LES JUIFS ET LA VIE ÉCONOMIQUE
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LES JUIFS ET LA VIE ÉCONOMIQUE
WERNER SOMBART LES JUIFS ET LA VIE ÉCONOMIQUE TRADUIT DE L'ALLEMAND AVEC L'AUTORISATION DE L'AUTEUR PAR LE Dr S. JANKELEVITCH, 1923 3 NOTE DU TRADUCTEUR Ancien professeur à l'Université de Breslau, actuellement professeur à Berlin, Werner Sombart est aujourd'hui un des représentants les plus autorisés de la science économique en Allemagne. Rompant avec les traditions de l'école économique classique, s'écartant sur beaucoup de points de l'école historique, représentée par Schmoller et ses élèves, et à plus forte raison de l'école purement mathématique, Sombart professe un large relativisme économique. D'après lui, il n'existerait pas de théorie universelle, susceptible d'expliquer la vie, l'activité économiques en général. A chaque époque, à chaque période économique convient une théorie différente. L'explication des phénomènes économiques qui avait prévalu entre le XVIe et le XVIIIe siècles était téléologique. Rien de plus naturel, dit Sombart, étant donné la réglementation voulue, l'organisation consciente auxquelles avaient été soumises l'activité et les relations économiques dans l'État policier, paternellement protecteur, de l'époque dont il s'agit. De nos jours, la conception téléologique des phénomènes économiques a fait place à leur conception causale. Mais on aurait tort de conclure de cette substitution à la supériorité de celle-ci sur celle-là : de même que la conception téléologique convenait à un régime fondé sur la subordination de la vie économique à la réglementation administrative, la conception causale est la seule qui convienne à une organisation économique fondée sur la liberté et l'individualisme, soumise aux lois du marché, dont l'action s'exerce avec la rigueur des lois naturelles. Il y a toutefois une différence essentielle entre les faits économiques et les phénomènes naturels. Tandis que ceux-ci présentent des rapports constants et immuables, la science sociale et économique doit tenir compte de ce fait élémentaire que les phénomènes sur lesquels portent ses recherches subissent des changements incessants, mais n'affectant ni au même degré ni en même temps tous les phénomènes à la fois, ce qui rend nécessaire un réajustement continu de leurs rapports réciproques. Aussi la science sociale et économique, si elle veut conserver malgré tout son caractère de science, est-elle obligée de recourir à un compromis consistant à formuler des lois spécifiquement sociales qui, tout en ayant une valeur limitée, ne s'en offrent pas moins à l'esprit avec le maximum de généralité et d'universalité. Ce compromis n'est réalisable que pour autant qu'on s'attache à ramener tous les phénomènes sociaux et économiques aux mobiles humains, considérés comme leur cause première. Mais, dira-t-on, les mobiles qui poussent les hommes à agir sont multiples et complexes à l'infini. Comment nous débrouiller au milieu de cette complexité et de cette multiplicité ? Sur quel critère nous baserions-nous pour ranger ces mobiles dans l'ordre de leur importance au point de vue économique, dans l'ordre de leur universalité ou, tout au moins, de leur généralité ? Questions oiseuses, répond Sombart, et ceux qui les posent sont toujours hantés par le spectre de l'absolu. Encore une fois, il ne s'agit pas de formuler une théorie universelle, applicable à toutes les phases de l'évolution économique, à toutes les manifesta- 4 tions de la vie économique. Le besoin, le sens économique, et tant d'autres mobiles qu'on a tour à tour invoqués pour rendre compte de la phénoménologie économique, ne sont que des explications verbales et, dans l'appréciation la plus favorable, ne tiennent pas compte du caractère essentiellement relatif de cette phénoménologie. Ce qui importe, ce n'est pas de chercher le ou les mobiles qui président à l'activité économique en général, mais seulement celui ou ceux qui exercent une influence prépondérante à une époque donnée, dans un milieu social donné et se révèlent comme tels à l'observateur attentif. Bref, Sombart met à la base de l'étude de la vie économique et sociale ce qu’il appelle la psychologie historique, branche encore inexplorée de la psychologie sociale et collective. Les mobiles dominants d'une période économique une fois dégagés, rien ne sera plus facile que de classer ces mobiles en tenant compte de l'intensité relative de leur action, d'une part, de l'importance relative des sujets économiques, d'autre part. C'est ainsi, par exemple, que dans le régime capitaliste les mobiles de l'entrepreneur l'emportent sur ceux du salarié, les mobiles du producteur sur ceux du consommateur. Mais, même parmi les mobiles du producteur et du consommateur, il est possible de distinguer ceux qui ont un caractère normal, en ce qu’ils contribuent à la consolidation et au développement du régime capitaliste dans ce qu’il a d'essentiel, de ceux susceptibles d'engendrer des actes qui, jugés à la lumière du capitalisme, seraient des anomalies, de simples caprices. Tandis que d'autres écoles, l'école autrichienne, par exemple, tout en accordant aux mobiles psychiques une grande place dans leurs préoccupations, négligent totalement le milieu historique et social dans lequel ces mobiles manifestent leur action, Sombart (et en cela il reste un fidèle disciple de Marx) accorde au milieu social, aux conditions historiques, une place au moins aussi importante que celle qu’il assigne aux mobiles psychiques. Celui, dit-il , qui, voyant dans l'esprit capitaliste la force motrice de la vie économique moderne, veut le suivre dans toutes ses principales manifestations, doit avant tout tenir compte de ce fait que le capitalisme a commencé à se développer dans ce milieu particulier qu'était le moyen-âge européen, c'est-à-dire au sein d'une nature déterminée, au milieu de races déterminées à un moment où les connaissances techniques et la civilisation spirituelle avaient atteint un niveau déterminé, dans le cadre d'une organisation juridique et d'un ordre moral déterminés, bref que le même esprit capitaliste aurait pu produire des effets totalement différents, s’il avait eu à se manifester dans des conditions différentes. Il existe donc une théorie du capitalisme moderne, et non une théorie du capitalisme en général. (Der Moderne Kapitalismus, T. I. Einleitung, p. XXVIII). Tels sont, brièvement résumés, les principaux points de la conception économique de Sombart qu’il a développée dans une série d'ouvrages qui ont été âprement discutés en Allemagne et hors d'Allemagne et dont quelques-uns ont été traduits dans les principales langues étrangères : Der Moderne Kapitalismus, Der Bourgeois et celui dont nous offrons aujourd'hui une traduction au public français. Appliquant sa théorie du relativisme économique à un problème spécial, Sombart cherche à montrer dans ce dernier livre, non que le capitalisme est une création spécifiquement juive, mais que le capitalisme moderne ne serait certainement pas ce qu’il est, sans la rencontre de la spécificité 5 psychique du peuple juif avec les conditions sociales, historiques, climatiques et autres du milieu européen. S. JANKELEVITCH 7 PRÉFACE Quelques lecteurs seront peut-être curieux d'apprendre comment j'ai été amené à écrire ce livre bizarre, et de savoir comment je voudrais qu’il fût lu. Ce fut tout à fait par hasard que je me suis trouvé en présence du problème juif. Voulant refondre mon ouvrage Le capitalisme moderne, je cherchais à me rapprocher, plus que je ne l'avais fait précédemment, des origines de «l'esprit capitaliste». Les travaux de Max Weber sur les rapports entre le puritanisme et le capitalisme m'ont nécessairement amené à examiner plus attentivement que je ne l'avais fait jusqu'alors l'influence de la religion sur la vie économique, et c'est alors que je me suis heurté pour la première fois au problème juif. Une analyse approfondie de l'argumentation de Weber m'a en effet convaincu que ceux des éléments du dogme puritain qui ont exercé une influence réelle sur la formation de l'esprit capitaliste n'étaient que des emprunts aux idées qui forment la base de la religion juive. Mais cette conviction n'aurait pas suffi, à elle seule, à me décider à m'occuper des juifs d'une façon toute spéciale, à propos de l'histoire du capitalisme moderne, si, au cours de mes études ultérieures, une autre conviction ne s'était imposée à moi, à savoir que les Juifs ont joué dans l'édification de l'économie moderne un rôle infiniment plus grand que celui qu'on se plaît généralement à leur accorder. J'ai acquis cette dernière conviction, en cherchant à m'expliquer les transformations qui se sont accomplies dans la vie économique de l'Europe entre la fin du XVe siècle et la fin du XVIIe et qui ont eu pour effet un déplacement du centre de gravité économique des pays sud-européens dans les pays du nord-ouest de l'Europe. La rapide décadence de l'Espagne, le non moins rapide essor de la Hollande, l'appauvrissement de tant de villes italiennes et allemandes, la prospérité de tant d'autres, comme Livourne, Lyon (prospérité passagère), Anvers (dont la prospérité fut également de courte durée), Hambourg, Francfort-sur-le-Main, me parurent ne pas trouver une explication suffisante dans les causes généralement citées : découverte de la route maritime des Indes Orientales, déplacement de la puissance politique, etc. J'eus alors pour la première fois la révélation subite du parallélisme, en apparence tout extérieur, entre les destinées économiques des États et des villes, d'une part, et, d'autre part, les déplacements des Juifs, dont la répartition territoriale s'était trouvée, à cette époque, profondément bouleversée. En y regardant de plus près, j'ai pu, en effet, me rendre compte que c'étaient les Juifs qui, sous les rapports essentiels, favorisaient l'essor économique des pays et des villes dans lesquels ils s'installaient, et la décadence économique des pays et des villes qu’ils quittaient. 8 LES JUIFS ET LA VIE ÉCONOMIQUE Mais cette constatation laissait intact le problème économique proprement dit. Que faut-il entendre par «essor économique», lorsqu'on parle des siècles qui nous intéressent ici ? Quelles étaient les contributions spécifiques des Juifs à cet «essor» ? Qu'est-ce qui les rendait aptes à fournir ces contributions ? La solution complète de ces questions n'était naturellement pas possible dans le cadre d'une histoire générale du capitalisme moderne. La tâche ne m'en parut pas moins assez tentante pour me décider à interrompre pendant une année ou deux le travail qu'exigeait mon ouvrage principal, et à me consacrer entièrement au problème juif. Et telle est la genèse de ce livre. L'espoir de le terminer dans le délai que je m'étais assigné ne tarda pas à se montrer irréalisable, faute de travaux d'approche suffisants. Chose singulière, en effet : dans toute l'abondante littérature consacrée au peuple juif on chercherait en vain un travail traitant sérieusement et à fond le problème le plus important, celui du rôle des Juifs dans la vie économique. Les travaux que nous possédons sur l'histoire économique juive ou sur l'histoire économique des Juifs sont pour la plupart des travaux sur l'histoire du droit, voire de simples chroniques juridiques qui, au surplus, ne tiennent aucun compte des temps modernes. J'ai donc été obligé de réunir des matériaux disséminés dans des centaines de monographies, dont quelques unes excellentes, de m'adresser directement aux sources documentaires, je ne dirai pas pour tracer, mais seulement pour ébaucher pour la première fois le tableau de l'activité économique des Juifs pendant les trois derniers siècles. Si de nombreux historiens locaux se sont efforcés de retracer tout au moins la vie économique et l'histoire extérieure des Juifs pendant cette période, l'idée n'est venue à personne de poser, ne serait-ce que dans ses termes généraux, la question de savoir quelles furent les causes des destinées singulières des Juifs pendant les trois siècles qui nous intéressent ou, plus précisément, qu'est-ce qui les a rendus capables de jouer, dans l'édification de l'économie moderne, le rôle prépondérant que tout le monde s'accorde à leur reconnaître ? Ceux qui ont essayé de répondre à ces questions s'en sont tenus à des schémas vagues, à des lieux communs périmés : «contrainte extérieure», «aptitudes spéciales pour le commerce et le trafic», «absence de scrupules», telles sont quelques-unes des phrases générales qu'on nous offrait en guise de réponse à l'une des questions les plus délicates que nous pose l'histoire universelle. Il fallait cependant commencer par bien établir ce qu'on voulait expliquer, autrement dit par établir exactement le genre et la nature des aptitudes dont on voulait démontrer l'existence chez les Juifs. Et c'est seulement après avoir montré de quoi les Juifs sont capables en général, qu'on pouvait aborder l'examen PRÉFACE 9 des faits d'où semble découler cette aptitude spécifique des Juifs qui a fait d'eux les fondateurs du capitalisme moderne. C'est à cet examen qu'est consacrée une grande partie du livre, et ce n'est pas ici le lieu d'énumérer les résultats auxquels m'ont conduit mes recherches. Tout ce que je veux que le lecteur retienne comme une sorte de leitmotiv retentissant constamment dans ses oreilles, c'est ceci : je vois, dans une combinaison particulière de circonstances extérieures et de conditions intérieures, la raison de l'influence énorme, dépassant toutes les autres, que les Juifs ont exercée sur l'évolution de l'économie (et, avec elle, de la civilisation) moderne ; j'attribue cette influence au fait (qui n'est, au fond, qu'un accident historique) qu'un peuple au sang chaud, peuple du désert, peuple nomade, est entré en contact avec des peuples d'une constitution toute différente, doués d'un tempérament calme, voire froid, sédentaires, attachés au sol, et s'est trouvé condamné à vivre et à travailler dans des conditions extérieures qui ne ressemblaient en rien à celles de sa patrie primitive. S’ils étaient restés dans leur pays ou s’ils avaient émigré dans d'autres pays chauds, les Juifs auraient encore agi, sans doute, selon leur tempérament, mais leur action n'aurait pas eu ce caractère dynamique par lequel elle s'est manifestée dans les pays européens. Ils auraient peut-être joué seulement un rôle analogue à celui des Arméniens dans le Caucase, des Kabyles en Algérie, des Chinois, des Afghans ou des Perses dans l'Inde. Mais nous n'aurions jamais eu ce produit extraordinaire de la civilisation humaine : le capitalisme moderne. Le fait suivant, qui explique d'ailleurs en grande partie la nature du capitalisme moderne, montre tout ce qu’il y a de singulier dans ce phénomène : le capitalisme doit sa naissance à l'association purement «accidentelle», de peuples possédant des constitutions radicalement différentes et dont les destinées ont été déterminées par mille circonstances également «accidentelles». Pas de capitalisme moderne, pas de civilisation moderne, sans la dispersion des Juifs dans les pays de l'hémisphère nord du globe terrestre. J'ai conduit mes recherches jusqu'à l'époque contemporaine, et j'espère avoir démontré que notre vie économique n'a pas cessé de subir, et dans une mesure croissante, les influences juives. Mais ce que je n'ai pas dit, et ce que je dirai ici, c'est que depuis quelque temps ces influences semblent être en voie de diminution. C'est un fait incontestable, et qui peut être établi à l'aide d'un simple dénombrement, qu'on rencontre de moins en moins de noms juifs parmi ceux des titulaires de postes de directeurs ou de membre des conseils d'administration des grandes banques. Ce serait là, il est vrai, un indice purement extérieur, mais il y a des faits qui permettent de croire à un recul réel de l'influence juive. Or, il serait intéressant de rechercher les causes de ce phénomène significatif. 10 LES JUIFS ET LA VIE ÉCONOMIQUE Ces causes peuvent être, à notre avis, de plusieurs ordres. Il peut s'agir, d'une part, d'une modification des aptitudes personnelles des sujets économiques, les non-Juifs s'étant adaptés davantage aux conditions et aux exigences du système économique capitaliste, ayant «appris», tandis que les Juifs, a la suite des changements survenus dans leur situation extérieure (amélioration de leur statut civique, diminution du sentiment religieux) auraient perdu, en partie tout au moins, les aptitudes qui leur ont permis jadis d'exercer une influence décisive sur la vie économique ; mais, d'autre part, les causes de la baisse de l'influence juive proviennent peut-être de la modification survenue dans les conditions objectives au milieu desquelles s'exerce l'activité économique : les entreprises capitalistes (nos grandes banques, par exemple) deviennent de plus en plus des administrations bureaucratiques qui n'exigent plus au même degré qu'auparavant l'intervention d'aptitudes personnelles et spécifiques; le bureaucratisme se substitue au commercialisme. Il sera réservé à des recherches ultérieures d'établir d'une manière exacte si et dans quelle mesure la toute dernière phase du capitalisme est caractérisée par une diminution de l'influence juive. En attendant, je ne puis qu'utiliser les observations faites par moi et par d'autres, et en donnant des faits la seule interprétation qui me paraît plausible, je me trouve confirmé une fois de plus dans la conviction que mon essai d'explication de l'influence juive répond à la réalité des faits. La diminution de cette influence constitue, en effet, comme une démonstration expérimentale de la direction dans laquelle il convient de chercher ses causes. Toutes ces raisons m'autorisent à croire que ni la deuxième partie de mon livre, dans laquelle j'essaie de dégager les aptitudes des Juifs pour le capitalisme, ni la première, dans laquelle je montre la part que les Juifs ont prise à l'édification de l'économie moderne, ne pourront plus subir de grandes modifications à l'avenir. Elles pourront subir quelques corrections de détail, elles pourront surtout être complétées, mais les idées fondamentales qui y sont développées résisteront, je l'espère, à l'épreuve des recherches futures. Je n'éprouve pas le même sentiment de tranquille certitude, lorsque je pense à la troisième grande division de ce livre, qui traite la question des origines de la nature juive et celle de sa spécificité. Dans ces questions, nous en sommes réduits (et le serons peut-être toujours), quant aux points décisifs de la démonstration, à des suppositions et à des hypothèses qui sont naturellement marquées d'une forte équation personnelle. Je ne m'en suis pas moins imposé la tâche de réunir et de soumettre à une analyse critique dans un chapitre spécial, consacré au «problème des races», les opinions que nous pouvons aujourd'hui considérer PRÉFACE 11 comme plus ou moins fondées, et surtout de dénoncer les nombreuses hypothèses incertaines. Aussi ce chapitre est-il devenu un véritable monstre: lourd, haché, informe, il laissera au lecteur un sentiment pénible d'insatisfaction, de déception, que je me suis efforcé d'atténuer, sinon d'effacer, dans le dernier chapitre où je traite du «sort du peuple juif», considéré dans ses lignes générales. Mais ce dernier chapitre, je n'ai pu l'écrire qu'après avoir fondu en un tableau synthétique tous les faits isolés et disparates que la recherche scientifique nous offre pêle-mêle, sans triage préalable. Ce tableau se ressent forcément des éléments subjectifs qui ont présidé à sa composition, et seul l'avenir dira (peutêtre) jusqu'à quel point ce tableau subjectif est conforme à la réalité. Je veux enfin relever quelques particularités de ce livre, afin de prévenir certains malentendus susceptibles de former autour des idées qui y sont exprimées et développées une sorte de brouillard à la faveur duquel le lecteur «critique» serait capable d'y voir tout autre chose que ce qu’il est en réalité. 1. Ce livre est un livre unilatéral ; et il est unilatéral, parce que s’il veut opérer dans les idées la révolution qu’il ambitionne, il doit l'être. Ce livre veut montrer le rôle des Juifs dans la vie économique moderne. A cet effet, il réunit tous les matériaux se rapportant à ce seul et unique sujet, sans mentionner aucun des facteurs qui, en dehors et à côté des Juifs, ont contribué à l'édification du capitalisme moderne. En procédant ainsi, il ne méconnaît nullement l'influence de ces autres facteurs. On pourrait tout aussi bien écrire un livre sur le rôle des races du nord dans l'édification du capitalisme moderne, ou bien paraphrasant ce que j'ai dit au sujet des Juifs : «sans les Juifs, pas de capitalisme» proclamer : «sans les conquêtes de la technique, ou sans la découverte des trésors de l'Amérique pas de capitalisme». Mais tout en étant, ainsi que j'en conviens moi-même, unilatéral, mon livre 2. n'est pas un livre à thèse. Cela veut dire : il ne cherche pas à démontrer l'exactitude de telle ou telle «conception de l'histoire» ; il ne cherche pas à faire prévaloir la conception «raciale» de la vie économique. Quelles que soient les déductions «théoriques» ou «historico-philosophiques» qu'on tirera de mon exposé, elles n'auront rien à voir avec le contenu même du livre. Dans celui-ci, je cherche seulement à raconter ce que j'ai vu et à interpréter les faits observés. C'est pourquoi celui qui se proposera de «réfuter» mes affirmations fera bien de prendre pour point de départ la réalité empirico-historique et se contenter de relever les erreurs que j'ai pu commettre en affirmant certaines réalités ou les conclusions erronées que j'ai pu formuler, dans tel ou tel cas particulier, en cherchant à dégager les causes de telle ou telle réalité. Enfin, avec une insistance faite pour étonner, je dis que 12 LES JUIFS ET LA VIE ÉCONOMIQUE 3. ce livre est un livre rigoureusement scientifique. Et si je le dis, ce n'est pas pour faire son éloge, mais, au contraire, pour expliquer un de ses défauts. En tant que livre scientifique, il se borne à constater et à expliquer les faits et s'abstient de tout jugement de valeur. Les jugements de valeur sont toujours subjectifs, ne peuvent être que subjectifs, car ils découlent, en dernière analyse, de la manière strictement personnelle de chacun de nous de concevoir le monde et la vie. Or, la connaissance objective subit un trouble, toutes les fois qu'intervient un jugement de valeur, c'est-à-dire un jugement subjectif. C'est pourquoi la science et ses représentants devraient fuir comme la peste toute tentation d'émettre un jugement de valeur sur les faits qu’ils ont réussi à établir. Mais nulle part ailleurs l'appréciation subjective n'a causé autant de mal, nulle part elle n'a autant retardé la connaissance des réalités objectives que dans le domaine de la «question des races», et plus particulièrement dans celui de la «question Juive». Ce livre présente cette particularité que tout en consacrant 500 pages à parler des Juifs, et rien que des Juifs, il réussit à s'abstenir, d'un bout à l'autre, de la moindre appréciation sur les Juifs, sur leur caractère, sur leurs œuvres et sur leurs actes. Sans doute, il est possible de traiter scientifiquement le problème de la valeur et, dans ce cas particulier, de la plus ou moins grande valeur de certaines groupes ethniques. N'oublions seulement pas que ceci ne devrait être fait qu'à titre d'explication ou d'avertissement critique. On peut, par exemple, montrer que les peuples comme les hommes doivent être jugés d'après ce qu’ils sont et d'après ce qu’ils font ; mais il faut s'empresser d'ajouter que, dans chaque cas donné, le dernier critère est d'ordre subjectif qu’il n'est par conséquent pas permis de parler de races «supérieures»et «inférieures»et de dire des Juifs qu’ils font partie de celles-là ou de celles-ci, car c'est le sentiment éminemment personnel de chacun qui décide en dernier lieu de la valeur ou de la non-valeur de caractères ethniques et de manifestations de l'activité d'un peuple. Cette manière de voir se justifie par les considérations suivantes : Envisageons, par exemple, les destinées des Juifs : ils sont un peuple éternel, au-dessus des autres peuples. «Un peuple se lève, un autre disparaît, mais Israël demeure éternellement», dit avec orgueil le «Midrasch» du Psaume XXXVI. Cette longue durée d'un peuple, dont les Juifs se glorifient encore aujourd'hui est-elle une qualité précieuse ? Tel n'était pas l'avis d'Henri Heine, lorsqu’il écrivait : «Ce vieux peuple de malheur est depuis longtemps condamné et traîne ses tortures depuis des milliers d'années. Oh, cette Egypte ! Ses produits défient le PRÉFACE 13 temps ; ses pyramides sont encore là, immuables ; ses momies sont aussi indestructibles que jadis, aussi indestructibles que ce peuple-momie qui erre à travers la terre, enveloppé dans ses vieux langes faits des lettres de la loi, morceau pétrifié de l'histoire, spectre qui, pour subsister, se livre au commerce des lettres de change et des vieilles culottes». Les contributions des Juifs ? ils nous ont gratifiés du Dieu unique, de JésusChrist et du christianisme, avec le dualisme de sa morale. Don précieux ? Tel n'était pas l'avis de Frédéric Nietzsche. Les Juifs ont rendu possible le capitalisme sous sa forme actuelle. Devonsnous leur en être reconnaissants ? La réponse à cette question variera également selon l'attitude personnelle que chacun adopte à l'égard de la civilisation capitaliste. Qui, sauf Dieu, pourrait juger de la valeur «objective», du caractère ou des actes de tel homme ou de tel peuple ? il n'est pas d'homme ni de race dont on puisse dire qu’ils sont «objectivement» supérieurs ou inférieurs à un autre homme ou à une autre race. Et quand des hommes sérieux ne s'en hasardent pas moins à formuler des jugements de ce genre, personne ne peut leur contester le droit d'exprimer ce qui n'est que leur opinion essentiellement personnelle. Mais dès qu’ils veulent donner à leurs jugements de valeur le caractère de jugements objectifs et généraux, c'est nous qui avons le droit de les dépouiller de la dignité qu’ils ont usurpée et, étant donnés les dangers que présentent les généralisations de ce genre, nous ne devons pas reculer devant l'emploi de l'arme la plus efficace dans les batailles spirituelles : ridiculiser l'adversaire. Rien de plus comique, en effet, que de voir les représentants de certaines races, de certains peuples, vanter leur race, leur peuple (tel le fiancé sa fiancée), comme la race «élue», comme le peuple supérieur, d'une valeur inappréciable, etc. Deux races (ou groupes ethniques) ont été dernièrement portées aux nues, je dirais presque à cause de la réclame qu'elles ont su faire autour d'elles : les Germains et... les Juifs qui ont (avec raison) pris la défense de leurs coreligionnaires à tendances nationalistes contre les attaques des prétendus porte-parole des autres peuples, notamment des peuples germaniques. Personne, naturellement, ne peut contester aux représentants de chacun de ces groupes de considérer le groupe dont ils font partie comme le plus précieux et de l'aimer comme tel (toujours l'histoire du fiancé et de la fiancée). Mais rien de plus ridicule que de vouloir imposer ses goûts à d'autres. Lorsqu'on entend quelqu'un vanter les peuples germaniques, pourquoi ne lui opposerait-on pas ces paroles de Victor Hehn qui, lui, était pourtant un Germain authentique : «dans l'échelle qui s'étend des types inférieurs aux organismes de plus en plus nobles, l'Italien oc- 14 LES JUIFS ET LA VIE ÉCONOMIQUE cupe une place supérieure et représente un type plus spirituel, plus richement doué que l'Anglais, par exemple» ? (il va sans dire que ce jugement de Hehn est aussi dépourvu d'objectivité que le jugement contraire des germanomanes). Et si je m'avise de déclarer que les Nègres sont supérieurs aux habitants blancs des États-Unis, qui pourrait me réfuter ? Serait-ce me réfuter que de m'opposer l'extraordinaire degré de développement de la culture matérielle des Yankees ? Mon adversaire aurait alors à fournir la «preuve» que la culture américaine est plus précieuse que l'inculture des Nègres. Une analyse scientifique du problème de la classification hiérarchique des races aurait à s'acquitter d'autres tâches encore. Elle aurait à montrer notamment les déplacements que les critères de la valeur subissent au cours des temps. En ce qui concerne plus particulièrement le dernier siècle, elle découvrirait une ligne de développement qui, selon l'expression d'un homme d'esprit, mène de l'humanité à la bestialité en passant par la nationalité ; mais elle constaterait aussi qu'à peu de distance du point terminal de cette ligne s'en détache une autre, collatérale, dont la direction peut être caractérisée ainsi : de l'humanité (conçue non comme une idée normative, mais comme un critère général applicable à tous les hommes) à la spécialité (ou qualité) en passant par la nationalité (ou culte des races). Autrement dit, cette dernière ligne aboutit à un critère d'appréciation fondé sur les qualités spécifiques et constitutionnelles de l'homme, mais ne tient aucun compte du groupe ethnique auquel il appartient. Nous assistons ainsi en ce moment à une transformation de la notion de race, en ce sens qu'on tend de plus en plus à y voir une exigence idéale, et non un fait positif, résultant d'une longue évolution. En renonçant de plus en plus, comme à un procédé trop plébéien, à l'appréciation en bloc de races entières et de peuples entiers, on ne veut pas recourir au procédé encore plus plébéien qui consiste à attribuer la même dignité et à accorder la même valeur à tout ce qui présente un aspect humain, mais on cherche à se rapprocher de la conception plus «élevée» (?) d'après laquelle l'homme tirerait sa valeur de la qualité du sang qui coule dans ses veines, que ce soit du sang germain, juif ou nègre. L'homme, dit-on, doit «avoir de la race», et d'après cette manière de voir, une Juive «de race» a plus de valeur qu'une Germaine vulgaire, molle et flasque, et inversement. Une analyse scientifique des jugements de valeur appliqués à des groupes ethniques tout entiers aurait enfin à tenir compte de ce fait qu’il y a des hommes pour lesquels les races et les peuples n'existent pas, qui ne formulent des jugements de valeur que sur des individus et qui professent cette opinion que toute foule, qu’il s'agisse d'une race ou d'un peuple, se compose de non-valeurs, PRÉFACE 15 au milieu desquelles on découvre ça et là un homme de valeur, un homme noble. Ces gens ont cessé depuis longtemps de classer les hommes verticalement ; ils tirent une ligne horizontale, au-dessus de laquelle il placent tous les «hommes» et relèguent au-dessous d'elle tout le reste ; et il va sans dire qu'on peut trouver «au-dessus» de cette ligne aussi souvent (ou aussi rarement) des Juifs que des Chrétiens, des Esquimaux que des Nègres (qu’il y ait des «hommes» dans tout groupe ethnique, c'est ce que personne ne saurait nier ; car, s’il n'en était pas ainsi, nous serions très embarrassés de dire au-dessous de quel Germain ou Juif de classes élevées nous devrions ranger le nègre Booker Washington et tant d'autres si hautement qualifiés au point de vue intellectuel, artistique et moral, de cette race généralement considérée comme la lie de l'humanité). Il est évident que cette dernière manière d'apprécier un groupe ethnique donné dépend entièrement de l'expérience personnelle de chacun. Pour montrer combien d'entre nous, hommes modernes, sont portés, malgré eux, à éprouver la plus profonde estime précisément pour les Juifs, je citerai ces vers classiques de notre cher poète Fontane : (Pour mon soixante-dixième anniversaire. Ceux qui sont venus pour mon anniversaire portaient des noms tout différents. Ils étaient également «sans peur et reproche» , mais d'une noblesse presque préhistorique. Innombrables étaient ceux dont les noms se terminaient par «berg» et par «heim», ils firent irruption en foule, des Meyers sont venus par bataillons et des Pollacks, et d'autres encore qui habitaient encore plus à l'est, Abraham, Isaac, Israël, tous les patriarches sont là et me reconnaissent amicalement pour leur chef. Pour chacun je fus quelque chose, tous m'ont lu, tous me connaissaient depuis longtemps, et c'est là l'essentiel... «Venez, Cohn»). Un examen scientifique du problème de la classification hiérarchique des races devrait aussi, dis-je, tenir compte de cette dernière variété de jugements de valeur, pour mettre plus particulièrement en relief leur caractère éminemment personnel. Eminemment personnel, donc, non scientifique. Or, ayant voulu écrire un livre scientifique, j'avais le devoir de m'abstenir de jugements de valeur. L'opinion personnelle de l'auteur n'intéresse pas tout le monde ; elle ne peut intéresser que ses amis, et ceux-ci la connaissent. WERNER SOMBART 439 TABLE DES MATIÈRES PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE I - MÉTHODES DE RECHERCHE. NATURE ET ÉTENDUE DE LA CONTRIBUTION DES JUIFS A L'ÉDIFICATION DE L'ÉCONOMIE MODERNE. 17 Méthode statistique et méthode génétique. Avantages et inconvénients de la méthode statistique. Nécessité de la compléter par la méthode génétique ; application exacte de celle-ci. Appréciation exacte de la contribution des Juifs à l'édification de l'économie moderne ; cette contribution apparaît tantôt trop grande, tantôt trop petite, parce qu'un grand nombre de processus échappent à notre connaissance, parce qu’il n'est pas toujours possible d'établir quels sont ceux des processus auxquels les Juifs ont pris part. Définitions de la notion «Juif». Difficulté de préciser la part des Juifs convertis, des femmes juives, des Crypto-Juifs agissant dans la coulisse. CHAPITRE II - LE DÉPLACEMENT DU CENTRE DE GRAVITÉ ÉCONOMIQUE A PARTIR DU XVIe SIÈCLE. 26 Déplacement du centre d'énergie économique du Sud-Ouest vers le Nord-Est européen. Insuffisance des raisons par lesquelles on a cherché, jusqu'à présent, à expliquer ce déplacement. Parallélisme entre celui-ci et les déplacements des Juifs. Essai d'établir un rapport entre ces deux phénomènes. Jugements des contemporains des XVIe et XVIIe siècles en Angleterre, en France, en Hollande, en Allemagne. Ce rapport s'explique en fait par l'influence extérieure et morale des Juifs. CHAPITRE III - L'ESSOR DU COMMERCE INTERNATIONAL DES MARCHANDISES. Aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, les Juifs prennent une part quantitativement prépondérante à l'échange de marchandises. Leur participation à la foire de Leipzig, au commerce hispano-portugais, 37 440 LES JUIFS ET LA VIE ÉCONOMIQUE au commerce levantin. Le rôle important des Juifs s'explique mieux encore par la nature de leur commerce : commerce d'articles de luxe, de produits en nombre, d'articles nouveaux, variété et multiplicité des marchandises dont ils faisaient commerce : leur commerce avec les pays producteurs d'or et d'argent. CHAPITRE IV - FONDATION DE L'ÉCONOMIE COLONIALE MODERNE. 42 Les Juifs prennent une part active à toutes les fondations coloniales : en Orient, en Australie, dans l'Afrique du Sud, mais surtout en Amérique. Amérique, pays juif. Ils contribuent même à la découverte de ce pays. Afflux de Juifs après la découverte. Influence juive dans l'Amérique du Sud, dans les Indes occidentales, aux États-Unis d'Amérique. Rôle particulier des Juifs dans ce dernier pays. Ils impriment leur cachet à toute la vie économique américaine. CHAPITRE V - FONDATION DE L'ÉTAT MODERNE. 58 Les Juifs, peuple «apolitique», semblent n'avoir pris aucune part à la fondation de l'Etat moderne ; en réalité, leur part fut très grande. Juif et Prince : deux phénomènes inséparables aux débuts de l'État moderne. 1) Les Juifs comme fournisseurs, en Angleterre, en France, en Allemagne et en Autriche, aux États-Unis. 2) Les Juifs comme financiers, en Hollande, en Angleterre, en France, en Allemagne et en Autriche. Les «Juifs de Cour». Élimination des «Juifs de Cour» à la suite du développement du système de crédit moderne ; développement qui, à son tour, n'est qu'une conséquence de la transformation générale de la vie économique. CHAPITRE VI - LA COMMERCIALISATION DE LA VIE ÉCONOMIQUE Que faut-il entendre par commercialisation de la vie économique ? 68 TABLE DES MATIÈRES I. Apparition des papiers-valeurs. Le papier-valeur comme expression extérieure de l'objectivation des relations de crédit, objectivation qui ne représente qu'un anneau de la chaîne des objectivations, de la tendance générale à l'objectivation, caractéristique de l'époque capitaliste à son apogée. Principaux types de papiers-valeurs. Méthode permettant d'établir la part prise par les Juifs à la création de ceux-ci. 1) La lettre de change endossable. L'origine de cette coutume. Les foires de Gênes. 2) L'action. L'action moderne naît au XVIIe et au XVIIIe siècles. La spéculation et son influence sur l'objectivation des relations créées par l'action. 3) Le billet de banque(banknote). Ses origines restent toujours incertaines. Son berceau probable : Venise ou Espagne. 4) L'obligation partielle. L'objectivation des dettes publiques n'est pas antérieure au XVIIIe siècle. Histoire de l'obligation hypothécaire. Son lieu d'origine : la Hollande. Importance de l'institut juridique du titre au porteur pour le développement du papier-valeur. Diverses théories sur l'origine du titre au porteur. Le titre au porteur et le droit talmudo-rabbinique. II. Le commerce des papiers-valeurs. 1) Formation du droit de circulation. L'effet est destiné à être mis en circulation. Le droit de circulation tire son importance du fait qu’il facilite la vente du papiervaleur. La part des Juifs à l'élaboration de principes juridiques favorables à la circulation. 2) La Bourse. La Bourse et son importance pour le commerce des papiersvaleurs. Qu'est-ce que la spéculation ? Son importance pour le commerce des valeurs L'histoire de la Bourse se décompose en deux périodes : la première s'étend du XVIe siècle au commencement du XIXe siècle. La Bourse des valeurs moderne est née du commerce des lettres de change. Celui-ci était entre les mains des Juifs. La spéculation sur les effets n'est pas antérieure au XVIIIe siècle. Les Juifs, créateurs du «commerce à terme», maîtres de la Bourse d'Amsterdam au XVIIe siècle, fondateurs de la Bourse mondiale de Londres à la fin du 441 442 LES JUIFS ET LA VIE ÉCONOMIQUE XVIIe siècle, des Bourses françaises et allemandes. Ce sont encore les Juifs qui inaugurent la période moderne de la Bourse : par l'encouragement voulu de l'économie fondée sur le crédit, par l'augmentation extensive et intensive de la circulation de fonds. Importance de la maison Roths-child; internationalisation des relations de crédit, utilisation de la Bourse en vue de l'émission (création de dispositions favorables à l'émission). III. Création de papiers-valeurs. Développement de la branche émission. Rôle des Juifs dans le développement. Fondation de sociétés et entreprises. Les Rothschild, premiers «rois des chemins de fer». «Fondateurs» Juifs en Allemagne en 1870 et 1880. L'application du principe de l'action à la production d'effets marque le commencement de la période des banques de spéculation. Le «Crédit Mobilier», prototype de ces banques, a été une création des frères Pereire. Le rôle des Juifs dans les banques de spéculation allemandes. IV. Commercialisation de l'industrie. Influence croissante des banques et des Bourses sur l'ensemble de la vie économique. Type de l'industrie «commercialisée» moderne : l'industrie électrique. Hommes d'affaires juifs et leur organisation. Histoire des Juifs en tant qu'industriels. Les Juifs et la place qu’ils occupent dans les directions et les conseils d'administration des entreprises industrielles allemandes. CHAPITRE VII - FORMATION D'UNE MENTALITÉ CAPITALISTE Les Juifs apparaissent partout comme troubleurs de la «subsistance» : en Allemagne, en Angleterre, en France, en Suède et en Pologne. Les contemporains expliquent leur action dissolvante par leur manière déloyale de conduire les affaires. En réalité, ils représentent une nouvelle mentalité économique. Jusqu'aux débuts de l'époque capitaliste, l'économie était dominée par la conception féodale corporative, avec sa délimitation stricte des domaines d'activité, avec 135 TABLE DES MATIÈRES 443 son mépris pour le «captage de clients» à l'aide de l'annonce commerciale ou de la réclame, avec son principe fondamental de la fourniture de bonnes marchandises de consommation et avec son idée du juste prix. Mener une vie calme et tranquille : telle était la principale aspiration du sujet économique. Les Juifs conçoivent l'activité économique d'une manière toute différente. Leurs pratiques n'étaient délictueuses que dans des cas exceptionnels ; ce qui les faisait paraître comme telles, c'est qu'elles découlaient d'un tout autre esprit. La recherche du gain, le mépris pour la délimitation corporative des activités commerciales et industrielles : tels sont les traits fondamentaux de la mentalité économique des Juifs. Internationalisme du «commerce juif». Les Juifs recrutent la clientèle et sont (probablement) les créateurs de la réclame. Les Juifs avilissent les prix. Explication de cet avilissement des prix par les Juifs : leur déloyauté soi-disant «notoire» ; malhonnêteté de leurs pratiques ; qualité inférieure de leurs marchandises (les Juifs créateurs du «succédané») ; diminution de leurs frais de revient, grâce à leurs exigences moindres, grâce à la circulation accélérée de leurs marchandises, grâce à l'emploi d'une main-d'œuvre peu coûteuse. Les Juifs «inventeurs» commerciaux. Ce qu’il y a de fondamentalement nouveau dans la conception juive, c'est l'idée de la libre concurrence. Les Juifs créateurs du «commerce libre», du «libre échange». DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VIII - LE PROBLÈME. Nécessité de bien poser la question : il faut montrer exactement à quoi les Juifs sont aptes et comment ils manifestent leurs aptitudes. Le problème consiste à montrer les aptitudes des Juifs pour le capitalisme. Idées nébuleuses des auteurs antérieurs qui se sont occupés de ce sujet. Des aptitudes peuvent être provoquées par des circonstances extérieures ou découler de prédispositions subjectives. Méthode à suivre dans l'analyse de ce problème. CHAPITRE IX - LES FONCTIONS DU SUJET ÉCONOMIQUE 173 444 LES JUIFS ET LA VIE ÉCONOMIQUE DANS LE RÉGIME CAPITALISTE. Qu'est-ce que le capitalisme ? il est fondé sur l'idée du gain et sur le rationalisme économique. En quoi consiste une heureuse conduite des affaires au sens capitaliste du mot ? Principales qualités que doit posséder un sujet économique dans le système capitaliste : il doit être un bon entrepreneur et un bon commerçant. Que signifie «être bon entrepreneur et commerçant» ? 176 CHAPITRE X - LES APTITUDES OBJECTIVES DES JUIFS POUR LE CAPITALISME. (Résumé des conclusions du chapitre précédent). 187 I. La répartition dans l'espace. Les avantages que les Juifs ont retirés de leur dispersion dans tous les pays ; la manière dont ils ont organisé leur service d'informations ; leur connaissance des langues. Les avantages de leur répartition à l'intérieur de pays. II. La qualité d'étranger Leur situation de nouveaux immigrés ; leur situation d'étrangers, au sens psychologique et social. III. La demi citoyenneté. Leur situation au point de vue professionnel et policier ; l'influence des restrictions auxquelles ils étaient soumis sous ces deux rapports a été souvent exagérée. Ce qui était plus important, c'était leur élimination de toutes les associations corporatives ; facteur non moins important : la place qu’ils occupaient dans la vie publique. IV. La richesse. La richesse des Juifs réfugiés d'Espagne ; des Juifs hollandais au XVIIe siècle; des Juifs français, anglais, allemands au XVIIe et au XVIIIe siècles. Données statistiques sur la richesse juive dans l'Allemagne contemporaine. Importance de la richesse juive, surtout au point de vue du prêt à intérêt, qui peut être considéré comme le point de départ du capitalisme. TABLE DES MATIÈRES 445 CHAPITRE XI - LA RELIGION JUIVE ET SON IMPORTANCE POUR LA VIE ÉCONOMIQUE. Remarque préliminaire : sujet de ce chapitre. 208 I. L'importance de la religion pour le peuple juif. Importance du système religieux en général pour la vie économique. Importance particulière de la religion juive. Raisons. Orthodoxie chez les grands et les petits. II. Les sources de la religion juive. Aperçu général. Point de vue réaliste qu'on constate dans les sources. La Bible. Le Talmud. Les trois Codes. Conception traditionnelle du judaïsme pieux. La valeur des différentes sources. Principes d'interprétation. III. Idées fondamentales de la religion juive. Affinités entre la religion juive et le capitalisme. La religion juive, production rationnelle, à forme artificielle et mécanisée, religion sans mystères, étrangère à tout ce qui est concret et sensible. Elle repose sur une réglementation contractuelle des rapports entre Yahvé et Israël. Comptabilité compliquée des bonnes actions et des péchés. Conception inorganique, purement quantitative de la nature du péché. Affinités entre cette conception et l'idée du gain. La littérature théologique attache une grande valeur à l'acquisition d'argent. Les «enchères» font partie du culte divin. La compétence en affaires des Rabbins. IV. L'idée de l'épreuve et de la récompense. La conception juive de la nature de la «récompense». La vraie piété trouve sa récompense dans la «prospérité ici-bas». Le bien être matériel fait partie de cette prospérité. La glorification de la richesse dans les livres religieux juifs. Importance de ce fait pour la vie des affaires, V. La rationalisation de la vie. Ce qui est demandé à l'homme pieux en échange de la prospérité 446 LES JUIFS ET LA VIE ÉCONOMIQUE dont il jouit, c'est de se conformer à la loi et de mener une vie de sainteté, ce qui revient d'ailleurs au même. La sainteté consiste dans la rationalisation de la vie. La loi agit par le simple fait de son existence. Toutes les prescriptions tendent à éliminer l'influence des instincts naturels sur l'activité humaine. Rationalisation de la manière de jouir de la nature, de la vie en général. Vertus cardinales de l'homme pieux. Rationalisation de la faim et de l'amour. Dualisme rigide de la conception de la vie sexuelle. L'horreur de la femme. Rationalisation des rapports sexuels dans le mariage. Importance de cette rationalisation pour la vie économique. Développement des vertus «bourgeoises». Culte de la vie de famille. «Sainteté du mariage», chez les Juifs. Effets physiologiques de la réglementation systématique des rapports sexuels. Rapports entre la vie amoureuse et la course à l'argent. A mesure que les Juifs s'habituent à la vie contre nature (ou à côté de la nature), leurs aptitudes pour le capitalisme s'accentuent. VI. Israël et les étrangers. La «loi» a pour effet l'isolement du peuple juif et exalte le sentiment de cet isolement. Développement d'un droit international privé, d'un ordre particulier : autorisation à prélever des intérêts sur des étrangers. Principes peu rigides dans les relations avec les étrangers. Le droit international privé encourage la conception de la liberté économique. Commerce libre et industrie libre : tel est le commandement de Dieu. VII. Judaisme et Puritanisme. Concordance, sur de nombreux points, entre le système religieux Juif et le Puritanisme La religion juive a-t-elle exercé une influence extérieure sur le puritanisme ? Problème qui attend encore sa solution. CHAPITRE XII - LA SPÉCIFICITÉ JUIVE. I. Le problème. Nécessité d'admettre une «psyché» collective, l'explication des événements historiques par des circonstances purement extérieures étant insuffisante. Exemple typique : l'histoire juive. Il est difficile, 271 TABLE DES MATIÈRES 447 mais nullement impossible, d'établir des faits de psychologie collective. La vieille conception d'une «âme populaire» est à rejeter. Comment la psychologie collective est-elle possible ? Méthode scientifique. Méthode artistique. II. Essai de solution. Accord, sur la plupart des points essentiels, entre tous ceux qui se sont occupés de la «psyché» juive. Trait fondamental de la nature juive : spiritualité (intellectualisme) exagérée. Il n'y a pas place à la sensation et au sentiment dans leur attitude à l'égard du monde. Il manque aux Juifs le sens du concret, il leur manque à peu près le sens de ce qui est personnel. Les Juifs sont les partisans-nés d'une conception «libérale» de la vie et d'une interprétation rationnelle du monde. Le téléologisme des Juifs. «Tachlis». Mélancolie. «Arrivisme» et mobilité. De ces traits fondamentaux découlent toutes les autres particularités des Juifs: agitation, faculté d'adaptation. Les aptitudes des Juifs pour le journalisme, pour la profession d'avocat, d'acteur. III. Le génie juif au service du capitalisme. Concordance entre les idées fondamentales du capitalisme et les traits fondamentaux du caractère juif. Aptitudes particulières des Juifs pour les fonctions de l' «entrepreneur» et du «commerçant». TROISIÈME PARTIE. CHAPITRE XIII - LE PROBLÈME DES RACES. Remarque préliminaire. De quelle nature est la spécificité juive ? Les différentes possibilités théoriques. Nécessité de bien poser la question et de soumettre les matériaux à une analyse critique. I. Les caractères anthropologiques des Juifs. L'origine des Juifs. Leurs destinés originelles. Exagération de la valeur du prosélytisme, en tant que facteur anthropologique. La conversion des Khazares Khaganes au judaïsme. Les mariages mixtes du peuple juif à l'époque actuelle. Le caractère particulier de 305 448 LES JUIFS ET LA VIE ÉCONOMIQUE leurs prédispositions physiologiques et pathologiques est douteuse. Constance de la physiologie juive. II. La «race» juive. Double sens du mot «race». L'échec des essais de classification des races humaines n'exclut pas la possibilité de différences entre les divers groupes humains. Il ne s'agit que d'une querelle de mots. III. Constance de la nature juive. Symptômes significatifs de cette constance : attitude des Juifs à l'égard des peuples-hôtes ; le phénomène de la diaspora juive ; la religion juive ; l'uniformité frappante de leur activité économique à toutes les époques de l'histoire. Aperçu de l'évolution de l'histoire économique juive. Aptitude des Juifs pour les affaires d'argent. La richesse juive à toutes les époques. Causes et sources de la richesse juive. IV. Caractères ethniques et théorie des races. Absurdité des argumentations de nos «théoriciens des races». Argumentation à peine plus satisfaisante des théoriciens de l'adaptation et du milieu. Actuellement : non liquet. Le problème de la formation des espèces vu à travers la méthode génétique. Le problème de l'hérédité, et plus particulièrement de l'hérédité des caractères acquis. Grande constance des types humains. Malentendus dont sont victimes les «théoriciens du milieu». CHAPITRE XIV - LE SORT DU PEUPLE JUIF Le grand événement : un peuple oriental transplanté au milieu de peuples du Nord. Les Juifs, peuple nomade, peuple du désert, conquièrent Chanaan, mais ne renoncent pas à leur nomadisme. Nous en avons la preuve dans leur religion. Le mot «nomade» n'est pas une «injure». Influence des exils. Importance de la diaspora. Pérégrinations incessantes des Juifs. Statistique de leurs déplacements en Allemagne. Les Juifs, habitants de villes. Contraste formé par les peuples du Nord. Opposition entre le désert et la forêt La tentative de déduire biologiquement la nature juive du sort du peuple juif n'a été sérieusement faite qu'une seule fois. Pour le moment, nous en sommes réduits à fonder nos jugements sur notre ex- 360 TABLE DES MATIÈRES 449 périence personnelle : intellectualisme très prononcé, rationalisme, faculté d'adaptation et mobilité ; «arrivisme». Opposition entre les activités essentielles des peuples «froids» et des peuples «chauds». Le capitalisme est un produit du nomadisme. L'argent : encore une fatalité dans la vie du peuple juif. Abondance de métaux précieux et d'argent en Palestine. Est-ce aux Juifs qu'on doit le développement de l'art de manier l'argent ? Explication de leur amour de l'argent. La vie du ghetto. Opposition entre Juifs de ghetto et Juifs libres, entre Ashkenazim et Séphardim. Le ghetto serait-il, non la cause, mais l'effet de certaines particularités juives ? il convient de ne pas exagérer l'importance de la vie de ghetto. Elle tire toute son importance du fait qu'elle a contribué à préserver la constance spécifique des Juifs. NOTES ET RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES I - Méthodes de recherches. Nature et étendue de la contribution des Juifs au développement de l'économie moderne. II - Le déplacement du centre de gravité économique à partir du XVIe siècle. III - L'essor du commerce international des marchandises. IV - Fondation de l'économie coloniale moderne. V - Fondation de l'Etat moderne VI - La commercialisation de la vie économique. VII - Formation d'une mentalité capitaliste. IX - Les fonctions du sujet économique dans le régime capitaliste. X - Les aptitudes objectives des Juifs pour le capitalisme. XI - La religion juive et son importance pour la vie économique. XII - La spécificité juive. XIII - Le problème des races. XIV - Le sort du peuple juif. 389