note d`information et debat sur les ogm
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NOTE D’INFORMATION ET DEBAT SUR LES OGM La note a été élaborée par la Commission « Agriculture – Agroalimentaire » du Conseil Économique et Social Régional d’Auvergne. Le débat a eu lieu au cours de la session du Conseil Économique et Social Régional d’Auvergne qui s’est tenue le 3 juillet 2006. 3 PAGE BLANCHE SOMMAIRE PREMIÈRE PARTIE : NOTE D’INFORMATION SUR LES OGM ................................ 7 Avant-propos .......................................................................................................................... 8 I – Les Organismes Génétiquement Modifiés : Qu’est-ce que c’est ? .. 9 II – État des lieux ......................................................................................................... 20 III – Les éléments du débat ..................................................................................... 24 IV – Quel avenir ? ......................................................................................................... 38 DEUXIÈME PARTIE : DÉBAT SUR LES OGM .............................................................. 41 ANNEXES ................................................................................................................................ 77 Table des matières de la note d’information ................................................. 113 5 PAGE BLANCHE PREMIÈRE PARTIE NOTE D’INFORMATION SUR LES OGM La note d’information, reproduite ci-après, a été présentée le 3 juillet 2006 devant l’ensemble du CESR en présence de Monsieur Jean MALLOT, Vice-Président du Conseil régional d’Auvergne, et de Monsieur MAGIMEL, Directeur Régional de l’Agriculture et de la Forêt. 7 AVANT PROPOS Le Bureau du CESR a confié à la Commission n°2 « Agriculture – Agroalimentaire » le soin de rédiger une note d’information sur la problématique des OGM. Il s’agit ainsi de pouvoir donner une information aussi complète et objective que possible à l’ensemble des Conseillers économiques et sociaux régionaux, en vue d’un débat de l’assemblée des socioprofessionnels le 3 juillet 2006. Cette démarche s’inscrit au côté de celle entreprise par le Conseil Régional. Le CESR est bien dans son rôle d’assemblée réunissant les différentes composantes de la société civile et contribuant à ce débat majeur de notre société. Il s’agit d’un domaine éminemment sensible et le souhait du CESR est de donner une information objective à l’ensemble des personnes intéressées par ce sujet. Compte-tenu de la diversité du sujet et de l’importance du secteur agricole dans l’économie régionale, il a été décidé de limiter la recherche d’information au règne végétal. Cette note a été rédigée en s’appuyant sur différentes auditions, ainsi que sur un certain nombre de documents1. Le CESR tient à indiquer, que au-delà du cadre régional, le développement des OGM est une problématique internationale qu’il convient de prendre en compte dans différents aspects, notamment économiques. 1 - Une liste des différentes personnes auditionnées ainsi que des documents sur lesquels s’appuie ce texte est reproduite en annexe. 8 I – LES ORGANISMES GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉS : QU’EST-CE ?2 QUE C’EST A – La définition retenue par l’Europe La définition donnée d’un OGM par la réglementation européenne est : « un organisme dont le matériel génétique a été modifié d'une manière qui ne s'effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle » (art. 2 de la directive 2001/18). Ainsi, l’OGM est défini par un procédé. Si aux États-Unis, la législation prend en considération le produit obtenu en répondant à la question suivante : « les produits obtenus sont-ils identiques ou différents du produit initial ? », en Europe, la législation s’intéresse au procédé. Ces deux approches sont très différentes et leurs conséquences quant au traitement de la question des OGM par ces deux continents expliquent pour partie le débat qui agit dans notre pays. B – Quelques éléments techniques Le développement qui suit s’attache à reprendre des éléments donnés par les scientifiques, quelque soit leur sensibilité par rapport au sujet traité. Ce sont donc des données objectives qui sont proposées ci-après. 1 - Les outils de la transgénèse Il s’agit de ré-associer des fragments d’ADN ou de bases azotées pour créer des molécules d’ADN ayant une faible probabilité d’exister. L’ADN est une molécule complexe. Tout n’est pas connu ; il existe des séquences qui codent des protéines, certaines qui régulent et d’autres dont on ne connaît pas le rôle. Dans les plantes transgéniques, il existe le plus souvent un seul site d’insertion du transgène. Ainsi, la fréquence de transformation génétique est très faible. Au niveau du site d’insertion, il peut alors y avoir une réorganisation de la molécule d’ADN. Chez les plantes, l’insertion est aléatoire (on ne sait pas cibler le site d’insertion) contrairement aux bactéries où on sait le faire. On ne sait pas non plus prévoir l’intensité de l’expression des gènes insérés, cela étant partiellement conditionné par l’ADN présent en amont et en aval du site d’insertion. On sélectionne donc des sujets qui expriment correctement les caractéristiques recherchées. 2 - Les différentes étapes Étape 1 - Identifier, isoler, intégrer et multiplier un gène d'intérêt La première étape est l'identification d'un caractère que l'on veut introduire dans la plante, comme par exemple des caractères de qualité nutritionnelle, la résistance à 2 - Sources : Auditions de M. Beckert, Président de l’INRA, M. Magimel, Directeur régional de l’Agriculture et de la Forêt Auvergne, Intervention de Mme Chappuis sur le droit de cité des OGM lors de l’Audience solennelle de rentrée du tribunal administratif de ClermontFerrand le 30 janvier 2006, www.ogm.org, http://fr.wikipedia.org. 9 certains insectes, à certaines maladies, à des herbicides, etc. Le gène d'intérêt peut provenir de tout organisme vivant, plante, animal ou bactérie puisque le code génétique est universel. Il doit ensuite être isolé de l'organisme donneur. Il est intégré dans une construction génétique associant souvent un gène marqueur. Ce gène marqueur permet de sélectionner les cellules qui ont intégré le gène d'intérêt. La construction est ensuite multipliée (clonée) afin de disposer d'une quantité suffisante d'ADN pour son introduction dans les cellules végétales que l'on veut transformer. Étape 2 - Transférer le gène Il y a plusieurs méthodes pour introduire un gène dans une cellule : - La transformation biologique. Cette technique utilise une bactérie du sol, Agrobacterium, qui a la propriété de réaliser naturellement la transformation génétique d'une plante, afin de la parasiter. Ainsi, une construction génétique introduite dans la bactérie (rendue avirulente au préalable) sera transférée dans la plante et intégrée à son génome. C'est la technique la plus couramment utilisée. - Le transfert direct. Cette technique fait intervenir : • soit une projection d'ADN dans les cellules de la plante par l'utilisation d'un canon à particules qui projette dans les cellules des microparticules enrobées d'ADN (biolistique) ; • soit l'introduction d'ADN dans des protoplastes3, par action d'un agent chimique ou d'un champ électrique (électroporation). Étape 3 - Régénérer et évaluer les plantes transformées Après sélection de cellules transformées, il faut régénérer les nouvelles plantes transgéniques. Les cellules transformées se développent d'abord en cals, larges amas de cellules indifférenciées. Après quelques semaines, on observe le développement de pousses. Elles sont alors placées dans un nouveau milieu de culture permettant le développement des racines. Quand les racines sont suffisamment développées, les plantules sont repiquées en pot et acclimatées en serre. La régénération in vitro des cellules transformées est une étape difficile à maîtriser. Aussi, le génotype, le type de tissus et les conditions de culture sont choisis en fonction de leur aptitude à la régénération. Les plantes régénérées sont ensuite analysées pour confirmer l'insertion de la construction génétique dans leur génome. Des analyses moléculaires sont conduites dans ce sens. Des études sur l'expression du gène ont lieu à plusieurs stades, ce qui permet de caractériser le niveau d'expression et le comportement de la plante exprimant le nouveau caractère. Étape 4 - Incorporer le gène dans une variété commerciale Les plantes transformées obtenues sont soumises à des croisements contrôlés pour étudier les modalités de transmission du nouveau caractère à la descendance. La transformation et la régénération étant des opérations délicates, le génotype de la plante choisie est celui facilitant ces étapes. C'est pourquoi les plantes retenues sont ensuite soumises à une succession de rétrocroisements afin d'introduire le gène dans le matériel élite et d'obtenir de nouvelles variétés commerciales exprimant ce caractère. 3 - Un protoplaste est une cellule bactérienne ou végétale débarrassée de sa paroi cellulosique externe. 10 C – Certificat d'obtention végétale / Brevet À ce stade de notre exposé, il semble pertinent de donner une définition de deux concepts et procédés qui sont souvent mis en avant pour expliquer les réticences de certains par rapport à la problématique des OGM. 1 - Le Certificat d'obtention végétale L'idée du Certificat d'obtention végétale (COV) est née de la nécessité de protéger l'activité de sélectionneur de semences, devenue un métier à part entière au cours du XVIIIe siècle. La « matière première » de cette profession étant à la fois autoreproductible et vitale pour l'humanité, il était nécessaire de trouver une formule qui garantisse à la fois la reconnaissance du travail du sélectionneur, l’accès du matériel génétique protégé pour créer de nouvelles variétés et la liberté de travail de l'agriculteur. Une première convention internationale sur la protection des espèces végétales se tient en 1961. Elle aboutit à la création de l'Union pour la Protection des Obtentions Végétales (UPOV), dont les pays signataires accordent aux sélectionneurs de semences des Certificats d'Obtention Végétale (COV). La plupart des pays de l'Union européenne font partie de l'UPOV. Au sélectionneur, le COV garantit la protection de la dénomination de l'invention et le monopole quasi exclusif sur la vente des semences de la variété protégée. À l'agriculteur, le COV laisse le droit de prélever une partie de sa récolte pour la ressemer, en payant un montant réduit ; c'est ce qu'on appelle le privilège de l'agriculteur. De plus, la mise au point d'une nouvelle variété à partir d'une variété protégée par un COV est permise dès lors qu’elle est commercialisée et cette nouvelle variété peut être mise sur le marché sans que son inventeur ne doive rien au détenteur du COV. Il faut cependant que la nouvelle variété soit distincte et puisse se perpétuer indépendamment de la première variété. C'est l'exemption en faveur de l'obtenteur. Il faut encore mentionner l'exemption de la recherche qui permet aux chercheurs d'utiliser gratuitement la variété protégée dans leurs travaux. Ces caractéristiques distinguent le COV du brevet car, tout en reconnaissant la performance intellectuelle de l'inventeur et en garantissant à celui-ci un retour sur investissements, il met immédiatement le matériel génétique commercialisé à disposition de tous. 2 - Le brevet Un brevet est un titre de propriété industrielle qui confère à son titulaire un droit exclusif d'exploitation sur l'invention brevetée, durant une durée limitée (généralement 20 ans, voire 25 dans le cas de certains produits pharmaceutiques) et sur un territoire déterminé (en général un pays unique, et dans certains cas un groupe de pays, par exemple dans le cas du brevet eurasien). En contrepartie, l'invention doit être divulguée au public ; en pratique, les demandes de brevet sont automatiquement publiées 18 mois après la date de priorité, c'est-à-dire le premier 11 dépôt, sauf cas particuliers (notamment aux États-Unis, bien que le Patent and Trademark Office essaye de respecter ce délai depuis le 29 novembre 2000). Le concept de la brevetabilité du vivant a fait l'objet d'une législation pour la première fois en 1930. À cette date, les États-Unis ont voté le Plant Patent Act qui autorisait le dépôt de brevets pour certaines plantes, principalement ornemmentales. Cette loi a été étendue en 1970 avec le Plant Variety Protection Act (PVP Act) qui s'applique aux graines et à plus de 350 espèces végétales alimentaires. La découverte protégée sous forme de brevet est documentée 18 mois après son dépôt de façon publique et tombe dans le domaine public au bout de cette période de vingt ans comme tout autre brevet. A la différence de l’Europe, où les variétés végétales sont explicitement exclues du droit des brevets, les Etats-Unis offrent aujourd’hui le choix aux sélectionneurs d’opter soit pour une protection sous l’égide du PVP (qui est un droit très proche du COV), soit pour un « brevet d’usage » (Utility Patent) qui va conférer au titulaire non seulement un droit d’exploitation exclusif de la variété protégée mais aussi la possibilité d’interdire à ses concurrents d’utiliser sa variété, même commercialisée, pour en créer de nouvelles et à l’agriculteur de réutiliser les semences pour son usage propre. Cette interdiction figure notamment sur les sacs de semences des variétés brevetées commercialisées aux Etats Unis. Le principe de la protection des variétés végétales et des plantes a été reconnu par le Gatt devenu depuis l’OMC. Brevet et COV coexistent, à charge pour les états d’opter pour l’un ou l’autre des systèmes. Il faut noter que dans les accords « ADPIC » qui régissent ces dispositions au sein de l’OMC, le COV apparaît comme une exception à la règle générale qui est le brevet. A l’occasion de chaque cycle de négociation, les Etats-Unis font pression sur leurs partenaires commerciaux pour qu’ils abandonnent le COV. C’est en ce moment le cas à Genève où se poursuivent les négociations du « Millenum Round »… Le Parlement européen a voté en 1998 une directive sur la protection juridique des inventions biotechnologiques qui rend possible l'obtention de brevets européens sur des organismes vivants, dont les plantes génétiquement modifiées. La question du chevauchement ou du conflit éventuel entre certains droits accordés par l'UPOV, et les droits qui peuvent être obtenus par la délivrance d'un brevet, n'a été réglé qu'en partie par la Directive. Le Parlement français, qui vient de transcrire la Directive européenne (98/44) en droit national, a décidé d’introduire la notion d’exception du sélectionneur (possibilité d’utiliser une variété protégée comme source de variation pour créer de nouvelles variétés) dans tout droit de protection des plantes. C’est une première mondiale. Le challenge est désormais de faire généraliser cette disposition, à commencer par les pays de l’Union européenne. Le Certificat d’Obtention Végétale et le brevet relèvent de deux conceptions différentes du fruit de la recherche. Les COV se différencient des brevets en ce qu'ils protègent spécifiquement des variétés végétales, alors que les brevets sont censés 12 récompenser l'effort d'une recherche de solution à un problème technique exprimé par des fonctions ou des moyens spécifiques ou généraux. Il en découle deux approches des OGM différentes, voires divergentes. Mais au-delà de ces approches, la question qui se pose est celle de la brevetabilité du vivant et de l’acceptation par la société de son utilisation. Les biotechnologies, en maîtrisant les techniques permettant le clonage et la production d'OGM ont réalisé des pas spectaculaires, d'où un questionnement et un débat de société. En dehors de ce débat, des entreprises détiennent déjà de nombreux brevets sur des séquences de gènes, des micro-organismes ou des OGM. L'absence de jurisprudence et le cadre légal incomplet font qu'un grand nombre de brevets accordés protégeant ces gènes seront peut-être jugés trop extensifs par la suite. D – Les éléments réglementaires4 Les enjeux de toutes sortes liés aux OGM nécessitent la mise en place de cadres juridiques clairs et précis dans les pays qui développent non seulement les recherches et les essais sur les organismes génétiquement modifiés, mais qui projettent de cultiver de tels organismes ou le font déjà. L'Europe a choisi d'évaluer le potentiel de cette nouvelle méthode de création variétale qu’est la transgénèse ; la question a commencé à être évoquée au niveau communautaire par l'intervention des directives 219 et 220/90 du 23 avril 1990, respectivement relatives à l'utilisation confinée des microorganismes génétiquement modifiés et à la dissémination volontaire d'OGM dans l'environnement. Actuellement le dispositif d'autorisation et de contrôle, comme celui des cultures commerciales d’OGM est encore trop complexe et, pour certains, lacunaire. Certains États sont à la recherche de moyens juridiques efficaces pour conforter l'évaluation scientifique et améliorer la concertation avec la société civile. Ainsi, la France a confié cette tâche à la Mission d'information parlementaire sur les enjeux des essais et de l’utilisation des OGM, dont les membres ont déposé un volumineux rapport au mois d’avril 2005. L’encadrement juridique relatif aux organismes génétiquement modifiés résulte à la fois du droit international, communautaire et national. 1 - En droit international La convention sur la diversité biologique du 22 mai 1992 dite « Convention de Rio », indique dans son préambule que « Les Etats sont responsables de la conservation de leur diversité biologique et de l'utilisation durable de leurs ressources biologiques. » La question des OGM a été évoquée lors de la conférence des parties à la convention et les discussions ont abouti au Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques adopté le 29 janvier 2000 et entré en vigueur le 11 septembre 2003 après sa ratification par plus de cinquante Etats dont la France. Ce protocole qui ne concerne que les semences et aliments contenant 4 - Source : Intervention de Mme Chappuis sur le droit de cité des OGM lors de l’Audience solennelle de rentrée du tribunal administratif de Clermont-Ferrand le 30 janvier 2006. 13 des OGM vise à garantir aux pays important des semences ou aliments, que toute présence d'OGM destinée à être disséminée dans l'environnement leur sera préalablement signalée de façon à satisfaire aux exigences réglementaires du pays d’importation voire les laisser libres d'accepter ou de refuser de telles importations. Les législations européenne et française en vigueur satisfont les normes de ce protocole. L'économie générale du texte repose sur la mise en œuvre du principe de précaution auquel la convention de Rio faisait une large place. L'article 2, alinéa 4 du Protocole précise en effet que les Etats peuvent adopter des mesures plus rigoureuses que les dispositions du Protocole dès lors qu'elles en respectent les objectifs au même titre que les autres obligations internationales des Etats. La participation et l'information du public est prévue par l'article 23 du Protocole. Les parties consultent le public lors de la prise de décisions relatives aux organismes vivants modifiés et mettent à la disposition du public l’issue de ces décisions. En outre, l’Organisation mondiale du commerce s'estime également compétente pour réguler les mouvements d'OGM. La Convention sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et à l'accès à la justice en matière d'environnement adoptée le 25 juin 1998 à Aarhus, au Danemark par la Commission économique pour l'Europe des Nations-Unies, impose des obligations générales en matière de transparence sur les questions écologiques. Ce texte approuvé par la France le 2 juillet 2002, prévoit le droit pour le public, d'accéder aux informations qu'il demande, dans le respect du secret industriel protégé par la loi, ainsi que le droit de participer aux décisions environnementales, ainsi qu'à l'élaboration des politiques publiques et normes juridiques en matière d'environnement et enfin le droit d'accéder à une procédure rapide et peu onéreuse, à une justice indépendante et impartiale en matière environnementale. Les législations européenne et française satisfont à cette convention. 2 - En droit communautaire et en droit national Comme nous l’avons indiqué ci-dessus, en Europe, la législation communautaire s'est constituée à partir des années 1990 par les deux directives du Conseil du 23 avril 1990, n° 90/219 et 90/220 relatives respectivement à l'utilisation confinée des micro-organismes génétiquement modifiés et à la dissémination volontaire d'OGM dans l'environnement. Ce second texte a été abrogé par la directive 2001/18 du Parlement du Conseil du 12 mars 2001 ayant le même objet que la directive 90/220, mais comportant des dispositions plus précises et plus contraignantes pour les Etats en matière d'autorisation de mise sur le marché, d'essais en plein champ et d'étiquetage. Les règlements du 22 septembre 2003 ont également prévu une procédure centralisée pour l'évaluation scientifique et l'autorisation des OGM dont la mise sur le marché est demandée. 14 Le règlement n°641/2004 du 6 avril 2004 précise par ailleurs, les modalités d'information de l'Autorité européenne de sécurité des aliments, chargée de l'évaluation scientifique, par tout état membre auprès duquel une demande de mise sur le marché est déposée. En droit français, la réglementation sur les organismes génétiquement modifiés résulte plus particulièrement de la loi n° 92-654 du 13 juillet 1992 relative au contrôle de l'utilisation et de la dissémination des OGM, modifiant la loi n° 76-663 du 19 juillet 1976 relative aux installations classées pour la protection de l'environnement. Les dispositions de cette loi, qui transpose en droit français, les directives du Conseil des Communautés n° 90/219 et 90/220 du 23 avril 1990 se retrouvent aujourd'hui dans le code de l'environnement sous les articles L.533-2 et suivants. Il faut également mentionner le code général des collectivités territoriales dont les dispositions relatives au pouvoir de police des maires font l'objet, dans leur application, de nombreuses polémiques en matière d'autorisation de cultures en plein champ de plantes génétiquement modifiées. L'articulation entre les dispositions issues du droit communautaire et celle du droit national n'est pas simple. C'est bien l'une des raisons pour lesquelles la Mission d'information sur les OGM a proposé dans son rapport du mois d'avril 2005, de très nombreux aménagements aux fins d'alléger les procédures en place. Une loi, en partie issue des conclusions du rapport parlementaire, est actuellement en discussion à l’Assemblée Nationale, après avoir été étudiée par le Sénat. Les essais en plein champ, tout comme la commercialisation des OGM sont actuellement soumis à autorisation préalable en application des articles L.533-3 et L.533-5 du code de l'environnement, issus de la loi n° 92-654 du 13 juillet 1992. La procédure prévoit une évaluation systématique de chaque OGM sur le plan de la santé publique et de l’environnement par la Commission de génie biomoléculaire (CGB), commission mise en place par le législateur pour l’évaluation des risques. Une autorisation ne peut être délivrée que si la CGB a rendu un avis favorable à l’utilisation de l’OGM concerné. Les deux lignes directrices de la réglementation des OGM peuvent être résumées plus brièvement de la façon suivante : - La première relève d’une procédure européenne centralisée pour les autorisations de mise sur le marché, - La seconde résulte de la procédure essentiellement nationale pour les essais de cultures en plein champ. E – Les déclinaisons juridiques … 1 - … en matière d’utilisation confinée de micro-organismes génétiquement modifiés (MGM) En France, l’utilisation en milieu confiné (laboratoire, serre, bio-industrie) des OGM ne peut se faire sans l’autorisation de la Commission du Génie Génétique (CGG). La CGG est une commission consultative sous tutelle du Ministère de la Recherche, qui examine les dossiers déposés par les laboratoires et les industriels, propose les conditions d’expérimentations sur les OGM en milieu confiné après une évaluation 15 de la classe de risque et du niveau de confinement souhaitable (étude des techniques, procédés, organismes, sécurité). Le Ministère de la Recherche prend la décision finale et doit ensuite mettre à la disposition des autres membres de l’Union européenne les dossiers constitués. La directive fondatrice européenne 90/219/CE (transposée en droit français par la loi n° 92-654 du 13 juillet 1992) établit des mesures communes pour l’utilisation confinée des micro-organismes génétiquement modifiés (MGM) en vue de la protection de la santé humaine et de l’environnement. Elle concerne les plantes et leurs cellules à deux titres : d’une part, car elles peuvent être hôtes ou cibles des micro-organismes, et, d’autre part, car leur transformation peut nécessiter le recours à des micro-organismes génétiquement modifiés. Cette directive a évolué en 1998 (directive 98/81/CE) afin de tenir compte des connaissances scientifiques et de l’expérience acquise depuis les années 90. Les principales modifications concernent : - L’amélioration des méthodes d’évaluation des risques par la mise en place d’une classification des MGM en fonction des risques qu’ils présentent mais aussi d’une classification des risques associés à l’opération considérée. Ainsi, les exigences de notification permettent de prendre en considération le risque réel présenté par les opérations envisagées. - L’application de mesures appropriées de confinement physique, biologique et chimique. 2 - … en matière de dissémination volontaire d’OGM dans l’environnement5 Les procédures d’autorisation En France, la Commission du Génie Biomoléculaire (CGB) examine, au cas par cas, les demandes de dissémination volontaire d’OGM dans l’environnement à des fins de recherche et de développement (dites partie B) ou de mise sur le marché (dites partie C) pour en évaluer les risques pour la santé publique et pour l’environnement. La CGB est une commission consultative sous tutelle du Ministère de l’Agriculture et de l’Environnement. Les demandes d’autorisation de dissémination à des fins de recherche et de développement sont traitées au niveau national. Il incombe toutefois à l’Etat de tenir informés les autres Etats membres et la Commission des activités de recherche conduites sur le territoire national. Lorsque le ministère de l’agriculture reçoit une demande d’autorisation, il saisit la CGB pour connaître l’évaluation du risque associé à l’OGM par rapport à son utilisation prévue. Le dossier et l’avis de la CGB sont rendus publics via internet. Le ministère organise également une consultation du public, et les agents de la Protection des végétaux s’assurent de la faisabilité de l’essai sur le terrain. L’expérimentation ne peut être autorisée que si l’avis de la CGB est favorable, concluant qu’il n’y a pas de risque, ni pour la santé publique, ni l’environnement6. Dans le cas des dossiers de demande de mise sur le marché d’OGM, la procédure d’autorisation se déroule en deux étapes : une étape au niveau national suivie d’une étape au niveau communautaire. Cette procédure d'autorisation est encadrée à chaque étape par des délais. 5 6 - terme employé par l’ensemble de la communauté scientifique pour définir la contamination possible d’autres cultures par les OGM. - liste des avis : http://www.ogm.gouv.fr/experimentations/evaluation_scientifique/cgb/CGB_avis_160106.htm 16 En France, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) est saisie par la CGB. Elle étudie plus particulièrement les risques potentiels au niveau alimentaire et évalue la sécurité sanitaire des aliments composés ou issus d'organismes génétiquement modifiés. Ce sont donc les avis de ces deux institutions qui permettent d’éclairer les pouvoirs publics sur les décisions à arrêter. Lorsque les avis de la CGB et de l’AFSSA sont favorables, les pouvoirs publics transmettent le dossier à la Commission européenne. La Commission européenne procède alors, avec l’ensemble des Etats membres, à une validation de l’évaluation scientifique effectuée en France. Si aucune objection n’est émise dans un délai de 60 jours, et complétée par un délai de 40 jours de conciliation, l’OGM est autorisé par un consentement écrit, publié dans le Journal Officiel de la Communauté Européenne, et transmis à l’organisme demandeur et aux Etats membres. Si un Etat membre fait une objection, la décision doit être prise au niveau communautaire. Dans ce cas, la Commission sollicite l'avis de ses comités scientifiques. Si l'avis scientifique est favorable, la Commission soumet un projet au Comité réglementaire, qui est composé de représentants des Etats membres. Si ce Comité émet un avis favorable, la Commission adopte la décision. Si le Comité réglementaire est défavorable, le projet de décision est transmis au Conseil des Ministres qui doit se prononcer pour accord à la majorité qualifiée, et s'il ne se prononce pas dans un délai de trois mois, la Commission peut adopter la décision. Au cours de toute la procédure de notification, le public est également informé et peut accéder aux données publiques, notamment sur Internet, telles que la synthèse des notifications, les rapports d'évaluation des autorités compétentes ou l'avis des comités scientifiques. Toutes les procédures d’autorisation de dissémination d’OGM dans l’environnement sont strictement réglementées par la directive européenne 2001/18/CE. Cette directive remplace, depuis 2001, la 90/220/CE (transposée en droit français par la loi n° 92-654 du 13 juillet 1992), directive générale fixant des lignes générales d'évaluation applicables à tous les types d'OGM (plantes, animaux, microorganismes) et à toutes les utilisations, qu'elles soient médicales, industrielles ou alimentaires. La 2001/18/CE encadre mieux l'ensemble des étapes par des délais précis. Elle introduit en particulier les éléments suivants : - un renforcement des dispositions relatives à l'étiquetage obligatoire des produits, ainsi que des mesures visant à en assurer la traçabilité ; - un suivi systématique, après toute mise sur le marché, par un dispositif de surveillance ; - une procédure communautaire centralisée ; des principes régissant l’évaluation des risques pour l’environnement, en vue d’éviter les situations divergentes d’un pays à l’autre ; - l’obligation de limiter les autorisations des OGM à un maximum de 10 ans avec possibilité de renouvellement ; - une procédure de consultation et d’information du public. Les états membres et la commission veillent à ce que l'on accorde une attention particulière aux OGM qui contiennent des gènes de résistance aux antibiotiques utilisés pour des traitements médicaux ou vétérinaires lors de l'évaluation des risques pour l'environnement. Ceci a pour objectif d'identifier et d'éliminer progressivement des OGM, les marqueurs de 17 - résistance aux antibiotiques qui sont susceptibles d'avoir des effets préjudiciables pour la santé humaine et l'environnement. l’obligation de consulter l'agence européenne de sécurité des aliments. Modalités de contrôle des disséminations volontaires d’OGM dans l’environnement Qui contrôle ? S’agissant des plantes, semences et plants, ce sont des agents habilités et assermentés des Directions régionales de l’Agriculture et de la Forêt (Services régionaux de la protection des végétaux – SRPV). Que contrôle-t-on ? Le contrôle consiste à vérifier que la dissémination est mise en place en conformité avec les contraintes fixées par la décision d’autorisation (qui renvoie elle-même à l’avis de la CGB), par exemple la distance d’isolement, présence d’une barrière pollinique… Les contrôles opérés interviennent aussi bien pendant qu'après la culture expérimentale. Chaque dissémination peut faire l’objet de dispositions particulières. Une même dissémination peut faire l’objet de plusieurs contrôles en fonction notamment des différentes phases critiques identifiées. Les contrôles peuvent avoir lieu lorsque la plante est présente, mais aussi pendant une période plus ou moins longue après la fin de l’expérimentation (contrôle des repousses, par exemple). Des contrôles sont également faits au niveau de la mise sur le marché afin de rechercher les infractions sur les produits, pour contrôler les semences commercialisées et rechercher les présences fortuites. En cas de non-conformité, l’inspecteur l’évalue et adresse un rapport à la Direction générale de l’Alimentation (DGAL). Que la non-conformité soit accidentelle (accident climatique, faune sauvage, problème de levée de semis, …) ou non, des mesures de police administrative peuvent être prises pour éviter une diffusion incontrôlée du transgène. La DGAL peut par exemple ordonner la destruction des cultures en cause. Si l’inspecteur estime qu’il y a infraction (une contrainte n’a pas été respectée par exemple), il peut en outre dresser un procès verbal adressé au Procureur de la République (il s’agit alors de pouvoirs de police judiciaire). F – La jurisprudence Dès lors que les producteurs ou les chercheurs sont munis de l’autorisation délivrée par le ministre de l’agriculture, on pourrait penser que la question du sort des OGM ne devrait donner lieu à aucun litige. Ce serait oublier que l’existence du pouvoir de police spéciale d’un ministre ou d’un préfet n’exclut pas, a priori, la mise en œuvre des pouvoirs de police générale de maires. La « mauvaise réputation » des OGM a donc conduit des maires à s’opposer aux autorisations du ministère de l’agriculture. Ces décisions résultent, d’une part, du principe de précaution compte tenu des incertitudes relatives à la réalité et à la nature des risques et, d’autre part, de la responsabilité de la commune qui pourrait être mise en cause en raison de la carence du maire à prendre des mesures de lutte et de prévention contre des nuisances de tous ordres. Ainsi, les maires doivent choisir entre interdire ou laisser 18 faire. Les orientations diverses des tribunaux administratifs ne sont pas de nature à les aider dans leurs choix. Ainsi, à la question de savoir si les maires ont compétence pour interdire la mise en place d’un essai sur le territoire de leur commune, les tribunaux ne se montrent pas unanimes. Certains admettent cette compétence dans la mesure où il n’était pas démontré que les autorisations ministérielles d’essais en plein champ tenaient compte des intérêts locaux de communes. De plus, à la question de savoir si la mesure d’interdiction du maire avait un caractère proportionné au risque supposé, les décisions des instances judiciaires saisies ne sont pas, là encore, unanimes (voir annexe n° 3). Concernant la question des essais en plein champ autorisés par le ministère de l’Agriculture à l’entreprise Meristem Therapeutics, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé les deux autorisations qu’elle avait reçues pour les essais de production de lipase gastrique destinée à soulager les malades atteints de mucoviscidose, au motif que la localisation et l’étendue des essais n’étaient pas suffisamment précises. De plus, le tribunal a jugé insuffisantes la communication et la consultation du public.7 Cette annulation a fait l’objet d’un appel de la part du ministère de l’Agriculture, ce dernier étant convaincu de la pertinence de la procédure suivie en termes d’information. Il faut noter que, pour 2006, les dossiers indiquent la commune où sera réalisé un essai. Il est important de souligner que le jugement du Tribunal administratif de ClermontFerrand s’est aussi prononcé vis-à-vis d’autres éléments contestés par les plaignants. Il a ainsi considéré que les essais de Meristem contestés ne violent ni le principe de précaution, ni la Convention européenne des droits de l’homme. Il a aussi confirmé la compétence à statuer de la CGB, Commission qui avait estimé, après analyse du dossier, conclu à l’absence de risques pour la santé et l’environnement. L'incertitude scientifique qui caractérise le débat sur les OGM rend délicate la recherche d'une solution judiciaire. Aujourd’hui, la jurisprudence évolue dans le temps et varie selon les tribunaux. On ne peut se retrancher derrière les différentes décisions de ces derniers, d’autant que les connaissances sur la question des OGM augmentent. Cependant, le jugement d’appel rendu fin mai par le tribunal d’Orléans a confirmé la jurisprudence établie par les tribunaux d’appel de Clermont-Ferrand et de Toulouse. La loi actuellement en discussion au Parlement saura-t-elle apporter les réponses attendues ? Pourra-t-elle apaiser les tensions persistantes ? 7 - Source : La Montagne des 21 avril et 5 mai 2006. 19 II – ÉTAT DES LIEUX8 Il faut veiller à distinguer la problématique de la culture des OGM et celle des essais en plein champ qui occupe le débat en France pour le moment. A – Dans le monde L’année 2005 marque le dixième « anniversaire » de la commercialisation des plantes génétiquement modifiées (PGM). La surface cultivée est passée de 1,7 millions d’hectares dans six pays en 1996 à 90 millions d’hectares dans 21 pays en 2005. On note également une augmentation de 11 % des surfaces cultivées entre 2004 et 2005. Le graphique ci-après montre l’évolution de la superficie mondiale des PGM entre 1996 et 2005. Cette évolution est proposée pour les pays industrialisés et les pays en voie de développement. Les États-Unis, le Brésil, le Canada et la Chine sont les principaux producteurs de PGM dans le monde avec 49,8 millions d’hectares plantés aux Etats-Unis, dont environ 20 % sont des produits avec des empilements de 2 ou 3 gènes. Le premier produit avec trois gènes chez le maïs a fait ses débuts aux États-Unis en 2005. La plus forte augmentation des surfaces a eu lieu au Brésil (de 5 millions d’hectares en 2004 à 9,4 en 2005), suivi par les États-Unis, l’Argentine et l’Inde. Le soja continue d’être la principale PGM cultivée dans le monde avec 54,4 millions d’hectares, suivi par le maïs (21,2 millions d’hectares), le coton (9,8 millions d’hectares) et le colza (4,6 millions d’hectares). 8 - Sources : www.isaaa.organisation, audition de M. Guillon, Directeur Stratégie et Communication du Groupe Limagrain, Le Figaro du 28 avril 2006, communiqué de presse du Ministère de l’Agriculture du 19 mai 2006 20 Depuis, 1996, la tolérance aux herbicides a été le principal caractère des PGM, suivi de la résistance aux insectes et les empilements de gènes pour les deux caractères. Ainsi, en 2005, la tolérance aux herbicides, utilisés chez le soja, le maïs, le colza et le coton, occupait 71 %, soit 63,7 millions d’hectares, des surfaces utilisées pour la culture de PGM. Le tableau ci-après retrace la superficie globale des PGM en 2005, par pays. Il est également indiqué les variétés de PGM cultivés. En 2005, la valeur du marché mondial des PGM, estimés par Cropnosis, était de 5,25 milliards de dollars, représentant 15 % du marché mondial de la protection de cultures et 18 % du marché mondial des semences commercialisées).Ce marché comprend 2,42 milliards de dollars pour le soja transgénique (soit 46 % du marché mondial des PGM), 1,91 milliards de dollars pour le maïs transgénique (36 %), 0,72 milliard de dollars pour le coton transgénique (14 %) et 0,21 milliard de dollars pour le colza transgénique (4 %). Le tableau ci-après montre la part de culture transgénique pour les quatre principales espèces OGM cultivées : soja, coton, colza, maïs. On voit une nette domination des cultures OGM pour le soja. 21 Espèces Surfaces cultivées (en millions d’hectares) Soja Coton Colza Maïs 91 35 26 147 % de cultures OGM 60 28 18 14 % % % % B – En Europe En Europe, cinq pays cultivent des OGM. En 2005, la République Tchèque a cultivé du maïs Bt pour la première fois, portant à cinq le nombre de pays de l’Union européenne qui cultivent des plantes transgéniques, l’Espagne, l’Allemagne et la République Tchèque étant rejointes par la France et le Portugal, qui ont repris la culture de maïs Bt après plusieurs années d’interruption. Cela pourrait signaler une nouvelle tendance dans l’Union européenne. Si l’Espagne a cultivé 58 000 hectares en 2005, les autres pays européens concernés cultivent bien moins de 50 000 hectares. C – En France 1 - Les cultures En France, alors que les cultures transgéniques n’étaient plus pratiquées depuis plusieurs années, les agriculteurs ont semé en 2005 environ 500 hectares de maïs génétiquement modifié9. Dans la mesure où la France est l’un des principaux pays membres de l’UE ainsi que le premier producteur de maïs de l’Union européenne, la culture de maïs génétiquement modifié dans ce pays, même sur une superficie modeste, constitue un développement important et symbolique. En 2006, entre 4 000 et 5 000 hectares de céréales transgéniques devraient être cultivés en France. Cela représente 0,16 % des surfaces nationales. Il faut noter qu’aucune culture commerciale de plantes OGM n’a été recensée en Auvergne. 2 - Les essais en plein champ Concernant les expérimentations en plein champ, donc relevant du domaine de la recherche, Dominique BUSSEREAU, Ministre de l'Agriculture et de la Pêche, a autorisé 17 nouveaux programmes de recherche et de développement portant sur des maïs et du tabac génétiquement modifiés (OGM). Les essais ainsi autorisés visent à observer le comportement en conditions réelles des nouveaux OGM étudiés. Sur les 17 programmes, 2 permettent de poursuivre des recherches sur des plantes productrices de molécules (pharmacie, chimie fine), 2 portent sur le fonctionnement de la plante (économie d’eau, « précocité de floraison »), 3 doivent permettre une utilisation d’herbicides moins nocifs pour l’environnement, 10 portent sur des plantes résistantes à des insectes et visent donc à limiter l’utilisation d’insecticides. 9 - en tout près de 500 hectares ont été déclarés auprès du ministère de l’Agriculture français. 22 Le tableau ci-après retrace les essais en plein champ ayant fait l’objet d’une autorisation dans les différentes régions françaises au 30 septembre 200510. Région Demandeur(s) Alsace INRA Vigne Monsanto Europe SA Maïs GEVES Maïs Meristem Therapeutics Maïs Biogemma Maïs Monsanto Europe SA Maïs INRA Peupliers GEVES Maïs Biogemma Fétuque Monsanto Europe SA Maïs Pioneer Génétique SARL Maïs GEVES Maïs Biogemma Maïs GEVES Maïs Monsanto Europe SA Maïs Aquitaine Auvergne Centre Île-de-France Midi-Pyrénées Poitou-Charentes Culture Surface OGM en m2 (pour mémoire, 10 000m2 = 1 hectare) 35 650 210 203 300 5 010 7 533 1365 120 1 000 2 710 979 980 1 770 520 4 785 D – En Auvergne11 Au 30 septembre 2005, on note que les essais en plein champ qui se déroulent en Auvergne ont lieu dans le Puy-de-Dôme. Les communes concernées à cette date sont : Beaulieu, Issoire, Joze, Le Broc, Malintrat, Nonette, Neschers, Saint bonnet près Riom et Saint-Myon. Après les destructions de différents essais dans le Puy-de-Dôme au cours de l’été 2005 et l’annulation de l’autorisation de deux essais par le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand, une seule campagne d’essais OGM aura lieu en 2006 en Auvergne. Ainsi, Biogemma a installé deux essais sur 6 500 m2 à Antoingt. Un essai de 5 000 m2 a pour objectif de tester la tolérance au manque d’eau. La seconde parcelle a été ensemencée avec un maïs dont la floraison est décalée par rapport au maïs classique. Il s’agit de décaler le cycle de la plante pour que celle-ci puisse recevoir l’eau dont elle a besoin au bon moment, sachant qu’à la date de sa floraison classique, (vers la mi-juillet), un déficit hydrique peut avoir lieu. Il est à noter que le 3 juillet dernier, une partie de ces essais a été détruite. 10 11 - Source : http://www.ogm.gouv.fr/experimentations/essais_implantes/essais_implantes.htm - Source : http://www.ogm.gouv.fr/experimentations/essais_implantes/essais_implantes.htm, La Montagne du 25 mai 2006. 23 III – LES ÉLÉMENTS DU DÉBAT Le développement suivant est lié aux différentes auditions menées par la commission n° 2. A – Les questionnements des scientifiques12 On pourrait dire que la domestication des plantes conditionne le choix des espèces par l’homme. Ce choix n’est pas fait de manière aléatoire, mais en fonction de caractéristiques particulières recherchées. Par exemple, l’homme a sélectionné la taille des graines de certaines plantes, a supprimé les épines de certaines autres… Il a toujours participé à une certaine artificialisation de son milieu et donc des plantes qu’il a appris à cultiver par la suite. Au début du 19ème siècle, les stratégies raisonnées sur les principes de génétique pour améliorer les plantes (croisements…) se sont développées ; le but étant d’accroître le rendement ou la qualité du produit. Des croisements entre espèces proches ont eu lieu ; par exemple, le blé a été recréé à partir de blés anciens, le colza a été également mis au point grâce à ce type de méthodes. Un des rôles de l’INRA est de conserver les différentes variétés et espèces du règne végétal. Il s’agit d’une collection qui regroupe environ 10 000 variétés de blé, 6 500 variétés d’orge, 700 variétés d’avoine, 50 variétés d’avoine et du triticale. 1 - Pourquoi faire de la transgénèse ? Avant les applications industrielles, il s’agissait pour les généticiens d’avoir des outils de compréhension de la physiologie, du développement des organismes. Ces technologies sont couramment utilisées chez les plantes, les bactéries, les animaux… Le but industriel aujourd’hui est de complémenter les voies de biosynthèse et d’adjoindre à des organismes des caractéristiques qu’ils n’ont pas, d’éteindre l’expression de certaines familles de gènes. Des caractéristiques ont été manipulées et sont utilisées aujourd’hui (résistances aux insectes, aux virus, adaptation des plantes, optimisation de protéines pour être plus adaptées à la nutrition animale…). Un objectif futur est de pouvoir cibler l’insertion des transgènes chez les plantes afin de modifier des caractères complexes. 12 - Sources : auditions de M. Beckert, Président de l’INRA et de M. Chilliard, Directeur de Recherches à l’INRA de Theix. 24 2 - Les incertitudes En préalable, il faut préciser que le risque est différent du danger, un danger étant un risque avéré. Il y a des éléments que l’on peut tester. Mais pour d’autres, ce n’est pas possible. C’est pourquoi, il faut s’attacher, dans une prise de décision, à vérifier que l’on peut avoir une situation de réversibilité dans les choix qui auront été faits. Pour un certain nombre de projets, les connaissances scientifiques ne permettent pas de les mener sans risques. Il est alors nécessaire de mesurer le niveau du risque, d’en faire une analyse, ceci afin de le gérer de manière sereine. Un certain nombre de questions porte sur la réversibilité biologique. Elle dépend de l’espèce. Par exemple, concernant le maïs, il s’agit d’une plante qui, en Europe, ne pousse pas en hiver, (le gel détruit les semences restées au sol) et qui ne peut se croiser « spontanément » avec d’autres plantes d’espèces voisines. Dans ce cas, il y a réversibilité quasi-complète. Pour le colza, c’est très différent dans la mesure où c’est une plante qui repousse et qui, sous nos latitudes, peut se croiser, au moins en partie, avec des espèces proches. Dans ce cas, la réversibilité n’est pas acquise. Lors des essais limités de recherche en plein champ, la situation est celle de la réversibilité biologique (petites surfaces contrôlable manuellement, le pollen vient féconder la plante transgénique et non l’inverse). Concernant les Plantes Génétiquement Modifiées (PGM), on trouve des plantes rendues résistantes aux maladies virales (tabac, courge, poivron, tomate, pomme de terre…), des plantes résistantes à des maladies provoquées par des champignons, des plantes adaptées à des environnements hostiles, des plantes à valeur nutritive modifiée… Aujourd’hui, elles n’ont toutefois pas de développement effectif en terme de production. Certaines études semblent montrer que des questions se posent en ce qui concerne les PGM produisant des substances insecticides (protéines Bt) ou des médicaments (par ex. : vaccin porcin Prodigène, maïs Lipase Meristem), en cas de consommation liée à des erreurs ou contaminations dans les circuits de collecte ou de distribution. La toxine Bt « naturelle » est le produit d’une bactérie du sol, et on l’utilise en agriculture conventionnelle pour traiter de façon ponctuelle les plantes contre les insectes nuisibles. Par contre, lorsque le transgène Bt est introduit dans les PGM, il s’exprime dans toutes les parties de la plante (racines, tiges, feuilles, graines) et ceci durant tout le cycle cultural. De plus, les différentes protéines Bt des différentes PGM peuvent différer dans leur structure (et donc leurs effets biologiques) de la protéine bactérienne originale qui a été testée dans des études antérieures de toxicologie. Certains scientifiques regrettent que rien n’oblige les semenciers à refaire des tests toxicologiques complets sur les nouvelles PGM Bt qu’ils souhaitent commercialiser. Enfin, les tests toxicologiques réglementaires sur les pesticides sont beaucoup plus contraignants que les tests effectués sur les PGM. Dans le cas des PGM tolérantes aux herbicides, le Roundup n’est pas une molécule totalement biodégradable et non toxique. De plus, il peut exister une tendance à en 25 utiliser davantage car les plantes d’intérêt deviennent résistantes. Il faudrait donc tester aussi bien la PGM non imprégnée d’herbicides que la PGM ayant accumulé de l’herbicide résiduel pour en tirer les conséquences potentielles sur le consommateur. D’après certains scientifiques, il apparaît que des tests plus poussés sont encore nécessaires. Cette opinion n’est toutefois pas partagée par l’ensemble du monde de la recherche. Ce n’est notamment pas l’avis des instances officielles françaises (CGB et AFSSA) ni de l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (AESA). 3 - Intérêts potentiels et risques supposés13 Concernant les intérêts et risques pour l’agriculteur, il faut tout d’abord reconnaître que l’on a peu de recul pour en juger, ce qui amène certains scientifiques à formuler un certain nombre de questions : - Augmentation ou diminution des intrants ? L’augmentation de l’utilisation d’un herbicide par rapport à d’autres peut entraîner le développement de résistances de la part de certaines plantes. Il en est de même pour certains insectes avec les PGM Bt et, par la suite, on peut voir augmenter la quantité de pesticides utilisés pour combattre ces plantes ou insectes. - Diminution du temps de travail ? Cela s’avère exact, à court terme, dans les exploitations mécanisées et d’une surface importante en particulier. - Adaptation aux conditions climatiques (eau, sel, froid,..) et rendements ? Au Brésil, le soja RR a toutefois vu ses rendements diminuer ces dernières années car il serait moins résistant à la sécheresse que le soja conventionnel14. Le rendement du coton Bt semble être inférieur dans certains cas à celui du coton non-OGM. D’un point de vue général, le rendement pourrait souvent être plus faible avec les PGM Bt, qui ont un niveau de lignine (fibres végétales non digestibles par les ruminants) plus élevé que les variétés non-OGM. Le transgène stimule une production endogène particulière, utilisant ainsi une partie de l’énergie de la plante pour cette production au détriment probable de ses fonctions naturelles et donc du rendement (revues de Ceballos, 2005, 2006). - Diversification de la production et débouchés ? Cela peut varier selon le contexte d’utilisation des PGM. Concernant la pertinence des essais en plein champ et l’activité économique importante de la Région Auvergne dans ce domaine, il faut s’interroger sur les limites à poser aux essais en plein champ. Il y a beaucoup d’inconnues. Selon, M. Chilliard, il faut continuer les recherches sur les OGM en biologie fondamentale, médicale…, en milieu confiné essentiellement. Pour le passage à l’expérimentation en plein champ, faut-il restreindre les essais à des domaines que l’on ne peut pas traiter en milieu confiné, et prendre des mesures suffisantes d’isolement, par principe de précaution, comme le préconisent certains ? Une approche multidisciplinaire et systémique est nécessaire. Faut-il interdire les essais en plein champ pour les plantes à insecticides ou à herbicides, car ces PGM ne relèveraient pas de l’agriculture durable ? De même, faut-il éviter les essais qui ne visent qu’à faire breveter une nouvelle variété en croisant une PGM brevetée (mais partiellement évaluée) avec des hybrides existant déjà au catalogue des semences. 13 14 - Source : M. Chilliard, Docteur ès-Sciences Naturelles, Directeur de Recherches à l’INRA de Theix. - Source : Vernet E, 2006, L’Ecologiste, 7 (1), 18-20 26 On peut imaginer des variétés qui pourraient apporter des éléments positifs (résistance à la sécheresse, valeur nutritionnelle…). Il ne faut surtout pas oublier les stratégies alternatives qui peuvent être tout aussi efficaces et répondre au but recherché, sans passer par des PGM (à titre d’exemple, choix d’espèces résistant à la sécheresse). Pour répondre à ces questions, la recherche publique semble être une réponse aux craintes des citoyens. Pour cela, les financements doivent être abondés par les Pouvoirs Publics afin de garantir l’indépendance des chercheurs et l’objectivité de leur expertise. La recherche publique est un gage d’éthique. B – Les enjeux de l’agro-alimentaire en Auvergne 1 - Le Groupe Limagrain15 C’est le principal acteur de l’industrie agroalimentaire en Auvergne. Créateur et producteur de variétés végétales, groupe coopératif indépendant, Limagrain commercialise des semences destinées aux agriculteurs, aux maraîchers et aux jardiniers amateurs. Le Groupe prolonge et valorise ce savoir-faire sur le marché des ingrédients, du pain et des produits de jardin. Un ensemble de compétences original qui s'exprime au travers de marques prestigieuses et internationales. Ainsi, dans le domaine des semences de grandes cultures, le Groupe est leader européen en matière de semences de maïs et de blé. Pour ce qui est des semences potagères et des produits de jardin, il est leader mondial. Avec les pains Jacquet, Limagrain est le deuxième boulanger industriel français. Sa vocation est d’offrir une alternative, issue du monde agricole, face au risque de monopole dans les semences. Pour cela, Limagrain s’est engagé dans l’innovation pour répondre aux besoins d’amélioration des plantes et des productions végétales. En effet, il faut produire plus pour répondre à tous les besoins et pour assurer la sécurité alimentaire de l’Europe. Pour cela, produire mieux (sécurité sanitaire, qualités demandées, coûts de production) et réconcilier agriculture et environnement (préservation des ressources naturelles) semblent des enjeux incontournables. Les biotechnologies végétales sont les outils nécessaires pour y répondre. L’industrie agroalimentaire ne peut innover sans avoir recours à un moment ou à un autre à des essais en plein champ. Avant d’arriver à ce stade, il y a eu des évaluations successives au cas par cas. Entre les premières expériences en laboratoire et l’autorisation de mise sur le marché, il s’écoule plus de dix ans. Il faut savoir que tout projet utilisant de la transgénèse est déclaré dès le laboratoire. Le laboratoire, puis la serre permettent de vérifier les hypothèses de fonctionnement attendues. Mais, la serre ne permet pas d’évaluer les performances des plantes de grande culture. Pour les évaluer, il est nécessaire de réaliser des essais au champ. - Source : audition de Monsieur Jean-Claude GUILLON, Directeur Stratégie et Communication du Groupe Limagrain, www.limagrain.com, www.cereales-vallee.org. 15 27 Ces essais ne sont implantés qu’après autorisation officielle. De plus, les équipes de recherche ont besoin d’être à proximité de lieux d’essais au champ. Renoncer à réaliser des essais au champ, c’est renoncer à mener la recherche à son terme. De nombreuses entreprises ont déjà délocalisé leurs recherches de production de connaissances. Coopérative agricole, Limagrain n’entend pas renoncer à faire des essais au champ en Auvergne et en France car il souhaite continuer à faire de la recherche sur son territoire. Pour Limagrain, la transgénèse est en premier lieu l’outil de base de la génomique végétale. La génomique végétale consiste à analyser le génome des plantes pour repérer les gènes présents sur les différents chromosomes et identifier leur fonction. Pour identifier la fonction d’un gène, il faut soit l’inactiver, soit l’ajouter et observer ce qui se passe. Pour cela, les chercheurs utilisent la transgénèse comme outil. Lorsque la recherche en génomique a permis d’identifier chez une plante un gène réalisant une fonction de grand intérêt, deux situations distinctes se présentent : - soit le gène est présent dans l’espèce cultivée que l’on souhaite améliorer et dans ce cas, le sélectionneur va poursuivre ses travaux de manière conventionnelle. Il utilisera la « sélection assistée par marquage » (SAM) pour suivre ce gène dans la descendance, améliorant considérablement la précision de ses travaux. Les variétés issues de ces recherches seront conventionnelles. - soit il est absent de l’espèce cultivée et le sélectionneur se posera la question de l’introduire et dans ce cas la recherche pourra déboucher sur des variétés commerciales transgéniques (OGM). La transgénèse est principalement un outil de recherche. Ne pas l’utiliser conduirait d’abord à se priver des outils d’amélioration des techniques conventionnelles. Pour Limagrain, les OGM sont l’une des réponses possibles dans le cadre des enjeux agricoles européens car : - L’agriculture européenne doit produire plus pour nourrir à moindre coût une population mondiale en forte croissance. - Elle doit se poser en alternative face au quasi monopole américain et contribuer à la régulation de l’agriculture mondiale. - Le développement d’une agriculture durable doit contribuer au respect de l’environnement et à la santé des consommateurs. Le groupe est fortement impliqué dans cette démarche responsable. Le développement des OGM en Europe permet de répondre aux problématiques évoquées. Le génie génétique permettrait, notamment, de mettre au point des cultures plus résistantes aux insectes, aux maladies, aux conditions extrêmes, et qui nécessiteraient donc moins de produits chimiques polluants, et une moindre alimentation en eau. Les OGM ne présenteraient, de plus, aucun risque particulier pour la santé et dans certains cas amélioreraient même la sécurité sanitaire des aliments voire leur qualité nutritive. 28 Le principe de précaution est pleinement appliqué aux OGM. En effet, le processus d’homologation est transparent. Ainsi, l’Union Européenne est très prudente eu égard aux autorisations qu’elle délivre. La Directive 2001/18 prévoit un dispositif d’évaluation des risques extrêmement complet de sorte que toute culture autorisée ne présente aucun risque, ni pour la santé, ni pour l’environnement. On raisonne en général sur un cycle d’expérimentation des OGM sur 15 ans. Une période d’étude moyenne d’environ 5 ans existe avant l’expérimentation de plein champ. Il a pu arriver que des expérimentations ne soient pas concluantes. Le bon fonctionnement du système a fait qu’elles ont été abandonnées. De plus, les essais au champ sont rigoureusement encadrés par un dispositif réglementaire conséquent (cf supra). En outre, une étude menée par l’Union Européenne de 1958 à 2001 conclut à l’absence de risques particuliers des OGM pour la santé. Elle a mobilisé 400 laboratoires de recherche. De nombreuses études sont menées sur les produits avant commercialisation et après commercialisation. On ne peut donc pas dire que les PGM mises sur le marché, en Europe, n’ont pas été étudiées à plusieurs reprises. Limagrain attend de la future Loi sur les OGM en cours de débat au Parlement français (transcription de la Directive 2001/18) qu’elle donne davantage de visibilité aux chercheurs d’une part, aux agriculteurs et aux industries agro alimentaires d’autre part. L’enjeu est la mise en place d’un cadre réglementaire permettant : - de réaliser des recherches en France, en toute sérénité, sans conduire à des coûts excessifs par rapport aux autres pays - d’organiser la coexistence des cultures sur des bases économiquement réalistes. Il s’agit de trouver le bon équilibre pour que chacune des filières (conventionnelle, OGM et biologique) puisse exister. Limagrain, précise que l’organisation de filières tracées n’est pas récente en Auvergne. Les filières « maïs semence », « maïs semoulier » et « blé meunier » (cette dernière organisée avec Domagri et les coopératives de l’Allier) en sont l’illustration. Elles montrent que, l’économie de ces filières de qualité restant fragile, il faut veiller à ce que les cahiers des charges n’imposent pas de contraintes excessives. Pour Limagrain, les freins au développement des OGM sont nombreux et leurs conséquences peuvent être importantes. Les freins sont les suivants : La prudence européenne ; - Le manque de soutien des autorités nationales et locales : réaction aux fauchages sauvages de parcelles OGM, financements des projets de recherche ; - La manipulation de l’opinion publique. La peur, trop souvent véhiculée par les médias, n’est pas bonne conseillère. Trop de contre-vérités sont publiées, avec des déclarations d’opposants, publiées sans vérifications. 29 Les risques engendrés pour l’économie régionale en particulier : - La perte de compétitivité et de réactivité de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire nationale et européenne ; - La délocalisation à moyen terme des industries de première transformation avec perte d’emploi et de savoir-faire. 2 - Le pôle de compétitivité « Innovation dans les céréales »16 Il traduit la reconnaissance d’un savoir-faire auvergnat, lié à la recherche publique (INRA, CRNH…), mais aussi aux partenariats qui ont pu se développer avec Limagrain. C’est aussi un choix stratégique pour le développement durable de l’agro-industrie en Auvergne. Cela devra permettre d’améliorer les plantes en fonction des besoins et d’organiser les filières de production et d’avoir un poids suffisant face aux géants mondiaux. Les thématiques du pôle sont les suivantes : - L'amélioration génétique de la performance des variétés végétales sur la base de l'utilisation de nouveaux outils de caractérisation (séquençage, marquage et transgénèse) et d'exploration des génomes (identification de gènes et de leurs fonctions ; utilisation des ressources génétiques). - La sécurité sanitaire des aliments, en particulier par la résistance des variétés aux maladies provoquées par les champignons et la compréhension des mécanismes contrôlant le développement du parasite et la toxicogénèse) - De nouvelles qualités fonctionnelles des farines pour des usages aussi bien dans le domaine de l'alimentation (humaine et animale) que celui des transformations de matières premières renouvelables destinées aux industries non alimentaires. - Le génie des procédés et l'influence du fractionnement et des traitements, physiques et chimiques, des farines sur leurs propriétés fonctionnelles. - L'utilisation du végétal comme usine de synthèse de molécules à usages thérapeutiques et industriels. Les retombées attendues sont : - Renforcement de la compétitivité de la création variétale française, tant dans le domaine des « niches de marché » qui intéressent l’Auvergne que des « produits de masse » qui concernent l’Europe. - Renforcement des savoir-faire, du rayonnement international et de l’attractivité de l’Auvergne dans l’innovation sur les céréales, notamment sur les ressources génétiques. - Investissements agro-industriels structurants, créateurs d’activités agricoles et industrielles et créateurs d’emplois, en Auvergne. Les biotechnologies tiennent une place importante dans la viabilité de ce pôle. S’il est vrai que l’information sur les aspects positifs des OGM n’a pas été faite correctement, la destruction des cultures OGM de plein champ destinées à la 16 - Source : audition de Monsieur Grégoire BERTHE, Directeur Délégué au pôle de compétitivité « Innovation dans les céréales », www.cereales-vallee.org. 30 recherche pose la question de savoir si on veut garder de la recherche dans ce domaine en France et en particulier en Auvergne, qui dispose de laboratoires compétents et reconnus dans ce secteur. Si la recherche ne se fait pas en France, elle se fera ailleurs. Les récents évènements amènent certaines entreprises innovantes à étudier l’hypothèse d’un départ de notre région. Ce pôle est extrêmement important pour l’Auvergne. Il permettra : La création d’emplois, de start up, - Le renforcement de filières dans l’enseignement supérieur, la création de Master et de formations spécifiques. C – Les interrogations de citoyens Les citoyens comme les politiques s’interrogent sur la pertinence des essais OGM. Il est à noter qu’un certain nombre de régions européennes se sont regroupées au sein de la convention de Florence manifestant ainsi leur refus de cultures OGM sur leurs territoires. 1 - La FRANE17 La FRANE pense que la technique relative aux OGM est relativement inutile dans la mesure où il existe d’autres techniques, agronomiques ou médicales, pouvant apporter les mêmes résultats. Certaines de ces techniques sont de surcroît moins chères et mieux maîtrisées. A propos des procédés agricoles, la FRANE souhaite que les différentes techniques existantes pour gérer les cultures soient mises en œuvre avant de chercher à recourir aux OGM. D’une manière générale, elle aimerait que les voies de recherche plus classiques ne soient pas écartées. Dans le domaine alimentaire, les OGM peuvent représenter des dangers et apporter peu de bénéfice. Pour autant, en matière d’OGM à but thérapeutique, la FRANE est moins hostile à condition que les recherches et les productions se fassent dans un environnement confiné, c’est-à-dire contrôlé et contrôlable. Quel qu’en soit leur but, avant de passer à la culture de plein champ, il est impératif de poursuivre encore les recherches afin d’avoir un recul suffisant et connaître les conséquences potentielles pour la santé et l’environnement. Il est d’ailleurs regrettable que les financements privilégient plutôt les biotechnologies au détriment d’autres techniques moins risquées et tout aussi efficaces. L’utilisation d’OGM, en dehors des milieux confinés, pose des questions environnementales, sanitaires, sociales, économiques et éthiques. D’un point de vue environnemental, le recours aux OGM encourage l’artificialisation de l’agriculture. Les OGM résistant aux pesticides et aux herbicides permettent l’utilisation accrue de produits phytosanitaires, sur des périodes plus longues et en quantités plus importantes, et ont donc des conséquences sur la qualité des nappes 17 - Source : auditions de M. DULPHY, Administrateur de la FRANE, accompagné de Mme Mallory MESNIER. 31 phréatiques… ; le recours à ces nouvelles techniques ne fait qu’accroître les problèmes qu’ils sont censés diminuer. Ceci est d’autant plus contestable, que les firmes qui les développent sont des firmes qui vendent à la fois la semence OGM et le traitement qui peut lui être associé. De plus, il existe des risques de transferts de gènes vers des plantes sauvages qui pourraient alors devenir résistantes aux herbicides utilisés pour les combattre. Une étude anglaise récente a mis en évidence ce phénomène de transfert de résistance entre un colza transgénique et une moutarde sauvage. Le transfert de gènes peut aussi mettre en péril des filières de qualité, telles que l’Agriculture Biologique, qui ne tolèrent pas d’OGM dans leurs productions. Outre ces risques, on peut craindre le comportement invasif des plantes OGM ou le développement de cas d’allergies à des molécules synthétisées par des plants OGM. En effet, une plante OGM résistante aux pesticides peut accumuler une quantité importante de molécule active susceptible d’être ingérée par l’homme et d’induire des désordres métaboliques. D’un point de vue socio-économique et éthique, se pose la question de la brevetabilité du vivant. Cela représente une manne financière importante pour les firmes propriétaires de ces brevets, car il est interdit de ressemer les graines de plants OGM. Dans des cas extrêmes, on a vu MONSANTO, grande firme américaine, faire des procès aux agriculteurs qui avaient vu leurs cultures contaminées par les OGM, au motif d’une utilisation abusive de leur technologie. Au-delà, on peut s’interroger par exemple sur l’utilité de développer des plantes résistantes à la sécheresse dans la mesure où une politique de l’eau adaptée peut déjà apporter un bon nombre de réponses. Cette question est d’autant plus importante que les plantes OGM ainsi développées ne le sont pas pour nourrir les populations dans le besoin puisque le coût de ces plantes reste important et à renouveler chaque année. Si on part de l’idée que l’on ne peut pas condamner les OGM car ce même raisonnement tenu sur les antibiotiques ou les pesticides auraient empêchés des progrès importants, il est alors admis que ce n’est pas le produit qui est mauvais, mais son utilisation. Ainsi, l’utilisation trop systématique d’antibiotiques a entraîné le développement de résistance chez les microbes. Les mêmes effets ont pu être constatés dans l’utilisation de pesticides. Rien ne dit que des abus ne vont pas se développer en ce qui concerne les OGM. Une question qui peut se poser est la pertinence de refuser d’exploiter ces avancées par rapport à d’autres pays qui ne se posent pas ce genre de frein. En fait, il faut utiliser cette technique dans un sens utile à la planète. Par exemple, dans le domaine de la santé, et sous certaines conditions d’exploitation, cela peut être utile. Les problèmes soulevés sont liés à leur utilisation dans l’agriculture qui connaît déjà des problèmes environnementaux, de biodiversité… Il est admis que quelles que soient les précautions prises, les risques de contaminations existent lors des cultures en plein champ et ne peuvent être totalement contrôlés. La FRANE demande donc la poursuite des recherches en 32 espace confiné afin de pouvoir déterminer les risques environnementaux et sanitaires liés aux OGM, ainsi que l’interdiction des cultures en plein champ. Cette association n’est pas strictement opposée aux OGM si certaines conditions sont remplies et que les dangers sont écartés. On dit souvent que les OGM permettront de répondre à la faim dans le monde. Mais nourrir les populations est un problème insoluble dans la mesure où les surfaces cultivables diminuent au profit de l’accroissement des villes, et que l’effet de serre qui se développe va bouleverser toutes les prévisions de production, probablement plus à la baisse qu’à la hausse. La FRANE ne veut pas que l’on s’interdise totalement l’utilisation des OGM s’ils permettent à l’avenir de résoudre des problèmes pertinents pour l’humanité. Mais, ils doivent être employés seulement s’il n’existe pas d’autres solutions. Par exemple, on peut sans doute créer des plantes résistantes à la sécheresse par la sélection classique. Pour lutter contre les ravageurs, il n’y a pas que les pesticides ou les OGM. Il est souvent plus utile d’agir en prévention plutôt que de tenter de résoudre des problèmes par l’intermédiaire des biotechnologies. 2 - Le collectif OGM 6318 Les opposants aux OGM auraient souhaité que la société civile soit consultée sur les évolutions qu’engendrent les Plantes Génétiquement Modifiées. Pour le collectif, les agriculteurs ont le droit de donner leur avis sur les implications liées à ces nouveaux produits. La question du positionnement sur l’avenir de l’agriculture en Limagne n’a pas été posée. En terme de recherche, l’élément fondamental est la connaissance du génome. Cela demande du temps et doit avoir lieu en laboratoire. Le collectif OGM 63 ne s'oppose pas à la recherche fondamentale sur le génome et regrette que le financement de la recherche publique indépendante fasse défaut. Mais les firmes ont produit des plantes génétiquement modifiées (PGM). On a offert principalement des plantes résistantes à un herbicide ou produisant un insecticide. La question est de savoir si les agriculteurs en ont réellement besoin. De plus, plusieurs études démontrent que l’on utilise davantage de produits phytosanitaires. Il existe des études contradictoires (Kastler et Céballos). Par exemple, une plante fabriquent un insecticide actif sur tous les insectes. Mais encore une fois est-ce nécessaire ? Finalement, ces plantes ne sont peut-être pas aussi indispensables que l’on semble le croire. Ce qui est dérangeant c’est que l’on ne répond pas à un besoin exprimé. Il faut refaire de l’agronomie et privilégier la lutte intégrée, c’est-à-dire choisir des variétés adaptées au territoire, travailler sur la rotation des cultures, l’assolement et utiliser les insecticides en tout dernier recours. Le Collectif pense que c’est à la recherche publique de proposer des solutions agronomiques et que l'industrialisation de l'agriculture crée plus de problèmes qu'elle n'en résout. 18 - Source : audition Mme Chantal GASCUEL, membre du collectif OGM 63. 33 De plus, le recours aux PGM est plus onéreux et la responsabilité des problèmes liés aux OGM n’est pas définie. Il existe des vides juridiques sur le processus en termes de responsabilité, de brevetabilité du vivant, de droit sur les semences. La coexitence entre les PGM et les systèmes culturaux existants est impossible, ce qui signifie la disparition de l'agriculture de qualité : AOC, label, agriculture biologique, ... Il faut être méfiant par rapport à un sujet aussi important et prendre le temps d’étudier toutes les contributions indépendantes économiques, sociales, environnementales… 3 - Les agriculteurs biologiques19 L’agriculture biologique interdit toute utilisation de produit chimique. Contrairement à une idée reçue, l’agriculture biologique n’est pas incompatible avec l’utilisation de grandes surfaces. Seule une agriculture sur des territoires très grands peut « justifier » l’utilisation d’OGM. En Auvergne, on met en avant une qualité qui est liée à l’utilisation des surfaces de taille plutôt réduite. Le territoire auvergnat étant encore préservé, il ne doit pas « accueillir » d’essais ou de cultures OGM. En agriculture biologique, l’environnement a un réel impact : qualité de l’eau et de sols par exemple. De plus, le cahier des charge relatif à l’agriculture biologique interdit le recours aux OGM en plus des autres conditions à respecter. Or, il existe des contaminations à leur insu qui empêchent le respect du cahier des charges. Il faut savoir que les compagnies d’assurance n’assurent pas les cultures biologiques contre le risque de pollutions diffuses. En agriculture biologique, un tiers des exploitations sont en vente directe (confiance du consommateur). Il s’agit d’un circuit court qui rend les relations importantes avec les clients. Cela concerne également les cultures sous label qui risquent de pâtir d’une proximité géographique avec les cultures OGM. La France est très en retard en matière d’agriculture biologique. Elle n’a pas soutenu ce secteur comme d’autres pays ont pu le faire. Ainsi, on importe 50 à 60 % des produits bio consommés en France. De plus, la France est le troisième pays utilisateur de pesticides au monde. 19 - Source : audition de M. Jean-Michel CELLIER, Président régional de l’association Auvergne Bio. 34 D – La Mission d’Information Parlementaire sur « les enjeux des essais et de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés »20 Le travail fourni par la mission a nécessité six mois de travail, une centaine d’auditions, des tables rondes, des déplacements à l’étranger… Le rapport a été validé par la majorité des membres de la commission. La grande majorité des scientifiques rencontrés par la Mission et interrogés sur l’impact des OGM sur la santé et l’environnement était en accord avec cette démarche. En ce qui concerne la santé, dans l’état actuel de la recherche, on ne peut pas affirmer l’existence d’un risque que ce soit pour la consommation humaine (disparition des gènes pendant la digestion) ou animale (pas de trace dans la viande). Les préconisations du rapport ne doivent pas faire oublier qu’aucun des aliments actuels n’a fait l’objet d’autant d’études et d’évaluations sanitaires que les OGM. De sorte que si le risque zéro n’existe pas, pas plus pour les OGM que pour n’importe quel domaine, on peut dire, sans risquer de se tromper, que les aliments transgéniques ne sont certainement pas plus dangereux que les autres. Surtout, les OGM suscitent de nombreux espoirs. Il faut l’expliquer à l’opinion publique et encourager les recherches qui pourront le prouver. Les OGM peuvent, en effet, être facteurs d’amélioration de la qualité sanitaire et nutritionnelle des aliments. En matière médicale, ils sont devenus absolument indispensables, notamment à travers l’usage de micro-organismes transgéniques pour synthétiser certaines molécules ou par les espoirs qu’ils suscitent en matière de transplantations d’organes, de vaccins ou de produits anti-cancéreux. En ce qui concerne l’environnement, on rencontre plutôt des approches dramatisant les conséquences alors que cela ne correspond pas à la réalité. Il faut retenir une approche de la dissémination selon les espèces. En effet, les risques de contamination d’autres plantes ne sont avérées que lorsqu’il y a présence d’espèces voisines de la PGM. Par exemple, le risque existe pour le colza tandis que pour le maïs le risque est quasi-inexistant. Il faut prendre les décisions au cas par cas et mettre en adéquation le bénéfice et le risque couru. Ainsi, la Mission d’information Parlementaire en a déduit la nécessité de développer la recherche et de continuer la recherche en plein champ : la recherche peut être purement théorique (modélisation) ou bien réalisée en laboratoire. Le rapport rappelle que l’ensemble des interlocuteurs a estimé que les essais au champ sont une étape indispensable pour la recherche et l’évaluation des risques. D’abord parce que le coût de la réalisation de grandes serres est totalement prohibitif mais surtout parce que le milieu confiné, même le plus perfectionné, ne peut pas reproduire le milieu naturel dans des conditions satisfaisantes. Sur ce point, un consensus s’est dégagé au sein de la mission en faveur du recours aux essais au champ, sous réserve toutefois de soumettre les autorisations à des conditions plus strictes qu’elles ne le sont actuellement. - Sources : Audition de Monsieur André CHASSAIGNE, Député-Maire et Secrétaire de La Mission d’Information Parlementaire sur « les enjeux des essais et de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés », rapport de la Mission pré-citée, http://cmenard.com/article.php?art=233. 20 35 Les PGM présentent des bénéfices probables pour l’environnement, qu’il s’agisse de la réduction de l’utilisation des herbicides et fongicides, de l’amélioration de la gestion de la ressource en eau ou de certaines applications industrielles, comme par exemple les biocarburants ou la fabrication de sacs d’emballage biodégradables à partir de plantes transgéniques. En outre, le rapport constate que les enjeux économiques liés aux OGM sont considérables et estime qu’il faut en tenir compte, sauf à faire preuve d’une véritable imprévoyance. La grande question est notamment de savoir si la France du XXIème siècle peut se passer des OGM et laisser d’autres Etats comme l’Espagne, les EtatsUnis, la Chine, le Brésil, l’Argentine, l’Afrique du Sud, l’Inde, et bien d’autres, s’octroyer un monopole et détenir tout un pan de l’agriculture mondiale. Mais le rôle des OGM dans la compétitivité de l’économie française et européenne concerne, avant tout, le secteur de la recherche où les biotechnologies tiennent une place de plus en plus importante. S’il faut soutenir la recherche publique, notamment à travers la création proposée d’un centre européen multidisciplinaire sur les OGM, la mission estime également nécessaire d’encadrer strictement les partenariats publics/privés pour assurer l’indépendance des chercheurs et la transparence des financements. Le soutien de la recherche est notamment essentiel pour répondre aux interrogations qui demeurent sur les effets sanitaires et environnementaux des OGM mais, plus globalement, il s’agit de prendre toute la mesure du principe de précaution que l’on vient d’introduire dans la Constitution française en permettant de s’entourer de toutes les garanties scientifiques qu’impose l’introduction indispensable de nouvelles technologies pouvant parfois se révéler problématiques. Ainsi, la notion de principe de précaution, apparue en droit international dans les années 1980, a été introduite en droit interne par la loi du 2 février 1995 relative au renforcement de la protection de l’environnement. L’article L. 110-1 du code de l'environnement, qui en est issu, dispose ainsi que, conformément à ce principe, « l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable ». La Charte de l’environnement, à laquelle le préambule de la Constitution fait référence depuis la révision constitutionnelle du 28 février 2005, consacre le principe de précaution dans son article 5, qui dispose que « lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage »21. L’enjeu est également important pour notre agriculture qui est confrontée au développement inexorable du recours aux PGM, à la fois en Amérique du Nord et 21 - Source : Mission d’Information sur « les enjeux des essais et de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés », p. 129. 36 dans les pays du Sud où les OGM sont un facteur de développement considérable, même s’il n’est pas suffisant. Concernant l’information sur les OGM et leur place dans la société, il y a eu beaucoup de discussion sur le seuil de 0,9 % comme taux de présence fortuite dans les semences. Ce seuil pose un problème pour la production bio. Ainsi, se pose la question des conditions de co-existence entre les différents types de cultures. On risque de voir ce seuil augmenter. Cela signifie que l’agriculture biologique admette dans sa culture un tel seuil. De plus, La mission estime indispensable de faire un effort d’explication et de transparence face à une opinion globalement méfiante, voire hostile, après les diverses crises sanitaires qui ont frappé l’Europe depuis quelques années. En effet, les auditions ont confirmé que le public est mal informé à cause du prisme déformant de certains médias qui ont souvent diabolisé les OGM mais aussi, comme ils le reconnaissent eux-mêmes, à cause des scientifiques qui ont du mal à communiquer. La mission constate également que l’implication de l’administration a été trop tardive et reste incomplète. C’est d’autant plus regrettable qu’il a été prouvé, notamment à l’occasion de la première Conférence des citoyens organisée en 1998, à l’initiative de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, que les publics se montrent beaucoup plus ouverts que ne le laissent entendre les sondages, lorsqu’on les informe et que l’on répond objectivement à leurs interrogations. À titre de conclusion, le rapport présente 60 propositions (annexe 5) dont l’orientation générale est de mieux encadrer les essais et l’utilisation d’OGM, en reconnaissant à la fois leur intérêt mais aussi les doutes qu’ils peuvent légitimement inspirer. Il s’agit de réduire les incertitudes et de dissiper les malentendus afin d’atténuer l’inquiétude des citoyens : en encourageant la recherche et l’innovation, en développant l’expérimentation dans un cadre rigoureux, en fixant des règles de coexistence des cultures, en clarifiant les procédures d’autorisation et de suivi, en associant la population et en assurant la transparence, - et en prévenant les risques environnementaux par une surveillance et des pratiques culturales adaptées. 37 IV – QUEL AVENIR ? À la suite des différents éléments et opinions qui ont été fournis aux membres de la commission n° 2, le CESR s’interroge sur un certain nombre de points, questionnements qu’il veut soumettre à l’attention du lecteur. Il lui semble, en effet, que le débat actuel sur les OGM devrait porter sur les thèmes suivants. 1. Sur le développement agricole, deux questions sont posées : D’une part, et c’est une des inquiétudes qui est apparu au cours des auditions, il s’agit de savoir dans quelle mesure les divers types d’agriculture peuvent co-exister. En effet, à la co-existence traditionnelle entre agriculture conventionnelle et agriculture biologique, s’ajoute la co-existence avec l’agriculture OGM. L’agriculture de notre région répond à une notion de production, mais également d’entretien du territoire et de vitalité de l’espace rural. À ce titre, les OGM sont-ils un handicap ou une opportunité ? Nous ne pouvons y répondre aujourd’hui. C’est un véritable défi pour l’ensemble des agriculteurs que de trouver les moyens de partager efficacement et harmonieusement le territoire agricole. Néanmoins, à la différence de ceux pour qui seul le produit est la finalité, la culture européenne intègre également les notions d’occupation de l’espace et d’entretien du territoire. Cela explique sans doute les différences d’approche vis-à-vis des OGM. Pour autant, peut-on renoncer à la recherche qui se développe dans notre région ? Peut-on réfléchir de manière sereine à sa présence sur notre territoire ? Un grand groupe semencier peut-il appréhender un développement en dehors des OGM, ou doit-il se délocaliser dans d’autres territoires plus accueillants à l’égard des OGM ? Le CESR estime que les réponses à ces questions sont majeures pour les agriculteurs et les salariés de notre région. D’autre part, au-delà d’un débat régional, se pose la question de la capacité de l’agriculture conventionnelle à nourrir la population. En outre, cette question se conjugue à celle de l’autosuffisance alimentaire, notamment avec l’envolée actuelle des prix du pétrole qui conduit à s’intéresser aux biocarburants comme source possible d’énergie. Ainsi, un arbitrage pourrait être nécessaire par rapport aux différentes utilisations des productions agricoles végétales. Les OGM sont-ils la solution ? 2. La question de la brevetabilité du vivant est déterminante dans le débat actuel. C’est un enjeu à la fois économique et sociétal. Le risque est grand de voir se développer des monopoles en particulier dans les semences. Le développement précédent sur la définition du Certificat d’Obtention Végétale et du Brevet en montre toute l’importance. Il s’agit de conserver une présence européenne face aux géants américains en particulier. D’un point de vue éthique, il est choquant de voir des gènes brevetés, alors qu’il n’y a aucune innovation dans leur découverte. Sur ce sujet, une convergence des points de vue recueillis existe. La société doit s’emparer de cette question qui peut avoir des conséquences sur la réflexion développée par le CESR. 38 3. Il semblerait que l’utilisation des OGM à but thérapeutique en milieu confiné fasse l’objet d’un plus large consensus, contrairement à d’autres pays comme les ÉtatsUnis. Cette position paraît paradoxale au vu des résultats de diverses enquêtes d’opinions concernant les craintes quant aux conséquences de l’utilisation des OGM sur la santé. Le travail des chercheurs ne doit-il pas alors nous éclairer sur ces risques ? 4. La perception de la recherche par l’opinion est un élément fort du débat qui agite notre société. De tout temps, l’homme a modifié les espèces qui l’entouraient pour en tirer le meilleur parti. Il faut s’interroger sur les moyens dont dispose la recherche publique pour mener à bien ses expériences. Comme le montre le rapport de la mission parlementaire, les partenariats publics/privés doivent donner lieu à des accords définis strictement. La recherche fondamentale doit pouvoir se développer en toute indépendance et sa mise en œuvre doit se faire avec des cahiers des charges la garantissant. C’est sans doute une crainte des citoyens que révèlent les débats actuels, s’agissant de la réelle impartialité du chercheur. Les scientifiques auraient alors un rôle central dans le débat public. Les compétences et la qualité de l’expertise doivent pour cela être conservées. 5. Le CESR souhaite enfin mettre en exergue la traçabilité. Elle doit faire l’objet d’un large débat afin de trouver des réponses aux attentes des citoyens en la matière, mais aussi des utilisateurs et transformateurs de matières premières agricoles. De plus, cela permettrait également de pouvoir faire des études épidémiologiques tant demandées par les opposants, mais aussi par les citoyens en général. En effet, beaucoup d’informations contradictoires sont diffusées sur la question des OGM ; les citoyens ne savent pas à qui faire confiance, d’autant que des expériences antérieures les ont amenés à douter de la sincérité des uns et des autres. La traçabilité pourra-t-elle participer à apaiser le débat ? 39 PAGE BLANCHE DEUXIÈME PARTIE DÉBAT SUR LES OGM Il est reproduit ci-après le débat qui a suivi la présentation de la note d’information. 41 M. LE PRÉSIDENT : Chers amis, nous allons maintenant ouvrir le débat. Il ne vous a pas échappé qu’il n’y a pas d’avis, autrement dit, il n’y aura pas de vote. Cela a un côté un peu frustrant peut-être pour nous. Il n’y aura pas de vote final du CESR. Il n’y a pas de vote parce que nous l’avons voulu et je crois que c’est important de le préciser, nous avons voulu ne pas tomber dans le piège, n’est-ce pas, de l’approche manichéenne des OGM, c’est-à-dire : les blancs, les noirs, les uns, les autres, les pours, les contres, etc. Je crois que cela ne nous ressemble pas et en plus, la société n’est pas faite des uns et des autres. La société est beaucoup plus plurielle que cela. À la place d’un avis, il y a des questions. Ce qui s’est substitué à notre projet d’avis, c’est une succession d’interrogations qui, probablement, à la Commission, sont apparues les questions les plus pertinentes. Le débat est donc ouvert et j’ai d’ores et déjà des demandes d’intervention. Je vais donc passer la parole à Monsieur Javion. M. JAVION : Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président du Conseil régional, Monsieur le Directeur régional de l’agriculture et de la forêt, Mesdames et Messieurs, chers collègues, la confédération générale des cadres remercie les rédacteurs de la note d’information, qui représente sans nul doute, un support intéressant pour engager une discussion, voire se forger un avis. Il est toutefois difficile sur un tel sujet, compte-tenu de la multiplicité des acteurs concernés, d’avoir une information réellement complète et objective. Nous avons bien pris acte, que compte-tenu de la diversité du sujet et de l’importance du secteur agricole dans l’économie régionale, la Commission a décidé de limiter la recherche d’information au règne végétal. Toutefois, nous pensons qu’il est nécessaire de mettre l’accent sur d’autres applications essentielles des biotechnologies modernes comme outils de laboratoire au service de la sélection classique, tels que le marquage moléculaire et la génomique : séquençage, identification de la fonctionnalité des gènes, par exemple. Par ailleurs, la culture des Organismes Génétiquement Modifiés crée une problématique internationale qu’il convient de prendre en compte dans ses différents aspects notamment les aspects économiques. Un examen critique de la situation internationale, nous semble utile, notamment pour l’actuel positionnement de l’Europe. Quelques réflexions par rapport à la jurisprudence, nous soulignerons que les Maires ne peuvent s’opposer à des décisions conformes aux législations communautaires et nationales qui, en particulier, prennent en compte le principe de précaution – c’est une obligation en France – et leurs arrêtés allant dans ce sens ont été constamment cassés ; quant aux tribunaux administratifs, à ce jour, ils sont face à une jurisprudence constante des Cours d’Appel en faveur du strict respect des autorisations administratives et réglementaires. Au niveau des incertitudes, nous avons noté que toutes les études qui ont conduit aux autorisations de mise en culture de plantes transgéniques résistantes aux insectes parasites ont conclu à l’absence de risque sur la santé et sur l’environnement. L’opinion selon laquelle des tests plus poussés sont encore nécessaires n’est pas partagée par l’ensemble du monde de la recherche. Il suffit de rappeler les avis positifs 42 rendus sur le sujet par des instances aussi compétentes et prestigieuses que l’Académie des Sciences, l’Académie d’Agriculture et l’Académie de Médecine. Pour ce qui concerne les intérêts potentiels et risques supposés pour les agriculteurs, peut-on encore dire que l’on a peu de recul pour juger puisqu’on dispose aujourd’hui de plus de dix ans d’expérience quant à la culture à l’échelle agricole des plantes transgéniques. Si près de cent millions d’hectares ont été ensemencés en Plantes Génétiquement Modifiées l’an dernier dans le Monde, c’est bien que les agriculteurs qui les ont cultivés y trouvent leur intérêt. Quant aux phénomènes de résistance aux herbicides et aux insecticides, ils sont connus des agrochimistes depuis très longtemps, puisqu’ils se manifestent également avec des plantes non-OGM. II existe, pour les contourner, des moyens agrotechniques qui sont d’ailleurs inscrits dans les guides de bonnes pratiques agricoles : alternance de produits, rotation des cultures, par exemple. Pour la culture du soja brésilien, le rendement n’a pas diminué, mais les variétés sur lesquelles on a pratiqué la transgénèse étaient moins performantes que les variétés conventionnelles. C’est un point à ne pas méconnaître, la transgénèse doit être pratiquée sur des variétés elles-mêmes reconnues parmi les meilleures – à quoi bon conférer un avantage agronomique à une variété de rendement inférieur à toutes les autres ? En ce qui concerne les essais en plein champ : l’opinion critique, sur ce point, du Directeur de Recherches de l’INRA de Theix/Clermont-Ferrand, aurait pu être confrontée à celle du Président de l’INRA d’Auvergne, qui est complètement contraire. Sur les essais en plein champ, un consensus s’est dégagé au sein de la Mission d’Information Parlementaire sur les enjeux des essais et de l’utilisation des OGM en faveur du recours aux essais au champ. Ce serait leur faire un bien mauvais procès d’intention que de considérer que nos élus seraient incapables d’une réflexion sérieuse débouchant sur un avis pertinent. Quelques réactions de la CGC par rapport aux interrogations des citoyens : On peut lire : ▪ ▪ ▪ « Dans le domaine alimentaire, les OGM peuvent représenter des dangers et apporter peu de bénéfice ». Cela reste bien entendu à démontrer scientifiquement. Plus ennuyeux, si cela est une affirmation, car elle est de nature à susciter des craintes qui sont considérées par beaucoup de scientifiques comme infondées. « Les OGM résistants aux pesticides et aux herbicides permettent l’utilisation accrue de produits phytosanitaires ». C’est l’effet inverse qui est recherché et effectivement obtenu, d’une part les observations le montrent et d’autre part, quand on connaît le prix des produits de protection des plantes, il tombe sous le sens que les agriculteurs s’efforcent d’en employer le moins possible ! « Il existe des risques de transfert vers les plantes sauvages ». C’est un phénomène botanique naturel bien connu des agronomes qui savent de longue date s’en prémunir par diverses techniques : distances d’isolement, décalages 43 ▪ ▪ de floraison, stérilité mâle, rotation des cultures, enfouissement, et bien d’autres encore. « Le transfert de gènes peut aussi mettre en péril des filières de qualité, telles que l’agriculture biologique ». Après de nombreuses expérimentations, les solutions de la coexistence entre les cultures sont connues et cette question a été tranchée par le Législateur. On peut lire « Rien ne dit que des abus ne vont pas se développer en ce qui concerne les OGM ». Rien ne dit non plus que les agriculteurs sont des citoyens irresponsables. Sur les conclusions de la note d’information, plus particulièrement sur le développement agricole, nous soulignerons la coexistence de différentes filières en agriculture. La question a été posée, elle continue d’être étudiée, elle a déjà reçu des éléments de réponse ; le meilleur exemple en est la production de semences en Limagne – notamment de maïs – qui est réalisée avec succès depuis des décennies et n’empêche en rien les cultures de consommation en maïs : pour le grain ou pour l’ensilage. Cela signifie que les agriculteurs détiennent le filières de production, entre autre savoir-faire, Rappelons enfin que, là aussi, le législateur est que des textes sont en cours d’élaboration. Il cadre juridique. savoir-faire de la coexistence des on l’oublie un peu trop souvent. au travail, à Paris et à Bruxelles et n’est pas question d’évoluer sans De plus, les professionnels ont beaucoup travaillé la traçabilité et ils savent la mettre en place, notamment dans l’agriculture et l’alimentation. On pourrait prendre pour exemple qu’il faut moins de sept minutes pour retrouver les origines précises des composants d’un pain de mie provenant de l’usine Jacquet à Saint Beauzire. « Peut-on renoncer à la recherche qui se développe dans notre région ? » Nous aurions aimé, à la CGC, dans ce début de XXIème siècle, qu’une telle question ne fut pas posée. Qu’on le veuille ou non, les progrès de l’humanité sont tous issus de l’innovation, même si celle-ci a parfois été victime de la réticence de certains. Qu’on le veuille ou non, nous sommes engagés dans une mondialisation irrésistible qui met toute société, fut-elle coopérative auvergnate, aux prises avec des géants multinationaux ayant d’autres logiques d’entreprise. La recherche, c’est la propriété industrielle et la propriété industrielle, c’est l’indépendance. Si l’on a un doute sur la réponse à la question posée, alors il faut non seulement délocaliser Limagrain, mais aussi détruire l’INRA de Clermont-Ferrand, le plus gros centre de France avec Crouël et Theix, raser les centres de recherches et de développement des grandes sociétés qui sont sur notre territoire auvergnat. Faisons nous-mêmes le décompte de ce que cela engendre en termes d’emplois et interrogeons-nous sur ce qui fait aujourd’hui la puissance de régions comme nos voisines Rhône-Alpes ou Midi-Pyrénées. Ces réflexions sont à mettre en relation avec les partenariats public/privé qui ont fait leurs preuves, à condition qu’ils soient bien structurés et tout le monde s’accorde à dire que les pôles de compétitivité lancés depuis peu en France sont un formidable enjeu national et régional ! 44 Le risque est grand de voir se développer les monopoles. Ce risque est déjà largement concrétisé si l’on examine la situation dans le Monde : une seule société américaine détient actuellement la quasi-totalité des transgènes commercialisés (MONSANTO) ; seulement deux transgènes sont en pratique utilisés aujourd’hui – résistance aux parasites et résistance aux herbicides – ; l’écrasante majorité des cultures de plantes transgéniques se situe sur un même continent : les Amériques. Alors que les OGM ont été créés en Europe – en Belgique en 1983 –, le Vieux Continent est en 2006 pratiquement exclu de la compétition internationale, avec des conséquences graves qui commencent à se manifester : ▪ ▪ Nos agriculteurs vont être durablement tributaires de propriétaires de brevets en situation de monopole ; Nos entreprises vont être obligées d’acheter des licences à l’étranger à des conditions léonines. Si l’on admet que le scénario dans l’Agriculture a toutes les chances de se reproduire dans deux autres secteurs cruciaux – la médecine et l’alimentation – on voit que certains de nos débats replacés dans le contexte international sont des disputes dont il convient de mesurer les conséquences. Merci Monsieur le Président. M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie Monsieur Javion. La parole est à Monsieur Claude Rue. M. RUE : Monsieur le Président, le groupe FO ne se prononcera pas sur le fond mais sur la forme. Le groupe FO considère que la complexité du problème évoqué et son actualité méritaient un éclairage. Ce document apporte des éléments intéressants et ce, grâce à l’audition de gens compétents et au travail de la Commission. Il nous semble que cette façon de faire est sage et non démagogique. Néanmoins le groupe FO se gardera bien d’émettre une opinion quelconque car ses représentants au CESR, malgré leur grande capacité, se sentent peu compétents en la matière. M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie Monsieur Rue, la parole est à Madame Bonnefoy. Mme BONNEFOY : Monsieur le Vice-Président, chers collègues, le débat d’aujourd’hui prend une importance particulière compte-tenu de la situation que nous connaissons dans la région, principalement dans le Puy-de-Dôme, avec la culture des OGM. Je n’ai pas l’intention de balayer toutes les problématiques exposées dans la note d’information, mais en discuter certaines qui, quant à nous, nous paraissent essentielles. Premier axe de réflexion : transgène, OGM, : des interrogations. Si le transfert de gènes naturels est un des principaux moteurs de vie, toute la question est de savoir si la domestication de ces mécanismes par l’homme se situe dans la continuité ou si la transgènèse introduit une rupture et par voie de conséquence, s’il y a risque biologique majeur ou non. Bien évidemment, nous ne trancherons pas dans ce débat. Ce que nous savons, c’est que le génie génétique est incontournable dans la compréhension des organismes vivants. 45 Ce que nous savons, ce sont les potentialités que recèlent les OGM, particulièrement les plantes génétiquement modifiées, que ce soit dans le domaine médical, celui des cultures ou de la nutrition pour les PGM dites de seconde génération. Des interrogations demeurent quant à l’impact des PGM herbicides ou insecticides pourtant les plus commercialisées, les PGM de première génération. Ces trop rapides considérations conduisent à souligner avec force la nécessité de développer les recherches, ce que tout le monde affirme et ceci sans exception. Encore faut-il être concret et formuler des exigences qui ont été au coeur du mouvement revendicatif des chercheurs, il y a un an et demi, à savoir : le développement des institutions publiques de recherches et celui de la recherche fondamentale, l’augmentation du budget, – le rapport du CES sur la mondialisation reprend la proposition d’un milliard d’euros tous les ans, pendant cinq ans, – la mobilisation de la recherche privée, mais aussi le développement des partenariats public/privé accompagnés d’un cahier des charges rigoureux garantissant l’indépendance de la recherche publique pour éviter que cette dernière ne soit pilotée que par des intérêts particuliers, enfin, l’augmentation du nombre de postes de chercheurs. De ce point de vue, il faut être clair, on ne peut claironner sur tous les tons, il faut développer les recherches et, dans le même temps, créer les conditions pour que, dans le domaine des biotechnologies végétales, des chercheurs, aujourd’hui, abandonnent leurs travaux tandis que les jeunes diplômés, voire les jeunes doctorants se détournent de ces disciplines à cause du climat ambiant. Étendre le domaine de l’expérimentation, multiplier les expertises posent naturellement la question de l’opportunité ou non des essais en plein champ qui cristallisent toutes les divergences, au nom des dangers éventuels, qui restent à démontrer, donc du principe de précaution. De ces derniers, nous pouvons faire deux lectures : ou bien on bloque tout, ou bien on procède aux essais après évaluation des risques. J’ai repris la formule du Président Becker, Président de l’INRA : « le risque étant différent du danger, ce dernier étant un risque avéré ». Dans ce cas, les essais en plein champ doivent être réalisés dans des conditions de réversibilité dûment vérifiées lors de la prise de décision. Par ailleurs, les diverses auditions que nous avons réalisées, ont mis en évidence l’encadrement juridique de la recherche avec la commission de génie génétique, les procédures déjà rigoureuses d’autorisation pour les essais en plein champ avec la commission de génie biomoléculaire, les contrôles effectués notamment par l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments. Ceci constitue déjà une base de garantie que d’ailleurs la mission parlementaire se propose de renforcer. Sur ces questions-là, le débat existe dans la CGT comme dans toute la société, c’est pourquoi nous n’avons pas encore arrêté de position. En ce qui me concerne et à titre personnel, je répète ce que j’ai dit devant la commission, à savoir la nécessité de soutenir les essais en plein champ et ceci pour trois raisons : 46 ▪ ▪ ▪ après de longues études en laboratoire, la plante doit être testée en milieu naturel où les interactions sont plus complexes et ne peuvent être analysées en milieu confiné, c’est un passage obligé pour répondre aux questions importantes concernant la sécurité, notamment en matière de santé et d’environnement, L’arrêt de ces essais signifierait pour l’avenir, l’aggravation de retard en matière de recherche publique et privée. On peut aussi s’interroger sur les conséquences concernant le pôle agroalimentaire, particulièrement actifs en Auvergne autour de Limagrain ainsi que sur les projets d’innovation dans les céréales, avec Céréales Vallée. Un millier de salariés, dont 120 chercheurs et 1200 agriculteurs sont concernés. On peut regretter que l’INRA ne possède que deux essais, l’un sur les peupliers et l’autre sur la vigne, obtenu pour ce dernier après sept ans de discussions, pour dix mètres carrés d’essais. Ce n’est pas à la hauteur des nécessités de la recherche publique. Au-delà des essais nécessaires à des fins de recherche, le développement éventuel des cultures OGM renvoie à des enjeux politiques, économiques et sociaux, à notre avis, déterminants. C’est le deuxième axe de réflexion. Le premier enjeu tourne autour de la question : quelle agriculture voulons-nous ? Nul n’ignore qu’il existe un terrain favorable du fait les politiques menées en France, en Europe et dans le monde, pour une généralisation de l’agriculture intensive poussant à la course à la rentabilité, à l’agrandissement, bref à la compétitivité et à ses dégâts humains bien connus dans d’autres secteurs. Malheureusement, la culture des OGM s’annonce comme le vecteur de cette conception là. Lors du colloque du 18 novembre, « agriculture et société », Monsieur Mazoyer, spécialiste de l’agriculture mondiale, démontrait, je cite : « pour les céréaliers disposant de 100 hectares par travailleur, la course aux 200, voire aux 400 est lancée ». Il affirme : « la course à la compétitivité est illusoire, les agricultures familiales et patrimoniales ont plus de chances d’être durables que l’agriculture industrielle à bas salaires ». De la même façon, le rapport du CES, « pour une mondialisation plus juste », préconise « la reconnaissance du caractère multifonctionnel de l’agriculture, garant d’une production à taille humaine et familiale, de la conservation et l’entretien des paysages, des équilibres des territoires ruraux ». C’est dire l’importance, pour nous, de soutenir les propositions qui tournent autour du maintien de tous les types de culture. Je pense particulièrement à la filière bio avec des règles strictes de coexistence, garantissant la biodiversité, répondant aux critères de l’agriculture durable qui doivent être définis. De même, nous devons soutenir tout ce qui tourne autour des exigences de transparence, de traçabilité et d’étiquetage. Deuxième enjeu : la mondialisation, avec la brevetabilité du vivant. En conférant un titre de propriété avec un droit exclusif de l’exploitation de l’invention brevetée, le brevet constitue une arme redoutable à la disposition des multinationales, comme Monsanto et d’autres. Elle ficelle les agriculteurs et ceci pour des générations car ils n’auront pas le droit de multiplier les semences quelle qu’en soit la variété. C’est la 47 base du monopole avec tous les risques : perte d’autonomie alimentaire, exode rural pour tous ceux qui, dans le monde, n’auront pas les moyens d’acheter les semences. À l’opposé, le certificat d’obtention végétale, s’il garantit le droit de propriété, en permet le libre accès et accorde aux agriculteurs le droit de multiplier les semences sans les revendre. Il est regrettable que la Communauté européenne ait ouvert une brèche sur la brevetabilité du vivant à laquelle nous devons nous opposer avec la plus grande vigueur. Au-delà des échanges économiques, c’est aussi une question d’éthique. Il y a urgence à ratifier la convention internationale sur la protection végétale, à modifier la directive européenne, à promouvoir un certificat d’obtention végétale au niveau international. L’OMC a joué un rôle important dans le brevetage du vivant. C’est en son sein qu’ont eu lieu les négociations sur la protection de la propriété intellectuelle. Breveter le vivant fait désormais partie des négociations commerciales. Cela renforce la nécessité, plus que jamais, d’insérer la dimension sociale et environnementale dans les accords commerciaux et la gouvernance mondiale. C’est ce que préconise le CES dans son rapport sur la mondialisation, c’est ce que la CGT a exprimé, que ce soit aux différents forums sociaux ou mondiaux auxquels elle a participé ou par ses déclarations à la veille du sommet de Cancun ou de Hong Kong ou encore par la voix de Bernard Thibault lors d’une intervention devant les élèves de sciences politiques sur le syndicalisme et les enjeux mondiaux. Troisième et dernier enjeu et ce sera ma conclusion : la démocratie. Nous savons que la question des OGM suscite un débat très difficile. Nos compatriotes sont coincés entre les théories du retour à la nature conçue comme le paradis perdu ou le soutien sans questionnements. Ils expriment légitimement des doutes d’autant que face à des grandes crises sanitaires comme le sang contaminé, l’ESB, les retombées de Tchernobyl et l’amiante, les pouvoirs publics ont fait preuve d’une incurie et d’une opacité légendaire. C’est ce qui provoque une grande méfiance vis-à-vis du monde scientifique qui, il est vrai, communique peu dans notre pays, sur ses travaux. Des exigences de clarification, d’information, de transparence font l’unanimité. Ainsi, l’engagement de Bio Gemma de faire le point sur les évolutions et les effets des essais à Antoingt nous paraît procéder de cette exigence, mais il y a besoin de poursuivre l’information et le débat contradictoire. De ce point de vue, et je m’adresse en particulier au Vice-Président Mallot, le débat régional ne restera pas graver dans les mémoires comme une avancée très significative de la démocratie participative dans notre région. Nous ne nions pas les intentions louables qui ont présidé à ce débat, mal pensé, mal organisé, mal animé. Le regret est d’autant plus vif que la majorité des participants étaient venus pour s’informer et sont repartis exactement comme ils étaient venus. C’est pourquoi nous sommes favorables à ce que ce dialogue contradictoire se poursuive sous les formes à méditer mais en le resituant peut-être dans un enjeu régional, permettant un échange réel et contradictoire des Auvergnats avec les établissements de recherche publique, l’industrie agroalimentaire et le monde agricole. Je vous remercie de m’avoir écoutée. 48 M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie Madame Bonnefoy. La parole est à Monsieur Montagne. M. MONTAGNE : Je vous remercie. N’étant ni agriculteur, et bien évidemment ni spécialiste des problèmes d’OGM, j’entends malgré tout intervenir en tant que militant syndical, c’est bien évident, mais surtout comme citoyen concerné par les problèmes de société. Personnellement, j’ai pris un grand intérêt, puisque même non membre de la commission, j’ai pu participer –malheureusement seulement – à deux auditions et j’y ai trouvé beaucoup d’intérêt. C’est dire donc l’importance de l’étude engagée par notre Assemblée qui est dans le droit fil de ses missions et à mon sens, dans une démarche de clarification, d’explication, de connaissances et d’analyse. Personnellement j’ai trouvé un grand intérêt aux deux auditions : l’une d’un chercheur de l’INRA et l’autre d’André Chassaigne qui était, sauf erreur, VicePrésident de la mission parlementaire, qui ont permis d’éclairer et apporter des éléments d’information. Il est bien évident que l’étude du CESR s’inscrit dans un cadre actuel de débat national et régional : débats nationaux avec la mission parlementaire, l’étude et les débats autour de la transposition d’une directive européenne. Je dois dire que, dans ce domaine, l’État a fait preuve d’un grand manque d’ambition et d’un manque de prospective en s’alignant beaucoup plus sur les intérêts financiers des grands groupes que sur une volonté de préserver l’avenir. Pour sa part, le Conseil régional a pris effectivement deux initiatives. D’une part, en juin 2004 avec l’adoption d’un voeu sur le refus de la culture en milieu ouvert dans l’état actuel et sur la nécessité de développer la recherche notamment dans le cadre des cultures sous serre. S’agissant des récents débats régionaux, l’initiative à mon sens est d’un extrême intérêt, mais par contre, j’ai été déçu par le déroulement, pas tant par l’animation que par le rôle joué par certains experts. Ce que j’attends d’un expert, c’est qu’il me dise, l’état de la recherche, l’état des connaissances. Son point de vue, il a le droit de l’avoir, c’est un citoyen. Il m’importe peu quant aux choix que j’ai à opérer et je crois que nous sommes aussi là dans un enjeu de fond. Les experts ne sont pas là pour dicter leur loi. Ils sont là pour éclairer des choix politiques et les choix politiques, cela se passe où ? Il y a, dans notre pays, des assemblées qui sont faites pour cela, cela s’appelle notamment le Parlement. Il convient que le Gouvernement en particulier fasse jouer tout son rôle au Parlement, ce qui n’est malheureusement pas le cas. Sinon, on se réfugie derrière des avis de commissions qui n’ont en général de compte à rendre qu’à elles-mêmes et il y a donc une part de soumission. Pour ma part, en tant que représentant de l’UNSA, je me garderai bien d’aborder les aspects théoriques d’autant que la note présentée est très intéressante. Simplement, est-ce que l’utilisation des organismes génétiquement modifiés est un enjeu de société ? Il n’y a pas de problème, la réponse est oui et elle concerne donc l’ensemble des citoyens. Pour moi, pour nous, cela suppose une nécessaire et totale 49 information démocratique et toutes les études de société montrent effectivement ce besoin d’explication pour les citoyens. Il y a donc un rôle majeur pour les pouvoirs publics, pour les scientifiques, les chercheurs bien évidemment, les médias. Dans ce domaine, je demande aux médias de faire preuve d’un travail d’explication et ils seraient plus inspirés de faire un vrai travail pédagogique en apportant des éléments positifs ou négatifs sur le sujet – plutôt que des gros titres qui sont peut-être vendeurs dans les médias nationaux – qui permettraient d’éclairer le choix des citoyens. Deuxième chose, les OGM sont-ils un enjeu pour l’agriculture ? La note de présentation montre assurément qu’il y a au moins deux grands enjeux – c’est ce que j’ai relevé. Un enjeu par rapport aux agriculteurs quant à une éventuelle dépendance des grandes entreprises de semences, ce qui voudrait dire des monopoles et donc une absence totale de liberté et deuxième élément, c’est l’éventuelle transmission des OGM aux autres cultures voisines. Certes les essais en plein champ peuvent être utiles, mais encore faut-il des contraintes fortes parce que je n’ai encore jamais vu un insecte arriver à comprendre qu’il y avait au-delà de 400 mètres, un espace de temporisation, un sens interdit et qu’il doit faire demi-tour, avec quelques risques de transmission des gènes sur des cultures qui, dans certains cas, peuvent être des cultures biologiques. Un récent article a montré les difficultés notamment de producteurs de miel parce que les ruches sont dans des zones normalement éloignées des champs de culture, sauf que la transmission arrive malgré tout à se faire. Il y a donc là des contraintes très claires à poser de façon à ne pas entraîner de risques majeurs pour l’agriculteur qui ne souhaite pas faire de l’agriculture avec des OGM et, à plus forte raison, pour l’agriculture biologique. Autre enjeu, à mon sens : un enjeu pour la science et pour la recherche ? Assurément oui. Je crois que si on ne veut pas tomber dans l’obscurantisme – ce qui est quand même la négation du progrès – il convient de poursuivre les études scientifiques, notamment sur les conséquences que peut avoir l’utilisation des OGM au niveau de la santé, au niveau de la qualité des aliments et au plan par exemple des possibilités thérapeutiques. Les travaux menés par les entreprises auvergnates ont montré toutes les espérances que l’utilisation des OGM peut avoir quant à la fabrication des médicaments. Il y a eu d’autres travaux au niveau international, notamment sur des productions d’insuline génétiquement modifiée. Donc, dans ce domaine, oui à des études scientifiques, oui à la transparence, à la diffusion et au contrôle par les pouvoirs publics et par les citoyens. Enfin, les OGM sont-ils un enjeu pour les consommateurs que nous sommes, les uns et les autres ? Assurément aussi oui ! J’entends pouvoir librement choisir les produits que je souhaite consommer. Cela veut dire qu’il faut qu’il y ait une totale transparence, une totale traçabilité de l’origine des produits et pas écrit en tout petit sur la boîte elle-même, recouverte du papier de présentation. Cela signifie qu’il faut que les groupes alimentaires fassent l’effort d’une inscription claire et nette de la composition des produits et que le citoyen, parfaitement éclairé, puisse choisir ce 50 qu’il souhaite manger. Cela ne me gêne pas que certains souhaitent mal manger, c’est leur problème ! Personnellement, je souhaite pouvoir consommer d’une manière éclairée. Cela suppose aussi que les règles internationales soient des règles claires parce qu’il est bien évident que nous sommes dans une économie mondialisée et qu’on peut bien prendre toutes les contraintes au niveau des producteurs français, si le marché est envahi sans la moindre transparence par des producteurs étrangers, nous aurons simplement pénalisé les producteurs français d’où le rôle de l’Organisation Mondiale du Commerce. À ce stade, je partage assez les conclusions de la note du CESR. Il me semble nécessaire pour l’avenir d’emprunter plusieurs pistes, plusieurs voies. Première chose : importance de développer la recherche en toute transparence, notamment la recherche publique et la recherche privée dégagées de tous enjeux financiers en abordant en particulier tout ce qui touche les enjeux sanitaires, les enjeux agricoles, les enjeux environnementaux et aussi, bien évidemment et ce n’est pas mince, les enjeux économiques. Il faut aussi dégager des pistes concernant la sécurité environnementale et la sécurité sanitaire dans le cadre des essais qui peuvent être actuellement conduits. Autre point qui me semble déterminant, c’est que les citoyens doivent être informés par des éléments clairs, objectifs, par le contrôle aussi des essais, par le contrôle des travaux et enfin, il est indispensable : de mettre en place une réglementation rigoureuse et contrôlée. Contrôlée par qui ? Il y a, à mon sens, un seul organisme dont c’est la mission : cela s’appelle l’État qui a un rôle de réglementation, un rôle de contrôle et donc un rôle d’évaluation et de sanction. Pour notre part, ni obscurantisme, ni acceptation béate, mais une démarche fondée sur la démocratie, fondée sur la science et le respect que nous lui devons. Je vous remercie. M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie Monsieur Montagne pour cette intervention. La parole est à Monsieur Chazalet. M. CHAZALET : Monsieur le Président, Monsieur le premier Vice-Président du Conseil régional, Monsieur le Directeur, je commencerai mon propos effectivement, même si je regrette d’avoir à m’exprimer à l’encontre du premier Vice-Président du Conseil régional sur ce sujet, ce débat du Conseil régional. Je suis tout à fait de l’avis de ma collègue de la CGT car il est un peu lamentable d’avoir organisé les choses de cette manière, d’autant plus que cette institution qu’est le CESR où nous sommes aujourd’hui, existe et, à mon avis, était fait pour cela. Après, qu’il y ait un autre débat qui soit fait de manière un peu plus large, peutêtre ! Alors, je le dis d’autant plus que je regrette d’avoir à vous faire ces reproches puisque vous nous avez démontré que, dans d’autres circonstances, notamment sur des sujets qui touchent à l’agriculture – puisque l’agriculture est de plus en plus conflictuelle – et notamment sur l’élevage de porc, vous avez su mettre en place une autre technique qui a permis d’évoluer différemment. Ceci étant dit et il fallait que ce soit dit quand même, revenons au sujet des OGM. 51 Effectivement, le problème des OGM, c’est l’agriculture parce que l’agriculture, c’est le vivant, c’est notre alimentation, c’est notre culture, c’est notre santé, c’est notre environnement et c’est ce qui constitue quelque part la société. Alors il faut donc prendre conscience que, depuis que nous sommes passés du stade de la cueillette à une petite forme d’élevage ou de culture de l’agriculture, nous n’avons effectivement pas forcément suivi la nature. Nous l’avons orientée et depuis que l’homme est sur terre, pour essayer d’améliorer son existence, par des techniques d’élevage et de culture, donc d’amélioration, est-ce que nous ne sommes pas des manipulateurs ou des accompagnateurs ? Cela dépend des moments dans l’histoire des civilisations. Il est vrai qu’aujourd’hui, notre société se pose un certain nombre de questions parce que déjà, il faut le dire, même si c’est quelque chose de tout à fait simple, globalement et même si cela reste un problème pour une partie de la population, nos sociétés européennes n’ont pas faim, ce qui n’est pas tout à fait le cas d’une partie de la population sur la planète. Donc, cela occulte effectivement un certain nombre de préoccupations par ailleurs, ce qui est normal. Mais nos sociétés européennes dont la société française est certainement l’une des plus élaborées en la matière, se posent aussi un certain nombre de questions compte-tenu effectivement du rapport qu’il y a eu entre l’information, la science et le progrès. Il est vrai qu’aujourd’hui nous ne sommes plus dans un schéma où innovation et progrès sont liés, où le progrès est systématiquement source de bien-être. Il est vrai qu’il y a des choses certainement à améliorer en matière notamment d’encadrement, de vulgarisation – et comme Jacqueline l’a évoqué tout à l’heure – d’explications et de pédagogie, sachant que ce sont des sujets extrêmement compliqués et qu’il est difficile de l’expliquer de manière simple, d’où l’intérêt d’avoir des débats de nature pédagogique comme ceux que nous avons aujourd’hui. Ceci étant, pour ce qui concerne le progrès en agriculture, même si nous en avons besoin, il faut se dire que, de toute façon et à terme je pense qu’il y aura des évolutions au niveau de l’OMC, il faut prendre en compte d’autres notions puisqu’il faut intégrer les notions de durabilité, de bien-être animal, sur l’acceptabilité sociale de l’agriculture. Pour le moment, nous sommes dans un schéma où l’alimentation à l’OMC est traitée comme une marchandise et cela a quand même des conséquences et il faut quand même aussi, que la société française le regarde parce qu’on peut être exigeant vis-àvis de l’agriculture, on a le droit, effectivement, de se dire qu’on doit avoir une agriculture de qualité, une agriculture qui respecte un certain nombre de choses, qui soit bien identifiée, qui ait un goût et qui, de fait, est réservée à une certaine classe de la population. Il ne faut pas oublier et je paraphraserai Coluche qui disait : si au moins cela ne se vendait pas ! Et oui mais cela se vend, les OGM aussi se vendent et le problème est que nous en importons, le problème est que nous en avons besoin parce qu’il y a la nécessité de fournir ce que nous appelons la restauration en foyer, la restauration collective. Pour un certain nombre de ménages, compte-tenu du pouvoir d’achat, le seul critère de choix des produits alimentaires est le prix. Donc il faut se dire que ce serait 52 extrêmement dangereux d’opposer les deux choses et je suis tout à fait d’accord, Monsieur le Président, lorsque vous avez évoqué la société qui n’est pas forcément composée des pour et des contre, l’agriculture c’est pareil : il n’y a pas les bons d’un côté, qui feraient de la qualité et les méchants qui feraient de la manipulation génétique pour empoisonner les autres. Je crois que le problème, sans faire de caricature, c’est que nous avons à faire effectivement à une production agricole extrêmement diversifiée, complémentaire en terme d’accès aux souhaits du consommateur et que dans tout cela, la France a su se doter, probablement plus que d’autres, d’un certain nombre de suivis et de traçabilité afin de permettre d’avoir ces accompagnements au niveau de l’identification pour rassurer le consommateur. La difficulté est qu’effectivement, ces notions sont françaises, européennes de plus en plus, elles nécessitent, comme je l’ai dit tout à l’heure, d’être intégrées à l’OMC. Ce n’est pas encore tout à fait le cas, ce qui veut dire qu’il faut travailler pour faire évoluer les choses, à la fois au niveau européen, au niveau des négociations de l’OMC, mais en attendant, je pense que l’agriculture ne peut pas rester en retard et ne peut pas rester l’arme au pied. L’agriculture est, comme toute activité économique, soumise à la concurrence, à la compétitivité et la base en est l’innovation. Donc, comme nous savons que l’innovation, c’est la recherche, dans le cadre qui nous est donné au niveau de la loi française, il faut continuer à faire des recherches au niveau des OGM. Je vous remercie. M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie, Monsieur Chazalet. La parole est à Monsieur Présumey. M. PRÉSUMEY : Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président, Monsieur le Directeur, mes chers collègues, je n’ai pas préparé d’intervention car je me suis dit que c’était un débat et que j’allais essayer de réagir à ce qui se dirait. Ce ne sont pas les pistes qui manquent. Moi aussi j’interviens en tant que syndicaliste et citoyen, pas en tant qu’agriculteur ou en tant que scientifique bien sûr. Cela m’inspire quatre réflexions. La première, c’est que j’ai le sentiment que nous avons du mal à prendre la dimension considérable du cadre dans lequel se déroule ce débat. Je prends l’exemple d’un argument qui revient souvent. Nous entendons souvent dire que ce n’est pas la première fois que l’humanité manipule le vivant. Déjà, en Mésopotamie, au cinquième millénaire av. J.-C., nous avions commencé à manipuler le vivant. C’est vrai qu’entre le douzième millénaire av. J.-C. et le huitième, au Proche-Orient, il y a des populations qui se sont mises à manipuler une plante qui était le blé sauvage et qui en ont fait le blé domestique, qui ne peut d’ailleurs pas être sauvage et donc, ils en ont fait quelque chose de complètement différent, ceci est vrai, mais pour autant, il ne faut pas non plus nier le progrès au nom du progrès et en faire une chose éternelle. Le fait de pouvoir faire des manipulations génétiques, consciemment décidées, s’appuyant sur des connaissances scientifiques et donc, au bout du compte, d’aller vers la création de nouvelles espèces constitue une nouveauté radicale par rapport au néolithique, qui était lui-même une nouveauté radicale par rapport aux centaines de millions d’années qui avaient précédées. Donc il ne faut pas que nous nous cachions la gravité et la portée que cette nouveauté radicale, au bout du compte, 53 qu’est la création de nouvelles espèces, comporte. D’autant plus que je crois qu’il faut évoquer cet aspect : nous ne sommes pas à n’importe quel moment de l’histoire géologique. Nous sommes probablement dans la sixième grande extinction des espèces, la cinquième ayant été celle des dinosaures et puis il y en avait eu quatre autres avant et cette sixième a des causes ni géologiques ni cosmiques, elle a sans doute des causes humaines. Donc au moment où nous avons une vague d’extinction de la biodiversité des espèces, sans précédent, en même temps, nous avons des progrès scientifiques qui permettent d’envisager la création de nouvelles espèces. Voyez que je suis là dans une démarche extrêmement scientiste et favorable au progrès qui laisserait entrevoir – s’il est permis de rêver et il l’est permis – le fait d’aller vers une nature dont nous faisons partie et dont nous ne pouvons pas nous passer, vers une nature et cela a déjà été le cas d’ailleurs, à un degré supérieur, une nature partiellement recréée et cela demande choix et débat démocratique. C’est cela la dimension du débat. Je dis peut-être là de grandes généralités mais elles sont importantes car, par rapport à cela, nous ne sommes pas Monsieur Untel qui est ou agriculteur ou syndicaliste ou ceci cela, c’est un problème auquel est confrontée l’humanité en tant qu’Humanité. La deuxième remarque que je voudrais faire, c’est que du coup, cette dimension des problèmes pose le problème de la brevetabilité du vivant. Il me semble que c’est un aspect fondamental dans cette affaire, le droit de propriété et le statut des éléments de nature de plus en plus humanisés mais qui restent néanmoins de la nature, alors cela ne concerne pas que les modifications génétiques, cela concerne le sol, cela concerne de vastes parties de la planète. Qu’est-ce qu’on en fait ? Et là se trouve posé le problème d’un contrôle mondial – et c’est la dimension du problème – démocratique et transparent qui n’est pas réalisé aujourd’hui. Mais, ceci dit, nous avons des pistes. La logique des certificats d’obtention végétale n’est pas la même que celle des brevets. La logique de la propriété appliquée de manière illimitée à la création de nouveaux plans de salades, atteint ses limites parce que si nous pensons cette logique jusqu’au bout, excusez-moi mais la famille du Préfet Poubelle qui a donné son nom à l’instrument du même nom, il y a à peu près 150 ans, pourrait revendiquer des redevances sur toute personne utilisant une poubelle. Il faut bien quand même que cela s’arrête à un moment donné, ce genre d’histoires. C’est aussi la question de la propriété intellectuelle et par rapport à la création de nouvelles structures génétiques, la logique de Monsanto qui aboutit à une logique de contrôle ad vitam eternam et en fait de domination, doit bien être contrée. La troisième piste qui me semble importante est que je crois qu’il faut faire attention par rapport à la manière de considérer les inquiétudes populaires, principalement sur deux points : que mangeons-nous dans notre assiette et le problème des expérimentations en plein champ. Peut-être que les inquiétudes populaires se trompent complètement par rapport aux scientifiques, à l’avis des experts scientifiques. Je ne suis justement pas en mesure d’en juger de cela. Il ressort du rapport que nous avons eu, que les scientifiques partagent l’avis que les expérimentations en plein champ sont un passage obligé. Ensuite, sur les conséquences qu’elles peuvent avoir, les avis diffèrent, diffèrent aussi selon les cultures, selon que c’est du maïs ou du colza, etc. 54 Je constate une chose, c’est que les conditions où la population et les citoyens pourraient avoir une approche éclairée, en pleine connaissance de cause, du problème, ne sont pas réunies et un pouvoir politique prenant ses responsabilités à cet égard ferait d’abord précéder le débat public, des décisions et des décisions consistant à dédier tel ou tel espace de manière publique et transparente. Alors, cela me rappelle, dans un domaine différent, – et cela me rappelle beaucoup de choses d’ailleurs – l’exemple des éoliennes. Là aussi, les communautés de communes ont envie d’avoir des éoliennes à cause des revenus qui vont avec et elles demandent au Préfet de Région et le Préfet de Région autorise ou n’autorise pas. Là aussi, nous sommes dans une espèce de déréglementation. Alors après, on s’étonne qu’il y ait des problèmes ! Il y a des entreprises qui veulent expérimenter des OGM, il y a des groupes de citoyens qui ne veulent pas et entre les mains de qui cela retombe ? Entre les mains du Maire et des pouvoirs de police du Maire et maintenant nous en sommes à consulter des experts juridiques pour savoir où commencent et où s’arrêtent les pouvoirs de police du Maire dans cette affaire. Mais il faudrait que le pouvoir politique prenne d’abord ses responsabilités, dise soit qu’il faut le faire, soit il ne faut pas le faire et s’il faut le faire, nous le ferons à tel et à tel endroit. Nous sommes en plein dans cette question là. C’est un peu le même problème, sous des modalités différentes, à propos de la traçabilité. Quatrième chose qui me semble importante – cela a été dit avant moi d’ailleurs largement, donc je ne développerai pas, – mais il est évident que tout cela pose le problème d’une recherche publique forte et organisée. Cela paraît absolument indispensable. Cela apparaît même comme une urgence nationale voire plus aujourd’hui, surtout qu’il y a une désaffection des étudiants pour les études scientifiques, qu’il y a tout un contexte relativement difficile. Là aussi, il y a un interventionnisme fort qui s’impose et l’interventionnisme fort n’est pas contradictoire à la démocratie. Il ne doit pas se faire de manière occulte, mais de manière préparée par le débat transparent, etc. mais il conditionne la démocratie. Fort de cela, pour revenir à la question des essais en plein champ, sans avoir d’avis sur l’aspect scientifique, diffusion, je comprends tout à fait, d’un point de vue démocratique, de la part d’un public qui ne s’estime pas éclairé, que le problème d’un moratoire puisse se trouver posé. Dans ce cas-là, il y a une responsabilité très forte à prendre. Il ne faut pas laisser les choses aller. Il me semble que nous laissons les choses aller et cela veut dire laisser ceux qui ont l’argent, au niveau mondial, décider. M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie Monsieur Présumey. La parole est à Monsieur Paties. M. PATIES : Un peu de poésie juste en introduction de mon propos, une phrase sans controverse de Victor Hugo qui disait que « c’est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas ». Mais puisque, aujourd’hui au menu, nous avons des OGM ou chimères, plus exactement les PGM, les plantes génétiquement modifiées, qui font l’objet de notre note, auxquelles nous nous limiterons alors que la transgénèse peut s’appliquer à tous les organismes disposant de gènes, ne l’oublions pas. 55 Des annonces fracassantes qui nous promettent un avenir radieux, ne doivent pas masquer la méconnaissance du génome par les scientifiques, car les gènes sont joueurs, ils sont taquins, ils mutent, ils se cachent, ils se déplacent, ils vieillissent et ne répondent pas aux pronostics. Ils interagissent avec leur environnement ce qui demeure capital pour leur évolution. Cette relation est complexe et fondamentale. Aujourd’hui les géants de la chimie ont racheté tous les semenciers mondiaux et leurs filiales, hormis notre exception auvergnate, pour s’approprier les brevets à la base du commerce des semences et de l’alimentation. Ils veulent faire subir les conséquences de leur choix stratégique à des populations qui n’en veulent pas, car sous la prétention de vouloir créer des variétés universelles, des espèces dominatrice, qu’en sera-t-il des minorités variétales ? N’assistons-nous pas à une volonté d’eugénisme végétal ? Nous en sommes aujourd’hui à la fin de l’insouciance du progrès. Après le nucléaire, les organismes génétiquement modifiés sont la deuxième forme d’irréversibilité des contaminations. Par ailleurs, tout le monde s’indignerait que l’on pose des brevets sur les gènes humains. Je reste alors rêveur de voir que les animaux et les végétaux étant définis comme des marchandises puissent avoir leurs gènes brevetés ainsi que l’ont décidé l’Europe par la directive nº 98/44 et la Cour suprême des États-Unis par cinq voix pour, et quatre contre. S’il n’est pas fait de distinction entre invention et découverte, on peut dès lors obtenir la propriété de choses que l’on n’a pas inventées. De cette façon, il est possible d’empêcher des recherches ultérieures sans versement de royalties et encore mieux, de lever des taxes sur l’utilisation des gènes, des ressources alimentaires, de l’habillement à partir du coton, de l’énergie à partir des biocarburants et de tous les autres usages industriels des végétaux. Face à cet engrenage, des associations, des citoyens se sont mobilisés, ont pris des risques de façon spectaculaire et symbolique en pratiquant des destructions d’essais. Le premier arrachage a eu lieu en 1987 : 2000 plans de fraisiers dans une université de Californie. Dix ans plus tard, l’arraisonnement par Greenpeace des premières cargaisons de semences modifiées issues des États-Unis amènent les Ministres européens de l’Environnement à établir un moratoire sur la commercialisation des plantes génétiquement modifiées. En Angleterre, en 1999, soixante dix destructions de champs ont lieu sur un total de deux cent cinquante sites, en 2001, vingt actions en France, trente en Angleterre, trois aux Pays-Bas, quatre en Italie et quatre en Belgique. Il ne s’agit donc pas d’une action de gaulois bornés, hostiles à un prétendu progrès. De même que nous ne pouvons pas qualifier d’obscurantistes, ceux qui demandent que tout soit en lumière à moins qu’il ne s’agisse du « côté obscur de la force » mais ce n’est pas notre propos. Le législateur impose alors des règles plus contraignantes en matière d’évaluation et de dissémination. Ce qui montre l’inadéquation des règles antérieures. Merci donc à ces citoyens qui ne sont pas des « casseurs », mais qui agissent à visage découvert, 56 demandent leur inculpation à la justice pour pouvoir porter le débat devant le public. Leurs actes de destruction motivés par des doutes et des interrogations qui étaient initialement réfutés, se sont retrouvés ensuite fondés. La fonction d’alerte est nécessaire même si elle provoque un hiatus entre légalité et légitimité. Les scientifiques prennent le monde pour laboratoire et s’étonnent de l’irruption du monde dans leur laboratoire ! Nul jusque-là n’avait pris la peine de se préoccuper des allergies, de l’apparition d’insectes ou de plantes résistant aux modifications apportées, de l’augmentation des doses d’herbicides épandues ou encore de la dissémination des PGM, plantes génétiquement modifiées, dans l’environnement. Dès lors, comment les agriculteurs liés à des cahiers des charges pour une production de qualité pourraient-ils respecter leurs engagements ? Tout ce qui sort des laboratoires est-il synonyme de progrès ? Les généticiens nous concoctent une agriculture de monoculture intrinsèquement invulnérable aux maladies et ravageurs, aux conditions climatiques accidentelles. Agriculture d’une monotonie dangereuse, sous domination de firmes transnationales, qui prétendent parer aux dégâts qu’elles ont provoqués, le tout pour un profit maximum. Fort heureusement, il n’a pas encore été trouvé de gènes prédisposant au fatalisme et à la passivité car il nous reste encore à aborder la législation qui impose l’étiquetage des produits contenant plus de 0,9 % d’OGM, mais ne concerne pas les produits alimentaires issus de ces animaux nourris aux OGM : viande, produit laitier, oeuf, c’est-à-dire la grande majorité de la consommation hors cahier des charges spécifiques. Les scientifiques pourraient-ils certifier l’absence de protéines ou d’ADN transgénique dans ces produits ainsi que leur innocuité sur la santé ? Le préalable indispensable est d’acquérir la capacité technique de détection de ces éléments. Or, les études qui ont pu être finalisées montrent que les connaissances scientifiques sont encore embryonnaires. On comprend dès lors l’insistance de nombreuses organisations pour réclamer au moins l’étiquetage de ces produits. Si les OGM nous concernent tous c’est parce qu’ils posent des problèmes majeurs de souveraineté, aux consommateurs sur ce qu’ils mangent, aux paysans sur ce qu’ils sèment et récoltent, aux États sur ce qu’ils contrôlent, aux citoyens par rapport à l’expérience scientifique et à ses conséquences, car y a-t-il d’autres urgences à la culture des plantes génétiquement modifiées que le retour sur investissement des firmes ? Les plans génétiquement modifiés sont caractéristiques de l’agriculture industrielle c’est-à-dire organisée sur une grande échelle et très consommatrice d’énergie. Or, selon la FAO et Monsieur Mazoyer notamment, les actifs paysans représentent 1,3 milliards de personnes sur la planète. Toujours selon la FAO, le nombre de tracteurs s’élève à 27 millions, 850 millions de personnes souffrent de la faim dont 75 % sont des paysans. 5 millions de personnes meurent de faim, 3 milliards de personnes vivent avec moins de deux dollars par jour. 57 Alors, acheter des engrais, pesticides, machines agricoles ou semences, vous imaginez bien que cela reste secondaire en rapport des guerres, des cultures spéculatives ou des paysans sans terre. Mais en réalité, ces aspects philosophiques, sanitaires, écologiques ou économiques ne doivent pas masquer la vraie question : quelle agriculture voulons-nous ? Et par là même quelle société voulons-nous ? Les OGM participent et poursuivent le système actuel de pollution par les engrais et les pesticides, d’érosion des sols, de la diminution de leur fertilité et de la consommation excessive d’eau. On en rejette la responsabilité sur les paysans alors que, le plus souvent, ils n’ont pas souhaité cet état de fait et se sont trouvés contraints par le système dans lequel ils se trouvent. Il existe d’autres méthodes de pratiques de l’agriculture, tout aussi performantes, basées sur des savoir-faire traditionnels et la connaissance des écosystèmes naturels. Notre modèle occidental est intenable. Les nouvelles formes d’agriculture seront l’agro-écologie, l’agriculture paysanne ou l’agriculture biologique. Produire certes, mais aussi employer et préserver. Installer des jeunes et partager terres et ressources. Enfin et surtout, souvenez-vous de la fameuse fable de La Fontaine, le lion, roi magnifique stupidement pris dans un filet et délivré par un tout petit rat, n’oubliez pas qu’on a toujours besoin d’un plus petit que soit. Merci de votre écoute et nous pourrions peut-être faire une minute de silence puisque je vous ai synthétisé l’ensemble et je vous laisse. Je vous remercie. M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie Monsieur Paties pour ce cadeau généreux : du temps que je prends à pleine main. La parole est à Madame Pasquel. Mme PASQUEL : Bonjour à tous, quelques mots d’une représentante de parents d’élèves sur le document du CESR et sur la problématique. Il est bien normal de s’intéresser à cette question qui touche la santé, l’avenir des jeunes. Après avoir lu, écouté, regardé des émissions télévisées, de nombreuses questions sont encore dans ma tête, comme je le pense dans beaucoup de têtes ici. La note du CESR se veut un collationnement d’informations objectives. J’ai trouvé beaucoup d’éléments qui se contredisent et déjà en page trois, l’aspect qui est mis au centre est l’aspect économique. De ce point de vue, vingt et un pays cultivent déjà des OGM, surtout du soja. C’est cinq milliards de dollars, 15 % de parts de marché. En France : cinq mille hectares de céréales transgéniques sont en plein champ cette année, c’est surtout en Auvergne avec Limagrain, qui argumente pour se poser en innovation compétitive, face au monopole des firmes américaines. Limagrain revendique les cultures OGM opposant des menaces de délocalisation en cas de frein ou d’empêchement de ces cultures ouvertes sur l’environnement. Cela fait froid dans le dos, cela m’a fait beaucoup penser à l’amiante, à son cortège d’emplois qu’il fallait entretenir et sauver, aux hormones de croissance, aux antibiotiques massifs, aux farines animales avec le prion de la vache folle, aux nitrates… Que de catastrophes humaines, sanitaires et finalement financières nous aurions pu éviter en ne plaçant pas la rentabilité financière immédiate de quelques-uns au centre des objectifs. Bien sûr, ce n’est pas totalement comparable mais si nous ne faisons pas 58 de profondes analyses critiques, personnelles, citoyennes et collectives, l’histoire peut se répéter et au bénéfice de qui ? Tous les avis des scientifiques et les avis populaires demandent de développer la recherche en laboratoires et en serres confinées. Comme beaucoup d’autres ici, je redis qu’il faut que les financements de l’État soient à la hauteur de cette question d’avenir sur la recherche. C’est notre équipe de France, puisque nous y sommes, et je rajoute bien sûr en tant que parents d’élèves, qu’il faut encourager les étudiants, garçons et filles pour s’engager dans des études scientifiques. Cela commence par un enseignement scientifique attractif, en petits groupes, avec des personnels formés, avec des pédagogies ouvertes au plaisir de faire, pour apprendre, pour comprendre, le vivant comme le reste, de la maternelle au lycée. Cela est un premier point. Un autre point qui nous rassemble : beaucoup trop de nos jeunes qui ont bien réussi leurs études scientifiques, sont devenus des chercheurs et des chercheurs de haut niveau, eh bien ces jeunes chercheurs ne trouvent pas de place dans les laboratoires français, ils s’expatrient, ils vont très souvent en Amérique, avec toutes les conséquences que cela entraîne. Tout cela est une problématique qui intéresse aussi les OGM. Sur un autre sujet, je reste, comme la grande majorité de nos concitoyens, très sceptique sur les promesses de solutions par les OGM, à la sécheresse, à la faim dans le monde. J’ai regardé des émissions, pas uniquement françaises, il y a des désastres à propos des OGM qui sont déjà bien visibles en Inde et en Afrique. Il faut que nous réfléchissions à cette problématique et en effet, il ne faut pas dire, comme vous l’avez bien exprimé au début, qu’il y aurait les bons d’un côté et les mauvais de l’autre. Il y a aussi de mauvais exemples, de très mauvais exemples d’implantation d’OGM et de leurs conséquences. L’essentiel de ma conviction tourne autour des dangers et des risques. J’ai bien lu tout ce qui nous a été confié et c’est vraiment très intéressant, mais aucun scientifique n’affirme l’absence totale de danger dans les cultures en plein champ. Alors moi, je ne suis pas pour ménager la chèvre et le chou ! Puisque personne ne nous dit que c’est sans danger, eh bien il faut pour le moment un moratoire, un moratoire pour interdire les essais en plein champ. Mais alors est-ce que je suis dans le camp des obscurantistes qui veulent tout retarder ? Non, je suis aussi une auvergnate et je sais qu’il faut soutenir l’emploi dans ces domaines d’avenir, mais pourquoi ne pas s’engager au contraire dans la formation, dans tous les domaines : la formation de chercheurs, d’ingénieurs, de médecins, d’agronomes, de techniciens. Je dis tout cela au masculin, comme au féminin, il y a vraiment des choses à faire parce que toutes ces personnes formées, de haut niveau, pourront aller dans la réflexion et dans les techniques pour les analyses, les certifications, les contrôles – dont on nous a dit que c’est si important – et la protection de l’environnement préservé dont nous sommes conscients que c’est à la fois notre fierté actuelle, y compris en Auvergne, et notre souci profond pour nos enfants et nos petits-enfants. Je suis d’accord avec vous pour dire qu’il faut réfléchir à tous les aspects, mais je ne suis pas pour le laisser-faire et je suis d’accord avec 59 plusieurs qui sont intervenus pour dire qu’il y a un engagement politique qu’il faudrait avoir sur cette question. M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie Madame Pasquel, la parole est à Monsieur Matthès. M. MATTHÈS : Vous me ferez grâce du préambule et je viendrai directement au sujet. Tout d’abord, je voudrai saluer la qualité de la note, son sérieux, la profondeur du travail, mais je ne partage pas l’avis de Madame Delesvaux, sur l’impossibilité qu’il y a de la synthétiser encore un peu plus. Je vous propose très sincèrement d’en faire un recto verso, cartonné, glacé, de diffusion très large ; je crois que cela éclairerait mieux le débat, en France que tout ce que j’ai entendu jusqu’à maintenant au cours des mois et des années passés. Au-delà de ceci, je voudrais retenir en partie la définition, l’expression : modification non naturelle, à opposer bien évidemment à modification naturelle. À partir de là, je dirais, et j’enfonce une porte ouverte, que la nature est conflictuelle en permanence. Elle est en situation de conflit en permanence et cette idée qui veut que la nature soit belle, généreuse, accueillante, non ! C’est un effet de mode : la nature est hostile et ce que nous semblons apprécier dans la nature, c’est bien ce qui a été domestiqué par l’homme, c’est tout, et qui a donné effectivement cette beauté de la nature, mais la nature domestiquée. Alors je dis bien domestiquée, pas dominée, parce que l’homme ne la dominera pas. Mais si cette nature est en conflit permanent, c’est parce qu’elle évolue et donc il y a une notion d’équilibre dynamique. Dynamique veut dire en marche, qui avance, donc se reconstitue en permanence et je crois effectivement que le débat que nous devons avoir sur les OGM doit intégrer tout cela et non pas ressembler un peu à l’iceberg dont, en fait, on ne voit pas le plus important, et j’ai le sentiment que jusqu’à maintenant, le débat sur les OGM n’a pas porté sur le plus important. De cette note d’information, je sors – parce que je ne suis pas un spécialiste de la chose, loin de là ! – rassuré sur certaines choses, notamment sur le fait que les OGM aujourd’hui, ce n’est pas du tout la jungle, ce n’est pas du tout fait n’importe comment, c’est sacrément encadré, c’est sacrément structuré. Je n’imaginais pas que la démarche OGM soit une démarche aussi encadrée, aussi complète, etc. Mais c’est vrai qu’il existe aussi des zones où les choses ne s’emboîtent pas totalement, notamment sur le plan juridique. Nous voyons bien qu’il peut y avoir des conflits et quelques aménagements ou quelques ajustements sont à trouver. Je crois que là aussi, c’est en bonne marche. Donc je disais que je sortais quand même rassuré sur le fait que c’est quand même bien encadré et puis, je sortais un peu renforcé dans un certain nombre de réflexions, parfois d’interrogations sur ce qui, pour moi, représente des sujets forts, sujets majeurs. En tout premier point, le fonctionnement de la démocratie française. Je l’ai entendu d’ailleurs, à différents moments ici, puis tous les jours on entend cela, on réclame plus d’organisation, plus d’encadrement, plus d’État et puis dans la minute qui suit, on contribue ou on se félicite du non-respect de tout ce qu’on réclame. Le mot démocratie est sans doute celui qui est le plus prononcé. Il est merveilleux et je pense 60 qu’il pourrait faire l’objet d’un beau sujet de recherche pour des chercheurs. Trouver les différents sens de ce mot en fonction du contexte dans lequel il est employé. Pour ma part, je regrette que ce mot serve trop souvent à tenter de légitimer ce qui n’est pas légal et cela, je le déplore. Je suis un ardent défenseur de notre démocratie. Elle est représentative et pour cela s’appuie sur des instances consultatives, nous en sommes une ! Je souhaiterais la voir effectivement fonctionner comme cela mais pas comme nous le voyons trop souvent. Deuxième point important dans mes réflexions, c’est celui du voyage de l’homme dans le temps. À toute époque de l’histoire de l’humanité, ce voyage, on a tenté de le freiner et d’autres ont tenté de l’accélérer. Cela a produit des sociétés très différentes ; c’est même, j’allais dire, l’essentiel de l’animation des deux siècles écoulés, qu’on a appelé les découvertes du monde mais qui mettaient en évidence des sociétés dont certaines effectivement n’ont pas participé de façon forte au voyage de l’homme et d’autres, les nôtres, y ont participé. Je crois qu’une des conclusions que nous pouvons tirer de ce voyage de l’homme dans nos sociétés, c’est qu’il a quand même permis d’allonger considérablement l’espérance de vie, a permis de supprimer, de faire disparaître, des tas de choses effroyables et cela, il ne faudrait pas l’oublier. Et le risque de catastrophe ? C’est vrai. Oui, le nucléaire, les OGM, mais à une autre époque, lorsqu’on sortait de la caverne, on avait le sentiment que c’était déjà un risque un peu trop important. Soit ! J’y reviendrai. Troisième point qui me paraît important, c’est celui de la dimension de la raison chez l’homme et quand je dis raison, j’avais écrit dans un premier temps : du raisonnable. Non, le raisonnable, ce n’est pas tout à fait la raison. Au sens étymologique, la raison c’est ce qui, à mon sens, donne à l’homme une capacité à être cohérent et à ne pas agir selon son humeur, ses intérêts propres, son égoïsme. Ça, ce sont des comportements infantiles et dans nos responsabilités de parents, nous les combattons. Alors, dans nos responsabilités sociétales, nous devons combattre effectivement ces comportements, pour s’en tenir effectivement à des comportements de raison de l’homme. Cela m’amène sur notre sujet : les OGM, le débat sur les OGM, la contribution au débat sur les OGM. Pour moi, la partie immergée de l’iceberg porte sur deux choses : - Des enjeux de société, d’abord, tout est dit et ces enjeux de sociétés ne sont plus à percevoir au niveau de la société française, mais de la société mondiale qui n’est pas homogène, cela est évident. Mais nous devons savoir que les préoccupations de la majorité des populations ne sont pas les nôtres. - Des enjeux économiques, ensuite au niveau mondial : l’organisation économique notamment en matière alimentaire est mondiale. Pour ce qui nous intéresse aujourd’hui, les acteurs, je devrais dire les producteurs, sont nord-américains, bientôt indiens, chinois. Où sont les Européens ? Où sont les Français ? Nous avons des aptitudes, nous avons des compétences, les capacités. 61 En tout cas, n’empêchons pas nos entreprises françaises, auvergnates de les mettre en oeuvre, de les avoir. Vous aurez compris donc que je souscris aux propos que j’ai entendus sur la nécessité de favoriser la recherche, de donner à nos entreprises des moyens d’avancer en la matière et de conquérir la place mondiale qu’elles devraient déjà avoir et que je ne souhaite pas finalement qu’un petit nombre, quelle qu’en soit la raison, exclut la France d’un tel mouvement de dimension mondiale. M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie Monsieur Matthès, la parole est à Monsieur Mazal. M. MAZAL : Monsieur le Vice-Président du Conseil général, Monsieur le Président, Monsieur le Directeur, Mesdames et Messieurs, en tout premier lieu, je voudrais adresser mes félicitations au groupe de travail et en particulier, aux rapporteurs. Concernant les OGM, les artisans ne se considèrent pas compétents pour donner un avis. Néanmoins, chacun sait que notre raison première est la qualité des produits que nous fabriquons et en l’occurence les produits alimentaires. De ce fait, nous avons besoin de matières premières de qualité et depuis longtemps, nous sommes pour la traçabilité. Il me semble aussi que la recherche est un élément déterminant pour apporter des avancées et dans bien des cas, nous avons pu le constater. Alors, peut-être que demain nous aurons du pain qui ne rassira plus, des viandes qui se conserveront indéfiniment, des légumes qui ne se faneront pas et des fruits qui ne pourriront plus. Pour conclure, nous continuerons à être attentifs aux résultats positifs de la recherche organisée et encadrée pour toujours fabriquer des produits qui régaleront nos concitoyens, permettant ainsi de créer des moments de convivialité indispensables au plaisir de chacun et en toute sécurité. M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie Monsieur Mazal, la parole est à Monsieur Leycuras. M. LEYCURAS : Je vous remercie, Monsieur le Président. Je n’ai pas tellement l’habitude d’intervenir sur ce type de sujets, mais néanmoins je voudrais rappeler qu’il y a un voeu du Conseil régional qui s’était positionné sur cette question en juin 2004 et qui condamnait les cultures OGM en plein champ. J’espère que les choses n’ont évidemment pas changé. En ce qui concerne le débat qui a eu lieu à Polydôme, pour moi, je l’ai trouvé assez intéressant, il était courageux mais c’est un débat qui est extrêmement complexe et qui dépasse largement le cas des OGM, mais qui est plutôt celui de la question : comment allons-nous lutter contre la faim dans le monde ? Parce que c’est bien à cette question là que nous essayons de répondre en développant l’agriculture, je crois que, à la limite, même le débat que nous avons aujourd’hui, n’est pas le véritable débat de fond. Le problème de fond est : comment lutter contre la faim dans le monde actuellement ? 62 Or, est-ce en développant les OGM, la culture du maïs et du soja dont la plus grande partie est utilisée par la filière animale par suite ? Nous pouvons nous poser des questions. Est-ce qu’il ne faut pas avoir d’autres types d’agriculture ? Ne vaudrait-il pas mieux se pencher sur la façon dont les Africains peuvent développer l’agriculture et dépasser le quintal de blé à l’hectare ? C’est ce qu’ils ont à peu près actuellement et d’autre part, comment améliorer leurs produits afin qu’ils puissent vivre. C’est cela à mon avis le problème de fond plutôt que d’examiner le problème des OGM. Je compare le problème des OGM à celui du dopage dans le sport. C’est à peu près le même type de relations, c’est-à-dire que, dans le dopage, on utilise des produits comme l’EPO, produit extrêmement intéressant pour lutter contre le cancer et qui est complètement inintéressant pour développer la performance des sportifs. Nous avons l’impression qu’au niveau de l’agriculture actuellement, avec les OGM, on essaye de développer la production des pays industrialisés et à tout prix d’aller vers des performances, performances complètement inutiles à mon avis, si nous voulons lutter contre la faim dans le monde actuellement. Je vous remercie, Monsieur le Président. M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie Monsieur Leycuras, la parole, pourrait-il en être autrement, est à Monsieur Saumureau. M. SAUMUREAU : Je vous remercie, Monsieur le Président. Eh bien pour répondre à Monsieur Matthès puisque je vais commencer comme cela, eh bien moi je ne me sens pas du tout rassuré ! Et je dirais à la limite en reprenant une phrase de Victor Hugo, aussi pour répondre à Monsieur Matthès : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ». Je crois à une chose importante, c’est que l’homme fait partie intégrante de la nature et il faut cesser d’opposer l’homme et la nature, cesser de penser que tout ce qui vient de l’homme est bon et que ce qui vient de la nature n’est pas bon et est méchant, naturellement ! C’est une vision qui, à mon avis, est réduite et dangereuse. Bref, parler des OGM, c’est parler d’une technique qui permet de modifier des espèces en intervenant sur leur patrimoine génétique, la transgénèse. Ces manipulations génétiques concernent les êtres vivants et il est tout à fait normal qu’elles suscitent des inquiétudes dans la population, d’autant plus que les cultures d’OGM augmentent de plus de 10 % par an. Mais pourquoi autant d’inquiétude ? On constate que la technique permettant d’obtenir des OGM est loin d’être parfaitement maîtrisée et de nombreuses inconnues subsistent encore concernant les risques directs et indirects sur l’environnement et la santé que peut comporter à moyen et long terme la dissémination dans la nature. La recherche, dans ce domaine, doit être poursuivie dans des conditions rigoureuses, ici comme ailleurs. Le principe de précaution doit s’appliquer. Une véritable connaissance scientifique est indispensable. Comment oublier les différents problèmes sanitaires et environnementaux des dernières années : marées noires, sang contaminé, hormones de croissance, farines animales, amiante etc. 63 Quelques éléments de réflexion qui posent question et pour lesquels la connaissance ou les réponses sont floues voire inexistantes. On dit que les OGM ne sont pas dangereux pour la santé. En réalité, on n’en sait rien, d’autant plus qu’aucun système de traçabilité n’a été mis en place. Quelques exemples qui posent question : ▪ ▪ en 2005, dans un laboratoire australien, un pois génétiquement modifié, testé sur des souris s’est révélé être fortement allergène, autre exemple, pour l’homologation de son maïs MON863, la firme MONSANTO a réalisé une étude de toxicologie sur des rats : résultats sur ces animaux : augmentation de la glycémie, diminution des globules rouges, etc. Pourtant l’Union européenne a accepté la commercialisation de ce maïs pour l’alimentation animale et humaine. On dit aussi qu’il est possible de séparer les filières OGM et non-OGM et donc de garantir aux consommateurs la possibilité de choisir des produits. L’expérience montre que les cultures transgéniques, en milieu ouvert, contaminent inévitablement les champs des autres agriculteurs qui ne souhaitent pas faire de OGM. Il est impossible de maintenir deux filières étanches. On peut citer le maïs BT en Espagne dont la culture a contaminé trois exploitations biologiques sur sept en Aragon. On sait que la contamination est multiple. On peut parler : ▪ ▪ ▪ De contamination génétique, aucune coexistence n’est possible sans risque entre des plantes génétiquement modifiées et des cultures conventionnelles ou biologiques. De contamination par pollinisation et croisement. Pollinisation entomophile avec l’action des abeilles et des autres espèces de l’entomofaune. On sait que le rayon d’action de ces insectes peut atteindre plusieurs kilomètres. Pollinisation anémophile et il y a lieu de s’interroger sur les risques de dissémination de ces pollens par le vent. La dissémination de ses pollens s’avère impossible à maîtriser. Peut-on sérieusement envisager de faire barrière au vent pour contrôler la moindre poussière de pollen et confiner dorénavant tous les insectes pollinisateurs de la planète ? Comment garantir un périmètre de cohabitation entre cultures transgéniques et non transgéniques ? De contamination par micro-organismes ou virus. La contamination peut se faire entre le transfert de gènes de résistance aux antibiotiques et les microorganismes du sol comme les bactéries, les champignons. D’autre part, lorsque le virus attaque la plante, au contact des gènes des virus utilisés, celui-ci peut muter – virus recombinant – et devenir alors beaucoup plus virulent que le virus d’origine. Nous avons le même phénomène de résistance des parasites que les autres techniques et comme dans les domaines chimiques et pharmaceutiques, il faudra sans cesse créer de nouveaux OGM. On se rend compte qu’on ne peut pas actuellement contrôler la dissémination des OGM dans la nature, surtout lorsque naturellement, on constate la présence de plantes apparentées à proximité des cultures transgéniques. Nous en avons parlé 64 tout à l’heure, en Grande-Bretagne où le gène d’un colza OGM s’est retrouvé en pleine nature dans de la moutarde sauvage. Et si aucune plante apparentée au maïs ne pousse librement dans la nature en Europe, le danger existe par la pollution des cultures biologiques ou la disparition d’insectes très utiles. En bref, nous avons affaire à un processus invasif et irréversible et actuellement, aucun scientifique ne peut prétendre maîtriser les conséquences des modifications génétiques apportées sur les organismes vivants. Quelques réflexions complémentaires : si l’homme a toujours modifié les gènes des plantes, on peut constater que croiser deux variétés de roses et créer un maïs qui produit son propre insecticide, ce n’est pas la même chose. Dans un cas, on s’inscrit dans une logique ancienne de la sélection et du croisement des espèces, de l’autre, on intervient dans le génome, on manipule l’ADN au coeur des cellules, en combinant le patrimoine génétique d’espèces parfois très différentes. On dit aussi qu’avec les OGM, les agriculteurs utilisent moins de pesticides. En Argentine et aux USA, les quantités de pesticides utilisées ont augmenté avec le développement des cultures transgéniques. En effet, avec une plante résistante à l’herbicide, l’agriculteur peut utiliser l’herbicide tout au long de la croissance de la plante. Les OGM ne permettent pas forcément aux agriculteurs d’améliorer leur rendement. Selon le professeur Benbrook, le soja RR offre des rendements inférieurs de 5 à 15 % par rapport aux variétés de soja traditionnel. De plus, de nouveaux coûts de production doivent être pris en compte car séparer les filières coûte cher. En Allemagne, les semences transgéniques de maïs BT reviennent 35 euros plus cher par hectare à l’agriculteur. Le contexte de la mise en place des OGM s’avère plus que contestable. La transparence ne semble pas être de mise. Les intérêts financiers prévalent sur le bon sen. Sur le plan socio-économique, leur utilisation constitue une menace sérieuse. Une telle situation est inacceptable et cela conduit à l’augmentation du contrôle de l’agriculture au niveau mondial par quelques grandes firmes. En effet il faut se poser la question : « à qui cela profite-t-il ? ». Les grandes firmes ont certes intérêt à imposer leurs nouveaux produits mais l’intérêt de la Société est tout autre. L’appropriation du vivant qui résulte des brevets déposés par ces firmes n’est moralement pas acceptable. La main mise sur le monde agricole que permettent ces brevets est également intolérable. La culture du pouvoir et de l’argent semble conduire à la culture d’OGM. Les États sont-ils prêts à soutenir cette logique ? En conclusion, la FRANE constate que beaucoup de questions restent sans réponse, il y a beaucoup d’incertitudes et de flou. La FRANE estime donc que la mise en oeuvre des OGM dans l’agriculture risque d’asservir les agriculteurs et les laboratoires aux grandes firmes qui les produisent et de créer des désastres écologiques aujourd’hui insoupçonnables. L’ensemble de la filière agroalimentaire pourrait aussi être bouleversé. Dans l’état actuel d’avancement de la recherche, seule la production d’OGM à visée thérapeutique et réalisée en atmosphère confinée est acceptable. Et nous savons que les OGM ont montré des résultats appréciables en médecine : insuline, certains vaccins. Cela est indéniable. 65 Autre élément, avant d’apporter les propositions que nous sommes amenés à faire. On dit aussi que les OGM vont permettre de résoudre le problème de la faim par le monde. Moi je pense que la faim est avant tout un problème politique et économique et je citerai Jacques Diouf, Directeur Général de la FAO qui dit que la planète produit suffisamment d’aliments pour que tous les habitants puissent se nourrir convenablement. En conclusion et en terme de propositions, la FRANE, les associations de protections de l’environnement appellent à un certain nombre de choses : ▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪ Rétablir le moratoire sur les OGM en attendant que soient réalisées des études pour évaluer leurs impacts sur l’environnement et la santé humaine, Confiner les cultures d’OGM en laboratoire et cesser dans l’immédiat toute culture en plein champ, Instaurer un véritable débat de société autour de la question des OGM, Exiger plus de transparence et d’objectivité quant aux prises de position des commissions et autres structures amenées à se prononcer sur la dangerosité des OGM, Mieux équilibrer les financements publics entre les OGM et les autres techniques plus classiques de sélection et de conduite de cultures. En effet, tous les efforts de recherche pour les OGM sont opérés au détriment d’autres voies, notamment la recherche concernant des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. Cela n’encourage aucunement les efforts consentis par certains agriculteurs, ce qui va à l’encontre même du principe de développement durable. Enfin exiger une loi qui transpose réellement la directive européenne. Or, le projet de loi présenté par le Ministère de la Recherche, à mon avis, est inquiétant. En effet nous n’avons aucune référence au principe de précaution, on n’a aucune évaluation des risques, aucune information du public, aucune transparence sur la localisation des cultures OGM, aucune transparence sur les effets des OGM sur la santé, aucune protection des cultures non-OGM et en plus, les fabricants d’OGM seront mis hors de cause en cas de contamination. Quand on sait que les assureurs refusent de garantir les risques sanitaires, environnementaux et agricoles liés à la prolifération des OGM, nous sommes en droit de nous poser des questions. Je terminerai sur, peut-être, une note un peu surprenante, sur le plan juridique. Il s’ensuit que le fabricant de semences OGM serait presque en droit de poursuivre l’agriculteur non-OGM, dont les cultures ont été contaminées par des semences, pour le motif qu’il a frauduleusement utilisé celles-ci. Cela pose quand même des questions. Je vous remercie. M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie Monsieur Saumureau, je vois bien que, dans les interventions, il y a un style de compétition, n’est-ce pas, je ne sais pas à quoi c’est du ! Je n’ai plus de demandes d’intervention. Pardon, la parole est à Monsieur Joseph Domps. M. DOMPS : La CFDT souhaite intervenir devant le CESR pour faire état de son positionnement dans le débat, certes passionnant, mais aussi très passionné sur les 66 OGM ce qui nuit forcément à la sérénité et à la qualité des échanges ainsi qu’à l’écoute des différentes opinions. Beaucoup de critiques portées sur les OGM n’ont rien à voir avec eux dans le sens où ce ne sont pas ces derniers qui ont créé des problèmes : problème de la biodiversité, problème de la faim dans le monde, problème de la mondialisation et des multinationales. Sans oublier les excès d’un productivisme aveugle, l’objectif premier de l’agriculture est de produire une nourriture abondante, de qualité et accessible financièrement à tous. Cela nécessite le développement de technologies permettant des économies sur l’utilisation d’intrants, d’eau ou d’énergie. Les PGM, mais pas elles seules, peuvent être une réponse à une agriculture durable. De ce fait, quel que soit le mode de production, bio ou non, OGM ou non, l’environnement doit être intégré dans les pratiques agricoles. La CFDT est pour le droit à l’autosuffisance alimentaire des peuples. Dans le cadre du commerce mondial, à réguler par l’OMC, la suppression des subventions aux exportations et l’accès aux marchés occidentaux doivent être mis en place pour faciliter la croissance des économies des pays en voie de développement. Les biotechnologies peuvent aider ces pays, mais le même niveau de précaution que celui prévu dans les pays riches doit être respecté. Les chercheurs des pays du Sud doivent être intégrés dans la recherche sur les biotechnologies pour ne pas accroître leur dépendance. La lutte contre les OGM est présentée comme une lutte contre les multinationales. Paradoxalement, ce sont en France, les instituts de recherche publique comme l’INRA et les coopératives céréalières comme Limagrain qui sont les plus touchées par les actions de destruction. La CFDT ne diabolise pas les multinationales sauf si elles débouchent sur des monopoles. Elle accepte l’économie de marché à condition qu’elle soit régulée par des mécanismes qui permettent la primauté de l’humain sur l’économie : droit à la santé au travail, droit syndical, droit à la protection sociale notamment. Sur le problème de la santé, toutes les recherches et investigations menées à ce jour sur les OGM n’ont démontré aucune dangerosité spécifique à ceux-ci. Elles n’ont cependant pas démontré non plus qu’il n’y avait aucun risque. Les recherches inspirées par le principe de précaution, plus poussées qu’à l’ordinaire, ont surtout mis en lumière la faiblesse des études épidémiologiques sur la production de nouvelles variétés, OGM ou non, parallèlement aux études toxicologiques. Or, en cas de nouvelle technologie – OGM, micro-ondes, téléphonie mobile – la difficulté est dans la méconnaissance des risques lorsque aucun événement n’est venu étayer le risque, même si cela ne veut pas dire qu’il n’y ait aucun risque ou qu’il n’y en aura aucun à l’avenir. Le principe de précaution est de s’entourer d’un maximum de recherche, mais pas de bloquer toute nouvelle invention. La priorité doit être, pour l’agriculture, d’être la plus saine possible pour la santé des personnes, consommateurs, mais aussi pour la santé des actifs qui y travaillent ainsi que pour l’environnement. 67 La CFDT se positionne pour l’utilisation au cas par cas des OGM, au même titre que les autres techniques moyennant des analyses et test préalables suffisamment contrôlés par un organisme indépendant. Elle demande la transparence des recherches sur les OGM, jumelée avec le droit de protéger ces recherches à partir du moment où elles ont été autorisées. Elle souligne également l’importance du principe de réversibilité qui doit pouvoir être mis en oeuvre à tous les stades de la recherche. Sur le problème de la coexistence OGM/non-OGM, des délimitations peuvent être envisagées entre cultures OGM et non-OGM. Elles sont à déterminer en fonction de chaque espèce et de chaque territoire. Ces délimitations ne doivent pas conduire à une interdiction déguisée pour les cultures OGM autorisées. La loi devrait définir les règles applicables sur le territoire conformément aux directives européennes. Sur le problème du brevetage du vivant : cela pose un problème éthique et économique. Sur le plan de l’éthique, les brevets ne doivent pas faire obstacle aux droits des peuples à se nourrir et à se soigner. La CFDT préconise la reconnaissance du certificat d’obtention végétale. On protège la variété de semences mais pas le gène. Cette notion doit être défendue par l’Union européenne à l’OMC contre le système du brevet défendu par les États-Unis. Sur la recherche en France, les campagnes de destruction risquent de contribuer à affaiblir la recherche fondamentale française et la faire passer au second rang des pays industrialisés ou émergeants voire à la délocaliser. La CFDT estime qu’il est urgent de redévelopper une recherche fondamentale sur les OGM. Les priorités doivent porter sur la réduction significative des traitements phytosanitaires et globalement sur tous les intrants, au Nord comme au Sud. Elle défend le principe d’expérimentations en plein champ, après expérimentation en milieu confiné, sur la base d’un cahier des charges strict respectant les autres cultures. L’expérimentation OGM doit être respectée au même titre que toute culture ou recherche. Le monde bouge très vite, il y a urgence à réhabiliter une recherche indépendante sur les OGM et mettre les moyens financiers à la hauteur des enjeux dans le domaine de l’analyse des risques et de la traçabilité. Compte tenu des acteurs publics et privés présents sur le territoire auvergnat dans ce domaine, le choix d’une politique volontariste pour favoriser une recherche sereine, objective, responsable et transparente s’impose. M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie. La parole est à Monsieur Lorizon. M. LORIZON : Je n’avais pas pensé intervenir au départ et compte-tenu de tout ce que j’ai entendu, je voudrais dire au nom de l’UNAPEL, qu’il ne s’agit bien entendu ni d’être hostile à la recherche, ni de faire preuve de l’angélisme de Jean-Jacques Rousseau. Mais s’agissant des expérimentations en milieu ouvert, c’est-à-dire en plein champ, je voudrais rappeler, comme l’ont fort bien fait de nombreux collègues, les risques majeurs et avérés de contamination qui existent notamment en raison de la pollinisation dont a fort bien parlé notre collègue Saumureau. Dans ces conditions, l’UNAPEL ne souhaiterait pas voir poursuivre ce jeu du docteur Faust qui me paraît extrêmement dangereux. 68 M. LE PRÉSIDENT : Je vous remercie, Monsieur Lorizon. Chers amis, je n’ai plus de demandes d’intervention. Je vais donc, avant de vous remercier formellement, demander à Monsieur le Vice-Président qui a pris le temps, sur son emploi du temps, d’être à nos côtés pour cette matinée, de – comme je le disais la dernière fois, c’est une formule qui vaut ce vaut ce qu’elle vaut – de commenter notre débat, de commenter nos travaux. M. MALLOT : Monsieur le Président, merci de me donner la parole, effectivement comme le dit mon voisin, vaste programme ! Il ne s’agit, dans mon propos, ni d’une synthèse de vos débats, ce qui serait d’une prétention exagérée, ni d’une réponse aux questions qui ont pu être posées. Je veux faire une simple intervention au nom de l’exécutif du Conseil régional, en commençant par vous remercier d’avoir organisé ce débat puisque, ce n’est pas moi qui dirai le contraire, c’est un débat extrêmement important, extrêmement sensible. C’est difficile et grave comme tous les débats de société. Cela va de soi. Nous pouvons l’aborder sous différents aspects, l’angle technique, les choses vont très vite. Nos concitoyens en tout cas s’en inquiètent. Sous l’angle scientifique, sous l’angle social, sous l’angle économique, cela a été fait abondamment tout à l’heure, sous l’angle éthique, environnemental, tout simplement parce que c’est un sujet qui embrasse la plupart des sujets de la société contemporaine et que la tournure du débat fait que nous ne pouvons pas le considérer comme autre chose qu’un débat de fond et qui pose donc la question de la démocratie. Ce mot est revenu à plusieurs reprises dans les interventions des uns et des autres. C’est un problème de démocratie dans la mesure où nos concitoyens, et cela explique pour beaucoup leur attitude, ont le sentiment qu’on ne leur dit pas tout ! Et naturellement, à partir de là, ils se retrouvent sur des choses simples, c’est-à-dire le contexte devient favorable à ce que s’épanouissent et s’expriment les peurs. Quand on ne sait pas, on a peur – des deux côtés d’ailleurs, ou des trois ou quatre côtés – on a peur des conséquences que pourrait avoir cette nouveauté. On a peur aussi de se faire doubler par d’autres, parce que si nous ne sommes pas présents, d’autres le feront et tant que le débat n’est pas nourri, tant qu’il n’y a pas des éléments de contenus, on reste sur la peur, on reste sur le pour, le contre et moi, plus j’avance dans la discussion, dans le débat et dans l’écoute, plus je me rends compte de l’absurdité de cette question, de savoir si je suis pour ou si je suis contre les OGM, car la question ne se pose même plus. À partir du moment où il n’y a pas de contenu dans le débat, à partir du moment où les concitoyens ont le sentiment qu’on ne leur dit pas tout, alors ils sont sur les peurs et on trouve des réactions, y compris de violence, comme celles que nous avons constatées dans notre région, l’été dernier. Notre rôle, à nous, responsables politiques ou qui se veulent tels en tout cas, est bien justement d’organiser le débat, de lui donner un contenu, de faire en sorte que, sur des arguments, sur des réponses à des questions, nous puissions aller vers une démarche de raison, d’échange. Comme vous l’avez constaté ce matin, on verra que les choses sont peut-être plus complexes que pour ou contre et peut-être aussi plus simples que le brouhaha ou les difficultés qui sont devant nous. J’essaierai tout à l’heure de donner quelques éléments. 69 Ce passage par le débat, par la démocratie, est absolument indispensable pour que nous trouvions un peu de confiance et que nous arrivions à nouveau à tolérer le point de vue de l’autre. Je crois que c’est cette démarche que nous partageons bien entendu et de cela, je veux vous remercier. Si le Conseil régional s’est impliqué dans cette question et a tenté à sa façon et continuera de tenter à sa façon d’introduire de la raison, du débat et de la démocratie dans ce sujet, c’est quand même largement parce que l’État ne le fait pas, ne l’a pas fait. On nous dit : vous organisez un débat au moment où la loi se discute à l’Assemblée nationale. Elle a été reportée plusieurs fois, vous avez appris comme moi, il y a quelques jours, qu’elle est reportée à l’automne, pour le débat à l’Assemblée nationale. À supposer qu’un débat parlementaire à l’Assemblée nationale soit relayé dans la grande opinion - ce qui demande à être vérifié - alors ce débat n’aura lieu que dans six mois encore, vous savez comme moi que l’automne risque d’avoir d’autres préoccupations peut-être. Il nous a donc semblé que la Région, en tant qu’institution dans une région particulièrement concernée par ce sujet, ne pouvait pas ne pas le voir. La Région, cela a été rappelé et je veux insister là-dessus, la Région n’a aucun pouvoir pour autoriser ou interdire la culture des OGM. Pour autant, nous sommes des responsables politiques, nous avons aussi la gestion d’un budget, nous pouvons attribuer des subventions à telle ou telle action qui n’est pas indépendante de la recherche ou du développement des OGM et donc, nous devons avoir conscience de ce que nous faisons. En tant que responsables politiques, nous sommes amenés à prendre des positions dont nous devons vérifier qu’elles sont en phase avec ce que pensent nos concitoyens. La Région, le Conseil régional, à deux reprises, s’est déjà prononcé, cela a été rappelé tout à l’heure. Il y a eu deux vœux successivement votés, l’un en juin 2004 qui prenait parti pour la recherche, mais contre les essais en plein champ et à nouveau un vœu en septembre 2005 - si ma mémoire est bonne - qui reprenait la même position, mais compte-tenu de ce qui s’était passé pendant l’été 2005 et notamment les violences constatées sur le terrain, jugeait utile d’organiser le débat dont il a été parlé tout à l’heure, en des termes nuancés parfois et moins nuancés à d’autres moments. J’accepte parfaitement la critique qui peut être formulée sur les débats que nous organisons. Ce serait contradictoire avec la notion de débat que de ne pas accepter la critique. Pour autant, je ferai deux commentaires. Premier point, ne tombons pas dans le débat sur le débat, ce qui serait quand même le meilleur moyen d’évacuer le sujet et deuxième commentaire, je n’ai pas connaissance d’un autre débat citoyen organisé en Auvergne par qui que ce soit d’autre que nous. S’il y en avait un, j’y participerai avec beaucoup de plaisir et beaucoup d’énergie, si on m’y invite ! Nous n’avons fait que remplir, au fond, un vide, du mieux que nous avons pu. Pourquoi l’avons-nous fait ? J’ai donné des raisons, mais sur le contenu et sur la démarche, on constate tous les jours qu’il y a, dans la société, en Auvergne et 70 ailleurs, deux franges opposées relativement minoritaires en nombre, de gens qui sont catégoriquement pour les OGM et d’autres qui sont catégoriquement contre les OGM et au milieu, l’immense majorité d’entre nous, au fond, qui s’interroge. Il nous a semblé qu’il fallait essayer, tant bien que mal, de donner à tous ces gens-là, des moyens pour qu’ils se forgent leur propre opinion. Alors, nous avons organisé ces débats. Vous y avez participé les uns et les autres. Il y a eu un débat à ClermontFerrand effectivement, mais il y en avait eu auparavant un à Montluçon, un autre à Aurillac, et un quatrième au Puy-en-Velay. 1700 personnes y ont participé. Ce n’est pas rien ! Ce n’est pas peu de gens, 1700 participants ! Le film que nous avons utilisé pour lancer le débat, vous l’avez vu, était un film qui avait été fait sur la base d’interviews et qui recensait - je crois - assez complètement les questions que les uns et les autres se posent sur ce sujet et nous avions, dans les débats, invité des experts, des scientifiques, des spécialistes de la question, des questions, qui étaient là pour répondre effectivement aux interrogations des participants. Il est vrai que les quatre débats se sont déroulés de façon assez différente. À Montluçon, c’était la première expérience, donc nous tâtonnions un peu, nous avons passé beaucoup de temps sur les questions et peu sur les réponses. À Aurillac, c’était le débat le plus cadré au sens où les experts, les scientifiques et les spécialistes, économistes notamment sont vraiment restés dans leur rôle, c’est-à-dire sont venus dans le respect des uns et des autres, donner des réponses, humblement, aux questions qui étaient posées par les uns et par les autres et je crois que, dans l’ensemble, ces débats ont été intéressants et ont fait avancer un peu la réflexion de nos concitoyens. Il y a eu ces débats, il y aura une suite et j’y viendrai tout à l’heure. Je voudrais simplement, sans être trop long, donner quelques éléments qui ne sont pas la position de l’exécutif, mais qui sont des éléments que nous pouvons retenir de nos débats et de votre débat de ce matin parce que les choses convergent. Je crois que, pour avancer, nos concitoyens et vous-même ce matin, souhaitent établir un certain nombre de distinctions : ▪ ▪ ▪ ▪ ▪ On distingue la recherche sur les OGM et mise en culture pour la production. Ce n’est pas la même chose. Recherche sur les OGM en milieu confiné, recherche sur les OGM en plein champ, ce n’est pas la même chose. Recherche à finalité thérapeutique et finalité autre que thérapeutique. L’importance de la recherche publique : il semble qu’il soit important effectivement que l’indépendance des chercheurs soit garantie et qu’en tout cas, nos concitoyens aient le sentiment qu’elle est garantie et donc, voilà une condition du retour de la confiance. Un grand attachement de nos concitoyens et, je crois ce matin, de tout le monde, au principe de précaution et aux modalités de son application. Il s’agit de prendre effectivement les précautions pour gérer convenablement les risques de dommages graves et irréversibles et quand on a posé ce sujet, après, il faut passer aux modalités. Cela se fait par discussion avec des spécialistes des sujets en question, pour avancer. 71 ▪ ▪ ▪ La question de la réversibilité : Est-ce que, à chaque instant, nous avons le sentiment de garder la maîtrise du processus ? Cela peut varier suivant les plantes concernées et la liste est longue. La question de l’utilité sociale des OGM. Le souci de se limiter à l’utilisation des OGM ou des PGM, pour les usages tels qu’on ne sait pas faire autrement – pour parler familièrement. C’est-à-dire que, à partir du moment où on n’a pas d’autre solution, alors on examine. Certains disent en deçà ? Non. La question de la coexistence entre les cultures OGM et d’autres. Question difficile dans notre région en particulier où nous avons ce choix de l’agriculture biologique et des signes officiels de qualité, mais j’y reviendrai dans ma conclusion. L’une des réponses, l’une des méthodes qu’exprimaient à plusieurs reprises les uns les autres ce matin, qui transparaît dans nos débats, c’est le souci de traiter la question des OGM, non pas de façon générale, mais au cas par cas, voir comment les OGM, qui rappelons-le, sont un outil que l’on utilise comme ceci ou comme cela, et donc comment utilisons-nous cet outil au cas par cas et est-ce que l’usage qui en est fait convient ? J’arrêterai là dessus sur les quelques éléments que nous pouvons retenir, mais je vais compléter mon propos ensuite, car c’est beaucoup ressorti dans les discussions et dans les débats de nos quatre réunions : le choix important qui est devant nous, région Auvergne, avec d’une part cette priorité que nous avons annoncée et à laquelle nous tenons, d’avoir un développement de l’agriculture biologique et d’autre part, cet attachement qui est le nôtre à la recherche, élément également très important pour le développement de notre région. Comment concilier les deux ? Sur ces quelques éléments - j’en ai sans doute oublié beaucoup - je crois que nous trouvons, dans ces quelques éléments, des points d’approche qui permettent d’avancer et d’organiser notre débat, faire des choix tranquillement entre nous, pour la suite de notre intervention, à nous Conseil régional. Nous avons fait, et cela a été dit notamment par René Souchon à Clermont-Ferrand, à la suite du quatrième débat, nous avons fait un certain nombre de constats, notamment la dichotomie des salles, l’affrontement verbal. Toutes les réunions sont allées à leur terme et tout le monde a pu s’exprimer, tout le monde dans les quatre réunions a pu s’exprimer ! C’est déjà pas mal. Le manque d’information de nos concitoyens – je le rappelle pour mémoire – un autre élément qui me paraît un peu préoccupant et auquel nous devons tous travailler, c’est le doute fortement exprimé par les uns et par les autres, par rapport à la science. C’est très fort et c’est, de mon point de vue, inquiétant parce que ce doute, dans les esprits, qui prend sa racine dans plusieurs affaires, dans plusieurs éléments du passé récent, qui ont été mentionnés tout à l’heure, ce doute est extrêmement ennuyeux pour que nous puissions poursuivre, notamment la recherche, mais simplement l’acceptation du progrès. J’ai parlé tout à l’heure du principe de précaution et je n’y reviens pas, et je vais simplement conclure en prenant appui sur un point que j’ai ressenti dans vos débats aussi tout à l’heure, et beaucoup dans les nôtres, je dis les nôtres, débats citoyens, c’est le fait que l’Auvergne ne peut pas se penser seule au monde. Nous pouvons refuser les OGM, nous pouvons les accepter, nous ne sommes pas une région 72 coupée du monde, nous ne sommes pas une île ! Donc, nous ne pouvons même pas envisager de jouer là-dessus. Il va y avoir une loi qui va être votée et qui, probablement, réglementera la culture, la production des OGM et donc, si nous voulons avoir une maîtrise au moins minimale de notre devenir à cet égard, en Auvergne, il faut bien que nous essayons de définir ensemble les règles du jeu, sinon, pour peu que la loi soit respectée, il y aura des cultures OGM dans la région. Là, nous serons amenés à traiter très différemment la question de la coexistence, la question de la priorité à l’agriculture biologique qui est la nôtre, etc. Donc, notre proposition à nous, Conseil régional, c’est de dire : continuons la discussion, le débat va se poursuivre sur Internet - vous savez que nous mettons à la disposition des uns et des autres un site sur lequel vont pouvoir s’exprimer les uns et les autres - un numéro du journal régional MIAM reprendra les éléments de débats qui sont ressortis de nos réunions citoyennes. Nous apprécions que l’essai qui a lieu en Auvergne à Antoingt, se fasse dans la transparence. Nous ne portons pas jugement au-delà de cela, mais nous apprécions qu’il se fasse dans la transparence jusqu’ici. Nous allons organiser, au sein du Conseil régional, pendant la session de septembre, un débat, pour tirer, entre nous, responsables politiques, les quarante-sept Conseillers régionaux, tirer les enseignements des débats qui ont eu lieu, prendre des positions et notamment nous débattrons de la question de ratifier ou non la Charte de Florence qui a un contenu tout à fait intéressant d’ailleurs. Je vous invite à la relire. Et nous comptons également à cette occasion proposer à nos collègues de poursuivre le débat en continuant d’animer un Conseil ou un comité consultatif dans lequel toutes les parties prenantes seraient représentées, ce que nous avons fait au moment des débats citoyens qui ont été rappelés tout à l’heure, et nous pensons que, par cette méthode, d’alimentation du débat avec des éléments concrets, réels, de réponse à un certain nombre de questions, d’organisation de ce débat dans des enceintes pluralistes, nous pourrons essayer de trouver la façon de concilier ce que je disais tout à l’heure, cette priorité à l’agriculture biologique et à une agriculture même conventionnelle de qualité, nous voulons développer les signes officiels de qualité, et en même temps bien sûr, ce souhait, et j’ai bien entendu tout à l’heure la conclusion d’un certain nombre d’interventions notamment celles du Président Chazalet, de poursuivre la recherche, continuer la recherche sur les OGM notamment en Auvergne. Par conséquent, pour nous, le débat continue. Un débat n’a pas forcément un début et une fin, il y a des étapes, le débat continue. À l’automne nous serons amenés à le poursuivre dans un contexte législatif un peu différent. Nous vous remercions, de ce point de vue, de continuer à y participer avec nous et nous espérons bien pouvoir, ensemble, trouver des voies pour faire en sorte que nos concitoyens se sentent à l’aise sur des sujets aussi difficiles. Je vous remercie. M. LE PRÉSIDENT : Merci Monsieur le Vice-Président. Je crois ne pas trahir la pensée de notre Assemblée pour vous dire que vous nous trouverez toujours pour les débats, pour la réflexion. Rendez-vous est pris, avec plaisir. La parole est à Monsieur le Directeur. 73 M. MAGIMEL : Monsieur le Président, merci je voudrais d’abord excuser le Préfet de Région qui m’a demandé de le représenter ce matin. Si j’ai souhaité intervenir à la fin de votre débat, c’est peut-être pour amener quelques éléments et puis aussi, compte-tenu de l’actualité sur ce sujet, il m’a semblé important de pouvoir intervenir pour vous apporter quelques éléments d’information supplémentaire. Tout d’abord, le premier point est que le CESR organise un débat sur un sujet passionnel et je constate que le CESR est toujours un lieu où l’on peut exprimer des idées différentes, où les gens s’écoutent et on peut parler de sujets difficiles de manière courtoise et de manière approfondie. Alors merci d’apporter, sur un sujet difficile, quelques éléments de sérénité, quelques notes d’objectivité et de montrer qu’on peut échanger sur le sujet. Le deuxième point que je voulais indiquer a trait à l’actualité et je voulais dire que nous sommes dans un cadre juridique qui existe dans un État de droit, il a vocation à être respecté. La nuit dernière, des destructions ont eu lieu sur la parcelle d’Antoingt, la seule parcelle en essais OGM qui existait dans la région. Je crois que ces destructions doivent être condamnées. Je ne sais pas encore à ce stade quelle en est l’ampleur mais elles ont eu lieu et je voudrais dire que, contrairement à ce qu’un des orateurs a dit, elles n’ont pas été effectuées à visage découvert, elles ont été effectuées nuitamment. Trouver leurs auteurs nécessitera vraisemblablement un travail des services de police ou de gendarmerie. Il me semble que c’est une conception un peu singulière du débat que d’y verser cette pièce là. Cela étant dit, un débat parlementaire est en cours depuis quelques mois et se poursuivra vraisemblablement jusqu’à l’automne. C’est un sujet difficile et, en tout état de cause, les services de l’État appliqueront les textes qui sortiront de ce débat. Mais si le débat est difficile et que son aboutissement est long, c’est aussi parce qu’on voit bien dans les propos qui ont été échangés, que le seul débat parlementaire qui sera accepté par certains, c’est celui qui conduirait à une impossibilité des essais. Alors, je crois que les textes européens et les directives européennes tels qu’ils sont aujourd’hui, rendent nécessaires un encadrement strict de ces essais, des cultures OGM également, mais ils ne ferment pas complètement le champ du possible et c’est cette voie étroite qu’est en train de rechercher le Parlement. Le débat a lieu au Parlement, il a lieu aussi dans la société parce que, me semble-t-il, il ne se passe pas de semaine sans qu’il y ait des articles de journaux, sans qu’il y ait des articles de fond dans la presse, des émissions qui présentent les OGM avec les difficultés qu’elles peuvent comporter, mais aussi par les avancées qu’elles peuvent nous donner. Alors j’entends bien qu’il y a un débat scientifique, j’entends bien qu’il y a un débat technique, mais en lisant les articles, en lisant votre rapport, en écoutant vos propos, il me semble que nous allons au-delà du débat scientifique et du débat technique. Il me semble qu’il y a un débat philosophique sur le sens même de la recherche et parfois même dans certains domaines, sur l’utilité même de poursuivre la recherche dans certains domaines, parce que le Vice-Président Mallot l’a bien expliqué. Je crois que, au fil du temps, le doute s’est un peu instillé sur les travaux scientifiques et sur le résultat même auquel ils pouvaient aboutir. Donc, je crois que nous avons là un débat qui est un débat philosophique et à partir du moment où nous sommes 74 dans un débat philosophique, l’objectivité n’a pas toujours sa place puisqu’on fait référence à un certain nombre de valeurs et on débouche sur des propositions que j’ai aussi notées ça et là dans les propos des uns et des autres, qui débouchaient sur un moratoire. Déboucher sur un moratoire, qu’est-ce que cela veut dire ? Déboucher sur un moratoire veut dire qu’on s’arrête de chercher dans ce domaine-là. On s’arrête de chercher, et la réflexion que je vous livre, c’est que ceci aurait vraisemblablement un sens si tout le monde s’arrêtait de chercher. Mais il faut bien voir que, particulièrement dans le domaine de la recherche, on est dans un secteur qui est mondialisé. Le premier secteur d’activité à avoir été mondialisé est vraisemblablement celui de la recherche et si nous arrêtons, les autres équipes continuent. Alors, soit elles continuent toutes seules c’est peut-être le pis aller, soit elles continuent en débauchant et en venant chercher les gens qui, dans nos laboratoires, étaient à la pointe de la recherche. Je crois que nous avons un enjeu majeur, c’est de savoir jusqu’où nous souhaitons aller en matière de recherche sur la génomique et si, en matière de génomique, nous voulons pouvoir continuer à dialoguer avec les autres équipes de recherches qui existent en Amérique du Nord, qui existent en Australie et dans d’autres pays émergents, eh bien je crois qu’il est absolument nécessaire que nous ayons un niveau de recherche publique et privée - je crois que les deux sont liées - qui soit à un bon niveau pour ne pas avoir à abandonner à d’autres, ce secteur. À bien des égards, je suis un peu frappé par le décalage du débat local que nous avons en France par rapport au débat qui a lieu ou qui peut être n’a pas lieu, au niveau mondial dans ce secteur et sur ces sujets. Enfin deux éléments de conclusion, que je voudrais vous donner pour alimenter un peu cette réflexion. Le premier est que, certains l’ont indiqué, on a le sentiment que le débat sur le niveau de la production agricole n’existe plus, à savoir que chacun a le sentiment qu’aujourd’hui nous sommes dans un système d’une production agricole qui est trop abondante, avec des excédents partout et que finalement nous sommes sur une position durablement acquise. Ceci n’est pas forcément vrai. Il y a à nourrir à peu près une centaine de millions de personnes en plus chaque année. On sait que déjà, certaines ne sont pas nourries dans des conditions convenables. Le CESR avait organisé un débat en ce sens au mois de novembre dernier, qui montrait bien que l’équilibre alimentaire global au niveau mondial est un équilibre qui reste fragile et que la sécurisation de l’alimentation est quelque chose qui doit rester un point de préoccupation essentiel. Si, dans cette compétition, dans le souhait et la volonté d’atteindre cet objectif, si nous ne sommes pas parmi ceux, si l’Europe, la France, ne sont pas parmi ceux qui ont des positions acquises, les positions qu’auront acquises les autres deviendront vraisemblablement des positions dominantes. Enfin le dernier point que je voulais aborder, c’est que ceci étant dit, il y a actuellement un débat qui a lieu au Parlement et je pense que, dans une démocratie, le dernier mot doit revenir au Parlement et je pense que ce qui est important, c’est qu’à tout le moins, les textes qui sortiront du Parlement à l’automne ou avant, puissent être respectés pour que la notion d’État de droit ait véritablement un sens. Je vous remercie Monsieur le Président. 75 M. LE PRÉSIDENT : Merci beaucoup Monsieur le Directeur, pour ces quelques mots. Chers amis, il me reste à vous remercier chaleureusement pour votre travail, pour notre travail de ce matin, pour sa qualité et sa tenue. Je n’étais pas fondamentalement inquiet mais je vous en remercie très sincèrement. Je souhaite à beaucoup d’entre vous, d’excellentes vacances, je vous donne rendez-vous bien sûr pour un travail à la fin du mois d’août en espérant que ce moment de vacances sera pour vous l’occasion de reprendre des forces nouvelles pour l’an prochain. Merci. Fin de la session à 12 heures 45. Le Président du Conseil Économique et Social Régional Signé : Michel DOLY 76 ANNEXES 77 PAGE BLANCHE ANNEXE 1 Composition de la Commission « Agriculture – Agroalimentaire » Président : Yannick FIALIP (1)22 (Organisations agricoles) Vice-Président : Joseph DOMPS (2) (CFDT) Secrétaire : Michèle DELESVAUX (1) (Organisations agricoles) Membres : Colette BAC (2) (FO) Maurice BAQUIER (1) (Organisations professionnelles) Jacqueline BONNEFOY (2) (CGT) Jacques CHAZALET (1) (Chambre Régionale d’Agriculture) Michel DOLY (3) (Enseignement Supérieur et Recherche) Bertrand PATIES (1) (Organisations agricoles) Jean-Claude RAMBOURDIN (1) (Union prof. artisanale) 22 - (1) Première catégorie : « Entreprises et activités professionnelles non salariées » (2) Deuxième catégorie : « Syndicats de salariés » (3) Troisième catégorie : « Vie collective » 79 PAGE BLANCHE ANNEXE 2 Liste des personnes auditionnées ❖ Monsieur Michel BECKERT, Président de l’INRA ❖ Monsieur André CHASSAIGNE, Député-Maire et secrétaire de la Mission d’Information sur « les enjeux des essais et de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés » ❖ Monsieur Yves CHILLIARD, Docteur ès-Sciences Naturelles, Directeur de Recherches à l’INRA de Theix ❖ Monsieur DULPHY, Administrateur de la FRANE, accompagné de Mme Mallory MESNIER ❖ Madame Chantal GASCUEL, membres du collectif OGM 63 ❖ Monsieur Jean-Michel CELLIER, Président régional de l’association Auvergne Bio ❖ Monsieur GUILLON, Directeur Stratégie et Communication, représentant de LIMAGRAIN ❖ Monsieur Michel MAGIMEL, Directeur régional de l’Agriculture et de la Forêt 81 PAGE BLANCHE ANNEXE 3 Intervention de Mme CHAPUIS sur le droit de cité des OGM lors de l’audience solennelle de rentrée du Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand, le 30 janvier 2006 LES MAIRES, LES OGM ET LA JURISPRUDENCE Cette compétence exclusive des États membres de l’Union européenne nous conduit à aborder maintenant la question du sort des organismes génétiquement modifiés, sur le terrain, dans le cadre des essais en plein champ. On pourrait penser que cette question ne devrait donner lieu à aucun litige et que les plantations d’OGM pourraient se développer tranquillement dans nos campagnes, sans que nul ou rien ne vienne troubler leur croissance, dès lors que les producteurs ou les chercheurs sont munis de l’autorisation délivrée par le Ministre de l’Agriculture. Mais ce serait oublier que l’existence du pouvoir de police spéciale d’un ministre ou d’un préfet n’exclut pas a priori, la mise en œuvre des pouvoirs de police générale du maire, lorsque celle-ci est rendue nécessaire du fait de circonstances particulières. Dans ce cas précis, un maire peut toujours aggraver les mesures édictées par le Ministre ou le Préfet. La mauvaise réputation des OGM, parents maudits de l’agriculture selon certains, a conduit à la confrontation de ces deux polices, des maires s’opposant, malgré l’autorisation donnée par le ministre de l’agriculture, à l’implantation de cultures d’organismes génétiquement modifiés sur tout ou partie de territoire de leur commune. En effet, les autorisations ministérielles ne mentionnent généralement pas la localisation géographique des essais en plein champ. L’action des maires est motivée par des considérations de deux ordres, d’abord les incertitudes relatives à la réalité et à la nature des risques que pourraient engendrer les cultures d’OGM et parmi ceux-ci, les risques de contamination des autres plantations non OGM se trouvant à proximité des premières ; la deuxième considération est liée au fait que la responsabilité de la commune peut-être recherchée en raison de la carence du maire à prendre des mesures de lutte ou de prévention contre les nuisances de tous ordres et ce, en vertu des pouvoirs de police qu’il détient L.2212-2 du code général des collectivités territoriales. Les maires se trouvent donc parfois devant le choix difficile d’interdire ou de laisser faire et les orientations diverses des tribunaux administratifs ne sont pas de nature à aider les maires dans leurs choix, parce que, nous l’avons déjà dit, la connaissance des organismes génétiquement modifiés et surtout, celle des risques potentiels qu’ils pourraient engendrer sont loin d’être complètes. Citons à propos, le professeur GAUDEMENT qui, dans sont ouvrage sur « Les méthodes du juge administratif » indiquait, dès 1972 qu’en présence de données techniques complexes « l’attitude du 83 juge est entièrement subordonnée à la connaissance plus ou moins bonne qu'il a des données brutes. Car le juge n'est pas un technicien et quelqu'étendu que soit parfois le champ de sa culture, celle-ci ne saurait prétendre à l'universalité, non plus qu'à une adaptation constante à des réalités particulièrement changeantes ». La première question qui se pose est celle de savoir si les maires disposent d'une compétence, en vertu de leurs pouvoirs de police pour prononcer l'interdiction des essais en plein champ de cultures d'OGM sur le territoire de leur commune. Or si ces pouvoirs sont une attribution propre du maire - les conseils municipaux ne disposent d'aucun pouvoir de police, - la police des essais en plein champ de cultures d'OGM appartient-elle de manière exclusive au ministre de l'agriculture ? Les tribunaux administratifs sont partagés sur ce point. Le Tribunal administratif de Poitiers jugeait dans ce sens par des décisions concernant des arrêtés de maires de plusieurs communes, saisi par le préfet des Deux Sèvres. Citons par exemple : 13 septembre 2004 Commune de Lezay Req 04 2227, Commune de Saint-André sur Sèvres Req 042225, même date. Le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, reprenant le raisonnement suivi par les Tribunaux administratifs de Limoges : 27 mars 2003, préfet de l'Indre c/ Commune de Coings, et de Pau : 23 juin 2003, préfet du Gers c/ Commune de Mouchon Req 012075, admettait la compétence du maire, pour interdire les essais d'OGM en plein champ sur le territoire de sa commune et ce, dans la mesure où il n'était pas démontré que les autorisations ministérielles d'essais en plein champ auraient tenu compte des intérêts locaux des communes. Se posait alors la deuxième question liée au caractère proportionné de la mesure d'interdiction prise par le maire au regard du risque supposé. Le juge des référés du Tribunal administratif de Toulouse, semblant ainsi se prononcer en faveur d'une seconde inversion de la charge de la preuve indiquait qu'il n'était pas établi que le maire de la commune concernée ait été informé dans des conditions permettant de soutenir utilement que le risque invoqué de mise en culture serait hypothétique. Il appartiendrait donc au ministre de démontrer que le risque de contamination de cultures non OGM par des cultures d'OGM est maîtrisé. Le magistrat avait ainsi rejeté la demande du préfet de Haute-Garonne tendant à la suspension de l'arrêté du maire de la commune de Bax. Le juge des référés de la Cour administrative d'appel de Bordeaux, dans son ordonnance du 22 septembre 2004, se prononçant sur recours du préfet de HauteGaronne n'a pas partagé la position du juge des référés du Tribunal administratif de Toulouse et a annulé la décision de celui-ci au motif que seule l'existence démontrée d'un péril imminent pouvait justifier que le maire s'immisçât dans l'exercice des pouvoirs de police spéciale du ministre de l'agriculture. Le Tribunal administratif de Toulouse statuant au fond sur la légalité de l'arrêté du maire de la commune de Bax a repris dans son jugement du 18 janvier 2005, les motifs de la Cour administrative d'appel de Bordeaux. Un autre Tribunal administratif, celui de Pau a par son jugement du 14 octobre 2004, annulé l'arrêté du maire de la commune de Mouchon par lequel avaient été interdites les cultures de plantes génétiquement modifiées. Le Tribunal a retenu l'erreur de 84 droit tirée de ce que la mesure d'interdiction du maire qui n'avait pas pour objet de prévenir des atteintes avérées à la santé publique n'étaient pas au nombre de celles pour lesquelles, le maire pouvait faire usage de ses pouvoirs de police générale qu'il tient des dispositions de l'article L. 2212 du code général des collectivités territoriales. La juridiction de céans a eu à plusieurs reprises, à connaître d'affaires dans lesquelles le préfet déférait des arrêtés municipaux interdisant les cultures en plein champ d'organismes génétiquement modifiés, sur tout ou partie du territoire des communes, de façon définitive ou pour des durées variables, les maires faisant généralement état des risques potentiels que ces cultures pouvaient engendrer. Le tribunal, annulant ces arrêtés s'était alors fondé sur la circonstance que les maires qui avaient édicté les décisions litigieuses, n'apportaient à l'appui de leurs allégations, aucun document ou étude de nature à démontrer l'existence d'un risque scientifiquement plausible, pouvant justifier l'interdiction totale ou partielle des cultures d'OGM dans la commune. Citons par exemple : 21 novembre 2002 : préfet du Puy-de-Dôme c/ maire de Cournon, Req 02477. 25 septembre 2003 : préfet de l'Allier c/ maire d'Autry-Issards, Req 021602. 23 janvier 2003 : préfet du Puy-deDôme c/ maire de Menat, Req 021318. La Cour administrative d'appel de Lyon, saisie du jugement du 23 janvier 2003, par la commune de Menat, s'est prononcée par arrêt du 25 août 2005, retenant la théorie du péril imminent, jugeant qu'il ne résultait pas des pièces du dossier que le maire, pour interdire les essais et la culture d'OGM en plein champ se soit fondé sur le risque de survenance d'un péril imminent. La Cour a ajouté, que ne sauraient tenir lieu de ce péril, les perspectives de développement de l'agriculture traditionnelle ou la nécessité de respecter le principe de précaution. La Cour, rejoignant ainsi la cour administrative d'appel de Bordeaux, a alors estimé que le maire de Menat n'avait pu, sans excéder sa compétence, se substituer au ministre de l'agriculture pour restreindre les essais de cultures en plein champ d'organismes génétiquement modifiés. Doit-on considérer pour autant que les conditions de la mise en œuvre des pouvoirs de police générale du maire en matière d'essais de cultures d'OGM en plein champ sont identiques à celles de l'exercice de la police des installations classées. Ce n'est pas certain parce que d'une part, le Conseil d'Etat a rappelé, dans son arrêté du 29 septembre 2003, Houillères du Bassin de Lorraine Req 218217 que le principe selon lequel, le maire ne peut exercer ses pouvoirs de police relativement aux installations classées à défaut de péril imminent résulte de la loi du 19 juillet 1976. Aucun texte n'ayant la portée de cette loi n'existe à ce jour concernant les OGM. D'autres part, ce sont les autorités préfectorales qui sont le plus à même, de par les moyens techniques et l'expérience dont elles disposent, de se prononcer en matière d'installations classées. Il est vrai qu'actuellement aucun texte de droit interne ou même communautaire ne prévoit que la police spéciale du ministre de l'agriculture concernant les OGM aurait un caractère exclusif et force est de reconnaître que l'existence d'un péril imminent causé par la présente d'OGM est à ce jour, impossible à établir, ne serait-ce que 85 parce que les organismes génétiquement modifiés sont inodores et sans saveur et, dans la mesure où il n'y aurait par essence, pas de cultures d'OGM dans une commune, on ne voit pas comment un péril imminent pourrait être invoqué, la pollution que pourraient engendrer les OGM n'a pas l’aspect visible d'un nuage de poussière ou de fumée. Le critère des circonstances locales particulières n'apparaît guère plus adapté que le précédent, même si le maire est de toute évidence mieux placé que les autorités nationales pour apprécier la situation sur le territoire de sa commune. Reste alors le principe de précaution, mais appliquées sans discernement, les mesures prises au nom de ce principe risqueraient d'interdire de façon absolue l'implantation de cultures d'OGM sur le territoire des communes alors que les enjeux économiques et sanitaires des OGM impliquent une protection de ces cultures sur le terrain, au nom de la liberté du commerce et de l'industrie. On le voit, l'incertitude scientifique qui caractérise le débat sur les OGM rend délicate la recherche d'une solution judiciaire, mais peut-être la loi dont le projet devait être déposé au Parlement au mois d'octobre apportera-t-elle une solution ou du moins un éclairage non seulement aux autorités administratives pour prendre des décisions en matière d'OGM ainsi qu'aux tribunaux. 86 ANNEXE 4 Liste des principaux textes réglementaires et législatifs concernant la protection des OGM depuis 1990 Cette liste est reprise du site internet suivant : http://www.liste-hygiene.org/veilleogm.htm 1990 Directive 90/219/CEE du Conseil, du 23 avril 1990, relative à l'utilisation confinée de micro-organismes génétiquement modifiés Directive 90/220/CEE du Conseil, du 23 avril 1990, relative à la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés dans l'environnement. 1991 Décision 91/596/CEE du Conseil, du 4 novembre 1991, concernant le modèle de résumé de notification visée à l'article 9 de la directive 90/220/CEE relative à la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés dans l'environnement 1993 Décret n° 93-773 du 27 mars 1993 pris pour l'application s'agissant des utilisations civiles de l'article 6 de la loi n° 92-654 du 13 juillet 1992 relative au contrôle de l'utilisation et de la dissémination des organismes génétiquement modifiés et modifiant la loi n° 76-663 du 19 juillet 1976 relative aux installations classées pour la protection de l'environnement Décret n° 93-774 du 27 mars 1993 fixant la liste des techniques de modification génétique et les critères de classement des organismes génétiquement modifiés Décret n° 93-1177 du 18 octobre 1993 pris pour l'application, s'agissant de plantes, semences et plants, du titre III de la loi n° 92-654 du 13 juillet 1992 relative au contrôle de l'utilisation et de la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés et modifiant la loi n° 76-663 du 19 juillet 1976 relative aux installations classées pour la protection de l'environnement 1994 Arrêté du 21 septembre 1994 relatif au dossier de demande de dissémination volontaire dans l'environnement à toute autre fin que la mise sur le marché et au dossier de mise sur le marché de plants, semences ou plantes génétiquement modifiés 87 1998 Décret n° 98-18 du 8 janvier 1998 modifiant le décret n° 93-774 du 27 mars 1993 fixant la liste des techniques de modification génétique et les critères de classement des organismes génétiquement modifiés Règlement (CE) nº 1139/98 du Conseil du 26 mai 1998 concernant la mention obligatoire, dans l'étiquetage de certaines denrées alimentaires produites à partir d'organismes génétiquement modifiés, d'informations autres que celles prévues par la directive 79/112/CEE Décret n° 98-507 du 17 juin 1998 modifiant le décret n° 73-138 du 12 février 1973 portant application de la loi du 1er août 1905 sur les fraudes et falsifications en ce qui concerne les procédés et les produits utilisés pour le nettoyage des matériaux et objets destinés à entrer en contact avec des denrées, produits et boissons pour l'alimentation de l'homme et des animaux. Arrêté du 3 août 1998 portant consentement écrit, au titre de l'article 13, paragraphe 4, de la directive 90/220/CEE du 23 avril 1990, des décisions 98/293/CE et 98/294/CE du 22 avril 1998 concernant la mise sur le marché de maïs génétiquement modifiés (Zea mays L. T 25 et MON 810). Directive 98/95/CE du Conseil du 14 décembre 1998 modifiant, quant à la consolidation du marché intérieur, aux variétés végétales génétiquement modifiées et aux ressources génétiques des plantes, les directives 66/400/CEE, 66/401/CEE, 66/402/CEE, 66/403/CEE, 69/208/CEE, 70/457/CEE et 70/458/CEE concernant la commercialisation des semences de betteraves, des semences de plantes fourragères, des semences de céréales, des plants de pommes de terre, des semences de plantes oléagineuses et à fibres et des semences de légumes ainsi que le catalogue commun des variétés des espèces de plantes agricoles 2000 Règlement (CE) nº 49/2000 de la Commission, du 10 janvier 2000, modifiant le règlement (CE) nº 1139/98 du Conseil concernant la mention obligatoire, dans l'étiquetage de certaines denrées alimentaires produites à partir d'organismes génétiquement modifiés, d'informations autres que celles prévues par la directive 79/112/CEE Décret n° 2000-838 du 28 août 2000 portant application du code de la consommation en ce qui concerne les nouveaux aliments et les nouveaux ingrédients alimentaires ainsi que l'étiquetage de certaines denrées alimentaires produites à partir d'organismes génétiquement modifiés. 2001 Décision 2001/204/EC du Conseil du 8 mars 2001 complétant la directive 90/219/CEE en ce qui concerne les critères permettant d'établir l'innocuité pour la santé humaine et l'environnement de types de micro-organismes génétiquement modifiés 88 Directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 mars 2001 relative à la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés das l'environnement et abrogeant la directive 90/220/CEE du Conseil. Décret n° 2001-1072 du 15 novembre 2001 portant application du code de la consommation en ce qui concerne l'étiquetage des denrées et des ingrédients alimentaires contenant des additifs et des arômes génétiquement modifiés ou produits à partir d'organismes génétiquement modifiés. 2002 Décision 2002/623/EC de la Commission du 24 juillet 2002 arrêtant les notes explicatives destinées à compléter l'annexe II de la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil relative à la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés dans l'environnement et abrogeant la directive 90/220/CEE du Conseil [notifiée sous le numéro C(2002) 2715] Décision 2002/811/EC du Conseil du 3 octobre 2002 établissant les notes explicatives complétant l'annexe VII de la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil relative à la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés dans l'environnement et abrogeant la directive 90/220/CEE du Conseil Décision 2002/812/EC du Conseil du 3 octobre 2002 instituant, conformément à la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil, le formulaire de synthèse de la notification concernant la mise sur le marché d'organismes génétiquement modifiés en tant que produits ou éléments de produits Décision 2002/813/EC du Conseil du 3 octobre 2002 instituant, conformément à la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil, le formulaire de synthèse de la notification concernant la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés dans l'environnement à d'autres fins que leur mise sur le marché 2003 Règlement (CE) n° 1946/2003 du Parlement Européen et du Conseil du 15 juillet 2003 relatif aux mouvements trans-frontières des organismes génétiquement modifiés JORF 14/08/03 Arrêté du 25 juillet 2003 portant suspension de la mise sur le marché de colza génétiquement modifié au titre de l'article 23 de la directive 2001/18/CE. Arrêté du 25 juillet 2003 portant suspension de la mise sur le marché de colza génétiquement modifié au titre de l'article 23 de la directive 2001/18/CE du 12 mars 2001. Décision 2003/653/EC de la Commission du 2 septembre 2003 relative aux dispositions nationales interdisant l'utilisation d'organismes génétiquement modifiés dans la province de Haute-Autriche en vertu des dispositions de l'article 95, paragraphe 5, du traité CE [notifiée sous le numéro C(2003) 3117] Règlement (CE) n° 1829/2003 du Parlement européen et du Conseil du 22 septembre 2003 concernant les denrées alimentaires et les aliments pour animaux génétiquement modifiés 89 Règlement (CE) n° 1830/2003 du Parlement Européen et du Conseil du 22 septembre 2003 concernant la traçabilité et l'étiquetage des organismes génétiquement modifiés et la traçabilité des produits destinés à l'alimentation humaine ou animale produits à partir d'organismes génétiquement modifiés, et modifiant la directive 2001/18/CE Décision 2003/701/EC de la Commission du 29 septembre 2003 instaurant, conformément à la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil, un modèle pour la présentation des résultats des disséminations volontaires dans l'environnement de plantes supérieures génétiquement modifiées à d'autres fins que leur mise sur le marché [notifiée sous le numéro C(2003) 3405] 2004 Décision 2004/204/EC de la Commission du 23 février 2004 définissant les modalités de fonctionnement des registres visant à consigner les informations sur les modifications génétiques des OGM, prévus par la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil [notifiée sous le numéro C(2004) 540] (1) Arrêté du 28 juin 2004 portant renouvellement du mandat des membres de la commission d'étude de la dissémination des produits issus du génie biomoléculaire Arrêté du 19 juillet 2004 portant suspension de la mise sur le marché de colza génétiquement modifié au titre de l'article 23 de la directive 2001/18/CE Arrêté du 19 juillet 2004 portant suspension de la mise sur le marché de colza génétiquement modifié au titre de l'article 23 de la directive 2001/18/CE Décision 2004/643/CE de la Commission du 19 juillet 2004 concernant la mise sur le marché, conformément à la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil, d'un maïs génétiquement modifié (Zea mays L. lignée NK603) pour améliorer sa tolérance au glyphosate [notifiée sous le numéro C(2004) 2761] Décision 2004/657/CE de la Commission du 19 mai 2004 relative à l'autorisation de mise sur le marché de maïs doux issu de la lignée de maïs génétiquement modifiée Bt11 en tant que nouvel aliment ou nouvel ingrédient alimentaire, en application du règlement (CE) n° 258/97 du Parlement européen et du Conseil [notifiée sous le numéro C(2004) 1865] Décret n° 2004-1058 du 5 octobre 2004 portant application du code de la consommation en ce qui concerne les organismes génétiquement modifiés et les denrées alimentaires ainsi que les aliments pour animaux produits à partir de tels organismes Recommandation 2004/787/CE de la Commission du 4 octobre 2004 concernant des lignes directrices techniques en matière d'échantillonnage et de détection des organismes génétiquement modifiés et des matières produites à partir d'organismes génétiquement modifiés en tant que produits ou ingrédients de produits, dans le cadre du règlement (CE) n° 1830/2003 LOI n° 2004-1338 du 8 décembre 2004 relative à la protection des inventions biotechnologiques 90 2005 Décision 2005/174/CE de la Commission du 28 février 2005 établissant des notes explicatives destinées à compléter l’annexe II, partie B, de la directive 90/219/CEE du Conseil relative à l’utilisation confinée de micro-organismes génétiquement modifiés [notifiée sous le numéro C(2005) 413Décision 2005/317/CE de la Commission du 18 avril 2005 relative à des mesures d'urgence concernant la présence de l'organisme génétiquement modifié non autorisé Bt10 dans des produits à base de maïs [notifiée sous le numéro C(2005) 1257] Décision 2005/448/CE de la Commission du 3 mars 2005 autorisant la mise sur le marché d'aliments et ingrédients alimentaires issus de la lignée de maïs génétiquement modifié NK 603 en tant que nouveaux aliments ou nouveaux ingrédients alimentaires, en application du règlement (CE) n° 258/97 du Parlement européen et du Conseil [notifiée sous le numéro C(2005) 580] Décision 2005/463/CE de la Commission du 21 juin 2005 établissant un groupe en réseau pour l’échange et la coordination d’informations concernant la coexistence de cultures génétiquement modifiées, conventionnelles et biologiques Décision 2005/465/CE de la Commission du 22 juin 2005 concernant la mise sur le marché, conformément à la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil, d'un colza (Brassica napus L., lignée GT73) génétiquement modifié pour améliorer sa tolérance à l'herbicide glyphosate [notifiée sous le numéro C(2005) 1838] Décision 2005/608/CE de la Commission du 8 août 2005 concernant la mise sur le marché, conformément à la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil, d'un produit à base de maïs génétiquement modifié (Zea mays L. lignée MON 863) pour lui conférer la résistance à la chrysomèle des racines du maïs [notifiée sous le numéro C(2005) 2950] Décision 2005/635/CE de la Commission du 31 août 2005 concernant la mise sur le marché, conformément à la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil, d'un colza (Brassica napus L., lignée GT73) génétiquement modifié pour améliorer sa tolérance à l'herbicide glyphosate [notifiée sous le numéro C(2005) 3110] Recommandation 2005/637/CE de la Commission du 16 août 2005 relative aux mesures à prendre par le titulaire de l'autorisation pour prévenir tout éventuel dommage pour la santé et l'environnement en cas de dissémination accidentelle d'un colza (Brassica napus L., lignée GT73 ; MON-00073-7) génétiquement modifié pour améliorer sa tolérance à l'herbicide glyphosate [notifiée sous le numéro C(2005) 3073] Décision 2005/772/CE de la Commission du 3 novembre 2005 concernant la mise sur le marché, conformément à la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil, d'un maïs génétiquement modifié (Zea mays L., lignée 1507) pour le rendre résistant à certains parasites de l'ordre des lépidoptères et tolérant à l'herbicide glufosinate-amonium [notifiée sous le numéro C(2005) 4192] 91 2006 Décision 2006/47/CE de la Commission du 16 janvier 2006 concernant la mise sur le marché, conformément à la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil, d'un produit à base de maïs génétiquement modifié (Zea mays L. hybride MON 863 ¥ MON 810) pour lui conférer la résistance à la chrysomèle des racines du maïs et à certains parasites du maïs de l'ordre des lépidoptères [notifiée sous le numéro C(2005) 5980] Décision 2006/68/CE de la Commission du 13 janvier 2006 autorisant la mise sur le marché d'aliments et d’ingrédients alimentaires issus de la lignée de maïs génétiquement modifié MON 863 en tant que nouveaux aliments ou nouveaux ingrédients alimentaires, en application du règlement (CE) n° 258/97 du Parlement européen et du Conseil [notifiée sous le numéro C(2005) 5939] Décision 2006/69/CE de la Commission du 13 janvier 2006 autorisant la mise sur le marché d'aliments et d’ingrédients alimentaires produits à partir de la lignée de maïs génétiquement modifié Roundup Ready GA21 en tant que nouveaux aliments ou nouveaux ingrédients alimentaires, en application du règlement (CE) n° 258/97 du Parlement européen et du Conseil [notifiée sous le numéro C(2005) 5940] Décision 2006/197/CE de la Commission du 3 mars 2006 autorisant la mise sur le marché de denrées alimentaires contenant du maïs génétiquement modifié de la lignée 1507 (DAS-Ø15Ø7-1), consistant en ce maïs ou produites à partir de celui-ci, en application du règlement (CE) n° 1829/2003 du Parlement européen et du Conseil Décision 2006/255/CE de la Commission du 14 mars 2006 relative aux dispositions nationales imposant, dans les grandes surfaces, le placement des denrées alimentaires génétiquement modifiées sur des rayonnages distincts de ceux qu’occupent les produits non génétiquement modifiés, notifiées par Chypre au titre de l’article 95, paragraphe 5, du traité CE [notifiée sous le numéro C(2006) 797] JORF 14/04/06 Avis de consultation sur des projets d'expérimentation d'OGM au champ Décision 2006/335/CE de la Commission du 8 mai 2006 autorisant la République de Pologne à interdire sur son territoire l'utilisation de seize variétés de maïs génétiquement modifiées dérivées de la lignée MON 810, figurant dans le catalogue commun des variétés des espèces de plantes agricoles, conformément à la directive 2002/53/CE du Conseil [notifiée sous le numéro C(2006) 1795] Décision 2006/338/CE de la Commission du 8 mai 2006 autorisant la République de Pologne à interdire sur son territoire l’utilisation de certaines variétés de maïs figurant dans le catalogue commun des variétés des espèces de plantes agricoles, conformément à la directive 2002/53/CE du Conseil [notifiée sous le numéro C(2006) 1790] 92 ANNEXE 5 Les 60 propositions de la Mission d’Information Parlementaire sur « les enjeux des essais et de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés » I - Encourager la recherche et l’innovation A – Renforcer l’expertise scientifique et valoriser les recherches Proposition n° 1 : Accroître les moyens financiers destinés à la biologie végétale, à la toxicologie, à l’épidémiologie et à l’entomologie. Proposition n° 2 : Créer une voie de promotion interne pour attirer les chercheurs vers l’évaluation. Proposition n° 3 : Susciter la création d’un centre de recherche multidisciplinaire sur les OGM au niveau européen. Proposition n° 4 : Renforcer la capacité d’expertise française dans les biotechnologies à destination des pays du Sud. Proposition n° 5 : Encourager le développement d’un réseau européen d’allergovigilance et soutenir la création de sérothèques de référence. Proposition n° 6 : Développer des techniques permettant d’étudier la toxicité à long terme. Proposition n° 7 : Créer des réseaux d’épidémiologie performants. Proposition n° 8 : Intensifier les recherches sur la précision de l’insertion du transgène et l’interaction entre l’insertion du gène et l’expression du génome des plantes. Proposition n° 9 : Instaurer une procédure d’autorisation accélérée, assortie de contrôles renforcés, à l’initiative du ministre chargé de la santé, pour les essais et la mise sur le marché d’OGM dont le développement correspond à un besoin urgent de santé publique. Proposition n° 10 : Encourager les coopérations scientifiques avec les pays ayant massivement développé des cultures OGM. Proposition n° 11 : Encadrer strictement la constitution de partenariats public/privé, afin d’assurer l’indépendance des équipes scientifiques et la transparence des sources de financement. Proposition n° 12 : Soutenir les opérations de pré-développement, qui permettent de proposer des innovations aux entreprises existantes et de mobiliser du capital-risque en faveur de la création de start up. B – Favoriser l’accès aux connaissances et à la propriété intellectuelle Proposition n° 13 : Réviser la directive 98/44/CE afin d’y introduire le privilège du sélectionneur. Proposition n° 14 : Ratifier dans les plus brefs délais la convention internationale 93 pour la protection des obtentions végétales du 2 décembre 1961, révisée le 19 mars 1991. Proposition n° 15 : Promouvoir le certificat d’obtention végétale au niveau international. Proposition n° 16 : Défendre, au sein des instances internationales, le droit à la recherche et la limitation de la protection apportée par le brevet au couple « séquence génique/fonction associée ». Proposition n° 17 : Encourager le développement d’initiatives de mutualisation de la propriété intellectuelle publique Proposition n° 18 : Elaborer un code de bonnes pratiques entre la recherche publique et l’industrie biotechnologique au niveau européen. Proposition n° 19 : Promouvoir au niveau international le principe de licences gratuites ou à des prix très avantageux pour les petits agriculteurs des pays en développement, ainsi que l’introduction de clauses de sauvegarde en leur faveur. II - Développer l’expérimentation dans un cadre rigoureux Proposition n° 20 : Respecter les principes de parcimonie, de précaution et de transparence lors de la mise en œuvre d’expérimentations en plein champ Proposition n° 21 : Rendre obligatoire la transmission par le pétitionnaire, lors du dépôt d’une demande d’autorisation d’essai d’OGM en plein champ, d’éléments scientifiques rappelant les objectifs et les résultats des évaluations effectuées en milieu confiné et prouvant la nécessité de poursuivre ces évaluations en plein champ. Proposition n° 22 : N’accorder aucune autorisation d’essai d’OGM en plein champ pour les demandes n’incluant pas une évaluation de l’impact environnemental de l’OGM dans les objectifs de l’essai. Proposition n° 23 : Dans le cadre de l’expérimentation, rendre obligatoire, pour chaque espèce végétale, le respect d’une période minimale entre le semis des parcelles OGM et le semis des parcelles non-OGM. Proposition n° 24 : Procéder, lors des essais en plein champ de cultures Bt, à une étude des populations d’insectes et notamment des abeilles (recensement, comportement, reproduction) Proposition n° 25 : Interdire la transgénèse sur les animaux lorsqu’elle a une finalité commerciale. Proposition n° 26 : Subordonner les expérimentations sur animaux pour études complémentaires de toxicité ou pour production de substances nécessaires à la santé humaine à une exigence de proportionnalité et à l’accord du Comité consultatif national d’éthique, après consultation préalable du Centre européen pour la validation des méthodes alternatives (CEVAM). Exiger le respect des règles du bienêtre animal. Proposition n° 27 : Subordonner la production de substances indispensables à l’amélioration de la santé humaine, lorsqu’elle ne peut être réalisée que par l’intermédiaire d’animaux, à la validation, par le Comité consultatif national d’éthique, des méthodes employées et au respect absolu du bien-être animal. 94 III - Fixer les règles de coexistence des cultures A – Définir un taux unique de présence fortuite d’OGM Proposition n°28 : Soutenir l’adoption par le Conseil des ministres de l’Union européenne d’une directive fixant un taux de présence fortuite d’OGM dans les semences, au-delà duquel l’étiquetage « semence contenant des OGM » serait obligatoire. Proposition n° 29 : Maintenir le seuil de 0,9 % relatif à la présence fortuite d’OGM dans un aliment. Proposition n° 30 : Appliquer un seuil identique de présence fortuite d’OGM pour les cultures commerciales et les expérimentations en plein champ. Proposition n° 31 : Soumettre l’agriculture biologique au même taux de présence fortuite d’OGM que l’agriculture conventionnelle. B – Mettre en place un dispositif de séparation des cultures Proposition n° 32 : Demander à la Commission européenne de proposer au Conseil des ministres de l’Union européenne un projet de directive fixant les règles pratiques devant être mises en œuvre par les producteurs d’OGM sur leurs parcelles pour assurer la coexistence des différentes formes d’agriculture. Proposition n° 33 : Rendre obligatoire pour le pétitionnaire, dans le cas d’un essai comme d’une culture commerciale d’OGM, la création de « zones tampons », plantées en culture conventionnelle de même espèce que l’OGM, autour de la zone de plantation des OGM. Proposition n° 34 : Fixer par voie réglementaire, pour chaque espèce végétale et chaque climat, la largeur minimale des « zones tampons » devant être établies entre les plantes transgéniques et les cultures conventionnelles voisines dans lesquelles une présence fortuite d’OGM est possible. Prévoir une largeur supérieure dans le cas d’essais d’OGM en plein champ. Proposition n° 35 : Adapter les conditions de ségrégation d’une culture OGM à finalité médicamenteuse en fonction du danger potentiel que représenterait une ingestion accidentelle. En particulier, - utiliser des plantes qui n’ont pas de finalité alimentaire, sauf nécessité absolue - dûment justifiée ; - privilégier le confinement biologique, avec des plantes castrées ; - fixer des distances de séparation accrues entre les parcelles non-OGM et les - parcelles OGM lorsque ces dernières sont destinées à l’essai ou à la production de plantes à visée médicale ; - effectuer les plantations des cultures à visée thérapeutique avec un décalage - chronologique par rapport aux cultures à visée alimentaire ; - protéger matériellement les parcelles de plantes transgéniques à finalité - médicale contre les intrusions humaines et animales ; - requérir l’avis du ministère de la santé. 95 C – Instituer un régime d’indemnisation spécifique Proposition n° 36 : Instituer un régime de présomption de faute à l’encontre du producteur de plantes génétiquement modifiées en cas de présence fortuite d’OGM dans une parcelle de culture non-OGM supérieure au taux légal. Proposition n° 37 : Créer un fonds d’indemnisation en cas de présence fortuite d’OGM supérieure au taux légal, ce fonds étant financé par l’Etat et par la filière OGM. IV - Clarifier les procédures d’autorisation et de suivi Proposition n° 38 : Subordonner l’introduction de nouvelles cultures de plantes génétiquement modifiées à un examen, au cas par cas, des bénéfices et des risques, incluant une analyse scientifique rigoureuse et complète. Proposition n° 39 : Fusionner la Commission du génie génétique (CGG), la Commission du génie biomoléculaire (CGB) et le Comité de biovigilance en un Conseil des biotechnologies, chargé d’évaluer les risques et bénéfices des OGM avant comme après l’obtention d’un agrément ou d’une autorisation d’essai ou de culture. Proposition n° 40 : Assurer une meilleure coordination entre l’AFSSA et l’AESA pour l’évaluation sanitaire des dossiers d’autorisations de mise sur le marché d’OGM, tout en dotant le Conseil des biotechnologies des moyens d’évaluer les éventuels risques sanitaires des OGM. Proposition n° 41 : Distinguer, au sein du Conseil des biotechnologies, une section scientifique chargée de l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux de chaque OGM, et une section « civile » chargée de comparer ces risques aux bénéfices économiques et sociaux attendus de l’OGM. Proposition n° 42 : Assurer, au sein de la section scientifique du Conseil des biotechnologies, une représentation suffisante de chaque spécialité scientifique concernée par l’évaluation des risques (génie biomoléculaire, biologie végétale, entomologie, toxicologie, allergologie, épidémiologie et autres spécialités médicales concernées). Proposition n° 43 : Prévoir une rémunération minimale de tous les membres du Conseil des biotechnologies et soumettre ceux-ci à une obligation de déclaration de toute source de rémunération et de toute participation à un projet industriel privé. V - Associer la population et assurer la transparence A – Améliorer l’information du grand public Proposition n° 44 : Modifier l’article 6 du décret n° 93-1177 du 18 octobre 1993 pour rendre obligatoire l’affichage en mairie, pendant toute la durée de l’essai, et la publication dans un journal local, d’une brève synthèse des informations figurant dans la fiche d’information au public, indiquant la nature de l’OGM testé, le but de l’essai en plein champ et sa localisation précise. Proposition n° 45 : Assurer la publication sur Internet des avis de la section « civile » et de la section scientifique du futur Conseil des biotechnologies sur les demandes d’autorisations d’essais d’OGM en plein champ, ainsi que celle d’une synthèse pédagogique des travaux effectués par la section scientifique sur les risques éventuels et la nature de chaque OGM testé. 96 Proposition n° 46 : Compléter la réglementation pour prévoir l’accès du public, par le biais d’Internet notamment, au registre national des essais en cours d’OGM en plein champ. Proposition n° 47 : Mettre la réglementation nationale en conformité avec l’article 31 de la directive 2001/18/CE, en prévoyant la tenue d’un registre national de toutes les cultures commerciales d’OGM, dont le contenu serait communiqué au public selon des modalités proches de celles retenues pour les essais (Internet et, pendant les deux premiers mois d’une culture, affichage en mairie et publication dans un journal local). Proposition n° 48 : Créer, au sein du Conseil des biotechnologies, une cellule de communication indépendante et pluraliste, chargée de porter à la connaissance du grand public, par le biais des médias et à l’occasion de débats nationaux, des informations scientifiques simples sur les OGM (nature, risques et avantages). Proposition n° 48 bis : Encourager l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) à organiser des débats publics sur les OGM ainsi que sur les rapports entre la science et la société. Proposition n°49 : Eviter tout étiquetage spécifique des viandes d’animaux et produits dérivés d’animaux ayant consommés des OGM, la mise en place d’une telle obligation étant irrationnelle, complexe et incontrôlable. Proposition n° 50 : Rendre obligatoire, sur l’étiquetage des aliments destinés à la consommation humaine, la mention des pesticides utilisés, dès lors que ceux-ci sont inscrits sur une liste établie par décret (en liaison avec l’AFSSA) des produits phytosanitaires autorisés ayant un impact, même léger, sur la santé humaine. B – Associer la population et ses représentants locaux et associatifs Proposition n° 51 : Encourager l’élaboration conjointe par les conseils régionaux, les chambres d’agricultures et les organisations professionnelles agricoles de schémas d’orientation, non opposables à l’Etat, proposant des sites d’implantation d’essais, situés de préférence dans des communes dont les maires sont favorables à de telles expérimentations. Proposition n° 52 : Compléter la réglementation pour que les services déconcentrés de l’Etat soient tenus de proposer par écrit un entretien d’information au maire de toute commune concernée par un projet d’essai d’OGM en plein champ. Proposition n° 53 : Prévoir en droit français une procédure souple de consultation de la population locale avant la délivrance d’une autorisation d’essai en plein champ. Proposition n° 54 : Compléter la législation pour que les services déconcentrés de l’Etat soient tenus d’informer par écrit le maire de toute commune concernée par une culture d’OGM inscrite sur le registre national à constituer. Proposition n° 55 : Permettre aux représentants d’associations de protection de l’environnement de participer, aux côtés des semenciers et des organisations professionnelles agricoles, aux réunions organisées par l’administration pour préparer la fixation des règles de coexistence entre les cultures non OGM et les essais et cultures OGM. 97 VI – Prévenir les risques environnementaux par une surveillance et des pratiques culturales adaptées Proposition n° 56 : Maintenir une surveillance biologique continue, notamment pour les insectes cibles, dans les zones d’essais et de culture de plantes transgéniques destinées à combattre des insectes. Proposition n° 57 : Poursuivre l’évaluation de l’impact de l’utilisation des herbicides totaux sur la flore et la faune, le suivi des populations d’abeilles devant faire l’objet de recherches spécifiques de l’INRA, en liaison avec la profession apicole. Proposition n° 58 : Rendre obligatoire, dans chaque exploitation utilisatrice d’OGM destinés à lutter contre les insectes, la création, pour chaque espèce végétale concernée, d’une zone refuge plantée en variété conventionnelle représentant au moins 25 % de la surface occupée par les plantes transgéniques. Proposition n° 59 : Charger les agents de l’Etat mis à la disposition du Conseil des biotechnologies de contrôler sur le terrain la mise en place et le maintien d’une zone refuge réglementaire par chaque exploitation ayant recours à des plantes transgéniques. Proposition n° 60 : Demander aux chambres d’agriculture d’encourager davantage la rotation des cultures, lorsqu’une culture de plantes transgéniques résistantes à un herbicide a été faite sur une parcelle, de façon à limiter les problèmes posés par les repousses spontanées de ces plantes. 98 ANNEXE 6 Les plantes transgéniques : les grandes étapes23 1973 : Identification du plasmide Ti dans la bactérie Agrobacterium tumefaciens. Ce plasmide permet d’accueillir le gène porteur du caractère recherché, qu’il est en mesure d’introduire dans le génome d’une plante. 1983 : Première plante transgénique obtenue (tabac au stade expérimental). 1985 : Première plante transgénique résistante à un insecte. 1987 : Première plante transgénique tolérante à un herbicide total. 1988 : Première céréale transgénique (maïs résistant à la kanamycine). 1990 : Première commercialisation d’une plante transgénique (Chine : tabac résistant à un virus). 1994 : premier légume transgénique commercialisé (tomate Flavr savr à maturation retardée). 1997 : Premier tabac producteur d’hémoglobine. France : première autorisation de la culture transgénique : maïs résistant à la pyrale. 1999 : 40 millions d’hectares de plantes transgéniques dans le monde. 2000 : séquençage du génome d’Arabidopsis thaliana. 2002 : 58,7 millions d’ha de plantes transgéniques cultivées dans le monde. 23 - Source : www.ogm.org 99 PAGE BLANCHE ANNEXE 7 Plantes transgéniques commercialisées ou en cours d'étude dans le monde24 Parmi les principales espèces qui sont utilisées; il y a les espèces suivantes : Banane : Résistance aux maladies, meilleure conservation, production de molécules spécifiques Betterave : Résistance aux maladies, tolérance à un herbicide, production de molécules spécifiques Blé : Tolérance à un herbicide, résistance aux maladies, modification de la teneur en amidon Cacao : Résistance aux maladies Café : Résistance aux insectes Chicorée : Tolérance à un herbicide Chou : Résistance aux insectes Colza : Résistance aux insectes, tolérance à un herbicide, modification de la composition en huile, résistance aux champignons, variétés hybrides, production de molécules spécifiques (protéines, enzymes, acides aminés, enrichi en bêta carotène) Concombre : Résistance aux maladies Coton : Résistance aux insectes, tolérance à un herbicide, amélioration de la qualité des fibres Courge : Résistance à un virus Laitue : Diminution de la quantité de nitrate dans la plante, tolérance à un herbicide, résistance aux maladies Maïs : Résistance aux insectes, tolérance à un herbicide, résistance aux maladies, modification de la teneur en protéines Manioc : Résistance aux virus, amélioration de la qualité nutritive Melon : Résistance aux maladies, meilleure conservation, tolérance à un herbicide Oeillet : Coloration modifiée, fanage ralenti Peuplier : Amélioration de la matière première pour la fabrication du papier Papaye : Résistance à un virus Pomme de terre : Résistance aux maladies, résistance aux insectes, tolérance à un herbicide, modification de la teneur en amidon Pommier : Résistance aux insectes Riz : Suppression d'un facteur d'allergie, tolérance à un herbicide, résistance aux insectes, production de molécules spécifiques (enrichi en bêta carotène) 24 - Source : www.ogm.org 101 Soja : Tolérance à un herbicide, modification de la composition en huile, en protéines, production de molécules spécifiques (enzymes, anticorps) Tabac : Tolérance à un herbicide Tomate : Meilleure conservation, résistance aux maladies, résistance aux insectes, tolérance à un herbicide, enrichissement en bêta carotène Tournesol : Tolérance à un herbicide, production d'acides gras libres Vigne : Résistance au court-noué (maladie) 102 ANNEXE 8 Sources documentaires Rapport de la Mission d’Information Parlementaire sur « les enjeux des essais et de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés » Communiqué de presse du Ministère de l’Agriculture du 19 mai 2006 Le Figaro La Montagne http://www.liste-hygiene.org/veilleogm.htm www.ogm.org http://fr.wikipedia.org www.isaaa.org www.ogm.gouv.fr www.limagrain.com www.cereales-vallee.org http://cmenard.com/article.php?art=233 103 PAGE BLANCHE ANNEXE 9 Liste des sigles AESA : Autorité Européenne de Sécurité des Aliments AFSSA : Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments AOC : Appellation d’Origine Contrôlée CESR : Conseil Économique et Social Régional CEVAM : Centre Européen pour la Validation des Méthodes Alternatives CGB : Commission du Génie Biomoléculaire CGG : Commission du Génie Génétique COV : Certificat d’Obtention Végétale CRNH : Centre de Recherche en Nutrition Humaine DGAL : Direction Générale de l’Alimentation FRANE : Fédération Régionale Auvergne Nature et Environnement INRA : Institut National de la Recherche Agronomique MGM : Micro-organismes Génétiquement Modifiés OPECST : Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques PGM : Plantes Génétiquement Modifiés SRPV : Services Régionaux de la Protection des Végétaux UE : Union Européenne UPOV : Union pour la Protection des Obtentions Végétales 105 PAGE BLANCHE ANNEXE 10 Composition du Conseil Économique et Social Régional COLLÈGE 1 : ENTREPRISES ET ACTIVITÉS PROFESSIONNELLES NON-SALARIÉS : 24 représentants NOMBRE DE REPRÉSENTANTS MODE DE DÉSIGNATION NOMS DES REPRÉSENTANTS 4 Désignés par la Chambre régionale de Commerce et d’Industrie M. Bernard BOUNIOL M. Jean CARLA M. Pierre DESCOURS M. Jean-Claude JOURDAN 2 Désignés par la Chambre régionale de Métiers M. Henri KOLASINSKI M. Christian VABRET 7 Désignés par accord entre la Délégation Auvergne du Mouvement des Entreprises de France, la Confédération générale des petites et moyennes entreprises Auvergne, l’Union Professionnelle Artisanale Auvergne M. Loïc BOUFFARD Mme Marguerite AMATHE M. Jean MASLARD M. Hughes-Arnaud MAYER M. Jean-Claude RAMBOURDIN M. Jean ROBERT M. Casimir SZYMCZAK 1 Désigné par accord entre la Fédération des organismes gestionnaires des centres interprofessionnels de formation de la Région Auvergne et à l’échelon régional de liaison des groupements départementaux de l’apprentissage M. Henri MAZAL 1 Désigné par accord entre les représentants de la Direction régionale de la SNCF de Clermont-Ferrand, la Délégation régionale EDF et la Délégation régionale GDF M. Alain MARTEL 1 Désigné par l’Union régionale des banque M. Charles MATTHES 1 Désigné par accord entre les entreprises privées ayant un établissement d’au moins 1000 salariés dans la région : Aubert et Duval S.A., Groupe Limagrain, Manufacture Française de Pneumatiques Michelin, Péchiney-Rhénalu, Sagem S.A., Société des eaux de Volvic M. Maurice SARDIER 1 Désigné par d’Agriculture M. Jacques CHAZALET la Chambre 107 régionale 4 Désignés par accord entre le Centre régional des jeunes agriculteurs, la Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles, la Confédération paysanne d’Auvergne, la Fédération régionale des coopératives agricoles, la Fédération régionale de la mutualité sociale agricole d’Auvergne et la Fédération régionale du Crédit Agricole. Mme Michèle DELESVAUX M. Yannick FIALIP M. Maurice BAQUIER M. Bertrand PATIES 2 Désignés par accord entre l’Union régionale de l’Union nationale des associations de professions libérales, les Chambres départementales des professions libérales, le Conseil Régional de l’ordre des médecins, le Conseil Régional de l’ordre des chirurgiens-dentistes, le Conseil Régional de l’ordre des vétérinaires, le Conseil Régional pharmaciens, les Bâtonniers des barreaux du ressort de la cour d’appel de Riom, le Conseil Régional des notaires du ressort de la cour d’appel de Riom, le Conseil Régional de l’ordre des experts-comptables, le Conseil Régional de l’ordre des architectes et la Chambre régionale des huissiers de justice du ressort de la cour d’appel de Riom Mme Catherine LAMOUSSE M. Bernard LORIZON 108 COLLÈGE 2 : SYNDICATS DE SALARIÉS : 24 représentants NOMBRE DE REPRÉSENTANTS NOMS DES REPRÉSENTANTS MODE DE DÉSIGNATION 9 Désignés par le Comité régional CGT Auvergne Mme Béatrice ARSAC Mme Marie-Hélène BARDE M. Luc BOURASSEAU M. Serge BRUGIÈRE M. Daniel COFFIN M. Alain COURTINE M. Serge ROLLAND M. Vincent RODRIGUEZ 6 Désignés par l’Union régionale interprofessionnelle CFDT Auvergne M. Jean BARRAT M. Xavier CUSSAC M. Joseph DOMPS M. Gérard LENOIR Mme Annick IMMARIGEON M. Jacques LÉPINARD 4 Désignés par l’Union régionale syndicats FO de l’Auvergne Mme Colette BAC M. Gérard MORLET M. Jean-Michel REBERRY M. Claude RUE 1 Désigné par l’Union régionale CFTC d’Auvergne M. Christian GRENIER 1 Désigné par l’Union régionale CGC M. Henri JAVION 2 Désignés par l’Union régionale Auvergne de l’UNSA M. Jean-Claude MONTAGNE M. Bernard RUGGERI 1 Désigné par le Comité régional FSU M. Vincent PRÉSUMEY 109 des COLLÈGE 3 : VIE COLLECTIVE : 20 représentants NOMBRE DE REPRÉSENTANTS NOMS DES REPRÉSENTANTS MODE DE DÉSIGNATION 1 Désignés par accord entre l’Union régionale des caisses d’assurance maladie, la Caisse régionale d’assurance maladie et les Caisses d’allocations familiales départementales M. Bernard EUZET 1 Désigné par accord entre les Comités départementaux des retraités et des personnes âgées M. Bernard BASSOT 1 Désigné par accord entre les organismes œuvrant dans le secteur sanitaire et social : l’Union régionale interfédérale des œuvres privées, sanitaires et sociales, le Centre régional pour l’enfance et l’adolescence inadaptées, et la Délégation régionale de l’Union des fédérations et syndicats nationaux d’employeurs sans but lucratif du secteur sanitaire, médico-social et social M. André BRUNET 1 Désigné par l’Union régionale de la mutualité d’Auvergne M. Jean-Marc LAGOUTTE 1 Désigné par le Groupement régional de la coopération, de la mutualité et des associations M. Michel-Paul HERGAT 1 Désigné par l’Union associations familiales M. Joseph GUIMET 1 Désignée par l’accord entre la Section régionale de la Fédération des conseils de parent d’élèves, la Section régionale de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves de l’enseignement public, la Section régionale de l’Union nationale des associations autonomes de parents d’élèves et l’Union régionale des associations de parents d’élèves de l’enseignement libre. régionale 110 des Mme Mireille PASQUEL 1 Désigné par accord enter l’Association régionale de la Confédération nationale du logement, la Confédération générale du logement, la Confédération syndicale du cadre de vie, l’Union départementale de la Confédération du logement de du cadre de vie, et l’Union régionale des associations familiales M. Henri TEILHOL 1 Désigné par accord entre l’Association régionale HLM et la Chambre des propriétaires de la région Auvergne M. René JEMINET 1 Désignée par l’Union régionale organisations de consommateurs Mme Marie-Jeanne BEGEY 1 Désigné par la Fédération régionale Auvergne pour la protection de la nature de le l’environnement M. Marc SAUMUREAU 1 Désigné par accord entre le Comité régional des associations de jeunesse et d’éducation populaire, les Jeunesses ouvrières chrétiennes – jeunes ouvriers de France, le Centre information jeunesse Auvergne, la Délégation régionale COTRAVAUX, la Fédération régionale des associations familiales et rurales, Espaces et Recherche, la Fédérations de folklore Berry bourbonnais Auvergne, la Délégation régionale des scouts d’Europe M. Jacques LABAT 1 Désigné par le Comité régional olympique et sportif M. Yves LEYCURAS 1 Désigné par accord entre l’Agence régionale pour le livre en Auvergne, l’Association régionale pour la promotion du théâtre en Auvergne, l’Agence des musiques traditionnelles en Auvergne, la Comédie de Clermont-Ferrand, la Coopérative de Mai, le Festival de musique de la Chaise-Dieu, le Festival international de théâtre de rue d’Aurillac, l’Orchestre d’Auvergne et Sauve qui peut le court métrage M. Jack CALDEFIE 1 Désignée par le Comité régional du tourisme Mme Colette CHARET 111 des 2 Désignés par accord entre les responsables des établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche : l Université d’Auvergne, l’Université BlaisePascal, l’Institut Français de Mécanique avancée, l’École Nationale d’ingénieurs des Travaux Agricoles, l’Institut National de la Recherche Agronomique, l’École Nationale du Génie Rural des Eaux et des Forêts et le Centre d’Étude du Machinisme Agricole des Eaux et des Forêts M. Michel DOLY M. Jacques FONTAINE 1 Désigné par accord entre le Groupe Centre France la Montagne et France 3 Auvergne M. Jean-Pierre CAILLARD 1 Désigné par accord entre l’Association bourbonnaise socio-éducative de contrôle judiciaire, l’Association d’aides aux victimes d’infractions pénales, l’Association Victimes Écoute-Conseils, l’Association Justice et Partage, et l’association polyvalente d’action judiciaire, SOS Inceste et violences sexuelles Auvergne et SOS Femmes Mme Christiane NOLIÉ 1 Désigné par accord entre la Délégation régionale de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réadaptation sociale et l’Union régionale des entreprises d’insertion M. René BAPTISTINI COLLÈGE 4 : 3 PERSONNALITÉS QUALIFIÉES NOMBRE DE REPRÉSENTANTS 3 MODE DE DÉSIGNATION Désignés par arrêté du Préfet de la Région Auvergne en date du 25 octobre 2001 112 NOMS DES REPRÉSENTANTS Mme Marie HECKMANN M. André REY M. Christian BOUTIN ANNEXE 11 Table des matières de la note d’information Avant-propos .......................................................................................................................... 8 I – Les Organismes Génétiquement Modifiés : Qu’est-ce que c’est ?....... 9 A – La définition retenue par l’Europe ............................................................................ 9 B – Quelques éléments techniques ................................................................................... 9 1 - Les outils de la transgénèse ................................................................................... 9 2 - Les différentes étapes ............................................................................................. 9 C - Certificat d'obtention végétale / Brevet ............................................................... 11 1 - Le Certificat d'obtention végétale ...................................................................... 11 2 - Le brevet ................................................................................................................... 11 D – Les éléments réglementaires .................................................................................... 13 1 - En droit international............................................................................................. 13 2 - En droit communautaire et en droit national .................................................. 14 E – Les déclinaisons juridiques… ..................................................................................... 15 1 - … en matière d’utilisation confinée de micro-organismes génétiquement modifiés (MGM) ................................................................................................... 15 2 - … en matière de dissémination volontaire d’OGM dans l’environnement 16 F – La jurisprudence .......................................................................................................... 18 II – État des lieux .............................................................................................................. 20 A – Dans le monde .............................................................................................................. B – En Europe ...................................................................................................................... C – En France ....................................................................................................................... 1 - Les cultures .............................................................................................................. 2 - Les essais en plein champ ..................................................................................... D – En Auvergne .................................................................................................................. 20 22 22 22 22 23 III – Les éléments du débat .................................................................................................. 24 A – Les questionnements des scientifiques .................................................................. 24 1 - Pourquoi faire de la transgénèse ? ...................................................................... 24 2 - Les incertitudes ....................................................................................................... 25 3 - Intérêts potentiels et risques supposés ............................................................. 26 B – Les enjeux de l’agro-alimentaire en Auvergne..................................................... 27 1 - Le Groupe Limagrain .............................................................................................. 27 2 - Le pôle de compétitivité « Innovation dans les céréales »........................... 30 C – Les interrogations de citoyens ................................................................................. 31 1 - La FRANE ................................................................................................................... 31 2 - Le collectif OGM 63 ................................................................................................ 33 3 - Les agriculteurs biologiques ................................................................................. 34 D – La Mission d’Information Parlementaire sur « les enjeux des essais et de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés » ..................................... 35 IV – Quel avenir ? .................................................................................................................. 38 ANNEXES ................................................................................................................................. 77 113 PAGE BLANCHE
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