fleur de parole 6 - CF
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Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 FLEUR DE PAROLE Association Romande Pour la communication Facilitée Le trésor Notre vie est un trésor, Vers notre réalisation. Il est confirmé, Que chacun a le sien. Nous pouvons le partager, Le faire fructifier, Afin qu’il donne vie A d’autres trésors. Notre vie est précieuse, Et prend du sens par la rencontre. Cherche bien au fond de toi. Soudain tu le verras briller, Le trésor de ta vie. Nicolas SOMMAIRE - Editorial - Ethique et Communication Facilitée - Un autre regard sur le handicap - CF et la personne âgée avec un handicap mental - A l'écoute de personnes en situation de handicap mental parlant de la mort - Quand la porte s'ouvre vers un ailleurs inconnu - Paroles de facilités sur le sens de la vie - Petite chronique des voyages de David - Vous avez la parole / Agenda / Formation P.2 P.2 P.4 P.4 P.8 P.10 P.11 P.13 P.14 Comité de rédaction : Membres : Les facilités d’institutions, Comité "CF Romandie" Responsable de publication : M-C. Opoczynski Mise en page : A. Baechler Impression : La Castalie, atelier D17 "CopyService", 1870 Monthey 1 6 Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 EDITORIAL Par Nicolas, facilité par Marie-Claire Opoczynski ***** Nous sommes tous sur terre avec un but. Le vrai sens de la vie réside dans la façon de tendre à ce but. Pour les « sans parole » un peu de ce chemin de vie est d’apprendre à se faire comprendre et communiquer par le corps. Pour ceux qui ont la parole c’est aussi savoir se taire afin de laisser le monde qui les entoure atteindre leur cœur. Dans les écrits ce sont les mots paraphés qui font le chemin de la vie du livre. Un livre sans lecteur est vide de tout vécu. C’est pour la joie du partage que nous donnons un peu de nous dans ce numéro. Puisse-t-il vous séduire et vous encourager à le partager afin qu’il vous accompagne au-delà des différences et du poids des ans. Ethique et communication facilitée Article paru dans "Pages Romandes" N°3 Juin 2008 Michel Marcadé, praticien-formateur CF ***** Tel est le titre d'une conférence suivie d'un débat donnée le 12 avril 2008 par Monsieur Jean-François Malherbe, à la Fondation Perceval (St Prex, VD) sur invitation de l'association CF-Romandie, pour un public de parents et professionnels. Jean-François Malherbe, philosophe, professeur d'éthique (Ecole supérieure en éducation sociale à Lausanne, Université de Sherbrooke au Canada, Università degli Studi di Trento en Italie) est bien connu dans notre région où il a apporté son concours dans bon nombre d'institutions. N'étant pas un spécialiste de la Communication Facilitée ( CF ci-après), J.F. Malherbe introduit son sujet en nous rappelant que celle-ci est simplement à considérer comme un outil approprié dans certaines relations d'aide et que c'est sous cet angle qu'il en traitera. "l'être-qui-connaît" et la connaissance qu'il détient. Et c'est ainsi qu'on passa du savoir "ésotérique" au savoir "exotérique" dispensé aujourd'hui dans nos écoles et universités. Selon J.-F. Malherbe, on peut illustrer ce savoir exotérique en disant qu'aujourd'hui on peut être professeur de philosophie sans pour autant être sage. L'implication dans une auto-transformation n'est plus jugée nécessaire. En revanche, il admet que certains dogmatismes ont parfois envahi les universités, autant publiques que privées. C'est cette orientation qui aujourd'hui est appelée rationnelle. À côté de cette orientation, ce qui est considéré actuellement "irrationnel" est tout simplement ce qu'on ne sait pas encore expliquer. Concernant la CF, Monsieur Malherbe constate qu'elle ne fonctionne que si les personnes qui la pratiquent sont engagées sur un chemin de travail intérieur, mais il pense que cela est commun à toutes les démarches qui impliquent une relation d'aide. Rationnel et irrationnel. Le conférencier nous rappelle que longtemps en Occident, c'est dans l'Eglise qu'étaient détenues les hautes formes de savoir. Puis c'est une réaction anti-cléricale qui amena la naissance des universités. C'est alors qu'apparut une distinction entre 2 Fleur de Parole numéro 6 L'éthique, un travail sur soi, une culture de la "surprenance". L'éthique est le travail que je consens à faire avec d'autres sur le terrain, pour réduire autant que possible l'inévitable écart entre mes pratiques affichées et celles que je voudrais avoir. Ici encore, nous devons revenir sur un lieu commun: On nous a appris à l'école à ne pas être trop subjectifs, mais nous sommes, de fait, des sujets. Et le travail qui me revient est en réalité d'assumer ma propre subjectivité, en ne l'imposant pas comme norme universelle. Il y a, bien sûr, toujours un écart, plus ou moins grand, entre ce que nous voudrions être, pouvoir, savoir et ce qui se passe effectivement dans nos pratiques et notre vécu. Cet écart est lié à notre condition humaine, mais nous pouvons travailler à le réduire. C'est en cela que consiste l'éthique et c'est ce travail sur nous-même qui donne naissance à un sujet. En quoi consiste un sujet, interroge le conférencier ? Le sujet est un surprenant créateur d'harmonie. Et il explique: Nous héritons en naissant de certaines conditions, mais qui dit "je", quand je parle ? Il évoque les liens avec les générations passées (Constellations Familiales). Mais ne s'agit-il pas plutôt de ce que d'autres nomment le karma ? De même, à travers les rêves, les cauchemars, les lapsus, etc., comme l'a démontré K.G. Jung, je peux rencontrer "qui je suis" dans ma nature intérieure. Mais nous constatons toujours un écart entre ce que nous souhaitons être et ce que nous sommes et il nous faut travailler à rétrécir l'angle de cet écart, pour entrer en harmonie avec soi-même. Comment ? Les pratiques de méditation sont l'outil pour cela. On pourrait définir la spiritualité comme le rapport que le sujet s'autorise à une certaine "surprenance". Avec chaque mauvaise nouvelle qui arrive, il y a une bonne nouvelle. Si on reconnaît cela, nous dit maître Eckart, cité par le conférencier, les choses ne nous dictent pas ce que nous devons être. Octobre 2008 La Communication Facilitée comme relation d'aide. La relation d'aide met en relation deux sujets: un qui est censé avoir besoin d'aide et un qui est censé lui apporter cette aide. Or, nous dit Platon, le vrai dialogue n'est possible qu'entre experts. Et l'expert, selon celui-ci, est celui qui sait tracer la frontière entre ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas. La relation d'aide a pour but: aider l'autre à devenir soi. Mais sait-on qui est cet autre ? Pour accomplir une telle aide, il faut être sans attente, sinon je vais induire chez l'autre le désir de se conformer à ce que j'attends de lui. Paraphrasant des propos de maître Eckart, on pourrait dire qu'il s'agit de "voir l'autre tout nu dans son vestiaire", avant que l'aidant ne le revête de tout ce dont il souhaite le voir revêtu. Il s'agit d'éviter toute violence, car est violence tout acte, non-acte, attitude, etc. qui vise à obtenir autre chose d'un sujet que ce que celui-ci n'aurait pas fait spontanément. On admet toutefois des violences "constructives" en pédagogie notamment, mais on sait aussi que le cadre peut parfois en être excessif. Or, comme toute forme de relation d'aide, la communication facilitée est un risque d'extrême violence. On peut, par exemple, induire quelque chose qui ne correspond pas au désir profond de l'autre. Mais, bien heureusement, le contraire est aussi possible. Etre sans attente pour percevoir l'autre. La "violence éducative" veut accompagner le développement de l'autre; mais il y a toujours un risque que passe de la violence destructrice, à travers notre comportement. Une possibilité existe cependant de résoudre le problème: être "sans attente", en se faisant disponible ou sur le chemin de la disponibilité. Maître Eckart formule cela ainsi: "Moins j'ai d'attente et plus je peux percevoir l'autre." On pourrait voir l'éthique comme l'art de transmuter de la violence destructrice en violence constructrice. C'est un chemin de 3 Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 Cette conclusion ne pouvait que satisfaire les praticiens en CF qui ont inscrit ces exigences clairement dans leur charte éthique et leurs programmes de formation. non-violence et, pour le réaliser, trois conditions sont indispensables: formation permanente, supervision et intervision, être sur un chemin de "surprenance". Un autre regard sur le handicap Pour moi qui ai déjà appris les bienfaits de l’intériorité, il est plus facile d’accepter les limites de mon corps. Par ces limites, je permets à l’autre de grandir dans l’aide qu’il m’apporte. Je semble être la plus démunie mais c’est moi qui mène le bal. Je permets à l’autre de découvrir sa propre richesse dans la relation d’aide à l’autre. Dans nos corps déficients, nous sommes des révélateurs pour le bien portant, c’est pourquoi nous serons toujours là, comme une armée de penseurs. Nous sommes les guerriers de la révélation, la révélation de ses richesses intérieures. Quel est l’emblème de ces guerriers ? Un cœur d’or ouvert sur l’espace ou le ciel. L’oiseau, qui peut être un aigle ou un albatros, est l’emblème, ou plutôt le symbole, de l’Etre libéré de ses entraves terrestres. Nous volons comme les oiseaux et sommes plus libres que vous, entravés dans votre corps qui se meut par lui-même mais qui vous empêche d’expérimenter la joie de découvrir d’autres plans, sauf pour ceux qui s’éveillent par un retour, une reconnaissance de leur intériorité. Caroline Facilitée par Line, sa maman CF et la personne âgée avec un handicap mental Catherine Donnet, art-thérapeute et facilitante ***** Au cours de mes années de pratique les demandes pour des séances de CF et de PF (peinture facilitée) se sont plus souvent tournées vers les enfants ou les jeunes adultes. Cependant quelques unes ont aussi concerné les personnes âgées. Cela fut pour moi l’occasion de rencontrer nouvellement le troisième et quatrième âge en institution, de recevoir de la part de ces personnes leurs confidences et de pouvoir ainsi les accompagner dans cette étape importante de leur vie. Si pour tout être humain il est difficile de vieillir, de sentir ses forces corporelles décliner inexorablement, qu’en est-il du vécu des personnes qui portent en plus, et quotidiennement un handicap mental ? Y a-t-il pour elles possibilité d’accueillir ce moment et d’en tirer sagesse et grandeur ? Les textes, que je désire ici partager, sont le fruit d’un travail de plusieurs années, les séances n’étant pas toujours régulières vu les problèmes de santé qui jalonnent cette période de la vie. J’ai pu constater que ces 4 Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 - « Suivre des sédentaires comme nous c’est glisser dans des abîmes sans fond. » personnes passent par trois étapes qui parfois se chevauchent : - la souffrance de la vieillesse au présent - le retour sur le passé - préparer l’avenir Si autrefois ces personnes étaient capables de se mouvoir plus facilement, si certaines étaient même expertes en fugues en déjouant la vigilance des éducateurs, elles ne peuvent souvent aujourd’hui se déplacer qu’avec de l’aide, parfois avec une canne ou en chaise roulante. C’est donc inévitablement vers un autre monde qu’elles se tournent. C’est dans ce voyage intérieur fait d’expériences et de souvenirs que nous pouvons les accompagner pour ne pas les laisser glisser vers des abîmes sans fond où elles risquent de perdre contact avec la vie qui les entoure, avec "notre réalité". Souvent dans les premières rencontres la souffrance s’exprime, décrivant la difficulté physique ou psychique au quotidien : - « Usée de partout, oppressée jusqu’au cœur. » - « Je me durcis d’habitudes, butant sur ma détresse. Cachot de murs durables, hideuse vie menottée. » - « Fatiguée ne veut pas dire dormir plus mais jonchée de regrets. Je suis bonne à rien. » - « Dur de vivre sans passion. Solitude forcée. Le bonheur impossible fuit. » - « Ici, désespoir, faiblesse, fatigue. Avec toi j’aimerais dessiner cassure de vie. » - « Je t’attends avec joie. Je suis trop seule, J’ai pu remarquer que la peinture et ses c’est dur. Vie des handicapées nettoyée par couleurs d’arc-en-ciel ont participé pour joyeuses couleurs. » certaines personnes à "l’échelle de survie", - « Je jouis de ce cours de peinture contre leur offrant dans ce moment difficile, un la ruine de mon corps. Mon âme se laisse bel accompagnement non seulement pour perfectionner. Tout s’apprend même le descendre en soi mais aussi remonter vers grand art, idiot de ne chercher que ce qu’on le monde extérieur et renouer avec le quotidien. 5 Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 - Moi, quand j’étais jeune, ignorante du handicap, turbulente du matin au soir. Souvenir très ensoleillé, maman me prenait contre son cœur. Les hommages viennent toujours trop tard. » Plusieurs autres séances se dérouleront sur le thème de la famille, des parents, de la séparation en institution, jusqu’à ce qu’une nouvelle compréhension s’installe et que l’apaisement pénètre l’âme. Ce travail qui mène parfois jusqu’au pardon, unifie avec bonheur la personne âgée. La santé, le moral, les relations s’améliorent. connaît. Irascibles sont les vieux, grande docilité avec moi !» - « Combien de destruction, combien de peur… Moi je grave la paix. » Puis comme dans toute biographie, le tapis des souvenirs se déroule et nombreux sont ceux qui résonnent avec l’enfance. Je suis alors étonnée de voir combien les souvenirs de la petite enfance reprennent vie. En tant que facilitante, je deviens témoin d’une histoire très ancienne qui peut se panser aujourd’hui. A titre d'exemple, voici l'expérience qui suit. Le moment est important. Henriette qui, souvent nerveuse pousse le pinceau d’un geste brusque, se penche avec une douceur inconnue sur sa peinture. Elle peint un petit enfant habillé de jaune, traversant un jardin en fleurs. - « Qui est-ce ? Si l’un des mouvements de l’âme humaine est de se tourner vers son passé pour remettre de l’ordre dans la vie écoulée, l’autre mouvement est de regarder courageusement vers l’avenir proche pour préparer le dernier passage. trop nerveux. Par la peinture, j’apprends la délivrance de mes peurs. » Il est essentiel que l’angoisse puisse être déposée et écoutée avec attention pour pouvoir se tourner ensuite vers de nouveaux horizons. La mort de ceux qui les entourent, parfois la mort d’un membre de leur famille rappelle inexorablement leur propre mort - « Effrayé j’attends la mort. Usé je m’en vais. Jamais avec un éducateur, seulement moi. Perte du peu que j’ai. Il ne reste plus rien. » Celle qui me disait quelques mois plus tôt : - « J’apprends la délivrance de ma peur. Mes peurs sont organisées depuis longtemps au fond de moi. - Quelle peur ? - « Catherine, je manque le train du mourir. - Le train ? - Oui le train du grand sommeil. Jamais je ne me couche facilement la nuit. Je suis 6 Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 - Manque d’ossature, je suis sans famille. » partage en CF, à la suite de ce travail, ces mots si rassurants : - « Mon père attend aussi de l’autre côté de l’océan de la nuit. La vie est une. Croire que ma famille est avec moi. » Devant une telle transformation de la conscience, comment ne pas être émerveillé ? - « Quand le moment est proche, la lampe s’éteint. Pour les hommes, ce n’est pas dur, ils laissent faire. » Cette conviction de savoir que quelqu’un les aime et les attend, apparaît chez chacun au cours des conversations. - « Mon frère est mort. Vie meilleure pour lui. - Il est mort et il est toujours en vie ? - Bien sûr, la traversée noue les deux côtés de la vie. Noblesse de le graver dans notre cœur. La vie est unique. » Comme la précieuse graine, contenant en son germe la future plante, accepte de s’adonner au vent d’automne pour naître sur une nouvelle terre, ainsi la personne âgée handicapée nous montre le chemin du lâcher-prise… conduisant naturellement au grand but de la Vie! Débarrassée de tout le mental qui nous angoisse, il se pourrait qu’elle passe la dernière épreuve plus aisément que nous ! - « J’attends ma maman. Dans le ciel ma famille se trouve. » - « La mort, don de notre Dieu puissant, L’or du pouvoir dans les mains des hommes est mal compris. Je suis sans pouvoir mais je victoire moimême ! Jugeotte faible mais finalement bien plus de joie ! » - « A moi d’oser apprivoiser la mort. J’ai le sentiment d’ouvrir des nouveaux chemins. Moi j’ai besoin de savoir. Dernier retour. » - « Paysages ouverts au ciel La mer pour rêver La mort est le retour dans l’océan de Vie. » 7 Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 A l’écoute de personnes en situation de handicap mental parlant de la mort Marc Berney, MSP ***** Lors de mon travail de fin d’études de Maître Socioprofessionnel (MSP) à l’école d’études sociales et pédagogiques de Lausanne (éésp), j’ai effectué une recherche traitant de la compréhension de la mort qu’ont les adultes en situation de handicap mental. Ce mémoire* décrit une recherche-action menée avec des personnes résidant au Centre Social et Curatif “Le Château” CH - 1040 StBarthélemy (C.S.C.). J’ai choisi ce thème suite à des discussions périodiques au sujet de la mort apportées par les travailleurs de l’atelier jardin où j’exerce l’activité de MSP et après une réflexion qui m’a amené à penser que le handicap vécu par ces personnes pouvait les empêcher d’élaborer des représentations de la mort propres à apaiser les questions soulevées par ce sujet. Ce questionnement m’a amené à poser l’hypothèse suivante: “Les croyances au sujet de la mort élaborées par les personnes en situation de handicap mental sont semblables à celles que partage la majorité de la population de notre société.” représentations de la mort que chacun avait. Les participants à l’organisation ont choisi de créer des panneaux sous la forme de photo-langage. J’ai comparé les croyances qu’ils y avaient exprimées avec celles décrites dans le référent théorique que j’avais choisi*. Cet exercice m’a fait saisir que certains participants n’avaient pas totalement élaboré leurs représentations de la mort, notamment l’un d’eux qui m’affirmait qu’il ne mourrait pas, même s’il savait que tous les autres humains décèdent obligatoirement un jour ou l’autre. Cette affirmation implique qu’il est possible de ne pas comprendre l’universalité de la mort. L’analyse de cet aspect dynamique des informations récoltées nécessitait une nouvelle trame permettant la lecture du cheminement de chaque participant au cours du processus de compréhension de ce qu’est la mort. J’ai donc extrait les différentes phases de ce parcours dans un tableau que j’ai intitulé: “Processus de Thanatodokimatie”. PROCESSUS DE “THANATODOKIMATIE” Le C.S.C. fête régulièrement les manifestations religieuses et autres jours fériés dans le but d’apporter aux résidents des repères facilement identifiables dans l’écoulement du temps. La fête de la Toussaint y est elle aussi fêtée. Elle m’a paru un excellent moyen d’aborder un travail traitant de la mort avec les résidents puisqu’elle concerne le sujet sans être quelque chose de nouveau pour eux. Un groupe de volontaires constitué de cinq personnes de l’atelier jardin a donc organisé cette manifestation. Comme cette fête sert à se souvenir des personnes décédées, j’ai proposé à ce groupe de montrer à leurs co-pensionnaires où ces personnes pouvaient être et ce qu’elles pouvaient faire maintenant selon les Suite à la réflexion exprimée plus haut qui m’a amené à penser que le handicap vécu par les travailleurs de l’atelier jardin pouvait les empêcher d’élaborer des représentations de la mort, j’ai compris qu’une croyance est issue d’un processus partant du vécu de chacun par rapport à la confrontation à la mort. C’est une projection de soi sur la situation de la personne décédée qui permet la compréhension de ce qu’est la mort et anime la conception de croyance qui s’ensuit. Le référent théorique choisi a servi à observer et analyser ces croyances à partir 8 Fleur de Parole numéro 6 « Moi, je ne meurs pas » même si toute la démarche de compréhension n’avait pas été menée à terme. Suite à une observation approfondie, il est possible de définir quelle position occupe la personne concernée dans ce processus représenté par le schéma ci – dessous : des différentes manières d’appréhender la mort qui y sont décrites. J’ai toutefois observé que les personnes qui ont de la difficulté à appréhender les étapes de réflexion permettant la construction de représentations de la mort pouvaient contourner ces dernières pour élaborer et vivre une croyance en disant par exemple : Vivre sa vie. Se confronter à la mort. Octobre 2008 Comprendre et concevoir ce qu’est la mort. Elaborer une croyance pour contrer l’angoisse qui serait issue de cette compréhension. Vivre avec sa croyance. Il est intéressant de savoir que cette recherche – action a été effectuée entre août et novembre 2006, car je constate maintenant en 2008 une évolution par rapport au parcours du processus de Thanatodokimatie chez la personne qui affirme qu’elle ne mourra pas. Ses paroles et ses questionnements montrent clairement qu’elle poursuit son cheminement par rapport à la mort. Le fait d’avoir approché la compréhension de cette personne dans un travail de groupe me permet de percevoir le sens de ses dires par rapport au thème concerné et de l’accompagner dans ses interrogations au jour le jour. Afin de concrétiser le processus que j’ai identifié et dans le but de le reconnaître facilement dans le texte de mon mémoire, j’ai nommé cette manière d’appréhender le processus de formation d’une croyance: “Thanatodokimatie” (du grec: “Thanatos”: mort et “dokimadzo”: discerner, éprouver, examiner, sonder, essayer, apprécier, approuver). Le processus dont il est question se compose, comme on le voit, de différentes étapes. Mon observation s’est portée sur la manière dont ces étapes sont vécues par les participants à ma recherche. La confrontation des informations récoltées au travers des deux moyens d’analyse choisis m’a permis de constater que les personnes qui avaient parcouru le processus jusqu’au bout élaboraient des croyances semblables à la majorité de la population de notre société. Celles qui ne semblaient pas être interpellées par notre travail traitant de la compréhension de la mort ne paraissaient pas avoir abordé une réflexion par rapport au processus de Thanatodokimatie. Et celles qui n’avaient parcouru que partiellement ce processus ont utilisé une rocade pour contourner la compréhension de l’universalité de la mort. • • 9 Berney, M. (2008). A l’écoute de personnes en situation de handicap mental parlant de la mort. Lausanne : éésp. Dastur, F. (1998). Comment vivre avec la mort. St-Sébastien-sur-Loire : Pleins Feux. Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 Quand la porte s'ouvre vers un ailleurs inconnu Michel Marcadé, praticien-formateur CF ***** Madame N. ne parle plus. Elle a passé les 80 ans. Parfois un mot, une courte phrase sortent de ses lèvres entrouvertes. Les yeux sont le plus souvent clos. Le corps ne bouge plus ou très peu. Les déplacements se font en fauteuil roulant. Elle est atteinte du syndrome d'Alzheimer. Dans l'établissement pour personnes âgées où elle termine son séjour sur terre, la chambre de Madame N. est imprégnée d'une ambiance particulière. Musique classique en fond sonore quasi permanent, l'oiseau dans la cage, les fleurs. Malgré le lieu institutionnel, tout baigne dans le calme et la paix. Le mari de Madame N., arrivé avec elle deux mois plus tôt, n'est plus là. C'est dans ce contexte que je prends la main de Madame N. au-dessus de mon clavier. Elle n'ouvrira pas les yeux durant les vingt minutes que dure la séance. oui toujours les fleurs m'ont accompagné dans ma vie je dois faire dans mon voyage le jardin des fleurs - Quel voyage ? faire voyage avec les fleurs après la vie je voudrais - Souhaitez-vous que je revienne ? oui je peux vous dire des choses il faut dire des choses très bien tout à fait d'accord pour dire avec vous les choses que j'oublie oui faire les autres fois - Puis-je partager avec d'autres ce que vous avez écrit ? faites avec prudence je veux garder des choses pour moi - Aujourd'hui, il y a des choses que je peux dire ? oui pour les fleurs je veux bien" Lors de la 3ème séance, Madame N. m'attendait, les yeux ouverts. Elle les garda ouverts toute la séance. Il s'écrit: "Je suis pas très bien et je suis avec mon mari toujours être pas très bien avec lui parti sans lui faire mourir moi dans l'oubli je veux il disait: pourquoi il faut mourir de vieillesse il disait souvent: je veux partir très tôt avec mon esprit clair je dois faire avec la vie - Vous avez le sentiment que ce n'est plus vous qui faites la vie ? (léger sourire) faire la vie je ne peux plus - Vous capitulez ? je ne capitule pas je subis - Parlez-moi de votre plus beau souvenir ? faire mon damier de fleurs dans mon jardin oui j'ai toujours aimé les fleurs moi et sans elles je vais mourir grand malheur de vivre sans les fleurs il faut les fleurs pour vivre Elle exprima par écrit des souhaits précis concernant son inhumation et put répondre aux questions d'une soignante au sujet de sa santé et de son alimentation. Elle souhaitait que je revienne. La semaine suivante, Madame N. se plaint de ne pas pouvoir parler pour remercier les personnes qui s'occupent d'elle, alors qu'elle le faisait toujours autrefois. Lors de la 5ème séance, elle évoque son mari, dit qu'elle le voit. "il est là avec moi je ne peux pas parler avec lui mais je le vois il me sourit et je l'entends il est très heureux parce que j'écris et il me parle je vois ses lèvres bouger et je couds les miennes pour voir plus dans son âme 10 Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 Alors s'écrit: "merci" et Madame N. qui a les yeux clos et n'a pas ouvert la bouche depuis le début, entrouvre les lèvres pour laisser échapper un merci furtif. je crois qu'il est dans ma chambre près de vous et il est vraiment content de me voir écrire je dois écrire pour garder un fil avec la vie il faut partir mais je ne suis pas prête" Arrive la 7ème séance. Comme d'habitude, je salue Madame N. clairement en entrant. À ma grande surprise, j'entends sa réponse claire: "Bonjour Monsieur", puis plus rien. Et il s'écrit sur le clavier: "je vous remercie pour tout avec mon sentiment de perdre la vie je peux mourir maintenant je suis prête" Puis elle conclut la séance ainsi: "faire voir à vous mes images me réjouit et je cache ma faiblesse de mourir tout est dit oui tout est dit" La semaine suivante, a lieu la 6ème séance. Le soleil entre par la fenêtre de la chambre et Madame N. s'en réjouit. Puis elle évoque sa situation de fin de vie. Elle répond ensuite par écrit à quelques questions posées par les infirmières concernant ses problèmes de digestion. Puis: "je devrais faire confiance mais je m'accroche à la vie il y a une porte à ouvrir nouvelle vie devant moi me fait peur" "je peux partir je veux devenir papillon" Le lendemain matin à 4h, Madame N. cessait de respirer. Me vient l'image de la chenille qui se transforme en papillon et je la propose oralement à Madame N. Textes de personnes facilitées sur le thème « le sens de la vie » Venir cabossée sur la terre relèvera plein de défis. A savoir : - S’accepter dans ce corps sans voix. - Etre toujours guidée. - Fermer ses yeux du regard de l’autre. - Etre avec des contraintes de vie sans choix en institution. Moi, la vie d’handicapé est difficilement acceptable par le fait que ma liberté est très effacée. Le sens de la vie serait pour accepter et rechercher la bonté des gens. Je freine les rencontres, je m’isole, le sens de ma vie devrait être l’accueil de l’autre et pourtant je fuis. Vivre avec l’autre cela devrait être joyeux Michèle 11 Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 Dans la vie les échecs se transforment si l’on sait être ouvert du cœur et victorieux dans la pensée. Moi, le début de ma vie a été l’abandon et j’arrive en fin de vie pour connaître la souffrance de mère de m’avoir confiée aux autres. Moi, je suis heureuse de retrouver mon cœur d’être vivante. Moi, je suis éclose avec les nouvelles de ma famille anciennement disparue. Le retour de ma famille a donné sens dans ma vie d’attente. Hélène Le plus important dans la vie est de trouver sa place et de comprendre pourquoi on est là. Moi j’ai mis de nombreuses années pour trouver le sens de la mienne. J’ai été coupé de ma famille quand j’étais très petit et je me sentais perdu et inutile. Mais ma sœur m’a retrouvé et je l’ai vue. Nous sommes chacun comme la moitié de l’autre. Le ciel de ma vie s’est éclairé quand j’ai vu mon reflet dans ses yeux. Je sais maintenant que je suis là pour elle et que je suis important pour elle. Ma vie s’est transformée et je suis heureux Bruno La vie est un précieux cadeau, Dont nous devons préserver le côté mystérieux. L’emballage est très important et à ouvrir avec précaution, Lentement et avec application. Petit à petit le contenu se révèle et prend forme devant nos yeux. Il se crée au fur et à mesure de notre vie, Et se relie à tous ceux qui nous entourent. Le sens de la vie se fait jour et illumine notre passé. Il est l’aboutissement et retrouve sa place, Par la valeur que nous y mettons. Sophie 12 Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 Petite chronique des voyages de David Facilité par sa maman, Catherine ***** David est un jeune homme de 26 ans polyhandicapé et de ce fait réduit à une immobilité forcée qui s'est révélée au gré de ses déplacements moins forcée que prévu et pour ainsi dire transcendée par les voyages entrepris pour lui par sa famille; dans cette petite " chronique " il lui tient à cœur de raconter quelques épisodes qui ont émaillé ses expériences de voyageur depuis maintenant plus de 20 ans. Je vois encore ses yeux très bleus hypnotisés par notre équipage. Moi dans mon fauteuil je sens maman gagnée par une interrogation muette qui va bientôt tourner en vrai malaise, elle cherche papa des yeux et le repère dans la file qui conduit aux chicken nuggets, quand elle se retourne le camionneur se tient là devant nous, intense et sans hésitation. « Il a de la chance, dit-il sans me regarder mais nous savons tous qu’il parle de moi. Moi mon papa est parti quand j’avais quatre ans alors ma maman m’a pris et m’a déposé sur le paillasson des voisins comme elle l’aurait fait du sac poubelle, sans un mot elle m’a laissé là. » Il a répété « un sac poubelle » et j’ai bien vu le bleu troublé de ses yeux dire le choc intact de ce double abandon sur le palier des voisins avant « toutes les autres familles d’accueil qui allaient suivre ». Il semblait si fragile et cette fois me regardait en murmurant au bord des larmes « Il a de bons parents, God bless you ». Cette bénédiction de sa part dans ce lieu de transit avait des allures clandestines, comme moi au fond, je me sens assez passager clandestin de l’existence, en transit aussi à apprivoiser l’incertitude des jours. Ce n’est pas la première fois qu’on m’envie, ce n’est pas non plus la moindre des surprises que recèle le voyage. Petite chronique de mes voyages « extrapossibles », comme on dit de certaines choses qu’elles sont « extra-ordinaires ». C’est là, au centre de l’extrême limitation que s’exprime parfois un espace inattendu de liberté. Et donc moi je voyage et j’aime ça, surtout quand ça devient loufoque, ou extravagant, ou sublime, souvent les trois à la fois. LE BLUES DU CAMIONNEUR Sur l’autoroute qui relie New York à Philadelphie les aires de repos avec stations-essence et restoroutes s’égrènent comme les gués dans l’eau du torrent. Je connais bien le lieu pour m’être arrêté souvent lors de multiples trajets précédents : on mange, on boit, on s’assied un moment ; à la table en face de nous, un camionneur bien costaud se fige devant son assiette et nous regarde fixement. 13 Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 Vous avez la parole Votre avis et vos questions, vos textes nous intéressent. N’hésitez pas à nous écrire. Prochaine parution de FLEUR DE PAROLE : avril 2009 Prochain thème d’écriture en CF : « La nature retrouve ses couleurs » Vos textes sont à envoyer avant le 01 mars 2009 à : Marie-Claire Opoczynski, 3 imp. des Noisetiers, F-25370 LES HOPITAUX-NEUFS Courriel : [email protected] Adresse du secrétariat CF Romandie Christiane Doll CF-Romandie, CP 12, 1162 St-Prex Courriel : [email protected] Sites Internet CF-Romandie : Michel Marcadé : TMPP : http://www.cf-romandie.ch http://www.effeta.org http://www.tmpp.net/ Agenda Table Ronde pour les directeurs, médecins et facilitants d’institutions où la CF est pratiquée : 08 novembre 2008 de 9h30 à 12h Au CSC « Le Château » 1040 St-Barthélemy Assemblée générale : 21 février 2009 à l'institution La Branche à Savigny Table ronde avec les facilités : 09 mai 2009 Journée pour les facilitants : 14 juin 2009 à Paris Thème "Accompagner les facilitants" Assemblée générale TMPP, le 15 mars à Paris Thème : "Accompagner des personnes en fin de vie" 14 Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 Formations CF1 27-28 nov. 2008 30-31 janv. 2009 05-06 mars 2009 23-24 mars 2009 16-17 oct. 2009 CF2 20-21 nov. 2008 28-29 mars 2009 06-07 avril 2009 15-16 mai 2009 01-02 oct. 2009 20-21 nov. 2009 CF3 25-26 mai 2009 03-04 juin 2009 03-04 oct. 2009 CF4 09-10 oct. 2009 09-10 oct. 2009 CF5 22-23 nov. 2008 17-18 sept 2009 Lausanne/Morges Nantes Lausanne/Morges Paris Paris Paris Toulouse Paris Nantes Lausanne/Morges Paris Paris Lausanne/Morges Toulouse Nantes Paris Lyon Lausanne/Morges Michel Marcadé Michel Marcadé Michel Marcadé Patrice Le Roux Patrice Le Roux Michel Marcadé EFFETA FRAPP EFFETA TMPP TMPP TMPP SESAME TMPP FRAPP EFFETA TMPP TMPP EFFETA SESAME FRAPP TMPP T4FEUILLES EFFETA EFFETA, M. Marcadé, 5 Ch. de la Bergère, CH-1188 GIMEL 0041(0)21 828 21 51 [email protected] http://www.effeta.org FRAPP, Patrice Le Roux, 3 rue de Chateaubriand, F-44000 NANTES 0033(0)2 51 88 96 22 [email protected] TREFLE A QUATRE FEUILLES, Andrée Studlé, 7 Rue de la Compassion, F-69530 BRIGNAIS 0033(0)4 72 31 04 47 [email protected] Association SÉSAME, Dominique BIAU, 2520 route de l'Amanarre, F-83400 HYERES 0033(0)4 94 63 18 00 [email protected] TMPP, Janine Lioret, 6, Villa Carman, F-92160 ANTONY (PARIS) 0033 (0)1 47 70 35 46 [email protected] http://www.tmpp.net Ateliers d’entraînement à la CF Lieu : Fondation Perceval, Cafétéria la Passerelle, CH-1162 ST-PREX Dates et heures : 22 nov. 08, 13 déc. 08, 17 janv. 09, 07 fév. 09, 14 mars 09, 25 avril 09, 16 mai 09, 20 juin 09, 04 juillet 09, de 9h30 à 12h00 Isabelle Courrier : Impasse au Loup, CH-1147 MONTRICHER Tel : 021 801 50 83 Courriel : [email protected] Catherine Donnet : Epondaz 7, CH-1162 ST-PREX, Tel : 021 806 46 42 Courriel : [email protected] 15 Fleur de Parole numéro 6 Octobre 2008 Intervision pour les facilitants dès le niveau CF 3 Lieu : Fondation Perceval, 1162 ST-PREX, VD Date et heure : 24 janvier, de 9h30 à 17h Responsable : Catherine Donnet, Rue Epondaz 7, 1162 ST-PREX, Tel 021 806 46 42 Courriel : [email protected] Lieu : Centre social et curatif Le Château, 1040 ST-BARTHELEMY, VD Dates et heures : Les samedis 21 mars 2009 et 26 septembre 2009, de 9h30 à 16h00 Responsable : Marie-Claire Opoczynski, 3 Imp. des Noisetiers, 25370 Les HOPITAUXNEUFS, France Tel : 0033 381 49 05 34 Courriel : [email protected] 16