HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8

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HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
Ami(e)s septien(ne)s, voici le programme pour ce huitième numéro de HAUTEUR
SEPT !
Ce numéro est placé sous le signe d’un genre « d’exercice de style », car je vais
vous faire plonger au cœur de deux tournois du Partouche Poker Deepstack de
Lyon, à un an d’intervalle !
En effet, pour commencer, c’est Babalolo qui va vous proposer de revivre le
Partouche Poker Deepstack de Lyon 2012, où il est allé en découdre. Comme vous
allez pouvoir le lire grâce à son excellent compte-rendu, la mission était difficile,
cerné par des joueurs sponsorisés ou des professionnels de tout poil ! Mais il a
vaillamment défendu sa peau, et ne s’en est pas laissé conter… Une belle
expérience de jeu, en tous cas, qu’il nous fait partager.
Dans un deuxième temps, je ferai une sorte de mise en abyme en vous emmenant
à mon tour dans le Partouche Poker Deepstack de Lyon, mais celui de 2011 !
J’avais en effet participé à l’édition 2011, et rédigé à l’époque un compte-rendu
pour l’ancienne version de HAUTEUR SEPT, mais le projet ayant avorté à l’époque,
ce CR n’a jamais été publié. Voici l’occasion rêvée de vous le faire également
partager.
Tout ceci nous amène donc à la description du même event, mais vécu par deux
joueurs différents, et à un an d’écart…
Mais avant de démarrer, une nouvelle fois, j’adresse un grand merci à Babalolo
pour son travail et son investissement personnel afin de faire vivre ce webmag.
Notez que votre webmag va « prendre des vacances » en juillet-août, mais qu’il
reviendra encore plus beau, tout reposé et tout bronzé, en septembre ! Bonnes
vacances à toutes et à tous, que vous partiez ou non, profitez-en pour vous reposer
et revenir au club en pleine forme à la rentrée !
Zédixair
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HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
Le PARTOUCHE POKER
DEEPSTACK 2012,
vu de l’intérieur
par Babalolo
Vendredi 9 mars 2012 : c’est le jour J, me voilà parti direction le casino
Le Lyon Vert et son Partouche Poker Deepstack : 50 000 jetons + des
rounds d’une heure = une structure de rêve.
Le casino Le Lyon Vert, haut lieu du gambling lyonnais, est situé à Charbonnières, au nord-ouest de
Lyon. Le soleil était aussi de la partie ce jour-là !
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HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
Après m’être quelque peu perdu, me voilà arrivé au Casino une bonne heure avant
le début des hostilités. Je passe alors par la case inscription où je retrouve Farfalla
(NDZXR : un joueur de P@L), 3ème du dernier PPD au Lyon Vert, puis je pars
direction le village pour aller m’acheter un sandwich avant d’attaquer une longue
journée de poker, enfin je l’espère ! ;-)
Après cette pause déjeuner, je décide d’aller faire un tour dans la salle des
machines à sous. Le temps d’une petite moussette au bar, les joueurs arrivent et
font tous les cent pas dans le hall du casino, tout le monde est impatient de
démarrer. Je reconnais plusieurs joueurs et joueuses habitués du circuit : Margaux
Ponnelle, Ondine Monnanteuil, Antonin Teisseire (vainqueur d’un bracelet WSOP
l’été dernier à Vegas), Constant Rijkenberg, Valentin Messina, Alexandre « Akoos »
Coussy… Plusieurs P@Liens sont également de la fête, et pas des moindres :
Kangoo, Jaybee, Mayo, Rems, Nono…
Ondine Monnanteuil, et Virgicola de PokerALyon (P@L). NDZXR : si vous vous trouvez un jour à la
table d’Ondine (ce qui était mon cas l’an dernier lors du PPD du Lyon Vert), sachez que c’est une
grosse serrure, et qu’il vaut mieux fuir préflop si elle vous (sur-) relance ! Elle n’avait montré que des
mains premium du type top10… Quand à Virgicola, ceux qui font aussi des events P@L connaissent
sans doute son profil ! Et non, ne rêvez pas, vous n’êtes pas une Chupa Chups !
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HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
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De gauche à droite : « Akoos », Antonin Teisseire, et Constant Rijkenberg, tout sourire !
Kangoo (celui de P@L, pas celui du SEPT, lol) et Mayo, lui aussi de PokerALyon.
NDZXR : Margaux Ponnelle et… ? Désolé, celui-ci, je ne le connais pas ! A cause de sa veste de
survêtement, je dirais que c’est peut-être un joueur de foot de Barcelone qui aime le poker ! Pourtant,
sa tête me dit vaguement quelque chose…
HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
13h : le directeur nous annonce qu’il est l’heure, et qu’il est temps d’accéder à la
salle de jeu. Je tire au sort ma place : Table 9 Siège 3, je serai dans la salle
principale, et une charmante croupière (elles le sont toutes) m’amène à ma table
où l’on me donne mon stack : 50 000 jetons.
NDZXR : sur les events à 500€ de buy-in, les croupières sont toujours bien avenantes, et on joue avec
des jetons Paulson, comme le prouvent les photos ci-dessous ! Normal, le casino a les moyens de
payer ce qui se fait de mieux pour ce genre d’évènement ! Pour avoir déjà joué avec, je peux vous
dire que le chipset Paulson du PPD est juste une méga-tuerie (toucher, coloris, sonorité…rhaaaaa) !
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HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
La salle se remplit petit à petit, tout le monde est là : SHUFFLE UP AND
DEAL !!!!!!!!!!
Je suis entouré de gros gros sharks on line (notamment Jimmy Gillot, pro de la
team factory Unibet et futur vainqueur de l’épreuve), et Jaybee (NDZXR : top pro
de P@L) qui vient s’asseoir tout de suite à ma gauche, ça ne va pas être facile, je
vous le dis ! Les regulars on line parlent entre eux, en parlant des coups et des
milliers d’euros qu’ils se sont échangés au cours de leur marathon on line, je suis
loin de tout ça, mais ça me fait bien marrer.
Au bout de 4h de jeu, je n’ai pas bougé, toujours 50k de stack, dur de bouger une
oreille, quasiment aucun coup qui n’est pas 3bet ou 4bet. Il n’y a bien que quand je
relance que j’ai du respect, vu le peu de mains dans lequel je suis rentré. La route
est longue, les heures passent, la fatigue se fait sentir, je suis à 42k de stack quand
arrive le dinner break : un bon buffet composé de charcuterie, saumon, poulet,
poisson, et une belle farandole de desserts, ça fait du bien, me voilà prêt à repartir
pour plusieurs heures de poker.
Un double-up serait le bienvenu, et le voilà qui arrive : après un raise préflop payé
par un joueur, sur un flop anodin 3-5-7, tout part au milieu . Les mains : TT pour
Vilain, et AA pour moi, pas d’horreur, et voilà que je passe à 88K.
Il est 3h30 du matin, le Tournament Director annonce que nous allons jouer les 3
dernières mains, je perds quelques plumes dans une bataille de blinds avec Jimmy
Gillot, et finit la journée à 72,6K pour un average à 103k. Ce sont 133 joueurs sur
les 297 du départ qui se retrouveront demain pour le day2, reprise aux blinds
800/ 1600. Je suis déjà très content d’avoir passé ce day1…
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HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
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NDZXR : mais à qui donc peut bien appartenir ce stack ? Si vous n’arrivez pas à lire la réponse
directement sur le sachet de jetons, vous avez un petit indice grâce à la paire de lunettes qui vous
observe ! Ca y est, vous avez trouvé, c’est bien le stack d’Homer Simpson !
Il est 5h du matin, je suis au lit, et à 13h on remet ça ! I
Day2 : il y a eu un redraw des tables, je suis table 17 siège 6, la première table qui
va sauter, je suis à la même table que Kangoo de P@L, ça promet de belles joutes
verbales, mais nous n’aurons malheureusement pas l’occasion d’en découdre,
beaucoup de short stack sautent, et notre table casse au bout d’1/4h de jeu. Je tire
la table 1 sur l’estrade qui surplombe la salle, une sorte de table TV, mais sans la
TV ! Je retrouve le chipleader du tournoi qui doit avoir plus de 400k de stack, à ma
droite se trouve Alexandre « Akoos » Coussy, regular du Lyon Vert, et surtout qui a
fini 5ème du dernier Partouche Poker Tour à Cannes, pour un gain de plus de
100K€.
Les blinds et les antes me font mal, aux blinds 500/1000, un joueur qui parle, qui
parle, qui parle…. qui parle, qui parle, raise au bouton à 4000 (NDZXR : c’était
peut-être LeMuet, un vrai moulin à paroles, celui-ci !). Il doit avoir 150k de stack
au début du coup, je lève KQ en BB, pensant qu’il veut juste voler les blinds et
antes, j’envoie ma couscoussière d’un peu plus de 60k, et là il tank un bon
moment, manipule ses jetons, les compte, les recompte, essaie de me parler… Je ne
bronche pas, ne bouge pas une oreille, et il jette en me montrant AJ. Je pense qu’à
ce moment là j’avais juste la bonne hauteur de tapis pour lui faire folder une main
comme celle-là.
HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
Puis vient ce coup qui me fait très mal, je raise à 5000 avec JJ (enfin VV chez
Partouche), payé 4 fois (NDZXR : tiens, bizarre, c’est pourtant pas du cash-game) !
Pas trop de respect sur ma relance alors que je ne suis pas rentré dans beaucoup
de coup jusque là : Flop A-J-K avec 2 carreaux, je suis sûr d’avoir la meilleure main,
AA ou KK m’aurait 3bet pré flop, je bet 12k payé par un seul joueur, turn brique,
mais à carreau, check check, river 10, le gars qui avait plus de 300k au début du
coup me demande combien il me reste, je lui réponds 50k, et il pousse
instantanément 50k devant lui. Je suis complètement dégoûté, je montre mes
valets à Alexandre Coussy à ma droite, et jette face up mon brelan  . Je pense que
le fold était inévitable…
Aux blinds 2k/4k ante 500, il ne me reste plus que 33k, je décide de tout envoyer
avec J9 en position UTG, le gars qui m’a fait mal sur le coup précédent paie mon
tapis avec JQ, pas de miracle, et me voilà sorti en 70ème position de ce tournoi.
Je sors bien sûr un peu déçu de mon élimination, mais surtout très
heureux d’avoir pu participer à un tel évènement, qui m’a permis de
toucher du doigt ce qu’est un tournoi professionnel avec une structure
de rêve.
Merci à tous pour le soutien que ce soit via Facebook ou SMS, ça m’a
permis de tenir quand ça devenait très difficile.
I’ll be back…
BABALOLO
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HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
Le PARTOUCHE POKER
DEEPSTACK 2011,
vu de l’intérieur
par Zédixair
Du vendredi 04 mars au dimanche 06 mars 2011 s’est tenu au Casino du
Lyon Vert un bien bel évènement : le Partouche Poker Deepstack. Un
tournoi de bon niveau, avec pas mal de pros, et où votre serviteur s’est
glissé pour tenter de remporter une partie du prize-pool de plus de
200 000 euros ! Voici donc mon « inside » suite à ce bel event…
Le chiffre-clé : 500
Pourquoi 500 ? Facile : 500 joueurs, 500 euros de buy-in, et 500 000 jetons de
départ ! Euh…non ! Même pour du deepstack, ça fait beaucoup ! Mais 50 000
jetons de départ quand même, c’est du vrai deepstack comme j’aime…
La structure proposée est exceptionnelle, avec un tournoi sur 3 jours, et un field
très relevé. C’est ce qui m’a convaincu de buy-in directement avec un gros billet
mauve, du genre de ceux qu’on n’utilise pas très souvent !
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HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
Et pour ceux qui n’en auraient jamais vu, je suis sympa, je vous mets aussi l’image du dos du billet.
Comme ça, si vous avez une bonne imprimante recto-verso, vous pourrez vous constituer vos propres
liasses de grosses coupures ! Alors, merci qui ?
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Quand je dis « belle structure, jugez par vous-même : les niveaux durent une
heure, les blinds commencent à 25-50 seulement, et les antes n’apparaissent
qu’en milieu de première journée. Autant dire que sauf gros accident, de
loooooongues heures de jeu m’attendent.
J’arrive au Lyon Vert pour valider mon inscription un peu avant midi (j’avais
réservé ma place avant sur le net), avec un début de tournoi à 13h, ce qui me
laisse le temps de retrouver pas mal de joueurs de Poker A Lyon (P@L) qui se sont
aussi inscrits. On me remet une veste siglée Partouche Poker Deepstack et un
bracelet blanc, le sésame pour accéder à la salle de tournoi. Devant le casino,
quelques joueurs sont énervés : le tournoi affiche complet, et les derniers arrivés
qui n’avaient pas réservé leur place à l’avance se retrouvent dans l’impossibilité
de jouer le tournoi. Je mange rapidement un morceau au restau du casino avec un
palien, Bernie, et hop : direction l’étage, pour le tirage au sort des tables. J’ai hâte
d’en découdre !
Day One : Table 20 siège 8
Je tire ma place : Table 20, siège 8, ce qui est plutôt pas mal, car je suis assuré que
ma table ne sera pas parmi les premières à casser, et le siège 8 permet de bien
voir tous les adversaires à la table, contrairement aux places 1 et 10, où l’on est
toujours gêné par le croupier. On m’accompagne à ma place, et je m’installe. Les
tables se garnissent, et je me retrouve à une table avec un joueur sit-out en Siège
1 : on ne sera donc que 9 au début, mais cela ne devrait pas trop modifier la
dynamique de la table. Les tables et les sièges sont confortables, les jetons sont de
superbes « Paulson argile » hyper agréables à manipuler, le plaisir de jeu
s’annonce immense.
Le TD fait un bref speech d’accueil, et lance les hostilités avec le traditionnel
« shuffle up and deal ». C’est parti, blinds 25-50 pour une heure !
HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
Un début de tournoi très calme… pour moi !
Tout le monde s’observe en coin, et jauge ses adversaires. Rapidement, je cerne
les joueurs de ma table, et je constate qu’il y a du gros shark regular. Je n’ai que
des poubelles, mais je fais quelques relances en position, et j’observe à la loupe
tous les coups joués. Au bout d’une heure de jeu, j’ai une vision très précise de la
table.
Siège 1 : sit-out. Siège 2 : un malabar avec une « pokerface » de bouledogue, qui
joue agressif mais avec des mains légitimes.
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Siège 3 : un jeune joueur très agressif dès qu’il est en position et qui relance tous
les pots non ouverts. Typiquement le jeune joueur internet. Siège 4 : le maillon
faible, loose passif. Siège 5 : un joueur d’une bonne cinquantaine d’années,
« bizarre », qui semble un peu perdu avec ses jetons, l’autre maillon faible ! Siège
6 : un gros joueur lyonnais, regular des grosses tables de cash-game et des
tournois à buy-in élevés. Bref un joueur à éviter. Siège 7 : un joueur random, qui
semble aimer jouer de gros pots et bluffer. Siège 8 : moi. Siège 9 : un joueur qui
semble avoir un style de jeu assez fantasque. Siège 10 : un joueur assez loose
agressif.
Ayant très peu de mains et d’occasions de relancer, mon début de tournoi est
assez calme, je maintiens gentiment mon stack, jusqu’à une première rencontre
contre le « siège 3 ».
Enfin un peu d’action
Ma main :
, je suis en SB, niveau 2 (50-100), le Siège 3 relance à 275, tout le
monde folde jusqu’à moi. Je complète juste, car je ne sens pas le relanceur sur un
vol. La BB complète aussi. Flop
, avec deux piques, je n’en ai pas en
main. Je suis hors de position, je décide de donk-bet pour perturber le relanceur
initial. Je mets donc 575 dans le pot de 825, la BB insta-fold, le relanceur initial
paye assez vite, ce qui me fait penser qu’il est peut-être sur un tirage. Turn :
,
une carte a priori assez neutre. Je pose un second barrel à 1100 dans 1975, mon
adversaire réfléchit, et paye. River :
, la brique ! Je situe à cet instant mon
adversaire sur un tirage pique raté, ou sur un As-x, et je pense avoir la main
gagnante, je mets donc un troisième barrel à 2750 dans le pot de 4575, assez vite
HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
payé par mon adversaire qui retourne
, deux paires max. Mauvaise lecture
de ma part, sanctionnée, normal ! Je passe alors assez nettement sous le stack
initial, bien content (et un peu surpris) que mon adversaire n’ait pas tenté de me
raiser river .
Suivent ensuite de longues séries de poubelles, et je ne peux guère bouger, toutes
les mains étant relancées, voire même sur-relancées préflop. Dans ce genre de
tournoi, le 3-bet, voire même le 4-bet, semble être le sport national à la mode ! Sur
une très grosse rencontre, avec un pot à 3 joueurs, le siège 4 saute : il avait un full,
mais faisait face à deux autres fulls supérieurs (!). « Bouledogue » passe à 100 000
sur ce coup sans que cela n’apporte la moindre émotion sur son visage :
« pokerface », comme dirait Lady Gaga !
Je relance ensuite une paire de 8, payé deux fois, flop A-K-T, je la lâche
logiquement quand un des adversaires mise et est payé par le second. Puis je
rentre dans deux petits coups pas trop chers avec deux fois une paire de 4, qui ne
rencontreront que des flops très défavorables… Quelques relances qui passent
avec des mains pourries me permettent de stagner aux environs de 43000, rien de
brillant. Mais rien de grave non plus…
Changement de décor !
Arrive alors le joueur qui était sit-out : un marseillais pro qui écume le circuit
français, et figure régulièrement ITM. Et là, ce n’est plus la même musique : son
taux d’agressivité très élevé va modifier la dynamique de la table. Les pots
grossissent très vite, et les gros jetons de 5000 commencent à sortir fréquemment
sur le tapis, alors que l’on est seulement aux blinds 100-200 ! Le « bon côté », c’est
que j’ai toujours des poubelles, et que la profondeur de tapis me permet
d’attendre quelques opportunités pour voler de petits coups, sans aller affronter
les joueurs agressifs qui veulent monter de gros pots. Les niveaux passent, je fais
quelques moves avec mes poubelles pour me maintenir à flot, et comme j’ai une
image de joueur serré (j’ai joué peu de mains avec mes cartes pourries), mes
séquences de jeu « relance-continuation bet » sont bien respectées. Le joueur au
siège 10 saute à son tour sur un coup assez mal joué. A cet instant, le TD procède à
un rééquilibrage des tables, et ce sont deux joueurs de P@L qui viennent
compléter ma table ! En l’occurrence, deux excellents joueurs : Mayo et
GoldenJuju, tous deux habitués aux belles performances.
Le temps passe, le field s’éclaircit, les croupiers changent, mais je ne touche
toujours aucune main intéressante, pas même des suited connectors : aucune
autre paire, aucun AK, AQ, AJ… la misère ! Etre card-dead à ce point reste gérable
dans un event avec beaucoup de profondeur, mais je sais que je vais quand même
devoir bouger davantage, avec ou sans cartes. La fatigue commence à gagner
certains joueurs : bâillements, appels répétés aux masseuses (eh oui ! sur des
events à 500€, il y a des masseuses ! lol), étirements, joueurs qui se lèvent… Je me
sens en pleine forme malgré les heures de jeu qui s’accumulent, et je décide de
mettre à profit le relâchement général, et mon image de serrure, pour voler plus
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de coups. D’autant plus que c’est le dernier niveau avant le diner-break, et que les
antes viennent de faire leur apparition : 150/300 ante 25.
Une belle occasion va alors se présenter : deux joueurs s’absentent en même
temps, et le joueur agressif de la place n°3 relance une nouvelle fois à 750. Il est
payé par le fish de la place 5 et le shark de la place 6 sur-relance à 2550. Comme
d’habitude, serais-je tenté de dire ! Vu la configuration du coup, et les joueurs
impliqués, je décide que c’est le moment d’attaquer quelque soit ma main. Mon
tour de parole arrive, je suis de BB, et je lève
, un monstre ! Je passe alors
en mode « acteur d’Hollywood qui concourt pour l’Oscar », mais sans en faire trop
non plus, et j’annonce tranquillement 6700 de relance. Je suis bien sûr en plein…
Insta-muck du voleur au siège 3, insta-muck du maillon faible au siège 5, cinoche
du siège 6 qui finit par jeter sa main dans un soupir style « je jette du lourd, là ». Je
ne bronche pas, et empile les jetons poussés par le croupier devant moi. Je
poursuis mon plan et entame quelques vols, la pause approche, et je repasse un
peu au dessus de l’average. Un coup d’œil au lobby du tournoi, projeté sur une
dizaine d’écrans plats, m’indique qu’une centaine de joueurs ont déjà sauté. La
route va être encore longue.
Belle main et vilain board
C’est à la dernière donne avant la pause repas que je vais toucher ma seule vraie
main du week-end :
. Toujours au niveau 150/300 ante 25, donc. Je suis
UTG (aïe) et lève les barbus. Je relance à 825 pour protéger un minimum ma main
contre des Ax. Mais là, re-aïe, 3 joueurs paient ma relance !
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Je vais donc jouer un gros pot, hors de position, contre 3 adversaires, avec
sûrement un as dans une main quelque part… pas glop pas glop (copyright Pifou
1980) ! Le flop tombe :
. Bon, l’as ne me fait pas plaisir, mais j’ai des
retirages, car j’ai le roi de pique en main. Je c-bet donc presque aux ¾ du pot,
histoire de faire le tri de mes adversaires et compte tenu de la force de ma main.
Mon voisin, qui est passé en mode « gamble » depuis quelques tours, et qui a
monté un stack à plus de 100 000 en collant deux horreurs, paie rapidement, les
deux autres foldent. Turn :
. Je checke pour contrôler le pot, et avoir peut-être
une carte gratuite, car ma paire de roi n’est pas très confortable à ce moment du
coup. Mon adversaire ne l’entend pas de cette oreille, et mise 40% du pot environ.
Je décide de caller pour voir la river, si possible un pique. River:
, raté pour les
piques ! Mais ce second As implique que la probabilité que mon adversaire en ait
un en main est plus faible que ce que je pensais au départ. Vu le déroulement du
coup, je décide de faire un value-bet river, pour représenter un As ou les piques, et
je mise 30% du pot, que mon adversaire s’empresse de relancer du double !
Après l’avoir bien scruté, et analysé la main, je paie. Bonne idée, visiblement, car
mon adversaire jette sa main sans la retourner en me disant « bon call ».
Apparemment, il avait surtout faim, car il se lève aussitôt pour rejoindre le lieu du
buffet !
C’est la pause, je suis pour la première fois de la journée assez sensiblement audessus de l’average, c’est bon pour l’instant !
Retour de pause
Après une heure de break, il est temps de retourner aux tables pour essayer de
monter du jeton. Le TD annonce qu’un niveau de plus que prévu sera joué, ce qui
portera le total du Day one à 11h de jeu ! La plupart des joueurs encore en lice ont
du coup un peu cette tête-là :
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Malheureusement, mes spots d’attaque se réduisent alors comme peau de chagrin,
comme si la pause-bouffe avait requinqué mes opposants à la table. Et les bonnes
mains qui ne viennent toujours pas ! Un ou deux petits vols, mais mon stack
n’évolue pas. L’heure avance dans la nuit, le rythme des éliminations s’accélère, la
fatigue pèse de plus en plus chez certains joueurs, qui commettent des erreurs,
mais rien n’y fait : le premier jour se termine, et je finis à l’average avec un peu
moins de 80000 jetons. Ce sont 200 joueurs qui ont été éliminés, on est encore
300 en lice pour un Day 2 qui s’annonce tendu ! Le temps de mettre mon stack
sous enveloppe scellée, direction Lyon, où un palien sympa m’héberge pour la nuit
(« Plaineto », si tu lis l’article, sois remercié pour ton hospitalité). Dodo, il est
3h45, le tournoi reprend à 13h…
Day 2 : changement de table et de style
Comme annoncé la veille, les tables ont été retirées et regroupées pendant la nuit.
J’échoue donc Table 25, siège 10, une mauvaise place pour observer…
Le jeu reprend, et rapidement, je situe mes nouveaux opposants :
Siège 1, un vieux fish, arrivé là parce qu’il a vu de la lumière et qu’il avait 500€ à
claquer sur lui. Il s’est dit : « tiens, si je me mettais au poker » la veille, et il est
content d’être encore là.
Siège 2 : un peu le même style que le siège 1 !
Siège 3 : un jeune joueur qui se la pète avec un « look poker » intégral : veste
« sponsorisée », casque et musique, casquette, grosses lunettes noires, bref, la
caricature totale.
Siège 4 : un excellent joueur de club local, que je connais, mais dont je ne me
rappelle plus le pseudo ni l’origine. Je sais juste que je l’ai déjà affronté sur des
épreuves du type CNEC/ CNIC, et qu’il est excellent. Il m’a aussi reconnu, et m’a
serré la main en arrivant à la table. Par contre, il est short avec 30000 chips, ça
sent la boîte systématique sur les grosses relances !
Siège 5 et 6 : deux joueurs italiens, la cinquantaine, qui visiblement se
connaissent.
Siège 7 : un jeune pro, que le joueur de la place 3 connaît, car c’est un mec de Club
Poker. Malheureusement pour moi, je ne connais pas son pseudo, et son nom (que
j’ai lu sur son enveloppe de stack) ne me dit rien, je n’ai donc pas plus d’infos que
ça.
Siège 8 : vraisemblablement un descendant de troll des cavernes, d’environ
150kgs (pour vous dire, même moi j’étais tout mince comparé à lui !), à la mine
déformée et peu engageante, qui est chipleader de la table avec 146000 chips, et
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qui est fier de l’annoncer à toute la table. Pour vous faire une idée, voici son
cousin :
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Siège 9 : un peu de réconfort avec Ondine Monnanteuil, une joueuse sponsorisée
du « Team Ladies Partouche » (et qui a d’ailleurs gagné le Partouche Poker Tour
Ladies de Lyon, pour la petite histoire). Le plus dur sera de ne pas être
déconcentré par le généreux décolleté de la demoiselle ! lol !
Petite parenthèse pour les gros vicelards du club (vous vous reconnaîtrez, les
gars !) : il y avait assez peu des femmes présentes, mais elles valaient toutes le
déplacement. Outre ma voisine Ondine (ça rime !), j’ai croisé par exemple des
« célébrités » féminines, comme Mylène Cogan, ou Margaux de « Poker Mission
Caraïbes », invitée par Partouche… Je crois savoir que certains d’entre vous sont
« fans » de ces demoiselles, sans doute plus à cause de leur plastique que de leur
jeu, mais bon ! Allez, pour les amateurs, une ch’tite photo de Mylène Cogan en
maillot de bain !
HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
Trop fort pour moi
Je ne vais pas entretenir le suspense très longtemps : le jour 2 sera très court pour
moi, à cause d’un gros pot perdu sur un vieux bad des familles. Le contexte ? Le
« troll » du siège 8, qui a joué 90% des mains, vient juste de sortir le bon joueur du
siège 4 sur un coup splendide. « Troll » a relancé UTG+1 à 5500 sur des blinds
600/1200 ante 100 (vous remarquerez d’emblée la finesse de la relance sur du
deepstack), tout le monde a foldé jusqu’au siège 4, qui attendait son heure, et qui
boîte à 26000. Le Vilain dit alors tout haut : « je suis obligé de payer », ce qui
arrache une grimace au sur-relanceur, qui retourne alors
, alors que son
adversaire retourne fièrement…
! Stupéfaction générale suite à sa
remarque (« obligé de payer »), qu’il agrémentera d’un « c’est à trèfle, alors j’ai
payé ». Ah ben c’est sûr, si c’est à trèfle, ça change tout ! Attention ! Rappel pour
ceux qui l’ignoreraient encore : le fait d’avoir deux cartes de la même couleur
n’augmente les chances de gagner le coup que de 3% environ… Les trèfles ne vont
pas rentrer, mais un flop splendide et « magique »
quinte qui tiendra… Bien joué, man ! Belle lecture du sabot !
va lui faire une jolie
Un tour de table plus tard, je vais moi aussi subir son anticipation impeccable des
cartes qui vont monter au board. (« Faut les sentir, les cartes, papa ! »)
Blinds 600-1200 ante 100. Je suis UTG+1 et lève
, je raise à 2900, toute la
table folde, sauf le Vilain qui insta-call. Flop :
, « Troll » checke, je mise
4000 dans les 7300 du pot, Vilain paye très vite. Turn :
. Pour diverses raisons,
je sais que mon adversaire est en plein carnaval, alors je mise de nouveau, et c’est
aussitôt payé par mon adversaire. River :
. Je checke pour éviter une séquence
bet-raise adverse river qui m’amènerait quasi-automatiquement à tapis, et pour
éventuellement voir un abattage gratuit, mais mon adversaire mise alors 25000.
Vu le déroulement du coup, le profil du type, et certains autres indices, à cet
instant, je sais qu’il n’a pas d’As, ni de valet. J’écarte l’hypothèse du 4, car je ne vois
pas trop comment il aurait pu payer ma relance préflop, et mes mises flop et turn
avec juste un 4 en main (sauf s’il avait
en main, ce qui fait que j’aurais été
derrière tout au long du coup, mais certains tells de faiblesse au cours du coup
m’ont convaincu du contraire). Je le situe donc sur une petite ou une middle paire,
sans doute battue par ma double paire AJ kicker 10. Après cette réflexion, je le
paie, et il retourne aussitôt… TA-DAM !
, pour un joli petit full runnerrunner. Bravo, mec, tu as vraiment bien senti les cartes ! Payer préflop était
horrible, payer au flop était à vomir, payer à la turn était immonde, mais c’est
sûrement parce qu’il savait qu’il allait toucher ZE CARTE à la river ! Magique, je
vous dis… Un move digne de certains le jeudi soir au SEPT, comme quoi même sur
un event à 500€…
Bref, après ce coup sympa, je tombe à 10BB, et là, c’est un classique « push or
fold » pour moi. Un gros tour de table après, je suis de BB, tout le monde folde
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HAUTEUR SEPT du 29 juin 2012 – Numéro 8
jusqu’à Ondine de SB, qui relance et me pousse à tapis. Je sais qu’elle me relance
sans doute avec une bonne main, mais je n’ai plus trop le choix… Je lève
de
carreau, je paie donc la relance, car j’aimerais redoubler très vite, et j’espère jouer
un coin-flip, ou un 60-40. De plus, il ne reste que quelques minutes avant le niveau
de blinds suivant, alors… Ondine retourne
. Ironie du sort, je touche un 9 au
flop, mais le tableau affiche 3 trèfles, un quatrième trèfle tombe à la turn, et la
jeune femme possède la Dame de trèfle en main qui lui fait flush, je suis donc out,
environ 240ème sur 500.
Une belle expérience malgré tout
Bilan ? Je n’ai quasiment pas vu une main potable pendant presque 13 heures de
jeu, mais sans le coup horrible du T4, je pense que j’aurais pu encore largement
tirer mon épingle du jeu, car j’étais au stack moyen alors que la moitié des joueurs
avait sauté. Un petit goût d’inachevé, donc, côté poker.
Une chose est sûre : l’organisation était top et très pro (tables, jetons, croupiers,
buffets, masseuses…), le cadre très agréable, le field relevé (avec une grande
majorité de bons, voire d’excellents joueurs), bref, malgré la déception côté poker,
j’ai passé un excellent moment, et je me suis un peu rassuré sur mon jeu et ma
capacité à enchaîner de nombreuses heures de jeu sans que mon petit niveau n’en
souffre trop. J’ai aussi beaucoup appris en regardant jouer les quelques pros que
j’ai croisé, ce qui fait que mon bilan global est malgré tout positif.
Alors, OK, vous allez me dire que ce genre d’évènement n’est quand
même pas donné, mais je crois que si vous voulez vous faire un « petit »
plaisir une fois dans l’année (ou plus, si votre bankroll vous le permet !) ,
vous devriez tenter un tournoi avec ce type de structure très deep, car
c’est un régal à jouer ! Et puis, vous ne pourrez qu’en tirer des
enseignements très utiles pour parfaire votre jeu, tout comme moi.
Assurément, cela aura été une belle expérience, et je compte bien en
tirer des leçons pour une prochaine fois.
vous donne rendez-vous à la rentrée en
septembre pour un nouveau numéro !
N’hésitez pas à me contacter par mp si vous avez des envies
d’écriture, ou si vous voulez me soumettre des idées !
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