ANTISÉMITISME

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ANTISEMITISME: EDOUARD DRUMONT ET « LA FRANCE JUIVE »
ESSAI DE MICHEL WINOCK
L’antisémitisme moderne s’est développé en Europe dans le dernier tiers du 19ème siècle. L’Allemagne et l’Autriche donnèrent d’abord le ton. A la suite
du crac boursier qui de Vienne en 1873 s’étend à l’Allemagne, un certain nombre de patronymes juifs se trouvant en cause dans la débâcle, une première
campagne est lancée par le Pasteur Adolphe STOCKER. Parmi les écrivains, c’est Eugène DÜHRING qui systématise les griefs faits aux juifs dans un
ouvrage qui paraît en 1880 : La question juive, question de race, de mœurs et de culture.
C’est un peu plus tard, au cours des années 1880, que les Français vont à leur tour connaître une première vague d’antisémitisme. Comme en Autriche et
en Allemagne, c’est un événement financier qui semble avoir été le signal de départ, en l’occurrence le crac de l’Union Générale, banque catholique
tombée prétendument victime de la Banque Juive. Il faut noter qu’à la même période, à la suite de l’encyclique humanum génus d’avril 1884, le journal
quotidien catholique La Croix confond ses attaques contre la Franc-maçonnerie et contre les Juifs.
Alors que, en 1885, les Juifs sont presque oubliés, en avril 1986 paraît, sous la forme de 2 volumes, chez un petit éditeur dijonnais, l’ouvrage de
DRUMONT : La France Juive. Parû d’abord dans une indifférence générale, La France Juive devient rapidement un best-seller : 65000 exemplaires
vendus en un an, DRUMONT devient l’égal d’un ZOLA. En 1914, Flammarion aura vendu 80000 exemplaires du livre : - un immense succès, à tel point
qu’en 1887, paraît une France Juive illustrée. L’éditeur fait paraître des affiches représentant DRUMONT en chevalier partant à l’assaut de ces nouveaux
sarrasins, hommes de banque et de bourse.
Le succès obtenu par l’ouvrage de DRUMONT a des raisons profondes. Rien de neuf, sinon qu’il a collecté dans tous les ouvrages, toutes les formes
d’antisémitisme et qu’il a su les unifier dans une perspective historique mettant en relief les 3 sources principales des passions anti-juives :
L’antijudaïsme chrétien ;
L’anticapitalisme populaire ;
Le racisme moderne.
L’antijudaïsme chrétien
- Les racines chrétiennes de l’antisémitisme remontent à l’antijudaïsme de certains pères de l’Eglise, imputant aux Juifs la crucifixion du messie, c’est la
thèse des Juifs déicides.
- Après l’émancipation des Juifs par la révolution française, l’élément nouveau c’est aux yeux de nombreux auteurs catholiques et contre-révolutionnaires,
la responsabilité des Juifs dans la chute de l’ancien régime. Le sophisme est le suivant : la révolution qui a émancipée les Juifs ne peut avoir été que
l’œuvre des Juifs. Telle est la leçon résumée par DRUMONT quand il écrit : « le seul auquel la révolution ait profité est le Juif, tout vient du Juif. Tout
revient aux Juifs ».
- La guerre de 1870-1871, la prise de Rome par les patriotes italiens, la Commune, l’avènement de la 3 ème République alimentent la littérature anti-juive.
Tandis que la civilia catholica des Jésuites romains accumulait « sur la tête des hébreux tous les crimes de la terre » en France les lois scolaires du francmaçon FERRY accréditèrent le dogme du « complot Judéo-maçonique ». La judéo phobie médiévale se trouvait ainsi ravivée près d’un siècle après la
révolution française. Le Juif émancipé par la loi révolutionnaire, était désormais considéré par les antisémites chrétiens comme l’inspirateur occulte de
1789, comme l’animateur de la franc-maçonnerie, l’instigateur des lois laïques, le persécuteur des congrégations, le promoteur de l’anticléricalisme,
l’ennemi acharné de la religion et de la civilisation chrétienne et selon le mot de GOUGENOT des MOUSSEAUX : « L’ingénieur en chef des
révolutions ».
Il faut citer DRUMONT : « Les Juifs haïssent le Christ en 1886 comme ils le haïssaient du temps de Tibère- Auguste, ils le couvrent des mêmes outrages.
Fouetter le crucifix le vendredi saint, profaner les hosties, souiller les saintes images, telle est la grande joie du Juif au Moyen Age, telle est sa grande joie
aujourd’hui… ». Autrement dit, pour DRUMONT, catholique non-conformiste, se posant en défenseur des valeurs chrétiennes, le lien est établi entre les
meurtres rituels dont les Juifs sont accusés depuis le Moyen Age et le vote des lois laïques.
L’antisémitisme économique
Le thème de l’anticapitalisme est central dans la vision de DRUMONT : « la France honnête et laborieuse » est tombée en quelques étapes depuis la
Révolution de 1789 sous l’oppression Juive. De l’état d’usuriers où ils s’étaient confinés dans les ghettos, les Juifs par l’émancipation, ont assuré leur
mainmise sur tout l’appareil financier du pays, comme l’atteste l’épisode récent du crac de l’Union Générale et de façon exemplaire, la colossale fortune
acquise par les ROTSCHILD.
De nombreux auteurs qui se réclament de la Révolution ou qui comptent parmi les pionniers du socialisme en France ont souvent confondu dans leur
réprobation Juif et capitaliste ; c’est le cas d’un MICHELET, d’un FOURRIER ou d’un PROUDHON. Par un gigantesque glissement sémantique, le
terme Juif est souvent pris chez eux comme un synonyme d’usurier. TOUSSENEL écrivait en 1845 dans Juifs rois de l’époque : « J’appelle comme le
peuple de ce nom méprisé de Juif tout trafiquant d’espèce, tout parasite improductif vivant de la substance et du travail d’autrui. Juifs, usuriers,
trafiquants sont pour moi synonymes ».
Le développement du capitalisme financier ne pouvait que renforcer cette tendance : à la misère ouvrière, il fut aisé d’opposer en oubliant la masse du
peuple juif la richesse qualifiée de honteuse, du Juif ROTSCHILD.
Antisémitisme et racisme
En plus de la confluence de l’antijudaïsme chrétien et de l’antisémitisme économique, le racisme est la 3 ème composante qui entre dans la synthèse opérée
par DRUMONT. Il reprend à son compte les thèses racistes à fondement prétendument scientifique développées dans la seconde partie du 19ème siècle.
Dans la France juive, sans toujours donner ses sources, il évoque au moins 3 auteurs : TAINE, GELLION-DANGLAR (les sémites et le sémitisme) et
surtout RENANT dont l’histoire générale et système comparé des langues sémitiques l’a visiblement influencé.
Ces auteurs l’ont amené à considérer la dualité aryens-sémites, comme une des clefs majeures de l’histoire universelle, il fait sienne l’idée formulée par
RENANT : « la race sémitique » écrit celui-ci, « comparée à la race indo-européenne représente éternellement une combinaison inférieure de la nature
humaine ».
« Dès les premiers jours de l’histoire écrit DUMONT dans la France juive nous voyons l’aryen en lutte avec le sémite » et il écrit dans le journal La libre
parole : « Ce fut une guerre de race, aryen contre sémite que cette guerre de Troyes, guerre de race, encore l’invasion de l’Espagne et du midi de la
France par les sarrasins, la revanche héroïque des croisades dont l’effort superbe dura 3 siècles ». Autour de ces 2 pôles ethniques dont les origines se
perdent dans la nuit des temps, se sont fixés sous formes de stéréotypes, des caractères millénaires « observables encore dans nos sociétés et dont
l’antagonisme se perpétue. Pour tout dire, l’aryen est l’homme de l’idéal, du dépassement, de la transcendance ; le sémite est l’homme de la réalité, du
positif, de la matière. Le premier a pour milieu naturel la forêt, le refuge du second est le désert ». « Le sémite écrit DUMONT est mercantile, cupide,
intrigant, subtil, rusé ; l’aryen est enthousiaste, héroïque, chevaleresque, désintéressé, franc et confiant jusqu’à la naïveté ».
Ce racisme s’appuie sur des considérations biologiques, citons encore une fois DRUMONT, « les principaux signes auxquels ont peut reconnaître le Juif
restent donc : ce fameux nez recourbé, les yeux clignotants, les dents serrées, les oreilles saillantes, les ongles carrés, le pied plat, les genoux ronds, la
cheville extraordinairement en dehors, la main moelleuse et fondante de l’hypocrite et du traître… » Et plus loin : « ces gens n’ont vraiment pas le
cerveau conformé comme nous ; leur évolution est différente de la nôtre, et tout ce qui vient d’eux est exceptionnel et bizarre ».
Conclusion : le secret de l’antisémitisme
C’est DRUMONT qui, par la fonte de tous les éléments anti-judaïques, judéophobes et antisémitiques, exprimés avant lui, a su élever le mythe juif à la
hauteur d’une idéologie.
D’abord en établissant l’antisémitisme comme système d’explication universelle, il faisait du juif le pôle négatif des mouvements nationalistes : c’est par
rapport aux Juifs, c’est contre les Juifs que le nationalisme va définir son identité Française ou Allemande, fier qu’il sera d’appartenir à une communauté
et de connaître clairement l’adversaire qui en menace l’unité et la vie.
Mais il y a plus : c’est par le truchement de ce mythe protéiforme que l’on peut rêver en effet d’unir les forces populaires anticapitalistes aux capitalistes
eux-mêmes ; les catholiques aux athées ; les petits commerçants aux actionnaires de monopole ; les ouvriers aux patrons… Dès lors qu’on désigne aux
yeux des foules indigentes, aux petits commerçants et aux artisans victimes de l’évolution économique, aux ouvriers exploités et aux paysans contraints à
l’exode rurale les Juifs responsables de tous leurs maux, on offre une arme inestimable à la conservation sociale qui va orchestrer le développement du
mythe. Les conflits de classes s’envolent : il ne reste plus qu’une minorité de profiteurs Juifs écrasants l’immense majorité de leurs victimes ariennes et
catholique.
Le mythe Juif apparaît comme le principe fédérateur de forces diverses, voir contradictoires, mises au service de la contre révolution . Il convient
d’observer que, si le mouvement ouvrier et socialiste international a su dénoncer les pièges de l’antisémitisme dans les rangs de la classe ouvrière, les
autres fractions des couches populaires ne furent pas aussi bien immunisées. Sans véritables organisations de classes, sans idéologies propres, les « classes
moyennes » menacées par l’évolution économique et la concentration capitaliste - petits patrons, petits commerçants, rentiers ruinés par l’effondrement des
monnaies… - purent trouver dans l’antisémitisme cette nostalgie d’un age d’or détruit par « l’invasion juive ». La nouvelle droite est bien née à la fin du
19ème siècle, parallèlement à l’essor de l’industrie et du mouvement ouvrier, une extrême droite restée attachée aux thèmes réactionnaires fondamentaux,
mais qui a tenté d’emprunter quelques uns des mots d’ordre ou des caractères du socialisme montant en les assimilant à l’antisémitisme, ce lieu
géométrique introuvable des aspirations contradictoires et des classes antagonistes.
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