Les relais : un équipement routier au service de l
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Les relais : un équipement routier au service de l
Les relais : un équipement routier au service de l’économie en Gaule septentrionale Marie-Hélène CORBIAU Université de Namur Résumé : Les relais sont des infrastructures de services qui participent à l’équipement du réseau routier de l’Empire romain. Ils constituent une chaîne d’établissements logistiques assez régulièrement échelonnés afin de répondre aux besoins des voyageurs, de leurs attelages ou de leurs montures. Dans le cadre de leur appui technique, ils conditionnent le fonctionnement de tout déplacement ou transport et sont ainsi impliqués dans le développement économique des provinces. Les relais routiers devaient être nombreux, installés dans les villes et agglomérations, ainsi qu’isolés dans les zones rurales. Ils adoptent le plus souvent une architecture spécifique qui répond aux besoins de leur fonction. Ce sont des bâtiments de plan ramassé, aligné sur l’axe routier. Ils comptent plusieurs pièces, centrées sur un espace intérieur souvent assez vaste pour accueillir les attelages. On y accède par une porte charretière ouvrant en façade. Certains comportent des installations plus particulières comme des ateliers de forge. Leurs qualités topographiques et architecturales attirent l’attention sur leur capacité d’accueil du voyageur ou du transporteur. L’étude archéologique de l’organisation routière, conditionnée par la connaissance précise de l’itinéraire concerné, a mis en évidence de nombreuses implantations humaines et des établissements plus spécifiquement prestataires de services aux utilisateurs de la route, les relais, jalonnant les voies principales en Gaule septentrionale. Formant un réseau dense, ces étapes pouvaient satisfaire les nécessités techniques des déplacements et rendaient possible les contacts économiques et les initiatives commerciales. Abstract : The relays are infrastructure services that contribute to the equipment of the road network of the Roman Empire. They are a chain logistics facilities quite regularly staggered to meet the needs of travelers, their carriages and their horses. As part of their technical support, they condition the operation of any moving or transporting and are thus involved in the economic development of provinces. Road relays station should be numerous, settled in towns and cities, and isolation in rural areas. They usually adopt a specific architecture that meets Caesarodunum, XLIII-XLIV, 2009-2010, p. 95-119. Marie-Hélène CORBIAU the needs of their function. This is a building plan picked up, aligned on the road. They have several pieces, centered on an interior often large enough to accommodate the teams. It is reached by a cart door opening in front. Some facilities include more specific like forges. Topographical and architectural qualities attract attention to their capacity of the passenger or the carrier. The archaeological study of road organization, dependent on the precise knowledge of the route, highlighted many human settlements and facilities specifically providing services to road users, relays, marking out the main lines in northern Gaul. Forming a dense network, these steps could meet the technical needs of travel and made possible the economic contacts and trade initiatives. __________ On ne peut dissocier les routes du développement économique d’une région ou d’un état. Les relais sont des infrastructures de services, qui participent à l’équipement du réseau routier de l’Empire romain. Ils constituent une chaîne d’établissements logistiques assez régulièrement échelonnés afin de répondre aux besoins des voyageurs, de leurs attelages ou de leurs montures. Dans le cadre de la nécessité de cet appui technique, ils conditionnent le fonctionnement de tout déplacement ou transport sur de longues ou moyennes distances et sont ainsi impliqués dans la dynamique de l’économie. Les relais routiers devaient être nombreux, installés dans les villes et agglomérations de préférence, ainsi que dans les zones rurales1. Ils se caractérisent par leur topographie et leur architecture qu’impose leur fonction, liée au service des utilisateurs de la route. Ils doivent assurer leur hébergement, leur ravitaillement ainsi que l’entretien et la sécurité des animaux, des véhicules et des produits transportés. Il faudra donc au moins des espaces pour le logement et la restauration des hommes, des écuries, des hangars à fourrage, de l’eau disponible pour les bêtes, ainsi que des lieux de garage pour les véhicules, les marchandises ou autres biens et sans doute des ateliers. Ces installations s’individualisent aussi par les activités qui s’y déploient et qui parfois ont laissé des traces. En Gaule septentrionale, l’étude archéologique de l’organisation routière met en évidence de nombreux sites jalonnant les voies principales, ainsi que des établissements plus 1 M.-H. CORBIAU, Problématique des stations routières et du cursus publicus. Etude archéologique des chaussées et des établissements routiers dans l’est de la Gallia Belgica, Louvain-La-Neuve, 1992, Thèse de doctorat manuscrite. 96 LES RELAIS ROUTIERS EN GAULE SEPTENTRIONALE spécifiquement prestataires de services routiers. La présente contribution est centrée sur quelques voies principales qui relient les cités septentrionales de l’Empire : les liaisons Reims-Trèves, Reims-Cologne, Reims-Bavay, Boulogne-Bavay-Tongres-Cologne et Metz-Tongres. Elle est conditionnée par la connaissance précise de ces itinéraires. Ceux-ci sont bien déterminés sauf quelques sections comme le tronçon de la voie Metz-Tongres qui longe la vallée de l’Ourthe ou celui de la Reims-Cologne à l’extrémité orientale de la Belgique. Tributaire de la documentation disponible, la plage chronologique envisagée est principalement le Haut Empire. oOo Topographie Pour garantir l’efficacité de leurs prestations, les relais routiers doivent être espacés suivant un rythme régulier, dicté par les capacités techniques du voyage dans l’Antiquité. On évoque souvent le module des 10 milles. Les itinéraires routiers antiques, l’Itinéraire d’Antonin et la Table de Peutinger, qui nous donnent une liste d’étapes et les distances de leur éloignement pour certaines voies2, confirment une relative régularité, en mettant toutefois en évidence les réalités régionales des trajets, indépendamment des erreurs des copistes3. L’analyse de la plupart des liaisons prises en considération permet de recenser de nombreuses implantations humaines entre les villes, centres nodaux sur le réseau principal, avec pour certaines sections une densification d’établissements4 (Fig.1). Pour d’autres, la documentation fait défaut, par exemple pour la voie Reims-Cologne, 2 O. CUNTZ, Itineraria Romana, Leipzig, 1929, p. 55-56, 58, 59 ; E. W EBER, Tabula Peutingeriana, Graz, 1976, Segm. I et II. 3 La confrontation des sites routiers inventoriés avec les étapes signalées dans l’Itinéraire d’Antonin et sur la Table de Peutinger ne sera pas abordée ; notons cependant que les haltes reprises sur ces documents correspondent généralement aux villes et aux agglomérations les plus importantes. 4 Concernant les sites répertoriés sur ces voies, voir la bibliographie essentielle, donnant accès à une documentation plus exhaustive, présentée pour chaque route. 97 Marie-Hélène CORBIAU au-delà de la Meuse, ainsi que pour la chaussée Bavay-Trèves que nous n’avons dès lors pas retenue5. Fig. 1 : Itinéraires et sites routiers en Gaule septentrionale. 1 : tracé routier ; 2 : ville ; 3 : agglomération ; 4 : petite agglomération ; 5 ; établissement isolé. Infographie : Chr. Swijsen, FUNDP B Namur. Comme tout inventaire, celui-ci est dépendant des recherches menées et de la documentation disponible ; celles-ci conditionnent la connaissance des sites. Les appréciations statistiques de la présence des étapes et de leur éloignement respectif doivent rester prudentes tant pour l’analyse des distances que pour la caractérisation de l’occupation, l’une et l’autre étant subordonnées à l’exhaustivité inégale des informations. En effet, un établissement isolé peut être le seul bâtiment connu d’une installation plus vaste. Un examen approfondi 5 Etude partielle : M.-H. CORBIAU, « La chaussée romaine Bavai-Trèves. Itinéraire entre Dinant et Nassogne », dans Mélanges d’Archéologie nationale offerts au R.P. André Wankenne s.j. pour son 75e anniversaire, Les Etudes classiques, LIII, 1985, p. 69-78. 98 LES RELAIS ROUTIERS EN GAULE SEPTENTRIONALE de l’importance et de la qualité de chacune des étapes s’impose mais dépasse notre propos dans le cadre de la thématique retenue. Par ailleurs, c’est sur la base de la documentation actuelle que nous avons établi une distinction entre les agglomérations, en isolant certaines sous la rubrique de « petites agglomérations » ; ces dernières ne comptent à ce jour que peu de constructions regroupées et sont à différencier des établissements implantés seuls dans la campagne, constitués d’un ou de quelques immeubles, et présentés sous l’appellation de bâtiment isolé. Distances6 +- Localités Type d’occupation7 De Reims à Trèves Cernay 5 km Ville-sur-Retourne 30 km Rilly-sur-Aisne 15,5 km Voncq 2,5 km Les Grandes Armoises 18 km Mouzon 14 km Carignan 10 km Chameleux 11 km Arlon 36 km Mamer 19 km Niederanven 16 km Flaxweiler 6,5 km Wasserbillig 16 km Trèves 12 km ● ○ ○ ○ ● ○ ● ● ● ● ● ● ○ ● ● Tableau 1 : La voie Reims-Trèves. 6 Les distances ont été calculées à la latte. 7 Les sigles sont semblables à ceux utilisés pour la figure 1. 99 Marie-Hélène CORBIAU Sur l’axe routier entre Reims et Trèves, s’égrènent huit agglomérations8 (Tab. 1) ; s’y ajoutent cinq bâtiments isolés dont deux au moins complètent l’équipement routier. Ces sites sont assez régulièrement disposés. Les distances qui les séparent varient entre 10 et 19 km ; dans plusieurs cas, le choix de l’implantation a dû être attiré par le croisement de la voie avec un cours d’eau. En outre, deux ou trois constructions isolées se trouvent implantées à proximité des agglomérations à 2, 5 et 6,5 km. Vraisemblablement deux étapes ne sont pas connues sur le premier tronçon au départ de Reims et sur la section précédant Arlon. Distances +- Localités Type d’occupation De Reims à Cologne Saint-Loup-Champagne 26 km Avançon 2 km Château-Porcien 6 km Novion-Porcien 15 km Charleville-Mézières 27 km Saint-Marie-Chevigny 34 km Zulpich 103 km Cologne 34 km ● ● ○ ● ● ● ○ ● ● Tableau 2 : La voie Reims-Cologne. À partir de Reims, la voie qui rallie Cologne est bordée par quatre agglomérations jusqu’à la traversée de la Meuse à Charleville-Mézière, distantes respectivement de 26, 8, 15 et 27 km, avec une halte 8 J. MERTENS, La chaussée romaine de Reims à Trèves dans Le Pays Gaumais, 1956, p. 91-115 ; M.-H. CORBIAU, Répertoire bibliographique des trouvailles archéo-logiques de la province de Luxembourg, Bruxelles, 1972 (Répertoires archéologiques, Série A : Répertoires bibliographiques, XI) ; H. BOREUX, « La chaussée romaine de Reims à Trèves », dans Cahiers du Groupe de Recherches aériennes du Sud-Belge, 6, 1990, p. 1-48 ; R . CHOSSENOT, Carte archéologique de la Gaule. La Marne, 51/1, Paris, 2004 ; J.-J. VALETTE, « Les Voies », dans R. CHOSSENOT, A. ESTEBAN, R. NEISS, Carte archéologique de la Gaule. Reims, 51/2, Paris, 2010, p. 121-131. 100 LES RELAIS ROUTIERS EN GAULE SEPTENTRIONALE intermédiaire entre les deux premières (Tab. 2)9 ; celle-ci est un bâtiment isolé, localisé à 6 km avant Château-Porcien où domine un oppidum gaulois dont l’occupation se poursuivra à la période romaine ; ce site n’est éloigné que de 8 km de l’agglomération précédente. Au-delà de la Meuse, un bâtiment isolé peut marquer une étape distante de 34 km de la traversée du fleuve. Ensuite, la documentation est muette ; le tracé de la voie est moins bien assuré et l’on arrive au croisement avec la voie venant de Trèves, à Zulpich, agglomération éloignée de 34 km de Cologne. Outre la distance de 8 km qui concerne le site de Château-Porcien existant avant le réseau routier romain, l’écart entre les agglomérations reconnues en bordure de la voie Reims-Cologne jusqu’à la Meuse varie entre 15 et 27 km. Localités Distances +- Type d’occupation de Reims à Bavay Evergnicourt 20 km Nizy-le-Comte 14 km Chaourse / Vigneux-Hocquet 19 km Vervins 14 km La Capelle 15 km Larouillies 6,8 km Etroeungt Haut-Lieu 1,7 km & 3,2 km 1,5 km Saint-Hilaire-sur-Helpe 5 km Saint-Rémy-Chaussée 1,7 km Pont-sur-Sambre 7,3 km Bavay 9 km ● ● ● ● ● ● ○ ● ○ ● ○ ● ● Tableau 3 : La voie Reims-Bavay. 9 J. HAGEN, Römerstrasse der Rheinprovinz, 2e éd., 1931 ; M.-H. CORBIAU, « La chaussée romaine Reims-Cologne entre la Meuse et Bastogne », dans Miscellanea archaeologica in honorem H. Roosens, Bruxelles, 1983, p. 145-164 (Archaeologia Belgica, 255) ; R. CHOSSENOT, o. c., 2004 ; J.-J. VALETTE, o. c, 2010, p. 121-131. 101 Marie-Hélène CORBIAU La voie Reims-Bavay se présente comme un itinéraire densément bâti, jalonné de nombreux sites qui sont des agglomérations de tailles diverses et par trois établissements isolés supplémentaires10 (Tab. 3). Les cinq premières étapes sont distantes de 14 à 20 km ; les agglomérations y alternent avec des bourgades plus petites. Ensuite, la cadence s’accélère : tous les écarts sont inférieurs à 10 km, entre de petits bourgs. Entre ceux-ci, se trouve chaque fois un bâtiment isolé. Localités Distances +- Type d’occupation ● De Boulogne-sur-Mer à Cologne Thérouanne 50 km ● Arras 50 km ● Cambrai 35 km ● Bermerain 23 km ● Bavay 20 km ● Givry 18 km ● Waudrez 10 km ● Chapelle-lez-Herlaimont 12 km ● Liberchies 11,5 km ● Gembloux 17 km ○ Baudecet 6 km ● 10 J.-L. BOUCLY, « Les chaussées de Reims et de Tongres en pays nervien », dans Gallia, 37, 1979, p. 247-262 ; R. DELMAIRE, Carte archéologique de la Gaule. Le Pasde-Calais, 62, Paris, 1994 ; R. DELMAIRE, dir., Carte archéologique de la Gaule. Le Nord, 59, Paris, 1996 ; Bl. PICHON, Carte archéologique de la Gaule. L’Aisne, 02, Paris, 2002. 102 LES RELAIS ROUTIERS EN GAULE SEPTENTRIONALE Taviers 15 km ● Braives 16 km ● Oreye/Bergillers 18 km ○ Tongres 10 km ● Maestricht 20 km ● Heerlen 9 km ● Rimburg 7 km ● Baesweiler 4 km ● Neubourheim 14 km ○ Julich 3 km ● Elsdorf 14 km ● Thorr / Bergheim 4 km ● Weiden 15 km ○ Cologne 9 km ● Tableau 4 : La voie Boulogne-Cologne. L’équipement de la grande dorsale routière du nord de la Gaule qui relie Boulogne à Cologne est inégalement connu11 (Tab. 4). La 11 A.-M. DEFIZE-LEJEUNE, Répertoire bibliographique des trouvailles archéologiques de la province de Liège (depuis l’Age du Bronze jusqu’aux Normands), Bruxelles, 1964 (Répertoires archéologiques, Série A : Répertoires bibliographiques, V) ; M. E. MARIEN, Par la chaussée romaine Brunehaut de Bavai à Cologne, Bruxelles, 1967 ; A.-M. KNAPEN-LESCRENIER, Répertoire bibliographique des trouvailles archéologiques de la province de Namur, Bruxelles, 1970 (Répertoires archéologiques, Série A : Répertoires bibliographiques, IX) ; M. E. Th. DE GROOTH, P. STUART, éd., Langs de weg. De Romeinse weg van Boulogne-sur-Mer naar Keulen, Heerlen, Maastricht, 1987 ; R. 103 Marie-Hélène CORBIAU première section de l’itinéraire est marquée seulement par les chefslieux de cités, Thérouanne, Arras, Cambrai, distants respectivement de 50, 50 et 35 km. Le parcours ensuite est régulièrement ponctué par plusieurs bourgades de diverses importances ou des villes (Bavay et Tongres). Entre Cambrai et la Meuse, les étapes possibles oscillent entre 23 et 10 km ; un établissement isolé subdivise en deux parties inégales (18 et 10 km), un parcours un peu plus long, (28 km), qui est la section menant à Tongres. Ensuite, de la Meuse à Cologne, les haltes représentées par des agglomérations sont très rapprochées, entre 15 et 4 km, et quelques bâtiments isolés viennent encore s’ajouter à la liste. L’itinéraire entre Metz et Tongres12 est bordé sur la première partie du trajet jusqu’à la vallée de l’Ourthe par sept agglomérations et petites bourgades ainsi que par deux bâtiments isolés qui ensemble assurent un échelonnement de haltes à des distances variant de 23/19 km à 8 km, les plus fréquentes se situant entre 11 et 15 km (Tab. 5). Après la vallée de l’Ourthe où le parcours routier reste inconnu sur une trentaine de kilomètres, vient la section mosane qui accumule les sites ; les agglomérations, toute importance confondue, y sont très rapprochées, entre 5 et 8 km ; et entre celles-ci s’intercalent un ou parfois deux bâtiments isolés. Tous ces sites sont établis immédiatement le long des axes routiers. Ce sont des villes, des agglomérations et des établissements isolés en zone rurale, qui ont pu constituer des étapes pour les utilisateurs des chaussées. Les agglomérations sont majoritaires ; elles sont DELMAIRE, o. c., 62, Paris, 1994 ; R. DELMAIRE, dir., Carte archéologique de la Gaule. Le Nord, 59, Paris, 1996 ; Chr. KARLSHAUSEN, Répertoire bibliographique des sites et trouvailles archéologiques de la province de Hainaut. Arrondissement de Mons. De la Préhistoire à la fin du XVIe siècle, Namur, 2003 (Chronique de l’Archéologie wallonne, Hors série) ; « Alle Wege fürhen nach Rom… ». Internationales Römerstrassenkolloquium Bonn, Bonn, 2004 (Materialien zur Bodendenkmalpflege im Rheinland, 1) ; Chr. KARLSHAUSEN, Répertoire bibliographique des sites et trouvailles archéologiques de la province de Hainaut. Arrondissements de Charleroi et de Thuin. De la Préhistoire à la fin du XVIe siècle, Namur, 2006 (Chronique de l’Archéologie wallonne, Hors série); Erlebnisraum Römerstrasse. Via Belgica, Bonn, 2008 (Materialien zur Bodendenkmalpflege im Rheinland, 18/2). 12 En dernier lieu, P. FLOTTÉ, M. FUCHS, Carte archéologique de la Gaule. La Moselle, 57, Paris, 2004 ; M.-H. CORBIAU, « La voie Metz-Arlon-Tongres. Itinéraire, équipement et chronologie », dans J. W ITVROUW et G. GAVA, dir., « Le pont romain et le franchissement de la Meuse à Amay. Histoire et archéologie », dans Bulletin du Cercle archéologique Hesbaye-Condroz, XXIX, 2005, p. 17-44. 104 LES RELAIS ROUTIERS EN GAULE SEPTENTRIONALE de taille et d’importance diverses. Haltes routières créées ex nihilo sur le tracé routier ou prolongeant une occupation antérieure13, plusieurs se sont développées en bourgades florissantes, rassemblant artisanat et commerce. L’importance de quelques-unes a pu être mise en évidence par des fouilles. Certaines sont des vicus attestés par des témoignages littéraires ou épigraphiques. Ces installations routières, quelle que soit leur catégorie, forment un réseau d’étapes dense, implantées suivant un échelonnement cadencé. La plupart devaient comporter, à l’instar de Chameleux, Vervoz ou Bergheim, un ou plusieurs relais plus particulièrement affectés à l’accueil routier. Les relais isolés complètent quelquefois la chaîne des services. Cependant le plus souvent, semble-t-il, ce type d’établissement apparaît en surnombre, entre des agglomérations. Localités Distances +_ Type d’occupation ● De Metz à Tongres Semécourt 8 km ○ Florange-Daspich 15 km ● Hettange 9 km ● Audin-le-Tiche 14 ● à partir de Florange 23,6 km à partir d’Hettange 17,4 km Pétange (Titelberg) 13,4 km ● Arlon 19,21 km ● Anlier 13 km ○ 13 Nous ne développerons pas la question de la pérennité des tracés anciens ; parmi les voies retenues dans cette étude, certaines conservent vraisemblablement un tracé gaulois, au moins partiellement, d’autres sont une innovation romaine. 14 Il subsiste une hésitation concernant le lieu où la voie se détache vers Tongres de celle rejoignant Trèves. 105 Marie-Hélène CORBIAU Warnach 11 km ● Hollange 3 km ○ Hompré 6 km ○ Senonchamps 16,75 km ○ Wyompont 12,65 km ● Ourthe (Grand’Han) (32,5 km) - Chardeneux 5 km ○ Chardeneux 1 km ○ Vervoz 9 km ● Clavier 1,75 km ○ Ochain 2 km ○ Strée 11,75 km ● Outrelouxhe 0,6 km ○ Rawsa 1,4 km ○ Ombret/Amay 6 km ● Flône 3,89 km ○ Saint-Georges 6,83 km ● Horion 4 km ○ Kemexhe 11 km ● Tongres 12 km ● Tableau 5 : La voie Metz-Tongres. 106 LES RELAIS ROUTIERS EN GAULE SEPTENTRIONALE Architecture Tandis qu’un grand nombre d’étapes peuvent être localisées sur le parcours des voies principales étudiées, bien peu d’établissements plus spécifiquement prestataires de services pour la circulation ont été mis au jour ou identifiés. À Chameleux (Florenville, Belgique), sur la voie Reims-Trèves, le relais est bien connu et a souvent été retenu, à juste titre, comme un modèle. A Bergheim/ Thorr (Allemagne) le long de l’artère Boulogne-Cologne, sur le tronçon entre Tongres et Cologne, un ensemble de quatre bâtiments est depuis longtemps identifié à un établissement de service routier. Cinq relais peuvent être associés à la voie Metz-Tongres : en partant de Metz, Semécourt (France), Anlier (Martelange, Belgique), Vervoz (Clavier, Belgique), Outrelouxhe (Modave, Belgique) et Fexhe-le-Haut-Clocher/ Kemexhe (Fexhe-leHaut-Clocher et Crisnée, Belgique)15. La petite agglomération de Chameleux est située sur la voie Reims-Trèves au fond d’une vallée, à 10 km de Carignan et à 36 km d’Arlon16. Elle compte une dizaine de constructions, ordonnées perpendiculairement à l’axe routier. Les fouilles n’en sont pas terminées. Les vestiges de constructions mis au jour correspondent à l’occupation tardive du site ; elles ont été reconstruites sur le même plan que celui des époques antérieures ; les premiers bâtiments étaient en bois. Le relais (A) est établi au sud, à l’entrée de la bourgade, proche du ruisseau nommé le Williers (Fig. 2). Comme les autres bâtiments contemporains, il est construit en pierres maçonnées, suivant un plan rectangulaire oblong de 24 m sur 10 m. On y accède par un chemin empierré qui se détache de la chaussée et pénètre au centre de l’immeuble. L’entrée, d’une largeur de 2,50 m, n’est pas tout à fait centrée. 15 Nous n’avons pas retenu l’établissement qui se trouve à l’entrée de la ville de Tongres, à l’extérieur du rempart, sur la courte section commune avec la voie venant de Boulogne vers Cologne, plus souvent considéré comme étant des horrea ; le plan met en évidence des entrepôts associés à d’autres constructions. J. MERTENS et W. VANVINCKENROYE, Een romeins gebouwencomplex extra-muros te Tongeren, Tongeren, 1975 (Publicaties van het provinciaal gallo-romeins museum te Tongeren, 22). Egalement parfois identifié à une mansio, ce complexe devrait être réétudié. 16 J. MERTENS, Le relais romain de Chameleux, Bruxelles, 1968 (Archaeologicum Belgii Speculum, 1). 107 Marie-Hélène CORBIAU Fig. 2 : Chameleux (Florenville): relais. D’après J. MERTENS, Le relais romain de Chameleux, Bruxelles, 1968 (Archaeologicum Belgii Speculum, 1), p. 18-19, fig. 12. 1 : première phase d’occupation mentionnée ; 2 : deuxième phase. Infographie : Chr. Swijsen, FUNDP B Namur. L’espace bâti se divise en trois parties, disposées en enfilade : une première entièrement ouverte en façade, délimitée par de longues têtes de mur qui pouvaient soutenir une toiture formant auvent ; ensuite une pièce centrale plus vaste, avec un foyer, une cave et une deuxième entrée latérale, large de 0,80 m de largeur ; et à l’arrière un local incomplètement dégagé. Ce bâtiment a été réuni à la construction voisine (B) lors d’un réaménagement, afin de former « un plan carré avec cour ou remise centrale entourées de pièces d’habitation»17 ; et vraisemblablement le bâtiment (C) qui lui fait face a aussi été associé à l’établissement de services routiers. Le plan de ces deux derniers immeubles est incomplet. 17 J. MERTENS, o. c., p. 17, 19 ; toutefois ce plan n’a pas été publié. 108 LES RELAIS ROUTIERS EN GAULE SEPTENTRIONALE Un abondant matériel a été récolté dans l’agglomération, mais n’a pas été distingué par bâtiment. Il comportait entre autres une boîte à sceller, des hipposandales et des ossements d’animaux (sangliers et moutons principalement), interprétés comme des reliefs d’alimentation18. La bourgade ne s’est pas développée et s’est cantonnée à sa fonction routière. En bordure de la voie Boulogne-Cologne, un établissement routier a été fouillé à Bergheim, entre Thorr et Weiden, distant de 15 km19 (Fig. 3). Quatre constructions ont été mises au jour à une vingtaine de mètres, au nord de la chaussée antique. Les trois premiers, A, B et C, sont alignés sur l’axe routier, mais accusent de légers décalages les uns par rapport aux autres. Ils présentent un plan rectangulaire dont la longue façade est parallèle à la voie. Deux bâtiments, A et C, sont construits sur des fondations en pierre. La construction A mesure 11 m sur 15 m. L’organisation intérieure n’est pas connue. Fig. 3 : Bergheim : relais. D’après M. E. Th. DE GROOTH, P. STUART, éd., Langs de weg. De Romeinse weg van Boulognesur-Mer naar Keulen, Heerlen, Maastricht, 1987, p. 27, fig. 4. Infographie : Chr. Swijsen, FUNDP B Namur. 18 M.-A. DE SPIEGELEIRE, « Les restes d’animaux », dans Amphora, 32, 1983, p. 11-13. 19 U. HEIMBERG, « Römische Ausgrabungen. Eine Strassenstation bei Bergheim (Erftkreis) », dans Bönner Jahrbücher, 177, 1977, p. 569-577. La relation de cet établissement avec l’agglomération de Thorr devrait être précisée. Nous ne les avons pas dissociés. 109 Marie-Hélène CORBIAU La construction C s’élève à 20 m à l’est ; elle s’inscrit dans un rectangle (8 m x 12,55 m), subdivisé en deux parties inégales ; la pièce occidentale, large de 5 m, est séparée par une cloison de l’espace voisin ; celui-ci, plus vaste, comporte quatre entrées, de largeurs inégales, placées symétriquement sur les deux longues façades. Ce bâtiment pourrait avoir été affecté aux services routiers : à l’ouest, on aurait une écurie tandis que l’espace oriental serait une grange ou une remise pour véhicule. Le bâtiment B, installé entre les deux premiers, A et C, est large de 7 m ; il est construit sur de forts poteaux en bois. Enfin, à une vingtaine de mètres à l’est et dans le prolongement de cet ensemble, un quatrième bâtiment, D, affiche une orientation différente ; sa longue façade est en effet alignée sur un chemin secondaire, oblique par rapport à l’axe de la voie principale. Cette construction rectangulaire (7 m x 14 m) est élevée sur poteaux. Le rapport de fouille met en évidence une interruption de la paroi de la longue façade arrière, qui pourrait marquer une entrée. Cette disposition pourrait affirmer une distance par rapport à la voie secondaire. Entre le bâtiment B et la voie, se trouve un puits dont le remplissage contenait du mobilier du début du IIe siècle. Ces quatre constructions, en relation topographique avec l’axe routier, ont été attribuées à une petite installation routière groupant une écurie, une grange, une remise et une auberge. Plusieurs relais sont connus le long de la voie Metz-Tongres. À 8 km de Metz et à 15 km de l’agglomération de Florange-Daspich, l’établissement découvert et partiellement dégagé à Grignon Pré, à Semécourt, est aligné sur le bas-côté occidental de la voie20 (Fig. 4). Un bâtiment rectangulaire sur poteaux, plus six fosses rectangulaires rubéfiées et deux foyers en forme de cuvette avec charbons de bois appartiennent à une première installation qui remonte à la fin du Ier siècle ou au début IIe siècle. Les structures mises au jour permettent d’y reconnaître une activité liée au travail du fer, et les résidus de métal orientent l’interprétation vers l’identification d’une forge et de bas fourneaux. Ensuite, au cours du IIIe siècle, une construction sur sablières et poteaux, en forme de L (15,5 m x 7 m et 12 m x 5,5 m) est édifiée ; elle encadre une cour dont la fouille a livré des silos et un puits. 20 Lorraine. « Semécourt », dans Gallia Information, 1992, p. 136-138, fig. 45 ; P. FLOTTÉ, M. FUCHS, o. c., 2004, p. 732-733. Vu l’état actuel des connaissances, nous l’avons repris dans la catégorie des établissements isolés. 110 LES RELAIS ROUTIERS EN GAULE SEPTENTRIONALE À 13 km d’Arlon et à 11 km de la petite bourgade de Warnach, un bâtiment jouxte la chaussée à la Corne du Bois des Pendus à Anlier (Fig. 5). Le plan est un rectangle (30 m x 15 m) dont la façade s’ajuste sur l’axe de la voie21. Le bâtiment est construit en pierres maçonnées. Une entrée charretière, centrée, large de 2 m, donne accès à la cour intérieure, partiellement bordée d’une galerie. Un foyer y a été mis au jour. La cour est entourée de trois ailes de construction édifiées en deux étapes, et possède une entrée latérale. Certaines pièces sont chauffées sur hypocauste. Un local proche de l’entrée, construit en matériaux périssables pourrait avoir été une écurie. Le premier établissement comprend trois pièces en façade, dont l’une est chauffée, et l’espace central. L’aile septentrionale abrite pour sa part un petit complexe de bains. Une source à proximité du site peut pourvoir aux besoins en eau. Le relais est resté en activité de la fin du Ier siècle au IIIe siècle. Fig. 4. Semécourt : relais. D’après Lorraine. Semécourt, dans Gallia Information, 1992, p. 137, fig. 45 (M. Leroy). 1 : première phase d’occupation mentionnée ; 2 : deuxième phase. Infographie : Chr. Swijsen, FUNDP B Namur. 21 M.-H. CORBIAU, « Un établissement routier romain à Anlier », dans Conspectus Bruxelles, 1982, p. 79-82 (Archaeologia Belgica, 247) ; Conspectus Bruxelles, 1983, p. 50-51 (Archaeologia Belgica, 253). MCMLXXXI, MCMLXXXII, 111 Marie-Hélène CORBIAU À Vervoz, un bâtiment situé sur la rive orientale de la voie, à l’extrémité sud de l’agglomération, a été partiellement étudié, et identifié par les fouilleurs à un relais22 (Fig. 6). Comme les autres immeubles de la bourgade, il s’aligne sur la voie. Le plan publié affecte la forme d’un T. Un long vaisseau rectangulaire (32 m x 24,5 m et 12,2 m) comprend un grand local en façade, doté d’une cave et accosté de deux ailes dont l’une au sud est partagée en deux locaux ; à l’arrière un espace paraît subdivisé par une cloison longitudinale ; deux pièces ont été mises en évidence. Ce bâtiment, postérieur à l’époque flavienne, est construit sur les restes d’un établissement en bois. Il est proche des bains publics, situés dans l’îlot voisin, au nord. Fig. 5 : Anlier : relais. 1 : première phase d’occupation mentionnée ; 2 : deuxième phase. Infographie : Chr. Swijsen, FUNDP B Namur. À Outrelouxhe, le site localisé à Elmer est distant de 600 m de la petite agglomération de Strée et de 1,4 km d’un établissement isolé au nord, à Rawsa23 (Fig. 7).Son premier état est matérialisé par un fossé plus ou moins circulaire, large de 3 m et profond de 1,1/1,3 m, aménagé à front de chaussée, par une palissade en bois et par quatre 22 J. W ILLEMS, « Un niveau d’époque flavienne à Clavier-Vervoz », dans Bulletin du Cercle archéologique Hesbaye-Condroz, XII, 1972, p. 69-79. 23 D. et J. W ITVROUW , « Un relais routier à Outrelouxhe (Modave) », dans Bulletin du Cercle archéologique Hesbaye-Condroz, XXIV, 1996-1999, p. 27-30. 112 LES RELAIS ROUTIERS EN GAULE SEPTENTRIONALE fosses-silos ; deux accès, larges d’environ 4 m, donnent sur la voie. Ensuite a été édifiée une construction en pierre, rectangulaire, de 11,2 m sur 21 m, reliée à la chaussée par un empierrement. Elle est agrandie par une aile en pierre également, large de 4 m, et abritant une cave et des bains. Plusieurs fragments d’hipposandales et de garnitures d’attelage ont été recueillis là. L’établissement est utilisé à partir de la seconde moitié du Ier siècle, peut-être à partir de ClaudeNéron, et jusqu’au IIIe siècle. Fig. 6 : Vervoz : relais. D’après J.W ILLEMS, Un niveau d’époque flavienne à Clavier-Vervoz dans Bulletin du Cercle archéologique Hesbaye-Condroz, XII, 1972, p. 75. 1 : première phase d’occupation mentionnée ; 2 : deuxième phase. Infographie : Chr. Swijsen, FUNDP B Namur. À 7 km de l’établissement de Horion et à 12 km de Tongres, une bourgade a été partiellement fouillée à Petite Campagne, à Fexhe-leHaut-Clocher et à Kemexhe24 (Fig. 8). Divers vestiges ont été mis en 24 H. FOCK, Cl. GOFFIOUL, D. PREUD’HOMME, D. BOSQUET, « Fexhe-le-Haut-Clocher : un « zoning industriel » romain au lieu-dit La Petite Campagne, II », dans Chronique de l‘Archéologie wallonne, 6, 1998, p. 89-91, 3 fig. ; M. DOSOGNE, K. FECHNER et V. 113 Marie-Hélène CORBIAU évidence parallèlement et à l’est de la voie. Ils appartiennent à deux bâtiments au moins, découverts lors d’une première intervention25, à une cave en pierre, à des constructions rectangulaires sur poteaux dont la plus grande développe une superficie de 5,55 m de largeur sur 19,5 m de longueur ainsi qu’à des puits, des fosses, des silos et des fours. Fig. 7 : Outrelouxhe : relais. D’après D. et J. W ITVROUW , 1996-1999, Un relais routier à Outrelouxhe (Modave) dans Bulletin du Cercle archéologique Hesbaye-Condroz, XXIV, p. 29, fig. 2. 1 : première phase d’occupation mentionnée ; 2 : deuxième phase ; 3 : troisième phase. Infographie : Chr. Swijsen, FUNDP B Namur. Deux sentiers en cailloux se détachent de la voie et conduisent à une installation de forge, comprenant notamment des fours doubles. La découverte de scories, en faible quantité seulement, plaide en faveur de ce type de travail du métal. Le site a livré de nombreux restes DANESE, « Crisnée/Crisnée : la chaussée Arlon-Tongres et autres vestiges romains associés à Kemexhe », Ibidem, 14, 2007, p. 107-109 ; H. FOCK, Cl. GOFFIOUL, H. REMY, D. BOSQUET, Les traverses du Temps. Archéologie et TGV, Namur, 2008, p. 136. 25 Non localisés sur le plan. 114 LES RELAIS ROUTIERS EN GAULE SEPTENTRIONALE de galettes confectionnées à base de céréales26, dont la quantité exceptionnelle semble dépasser les besoins d’une simple consommation domestique et pourrait indiquer la pratique d‘une activité économique. Fig. 8 : Fexhe-le-Haut-Clocher/Kemexhe : relais. D’après H. FOCK, Cl. GOFFIOUL, H. REMY, D. BOSQUET, Les traverses du Temps. Archéologie et TGV, Namur, 2008, p. 136. Infographie : Chr. Swijsen, FUNDP B Namur. Ces sept établissements ont en commun plusieurs caractéristiques qui mettent en évidence leur relation matérielle et fonctionnelle avec le réseau routier. Les relais répertoriés sont établis dans les agglomérations ou en contexte rural. Les établissements isolés installés à Semécourt et à Anlier complètent la chaîne des agglomérations, tandis que celui d’Outrelouxhe s’intercale entre d’autres haltes, ellesmêmes fort rapprochées, à des distances réduites à quelques centaines de mètres. L’implantation particulière veille à garantir un accès 26 H. FOCK, Cl. GOFFIOUL, H. REMY, D. BOSQUET, o. c., 2008, p. 94. 115 Marie-Hélène CORBIAU aisé aux voyageurs. Tous les relais sont situés immédiatement contre la voie desservie qui dans les agglomérations en constitue l’axe principal. A Chameleux, Vervoz et Fexhe-le-Haut-Clocher/Kemexhe, ils sont localisés à une entrée de la bourgade en périphérie de la zone de l’habitat, tel qu’on les retrouve généralement dans d’autres sites urbanisés. Ce souci de bonne accessibilité est encore renforcé par l’aménagement d’un empierrement conduisant directement de la chaussée dans l’établissement à Chameleux, Outrelouxhe et Fexhele-Haut-Clocher/Kemexhe comme entre autres aux portes d’Herculanum et de Stabies à Pompéi27. Ce chemin est une affirmation forte de la relation particulière du bâtiment avec le réseau routier. La conception architecturale spécifique et la réalisation technique souvent de qualité témoignent de la préoccupation d’assurer l’accueil aux utilisateurs de la route. Les établissements de Chameleux, Anlier, Vervoz et Outrelouxhe se rattachent à une catégorie fréquente de relais, qui se distingue par un plan ramassé, fermé sur l’extérieur et ménageant un vaste espace intérieur auquel on accède par une porte charretière. A Semécourt, le dégagement des vestiges est trop partiel pour y reconnaître cette singularité. Cette disposition architecturale contribue à garantir la sécurité à l’intérieur de l’immeuble. En outre à Outrelouxhe, un large fossé et une palissade ceinturent le site dès son aménagement. Cette protection renforcée n’est pas exceptionnelle comme le confirme la présence d’enclos par exemple à Friesenheim (Allemagne), Porrentruy (Suisse), Revelles ou Saint-Crépin-Ibouvillers (France)28. Les immeubles mis au jour tant dans les agglomérations que isolés, à Anlier, Vervoz, Outrelouxhe, Chameleux, présentent un plan bien caractéristique d’un rectangle oblong dont la façade la moins large est orientée sur l’axe de la voie. On ne peut décider pour Semécourt, ni pour Fexhe-le-Haut-Clocher. L’alignement sur la route 27 H. ESCHEBACH, Die städtebauliche Entwicklung des antiken Pompeji, Heidelberg, 1970, spéc. p. 117, 129 (Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts, 17) ; M.-H. CORBIAU, o. c., 1992. 28 W. STRUCK, « Friesenheim O.G., Römische Strassenstration », dans Ph. FILTZINGER, D. PLANCK D., B. CÄMMERER, Die Römer in Baden-Wurtemberg, 3e éd., Stuttgart, 1986, p. 292-293 ; J.-D. DEMAREZ, B. OTHENIN-GIRARD, Une chaussée romaine avec relais entre Alle et Porrentruy (Jura, Suisse), Porrentruy, 1999 (Cahier d’Archéologie jurassienne 8) ; P. QUÉREL, « Chemins, gués et établissements routiers dans l’ouest de la Gaule Belgique », dans Revue archéologique de Picardie, 2008, p. 85-121, spéc. p. 8789, 94-95. 116 LES RELAIS ROUTIERS EN GAULE SEPTENTRIONALE de la plus petite façade des bâtiments réduit la surface au contact direct avec la voie et contribue aussi à sécuriser l’immeuble. La situation est différente à Bergheim où l’établissement s’étire parallèlement à la chaussée. Les bâtiments sont de solides constructions en pierres maçonnées, sauf à Semécourt et à Fexhe-le-Haut-Clocher/Kemexhe. L’organisation architecturale interne met en évidence la volonté d’assurer le garage des véhicules et des produits transportés. L’accès dans l’établissement, quand il a pu être observé, se fait par une porte charretière dont la largeur permet le passage d’une voiture ou d’un chariot, et qui ouvre ou conduit immédiatement dans le dégagement central. Celui-ci n’est pas couvert ; il développe généralement une superficie importante par rapport à l’espace bâti, mettant ainsi en évidence sa capacité de parcage des véhicules et peut-être des animaux. Cette qualité a pu être bien observée à Chameleux, Anlier et Outrelouxhe. La cour intérieure a un rôle important dans l’activité de l’établissement ; outre le stationnement, elle organise la circulation interne du bâtiment ; parfois elle contient un foyer. À Anlier, en outre, elle donnait directement accès à un local en matériaux légers situé dans un angle, et qui pourrait être une écurie. Les constructions dégagées de façon plus complète à Chameleux, Anlier, Vervoz et Outrelouxhe, comptent plusieurs pièces dont un certain nombre ont pu être affectées aux services de l’hôtellerie. Toutefois, le mauvais état de conservation généralement ne permet pas de préciser la fonction de celles qui ont été mises au jour. Dans plusieurs cas, à Chameleux, Vervoz, Outrelouxhe, peut-être Fexhe-leHaut-Clocher / Kemexhe, l’immeuble routier dispose d’une cave. Lors d’un agrandissement de la construction, les deux établissements isolés d’Anlier et d’Outrelouxhe ont été équipés de bains, comme bien souvent le sont les bâtiments routiers isolés. A Vervoz, à l’instar d’autres relais établis en milieu urbain, l’établissement se trouve dans les parages des bains publics. La mise à disposition de bains privés ou la proximité de thermes publics sont une commodité appréciable pour les voyageurs, et qui caractérise l’hôtellerie routière. D’autre part, le relais d’Anlier comprenait, dès sa construction une pièce chauffée sur hypocauste en façade, pouvant accueillir les clients de l’établissement. 117 Marie-Hélène CORBIAU L’approvisionnement en eau, notamment pour abreuver les animaux, se traduit différemment. Les sites de Chameleux et d’Anlier sont construits à proximité d’un ruisseau, tandis que des puits ont été dégagés à Semécourt, Fexhe-le-Haut-Clocher / Kemexhe et Bergheim. L’identification des écuries ou autres locaux destinés aux animaux n‘a guère pu être réalisée encore, particulièrement dans les sites fouillés aux siècles précédents, sauf à Bergheim et peut-être à Anlier. Les forges dont les vestiges ont été reconnus à Semécourt et à Fexhe-le-Haut-Clocher / Kemexhe répondent à des interventions fréquentes, nécessitées par les animaux ou les véhicules employés pour les transports. Les galettes découvertes à Fexhe-le-Haut-Clocher / Kemexhe pourraient être aussi mises en relation avec des services de restauration plutôt que destinées à une utilisation privée. Enfin, dans le dernier état de Chameleux, d’époque tardive, le bâtiment est agrandi par l’adjonction de l’immeuble voisin et sans doute de celui qui lui fait face. Ce développement rappelle qu’une installation routière peut comprendre un ou quelques bâtiments qui généralement sont voisins ou se font face. Cette disposition se retrouve de façon évidente aux Portes d’Herculanum et de Stabies de Pompéi29. oOo Entre les villes, de très nombreuses agglomérations, ainsi que des établissements isolés, se sont installées sur le tracé des voies principales, formant ainsi un véritable maillage d’étapes pour les voyageurs et les transporteurs en Gaule septentrionale. Les distances qui les séparent évoluent le plus souvent entre 10 et 25 km, mais avec une préférence pour des valeurs comprises entre 10 et 15 km. Ce dense réseau de haltes se montre ainsi apte à satisfaire les nécessités techniques des déplacements qui exigent des arrêts fréquents ; il a dû entre autres rendre possible et favoriser les contacts économiques et les initiatives commerciales. Plus spécifiquement, les relais établis dans les villes et agglomérations ou isolés sont les établissements qui proposent différents services routiers aux hommes, aux animaux et aux véhicules. 29 H. ESCHEBACH, o. c., 1970, spéc. p. 117, 129; M.-H. CORBIAU, o. c., 1992. 118 LES RELAIS ROUTIERS EN GAULE SEPTENTRIONALE Les qualités topographiques et architecturales observées dans les établissements mis au jour le long des voies étudiées, attirent l’attention sur leur capacité d’accueil des différents usagers de la route. Ils adoptent le plus souvent une architecture spécifique qui répond aux exigences de leur destination. Ces auberges routières se démarquent par l‘accès aisé, la sécurité assurée aux hommes et aux biens transportés, l’espace disponible pour le stationnement des animaux, des véhicules, des marchandises, par l’équipement destiné à l’hébergement des hommes, comme les bains dans les établissements isolés et quelquefois des ateliers de forge pour l’entretien des équipages. Toutefois, d’autres espaces associés aux fonctions hôtelières ou liées au stationnement des animaux, que l’on s’attend à trouver dans ce type d’établissement, comme les pièces affectées à la restauration ou au logement, ou encore les hangars à fourrage et même les écuries, n’ont guère pu être identifiés, et ne le sont encore que très rarement, en particulier dans nos régions septentrionales. Bien d’autres relais sont à rechercher dans les villes et les nombreuses agglomérations recensées dans cette contribution, ainsi qu’entre celles-ci, lorsqu’il faut compléter la chaîne, et cette remarque s’étend au reste de l’empire. Sur certaines sections, la densité de sites et particulièrement celle des relais, réclament un examen approfondi pour les départager chronologiquement, mais aussi pour mieux déterminer la fonction des bâtiments. Désormais, les espoirs se tournent vers l’archéologie extensive et l’approche pluridisciplinaire. Il conviendra aussi de s’interroger sur la personnalité des usagers et dans la suite de cette question, sur la relation de ces établissements avec l’organisation de la poste impériale et du cursus publicus. 119