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DOSSIER PÉDAGOGIQUE HISTOIRE D’UNE VIE création théâtre | texte Aharon Appelfeld | traduction Valérie Zenatti (Éd. de l’Olivier) | mise en scène Bernard Levy MARDI 10 › JEUDI 19 MARS 2015 MARDI ET VENDREDI À 20H30, MERCREDI, JEUDI ET SAMEDI À 19H30 DIMANCHE À 16H M° LIGNE 13 MALAKOFF-PLATEAU DE VANVES - PÉRIPHÉRIQUE PORTE BRANCION THEATRE71.COM SCÈNE NATIONALE DE MALAKOFF 3, PLACE DU 11 NOVEMBRE – 92240 MALAKOFF 01 55 48 91 00 SERVICE RELATIONS PUBLIQUES [email protected] Béatrice Gicquel 01 55 48 91 06 | Solange Comiti 01 55 48 91 12 | Émilie Mertuk 01 55 48 91 03 SOMMAIRE › Générique page 1 › Une quête universellepage 2 › Le passé, même le plus dur, n’est pas une tare ou une honte, mais une mine de viepage 3 › Regards sur Aharon Appelfeldpage 4 › L’équipe artistiquepage 5 › Extraitspage 6 › Pour aller plus loinpage 8 HISTOIRE D’UNE VIE l’équipe artistique création théâtre | texte Aharon Appelfeld | traduction Valérie Zenatti (Éd. de l’Olivier) | mise en scène Bernard Levy assisté de Jean-Luc Vincent avec Thierry Bosc adaptation Jean-Luc Vincent et Bernard Levy | scénographie GIulio Lichtner | lumières Christian Pinaud | costumes Séverine Thiébault | son Xavier Jacquot | vidéo Romain Vuillet durée env. 1h10 âge conseillé à partir de 16 ans production déléguée Scène Nationale de Sénart | coproduction Compagnie Lire aux éclats, MC2: Grenoble, L’Espace des arts Scène Nationale de Chalon-sur-Saône, Scène Nationale d’Albi, La Passerelle Scène Nationale de Saint-Brieuc, Scène Nationale de Sénart | La Compagnie Lire aux éclats est subventionnée par la DRAC Île-de-France 1 UNE QUÊTE UNIVERSELLE Ce sont différents lieux de vie qui se sont enchaînés les uns aux autres dans la mémoire, et convulsent encore. Une grande part est perdue, une autre a été dévorée par l’oubli. Ce qui restait semblait n’être rien, sur le moment, et pourtant, fragment après fragment, j’ai senti que ce n’étaient pas seulement les années qui les unissaient, mais aussi une forme de sens. J’ai découvert l’ œuvre d’Aharon Appelfeld il y a plus de dix ans. La complexité de son univers fictionnel, la simplicité de sa langue et la sensibilité de ses interrogations me touchent à chaque nouveau livre que je lis. En 2004, paraissait Histoire d’une vie (Prix Médicis étranger), son premier livre explicitement autobiographique. Je fus frappé par la force du combat qu’il y décrit : son combat pour devenir écrivain en acceptant ce qu’il est et d’où il vient. C’est ce parcours que je désire aujourd’hui mettre sur scène. Je ressens une proximité unique avec cet écrivain. Ce qu’il écrit fait sans doute écho à ma propre vie, non dans les faits bien sûr, mais dans cette volonté farouche de s’arracher à tout déterminisme en écrivant sa propre histoire. Lui par la littérature, moi par le théâtre. Le parcours d’Aharon Appelfeld est unique : orphelin à 8 ans, il va s’échapper d’un camp ukrainien et errer seul dans les forêts jusqu’à la fin de la guerre. À 13 ans, il débarque en Israël. Commence alors la lente et douloureuse prise de conscience de sa vocation littéraire. Il est aujourd’hui l’un des plus grands écrivains israéliens vivants. Il a 80 ans et vit à Jérusalem. Cette trajectoire est pour moi celle d’un véritable héros. Histoire d’une vie, c’est le récit à la première personne d’une lutte. Une lutte pour reconstituer sa mémoire, pour accepter de trouver le silence qui l’a entouré pendant la guerre et le faire revenir vers lui, car « dans ce silence était cachée mon âme ». Une lutte pour ne pas perdre sa langue maternelle tout en acceptant d’en faire sienne une autre, l’hébreu. Un combat permanent entre le présent, celui de l’homme nouveau israélien, et le passé, celui de l’enfant juif rescapé des camps. L’écriture est simple, économe. Elle mêle fragments de mémoire et réflexions sur la langue, la mémoire et l’identité, avec une grande finesse et une grande émotion. J’ai le sentiment que le théâtre peut naître de cette parole, de ce drame constitué par la lutte d’un homme pour devenir lui-même. À travers la voix d’un acteur, la musique, si présente dans l’ œuvre d’Appelfeld, le mélange des sons et des langues, on pourra faire entendre et amplifier cette écriture unique et donner à voir le combat d’un homme traversé par des forces contradictoires. Paradoxalement, du récit d’une vie si singulière se dégage l’universalité de la quête menée par tout homme : la quête d’une histoire individuelle et personnelle que l’on construit à la fois avec et contre les déterminismes historiques et culturels. Bernard Levy, Jean-Luc Vincent 2 LE PASSÉ, MÊME LE PLUS DUR, N’EST PAS UNE TARE OU UNE HONTE MAIS UNE MINE DE VIE Aharon Appelfeld est né en 1932 à Czernowitz en Bucovine (alors rattachée à la Roumanie). Ses parents, des juifs assimilés influents, parlaient l’allemand, le ruthène, le français et le roumain. La spiritualité simple de ses grands-parents, paysans, le marque à jamais. Il se souvient des villégiatures pastorales et des vacances d’été dans les Carpates, et évolue dans un véritable bain langagier : l’allemand, sa langue maternelle, le yiddish de ses grand-parents, le ruthène de cette Bucovine où il grandit, le roumain imposé par le gouvernement, plus tard l’ukrainien, un peu de russe, d’autres dialectes encore glanés ici et là. « Ma tête bourdonnait de langues, mais à la vérité je n’en avais pas une à moi. ». Quand la guerre éclate, sa famille est envoyée dans un ghetto. En 1940 sa mère est tuée, son père et lui sont séparés et déportés. À l’automne 1942, Aharon Appelfeld s’évade du camp de Transnistrie. Il a dix ans et se réfugie durant trois années dans les forêts ukrainiennes, trompant la vigilance antisémite (« Heureusement pour moi j’étais blond. ») et souffrant la brutalité obtuse des paysans qui l’exploitent il travaille. « Des années aveugles pour les enfants. » En 1944, il est finalement libéré par l’Armée Rouge, pour laquelle il fait le coursier, puis vagabonde avec un groupe d’adolescents orphelins, jusqu’en 1946, dans toute l’Europe, notamment les côtes italiennes, royaume du marché noir, mais aussi, enfin, de l’air et de l’eau. Grâce à une association juive, il embarque clandestinement pour la Palestine où il arrive en 1946. Sur les plages de Tel-Aviv, il est parqué par les Anglais dans le camp d’Atlit. Le jour, il travaille dans les kibboutzim, les camps de jeunesse, les écoles agricoles, la nuit, il se soumet à la rude discipline de l’hébreu, de la Bible, des poèmes de Bialik. Il arpente ce pays fébrile où chacun tente de renaître comme Juif : « À tous les coins de rue, des haut-parleurs tonnaient : « Plus jamais comme des moutons à l’abattoir ». Je désirais très fort trouver ma place dans cet élan grandiose, prendre part à l’aventure qu’est la naissance d’une nation. » Les années de service militaire, de 1950 à 1952, Hatzerim, furent des années de solitude et de désolation. Il se réfugie dans son journal. De 1952 à 1956, Appelfeld étudie à l’Université hébraïque, où enseignent notamment Martin Buber ou Gershom Scholem. Il s’initie à Kafka et Camus, aux classiques hassidiques, à la littérature hébraïque. Il est l’élève de Dov Sadan, Ernest Simon, Yehezkiel Kaufman, ou du poète yiddishisant Leib Ruchman, et se rapproche d’Agnon, futur prix Nobel de littérature. Il enseigne à son tour. À la fin des années 1950, il décide de se tourner vers la littérature et se met à écrire, en hébreu, sa « langue maternelle adoptive ». Son premier livre, Fumée, reçut en 1962 un accueil critique favorable : « Appelfeld n’écrit pas sur la Shoah mais sur les marges de la Shoah. Il n’est pas sentimental, il est tout en retenue. ». Et quand parut son court roman Comme la pupille de l’œil, Gershom Scholem en personne lui dit : « Appelfeld, tu es un écrivain. ». À la fin des années 1980, Philip Roth découvre son œuvre avec émerveillement et fait de lui l’un des personnages de son roman, Opération Shylock. Un demi-siècle plus tard, Aharon Appelfeld est devenu l’un des plus grands écrivains juifs de notre temps. Il vit aujourd’hui près de Jérusalem, avec sa femme et ses trois enfants. « Les gens de ma génération ont très peu parlé à leurs enfants de leur maison, et de ce qui leur était advenu pendant la guerre. L’histoire de leur vie leur a été arrachée sans cicatriser. Ils n’ont pas su ouvrir la porte qui menait à la part obscure de leur vie, et c’est ainsi que la barrière entre eux et leurs descendants s’est érigée. » À ce jour, ila publié une trentaine de livres, principalement des recueils de nouvelles et des romans. Il a reçu le prix Médicis étranger en 2004 pour Histoire d’une vie et le prix Nelly-Sachs en 2005 pour l’ensemble de son œuvre. 3 REGARDS SUR AHARON APPELFELD Aharon Appelfeld est devenu l’un des plus grands écrivains juifs de notre temps. Pourtant, il récuse avec énergie le statut d’« écrivain de la Shoah » dont on a voulu l’affubler. Il n’a jamais voulu être un chroniqueur. Il lui a fallu en effet se forger une langue et créer un monde bien à lui pour accéder à la vérité intérieure qui est l’objet même de sa recherche. Une langue péniblement arrachée au silence, puis au bégaiement, nourrie du yiddish qu’il apprend tardivement, cette « langue sacrée » que parlaient ses grands-parents, et qu’il n’avait pas le droit d’utiliser à la maison lorsqu’il était enfant. À la fin des années 80, Philip Roth découvre cette oeuvre avec émerveillement. Il comprend qu’il est en présence d’un écrivain exceptionnel, proche de Kafka et de Bruno Schulz par sa puissance et sa singularité. En France, Pierre Belfond, puis les Éditions Gallimard ont tenté dans le passé de l’imposer, sans y parvenir. Si nous reprenons aujourd’hui le fil de ce travail interrompu, c’est parce que nous sommes convaincus que l’œuvre d’Aharon Appelfeld est, enfin, devenue audible. C’est nous qui n’étions pas prêts à recevoir ces livres empreints d’une terrible douceur, et qui nous parlent, comme on murmure à l’oreille, d’un monde qui n’a jamais cessé d’être présent. Quatre ouvrages sont parus simultanément : deux de ses plus beaux romans, Le Temps des prodiges et Tsili, dans la collection « Points » au Seuil. Et deux inédits, Histoire d’une vie et L’Amour, soudain aux Éditions de l’Olivier. Dans Histoire d’une vie, Aharon Appelfeld nous livre des fragments qui sont autant de clefs pour la compréhension de son œuvre. L’éditeur Il m’est venu à l’esprit que, dans votre œuvre, la perspective des adultes ressemble à celle des enfants, avec ses limites... Je me demande si ce n’est pas un peu votre propre conscience d’enfant au seuil de l’Holocauste qu’on voit reflétée dans la simplicité avec laquelle l’horreur imminente est perçue dans vos romans. Philip Roth, entretien avec Aharon Appelfeld On n’a jamais mieux dit ce que sont la perte d’humanité et sa reconquête, ce que sont la déréliction et l’amour de la vie. Geneviève Brisac, Le Mond L’écartèlement entre deux mondes, deux cultures, la nécessité de concilier l’inconciliable, la rencontre avec l’écriture, Appelfeld en rend compte de façon éblouissante et bouleversante. Christine Gomez, Paris-match, Le Monde C’est l’une des splendides surprises de cette rentrée littéraire. Topo, Le Monde Une certaine conscience de l’absurde, les métamorphoses scellent une évidente proximité avec Kafka. Clémence Boulouque, Le Figaro Littéraire, Le Figaro 4 L’ÉQUIPE ARTISTIQUE BERNARD LEVY ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE Formé à l’EDA puis au Conservatoire national entre 1985 et 1988, Bernard Levy est metteur en scène et travaille comme comédien pour le théâtre et le cinéma. En 1994, il crée la compagnie Lire aux éclats, avec laquelle il met en scène Entre chien et loup, la véritable histoire de Ah Q de Christoph Hein, Saleté de Robert Schneider, L’Échange de Paul Claudel. Il participe avec d’autres metteurs en scène à deux créations collectives pour la Scène nationale de Sénart : en 1999, Histoires courtes, mais vraies, et en 2000, Donnez-nous des nouvelles du monde. Il est l’assistant à la mise en scène aux côtés de Georges Lavaudant pour L’Orestie, Fanfares et Un Fil à la patte. Après Un cœur attaché sous la lune (2002) de Serge Valetti, Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce (2003), Bérénice de Racine (2006), il crée Fin de partie de Beckett en 2006 à l’Athénée-Théâtre Louis Jouvet, Le Neveu de Wittgenstein de Thomas Bernhard créé en 2007 au Théâtre national de Chaillot, En attendant Godot de Samuel Beckett en 2009 à l’Athénée-Théâtre Louis Jouvet, et L’Échange de Paul Claudel en 2011 à l’Athénée-Théâtre Louis Jouvet. En 2011, il crée Didon et Énée de Henry Purcell, sa première mise en scène pour l’opéra. THIERRY BOSC JEU Issu du Théâtre de l’Aquarium, Thierry Bosc a travaillé depuis, notamment, avec Dan Jemmett, Guillaume Delaveaux, André Engel, Irina Brook, Matthias Langhoff, Stuart Seide, Hélène Vincent, Jacques Nichet, Claude Yersin, Jean-Pierre Vincent, Thierry Roisin, Jean-Paul Wenzel, Jean-Louis Hourdin, Carole Thibaut, Krystian Lupa… Avec Bernard Levy, il joue dans Fin de Partie et En attendant Godot de Samuel Beckett. Au cinéma, il a travaillé avec Costa-Gavras, Arnaud des Pallières, Arnaud Despléchin, Christine Laurent, Roger Planchon, Didier Bourdon, Fabien Gorgeart, Serge Lalou, Loïc Portron, Jean-Pierre Thorn, Frank Mancuso… › À propos de la pièce Fin de partie Du grand art : celui du metteur en scène et celui des comédiens à l’unisson avec celui du dramaturge. […] Du pur Beckett. Le metteur en scène a aujourd’hui d’autant plus de mérite que le tiers de cette pièce fameuse est constitué de didascalies et on sait que Beckett exigeait leur respect absolu. […] La pièce, dense, drôle et puissante, nous tient du début à la fin, servie par des comédiens exceptionnels. Pierre Assouline, Le Monde, octobre 2006 › À propos de la pièce En attendant Godot La mise en scène de Bernard Levy […] saisit par sa beauté, sa force, sa luminosité. Un travail très précis, très musical, très harmonieux et qui donne à la grande pièce du XXe siècle son statut de classique pour tous les temps. Armelle Héliot, Le Figaro, mars 2009 5 EXTRAITS Je me souviens très peu des six années de guerre, comme si ces six années-là n’avaient pas été consécutives. Il est exact que parfois, des profondeurs du brouillard épais, émergent un corps sombre, une main noircie, une chaussure dont il ne reste que des lambeaux. Ces images, parfois aussi violentes qu’un coup de feu, disparaissent aussitôt, comme si elles refusaient d’être révélées, et c’est de nouveau le tunnel noir qu’on appelle la guerre. Ceci concerne le domaine du conscient, mais les paumes des mains, le dos et les genoux se souviennent plus que la mémoire. Si je savais y puiser, je serais submergé de visions. J’ai réussi quelquefois à écouter mon corps et j’ai écrit ainsi quelques chapitres, mais eux aussi ne sont que les fragments d’une réalité trouble enfouie en moi à jamais. (...) Pendant de longues années, je fus plongé dans un sommeil amnésique. Ma vie s’écoulait en surface. Je m’étais habitué aux caves enfouies et humides. Cependant, je redoutais toujours l’éruption. Il me semblait, non sans raison, que les forces ténébreuses qui grouillaient en moi s’accroissaient et qu’un jour, lorsque la place leur manquerait, elles jailliraient. Ces éruptions se produisirent quelquefois, mais les forces du refoulement les engloutirent, et les caves furent placées sous scellés. Le tiraillement entre ici et là-bas, en haut et en bas, dura plusieurs années. Les pages qui suivent éclairent l’histoire de cette lutte, laquelle s’étend sur un front très large : la mémoire et l’oubli, la sensation d’être désarmé et démuni, d’une part, et l’aspiration à une vie ayant un sens, d’autre part. Ce n’est pas un livre qui pose des questions et y répond. Ces pages sont la description d’une lutte, pour reprendre le mot de Kafka, une lutte dans laquelle toutes les composantes de mon âme prennent part : le souvenir de la maison, les parents, le paysage pastoral des Carpates, les grands-parents et les multiples lumières qui abreuvaient alors mon âme. Après eux vient la guerre, tout ce qu’elle a détruit, et les cicatrices qu’elle a laissées. Enfin les longues années en Israël : le travail de la terre, la langue, les tourments de l’adolescence, l’université et l’écriture. Ce livre n’est pas un résumé, mais plutôt une tentative, un effort désespéré pour relier les différentes strates de ma vie à leur racine. Que le lecteur ne cherche pas dans ces pages une autobiographie structurée et précise. Ce sont différents lieux de vie qui se sont enchaînés les uns aux autres dans la mémoire, et convulsent encore. Une grande part est perdue, une autre a été dévorée par l’oubli. Ce qui restait semblait n’être rien, sur le moment, et pourtant, fragment après fragment, j’ai senti que ce n’étaient pas seulement les années qui les unissaient, mais aussi une forme de sens. Extraits de la préface de l’auteur 6 Où commence ma mémoire ? Parfois il me semble que c’est vers quatre ans, lorsque nous partîmes pour la première fois, ma mère, mon père et moi, en villégiature dans les forêts sombres et humides des Carpates. D’autres fois il me semble qu’elle a germé en moi avant cela, dans ma chambre, près de la double fenêtre ornée de fleurs en papier. La neige tombe et des flocons doux, cotonneux, se déversent du ciel. Le bruissement est imperceptible. De longues heures, je reste assis à regarder ce prodige, jusqu’à ce que je me fonde dans la coulée blanche et m’endorme. (...) À peine six mois auparavant j’avais des parents. À présent mon existence n’était plus que ce qui se déroulait devant mes yeux. Je volais quelques instants pour m’assoir au bord d’un ruisseau. Ma vie antérieure était si loin qu’elle semblait n’avoir jamais existé. Il fallait attendre la nuit pour que, dans mon sommeil, je me retrouve avec ma mère et mon père, dans la cour ou dans la rue. Le réveil au matin me faisait l’effet d’une giffle. (...) Plus de cinquante ans ont passé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Le cœur a beaucoup oublié, principalement des lieux, des dates, des noms de gens, et pourtant je ressens ces jours-là dans tout mon corps. Chaque fois qu’il pleut, qu’il fait froid ou que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, ou dans les forêts qui m’ont abrité longtemps. La mémoire, s’avère-t-il, a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l’odeur de la paille pourrie ou du cri d’un oiseau pour me transporter loin et à l’intérieur. (...) À un très jeune âge, avant de savoir que mon destin m’amènerait vers la littérature, l’instinct me murmura que, sans une connaissance intime de la langue, ma vie serait plate et insipide. Dans ces années-là, l’approche de la langue était par principe mécanique : « Acquiers des mots et tu auras acquis une langue », disait-on. Cette approche mécanique qui exigeait de s’arracher à son monde pour se transporter dans un monde sur lequel on n’avait guère prise, cette approche, donc, il faut le reconnaître, s’imposa, mais à quel prix : celui de l’anéantissement de la mémoire et de l’aplatissement de l’âme. 7 POUR ALLER PLUS LOIN › Nadine Vasseur et Daniel Mordzinski, Israël, terre d’écriture, Gallimard, 2008 Portrait de trente-six écrivains israéliens parmi lesquels Aharon Appelfeld, Alona Kimhi, Amos Oz, David Grossman, avec, pour chacun d’eux, une photographie et un texte éclairant son parcours et son œuvre. L’ouvrage est ponctué de photographies d’Israël de Daniel Mordzinski. › Masha Itzhaki, Aharon Appelfeld le réel et l’imaginaire, Harmattan, Espaces Littéraires, 2011 Aharon Appelfeld, dans son écriture unique qui touche l’au-delà, rend l’histoire juive contemporaine éternelle. Il crée un tissu à la fois fin et terrible où le passé lointain, le passé proche et le présent projettent un regard nouveau sur l’avenir. La fiction n’est que documentaire, la narration empruntée au vécu ; c’est pourquoi cette monographie est fondée sur des « va-et-vient » entre le réel et l’imaginaire, entre la vie et le récit, entre l’histoire véritable et l’histoire de l’histoire. › Collectif, Retours sur la question juive, Penser rêver numéro 7, printemps 2005 Par gêne, sans doute, par « correction », l’ère des retours (religieux, communautaires, identitaires) a relégué la question juive au rang de fantôme et tend à méconnaître les conditions psychologiques et historiques de ses émergences. Revenir sur les temps de l’invention de la « question » ou de ce que les psychanalystes appelleraient sa « construction » : ne pas se détourner du fantôme, le nommer. Veiller sur la question. > Tous les ouvrages d’Aharon Appelfeld sont traduits et publiés en France par les Éditions de l’Olivier, puis dans la collection Points Seuil, à l’exception de Adam et Thomas (École des Loisirs). ÉCLAIRAGES RENCONTRE « Aujourd’hui, je pense que le mot, c’est du camouflage, que le silence est la vraie langue. » Bernard Levy revient sur la détermination de l’homme et la force de la langue qui fait théâtre, dans une conversation animée par Jean-Pierre Han, ponctuée de lectures choisies et portées par François Leclère et un comédien. › sam 14 mars, 15h, à la médiathèque Pablo Neruda 24, rue Béranger, Malakoff Entrée libre sur réservation 01 55 48 91 00 ATELIER LE SOUFFLE DE LA CONFIDENCE Thierry Bosc revient sur En attendant Godot, Fin de partie et Histoire d’une vie, ses trois expériences d’acteur avec Bernard Levy. Nourri de ces trois aventures, il propose une exploration à partir d’un travail sur l’intention et le théâtre de la confidence. › week-end du 21/22 mars, à la Fabrique des Arts. 8 70 euros, tarif réduit 46 euros Renseignements et inscriptions 01 55 48 91 12 [email protected] ACCÈS La salle du théâtre est accessible aux personnes à mobilité réduite. Pour mieux vous accueillir, pensez à réserver 48h avant et à vous signaler à votre arrivée. métro 10 min de Montparnasse, ligne 13 station Malakoff-Plateau de Vanves, sortie 2 (à 3 min à pied du théâtre) bus 126 de la Porte d’Orléans – arrêt Gabriel Péri-André Coin bus 191 de la Porte de Vanves – Gabriel Péri-André Coin vélib’ / autolib’ à la sortie du métro et autour de la place voiture périphérique porte Brancion puis direction Malakoff centre-ville parking VINCI rue Gabriel Crié, entre le théâtre et La Poste BAR Ouvert 1h avant et 1h après les représentations, il vous accueille pour boire un verre, grignoter ou goûter ses spécialités maison. Un endroit convivial pour partager autour des spectacles. > si vous êtes nombreux, n’hésitez pas à réserver – Émilie Baboz 06 09 59 83 04 9 THEATRE 71.COM LE MALADE IMAGINAIRE LA TENTATION D'UN ERMITAGE AN OLD MONK YVONNE, PRINCESSE DE BOURGOGNE HISTOIRE D'ERNESTO LOLA FOLDING TEL QUEL ! CANNIBALES LA FABRIQUE DES ARTS GRAND FRACAS LA DOUCEUR PERMEABLE DE LA ROSEE HISTOIRE D'UNE VIE LE PREAMBULE DES ETOURDIS JEANNE CHERHAL ECLAIRAGES BRAHMS BRUCKNER MENDELSSOHN CINEMA MARCEL PAGNOL DU REVE QUE FUT MA VIE EMMA MORT, MEME PAS PEUR TIM TAOU JAZZ A MALAK ! CONCERTS BRUNCH THEATRE 71.COM M MALAKOFF-PLATEAU DE VANVES – PÉRIPHÉRIQUE PORTE BRANCION WWW.THeATRe71.COM 01 55 48 91 00 3 PLACE DU 11 NOVEMBRE 92 240 MALAKOFF
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