Etude de la tuberculose chez les professionnels
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Etude de la tuberculose chez les professionnels
INT J TUBERC LUNG DIS 5(10):939–945 © 2001 IUATLD Etude de la tuberculose chez les professionnels de santé du secteur public au Maroc C. H. Laraqui,* S. Ottmani,† M. Ait Hammou,‡ N. Bencheikh,† J. Mahjour† * UFR Sécurité et Santé au Travail ; Faculté des Sciences de l’Education, Rabat ; † Direction de l’Epidémiologie et de la Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Rabat ; ‡ Service de pneumophtisiologie, Hôpital de Kénitra, Kénitra, Maroc R ÉS U M É C A D R E : La tuberculose est une des causes importantes de morbidité au Maroc ; son incidence annuelle est de 100 cas pour 100 000 habitants. Le risque de tuberculose est constant pour les professionnels de santé en contact avec des patients présentant une tuberculose bacillifère. O B J E T : Evaluer le risque et l’incidence de la tuberculose chez le personnel de soins et étudier la distribution avec une analyse de cohorte. M É T H O D E : Un questionnaire a été diffusé dans toutes les provinces et préfectures du Royaume concernant les cas de tuberculose déclarés entre 1994 et 1997 chez les professionnels de santé. R É S U L T A T S : Durant ces 4 années, 130 nouveaux cas de tuberculose ont été enregistrés chez le personnel de soins : 73 hommes (56 %) et 57 femmes (44 %), au niveau de 30 provinces et préfectures. L’âge moyen chez l’homme est de 41,3 8,9 ans et chez la femme de 38,6 8,4 ans (P 0,093). L’incidence cumulée moyenne est de 85,3/ 100 000 professionnels de santé ; celle des médecins des centres de diagnostic spécialisés de la tuberculose est de 1094,8/100 000. L’enquête n’a pas montré de différence significative entre les incidences cumulées moyennes annuelles des médecins (83,4), des infirmiers (78,5) et du personnel administratif (94,3). L’analyse de cohorte a mis en évidence des taux moyens annuels de succès de 89,2 %, d’échecs de 0,9 %, de perdus de vue de 0,8 %, de décès de 3,8 % et de transfert de 3,1 %. Plusieurs études ont montré des défaillances dans les conditions d’hygiène et de sécurité en milieu de soins (absence de gants, masques, prise de repas sur les lieux de travail). C O N C L U S I O N : Globalement, le risque de tuberculose n’est pas plus élevé parmi les professionnels de santé que parmi la population générale ; cependant, il est plus important dans les centres de diagnostic spécialisés de la tuberculose. La création récente d’unités de santé au travail en milieu de soins permettra une amélioration des conditions de travail avec le respect des mesures préventives recommandées. M O T S C L É S : risque tuberculeux ; professionnels de santé ; prévention ; Maroc LA TUBERCULOSE est une des causes importantes de morbidité au Maroc ; 29 000 à 30 000 cas sont détectés par an, soit une incidence avoisinant 100 à 105 nouveaux cas par 100 000 habitants.1 Le risque de tuberculose est constant pour les professionnels de santé en contact avec des patients présentant une tuberculose bacillifère (service de pneumo-phtisiologie, de maladies infectieuses, de soins aux patients immunodéprimés, d’endoscopie, de laboratoires de prélèvements biologiques). Enfin il ne faut pas méconnaître le risque de contamination durant la réalisation de prélèvements post mortem. La transmission de la tuberculose, interhumaine principalement par voie aérienne, est favorisée par la toux déclenchée notamment par les aérosolisations. Ce risque réel peut être particulièrement grave s’il s’agit de bacilles tuberculeux multi-résistants, en particulier dans des unités de soins spécialisées dans la tuberculose.2–4 Notre étude se propose d’évaluer l’incidence, d’estimer le risque de tuberculose chez les professionnels de santé et d’étudier sa distribution avec une analyse de cohorte. POPULATION CIBLE ET MÉTHODE Un questionnaire concernant les cas de tuberculose déclarés entre 1994 et 1997 parmi les professionnels de santé a été diffusé dans toutes les provinces et préfectures du Royaume. Le questionnaire précise les données socioprofessionnelles (sexe, âge, grade, fonction), la forme de tuberculose (tuberculose pulmonaire à bacilloscopie positive, tuberculose pulmonaire à bacilloscopie négative et tuberculose extrapulmonaire) et le devenir des malades (guérison, échec du traitement, transfert du malade, décès, rechute, et autres). L’analyse statistique repose sur l’étude des va- Correspondanceá : Professeur C H Laraqui, 44 avenue Lalla Yacout, Casablanca, Maroc. Tél: (212) 22 27 78 06. Tél/Fax: (212) 22 27 86 50. e-mail: [email protected] Article submitted 15 January 2001. Final version accepted 1 July 2001. 940 The International Journal of Tuberculosis and Lung Disease Tableau 3 La tuberculose chez les médecins des centres de diagnostic spécialisés de la tuberculose Tableau 1 L’incidence annuelle de la tuberculose parmi les professionnels de santé Année Nouveaux cas Population IC Année Nouveaux cas Population IC 1994 1995 1996 1997 Total 32 26 39 33 130 37 604 37 850 38 212 38 781 152 447 85,1 68,7 102,1 85,1 85,3 1994 1995 1996 1997 0 1 4 1 114 153 145 136 0 653,6 2758,6 735,5 IC incidence cumulée par 100 000 personnels de soins. IC Incidence cumulée par 100 000 personnels de soins. riances, sur le test « t » de Student pour la comparaison des moyennes et sur l’analyse des écarts réduits pour la comparaison des pourcentages. Pour les grandeurs qualitatives, elle repose sur l’étude du 2 avec ou sans correction de Yates. Le seuil de signification choisi correspond à une valeur de P de 0,05. nel, la répartition des sujets tuberculeux est de 79 infirmiers (62,7 %), 33 administratifs (26,2 %) et 14 médecins (11,1 %). Les incidences cumulées moyennes annuelles de la tuberculose chez les infirmiers, les médecins et le personnel administratif sont respectivement de 78,5, 83,4 et 94,3 pour 100 000 ; la différence n’est pas statistiquement significative (P 0,5) (Tableau 2). RÉSULTATS Distribution de la tuberculose selon les structures de soins Dans les centres de diagnostic spécialisés de la tuberculose, 31 cas (25,8 %) ont été observés, 31 cas (25,8 %) au sein des hôpitaux et 58 cas (48,4 %) au niveau de l’administration et des structures de soins de base. L’incidence cumulée moyenne annuelle, de 1994 à 1997, de la tuberculose chez les médecins des centres de diagnostic spécialisés de la tuberculose est la plus élevée ; elle est de 1094,8/100 000 (Tableau 3). Caractéristiques de la population Durant ces quatre années, 130 nouveaux cas de tuberculose ont été enregistrés au niveau des 30 provinces et préfectures, 73 hommes (56 %) et 57 femmes (44 %). L’âge moyen chez l’homme est de 41,3 8,9 ans et chez la femme de 38,6 8,4 ans (P 0,093). L’incidence cumulée moyenne annuelle est de 85,3 pour 100 000 professionnels de santé. Dans les provinces ou préfectures qui ont déclaré des cas de tuberculose, la médiane est de trois. Le maximum de cas a été notifié à la préfecture de Méknès Ismailia : 14 cas (10,8 %). Le sexe masculin prédomine, avec 73 hommes (56 %) contre 57 femmes (44 %). L’âge moyen est de 40,1 ans et se répartit comme suit : femmes : 38,6 8,4 ans, hommes : 41,3 8,9 ans (P 0,093). L’incidence annuelle de la tuberculose parmi les professionnels de santé L’incidence cumulée moyenne annuelle de la tuberculose est de 85,3 pour 100 000 professionnels de santé (Tableau 1). L’incidence cumulée a chuté en 1995 (68,7 cas/ 100 000) et a augmenté en 1996 (102,1 cas/100 000). Ces fluctuations ne sont pas statistiquement significatives par rapport à l’incidence cumulée moyenne annuelle (P 0,19 et P 0,21). Selon le statut profession- Tableau 2 Distribution de la tuberculose selon la forme et le sexe La tuberculose pulmonaire à microscopie positive est la plus fréquente (68 cas, 52,3 %), suivie de la tuberculose extra-pulmonaire (46 cas, 35,4 %) puis de la tuberculose pulmonaire à microscopie négative (16 cas, 12,3 %). Le taux de confirmation de la tuberculose pulmonaire est donc de 68/84 (81 %). Les taux de confirmation de la tuberculose pulmonaire chez la femme et chez l’homme sont respectivement de 17/27 (63 %) et de 51/57 (89 %, P 0,004) (Tableau 4). Analyse de cohorte Les définitions de l’échec, des perdus de vue, du décès et du transfert, sont un préalable nécessaire La tuberculose chez le personnel de santé Médecins Infirmiers Personnel administratif Année NC Population IC NC Population IC NC Population IC 1994 1995 1996 1997 Total 3 2 5 4 14 4 422 4 158 4 007 4 193 16 780 67,8 48,1 124,8 95,4 83,4 23 14 23 19 79 24 471 24 959 25 536 25 693 100 659 94 56,1 90,1 74 78,5 5 9 11 8 33 8 711 8 733 8 669 8 895 35 008 57,4 103,1 126,9 90 94,3 NC nombre de nouveaux cas ; IC incidence cumulée par 100 000 personnels de soins. La tuberculose chez les professionnels de santé du secteur public au Maroc Tableau 4 et le sexe Distribution de la tuberculose selon la forme Forme Femmes n (%) Hommes n (%) Total n (%) TPM TPM TEP Total 17 (29,8) 10 (17,5) 30 (52,6) 57 (100) 51 (69,9) 6 (8,2) 16 (21,9) 73 (100) 68 (52,3) 16 (12,3) 46 (35,4) 130 (100) TPM tuberculose pulmonaire à microscopie positive ; TPM tuberculose pulmonaire à microscopie négative ; TEP tuberculose extrapulmonaire. pour la compréhension de l’analyse de cohorte (Tableau 5).2–5 L’échec signifie un patient dont l’examen bactériologique des expectorations reste positif tout au long du traitement jusqu’au cinquième ou sixième mois ou redevient positif aux mêmes échéances après une négativation transitoire ; ou un patient qui a interrompu son traitement pendant 2 mois au minimum après le début de la chimiothérapie et se révèle, par la suite, frottis positif. Le pourcentage d’échec retrouvé de 1994 à 1997 était de 0,9. Les perdus de vue sont des malades qui ont interrompu leur traitement et qui n’ont plus été revus par les services de santé au terme de la période normale de leur traitement. Ils représentaient dans notre enquête 0,8 %. Le décès signifie un patient décédé pendant le traitement, quel que soit la cause du décès. Ce dernier est survenu dans 3,8 % des cas. Le transfert qualifie un malade qui a quitté sa formation sanitaire d’origine, où il était déclaré comme nouveau cas, vers une autre formation pour la poursuite de la prise en charge. Dans notre étude, ce transfert a concerné 3,1 % du personnel de soins. DISCUSSION Intérêt et limites de notre travail Cette étude, permettant une approche préliminaire et globale du problème tuberculeux chez le personnel de soins, comporte certaines limites. En effet, l’effectif restreint ne permet pas une analyse par stratification et empêche d’aboutir à des conclusions précises. Le dénominateur n’étant pas bien maîtrisé, il existe très Tableau 5 Analyse de cohorte Année Cas n 1994 1995 1996 1997 Total 32 26 39 33 130 Perdus Succès Echecs de vue Décès Transfert Autres (%) (%) (%) (%) (%) (%) 84,3 88,5 89,7 93,9 89,2 0 0 0 3 0, 9 0 0 2,6 0 0,8 9,4 3,8 2,6 0 3,8 3,1 7,7 2,6 0 3,1 3,1 0 2,6 3 2,3 941 probablement une sous-estimation des cas de tuberculose parmi les professionnels de santé. L’incidence cumulée moyenne annuelle plus élevée chez le personnel administratif, bien qu’en principe moins exposé, pourrait s’expliquer par son niveau socio-économique bas. Par ailleurs, la valeur retrouvée chez ce dernier, de 94,3/100 000, n’est pas significativement plus élevée que celle observée chez la population médecins/ infirmiers, qui est de 79,2 (P 0,25) Comparaison de nos résultats avec la littérature Globalement, si dans notre étude le risque de tuberculose n’est pas plus élevé que celui de la population générale (incidence cumulée moyenne annuelle de 85,2/100 000 professionnels de santé), il est très important chez le personnel de soins des centres de diagnostic spécialisés de la tuberculose (CDST). L’incidence cumulée moyenne annuelle chez les médecins des CDST est de 1094,8/100 000, soit 10 fois plus grande que celle de la population générale. En effet, d’autres études menées chez les professionnels de santé au Maroc ont montré des fréquences plus élevées par rapport à celles de la population générale. Dans deux travaux sur le risque tuberculeux, réalisés par Hilal en 1998 à l’hôpital d’Inezgane spécialisé de la tuberculose,6 et par El Boutaybi en 1999 à l’hôpital Hassan II de Khouribga,7 l’incidence notée est quatre fois supérieure à celle de la population générale. Mortaji aussi, dans une étude en 1996 à l’hôpital de pneumo-phtisiologie Sidi Said de Méknès, a trouvé une incidence cinq fois plus élevée que celle de la population générale.8 Tous ces auteurs marocains ont noté des mauvaises conditions de travail du personnel soignant ainsi que des défaillances en matière de prévention du risque tuberculeux. D’autres enquêtes étrangères ont montré que le risque potentiel de contamination du personnel soignant existe. Dans ce sens, une enquête française a montré la réalité du risque tuberculeux encouru par le personnel hospitalier avec une répartition ubiquitaire dans tous les services dont certains doivent cependant être considérés à haut risque ; il en est ainsi pour les services de pneumologie, d’infectiologie et d’ORL, respectivement en cause dans près de 7 %, 8 % et 7 % des cas de tuberculose. Par ailleurs, ceux accueillant des personnes âgées sont aussi des services exposés, compte tenu de l’épidémiologie de la tuberculose. Deux catégories professionnelles particulièrement exposées, du fait de leurs contacts avec des malades et/ou des produits biologiques contaminés, sont les infirmières concernées dans près de 50 % des cas alors qu’elles ne représentent que 22 à 23 % de l’effectif du personnel non médical, et les laborantins (tous laboratoires confondus) dans 10 % des cas alors qu’ils ne représentent que 4% de l’effectif du personnel non médical.9 Dans une enquête sur la transmission de la tuberculose chez le personnel hospitalier effectuée en Belgique en 1995, l’incidence de la tuberculose a été calculée à 36/100 000 pour l’ensemble du personnel 942 The International Journal of Tuberculosis and Lung Disease hospitalier et 77/100 000 pour le personnel de laboratoire, soit 2,5 et 5,4 fois plus que l’incidence nationale.10 Aux USA lors d’une enquête en 1992, un hôpital sur huit déclarait qu’un employé avait développé une tuberculose acquise dans le cadre de son travail.11 Une étude sur le risque tuberculeux chez les professionnels de santé en Angleterre et au Pays de Galles, réalisée en 1988 et 1993 en se basant sur le recensement de 1991, a identifié 119 cas de tuberculose, dont 61 infirmiers et 42 médecins ; le taux était de 11,8/ 100 000 par an en comparaison avec celui d’autres professions qui était de 3,3/100 000. Les auteurs ont conclu que les professionnels de santé sont les plus exposés à la tuberculose.12 La tuberculose professionnelle peut également avoir un aspect d’épidémie nosocomiale. Une étude menée au Malawi en 1996 a montré que 108 sur 3042 professionnels de santé de 40 hôpitaux ont été notifiés et traités pour une tuberculose (soit 3,6 %) dont 22 cas étaient des tuberculoses pulmonaires à microscopie positive, 40 cas de tuberculose pulmonaire à microscopie négative et 46 cas de tuberculose extra-pulmonaire. Le taux de décès était de 24%. Le risque relatif était de 11,9 (IC95% 9,8–14,4) pour la tuberculose toutes formes confondues : de 5,9 (IC95% 3,9–9,0) pour la tuberculose à microscopie positive, de 13 (IC95% 9,5–17,7) pour la tuberculose à microscopie négative et de 18,4 (IC95% 13,8–24,6) pour la tuberculose extra-pulmonaire (P 0,05). En 1996 dans les hôpitaux, les cas de tuberculose variaient de 29 à 915 ; il n’y avait aucun cas de tuberculose parmi le personnel de soins dans les hôpitaux où le nombre de tuberculeux était inférieur ou égal à 100, alors que le pourcentage de tuberculeux parmi toutes les catégories du personnel de santé était élevé dans tous les hôpitaux où les cas annuels de tuberculose pris en charge dépassaient la centaine.13 Cette étude montre un taux élevé de la tuberculose chez les professionnels de santé au Malawi et donc la nécessité de prendre des mesures afin de les protéger.13,14 En Roumanie, les auteurs ont étudié 38 cas de tuberculose diagnostiqués entre 1992 et 1996 parmi les 1092 employés (médecins et non médecins) des départements de pneumophtisiologie à Bucarest (hôpitaux et unités mobiles). La plupart des cas avait des atteintes pulmonaires, soit 76,3 % ; 85,7 % ont bénéficié de bacilloscopies et 66,7 % parmi eux étaient positifs. Les résultats thérapeutiques, évalués un an après, avaient montré un seul échec thérapeutique. Le risque annuel moyen de la tuberculose chez le personnel de pneumophtisiologie correspondait à une fréquence de 700/100 000, soit 6,36 fois plus élevé que la fréquence de la tuberculose dans la population générale. Cette conclusion appelle à des mesures urgentes de protection du personnel soignant.15 Une étude réalisée par Vergnenegre et col. dans le service de médecine du travail du CHRU de Limoges a porté sur une période de 14 années de 1979 à 1992.16 Parmi les 8842 dossiers du personnel hospitalier, 27 cas de tuberculose ont été retrouvés. Les services de pneumologie et de gérontologie ont le plus grand nombre de cas. Donc le risque est accru dans la mesure où différentes études soulignent une incidence plus élevée chez le personnel soignant que dans la population générale. C’est ainsi que Florentin et col. en France ont retrouvé une incidence de la tuberculose plus élevée que celle de la population générale, soit 43/100 000 chez le personnel infirmier.9 Pour évaluer le risque professionnel de tuberculose parmi le personnel de santé à Abidjan, une enquête s’étendant d’octobre 1996 à janvier 1997 a été réalisée avec le consentement d’un personnel de soins de quatre services où la prévalence de la tuberculose parmi les patients était élevée et de deux services où la prévalence était basse. Elle a consisté en un questionnaire, des tests tuberculiniques et des radiographies pulmonaires. Cette étude a trouvé une prévalence plus élevée des tests tuberculiniques positifs dans les services où la prévalence de tuberculose est élevée que dans ceux où la prévalence est basse (92 % contre 72 %). Ces constatations indiquent que les tests tuberculiniques positifs parmi le personnel de soins sont en rapport avec l’importance du contact avec les tuberculeux et donc le personnel de soins à Abidjan risque une transmission nosocomiale de la tuberculose.17 La même constatation a été faite par des auteurs thaïlandais18 et canadiens qui concluent que, même dans un hôpital qui reçoit peu de tuberculeux, les conversions des tests cutanés peuvent avoir lieu chez le personnel de soins exposé.19 Seules deux études diffèrent des précédentes : Weiss à Philadelphie aux USA a noté une nette diminution de l’infection et de la maladie tuberculeuse chez les élèves infirmières. En effet, de 1935 à 1939, 10,7 % des étudiantes étaient atteintes, de 1962 à 1971 l’infection survient chez 4,2 % des élèves et la maladie se développe chez 0,6 % d’entre elles.10 Pleszewski et Fitzgerald, en Colombie britannique, ont rapporté que les taux de maladie parmi les infirmières (3,6 4,4/100 000) sont inférieurs à ceux de la population générale (9,0 0,8/100 000). Ils n’ont pas décelé de différence entre la population générale, d’une part, et les physiothérapeutes, les médecins généralistes et les internes, d’autre part.20 Les auteurs concluent que les professionnels de santé de Colombie britannique n’ont pas un risque accru de tuberculose, mais la taille réduite de leur échantillon pourrait avoir limité la détection de cas et d’être à l’origine d’une sous-estimation. Prévention et surveillance Un échantillon représentatif de médecins du travail hospitaliers en France21 a répondu à un questionnaire sur les moyens de prévention de la tuberculose professionnelle ; 22 % ne pratiquent pas de BCG au delà de l’âge de 25 ans, 93 % n’effectuent pas de dépistage du La tuberculose chez les professionnels de santé du secteur public au Maroc Sida avant de vacciner. La plupart des médecins effectuent des radiographies pulmonaires tous les ans pour les personnels de pneumologie et d’infectiologie et tous les 2 ans pour ceux des autres services. La réglementation dans ce domaine est peu précise et les auteurs préconisent qu’elle soit complétée par des recommandations fixant une périodicité pour les tests tuberculiniques et les dépistages radiographiques pulmonaires. En 1993 des recommandations pour la prévention de la transmission de la tuberculose dans les lieux de soins ont été édictées par le Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France et le groupe de travail sur la tuberculose :22 • éviter le regroupement dans les mêmes services de patients immunodéprimés réceptifs et de patients tuberculeux, qui créent des conditions favorables à la survenue d’épidémies de tuberculose nosocomiale ; • éviter les aérosols et les manœuvres d’expectoration qui favorisent la diffusion du bacille tuberculeux par les gouttelettes de salive infectées ; • mettre en place une surveillance clinique et épidémiologique de la tuberculose dans tous les hôpitaux (nombre de patients, antibiorésistance, éventuelles contaminations nosocomiales, observations chez le personnel) ; • surveiller le respect des mesures d’isolement (chambre seule, porte fermée), et de protection : gants, masques adaptés (la protection conférée par les masques n’est pas totale et son efficacité épidémiologique n’est pas connue), blouses ; • assurer un renouvellement suffisant de l’air dans les chambres (six renouvellements par heure) des hôpitaux climatisés, et pour les hôpitaux non climatisés (fenêtres ouvertes, portes fermées) ; • développement de chambres en pression négative évacuant l’air filtré vers l’extérieur, réservées aux formes les plus contagieuses avec souche résistante (dans les pays industrialisés). Conditions de travail et sécurité Des études marocaines menées en milieu de soins ont insisté sur les mauvaises conditions de travail.6–8 Les installations sanitaires sont généralement communes pour le personnel et les malades, la salle de repos des soignants est contiguë à celle des malades. Les défaillances notées concernent la prévention de la transmission de la tuberculose avec absence de mesures d’isolement des malades contagieux et de protection (gants et masques adaptés). Le personnel de soins prend ses repas sur les lieux de travail. Même en milieu phtisiologique, des manquements manifestes en mesures de prévention et de sécurité ont été constatés à différents niveaux et dans tous les lieux de travail (accueil, consultation, admission, service d’hospitalisation, salles d’exploration et d’analyses, laboratoire). Toutes les études nationales et internationales insistent sur le rôle capital de la prévention fondée sur les recommanda- 943 tions déjà citées : mesures d’hygiène et de sécurité et amélioration des conditions de travail (aération suffisante, masques, bavettes, gants, blouses, installations sanitaires correctes, armoires, lieux réservés pour les repas, diminution de la charge physique et mentale par une bonne organisation du travail et un effectif suffisant).23–25 Dans ce sens, en 1996 un guide national marocain de lutte antituberculeuse25 a été élaboré par le ministère de la santé, édité en plusieurs milliers d’exemplaires et destiné à tous les professionnels de santé impliqués directement ou indirectement dans la lutte antituberculeuse, quels que soient les secteurs de leurs exercices et quels que soient leurs niveaux de qualification. Ce guide ne précise que les mesures de sécurité dans un laboratoire (aménagement du laboratoire, manipulation des prélèvements et mesures concernant le personnel) et néglige les recommandations pour la prévention de la transmission de la tuberculose dans les autres lieux de soins et l’apport de la médecine du travail en milieu de soins. Les mesures concernant le personnel exerçant dans les laboratoires de tuberculose sont l’abstention de manipuler des produits tuberculeux en cas d’infections respiratoires aiguës, l’obligation de la vaccination par le BCG et un examen médical incluant une radiophotographie systématique des poumons une fois par an. La création récente, par le ministère de la santé en 1997, d’unités de santé au travail, dans les provinces et préfectures médicales, contribuera de manière efficace à l’amélioration des conditions de travail, à l’éducation sanitaire et à la formation du personnel de santé en matière de prévention de la tuberculose. Ces unités de médecine du travail, dirigées par des médecins du travail, ont pour mission essentielle la surveillance du milieu de travail et de la santé du personnel soignant. Leurs autres missions sont les vaccinations, les conseils médicaux et les actions d’information, d’éducation et de communication. Entrepris en parallèle avec des actions de prévention, le dépistage systématisé doit être prioritairement ciblé en direction des sujets les plus exposés : agents ayant des antécédents et/ou des facteurs de risques personnels, agents travaillant dans des services exposés et/ou dont la charge de travail comporte des manœuvres augmentant le risque (aérosols, bronchoscopie, kinésithérapie, . . . ) mais également devant tous les symptômes évocateurs de tuberculose, même si ceuxci ne sont bien souvent pas spécifiques. Ce dépistage repose sur la pratique des clichés pulmonaires et des tests tuberculiniques (notamment l’augmentation de la réponse allergique), dont il convient de redéfinir d’une façon consensuelle les modalités afin de parvenir à une attitude de dépistage efficace et pertinente.8 Enfin, un dossier médical adapté au milieu de soins, élaboré au niveau ministériel, mis à la disposition de tous les médecins du travail, sera rempli pour chaque personnel de santé et l’accompagnera durant toute sa vie. 944 The International Journal of Tuberculosis and Lung Disease Législation et réparation de la tuberculose au Maroc Dans le secteur privé, la tuberculose en milieu de soins est considérée comme maladie professionnelle et est réparée au titre du « tableau 31 », qui traite des affections professionnelles dues aux bacilles tuberculeux. La désignation des maladies intéresse la tuberculose cutanée ou sous-cutanée, la tuberculose ganglionnaire, la synovite, l’ostéo-arthrite, la tuberculose pleurale et pulmonaire. Dans le régime de la fonction publique, il n’existe pas de tableaux, on parle plutôt d’accidents ou de maladies en relation avec le travail. La déclaration d’un accident ou d’une maladie en relation avec le travail doit être faite par l’agent au service du personnel. Contrairement aux tableaux des maladies professionnelles où la présomption d’imputabilité au travail est reconnue, c’est à l’agent de fournir un dossier complet avec témoignages afin de statuer sur l’imputabilité au service. Cette étude a permis d’estimer le risque tuberculeux chez le personnel de soins et doit constituer un prélude pour élaborer un système de prévention et de surveillance épidémiologique de la tuberculose chez les professionnels de santé.26 References 1 Ottmani S, Laâsri L, Chaulet P, et col. 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R E S U L T S : Over the 4-year period, 130 new cases of tuberculosis were notified among health care workers in 30 provinces and prefectures: 73 men (56%) and 57 women (44%), with a mean age of 41.3 8.9 and 38.6 METHODS: La tuberculose chez les professionnels de santé du secteur public au Maroc 8.4 years, respectively (P 0.093). The mean cumulative incidence was 85.3/100 000 health care workers; for doctors in specialist diagnostic centres for tuberculosis it was 1094.8/100 000. The survey showed no significant difference between the mean annual cumulative incidences for doctors (83.4), nurses (78.5) and administrative staff (94.3). The cohort analysis indicated a mean annual success rate of 89.2%, failure rate of 0.9%, lost to follow-up 0.8%, death 3.8% and transfer out 3.1%. Several studies have shown weaknesses in the conditions of 945 hygiene and security in the health centres (such as lack of gloves and masks, and meals taken within the workplace). C O N C L U S I O N : The risk of tuberculosis is not much higher in health care workers in general than in the general population; however, it is significantly higher in the specialist diagnostic centres for tuberculosis. The recent creation of health units for personnel working in the health centres should result in improvements in working conditions if the recommended preventive measures are respected. RESUMEN M A R C O D E R E F E R E N C I A : La tuberculosis es una causa importante de morbilidad en Marruecos y su incidencia anual es de 100 casos por 100.000 habitantes. El riesgo de tuberculosis es constante para los profesionales de la salud en contacto con los pacientes que presentan una tuberculosis bacilífera. O B J E C T I V O : Evaluar el riesgo y la incidencia de la tuberculosis en el personal afectado y estudiar la distribución con un análisis de cohortes. M E T O D O : Se ha distribuido un cuestionario en todas las provincias y prefecturas del Reino relacionado con todos los casos de tuberculosis declarados entre 1994 y 1997 entre los profesionales de la salud. R E S U L T A D O S : En estos 4 años se registraron 130 casos nuevos de tuberculosis en el personal de la salud : 73 hombres (56%) y 57 mujeres (44%), a nivel de 30 provincias y prefecturas. La edad media en el hombre fue de 41,5 8,9 años y en la mujer, de 38,6 8,4 años (P 0,093). La incidencia acumulada media fue de 85,3 por 100.000 profesionales de la salud ; la de los médicos de los centros de diagnóstico especializados en tuberculosis fue de 1094,8 por 100.000. La encuesta no mostró diferencias significativas entre las incidencias acumuladas medias anuales de los médicos (83,4), de las enfermeras (78,5) y del personal administrativo (94,3). El análisis de los cohortes ha puesto en evidencia tasas medias anuales de éxito del 89,2%, de fracasos del 0,9%, de perdidos de vista de 0,8%, de muertes del 3,8% y de traslados del 3,1%. Muchos estudios han mostrado fallas en las condiciones de higiene y de seguridad en los centros de atención (falta de guantes, máscaras, comidas en los lugares de trabajo). C O N C L U S I O N E S : En general, el riesgo de tuberculosis no es más elevado que el de la población general, sin embargo, es más importante en los centros de diagnóstico especializados en tuberculosis. La creación reciente de unidades de atención en los medios laborales permitirá la mejoría de las condiciones de trabajo y el respeto a las medidas preventivas recomendadas.