Les grands mouvements de la littérature allemande

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Les grands mouvements de la littérature allemande
Analyse
Appartient au dossier Panorama de la littérature germanique contemporaine
:
Les grands mouvements de la littérature allemande
contemporaine
Ecrire après la défaite de 1945 et le IIIe Reich, telle a été longtemps la difficile problématique des
auteurs de langue allemande. Partition de l'Allemagne, idéologies politiques contraires, chute du Mur...
sont autant d'évènements qui ont profondément marqué la littérature allemande et ses auteurs. A leur
manière, ces derniers essaient pendant ces années de revenir à des formes d'écriture plus épurées,
dépouillées, refusant toute tentative de maniérisme ou d'esthétisme de la langue. Mais, avec la chute du
Mur, on assiste à la (re)naissance d'une nouvelle littérature et de nouvelles formes littéraires, qui font la
littérature allemande contemporaine d'aujourd'hui.
Depuis la défaite de 1945 et jusqu'à la chute du Mur de Berlin, la littérature germanophone est à l'image
de la Grande Histoire.
Il y a tout d'abord deux littératures à partir de 1947, l'une autour de la RFA du Gruppe 47, l'autre liée à la
RDA et à la doctrine du réalisme socialiste. Leur point commun ? Elles restent liées - qu'il s'agisse de
consolider le pouvoir en place ou de s'y opposer - aux nouvelles idéologies en place.
A l'Ouest, le Groupe 47 domine la scène littéraire. Autour de la revue Der Ruf, ce groupe souhaite
s'affranchir de toute organisation, de toute structure, son objectif étant de bâtir de nouvelles bases pour
construire la littérature germanophone d'après-guerre : Günter Grass, Heinrich Böll, Siegfried Lenz,
Uwe Johnson, Martin Walser en sont les meilleurs représentants.
A l'Est, la RDA construit sa littérature comme un élément de pouvoir, à tel point que l'on parle de
Literaturgesellschaft (société de littérature), en rupture avec la littérature de l'Ouest et ses intellectuels.
L'Etat subvient aux besoins des intellectuels, devenus plus ou moins "artistes d'Etat". Ces derniers se
soumettent aux souhaits du SPD, en consolidant les fondations idéologiques du réalisme socialiste.
Bertold Brecht est notamment resté dans l'histoire comme l'écrivain de la RDA par excellence. A partir
des années 1970, ceux qui osent sortir de la ligne imposée par le parti sont frappés de censure, voire
d'interdictions de sortie du territoire et même d'emprisonnement, comme Arnold Zweig, Christa Wolf,
Brigitte Reinmann.
Un autre point commun entre ces littératures est l'absence de traces de l'histoire récente. Certes, des
voix s'élèvent à l'Ouest pour réfléchir à la défaite et à la culpabilité allemandes, mais c'est une grande
méfiance vis-à-vis de la langue et de toutes les tentatives de saisir le réel (comme chez Paul Celan ou
Peter Handke) qui domine. Il faut au contraire construire l'homme nouveau : c'est un moment important
dans le renouveau du roman de formation (ou d'apprentissage), avec Le tambour de Günter Grass ou
encore La leçon d'allemand de Siegfried Lenz.
En 1989, après la chute du Mur, il est frappant de voir que les auteurs en vogue sont les mêmes depuis
les années 1960.
Un premier signal se fait avec l'apparition de deux best-sellers, dont la renommée internationale et les
adaptations cinématographiques, rendront les auteurs incontournables : Patrick Suskind, avec Le Parfum
et Bernhard Schlink avec Le liseur. Autre signe, la nobellisation de Günter Grass en 1999. Dans les
années 2000, de nouveaux auteurs émergent sur la scène nationale et internationale. Chacun à sa
manière, ils sont le reflet d'une nouvelle Allemagne, plurielle, ouverte aux autres cultures, prise dans le
tournant de la société de consommation et de la mondialisation.
La Frauhleinliteratur est peut-être l'un des courants les plus singuliers de ce renouveau. Porté par des
voix exclusivement féminines (le terme frauhlein signifiant demoiselle), ce courant est soutenu par de
jeunes auteures, comme Julie Zeh, Judith Hermann ou encore Julia Frank. En 2014, Nicolas Weill
caractérisait cette nouvelle génération par "la rupture avec le caractère « crispé » qu'avait conservé la
littérature allemande de la décennie 1990. Y régnaient encore principalement des hommes, les Günter
Grass et Martin Walser". Reconnue depuis les années 2000 avec La Fille sans qualités, véritable succès,
ou L'Ultime question, Julie Zeh, la juriste convertie aux lettres, a ouvert la brèche à ses consœurs. Ces
dernières années, le nom de Judith Hermann est sur toutes les lèvres : sa prose est plus sombre, plus
tourmentée, plus sèche, et toujours désillusionnée.
Un autre courant important est ce qu'on appelle la littérature de l'immigration (ou "littérature des
immigrés"). Elle englobe des œuvres écrites en allemand, dont les auteurs ont vécu un choc culturel et
linguistique décisifs. Elle offre ainsi une vision différente de l'Allemagne, à travers des thématiques
originales. Parmi les auteurs phares, on peut citer les hommes et femmes ayant fui les régimes
communistes, telle l'auteure germano-roumaine Herta Müller, mais aussi les auteurs germano-turcs ou
l'auteure bosniaque Zehra Cirak... Il s'agit donc de redécouvrir l'Allemagne à travers un regard
"étranger", parfois exotique, parfois ironique...
Les années 2000 marquent aussi le retour d'une littérature juive en Allemagne, avec des auteurs comme
Maxim Biller, Benjamin Stein ou Edgar Hilsenrath. En 2015, Dominique Trimbur
affirmait "la
naissance de ce que l'on peut appeler une littérature juive allemande, avec des auteurs juifs utilisant
des thèmes juifs dans des ouvrages qu'ils rédigent en allemand et publient en allemand". Selon l'auteur,
deux exemples parfaits de cette nouvelle génération sont Barbara Honigmann ou Maxim Biller.
Le roman de formation - Bildungsroman ou Entwicklungensroman (roman de développement personnel) est peut-être le genre le plus atemporel de la littérature germanique. Né au 18e siècle en Allemagne, il a
pour thème "le cheminement d'un héros, souvent jeune, jusqu'à ce qu'il atteigne l'idéal de l'homme
accompli et cultivé". Très prisé durant les années 1945-1990, il connait un renouveau important, avec la
publication d'ouvrages d'auteurs comme Hans Magnus Enzensberger, Daniel Kehlmann ( Les Arpenteurs
du monde) ou encore Eugen Ruge ( Quand la lumière décline).
L'Allemagne n'échappe pas à la mondialisation : la littérature germanique, reflet de la société, décrit et
dénonce les dérives de ce monde nouveau. Le très réussi Le printemps des barbares du suisse Jonas
Lüscher narre les excès du capitalisme financier à travers les yeux de Preising "amateur de pantalons
en velours et mocassins rutilants", avec un humour décapant. De la même façon, il n'est pas interdit de
rapprocher les nouvelles de Judith Hermann de celles d'Amélie Nothomb ou de Claire Castillon.
Enfin, le Kriminalroman - roman policier allemand - est l'un des genres les plus prisés par les lecteurs.
Très récemment, les excellents polars de Harald Gibers, de Nele Neuhaus ou d'Alex Berg ont montré
toute la vitalité du genre.
Sélection de références
Anthologie de littérature allemande
Deshusses, Pierre
Dunod, 1996
Le traducteur et maître de conférences Pierre Deshusses a publié en
1996 deux ouvrages sur la littérature allemande, le premier consacré
à une "Anthologie de la littérature allemande", et le second intitulé
"Précis de littérature allemande". Dans l'anthologie, chaque entrée
présente une courte biographie de l'auteur, sa bibliographie, puis des
extraits d'œuvres introduits par Deshusses. Dans le Précis, ce sont les
courants littéraires qui sont privilégiés. Une valeur sûre, écrite en
français, par le traducteur de plus de 70 auteurs de langue allemande,
aussi bien classiques (Goethe, Kleist, Hofmannsthal, Rilke, Zweig,
Schnitzler, Krauss) que contemporains (Alexander Kluge, Eugen
Ruge...).
A
la Bpi, niveau
3, 830(082) DES
Deutsches
Literatur-Lexikon
: biographischbibliographisches Handbuch
Deutsches Literatur-Lexikon
Francke, 1968
Cette encyclopédie est à la littérature allemande ce que Volkswagen
est à l'automobile, c'est-à-dire beaucoup. Rédigé depuis 1968 à raison
d'un volume par an, ce dictionnaire alphabétique des auteurs
allemands de tous les temps représente un défi colossal, qui mérite
d'autant plus d'être souligné que l'entreprise touche à sa fin : le 36e
volume se clôt sur Wytzell. Offrez-vous donc une immersion totale
dans la culture germanique, en venant feuilleter les 36 volumes, soit 2
mètres linéaires, le tout bien évidemment rédigé en allemand ! Plus
sérieusement, Cette somme encyclopédique est l'outil incontournable
de tout bon germaniste.
A
la Bpi, niveau
830(03) DEU
Littérature
et 3,
migration
: écrivains germanophones
venus d'ailleurs
Association pour la connaissance de l'Allemagne d'aujourd'hui
Presses universitaires du Septentrion, 2011
Chaque numéro de la revue trimestrielle Allemagne d'aujourd'hui
consacre un dossier spécial à différentes thématiques de l'Allemagne.
Ici, deux numéros sont particulièrement intéressants de notre point de
vue :" Littérature et migration: écrivains germanophones venus
d'ailleurs" (n°197) et "Le roman contemporain de langue allemande du
début du 21ème siècle et son rapport à l'histoire" (n°200).
A la Bpi, niveau 2, 3(0)) ALL
Précis de littérature allemande
Faure, Marie-Noëlle
Studyrama, 2012
La version "prépas" de l'histoire de la littérature allemande, en une
vingtaine chapitres. Efficace, l'ouvrage se centre sur les principaux
courants littéraires, les auteurs et les œuvres majeurs de la création
littéraire allemande. Enrichi d'extraits commentés, adoptant une
approche chronologique (Moyen-Age, Lumières, expressionnisme...),
c'est un "essentiel" destiné à tous ceux qui s'intéressent à la culture
allemande.
A la Bpi, niveau 3, 830(091) FAU
Publié
le
22/07
/2016
LITTÉRATURE
Tags
:
Allemagne
-
roman
A propos de l'auteur
Maryline Vallez
Voir aussi
Bibliographie
Quelques incontournables de la littérature allemande
contemporaine
Publié le 22/07/2016
LITTÉRATURE
La sélection d'ouvrages proposée ici s'appuie sur le travail des étudiants de l'IUT Paris-Descartes, dans
le cadre de leur licence métiers du livre. Chacun a choisi un roman, qu'il a ensuite commenté ...