Lithiase de 2,8-dihydroxyadénine : du
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Lithiase de 2,8-dihydroxyadénine : du
abc revue générale Ann Biol Clin 2007 ; 65 (6) : 585-92 Lithiase de 2,8-dihydroxyadénine : du diagnostic à la prise en charge thérapeutique 2,8-dihydroxyadenine nephrolithiasis: from diagnosis to therapy Copyright © 2017 John Libbey Eurotext. Téléchargé par un robot venant de 78.47.27.170 le 07/02/2017. H. Bouzidi1,2 B. Lacour2 M. Daudon2 1 Faculté de pharmacie de Monastir, Tunisie 2 Laboratoire de biochimie A, Hôpital Necker-Enfants Malades, AP-HP, Paris, France <[email protected]> Résumé. Le déficit en adénine phosphoribosyltransférase (APRT, EC 2.4.2.7), une enzymopathie qui touche le métabolisme des purines, est transmis selon un mode autosomique récessif. L’APRT catalyse la conversion de l’adénine en adénosine monophosphate. Son déficit entraîne une accumulation de l’adénine qui est oxydée par la xanthine déshydrogénase (XDH; EC 1.1.1.204), en 2,8dihydroxyadénine (2,8-DHA) éliminée par le rein. Ce métabolite est extrêmement insoluble, quel que soit le pH des urines et sa précipitation engendre la formation de lithiases et des insuffisances rénales. Le diagnostic de cette pathologie repose sur l’analyse des calculs par spectrophotométrie infrarouge et/ou la mise en évidence des cristaux de 2,8-DHA sur un prélèvement urinaire. La détermination de l’activité enzymatique de l’APRT sur un lysat de globules rouges permet d’identifier les homozygotes et les hétérozygotes de cette erreur innée du métabolisme. La biologie moléculaire est utile pour préciser les mutations responsables de la maladie. Deux types de déficits ont été individualisés selon que l’enzyme est absente (type I) ou présente mais inactive (type II). Dans le type I, observé essentiellement chez les sujets caucasiens, l’activité résiduelle de l’APRT chez les homozygotes est indétectable alors que dans le type II, qui affecte les sujets japonais, l’enzyme est synthétisée mais son activité très diminuée en raison d’une faible affinité pour le phosphoribosylpyrophosphate. La cristallisation de la 2,8-DHA est à l’origine de calculs et d’insuffisance rénale qui constituent les seules manifestations cliniques dans les deux types de déficits. Ces manifestations peuvent être évitées grâce à l’allopurinol, un inhibiteur compétitif de la XDH. Le rôle du laboratoire est essentiel pour poser le diagnostic et surveiller l’efficacité des mesures thérapeutiques dont l’objectif est de faire disparaître la cristallurie. doi: 10.1684/abc.2007.0165 Mots clés : déficit en adénine phosphoribosyltransférase, 2,8-dihydroxyadénine, lithiase urinaire, allopurinol, cristallurie, insuffısance rénale Article reçu le 22 juin 2007, accepté le 27 août 2007 Abstract. Adenine phosphoribosyltransferase (APRT, EC 2.4.2.7) deficiency is an enzymopathy of purine metabolism, which is inherited as an autosomal recessive trait. APRT is a salvage enzyme that normally catalyzes the conversion of adenine to adenosine monophosphate. APRT deficiency results in adenine accumulation with oxidation by xanthine dehydrogenase (XDH; EC 1.1.1.204) to 2,8-dihydroxyadenine (2,8-DHA) then excreted in urine. This compound is extremely insoluble and its crystallization can lead to stone formation and renal failure. The diagnosis of the disease is based on stone analysis by infrared spectroscopy or microscopic examination of urine, which may reveal typical 2,8-DHA crystals. The enzyme activity measurements in erythrocyte lysates will identify both homozygotes and heterozygotes for APRT deficiency. Molecular approach can identify mutations which are responsible of this inherited disease. Two types of deficit are commonly distin- Tirés à part : M. Daudon Ann Biol Clin, vol. 65, n° 6, novembre-décembre 2007 585 revue générale guished, depending on the level of residual APRT activity: type I, mainly observed in Caucasian subjects, in whom the enzyme activity is undetectable in homozygous patients and type II, found in Japanese patients who are able to form APRT but the enzyme activity is strikingly reduced because a low affinity for phosphoribosylpyrophosphate. The crystallization of 2,8-DHA and subsequent renal damages may be prevented with allopurinol therapy, a xanthine oxidase inhibitor. The role of the laboratory is crucial to detect APRT deficiency and to assess the efficacy of therapy, the objective being to avoid 2,8-DHA crystal formation. Copyright © 2017 John Libbey Eurotext. Téléchargé par un robot venant de 78.47.27.170 le 07/02/2017. Key words: adenine phosphoribosyltransferase deficiency, 2,8-dihydroxyadenine, urolithiasis, allopurinol, crystalluria, renal failure La lithiase de 2,8-dihydroxyadénine (2,8-DHA) est une forme de lithiase congénitale rare et souvent méconnue induite par un déficit en adénine phosphoribosyltransférase (APRT) transmis selon un mode autosomique récessif [1]. Les manifestations cliniques de cette affection sont exclusivement d’ordre rénal et induites par la très faible solubilité de la 2,8-DHA qui cristallise dans les néphrons et peut engendrer une lithiase et/ou une insuffisance rénale [1-4]. Les calculs sont généralement radio-transparents et souvent confondus de ce fait avec des calculs d’acide urique. Initialement l’anomalie a été décrite chez les enfants [1] mais actuellement le tiers des cas est diagnostiqué chez l’adulte, parfois même très tardivement. Le diagnostic de ce désordre métabolique est essentiel pour prévenir la formation de lithiase récidivante et l’insuffisance rénale chronique qui, faute d’identification correcte des calculs ou des cristaux urinaires conduit, aujourd’hui encore, à l’insuffisance rénale terminale. Aspects épidémiologiques La prévalence de la maladie est inconnue en raison de nombreux cas non diagnostiqués car peu symptomatiques ou confondus avec une lithiase urique [5]. La fréquence des formes hétérozygotes du déficit en APRT varie, selon les auteurs, de 0,4 à 1,4 % dans la population caucasienne et de 0,5 à 1,2 % dans la population japonaise [6, 7]. Ceci suggère que l’homozygotie est de l’ordre de 1 : 250 000 à 1 : 33 000 naissances. Le plus grand nombre de cas rapportés provient du Japon. Plus de deux cents patients ont été diagnostiqués dont les trois quarts étaient porteurs d’une mutation spécifique et étaient classés comme présentant un déficit de type II [6-8]. Dans la population caucasienne, des cas ont été décrits dans une vingtaine de pays occidentaux. L’Islande semble la plus touchée avec 23 sujets homozygotes sur une population totale de 267 000 habitants [9]. Moins de dix cas ont été rapportés aux États-Unis et en Allemagne. En France, très peu de cas ont été publiés [1, 10-14]. Entre 1978 et 2007, trente-quatre cas de déficit homozygote en APRT ont été diagnostiqués dans notre laboratoire (tableau 1) à partir de l’analyse infrarouge d’un calcul (20 patients), d’une cristallurie (9 patients) ou d’une biopsie rénale (5 patients). Comme le montre le tableau 1, 21 sujets avaient des antécédents de calculs. Ceux-ci n’avaient pas été analysés ou l’analyse par méthodes chimiques avait conclu à la nature urique des calculs. Sur les 5 cas diagnostiqués à partir de la biopsie rénale au stade d’insuffisance rénale sévère ou terminale, 3 l’ont été sur des biopsies de greffon rénal. Dans 2 cas, le greffon a été perdu par cristallisation de 2,8-DHA, l’identification des cristaux ayant été demandée trop tardivement. Dans le 3e cas, la dégradation rapide de la fonction rénale a conduit à réaliser une biopsie précoce qui a révélé l’envahissement Tableau 1. Caractéristiques épidémiologiques des patients diagnostiqués dans notre laboratoire. Élément du diagnostic Calcul Cristallurie Biopsie rénale Total Patients Hommes Femmes 15 (5) 5 (1) 2 22 5 (1) 4 (2) 3 12 Âge de diagnostic (ans) Insuffisance rénale Antécédents de lithiase 29,5 ± 21,3 (1,5-73) 29,8 ± 24,8 (0,4-67) 54 ± 20,1 (28-73) 5 1 5* 11 13 5 3 21 () = nombre d’enfants - * dont 2 reins greffés perdus et 1 préservé grâce au diagnostic. 586 Ann Biol Clin, vol. 65, n° 6, novembre-décembre 2007 Copyright © 2017 John Libbey Eurotext. Téléchargé par un robot venant de 78.47.27.170 le 07/02/2017. Lithiase de 2,8-dihydroxyadénine cristallin. L’identification des cristaux par microscopie infrarouge a permis d’instaurer un traitement par l’allopurinol grâce auquel la fonction rénale a pu être partiellement restaurée. Au total, sur les 34 cas de notre série, 11 (32,4 %) se sont révélés par une insuffisance rénale ou celle-ci accompagnait la découverte d’un calcul ou a marqué l’évolution de la pathologie non diagnostiquée faute d’analyse d’un calcul antérieur. La principale cause d’insuffisance rénale chez les patients présentant un déficit homozygote en APRT est la survenue brutale d’un épisode de déshydratation à l’occasion d’un épisode fébrile ou d’une perte d’eau par voie digestive (vomissements ou diarrhées aiguës), ce qui va entraîner une chute de la diurèse et l’obstruction des néphrons par les cristaux de 2,8DHA. Chez au moins 3 des 5 patients qui ont développé une insuffisance rénale sévère dans notre série, ce mécanisme a été à l’origine de la perte de fonction rénale. Si aucune baisse majeure de la diurèse ne survient, les cristaux de 2,8-DHA, qui sont petits et de forme arrondie dans la plupart des cas, peuvent s’évacuer sans signes cliniques pendant de nombreuses années chez des patients porteurs d’un déficit homozygote en APRT qui restent asymptomatiques. Cela explique vraisemblablement le petit nombre de cas diagnostiqués par rapport aux prévisions faites à partir des études épidémiologiques relatives à la fréquence de l’anomalie génique. Si l’on tient compte des diagnostics réalisés par d’autres laboratoires pratiquant l’analyse infrarouge des calculs ou celle des cristalluries ou encore la détermination de l’activité de l’APRT lors des enquêtes familiales, on peut considérer qu’environ 45 à 50 cas de déficit homozygote sont actuellement connus en France. une activité enzymatique inférieure à 1 % de la normale. Chez les hétérozygotes, l’activité catalytique de l’APRT est inférieure à 15 % de la normale alors que l’activité immunologique varie de 22 % à 100 % de l’activité normale [6, 9]. Une vingtaine de mutations ont été identifiées qui comprennent des mutations faux-sens [17], des mutations non sens [18], des insertions [19], des délétions [20, 21] ainsi que des mutations d’épissage au niveau des jonctions [22]. Le déficit de type II (APRT*J) Ce type de déficit, rencontré essentiellement dans la population japonaise, est désigné aussi par APRT*J. La mutation Met136Thr, où la méthionine en position 136 est remplacée par la thréonine, a été identifiée dans 68 % des cas au Japon [8]. Cette mutation entraîne la synthèse d’une enzyme ayant la même masse moléculaire et la même charge électrique que la protéine normale mais qui a peu ou pas d’affinité pour le PRPP [23] et qui est moins sensible à son effet stabilisant [24]. Physiopathologie et conséquences cliniques Le déficit en APRT empêche le recyclage de l’adénine en acide adénylique. L’oxydation non spécifique de l’adénine, formée à partir des polyamines ou issue de la dégradation des nucléosides, est assurée par la xanthine déshydrogénase (XDH ; EC 1.1.1.204) qui l’oxyde en deux Acides nucléiques Les différentes formes de déficit en APRT Acides nucléiques Synthèse de novo IMP AMP Cloné en 1987, le gène de l’APRT a été localisé sur le chromosome 16q24 [15]. Il existe deux allèles qui peuvent être responsables de la maladie : l’APRT*Q et l’APRT*J. Le gène est constitué de cinq exons et quatre introns. Il code pour une enzyme dimérique ubiquitaire dont chaque sous-unité est formée de 179 acides aminés [6]. Le rôle de l’APRT dans le métabolisme est décrit dans la figure 1. Le substrat de cette enzyme est l’adénine qui est métabolisée en acide adénylique en présence de phosphoribosylpyrophosphate (PRPP) [16]. Un déficit de l’APRT entraîne l’oxydation de l’adénine par la XDH en 8-hydroxyadénine puis en 2,8-DHA. Il existe deux types de déficits en APRT : le déficit de type I et le déficit de type II. Le déficit de type I (APRT*Q0) Généralement rencontré chez les sujets caucasiens, ce type de déficit est caractérisé, chez les homozygotes, par Ann Biol Clin, vol. 65, n° 6, novembre-décembre 2007 GTP ATP P R P P A P Adénosine R T P Inosine R P P HGPRT Hypoxanthine Adénine Polyamines GMP P RGuanosine P P Guanine XDH ase an 8-HA Xanthine Gu XDH 2,8-DHA Acide urique Figure 1. Schéma simplifié du métabolisme des purines. 2,8DHA : 2,8-dihydroxyadénine ; 8-HA : 8-hydroxyadénine ; AMP : adénosine monophosphate ; APRT : adénine phosphoribosyltransférase ; ATP : adénosine triphosphate ; GMP : guanosine monophosphate ; GTP : guanosine triphosphate ; HGPRT : hypoxanthine guanine phosphoribosyltransférase ; IMP : inosine monophosphate ; PRPP : phosphoribosylpyrophosphate ; XDH : xanthine déshydrogénase. 587 mination de l’activité intra-érythrocytaire de l’APRT. Les techniques de biologie moléculaire permettent d’identifier la mutation en cause. Analyse des calculs Le diagnostic de certitude de la lithiase de 2,8-DHA repose sur l’analyse des calculs par une méthode physique telle que la diffraction des rayons X ou la spectrophotométrie infrarouge (figure 2). Les calculs de 2,8-DHA pure sont de couleur gris brun à brun roux avec des teintes rougeâtres ou saumonées, leur surface étant de texture hétérogène, à la fois rugueuse et bosselée (figure 3). Leur section est peu structurée, souvent compacte, révélant la présence de microcristaux sphériques bruns dispersés dans la masse du calcul. Ce type de lithiase est confondu avec les calculs d’acide urique, non seulement lors des examens radiologiques, mais aussi par l’analyse réalisée au laboratoire lorsque des techniques chimiques sont utilisées pour déterminer la composition des calculs. Étude de la cristallurie L’étude de la cristallurie sur l’urine du réveil ou sur un échantillon d’urine fraîche d’un patient homozygote non traité suffit généralement à affirmer le diagnostic. Les cristaux de 2,8-DHA sont sphériques, de couleur rouille et se caractérisent par une croix noire facilement visible en lumière polarisée (figure 4). La polarisation est indispensable pour distinguer la 2,8-DHA d’autres formes cristallines sphériques comme les urates amorphes complexes en urine acide ou certaines formes d’urate acide d’ammonium ou de calcite en urine alcaline. L’étude de la cristallurie est un examen simple à réaliser et très informatif Le diagnostic biologique repose, soit sur l’identification des calculs ou des cristaux de 2,8-DHA, soit sur la déter588 762 586 470 620 518 0,4 1117 980 882 797 928 1533 0,8 1 000 500 0,0 4 000 Diagnostic biologique 1446 1,2 1719 Absorbance Units 3065 temps, d’abord en 8-hydroxyadénine puis en 2,8-DHA (figure 1). Celle-ci est insoluble (environ 3-5 mg/L) sur une très large plage de pH urinaire, alors que son excrétion peut atteindre une centaine de milligrammes par jour, voire davantage. Il en résulte que la 2,8-DHA peut précipiter dans la lumière tubulaire et dans l’interstitium, ce qui explique sa néphrotoxicité et l’apparition d’une insuffisance rénale aiguë ou chronique. La 2,8-DHA est d’ailleurs utilisée comme un mode d’induction de l’insuffisance rénale terminale chez les souris [25, 26]. La symptomatologie clinique est liée à la formation de cristaux et de calculs de 2,8-DHA secondaires au déficit homozygote en APRT. Toutefois, au Japon, des cas de lithiases ont été décrits chez des patients hétérozygotes [7]. L’âge d’apparition des symptômes est très variable, de quelques jours après la naissance à plus de 70 ans pour certains patients. Les calculs de 2,8-DHA sont radio-transparents, donc visibles seulement à l’échographie ou au scanner. Cependant, le caractère radio-opaque n’est pas un critère d’exclusion, car la 2,8-DHA peut être associée à des sels calciques, oxalate ou phosphate de calcium, qui sont opaques aux rayons X. La colique néphrétique est le premier symptôme révélateur dans la majorité des cas. Parfois la lithiase peut être détectée par une hématurie ou à l’occasion d’une échographie réalisée pour une autre raison ou encore au décours d’une insuffisance rénale aiguë inexpliquée. En dehors de la lithiase, la complication la plus fréquente de cette pathologie est l’insuffisance rénale aiguë. Celle-ci est particulièrement grave puisque presque toujours incomplètement réversible. Elle peut constituer le mode de révélation de la maladie. Dans une série islandaise, six cas sur vingt-deux (27,3 %) se sont révélés par une insuffisance rénale aiguë, parfois sévère et nécessitant un recours transitoire à l’hémodialyse [9]. Chez un sujet présentant un déficit homozygote, mais asymptomatique, en APRT, le développement d’une insuffisance rénale aiguë obstructive peut survenir à tout moment, en raison de la cristallurie permanente, à l’occasion d’un épisode de déshydratation aiguë ou d’une chute de la diurèse induite par une gastro-entérite par exemple. Or, en raison de la très faible solubilité et de la néphrotoxicité de la 2,8-DHA, même après dialyse et cure de diurèse forcée, très souvent les sujets ne récupèrent que partiellement leur fonction rénale. L’allopurinol peut aider à améliorer celle-ci sans toutefois permettre sa normalisation. 3345 3263 Copyright © 2017 John Libbey Eurotext. Téléchargé par un robot venant de 78.47.27.170 le 07/02/2017. revue générale 3 500 3 000 2 500 2 000 1 500 Wavenumber cm-1 Figure 2. Spectre infrarouge de la 2,8-dihydroxyadénine. Noter le double pic à 3345 et 3263 cm-1, caractéristique de la fonction amine primaire de la 2,8-dihydroxyadénine. Ann Biol Clin, vol. 65, n° 6, novembre-décembre 2007 Copyright © 2017 John Libbey Eurotext. Téléchargé par un robot venant de 78.47.27.170 le 07/02/2017. Lithiase de 2,8-dihydroxyadénine puisque, dans notre expérience, la présence de cristaux de 2,8-DHA est constante chez les sujets homozygotes sans traitement. De plus, les cristaux sont toujours abondants, en moyenne, 985/mm3, avec des extrêmes allant de 110 à 6 000/mm3, ce qui permet d’éviter les faux diagnostics par confusion de la 2,8-DHA avec d’autres composés plus ou moins sphériques à polarisation cruciforme qui peuvent parfois être observés en petit nombre dans certaines urines, comme les grains d’amidon, certains globules lipidiques, voire certains cristaux comme le ceftriaxonate de calcium. Comme le montre la figure 4H, tous les cristaux de 2,8-dihydroxyadénine ne sont pas sphériques. En fait, chez quelques patients, particulièrement en cas d’insuffisance rénale sévère, on observe la 2,8-dihydroxyadénine sous la forme de petits cristaux lamellaires aux extrémités arrondies. Il semble que les sphères correspondent à l’agrégation « en oursin » de ces cristaux. En cas de doute, un spectre infrarouge réalisé à partir du culot de centrifugation des urines permet de confirmer le diagnostic. L’étude de la cristallurie permet aussi de dépister aisément les homozygotes asymptomatiques dans la fratrie d’un patient atteint découvert à l’occasion d’un épisode lithiasique ou d’une insuffisance rénale. La cristallurie est rarement négative, même en cas de diminution de la clairance de la 2,8-DHA résultant d’une insuffisance rénale chronique très évoluée. ques lors des enquêtes familiales [12]. Cette activité est généralement inférieure à 1 % de l’activité normale chez les homozygotes, alors qu’elle est inférieure à 40 % (en moyenne 25 %) chez les hétérozygotes [6]. Plusieurs techniques chromatographiques ont été utilisées afin de détecter les métabolites urinaires de l’adénine telles que la 2,8DHA et la 8-hydroxyadénine. Récemment, Tavazzi et al. ont développé une méthode HPLC pour la détermination simultanée des dérivés puriques et pyrimidiques, les acides aminés N-acétylés et aussi les mono- et les diacides carboxyliques, permettant ainsi le diagnostic biochimique de plusieurs erreurs innées du métabolisme dont le déficit en APRT [33]. L’électrophorèse capillaire a aussi été proposée comme une technique capable de concurrencer les techniques chromatographiques pour détecter les anomalies qui affectent le métabolisme des purines et des pyrimidines [34]. Approche thérapeutique Mesures diététiques L’examen histologique de biopsies rénales a été rapporté chez un petit nombre de patients porteurs d’un déficit homozygote en APRT [27-30]. Ces études ont montré un blocage intratubulaire de cristaux, une dégénérescence tubulaire, une inflammation et dans certains cas une sclérose glomérulaire. Une néphrite interstitielle, une fibrose péri-tubulaire et une atrophie tubulaire peuvent être observées [31]. L’examen au microscope à polarisation objective la présence de cristaux biréfringents agrégés en amas obstruant les néphrons ou dispersés dans le parenchyme rénal (figure 5). Dans une étude antérieure, nous avons montré l’intérêt de la microscopie infrarouge à transformée de Fourier pour l’identification des cristaux sur des biopsies [32], cette technique permettant de redresser des diagnostics erronés chez des patients parvenus au stade d’insuffisance rénale terminale, voire transplantés et ayant parfois perdu un ou plusieurs greffons rénaux par cristallisation de 2,8-DHA. Chez les homozygotes, particulièrement les lithiasiques, une réduction des apports en purines, essentiellement en adénine, est recommandée afin de diminuer l’excrétion urinaire de 2,8-DHA [6]. Doivent ainsi être évités les aliments qui apportent plus de 50 mg d’adénine pour 100 grammes, en particulier les abats (foie, rate, rognons, etc.) et certaines légumineuses comme les haricots, les pois-chiches ou les lentilles. Cette mesure doit être associée dans tous les cas à une augmentation des apports hydriques. Une diurèse de 2,5 à 3 litres par jour doit être recommandée aux patients. L’alcalinisation des urines n’améliore pas la solubilité de la 2,8-DHA et n’a par conséquent pas d’intérêt. Les mesures diététiques doivent être complémentaires du traitement médical qui est indispensable pour prévenir la cristallisation de la 2,8-DHA dans le rein. Chez les homozygotes asymptomatiques, il est difficile d’imposer un traitement médicamenteux à vie d’autant plus que celui-ci n’est pas dénué d’effets secondaires. En revanche, il faut obtenir une bonne diurèse chez ces patients et les prévenir du risque rénal majeur que pourra leur faire courir tout épisode de déshydratation aiguë, à l’occasion d’une gastroentérite, d’un séjour en pays chaud ou de tout contexte provoquant une réduction importante de la diurèse. Diagnostic biochimique Traitement médical préventif La détermination de l’activité intra-érythrocytaire de l’APRT chez les patients et chez des sujets témoins permet de confirmer le diagnostic en cas de lithiase de 2,8-DHA et surtout de quantifier l’activité enzymatique résiduelle [12]. Elle permet aussi de dépister les sujets asymptomati- Alors que de nouveaux cas sont diagnostiqués toujours très tardivement aujourd’hui faute d’une analyse physique systématique des calculs ou d’une étude de la cristallurie, le traitement médical est extrêmement simple et particulièrement efficace chez la plupart des patients. Il repose Biopsie rénale Ann Biol Clin, vol. 65, n° 6, novembre-décembre 2007 589 Copyright © 2017 John Libbey Eurotext. Téléchargé par un robot venant de 78.47.27.170 le 07/02/2017. revue générale sur l’inhibition de la XDH par l’allopurinol. Ce médicament diminue l’oxydation de l’adénine en 2,8-DHA. Une dose de 5 à 10 mg/kg/j (sans dépasser 300 mg/j) inhibe efficacement l’excrétion urinaire de la 2,8-DHA et prévient sa cristallisation dans la majorité des cas [6]. Une adaptation de la dose à la fonction rénale est recommandée afin de maîtriser la concentration sanguine en oxypurinol, un métabolite de l’allopurinol. Même à un stade avancé de l’insuffisance rénale, l’évolution sous traitement est toujours favorable [30]. Le bénéfice du traitement par l’allopurinol a été confirmé dans des études réalisées chez l’animal. Stockelman et al. ont rapporté que, chez des souris knock-out pour le gène de l’APRT et recevant de l’allopurinol, l’atteinte histologique rénale était atténuée par rapport à celle observée chez les souris non traitées [25]. Chez les hétérozygotes, aucune mesure thérapeutique n’est recommandée en théorie. Il est cependant souhaitable de conseiller aux patients de maintenir leur diurèse quoti- A B C D E F G H A B Figure 3. Calculs de 2,8-dihydroxyadénine. A : surface des calculs, à la fois bosselée et rugueuse, de couleur brun rouille plus ou moins clair. B : aspect de la section des calculs, inorganisé, avec des zones plus lâches et des porosités. Couleur beige à brun clair, avec des nuances rosées localement. Présence de petites sphères brunes éparses (pointes de flèches) correspondant à des agrégats sphériques de cristaux de 2,8dihydroxyadénine tels qu’on les observe dans les urines. 590 Figure 4. Cristaux de 2,8-dihydroxyadénine. A : cristal sphérique de 2,8-dihydroxyadénine de couleur brune vu en lumière blanche, mélangé à des granulations d’urates amorphes complexes (pH 5,9). B : cristal sphérique et granulations d’urate acide d’ammonium en lumière blanche (pH 8,3). L’aspect des cristaux en lumière polarisée est indispensable pour différencier la 2,8dihydroxyadénine des autres formes cristallines sphériques observables en urine acide ou alcaline. C : cristal sphérique de 2,8-dihydroxyadénine vu en lumière polarisée, présentant une croix noire qui évoque une croix de Malte en raison des zones périphériques sombres observées dans le prolongement des axes de la croix. Urine de pH 6,1. En raison de l’insensibilité de la 2,8-dihydroxyadénine au pH urinaire, ces cristaux pathognomoniques d’un déficit en APRT peuvent s’observer sur toute la gamme des pH urinaires, des plus acides aux plus alcalins. D : cristal sphérique et granulations d’urate acide d’ammonium vus en lumière polarisée (pH 7,9). Noter que le cristal sphérique ne présente pas de croix de Malte. E : ensemble de cristaux de 2,8-dihydroxyadénine mesurant de 10 à 20 lm observés en lumière polarisée et présentant une croix noire. Urine acide (pH 5,6). F : cristal sphérique et granulations plus ou moins agrégées d’urates amorphes complexes en urine acide (pH 5,4) vus en lumière polarisée. Le cristal sphérique ne présente pas de croix noire. G : amas de cristaux de 2,8-dihydroxyadénine immobilisés dans une plaque de mucus. La croix noire est bien visible pour tous les cristaux qui paraissent particulièrement biréfringents sur fond noir. H : cristal de 2,8-dihydroxyadénine observé dans l’urine d’un patient présentant une insuffisance rénale aiguë consécutive à un épisode de déshydratation. Noter la forme inhabituelle du cristal qui a été authentifié par spectrophotométrie infrarouge. Cette morphologie particulière a été observée chez plusieurs patients présentant un déficit homozygote en APRT révélé à l’occasion d’une insuffisance rénale sévère. Ann Biol Clin, vol. 65, n° 6, novembre-décembre 2007 Lithiase de 2,8-dihydroxyadénine Copyright © 2017 John Libbey Eurotext. Téléchargé par un robot venant de 78.47.27.170 le 07/02/2017. dienne à un niveau suffisant, en pratique entre 1,5 et 2 L/j. Il est utile de vérifier que les sujets n’ont pas de cristaux de 2,8-DHA dans les urines. Dans le cas contraire, un régime pauvre en adénine et une augmentation plus importante de la diurèse doivent être recommandés, l’efficacité de ces mesures devant être validée par la disparition de la cristallurie. Chez les patients hétérozygotes qui ont une activité résiduelle de l’APRT relativement faible et pour qui la cristallurie de 2,8-DHA persiste, il peut être justifié, si les mesures diététiques s’avèrent insuffisantes, de proposer un traitement par l’allopurinol à la dose minimale nécessaire pour faire disparaître les cristaux. Références 1. Cartier P, Hamet M, Hamburger J. Une nouvelle maladie métabolique : le déficit complet en adénine phosphoribosyl-transférase avec lithiase de 2,8-dihydroxyadénine. C R Acad Sci III 1974 ; 279 : 883-6. Conclusion La lithiase de 2,8-dihydroxyadénine est une forme de lithiase purique rare d’origine génétique. En raison d’un A risque majeur pour la fonction rénale, elle doit être diagnostiquée de façon précoce grâce à des moyens biologiques simples et facilement accessibles comme l’analyse du calcul par spectrophotométrie infrarouge ainsi que l’étude de la cristallurie en microscopie à polarisation. Une thérapie préventive basée sur un régime alimentaire pauvre en adénine et l’administration quotidienne d’allopurinol permettent de prévenir la lithiase récidivante et ses conséquences sur la fonction rénale. B 2. Simmonds HA, Cameron JS, Barratt TM, Dillon MJ, Meadow SR, Trompeter RS. Purine enzyme defects as a cause of acute renal failure in childhood. Pediatr Nephrol 1989 ; 3 : 433-7. 3. Glicklich D, Gruber HE, Matas AJ, et al. 2,8-dihydroxyadenine urolithiasis : report of a case first diagnosed after renal transplant. Q J Med 1988 ; 258 : 785-93. 4. Brown HA. Recurrence of 2,8-dihydroxyadenine tubulointerstitial lesions in a kidney transplant recipient with a primary presentation of chronic renal failure. Nephrol Dial Transplant 1998 ; 13 : 998-1000. 5. Simmonds HA, van Acker KJ, Cameron JS, Snedden W. The identification of 2,8-dihydroxyadenine, a new component of urinary stones. Biochem J 1975 ; 157 : 485-7. C D Figure 5. Biopsies rénales. A : amas cristallins et cristaux isolés de 2,8-dihydroxyadénine vus en lumière polarisée sur une coupe non colorée de greffon rénal perdu faute d’un diagnostic précoce du déficit en APRT. À côté des volumineux amas cristallins qui ont détruit localement les néphrons, noter la présence de petits cristaux de 2,8-dihydroxyadénine dispersés dans le parenchyme rénal (flèches). B : volumineux foyer cristallin annulaire de 2,8dihydroxyadénine vu en lumière blanche sur une coupe de biopsie de rein non colorée réalisée à l’occasion du bilan étiologique d’une insuffisance rénale chronique sévère. C : amas cristallin de 2,8-dihydroxyadénine dans un tube rénal chez un patient greffé rénal présentant une élévation régulière de la créatininémie dans les semaines suivant la transplantation. Noter que les cristaux présents dans la lumière tubulaire n’ont pas la forme sphérique observée dans les urines, mais ressemblent davantage à des cristaux allongés tels que celui observé sur la figure 4H. Ces morphologies suggèrent que les sphères cristallines observées dans les urines sont en fait des agrégats composés de petits cristaux allongés disposés de manière rayonnante, perpendiculairement aux contours de chaque sphère. D : foyer cristallin arrondi observé sur une autre zone de la biopsie présentée sur la figure 5C. Noter la disposition radiale des cristaux polarisants de 2,8-dihydroxyadénine formant un anneau comme sur la figure 5B. Cet aspect particulier confirme que les cristaux sphériques de 2,8-dihydroxyadénine sont en fait des agrégats de cristaux lamellaires disposés radialement. Ann Biol Clin, vol. 65, n° 6, novembre-décembre 2007 6. Sahota A, Tischfield JA, Kamatani N, Simmonds HA. Adenine phophoribosyltransferase deficiency and 2,8-dihydroxyadenine lithiasis. In : Scriver CR, Beaudet AL, Sly WS, Valle D, Vogelsteins B, Childs B, eds. The metabolic and molecular bases of inherited disease. 8th edition. New York : McGraw-Hill, 2001 : 2571-84. 7. 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