Festival du cinéma Kurde de Paris

Transcription

Festival du cinéma Kurde de Paris
Festival du cinéma Kurde de Paris
Note de synthèse
Tena Srdelic
Master 2 Professionnel Conduite de Projets culturels- Connaissance
des publics- Cours de F. Campana « La production et la diffusion
cinématographique et audiovisuelle » - décembre 2007
Sommaire
Introduction…………………………………………………………………………………3
1. Festival du cinéma kurde de Paris………………………………………………………4
1.1. Organisation et financement……………………………………………………………..4
1.2. Programmation du festival et le type de sujet……………………………………………5
1.3. Intérêt du festival…………………………………………………………………………6
1.4. Difficultés et enjeux du « Festival du cinéma kurde de Paris »…………………………..7
1.5. Avenir et nouveaux projets……………………………………………………………….7
1.6. La salle……………………………………………………………………………………8
2. Production des films kurdes………………………………………………………………9
3. Le cinéma kurde- un nouveau cinéma…………………………………………………..10
Conclusion……………………………………………………………………………………13
Bibliographie………………………………………………………………………………….14
2
Introduction
Pour mieux comprendre les raisons et l’intention du cinéma kurde, nous allons d’abord
donner quelques explications sur la nation kurde et son histoire.
Les Kurdes sont un peuple d’origine indo européenne comptant entre 35 et 40 millions de
personnes, vivant surtout en Turquie (environ 20 millions), en Iran (7 millions), en Irak (6
millions) et en Syrie (2 millions). Ils appellent leur pays Kurdistan. Le territoire de Kurdistan
s'étend au sud-est de la Turquie, au nord-est de l'Irak, au nord-ouest de l'Iran et au nord-ouest
de la Syrie. C’est une région d'Asie occidentale. Il existe également des communautés kurdes
en Azerbaïdjan, au Liban et au Koweït, et aussi en ex-URSS (Arménie, Géorgie : 320 000).
Les Kurdes forment la plus grande nation sans état du monde. Les deux foyers majeurs de
population kurde sont la Turquie (54,6 %) et l'Iran (24,3%).
Depuis une siècle, les Kurdes luttent pour pouvoir s’autodéterminer, avoir leur propre pays, le
Kurdistan. Cette lutte n’est pas facile parce que tous les états qui abritent une communauté
non négligeable de Kurdes s’opposent activement à la création d’un état kurde, craignant de
devoir abandonner une partie de leur territoire national.
Les Kurdes sont un peuple dont l'identité et la culture sont donc niées, victimes de
l'oppression des pouvoirs des pays où ils vivent, et souvent contraints à l'exil.
Durant la majeure partie du 20e siècle en Turquie, l'usage de la langue kurde et l'affirmation
d'une identité kurde étaient proscrites, et quelquefois même poursuivis d'emprisonnement et
de mort. Et malgré quelques changements, la situation actuelle n'est guère réjouissante. De
nombreux Kurdes sont en prison. Les assassinats politiques et les exécutions sommaires de
militants ou de civils kurdes se poursuivent. Quant à la langue kurde, elle n'est plus interdite
mais l'existence du peuple kurde n'est toujours pas reconnue par la Constitution turque.
En Irak, le régime de Saddam Hussein a commis de nombreux massacres ethniques à
l'encontre des populations. Dans le contexte de la guerre entre l'Iran et l'Irak, beaucoup de
Kurdes étaient les victimes de la guerre. Après la guerre du Golfe en 1991, deux régions du
Kurdistan irakien deviennent autonomes. Elles se sont réunies en 2005 et disposent d'un
parlement autonome.
Les Kurdes d'Iran connaissent des répressions systématiques face à toute aspiration nationale,
tout comme en Syrie. Mais, langue kurde y est officiellement reconnue et des députés kurdes
siègent au Parlement.
Les persécutions de tous les mouvements revendicatifs d'une identité kurde, l'emprisonnement
des élites intellectuelles, la difficulté de vivre ont poussé un grand nombre de Kurdes à l'exil.
Une diaspora kurde de plus de 800 000 personnes vit aujourd'hui en Europe, aux États-Unis et
en Australie.
C'est dans ce contexte là que le festival du cinéma kurde est organisé pour la première fois à
Paris, et cela par l'intermédiaire d'une association des cinéastes kurdes a Paris, CCAK
(Collectif des Cinéastes et des Artistes Kurdes), créée en 2006, qui a voulu faire découvrir
pour la première fois au public parisien la culture kurde, en lui présentant le festival du
cinéma kurde.
Ce festival, qui a eu lieu du 24 au 30 Octobre 2007 au cinéma Le Quartier Latin, a l’ambition
de soutenir et de promouvoir la création cinématographique kurde et de le faire découvrir au
public parisien. C’est le premier festival du cinéma kurde à Paris et cette année c’est sa
première édition.
3
1. Festival du cinéma kurde de Paris
1.1. Organisation et financement
Le Festival du cinéma Kurde de Paris a été organisé par l’association COCDARK (Collectif
des cinéastes et des artistes kurdes), créé en 2006.
Le but de cette association est :
- créer un espace d’échanges artistiques entre les artistes kurdes
- permettre une solidarité entre l’ensemble des membres, unir leurs efforts en vue de favoriser
cette solidarité, les échanges, de coordonner les activités exercées par eux
- promouvoir le cinéma kurde et les artistes kurdes
- concevoir et développer des projets artistiques et culturels autour des Kurdes (y compris la
diaspora kurde en Europe)
- réaliser et favoriser la création de projets artistiques, notamment cinématographiques.
L’association COCDARK compte aujourd’hui une dizaine de membres (dont trois actifs),
parmi eux, des étudiants en cinéma, en médiation culturelle, des juristes. ..
Donc, l’association COCDARK s’attache à soutenir et promouvoir le cinéma kurde, et cela
surtout en s’efforçant de constituer un tremplin pour la création de jeunes cinéastes kurdes.
Ali Gül Dönmez, jeune réalisateur kurde et président du COCDARK était aussi directeur du
festival. Il avait aussi le rôle de l’attaché de presse, il a fait la programmation pour le festival,
s’occupait de la location de la salle du cinéma ainsi que de la location des films.
L’association COCDARK cherchait des subventions et a fait quatre demandes de financement
dont deux étaient rejetées et deux acceptées. Le projet du festival a été refusé par le Conseil
de l’Ile de France qui a justifié son refus par un trop grand nombre de demandes pour un tel
genre d’activité culturelle. COCDARK a envoyé aussi une demande au Gouvernement du
Kurdistan d’Irak et jusqu'à ce jour il n’a pas reçu leur réponse. Finalement il a obtenu la
subvention de la Mairie de Paris et de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité
des chances (l’ACSE) qui sont ses partenaires. L’association disposait d’un budget de
10.000,00 EUR. Les préparations pour le festival duraient 4 mois.
COCDARK devait justifier toutes ses dépenses du budget du festival à la Mairie de Paris
(pour la location de la salle, pour les frais de transport et d’hébergement des réalisateurs
kurdes). Il fallait justifier et présenter à la Mairie de Paris à la fin de ce festival le nombre de
réalisateurs qui sont venus au festival, la somme d’argent qui a été dépensée et la recette
qu’ils ont obtenue pendant le festival.
Comme il s’agissait d’un budget très limité, malheureusement ce n’était pas possible
d’organiser cette année une compétition pour le meilleur film qui obtiendrait un prix.
COCDARK reste optimiste et prévoit un concours de ce type pour une prochaine édition du
festival.
Si le festival continue son déroulement l’année prochaine, c’est le COCDARK qui s’occupera
de son organisation.
Le Festival du cinéma kurde de Paris était aidé aussi par l'Institut kurde de Paris- un
organisme culturel indépendant, non politique et laïc, qui regroupe des intellectuels et artistes
kurdes d'horizons divers ainsi que des spécialistes occidentaux du monde kurde. L’institut
kurde de Paris a aidé le festival par les démarches de la subvention et la recherche des
partenaires. Il a aussi prêté pour les besoins du festival deux films de Güney, un des plus
célèbres réalisateurs kurdes.
4
Collectif du cinéma de Mésopotamie, un organisme se trouvant à Istanbul, fonctionnant
comme une maison de production, a aussi aidé le Festival du cinéma kurde de Paris en
conseillant quelques films et réalisateurs.
Concernant le sous-titrage, beaucoup de films loués pour le Festival du cinéma kurde étaient
déjà sous-titrés en anglais ou en français parce qu’ils étaient déjà présentés lors de différents
festivals de film (festival du film de Berlin, de Londres). Les organisateurs n’ont pas eu assez
de temps et de moyens financiers pour le sous-titrage de tous les films du programme en
français. À cause d’un plus nombreux public qui vient pendant le week-end, les organisateurs
faisaient attention que les films projetés pendant le week-end soient sous-titrés en français.
Donc, ils étaient obligés de préparer le sous-titrage de certains films en français. Un seul film
de long métrage était sous-titré en français par l’aide d’une société de sous-titrage pour les
besoins du festival.
Pour la prochaine édition du festival, les organisateurs essaieront de trouver une solution de
sous-titrage de tous les films en français.
La publicité autour de ce festival était organisée de manière que les affiches étaient mises
surtout près du cinéma dans le Quartier Latin, mais aussi dans les différents lieux culturels et
les Universités. Les dossiers de presse étaient envoyés à tous les grands médias ainsi qu’aux
sites d’internet de cinéma comme à Allociné qui a publié un article sur le festival. Un site web
sur le Festival du cinéma kurde de Paris a été créé avec toute la programmation et dossier de
presse. Une brochure sur le festival était distribuée aux visiteurs du cinéma Le Quartier Latin.
1.2. Programmation du festival et le type de sujet
Le festival a programmé au total une trentaine de films (court métrages, long métrages et
documentaires). De nombreux réalisateurs, venus de pays différents étaient présents lors du
festival pour présenter leurs films et pour animer les séances. Un panel qui a permis aux
réalisateurs d’exprimer leurs idées sur les divers problèmes économiques, politiques et
professionnels était organisé. Le président du COCDARK et directeur du « Festival du
cinéma kurde de Paris » Ali Gül DÖNMEZ a déclaré lors de son intervention au panel que
« Même si le cinéma kurde n’a pas d’industrie et de marche national et que dans ce sens on ne
peut pas parler d’un cinéma national kurde, une chose est sûre c’est qu’un mouvement
cinématographique kurde est bien réel, qui règne sur les terres du Kurdistan et qui est à la
recherche de son propre langage cinématographique. Notre festival est le fruit de ce
mouvement cinématographique kurde. »
Pendant la semaine du « Festival du cinéma kurde de Paris » ont été présentés les films de
quelques réalisateurs kurdes qui ont retrouvé un succès international. Parmi eux, nous devons
citer Bahman Ghobadi- Iran, Hiner Saalem- France, Kazim Oz- Turquie, Berivan BinevsBelgique, Huseyin Karabey- Turquie et Kudret Günes- France. Mais la majorité des œuvres
restent encore inconnues au public français et européen, qui connaît néanmoins le cinéaste
kurde Yilmaz Güney, à travers ses deux chefs d’œuvre « YOL » (palme d’or a Cannes) et
« SURU » (Le Troupeau).
Le festival était ouvert par un concert des trois musiciennes kurdes de différentes parties de
Kurdistan (Turquie, Russie et Iran) qui ont présenté des chants traditionnels de différents
régions de Kurdistan.
Lors de la semaine du festival, chaque jour était présenté un film de court métrage et un film
de long métrage, et cela l’après-midi et le soir. Donc, quatre films étaient présentés chaque
jour. Les courts métrages étaient surtout les films documentaires.
5
Tous ces films, même s’ils sont produits par des réalisateurs kurdes arrivant de différentes
parties du Kurdistan, ont des sujets communs. Ils veulent montrer tous le destin de ce peuple
marqué par les voyages forcés, les exils forcés (L’EXIL de Orhan Eskikoy ; UN CHANT
POUR BEKO de Nizamettin Aric) et les histoires troublantes (EXTERIEUR/NUIT de Ali
Gul Donmez ; PHOTOGRAPHIE de Kazim Oz). Ils parlent des coutumes du peuple kurde et
de leurs légendes (film SIYABEND U XACE de Sahin Gok), de leurs craintes (ESPOIR de
Yilmaz Guney ; LA FRONTIERE BLANCHE de Mohamed Kakei ; CARNETS D’UN
COMBATTANT KURDE de Stefano Savona), des séparations forcées de la famille, de
l’intégration et de l’assimilation des immigrés kurdes à l’étranger (film documentaire ENTRE
DEUX MONDES de Yusuf Yeiloz). Ce peuple exilé a grand désir de retrouver ses origines et
son identité (film VANDETTA SONG de Eylem Kaftan ; LE TEMPS DES NARCISSES de
Massoud Arif Salih et Hussein Hassan Ali ; HALF MOON de Bahman Ghobadi). Quelques
films montrent bien le destin triste des enfants kurdes abandonnés à eux-mêmes
(L’HERITAGE DE LA GUERRE de Cesur Cenk), les enfants du Kurdistan irakien qui
collectent les bombes et les vendent aux Américains (LES TORTUES VOLENT AUSSI, de
Bahman Ghobadi).
Quelques films documentaires traitent les sujets de l’histoire du peuple Kurde, surtout celui de
Turquie (par exemple le film documentaire DERSIM 38 de Cayan Demirel démontre la
politique de la turquification à Dersim en 1937/1938 qui a été mise en application par
l’utilisation de la force excessive contre des civils et ayant pour résultat la mort de 80 000
personnes).
Le sujet souvent traité est l’histoire des personnes qui se sont retrouvées du jour au lendemain
sans passé, contraints de fuir leur propre pays. C’est la tragédie de ces gens sans ressources et
aussi profondément isolés (par exemple le sujet traité dans le film VODKA LEMON de Hiner
Saalem).
1.3. Intérêt du festival
« Le Festival du cinéma kurde de Paris » espère mettre en valeur des cinéastes qui produisent
des films dans des conditions difficiles. Ces réalisateurs Kurdes essaient de faire exister une
image de leur peuple, de leur culture, de leur langue.
« Le Festival du Cinéma Kurde de Paris » veut devenir un lieu d’échange et de rencontre
(entre le public et les professionnels du cinéma), d’interrogation, d’interaction et espère
donner l’occasion de connaître une vision globale du travail des cinéastes kurdes autour des
images et des représentations d’un peuple marqué par les voyages, les exils forcés, les
mémoires déchirées, les histoires troublantes et la volonté d’affiner un point de vue
intelligible et cohérent autour des images du Kurdistan et de son peuple. « Le Festival du
cinéma kurde de Paris » essaie de montrer et d’expliquer au public parisien la réalité de ce
peuple, souvent méconnue ou imprégnée de clichés médiatiques de sa représentation.
L’objectif principal du « Festival du cinéma kurde de Paris » est de faire les contacts avec les
cinéastes kurdes, c’est-à-dire de permettre aux réalisateurs de se rencontrer et de travailler sur
les autres projets ensemble, et c’est aussi de faire connaître au public parisien le cinéma
kurde, un cinéma fait dans les conditions difficiles. Son ambition est donc de soutenir et de
promouvoir la création cinématographique kurde. Le festival souhaite donc offrir une
approche vivante et dynamique de la culture kurde.
6
1.4. Difficultés et enjeux du « Festival du cinéma kurde de Paris »
Si on veut parler des difficultés de la cinématographie kurde, c’est d’abord la production,
c’est-à-dire les difficultés de trouver un producteur, puis le financement, et ensuite la
diffusion des films qui est dans une mauvaise position à cause des problèmes de la censure.
Cela concerne surtout les films produits en Turquie et en Iran qui ont du mal à trouver des
maisons de diffusion parce qu’il s’agit des films politiques et militants.
Les organisateurs du Festival du cinéma kurde de Paris avaient beaucoup de problèmes pour
trouver des subventions, des financements pour ce festival, ils avaient des problèmes pour
rassembler des films kurdes de toutes les parties du monde et de trouver des contacts dans les
pays européens et en Iran, en Irak, au Canada et aux Etats-Unis où habitent les réalisateurs
kurdes. La deuxième grande difficulté était le sous-titrage (parce que la plupart des films
étaient sous-titrés en anglais) et la manque des moyens pour le sous-titrage de tous les films
en français. Ensuite, tous les financements concernant le transport et l’hébergement des
réalisateurs les ont coûtés cher. À la fin, c’est la manque des personnes travaillant pour ce
festival (il n’y avait que 4 personnes qui s’occupaient de tout, c’est-à-dire de l’organisation et
de la coordination complète du festival).
Les enjeux principaux de ce festival étaient de créer un festival permettant aux réalisateurs de
se rencontrer, de se connaître, de travailler sur les autres projets ensemble et d’échanger leurs
idées sur les films du cinéma kurde. Puis, c’est de permettre au public parisien de voir les
films qui sont produits dans les conditions difficiles. Le problème reste toujours la
concurrence avec les autres festivals de ce genre ainsi que le manque du public qui est la
conséquence de cela.
Mais, la difficulté principale de la cinématographie kurde est le manque des moyens. Trop
peu de structures financiers soutiennent aujourd’hui le cinéma kurde dont les films sont
parfois réalisés dans des conditions difficiles. Outre le problème financier, la création
cinématographique kurde subit également des pressions politiques.
1.5. Avenir et nouveaux projets
Les projets des organisateurs du Festival du cinéma kurde pour l’année prochaine sont de
changer d’abord les horaires des films (quelques films étaient diffusés vers 14 h où il n’y avait
pas beaucoup de public) et de projeter tous les films le soir. Les autres événements sauf la
projection des films seront organisés. On prévoit un concert de la musique kurde à la
fermeture du festival. Cette année un concert des chanteuses kurdes suivi d’un cocktail était
organisé seulement lors d’ouverture du festival.
On prévoit aussi pour la troisième édition du festival (dans deux ans) d’organiser une
compétition pour le meilleur film documentaire.
Pour la deuxième édition l’objectif principal est d’attirer plus de public et de faire mieux
connaître au public parisien l’existence de ce festival. Les organisateurs essaieront de faire
venir un acteur/actrice connus pour attirer plus de public. Ce sont les acteurs qui avaient des
rôles importants, et qui avaient du succès aux festivals du film où étaient présentés les films
kurdes. Le festival sera organisé dans deux salles- celle du Quartier Latin et on prévoit aussi
de trouver une salle dans le dixième arrondissement de Paris où il y a une communauté kurde.
La Marie de Paris est de nouveau intéressée pour une coopération et souhaite continuer le
projet de ce festival avec le COCDARK. Le COCDARK est maintenant pour cette raison dans
les grandes préparations parce qu’il doit envoyer son dossier de projet pour le festival même
7
avant le 31 décembre 2007. Pour constituer ce dossier, il faut complètement présenter la
première édition de ce festival (c’est-à-dire préciser combien de personnes sont venus,
combien d’argent a été dépensé, quelle était la recette pendant le festival- tout cela ils doivent
justifier avec des factures) et présenter les objectifs de ce festival et de nouveaux projets.
Pour la première édition, la plus importante était la promotion de ce festival, de faire connaître
au public parisien l’existence d’une cinématographie kurde. Les organisateurs ont travaillé
volontairement et ils n’ont pas touché un salaire.
Pour la deuxième édition le but est d’attirer même un peu plus de public et la reconnaissance
publique du festival. Les organisateurs souhaitent que le festival devienne un vrai organisme
bien connu du public parisien et non seulement de la communauté kurde.
Pour l’année prochaine, COCDARK veut continuer d’organiser le Festival du cinéma Kurde.
Comme COCDARK a déjà commencé ses préparations pour la nouvelle édition du festival, il
demande des subventions déjà un an à l’avance, et s’efforce d’obtenir un peu plus de budget
pour l’édition 2008. Le nouveau projet de COCDARK est en plus de créer un atelier audiovisuel pour la production des films. Il s’agit d’un espace de création cinématographique pour
le tournage et le montage des films. S’il s’agit des films sur les Kurdes, c’est possible qu’ils
soient tournés en Irak ou Iran, mais ce n’est pas impérativement. Mais, si cet atelier est créé,
les films tournés ne traiteront uniquement la thématique de Kurdes. COCDARK prévoit une
collaboration de l’atelier avec des chaînes de télévision kurde, allemande ou française.
COCDARK cherche toujours des subventions pour ce projet ainsi que les lieux de location.
Le problème principal est le financement, mais COCDARK ne perd pas son espoir et prépare
son dossier pour l’envoyer aux partenaires potentiels.
1.6. La salle
Le festival a eu lieu dans la salle du cinéma Le Quartier Latin à 9, rue Champollion, 75005
Paris.
Au début, les organisateurs pensaient de louer la salle Le Balzac, près des Champs-Elysées,
mais ils ont changé l’opinion à cause du public plus populaire et étudiante du Quartier latin.
Comme c’était la première édition du festival qui n’est pas du tout connu à Paris, ils devaient
penser à cela.
Selon les statistiques, approximativement 500 de visiteurs ont suivi le festival pendant la
semaine de son déroulement, mais le festival était le plus fréquenté pendant le samedi et le
dimanche.
Comme le COCDARK ne disposait pas d’un budget suffisant pour les frais de l’organisation
du festival, il n’a pas payé la location de la salle au cinéma, mais il a partagé avec elle la
recette des billets vendus.
Le tarif unique était 5 euros par séance.
La cinéma Le Quartier Latin est un cinéma classé Art et Essai. Ce cinéma se distingue par sa
programmation : on peut y voir des films venus d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient, mais
aussi des films européens relevant du cinéma d’art et essai. Chaque année, trois ou quatre
festivals proposent un ensemble de films réalisés dans quelque pays lointain. En 1994, par
exemple, se sont succédé un festival du film coréen, un festival du film iranien et un festival
du cinéma turc. Ce cinéma a une moyenne de 1900 entrées par semaine et dispose de deux
salles.
8
2. Production des films kurdes
Les films kurdes, s’ils ne sont pas produits par des maisons de film renommées du monde
entier, sont en général financés par des sponsors qui sont le plus souvent les hommes
d’affaires d’origine kurde.
Si on veut expliquer la production des films kurdes, il faut parler des trois pays où vivent les
Kurdes- la Turquie, l’Iran et l’Irak.
En Turquie, ce sont plutôt les hommes d’affaires ou quelques petites maisons de production
qui cherchent la coproduction et le financement dans les pays européens.
En Iran, ce sont les hommes d’affaires et les maisons de production qui collaborent ou bien
cherchent la coproduction avec les autres pays. La situation concernant le financement du film
kurde d’Iran est un peu meilleure- depuis 1999 il existe en Iran le Fonds Farabi qui soutient le
cinéma national. C'est grâce à ce fonds que les cinéastes kurdes ont pu réaliser leurs films.
Bahman Ghobadi, un réalisateur très connu pour le film kurde d'Iran (le réalisateur du film
''Les tortues volent aussi'' présenté au Festival du cinéma kurde de Paris) a fondu par l'aide des
gains de son premier long métrage sa propre maison de production, MIJ, à Saran. Il a créé des
équipes dans l'ensemble du Kurdistan et toute sa famille participe à son travail.
La situation est maintenant un peu meilleure pour les films kurdes d’Irak. Grace au
financement de leur gouvernement autonome, des films de qualité y ont été tournés. En Irak,
il existe une maison de production américaine qui a le projet de tourner les films sur la guerre,
mais cela ne marche pas encore très bien.
Quelquefois, ce sont les pays d’Europe occidentale qui financent les films kurdes (par
exemple l’Allemagne qui a financé le film Un chant pour Beko de Nizamettin Aric, qui était
aussi présenté au Festival du cinéma kurde de Paris). En Europe (surtout en Allemagne et en
France), il existent de petites maisons de production qui financent les films kurdes. En France,
elles travaillent avec l’argent public du CNC par exemple, elles cherchent donc le
financement et présentent leurs projets. Mais, on ne peut pas dire qu’il s’agit d’une industrieil s’agit plutôt d’un artisanat.
9
3. Le cinéma kurde- un nouveau cinéma
Le cinéma kurde ne s'est affirmé qu'au début du XXIe siècle, donc relativement tard. C'était
l'époque où le cinéma ethnique perdait son sens, mais, pour ce peuple sans État, c'était
quelque chose de nouveau. Ce cinéma devait se battre contre l’oppression parce que les pays
où habite une population kurde essaient toujours de l’assimiler. Ainsi, ce cinéma a commencé
en exil, en prison et dans sa diaspora.
Le cinéma kurde est surtout un cinéma militant et politique. Nous ne pouvons pas parler ici ni
d’une industrie, ni d’un marché économique- c’est plutôt un mouvement de cinéma.
Parmi les cinéastes kurdes reconnus dans le monde, nous devons citer Yilmaz Güney qui est
le pionnier du cinéma kurde et le principal artisan du renouveau du cinéma turc dans les
années 1970. Pour le cinéma kurde, c’est un personnage de légende. À la fin des années 70 il
avait transposé la réalité des Kurdes à l'écran pour la première fois. Il a réalisé ses deux films
Le Troupeau (Sürü) et La Permission (Yol) en prison en transmettant avec précision ses
indications de tournage à ses assistants à l'extérieur. Pour son film Yol il a obtenu en 1982 la
Palme d’Or au Festival de Cannes. Il était non seulement réalisateur, mais aussi scénariste,
acteur et écrivain. Il était célèbre surtout pour ses films soulignant les conditions de vie du
monde paysan kurde et des Kurdes pauvres habitant les quartiers populaires des villes. Avec
son art, il a participé au combat des Kurdes, mais aussi à celui de la population ouvrière
turque. À cause de ses idées politiques il a été condamné à douze ans de prison. Exilé à Paris,
il a réalisé un dernier film, Le Mur (Duvar), et participé à la création de l'Institut kurde de
Paris. Le cinéma de Yilmaz Güney est un cinéma réaliste. Il a complètement documenté les
traditions des Kurdes, mais il a aussi réussi à faire ressentir le climat d'oppression qu'ils
vivaient. Son cinéma était un cri pour montrer les souffrances du peuple kurde.
Dans quelques pays européens, il y a de différents festivals de film où les films sur le peuple
kurde sont très bien accueillis. Ce sont les différents festivals européens, comme celui de
Cannes ou de Berlin.
Au début des années 90, apparaissent en Europe les premiers longs métrages kurdes. En
Allemagne, un musicien kurde, Nizamettin Ariç réalise et joue le rôle principal de Kilamek ji
Bo Beko (Un chant pour Beko), un important film kurde. Il décrit la situation des Kurdes
ayant fui la partie turque du Kurdistan à la destination de l’Allemagne. Financé par
l'Allemagne, ce film est tourné en Arménie en 1992.
En 1993, Sahin Gök a tourné le film Xece û Siabend, inspiré par les grands mythes kurdes.
Ce film fut projeté avec l'étiquette de film kurde. Bien qu’il fut inspiré des richesses du
folklore kurde, la langue utilisée est le turc. Après un certain temps, il était doublé sans grand
professionnalisme en langue kurde. Il a été financé par des hommes d'affaires kurdes, mais il
a été réalisé par des personnes qui ne parlaient pas la langue et ne connaissaient pas la culture
du peuple kurde. On peut dire que c’était en fait un film commercial pour le cinéma turc.
Vingt après Yol de Yilmaz Güney, Bahman Ghobadi, réalisateur et photographe Kurde d'Iran
a reçu en 2000 au Festival de Cannes le prix Caméra d'or pour son film Un temps pour
l'ivresse des chevaux. Ce film a reçu de très bonnes critiques et a connu un grand succès en
Europe, au Japon et au Mexique. Il a également été sélectionné pour les Oscars aux États Unis
dans la catégorie du Meilleur film étranger. Pour son film Les Chants du pays de ma mère,
Ghobadi a été sélectionné à Cannes en 2002 et a reçu le prix François-Chalais et d'autres prix
dans différents festivals internationaux. Ce réalisateur a reçu, avec son dernier film, Les
Tortues volent aussi, la Concha d'or au Festival de San Sebastian, le Prix spécial du jury au
Festival de Chicago, le prix du public au Festival des films du monde de Montréal, et enfin le
Prix spécial du jury et le Prix Agnès B. du public au Festival de Tokyo. Ce film, qui était
10
aussi présenté au « Festival du cinéma kurde de Paris » a été diffusé dans le monde entier et
très bien accueilli. Il décrit la misère et l'agitation d'un village du Kurdistan irakien alors que
l'armée américaine se prépare d’envahir le pays. Ce film de Ghobadi est typiquement kurde.
Son sujet, sa langue, les acteurs, les paysages et la production sont kurdes. Ghobadi travaille
avec des acteurs qui n'ont jamais vu une caméra. Ghobadi a grandi au sein du cinéma iranien
avec des créateurs comme Kiarostami, Majidi, Naderi et d'autres, mais il a trouvé un langage
qui lui est personnel. Ses films sont une combinaison de réalisme et de poésie. Il exprime
clairement la dureté de la vie de son peuple, mais en gardant toujours un peu d'espoir.
Avec les gains de son premier long métrage, Bahman Ghobadi a pu fonder sa propre maison
de production, MIJ, à Saran.
En Irak, dès l’année 1991, le nord du Kurdistan irakien jouissait d'une véritable autonomie.
C’était l’époque où les premières chaînes de télévision kurdes ont vu le jour : Kurdistan TV et
Kurdsat. Des cinéastes exilés à l'étranger sont revenus à cette époque au pays et, grâce au
financement du gouvernement autonome, des films de qualité ont été tournés. Les films
tournés au Kurdistan d’Irak étaient financés par le gouvernement autonome kurde d'Irak.
Nous devons souligner que les films réalisés par des cinéastes kurdes concouraient aux
festivals internationaux de film sous les couleurs du pays d'où ils étaient originaires puisque le
Kurdistan n'était pas reconnu. Cela a changé avec le statut d'autonomie du Kurdistan irakien.
Parmi les réalisateurs kurdes contemporains, c’est certainement Hiner Saleem qui est un des
mieux connu. Il habite à Paris et a réalisé de nombreux films qui ont connu un grand succès :
Vive la mariée... et la libération du Kurdistan!, Passeurs de rêves et aussi un téléfilm pour
Arte, Absolitude. Pour son film Vodka Lemon (qui était présenté au Festival du cinéma kurde
de Paris), il a reçu un prix à Venise et le premier prix au Festival du film d'amour de Mons.
L'action de ce film se passe dans un village kurde d'Arménie. Ce film montre un monde des
villageois kurdes, faite de dignité, de fierté, d'attente, et cela par un éternel rappel d'un passé
disparu.
Dans ses films, Saleem représente souvent les Kurdes émigrés en France avec un regard
occidental souvent tragi-comique.
Concernant la cinématographie kurde en Turquie, nous devons citer le travail du Centre
Culturel de Mésopotamie (MKM), créé à Istanbul. Au sein de cette organisation, la première
œuvre créée dans la section cinéma-théâtre a été le film Ax (La Terre), court métrage qui a été
primé dans beaucoup de festivals internationaux. Son réalisateur, Kazim Öz, a réalisé un long
métrage, La Photographie (2001), qui a été présenté au Festival du cinéma kurde de Paris. Le
MKM a financé plusieurs courts métrages et documentaires. Il utilisait ses propres acteurs et
équipes techniques. Le collectif du cinéma du MKM a aidé aussi beaucoup de réalisateurs
turcs qui prennent objectivement en compte le problème kurde.
En Belgique, il existe la chaîne de télévision kurde, Med TV, aujourd'hui Roj TV. Cette
chaîne de télévision a produit plusieurs documentaires culturels, politiques et historiques. Une
émission de Roj TV, La Cinémathèque kurde, présente les cinéastes kurdes et leurs films issus
des quatre parties du Kurdistan ou de la diaspora.
Parmi les réalisateurs kurdes, nous devons dire qu’un nombre important des réalisateurs font
leur travail dans la diaspora, c’est-à-dire en Allemagne, en France (il existe une société
franco-kurde de production de films « Ciné F-K2 production ») , en Belgique en Grande
Bretagne et en Suisse.
Le cinéma kurde est un cinéma relativement jeune, mais il a obtenu déjà des prix importants
dans les festivals internationaux. Les cinéastes kurdes, même s’ils arrivent des lieux de
formation divers et des pays différents, disposent tous d’un style spécifique qui leur est
propre. Leur cinéma est très réaliste et évoque leur culture et leurs traditions, mais aussi
l'oppression que subit leur peuple survivant souvent dans une grande pauvreté. Tout de même
11
ce cinéma est optimiste et nous pouvons dire même poétique avec une certaine nostalgie pour
leur passée.
12
Conclusion
La cinématographie kurde est relativement jeune, et on peut dire qu’il s’agit plutôt d’un
mouvement en cinéma que d’une vraie industrie cinématographique. Le problème principal de
cette cinématographie est le manque des moyens financiers. Nous ne pouvons pas oublier
aussi le problème de la censure, surtout quand il s’agit de la cinématographie kurde dans les
pays où le statut politique de la population kurde est très dur.
Mais, cette cinématographie se développe tout de même par l’aide des hommes d’affaires
d’origine kurde et de quelques maisons de production qui sont financées souvent par les pays
d’Europe occidentale. Il existe un grand enthousiasme des cinéastes kurdes qui ont une grande
envie de montrer au monde par le choix des sujets de leurs films leur situation politique, la
recherche constante de leurs origines et de leur identité ainsi que les histoires troublantes et la
souffrance de leur peuple.
C’est par le « Festival du cinéma kurde de Paris » que l’association COCDARK (Collectif des
cinéastes et artistes kurdes) a montré pour la première fois au public parisien une partie de ce
grand mouvement du cinéma kurde. Nous espérons que cette association atteindra son but et
continuera son travail avec la nouvelle édition du festival, prévue pour l’année 2008.
13
BIBLIOGRAPHIE
CHAMPION Virginie, LEMOINE Bertrand, TERREAUX Claude : Les cinémas de Paris
1945-1995, Paris : Délégation à l’Action Artistique de la Ville de Paris, 1995, Collection
Paris et son patrimoine
Le Collectif des Cinéastes et des Artistes Kurdes : Festival du cinéma Kurde de Parispremière édition, Paris, 2007
Le Collectif des Cinéastes et des Artistes Kurdes : Festival du cinéma Kurde de Paris- Dossier
de presse, Paris 2007
KUTSCHERA Chris : Le défi kurde ou le rêve fou de l’indépendance, Bayard Editions, Paris
1997
Sites internet :
www.festivalcinemakurde.fr
www.art-et-essai.org
www.allocine.fr
article sur les Kurdes http://fr.wikipedia.org/wiki/Kurdes
site internet d’Institut Kurde de Paris http://www.institutkurde.org/
Entretiens :
Entretien avec Ali Gül DÖNMEZ, directeur du Festival du Cinéma Kurde de Paris et
Président du COCDARK
14