iii foro social mundial
Transcription
iii foro social mundial
III FORO SOCIAL MUNDIAL. PORTO ALEGRE (BRASIL). 23-28 DE ENERO DE 2003. Sesión del 26 de enero. “Paz y valores”. Pabellón deportivo “Gigantinho”. 2. Discours de Jean Ziegler, membre du Conseil exécutif de l’Internationale socialiste et d’ATTAC, professeur de Sociologie à l’Université de la Sorbonne. 0’26’’-31’21’’; (30’55’’); 2741 mots; 88,66 m/m. (23 interruptions par applaudissements) Moderadora: … professor escritor, professor de Sociología de la Universidad de la Sorbona en París. Jean Ziegler: Mesdames, messieurs, chers amis. Est-ce que ça marche? Pour moi comme Européen c’est un honneur et un plaisir immenses de me trouver ce soir à Porto Alegre. L’histoire du monde aujourd’hui passe par l’Amérique latine. C’est (applaudissements). C’est aujourd’hui sur ce continent que se trouvent les avant-gardes de l’humanité, celles qui montrent le chemin des peuples vers un monde plus libre, plus heureux, plus juste. Je veux nommer le Président Lula et ses compagnons du PT et du MST (applaudissements), le Président Hugo Chávez et ses compagnons bolivariens (applaudissements), les combattants de l’Equateur (applaudissements), Fidel Castro et son peuple courageux (applaudissements). Le thème de ce soir s’appelle « Paz e valores », c’est le thème de ce soir. Regardons un instant le monde tel qu’il se présente aujourd’hui. Nous sommes 6,2 milliards d’êtres humains sur terre. 4,8 milliards vivent dans l’hémisphère sud. Depuis presque 12 ans nous vivons sous un mouvement qui s’appelle la globalisation. En quelques mots, qu’est-ce que c’est ? Jusqu’en août 1991 le monde vivait sous le régime de la bipolarité. Un homme sur trois vivait sous un régime communiste. Bon, ils étaient communistes comme moi je suis bouddhiste. Mais enfin la bipolarité était là (applaudissements). En août 1991 l’Union soviétique implose, disparaît. Et à partir de ce moment-là le mode de production capitaliste s’est répandu à travers la terre comme un feu de brousse, comme un incendie. Il domine aujourd’hui totalement [la pla]nète. Un marché capitaliste unifié est né. Son pouvoir s’impose à tous les Etats, à tous les mouvements, à tous les peuples III Foro Social Mundial. Sesión “Paz y valores”. Discours de Jean Ziegler. 26-01-03. 2 de la terre. Chez-nous, dans les pays industrialisés, en Europe, son arme suprême c’est le chômage. Il fragilise le travail, il angoisse les gens, il démobilise les syndicats, il détruit la gauche. Ici, dans le sud, son arme, c’est la dette. C’est la dette, c’est le garrot, le garrot de la dette extérieure. La dette extérieure (applaudissements), la dette extérieure du Brésil, au moment où le Président Lula prend le pouvoir et avec lui les forces vives du peuple brésilien, la dette extérieure du Brésil correspond à 52 % du produit intérieur brut du Brésil. Et le service de la dette au Brésil, le service, uniquement les intérêts, et supérieur à toutes les dépenses de santé et de scolarité faites par le gouvernement Cardoso l’année dernière. C’est… (applaudissements) nous sommes dans cette situation absurde où d’une part la globalisation marche, la totale libéralisation des flux de capitaux, de brevets, de services, de marchandises, la privatisation partout des services publics, c’est vrai, crée d’énormes richesses. Le produit mondial brut a doublé en dix ans, le commerce mondial a triplé en dix ans, et la consommation d’énergie double tous les quatre ans. Des oligarchies du capital financier transcontinental, de petits groupes d’hommes sont nés qui ont un pouvoir comme aucun empereur, aucun roi, aucun pape n’a jamais eu dans l’histoire de l’humanité. Les oligarchies du capital financier mondial ont des organisations mercenaires qui s’appellent le Fonds monétaire international, qui gère la dette, ils ont (applaudissements), ils ont l’Organisation mondiale du commerce qui impose aux peuples la libéralisation, la liquidation de toute souveraineté populaire sur un territoire donné et la libéralisation de tous les flux de services, de capitaux, de brevets, et de marchandises. Immense puissance qui s’accumule grâce au ciberspace unifié et grâce au marché capitaliste mondial servis par une instrumentalité formidable. Ce mode de production capitaliste hélas est d’une vitalité absolument extraordinaire. Un banquier privé génois, de Genève, de ma ville, correspond avec son client de Sao Paulo, Monsieur Maluf peut-être, correspond avec son client de Sao Paulo (huées), correspond avec son client de Sao Paulo à la vitesse de la lumière, 300.000 kilomètres/second c’est la vitesse des systèmes des ordinateurs. Et en même temps, sur la même planète, où de telles immenses puissances financières s’accumulent, où de telles découvertes sont faites toutes les demi-heures, où cette globalisation est tellement puissante dans sa vivacité, dans sa créativité le massacre des hommes n’a jamais été aussi terrible qu’aujourd’hui. Je me limite, puisque le Président III Foro Social Mundial. Sesión “Paz y valores”. Discours de Jean Ziegler. 26-01-03. 3 Lula en a fait l’axe central de sa politique, à la question de la faim. Tous les… (huées) et il a bien fait, il a bien fait. Parce que 22 millions de Brésilien ont faim selon le gouvernement Cardoso. Selon le PT 45 millions de brésiliens sont gravement, et brésiliennes, sont gravement et en permanence sous-alimentés. Sur la planète tous les jours 100.000 personnes meurent de faim ou de ses suites immédiates. Tous les sept seconds un enfant en dessous de dix ans meurt de faim. Tous les quatre minutes quelqu’un perd la vue par manque de vitamine A et 826 millions des 6,2 que nous sommes sont en permanence gravement sous-alimentés. Et tout ça sur une planète qui regorge, qui déborde de richesse. La FAO qui donne les chiffres, l’organisation spécialisée des Nations unies, qui donne les chiffres que je viens de citer dit dans le même rapport que l’humanité pourrait nourrir normalement dans le stade de développement actuel de ses forces de production agricole, normalement, c’est-à-dire 2.700 calories /individu /jour, 12 milliards d’êtres humains, douze milliard d’êtres humains. Nous ne sommes que la moitié et encore le massacre, qui se reproduit biologiquement année après année dans la normalité la plus totale, puisque chaque année des centaines de millions de femmes, gravement, permanemment sous-alimentés donnent naissance à des enfants, des centaines de milliers d’enfants, millions d’enfants mutilés dès la naissance. Ce sont, comme dit mon ami Régis Debray, les crucifiés de naissance. Autrement dit, il n’y a pas de fatalité derrière ce massacre. Derrière chaque enfant qui meurt de faim il y a un assassin. C’est… (applaudissements)et c’est à nous, c’est à nous de démasquer l’assassin et c’est à nous de paralyser son bras meurtrier. La globalisation pour les trois quarts des hommes et femmes sur cette terre, la globalisation c’est la terreur au quotidien. Je sais, j’ai des amis dans cette salle, dans ce Forum comme par exemple Samir Amine, le grand économiste égyptien que j’admire, qui dit : « la globalisation, ce n’est que le nouveau masque de l’impérialisme, de l’impérialisme de toujours. ». Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas vrai. Nous sommes aujourd’hui confrontés à autre chose. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une rupture de civilisation. Parce que ce qui se termine, ce qui est mis en danger aujourd’hui, c’est l’héritage des lumières. Jean-Jacques Rousseau, qui était un ouvrier horloger de ma ville, de Genève, a écrit « entre le faible et le fort c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui libère. Le… (applaudissements), en diffamant la loi, en tuant l’Etat, en démantelant tous les pouvoirs de contrôle normatif que se sont donnés les peuples, le capitalisme de la jungle rompt avec l’héritage de la III Foro Social Mundial. Sesión “Paz y valores”. Discours de Jean Ziegler. 26-01-03. 4 République. 28 % du produit mondial brut l’année dernière ont été contrôlés par les 200 plus grandes sociétés multinationales du monde, ce qui signifie que la souveraineté populaire, que le contrat social, que le gouvernement par délégation, le gouvernement révocable périodiquement, que l’homme comme unique sujet de son histoire est nié dans son essence même. Ce pourquoi nous luttons à Porto Alegre, c’est pour l’homme contre la bête, pour la nation contre l’empire (applaudissements). Il est vrai que le 11 septembre 2001 l’attaque contre les deux tours à New York où sont morts presque 3.000 travailleurs et travailleuses de 62 nations est un crime que rien n’explique et rien n’excuse, pour qui on ne trouve aucune circonstance atténuante. Et les criminels doivent être punis. Mais Monsieur Bush, le Pinochet à la Maison blanche, qui prend (applaudissements), qui prend prétexte de cet effroyable tragédie pour rompre avec le droit international, pour déchaîner les forces les plus agressives de son empire pour menacer maintenant le peuple irakien d’une guerre de bombardement de 15.000 mètres d’altitude, les B 52, c’est 15.000 mètres d’altitude, aveuglement sur Bassora, Bagdad, Mossoul, des villes historiques, très, très densément peuplées, qu’il couvre les crimes commis par les forces d’occupation de Sharon en Palestine, qu’il couvre au nom de la soi-disant lutte contre le terrorisme, qu’il couvre les crimes de Puttine en Tchétchénie. Contre (applaudissements), contre ce détournement de la tragédie, contre cet usage du crime premier pour en perpétrer en réponse des crimes peut-être plus graves encore parce que 11.000 personnes sont morts sous les bombes, vous l’entendez tout à l’heure, en Afghanistan déjà en quatre mois de bombardements. Je vais vous raconter rapidement une anecdote qui s’est passée à Genève en avril dernier : le fonds d’investissement dans l’électronique militaire américain le plus puissant s’appelle le Carlyle Group. Les trois directeurs généraux du Carlyle Group sont Bush père, l’ancien ministre de la défense Carlucci, l’ancien ministre des affaires étrangères James Baker. C’est tout à fait légal selon la loi américaine que les anciens hommes politiques peuvent aller dans le privé et occuper des postes importants. En avril dernier la direction du Carlyle Group est venue à Genève, qui est une grande place financière où afflue le capital en fuite volé dans le monde entier parfois même au Brésil et le Carlyle Group a fait un banquet avec ses invités, notamment les banquiers génois dans un grand hôtel au bord du lac. Arrive une limousine noire, interminable. Sort un monsieur et montre son carton d’invitation. Les gardes, les gardes devant la porte ont III Foro Social Mundial. Sesión “Paz y valores”. Discours de Jean Ziegler. 26-01-03. 5 blêmi1. C’était Issam Ben Laden, Issam Ben Laden qui est le demi-frère d’Ossama Ben Laden et qui à Genève dirige le holding familial saoudien des Ben Laden, la SICOM. Autrement dit la famille Ben Laden et la famille Bush sont les deux des actionnaires importants dans le plus grand trust d’investissement dans l’armement des Etats-Unis. Et c’est ça qui démasque cette croisade contre le terrorisme. C’est cette extraordinaire complicité entre les oligarchies au détriment des peuples. Maintenant où est l’espoir ? Où est l’espoir ? Jean-Paul Sartre a toujours dit « connaître l’ennemi, combattre l’ennemi ». L’ennemi nous savons où il est. Mais comment résister ? En France, vous le savez, il y a un courant politique fort qu’on appelle les souverainistes : Jean-Pierre Chevènement, Régis Debray, Max Gallo et d’autres intellectuels de très haut niveau, qui disent : il faut rétablir face au capital multinational meurtrier la souveraineté territoriale de l’Etat national. Je crois pas que ce soit faisable, c’est trop tard. Chirac, quand il se réveille le matin, comme Schröder, comme tous les autres, peut-être pas Lula, regarde d’abord évidemment les bourses, les dates de la bourse de la veille pour savoir quel est le millimètre qu’il a pour formuler une politique fiscale d’investissement pour bouger un tout petit peu. Il y a une deuxième théorie, une deuxième école en Europe quant à la résistance qui dit, qui est celle de Jurgen Habermas, un grand sociologue allemand conseiller du chancelier Schröder. Et Habermas, il dit : ah, ce sont les Nations unies qui incarnent aujourd’hui le sujet collectif, le bien public de l’humanité face au capitalisme de la jungle. Je travaille aux Nations unies. Je peux vous dire : c’est pas vrai. Habermas n’est, c’est pas vrai puisque les Nations unies (applaudissements), les Nations unies aussi respectables qu’ils soient, aussi formidablement estimable que soit son actuel secrétaire général Kofi Annan, lui-même un homme d’un pays opprimé, les fantés2 de la forêt ghanéenne. Les Nations unies vivent dans la schizophrénie parce qu’il y a d’abord les 22 organisations spécialisées : Organisation mondiale de la santé qui vaccine contre les épidémies, l’Unesco qui crée des écoles à travers tout le Tiers monde, l’Organisation internationale du travail qui essaie de faire avancer la riposte syndicale, font un travail magnifique. Mais en même temps, dans les mêmes Nations unies il y a le FMI, le Fonds monétaire international, il y a la Banque mondiale qui 1 2 Blêmir: Devenir blême. Blêmir de peur, de rage. ⇒ blanchir, pâlir, verdir (fig.) (Le Petit Robert). En esp. Fantis (fuente: D.E. Larousse). III Foro Social Mundial. Sesión “Paz y valores”. Discours de Jean Ziegler. 26-01-03. 6 détruisent chaque année ce que font, les faibles progrès de développement que réalisent les organisations spécialisées. Dans mon livre Les nouveaux maîtres du monde seulement sorti en français à Paris il y a quelques semaines je donne des exemples : partout, partout où le FMI arrive et impose un plan d’ajustement structurel la malnutrition augmente puisque forcément le FMI favorise l’exportation agricole et non pas l’investissement dans l’agriculture de subsistance. Nations unies, magnifique idée, magnifique idée, respectable mais paralysée par la schizophrénie. Où est l’espoir ? Karl Marx a dit dans (applaudissements). Vous voyez, je suis très heureux que vous applaudissez Marx. En Europe on ose même plus en parler, alors donc, merci beaucoup (applaudissements). Karl Marx dans une lettre à Veidemayer a écrit « le révolutionnaire doit être capable d’entendre pousser l’herbe, le révolutionnaire doit être capable d’entendre pousser l’herbe ». Et bien l’herbe pousse à Porto Alegre dans les « acampamentos3 » (applaudissements), dans les acampamentos du MST que j’ai visité il y a peu à l’intérieur du Pernambouco. En France en plein Paris dans les réunions d’ATTAC4, ATTAC, magnifique mouvement qui lutte pour la maîtrise du capital spéculatif. Chez Greenpeace, en Inde, chez vous, en Inde, formidable. Des mouvements partout. La résistance s’organise. C’est la société civile planétaire en voie de gestation difficile et dont la capitale depuis trois ans annuellement est Porto Alegre, c’est cette société civile planétaire qui recèle et qui détient l’espérance d’une résistance démocratique victorieuse des peuples contre l’ordre meurtrier et absurde du monde. Une dernière remarque. Hier, avant-hier, dans le New York Times, Friedman, de nouveau a écrit sur Porto Alegre et a dit « c’est très sympathique, c’est bien, tous ces jeunes, toutes ces personnes de partout qui font la fête à Porto Alegre, qui veulent un autre monde, qui sont dégoûtés par ce qu’ils voient : destruction de la nature, destruction des hommes, absurdité du gaspillage, réductions des droits, négation d’une capacité de faire l’Histoire par soi-même. On les comprend, dit Friedman, mais où est le programme de Porto Alegre ? Où est cette autre société ? Article 1, 2, 3, 4, virgule, où est ce programme ? » Et bien nous refusons cette question. Nous savons avec certitude ce que nous ne voulons pas. Nous ne voulons pas du FMI, nous voulons sa dissolution. Nous voulons la dissolution (applaudissements), nous voulons la dissolution de l’OMC, 3 4 Acampamentos: en portugués, campamentos del Movimento dos Sem Terra (MST). ATTAC: Association pour une taxe Tobin pour l’aide aux citoyens. III Foro Social Mundial. Sesión “Paz y valores”. Discours de Jean Ziegler. 26-01-03. 7 l’Organisation mondiale du commerce. Nous voulons la liquidation de l’indépendance des banques centrales. La politique monétaire est affaire des peuples et pas des technocrates. Nous voulons la fermeture des paradis fiscaux et de toutes les places offshore5. Nous voulons manger de la nourriture naturelle et interdire la nourriture transgénique. Nous voulons (applaudissements), nous voulons maintenir les forêts de la terre, etc., etc. Nous savons avec certitude ce que nous voulons pas. Par contre le monde nouveau qui naît de nos combats appartient au mystère de la liberté libérée des hommes. Il y a, durant la Guerre civile espagnole, c’est loin pour la plupart d’entre vous, un magnifique poète qui est allé en exile au-delà des Pyrénées et qui s’appelait Antonio Machado, et Antonio Machado (applaudissements), et Antonio Machado a dit : « caminante, no hay camino, el camino se hace al andar » (applaudissements). L’histoire ne tombe pas du ciel, c’est nous qui le faisons. Je reviens à Friedman. Le 14 juillet 1789 au cœur de Paris, des ouvriers et des artisans, hommes et femmes se sont insurgés, ont encerclé la Bastille, la forteresse, la prison politique de la monarchie, la Bastille et ont essayé de prendre la Bastille avec des murs de 22 mètres, un fossé de 30 mètres, c’était pas possible. Finalement les gardes citoyennes de Lafayette ont amené 4 cannons qu’ils ont dressés sur l’entrée de la Bastille. Et le gouverneur Launay avait peur, a fait baisser le pont-levis, le peuple de Paris s’est rué a libéré les prisonniers, à détruit la Bastille. Il aurait été totalement absurde si quelqu’un posté au bord de la Seine le soir du 14 juillet 1789 avait demandé aux insurgés « très bien, mais alors quelle est la constitution de la première république française ? Quelle est la formulation de la déclaration des droits de l’homme ? » (applaudissements) Georges Bernanos, Georges Bernanos, le grand romancier français, antifasciste. Bernanos a écrit « Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres … Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres ». Dieu n’a pas de mains, il y a que les nôtres. Utilisons ces mains ensemble pour construire un monde plus humain, plus juste. Vive la victoire du peuple brésilien et du Président Lula (applaudissements). Vive la solidarité entre les nations. 5 Offshore: 2♦ Banque, fin. Extraterritorial. Sociétés offshore (Le Petit Robert).. III Foro Social Mundial. Sesión “Paz y valores”. Discours de Jean Ziegler. 26-01-03. 8 Vive la liberté et le bonheur des peuples. Je vous remercie. (Applaudissements vifs et prolongés).