulation La création de la station à la fin des années 80 a été accompagnée par la construction d’une route d’accès goudronnée pour relier celle-ci au village Les Cabannes. Cette route a également facilité l’accès sur l’ensemble des pistes qui existaient déjà sur le Plateau de Beille avant la création du stade de neige. Parallèlement, la création des pistes de ski, et le travail de terrassement effectué les ont rendu carrossables. Pourtant, cette double vocation est difficilement conciliable s’il n’existe pas d ‘aménagement spécifique consistant à juxtaposer une bande roulante et une bande réservée au damage et au ski de fond. Mais pour l’instant, uniquement 400 mètres de pistes sont équipées ainsi. 3.5.1 Les statuts Les statuts de ces pistes restent actuellement flous pour la plupart des utilisateurs. Beaucoup ne sont pas cadastrées. Pour les autres, elles sont, soit considérées comme chemins ruraux, soit comme chemins privés (chemins pastoraux ou forestiers). Ce manque de clarté est à l’origine de nombreux conflits d’usages et rend difficile l’application des textes. 3.5.2 La réglementation Un arrêté préfectoral pris en 1995 réglemente la circulation. Elle est ainsi interdite du 15 avril au 30 novembre. Seules certaines catégories d’utilisateurs (propriétaires fonciers, patres, agent de la RENVA…) peuvent pratiquer les pistes à l’aide d’une autorisation délivrée par les 8 maires des communes environnantes. Un projet serait actuellement en cours afin de restreindre et de mieux préciser les personnes qualifiées pour remettre les autorisations de circulation et ainsi rendre l’application de l’arrêté plus efficace. 3.5.3 La fréquentation En l’absence de données, il est difficile de quantifier la fréquentation. De plus les avis des acteurs locaux sont très partagés. D’après certaines observations, les pics de fréquentation correspondent à la saison de la chasse et à la saison de cueillette des champignons. Comme il a été précisé précédemment, l’utilisation des pistes de ski par les véhicules les détérioreraient, rendant plus difficile l’entretien et le damage des pistes. D’un point de vue touristique, l’image de véhicules roulant en haute montagne sur des sentiers empruntés par les randonneurs est jugée très négative par les acteurs du tourisme. La carte ci-dessous récapitule les différentes voies de circulation présentes sur le Plateau de Beille ainsi qu’une indication de fréquentation observée par Monsieur Jugie, directeur de la RENVA. Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises 4. Outils de connaissance et conservation l’environnement Le Plateau de Beille est concerné par un nombre important de zonage de protection : — L’APPB FR3800298 « Pinèdes à crochet du Plateau de Beille » ; — La ZICO 00165 « Massif du Tarasconais et Massif de l’Aston » ; — La ZNIEFF TYPE I 730011933 « Plateau de Beille, Mont Redon et Prat-Moll » ; — La ZNIEFF TYPE I 730011932 “Bois d’Albiès et du Debes” ; — La ZNIEFF TYPE I 730011934 “Bois de Castillou et des Coumels » ; — La ZNIEFF TYPE I 730011926 “Bois du Sarat des Auzels et Gudanes » ; — La ZNIEFF TYPE I 730011931 « Bois de la Fajouse et Vallon de Poussièrgues » ; — La ZNIEFF TYPE II 730011924 « Massif de l’Aston » ; — Un périmètre Natura 2000 SIC FR7300827 Vallée de l’Aston. L’abondance des différents zonages, et notamment des zones naturelles d'intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF) témoigne de la richesse écologique du Plateau de Beille et de l'opportunité de les protéger. Malgré cet intérêt écologique fort, seul l’arrêté préfectoral de protection biotope instaure des mesures restrictives d’utilisation ou d’occupation du milieu afin de favoriser la conservation du biotope pour lequel il a été créé. En effet, Les ZNIEFF sont des outils de connaissance et non des instruments de protection réglementaire. Les deux cartes qui suivent récapitulent les zonages présents sur le périmètre central du Plateau de Beille. Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe XIII : Cartographie des habitats favorables au grand tétras sur le périmètre central d’étude Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe XIV : Protocole du suivi hivernal du grand tétras La méthode développée au début des années 90 pour estimer l’impact de la création de la station de ski de fond, est basée sur la détermination de carreaux de 250 mètres de côté, posés sur l’ensemble des zones boisées propices au grand tétras (pineraie de pins à crochet). Cette grille a également été appliquée sur le Plateau du Bourbourou et Campalou, plateau qui se situe à 5-6 kilomètres du Plateau de Beille. Cette zone, vierge de toute infrastructure touristique et de voies d’accès motorisé, constitue une zone témoin intéressante puisque les conditions écologiques (altitude, orientation, peuplements de pins à crochet) sont quasi identiques. Chaque carreau de 250 mètres de côté est parcouru 8 fois (8 passages distants de 25 mètres), selon les courbes de niveau, au moins 3 jours après la dernière chute de neige. Lors de l’opération 2008, 80 carreaux ont ainsi été inventoriés en 2008. Chaque observateur note : — les grands tétras levés et leur sexe si possible ; — leurs indices de présence (crottes, crottiers diffus ou denses, empreintes) ; — les indices de prédateurs croisant le trajet de l’observateur (crottes, empreintes) ; — les indices d’activité humaine (pistes de ski et de raquettes, traces hors piste). Ces observations permettent de d’obtenir des densités d’oiseaux et d’indices d’oiseaux, des densité de prédateurs, des densités de pistes et de traces hors piste. Figure 1. — Grille protocolaire appliquée au Plateau de Beille (ONCFS) Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe XV : Cartographie des indices de présence du grand tétras lors de l’hiver 2008 (ONCFS) Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe XVI : Cartographie des tourbières inventoriées dans le cadre du programme Life Tourbière Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe XVII : Nature et fonctionnement d’une tourbière Définition d’une tourbière Les tourbières sont un type bien particulier de zones humides. En effet, elles se caractérisent par la présence d’une végétation typique formant de la tourbe, c'est-à-dire des résidus végétaux décomposés. Le facteur écologique prépondérant permettant la création de tourbe par les végétaux est l’eau. Deux autres facteurs peuvent intervenir, comme la température ou encore l’acidité du sol. Ces paramètres expliquent l’affinité des milieux tourbeux pour les climats montagneux. Ces facteurs sont responsables d’un blocage de la décomposition de la matière organique, les processus biochimiques ne pouvant se réaliser dans ces milieux anaérobies et fortement contraints. La tourbe s’accumule alors. Les différents types de tourbières Comme nous l’avons observé précédemment, la présence de l’eau est le facteur indispensable à la formation des tourbières. Les différents types d’alimentation hydrique possibles (par la nappe d’eau du sol, ou par l’eau de pluie par exemple) ont entraîné une classification de celles-ci. Si l’eau d’alimentation est en contact avec le sol minéral, on parle d’une alimentation géostrophique. On distingue alors le fonctionnement topogène (nappe d’eau stagnante affleurante dans une cuvette) d’un fonctionnement soligène (la nappe d’eau affleurante est alors mobile). Les tourbières basses actives sont de ces types là. Si l’eau d’alimentation est d’origine météorique, on parle d’alimentation ombrotrophique. Les eaux sont alors particulièrement acides et oligotrophes, et l’écosystème en place s’affranchit au maximum des conditions de son environnement immédiat. La végétation, est alors très productive en tourbe notamment grâce à l’abondance des sphaignes Les formations tourbeuses hautes actives sont de ce type là. Enfin il existe une dynamique d’évolution entre tourbières basses actives et tourbières hautes actives. En effet, une tourbière basse acide peut se transformer en tourbière haute active via un processus d’ombrotrophisation, quand les conditions permettent le développement de butes à sphaigne. Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe XVIII : Cartographie des différentes formations végétales présentes sur le périmètre central d’étude Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises Annexe XIX : Exemple de l’utilisation de l’outil SIG pour l’aménagement du domaine skiable en faveur du grand tétras Du plan de gestion environnementale au plan de développement territorial : l’exemple original du Plateau de Beille en Pyrénées ariégeoises