Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine
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Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine
l’Enass Ecole nationale d’assurances Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Fuir, se maintenir ou réagir ? Florimon DELALANDE Ecole nationale d'assurances Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine REMERCIEMENTS Famille et proches La réalisation de cette thèse n’aurait pas été possible sans le concours de tous ceux qui m’ont soutenu et accompagné tout au long de mes travaux. Je tiens donc à leur faire part de toute ma reconnaissance. J’adresse, tout d’abord, ma profonde gratitude à M. Yuyi FANG (Groupama) d’avoir spontanément accepté le tutorat de ce travail. Grâce à sa générosité et sa disponibilité, il m’a ouvert les portes de son immense connaissance du marché chinois de l’assurance. Ses conseils auront été un guide précieux tout au long de ma réflexion sur le sujet étudié. Je tiens par ailleurs à remercier toutes les personnes que j’ai rencontrées à l’occasion de mes recherches, tant à Paris, Pékin et Shanghai, pour avoir pris de leurs temps afin de m’accueillir et de me faire partager leurs expériences de terrain : - Bruno BORIUS (AXA) Bin GAO (AXA) Yisheng GUAN (Central University Of Finance & Economics Ŕ School of Insurance) Bob LI (Mondial Assistance) Gregory LOUVEL (Norton Rose) Quanhau LU (Matrix risk consultants) Qing MI (Groupama Gan Vie) Xiuli YU-BORIUS (Central University Of Finance & Economics Ŕ School of Insurance) François ZHANG (Groupama) Freeman ZHANG (XL Capital) Milly ZHANG (AON Benfield) Zeying ZHAO (Scor) Mes remerciements s’adressent également à mon épouse, Ruiqin (Tinna) SHENDELALANDE, qui outre son soutien quotidien sans faille, a aussi généreusement contribué à mes travaux grâce à ses traductions et son assistance lors de mes déplacements en Chine. Enfin, je tiens également à remercier tous mes relecteurs ainsi que tous ceux, (famille, amis, condisciples, collègues, professeurs et encadrement de l’ENASS), qui m’ont encouragé soutenu et conseillé tout au long de mon cursus au MBA. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 2 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine PRINCIPALES ABREVIATIONS Abréviation Acronyme ABC BJ BOC BR CCB CIRC CNY EUR HK HKD ICBC IPC IPO JV M&A NBS OCDE OMC PBOC PCC PIB PICC PWC PMM RMB ROE RPC SH USD WTO CNAM IIM Ŕ ENASS / Signification Agricultural Bank of China Beijing (Pékin) Bank of China Bureau de representation China Construction Bank China Insurance Regulatory Commission Chinese Yuan Euro Hong Kong Dollar de Hong Kong Industrial and Commercial Bank of China Indice de Perception de la Corruption Initial Public Offering (Introduction en bourse) Joint Venture (co-entreprise) Mergers and Acquisitions (fusions Ŕ acquisitions) National Bureau of Statistics of China Organisation de Coopération et de Développements Economiques Organisation Mondiale du Commerce (WTO) People’s Bank Of China Parti Communiste Chinois Produit Intérieur Brut People Insurance Company of China PriceWaterhouseCoopers Part de Marché des Minoritaires Renminbi Return On Equity (rentabilité des capitaux propres) République Populaire de Chine Shanghai Dollar américain World Trade Organisation (OMC) MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 3 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine AVERTISSEMENTS - Transcription des termes de langue chinoise : Tous les termes chinois cités, le seront en caractères chinois simplifiés (langue écrite en vigueur en République Populaire de Chine), et/ou transcrit en pinyin (transcription phonétique officielle). Selon les cas et les usages une traduction en anglais pourra être précisée. - Références territoriales administratives : Le terme de « province » fera référence au découpage administratif de premier niveau du territoire de la République Populaire de Chine, à savoir les 22 provinces, les 5 régions autonomes, et les 4 municipalités de Beijing (Pékin), Tianjin, Shanghai, et Chongqing.1 - Unités monétaires : La monnaie en cours en République Populaire de Chine est le Renminbi (monnaie du peuple) (RMB). Celui-ci est plus communément nommé yuan, et l’abréviation CNY est également utilisée. Ainsi les termes RMB, CNY et yuan pourront être utilisés dans la présente étude pour désigner l’unité monétaire chinoise. Des évaluations en euro, dollars américains, et dollar de Hong Kong pourront également être utilisés. Ces unités monétaires seront désignées par les sigles EUR (euro), USD (dollar américain) et HKD (dollar de Hong Kong). Par simplification, le terme « dollar » sans autre précision fera référence au dollar américain. 1 Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Administration_territoriale_de_la_Chine + carte administrative en annexe 1. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 4 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine RESUME Les assureurs internationaux aujourd’hui implantés en Chine s’interrogent. Alors qu’ils avaient placé beaucoup d’espoirs en Chine à la suite de l’ouverture du marché de l’assurance aux étrangers, dans la foulée de l’accession du pays à l’OMC en 2001, leurs situations s’avèrent plus compliquées que prévue. Les difficultés qu’ont rencontrées les compagnies étrangères sont nombreuses. Outre aux problèmes liés à toute implantation sur un territoire inconnu, elles sont également confrontées à un marché encore immature ainsi qu’à un traitement réglementaire contraignant et discriminant. A cette multiplicité de problèmes et de contraintes s’ensuit alors une maigre performance des étrangers qui se traduit par les chiffres évocateurs de leurs parts de marché : 5% pour les Joint-ventures vie, et 1% pour les filiales non vie. L’eldorado que devait être la Chine s’avère finalement être le terrain de tous les dangers ; la déception est flagrante ! Dès lors, que faire ? Doit-on considérer l’implantation en Chine comme une erreur, et la quitter pour se recentrer sur des territoires plus accueillants ? Au contraire, doit-on persister, et attendre des « jours meilleurs » ? Où encore, doit-on réajuster la stratégie de pénétration du marché Chinois pour s’adapter davantage à la situation qui avait été mal évaluée ? Pour juger de la bonne réaction à mettre en œuvre, les compagnies étrangères devront réexaminer la situation avec un œil nouveau. La situation est-elle, au final, si critique que cela ? Non, si l’on compare au reste du monde : il est difficile pour les assureurs étrangers de s’imposer dans tous les grands marchés. Non, si l’on évalue la performance des compagnies étrangères dans le périmètre adéquat. Dès lors la réussite apparait possible en Chine, pour les étrangers : - - - S’ils considèrent que leur situation d’échec tient plus à leurs erreurs (d’appréciation, notamment de la concurrence locale qui s’avère bien plus compétitive que prévu), alors que, de fait, les principales difficultés, notamment réglementaires, étaient plus que prévisibles. S’ils acceptent les conditions, qui, compte tenu de la nature de l’environnement chinois, sont structurantes quant à la nature de leurs stratégies de pénétration : à savoir, la taille, la perspective de long terme, et l’adaptation au nouveau modèle, naissant, d’assurance chinois. Si leurs valeurs sont compatibles avec celles qui sont indispensables à l’établissement de la confiance avec l’ensemble des parties prenantes du marché, à savoir, l’humilité, la patience et la persévérance. Ainsi, compte tenu de ces éléments, l’assureur étranger pourra envisager l’opportunité, soit d’un retrait, soit d’un maintien. Dans ce dernier cas une nouvelle approche stratégique pourra être étudiée, afin de « coller » aux nouvelles dynamiques, puissantes, du marché, qui s’avèrent finalement favorables aux étrangers, comme la bancassurance et l’ouverture réglementaire sans cesse plus grande. C’est alors le bon usage des outils stratégiques que sont les formes juridiques autorisées, dont la participation minoritaire au sein d’une compagnie chinoise, qui accompagneront les assureurs étrangers vers le succès. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 5 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine EXECUTIVE SUMMARY International insurers who launched business in China several years ago are questioning today. They initially expected a lot on the Chinese insurance market in the wake of the country's accession to the WTO in 2001. However, today, foreign insurers’ business situations seem harder than anticipated. The difficulties they encountered are considerable; In addition to the problems concerning any investment on an unknown territory, they have to dealing with such difficulties as undeveloped insurance market and unfriendly regulation which is really restrictive and even discriminatory in some way. All those problems and difficulties result in a poor performance of the foreign insurers: only 5% of market share for life joint ventures, and 1% for non-life subsidiaries. The paradise that China should be for the foreign insurers seems to be proved to be a challenging zone; disappointment is obvious! So what is the right reaction? Should we consider going to China is a mistake, giving up this market and focusing on more friendly areas? Or should we persist and wait for "better days"? Should we instead adapt the penetration strategy of the Chinese market for a better integration with the environment which had been previously under-evaluated? To give the right response at hand, foreign companies should review the situation with fresh eyes: is the situation really extremely tough for them? No; wherever in the other markets in the world, it is not easy to prevail as a foreign insurance company. No; if we evaluate the performance of foreign companies in the right scope. Therefore, success appears possible in China for foreign insurers: - If they regard their failure as a result of bias and mistakes (especially of the evaluation of the competition of local insurers that are far more competitive than expected, and of such major challenges as regulatory which is tougher than anticipated). - If they adjust their strategies to the structural conditions of the Chinese environment, namely, size, long-term perspective, and adaptation to the nascent Chinese insurance model. - If their values are consistent with those which are required to establish trust with all the stakeholders in the market, namely, humility, patience and perseverance. Thus, according to these factors, the foreign insurers may decide to leave, or stay. If they stay, they also may conceive a new strategic approach in order to "stick" to the new powerful Chinese market’s dynamics which are ultimately favorable to foreigners (e.g. trends such as “bancassurance” and the continuing opening regulatory). Then the proper use of the strategic tools (the allowed legal forms), including the minority stake in a Chinese company, will enable foreign insurers to succeed. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 6 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine SOMMAIRE REMERCIEMENTS ............................................................................................................................2 PRINCIPALES ABREVIATIONS ........................................................................................................3 AVERTISSEMENTS ...........................................................................................................................4 RESUME ............................................................................................................................................5 EXECUTIVE SUMMARY ....................................................................................................................6 SOMMAIRE ........................................................................................................................................7 LES ASSUREURS ETRANGERS FACE A LEURS DIFFICULTES EN CHINE. FUIR, SE MAINTENIR, OU REAGIR ?..........................................................................................................................................8 INTRODUCTION ................................................................................................................................9 PARTIE 1 : LE BOURBIER CHINOIS ? ............................................................................................ 19 1.1 1.2 1.3 1.4 RETOUR EN 2001 : ANALYSE D’OPPORTUNITE DU MARCHE CHINOIS ........................................... 20 2001-2010 : UNE DECENNIE A L’EPREUVE DU FRONT ............................................................... 31 2010 : PREMIER BILAN ET DETERMINATION DES CAUSES ........................................................... 47 CONCLUSION ....................................................................................................................... 53 PARTIE 2 : UN AUTRE REGARD SUR LA SITUATION. .................................................................. 54 2.1 2.2 2.3 2.4 2.5 ETUDES COMPARATIVES ....................................................................................................... 55 LA DYNAMIQUE REGLEMENTAIRE ............................................................................................ 67 LES NOUVELLES DYNAMIQUES DU MARCHE .............................................................................. 74 PROJECTION DU MARCHE DE 2020 ......................................................................................... 78 CONCLUSION ....................................................................................................................... 86 PARTIE 3 : LES BONNES STRATEGIES ET TACTIQUES .............................................................. 87 3.1 3.2 3.3 3.4 SO W HAT ? QUEL ETAT D’ESPRIT POUR (RE) ABORDER LE MARCHE CHINOIS ? ............................ 88 OPTIONS ET QUESTIONS ASSOCIEES ...................................................................................... 91 COMMENT REAGIR : LES MOUVEMENTS STRATEGIQUES .......................................................... 100 COMMENT REAGIR : LES FACTEURS CLES DE LA REUSSITE ...................................................... 110 CONCLUSION................................................................................................................................ 118 BIBLIOGRAPHIE ........................................................................................................................... 121 TABLE DES MATIERES ................................................................................................................ 130 TABLE DES ILLUSTRATIONS....................................................................................................... 133 ANNEXES ...................................................................................................................................... 135 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 7 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine LES ASSUREURS ETRANGERS FACE A LEURS DIFFICULTES EN CHINE. Fuir, se maintenir, ou réagir ? « Celui qui excelle à résoudre les difficultés les résout avant qu'elles ne surgissent » (Sun Tzu) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 8 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine INTRODUCTION Il y a maintenant quelques années, en 2001, la Chine accédait à l’OMC. Cet événement a constitué pour l’empire du milieu le point d’orgue des politiques de réforme et d’ouverture économique lancées dés 1978 par Deng Xiaoping. Exit les principes du grand bond en avant et de la révolution culturelle, place au « réalisme » et à « l’économie socialiste de marché » ( 社 会 主 义 市 场 经 济 ). S’imposent alors certaines pratiques des plus libérales ainsi que l’ouverture sur le monde. Force est de constater que les résultats de cette politique sont des plus spectaculaires : la croissance moyenne annuelle du PIB chinois de 1980 à 2001 s’élève à plus de 9,8 %2, et le PIB par habitant à été multiplié par 10 sur la même période. 3 Dès lors, la Chine ne devient plus attrayante pour les seuls industriels internationaux qui y implantent des unités de production au sein des Zones Economiques Spéciales 4 pour y bénéficier de conditions réglementaires, fiscales et salariales avantageuses. La Chine se présente en effet comme un immense marché, fort de sa population de 1,3 Milliard d’habitants (21% de la population mondiale)5 et d’une classe moyenne croissante comptant déjà, en 2001, plus de 100 millions de personnes6 accédant à la « petite prospérité » (小康, 小康,xiaokang). L’élévation du niveau de vie, et la part de la consommation dans le PIB du pays étant encore très limitée (36%)7, montrent que le potentiel du développement de la consommation de masse en Chine est énorme. L’exemple de l’évolution des taux d’équipement des ménages urbains est éloquent : Tableau 1 : Taux d’équipement des ménages urbains Item 2000 2007 2008 Air Conditioner (unit) 30,80 95,08 100,28 Computer (set) 9,70 53,77 59,26 Mobile Telephone (unit) 19,50 165,18 172,02 Automobile 0,50 6,06 8,83 (unit) Source : NBS - China statistical yearbook 2009 La croissance future de l’économie chinoise sera donc très certainement soutenue par cette nouvelle demande intérieure. Les projections estiment d’ailleurs que le PIB chinois 2 Real GDP growth rate. Source OCDE (http://stats.oecd.org/) Source OCDE (http://stats.oecd.org/) 4 La première ZES à été créée en Chine à Shenzhen (Guangdong) en 1980 5 Source : National Bureau of Statistics People Republic of China. Recensement de 2000. 6 Source : China daily 7 Source : The Economist’s pocket world in figures 2009. Pour comparaison, dans les grands pays développés, ce taux évolue autour de 60-70 %. 3 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 9 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine dépassera le PIB américain entre 2025 et 2030 8, et représentera 5 fois le PIB allemand (première économie européenne) en 20259. Par ailleurs, l’accession à l’OMC s’accompagne d’engagements de la part de la Chine quant à une meilleure ouverture de son marché. Les barrières non conformes aux règles du commerce international devront être levées (systèmes de licences d’importation, de quotas…), en plus d’accords sectoriels bilatéraux, touchant notamment le secteur des services. L’ensemble des entreprises du monde à la recherche de relais de croissance à l’international voit donc naturellement la Chine comme une opportunité qui n’a probablement jamais connu d’équivalent dans l’histoire. Face à ce constat et ces perspectives, les compagnies d’assurance des pays développés évoluant sur leurs marchés domestiques matures, voire saturés (cf TABLEAU 2 : LES PRINCIPAUX MARCHES MONDIAUX D'ASSURANCE EN 2005), se tournent alors tout naturellement vers la Chine. Le nouveau géant asiatique serait-il le nouvel eldorado de l’assurance mondiale ? Il est vrai que le marché de l’assurance chinois, en 2001, est très jeune et très prometteur. Pendant l’ère maoïste, l’Etat assumant l’ensemble des risques de la société chinoise, l’assurance était alors limitée aux opérations internationales. Ainsi dans les années 80, l’assurance était garantie par le monopole de la PICC 10 contrôlée par le gouvernement central. Ce monopole ne sera démantelé qu’en 1985, et en 1991 la Chine ne compte que 4 compagnies d’assurance11. Ce n’est qu’en 1995 qu’est promulguée la première loi relative à l’assurance, et l’autorité de contrôle, la CIRC 12 n’est crée qu’en 1998. En 2001 seules 35 compagnies ont obtenu une licence13, et le montant total des primes ne s’élève qu’à 210 milliards de yuans14 (25,5 Mds USD), ce qui ne représente que 1,06 % du marché mondial de l’assurance. Le niveau de développement de l’assurance en Chine est donc à l’aube de l’adhésion à l’OMC en deçà du niveau de développement global de l’économie chinoise, comme en témoignent les taux de croissance des primes systématiquement supérieurs aux taux de croissance du PIB (voir TABLEAU 3 : EVOLUTION PIB / EVOLUTIONS PRIMES EN CHINE). 8 Source : Goldman Sachs et Price Waterhouse Coopers Source : Goldman Sachs 10 People Insurance Company of China 11 Source : Cummin’s & Venard Handbook of international insurance 12 China Insurance Regulatory Commission 13 Source : Cummin’s & Venard Handbook of international insurance 14 Source : National Bureau of Statistics, China Insurance Regulatory Commission 9 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 10 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Tableau 2 : les principaux marchés mondiaux d'assurance en 2005 7 000,00 Densité USD/ hab. Taille des bulles : Montant total des primes 6 000,00 5 000,00 UK USA Japan 4 000,00 3 000,00 Germany France 2 000,00 Canada Italy 1 000,00 Brazil, Russia, India 0,00 0,00 2,00 China 4,00 Pénétration % du PIB 6,00 8,00 10,00 12,00 14,00 16,00 18,00 -1 000,00 Source : Etabli par l’auteur à partir des données Swiss re dans Handbook of international insurance Tableau 3 : Evolution PIB / Evolutions primes en Chine 100,0% 90,0% 80,0% 70,0% 60,0% 50,0% 40,0% 30,0% 20,0% 10,0% 0,0% year 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 croissance PIB Croissance Primes Linéaire (croissance PIB) Linéaire (Croissance Primes) Source : Etabli par l’auteur à partir des données NBS et CIRC dans handbook of international insurance La conjugaison de l’élan économique de la Chine, de son adhésion à l’OMC (favorisant l’ouverture du marché aux compagnies étrangères), et de l’état encore quasi « vierge » de son marché de l’assurance, fait que celui-ci constitue à l’époque une opportunité sans précédent pour les assureurs du monde entier. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 11 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Les implantations d’assureurs étrangers en Chine se sont donc naturellement multipliées, passant de 21 en 2001 à 48 fin 2008, et celles-ci ont embauché à un rythme exponentiel sur la même période. Tableau 4 : Evolution du nombre de compagnies d'assurance domestiques et étrangères en Chine 140 120 Nbre de compagnies 100 48 43 41 80 40 60 36 36 40 20 21 14 0 2001 28 16 2002 66 53 26 32 2003 2004 cie chinoises 2005 2006 77 82 2007 2008 cie étrangères et JV Source : NBS - China statistical yearbooks 2001 à 2009 Tableau 5 : Evolution du nombre de salariés des compagnies étrangères et JV 35000 30000 26599 25000 20955 17123 20000 15000 11141 7629 10000 5000 2724 3006 3335 2001 2002 2003 0 nbre salariés 2004 2005 2006 2007 2008 Expon. (nbre salariés) Source : NBS – China statistical yearbooks 2001 à 2009 A l’aube du 10e anniversaire de l’accession de la Chine à l’OMC, l’heure est donc aux premiers bilans d’ensemble. A la lumière des résultats des premiers assureurs étrangers ayant sauté le pas, la Chine se présente-t-elle toujours aujourd’hui comme le nouvel eldorado annoncé par les assureurs 10 ans auparavant ? CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 12 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Il semble en effet que les espoirs soient sinon déçus, à tout le moins mis à mal. Si les montants de primes collectés par les assureurs étrangers ont sensiblement augmenté (Voir TABLEAU 6 : EVOLUTION DES PRIMES DES ASSUREURS ETRANGERS EN CHINE) ces dernières années, leurs parts de marché restent très faibles voire insignifiantes. La part de marché totale des compagnies détenues à 100% par des capitaux étrangers et des coentreprises détenues à parts égales entre une compagnie étrangère et un partenaire local, n’atteint que 5% en assurance vie et 1% en assurance non vie en 200915. Et, outre le fait que ce niveau soit faible, la tendance est également plutôt à la baisse, alors que le nombre d’acteurs a significativement augmenté. (Voir TABLEAU 7 : EVOLUTION DE LA PART DE MARCHE DES ASSUREURS ETRANGERS EN CHINE) Tableau 6 : Evolution des primes des assureurs étrangers en Chine (Millions RMB) 5 000 000 4 500 000 4 000 000 3 500 000 3 000 000 2 500 000 JV vie 2 000 000 non vie 1 500 000 1 000 000 500 000 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Source : Etabli par l’auteur à partir des données CIRC (http://www.circ.gov.cn) 15 Source : CIRC CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 13 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Tableau 7 : Evolution de la part de marché des assureurs étrangers en Chine 12,00% 10,00% 8,00% 6,00% JV vie non vie 4,00% 2,00% 0,00% 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Source : Etabli par l’auteur à partir des données CIRC (http://www.circ.gov.cn) Par ailleurs, bien que la rentabilité de l’ensemble des assureurs chinois soit faible 16, celle des compagnies étrangères l’est également, et est même pour la plupart déficitaire. Tableau 8 : Rentabilité des assureurs étrangers sur le marché chinois Compagnie (non vie) Capitaux propres résultat net Generali china property 445,36 - 50,32 AIG general insurance 738,78 - 6,15 Tokio marine&nichido fire insurance 356,04 - 57,57 Winterthur insurance Shanghai 178,91 sun alliance 379,55 - 120,40 chubb 201,06 - 44,55 Mitsui sumitomo 421,32 11,96 Samsung fire&marine 422,67 73,21 Allianz insurance Guangzhou branch 231,46 1,89 sompo japan 550,02 libertry 162,16 Cologne reinsurance shanghai 297,22 Groupama SA chendu branch 95,83 - 25,38 131,85 - 29,31 Zurich insurance beijing 16 17 2,05 1,20 - 70,26 13,10 ROE17 -11,30% -0,83% -16,17% 1,15% -31,72% -22,16% 2,84% 17,32% 0,82% 0,22% -43,33% 4,41% -26,48% -22,23% Source : CIRC (Yearbook of China’s insurance 2009) ROE = Return On Equity CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 14 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine hyundai insurance 181,99 - 13,00 aioi insurance Tianjin 200,31 - 21,97 labour coorperation reinsurance 236,25 - 44,10 -7,14% -10,97% -18,67% 5 230,78 - 379,60 -7,26% Total étrangers non vie Compagnie (JV Vie) Capitaux propres résultat net Manulife-sinochem life 498,58 68,08 Pacific-antai life 412,67 1,42 Allianz china life 359,57 - 482,88 AXA-minmetals assurance 266,02 - 231,69 china life-CMG life Assurance 126,42 - 10,44 CITIC-prudential life 775,66 - 242,33 41,01 - 16,07 2 493,68 - 106,52 386,57 - 242,67 3 827,87 - 213,21 Haier New York life 270,52 - 149,13 Aviva-cofco life 888,31 - 343,05 AEGON-CNOOC life 280,16 - 298,83 CIGNA&CMC life 395,05 ROE 81,68 - 51,60 Heng an standard life 567,61 - 421,20 Skandia-BSAM life 184,99 - 64,24 Sino-US met life 262,31 - 99,11 Cathay life 535,30 - 126,29 Samsung air china life 365,36 - 39,75 United met life 306,04 - 132,05 Sino French life 210,37 - 9,81 Great Eastern life 218,12 - 40,26 13,65% 0,34% -134,29% -87,09% -8,26% -31,24% -39,19% -4,27% -62,78% -5,57% -55,13% -38,62% -106,66% 20,16% -63,17% -74,21% -34,73% -37,78% -23,59% -10,88% -43,15% -4,66% -18,46% - 3 171,99 -23,06% John hancock tianan life Generali china life sun life everbright life ING capital life Nissay-SVA life 13 753,87 Total JV vie 79,64 Source : CIRC (yearbook of China’s insurance 2009) Les assureurs étrangers sont donc aujourd’hui incontestablement moins performants que leurs homologues Chinois au niveau de leur développement commercial, et sont également décevants quant à leur rentabilité. Nous sommes donc encore loin de l’eldorado annoncé ; alors que l’on assiste à l’émergence de nouveaux géants chinois, certes encore peu rentables, mais captant pour leur compte la quasi-totalité de la dynamique du marché chinois, comme l’illustrent les capitalisations boursières des premiers grands assureurs chinois cotés qui sont déjà parmi les plus élevées du secteur. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 15 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Tableau 9 : Principales capitalisations boursières 2009 (secteur assurance) BerkshireHathaway China Life Ping An Allianz AXA Generali Prudential Milliards USD 0 20 40 60 Chiffre d'affaire 80 100 120 140 160 180 200 capitalisation boursière Sources : Etabli par l’auteur à partir des données de Financial Times (classement Global 500) et CNN (classement Fortune global 500) L’heure est donc à la déception, voire à la résignation. Les commentateurs et critiques fustigent même le marché chinois qui resterait très largement fermé aux opérateurs étrangers, tant les barrières seraient nombreuses et discriminantes. Pire, certaines opérations de certains assureurs étrangers peuvent laisser à penser à un début de désengagement : - La cession avortée de AIA, filiale chinoise d’AIG à Prudential, suscite en effet l’interrogation. AIA bénéficie de la plus grosse part de marché de tous les assureurs étrangers, ainsi qu’une bonne connaissance du pays, pour s’y être implanté en 1992. Outre les aspects financiers qui ont vraisemblablement mis fin à ce projet, on peut se demander si cet exemple ne traduit pas aussi un doute sur le réel potentiel de la Chine pour un assureur étranger : c’est d’ailleurs au final un acheteur Chinois qui a acquis AIA. - Que penser également de l’entrée de Bank of China (中国银行) au capital de la joint venture de Standard Life ? A la suite de cette opération Bank of China est devenue majoritaire, et la part de Standard Life reléguée à une participation minoritaire, dans une compagnie de facto transformée en assureur local. Cette situation « d’échec » amène donc tout naturellement à s’interroger. Les promesses de la Chine au moment de l’accession à l’OMC n’étaient-elles que des leurres ? Le marché chinois est-il de fait fermé aux assureurs étrangers ? Doit-on quitter la Chine pour se sortir de ce marché finalement sans avenir et investir et se concentrer vers des destinations plus accueillantes ? A contrario, on peut s’interroger sur ce défaitisme ambiant. Est-il réellement justifié ? Les analyses qui l’alimentent sont-elles les bonnes ? Quelle est la situation réelle du CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 16 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine marché chinois, et quelles sont ses (nouvelles) dynamiques ? Et, finalement, y a-t-il des stratégies gagnantes à adopter pour « sortir » de l’ornière puis réussir sur ce marché ? C’est à toutes ces questions que la présente étude tentera de répondre, étant entendu que celle-ci se limitera aux périmètres suivants : - - - Géographique : « La Chine », sera entendue comme la Chine dite « continentale », à savoir la République Populaire de Chine (RPC) excluant les territoires de Hong Kong et de Macao. Ceux-ci, régis par des statuts spéciaux, bénéficient de régimes politiques et de législations spécifiques du fait de leurs intégrations récentes à la RPC. Pour ces raisons historiques, les conditions pour les acteurs étrangers y sont très différentes. Rajoutons par ailleurs, qu’est exclue de l’étude la « République de Chine », communément appelée « Taiwan ». Bien que considérée comme une province par les autorités de la RPC, Taiwan, refuge depuis 1948 des nationalistes chinois opposés au régime communiste, est administrée indépendamment du pouvoir Pékinois. Comme à Hong Kong, le marché de l’assurance taïwanais est donc à un stade de développement plus avancé que celui de la Chine continentale, et les assureurs étrangers y sont beaucoup mieux implantés. Ces territoires exclus pourront cependant être cités, en termes de comparaison, ou dans le cadre du rôle que ceux-ci peuvent jouer dans la stratégie de développement des assureurs étrangers en Chine continentale. Ligne de business : L’étude se limitera à l’assurance directe, vie et non vie 18. La réassurance sera donc exclue. Elle bénéficie en effet de conditions, notamment réglementaires, plus avantageuses que l’assurance directe. Par ailleurs le marché de la réassurance, par nature, mondial, porte ses propres spécificités, y compris en Chine. Cependant, les relations entre les assureurs directs et les réassureurs pourront être abordées, ainsi que la place que peuvent avoir les activités annexes de réassurance dans le développement des assureurs directs en Chine. Seront également exclus de l’étude les intermédiaires distributeurs (agents, courtiers) étrangers, pour se focaliser sur la situation des preneurs de risques (hors réassurance). Notion d’assureur étranger : Selon les usages en Chine, et en raison des dispositions de la loi du 12/12/2001, il existe deux types d’assureurs étrangers : les compagnies et succursales contrôlées par un groupe de droit étranger, et les coentreprises détenues à 50/50 entre un assureur étranger et une autre société de droit chinois. (entendu que « de droit chinois » s’applique aux sociétés de la Chine continentale uniquement, les compagnies de Hong Kong, Macao, et bien sur Taiwan sont donc considérées étrangères). Cependant les groupes étrangers ont également la possibilité de prendre des participations minoritaires limitées à 25 % 19 du capital de compagnies de droit Chinois. La présente étude entend donc comme assureur étranger, toute compagnie ou tout groupe de droit autre que chinois qui pénètre le marché chinois via toutes les possibilités sus citées. 18 Conformément aux usages en Chine, les garanties santé et accident seront incluses dans la catégorie assurance vie. 19 Loi du 27/12/1999 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 17 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine - Notion de marché de l’assurance : Celui-ci sera compris comme le système d’échange des risques contre prime. Il est constitué de différents acteurs, qui sont les clients (les assurés : la demande), l’ensemble des entreprises d’assurance autochtones et étrangères (les assureurs : l’offre), et l’ensemble des forces internes et externes, notamment réglementaires qui influent sur le fonctionnement de cette rencontre entre l’offre et la demande. L’ensemble de l’offre pourra être nommé « l’industrie de l’assurance ». De ce périmètre, Il sera exclu le système de protection sociale publique régi par des lois économiques différentes du secteur marchand. Cependant les systèmes complémentaires répondant à ces principes, pourront être inclus. Ainsi, dans ce cadre défini, et pour répondre aux problématiques soulevées ci-dessus, il sera dressé, dans une première partie, un constat des difficultés majeures rencontrées par les assureurs étrangers en Chine. Dans une seconde partie sera proposée une analyse « différente » de celle généralement rapportée et commentée. Enfin la troisième et dernière partie, sera consacrée à faire ressortir les stratégies adéquates pour réussir sur le marché chinois de l’assurance. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 18 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine PARTIE 1 : Le Bourbier Chinois ? « L'habituel défaut de l'homme est de ne pas prévoir l'orage par beau temps » (Nicolas Machiavel) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 19 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Retour en 2001 : analyse d’opportunité du marché chinois 1.1 Comme évoqué plus haut, l’accession de la Chine à l’OMC fut l’occasion pour de nombreux assureurs étrangers d’envisager la pénétration de ce nouveau marché. Un retour en arrière sur la situation qui prévalait à l’époque, permettra de mieux comprendre les raisons qui ont motivé, hier, les assureurs à s’implanter en Chine, et qui expliquent pour partie, leur état d’esprit, leur déception d’aujourd’hui. 1.1.1 Méthode utilisée : BOSS Matrix™20 Il convient ici de recréer l’analyse du contexte du marché chinois de l’assurance tel qu’aurait pu l’entreprendre à l’époque une compagnie non chinoise qui étudie l’opportunité d’une implantation en Chine. La méthode retenue (déterminée par l’auteur, pour les besoins de la présente thèse) consiste en un bilan des facteurs favorables et défavorables à l’implantation en Chine. Pour cela deux colonnes sont dressées : - A gauche : les facteurs favorables à l’implantation en Chine A droite : les facteurs défavorables à l’implantation en Chine Chacun de ces deux groupes de facteurs sera divisé en facteurs exogènes et endogènes. Les facteurs exogènes constituent les facteurs externes à l’entreprise (environnement réglementaire, caractéristique du marché, etc.) Les facteurs endogènes sont quant à eux les facteurs propres à la situation de l’entreprise. La présente analyse n’a pas pour objet de reproduire l’analyse d’une compagnie particulière. Les critères endogènes seront donc compris comme les caractéristiques générales et propres à l’ensemble des grandes compagnies internationales dont le marché domestique est mature (USA, Europe, Japon etc.) A chacun des critères est attribuée une note de 1 à 5. La distribution des notes suit le barème suivant : Tableau 10 : Barème de notation Note 1 2 3 4 5 Facteur favorable Légèrement favorable Facteur défavorable Légèrement défavorable Nettement favorable Nettement défavorable Très favorable Très défavorable Les sommes des notes des facteurs favorables et des facteurs défavorables permettent ensuite de déterminer un rapport (en pourcentage) entre eux. Ce rapport permet de juger du niveau d’attractivité que représente le marché pour la compagnie (en l’occurrence, le marché chinois pour les compagnies étrangères). Plus le taux « favorable » est supérieur à 50 % 20 “Business Opportunity Strategic Scoring Matrix”. Méthode déterminée par l’auteur pour les besoins de la présente thèse. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 20 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine plus l’opportunité est importante. A l’inverse plus le taux « défavorable est supérieur à 50 %, plus le marché est à éviter. Chaque facteur relevé fera l’objet d’une courte analyse afin de déterminer sa note. 1.1.2 Les facteurs favorables exogènes Facteurs macroéconomiques : - Accession à l’OMC : 5 Les accords bilatéraux notamment sino américain et sino européen, traitant de l’assurance, qui ont accompagné cette accession ont favorisé l’obtention de licences de quelques assureurs majeurs au lendemain de l’accession. Par ailleurs, celle-ci s’est accompagnée d’engagements pris par la Chine visant à l’ouverture totale de son marché aux assureurs étrangers. En plus de ces concrétisations immédiates, cette accession a une portée symbolique importante : elle marque l’entrée de la Chine dans le concert des économies modernes, et affiche l’acceptation des standards économiques internationaux. Le pays gagne ainsi en « lisibilité », facteur de confiance indispensable pour tout assureur. La note retenue pour ce facteur est donc naturellement la plus élevée, à savoir 5. - Projection de croissance économique : 5 La croissance économique influence la demande d’assurance 21. La Chine connait à l’époque les taux de croissance les plus élevés au monde 22 . Par ailleurs les projections anticipent la poursuite de ce phénomène pour de nombreuses années voire décennies. La chine serait même amenée à devenir la première économie mondiale d’ici à 2025/203023. Ces résultats impressionnants, justifient donc la note de 5. - Projection de croissance des classes moyennes : 5 Si la richesse d’un pays influence la demande de l’assurance, la répartition de ses richesses est tout aussi déterminante24. La forte croissance de l’économie chinoise s’accompagne de l’émergence d’une classe moyenne… à l’échelle du pays. En 2001, celle-ci est estimée à 100 millions de personnes (supérieure à la population totale allemande par exemple), et sa croissance est exponentielle. Les projections prédisent 21 Source : swiss re, sigma 5/2004 : exploiting the growth of emerging insurance market Ŕ China and India in the spotlight 22 Source : OCDE 23 Source : Goldman Sachs 24 Source : swiss re, sigma 5/2004 : exploiting the growth of emerging insurance market Ŕ China and India in the spotlight CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 21 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine que cette classe moyenne devrait compter plus de 600 millions de personnes en 202025. Là encore le vertige des chiffres justifie l’attribution de la note maximum de 5. - Vieillissement de la population : 3 La politique de l’enfant unique a entre autres pour conséquence le vieillissement de la population chinoise 26 . Ceci génère de nouveaux risques liés au vieillissement (financement des retraites, accroissement des dépenses de santé, dépendance, etc.) Les assureurs vie notamment peuvent apporter des solutions en réponse à ces nouveaux défis. Les assureurs étrangers bénéficient pour cela de leurs expériences dans les pays développés vieillissants. Néanmoins, la part des assureurs privés à ces activités reste dépendante des dispositions sociales publiques. La note est donc limitée à 3. Facteurs relatifs au marché local de l’assurance - Forte croissance du marché de l’assurance : 5 Si l’économie croît rapidement, il est à noter que le marché de l’assurance croit encore plus rapidement (Voir TABLEAU 3 : EVOLUTION PIB / EVOLUTIONS PRIMES EN CHINE). L’assurance connait très certainement un certain retard en comparaison à d’autres secteurs 27 . Il s’ensuit donc un phénomène de « rattrapage » soutenu par la croissance économique globale, ainsi que de nouvelles dispositions réglementaires qui seront évoquées plus loin. Ceci est donc très largement favorable aux assureurs, la note attribuée est donc de 5. - Peu de concurrents : 3 Le marché Chinois est encore très jeune. Le démantèlement de la PICC (monopole d’état) ne date que de 1985. Et, en 2001 on ne compte que 35 compagnies. Ce faible nombre d’acteurs, couplé à la forte croissance du marché, laisse à penser que la concurrence est encore relativement modérée. Il s’agit donc d’un facteur favorable pour les nouveaux entrants qu’il convient néanmoins de modérer. La tendance est en effet à une croissance très forte du nombre d’entrants sur le marché. Ce facteur favorable, n’est donc pas « durable », ce qui motive la note de 3. - Manque d’expérience des compagnies locales : 2 25 Source : UBI France, le secteur des assurances en Chine Source : OCDE 27 Source : Cummins & Venard, handbook of international insurance 26 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 22 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Les compagnies chinoises sont toutes très jeunes, à l’exception de la PICC, et aucune n’a l’expérience d’un marché ouvert et concurrentiel de l’assurance. Ce n’est bien entendu pas le cas de leurs consœurs étrangères qui existent depuis au moins 30 ans (il s’agit d’une des conditions réglementaires requise pour pouvoir pénétrer le marché chinois). Par ailleurs, ces dernières exercent généralement sur des marchés développés très concurrentiels. Les compagnies étrangères ont donc un bénéfice de l’expérience. La note sera néanmoins limitée à 2. En effet, même si les compagnies étrangères ont l’expérience de marchés ouverts, y compris à l’international, aucune (à l’exception, peut être, d’AIG) n’a l’expérience du marché chinois « naissant ». - Besoin d’expertise des compagnies étrangères : 3 Toujours en raison de leur jeunesse, les acteurs locaux n’ont pas encore les niveaux d’expertise technique 28 comparables à leurs homologues étrangers plus expérimentés et exerçant sur des marchés « sophistiqués». Ceci peut donc favoriser l’intérêt pour les assureurs chinois à s’associer avec des assureurs internationaux. Il s’agit donc là d’un réel facteur favorable aux assureurs étrangers. Il sera cependant limité à la note de 3. Ce comportement peut en effet s’apparenter à un transfert de technologie qui peut s’avérer défavorable au partenaire étranger sur le moyen et le long terme. - Mise en place d’une réglementation conforme aux standards internationaux : 3 Tout comme les assureurs chinois, la réglementation du secteur est jeune. Comme évoqué plus haut, les premières lois datent des années 90. Les principaux textes de référence sont même plus récents (1999-2000). L’organe régulateur n’a été créé qu’en 1998. Auparavant l’assurance dépendait du pouvoir et du contrôle de la banque centrale, la People’s Bank of China (中国人民银) (PBOC). Néanmoins tous ces éléments montrent une réelle volonté d’organisation du marché de l’assurance, avec ses règles, son régulateur et contrôleur, à l’instar des grands marchés mondiaux, ce qui justifie l’inscription de ce facteur dans la catégorie favorable. La note sera limitée à 3 en raison de la jeunesse de l’organe régulateur limitant son expérience et sa lisibilité. 1.1.3 Les facteurs favorables endogènes - Recherche de relais de croissance : 5 28 Source : swiss re, sigma 5/2004 : exploiting the growth of emerging insurance market Ŕ China and India in the spotlight CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 23 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine La plupart des grands marchés de l’assurance sont matures. La croissance y est donc désormais limitée, et la concurrence entre assureurs féroce sur un marché essentiellement de renouvellement29. Ce jeu à somme « quasi nulle » encourage donc les assureurs originaires de ces marchés à se lancer à la recherche de relais de croissance à l’international. La Chine offrant un marché en forte croissance et à grand potentiel, répond donc totalement à ce besoin. La note de ce facteur est donc fixée à 5. - Mutualisation géographique des risques : 3 Les groupes de grande taille sont souvent vulnérables à leur pays d’origine, ou à quelques pays développés30. Le développement international est pour eux un moyen d’améliorer la mutualisation de leurs risques par le vecteur géographique 31. Ainsi le marché chinois potentiellement un grand marché, offre la perspective d’un effet de répartition significative des risques pour les assureurs étrangers le pénétrant. La note est limitée à 3, en raison de l’incertitude quant à la nature des risques chinois - Présence à Hong Kong et Taiwan : 3 Beaucoup d’assureurs internationaux ont déjà à l’époque une implantation à Hong Kong et/ou à Taiwan32. Ces implantations peuvent constituer un avantage dans le cadre d’une implantation en Chine continentale pour les raisons suivantes : Culture similaire : les expériences hongkongaises et taïwanaises constituent une première approche de terrain de la culture chinoise. Liens / réseaux avec la Chine continentale : en raison de la proximité culturelle, historique et géographique, les réseaux d’affaires de ces territoires sont liés à ceux de la Chine continentale. Hong Kong et Taiwan constituent des marchés chinois déjà matures. Ils peuvent donc servir de référence pour le développement anticipé en Chine continentale33. Les implantations de Hong Kong et de Taiwan disposent des compétences techniques adaptées à la culture chinoise. Tous ces facteurs font que les assureurs étrangers implantés sur ces territoires disposent de fait de postes avancés, et de potentielles plateformes techniques pouvant être mises à profit dans le cadre d’un développement en Chine continentale. 29 Source : Swiss re, Global insurance review 2010 Source : FFSA ; J.H Lorenzi, A. De Saint Martin, J.P. Thierry, P. Villemagne (Les entretiens de l’assurance 2005, séance plénière 4) 31 Source : Finance news (article du 04/05/2006) 32 Sources : Office of the commissioner of insurance (Hong Kong) http://www.oci.gov.hk, Taiwan Insurance Institute (Taiwan) http://pivot.tii.org.tw. 33 Il est communément admis que les acteurs du marché chinois continental s’inspirent des pratiques hongkongaises et taïwanaises. Source : Radwan, China’s insurance market : lessons from Taiwan (Article dans Business Week, du 15/06/2010) 30 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 24 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Ce facteur sera néanmoins tempéré : ni Hong Kong ni Taiwan ne sont la Chine continentale. Les conditions réglementaires y étant très différentes pour les assureurs étrangers. La note attribuée à ce facteur est donc de 3. - Expérience, crédibilité internationale : 3 Les grands assureurs qui étudient l’opportunité de pénétrer le marché chinois sont pour la plupart, de grands acteurs internationaux présents sur de nombreux marchés à travers le monde34. Ils bénéficient donc déjà d’expériences significatives quant à la mise en place de stratégies de développement à l’international. L’implantation en Chine ne constituant qu’une étape supplémentaire à leur stratégie globale. Remarquons que cette expérience a notamment pour effet de donner aux assureurs étrangers une certaine crédibilité vis-à-vis, notamment, des autorités, des partenaires potentiels, et des clients « corporate ». Le facteur est cependant limité à la note de 3, car chaque pays, chaque marché est unique, l’expérience acquise sur d’autres marchés mondiaux n’est donc pas exploitable en totalité dans le cadre chinois. - Niveau technique : 4 Comme déjà indiqué, les grands assureurs internationaux sont expérimentés et ont acquis au fil du temps et de leurs expériences notamment internationales, des compétences techniques. Ces mêmes compétences techniques qui font encore défaut à l’époque en Chine, du fait de la jeunesse du marché de l’assurance. Les assureurs étrangers viennent donc avec un avantage comparatif de taille sur le marché Chinois. Pour cette raison la note attribuée à ce facteur est élevée, à savoir 4. 1.1.4 Les facteurs défavorables exogènes - Manque de recul et de retours d’expérience : 5 Il n’est guère possible en 2001, de faire l’analyse de retours d’expériences de quelque acteur du marché que ce soit. Les assureurs Chinois sont tous très jeunes à l’exception de l’ancien monopole qui découvre la concurrence. Par ailleurs la plus ancienne implantation étrangère, AIG, n’est présente que depuis moins de 10 ans 35 et représente la seule référence à l’époque pour les autres assureurs étrangers souhaitant s’implanter en Chine. Il est donc difficile de déterminer les « best pratices » et les écueils à éviter pour l’assureur pénétrant ce marché. Pour cette raison la note est fixée à 5 34 Les règles d’exigibilités imposées par le régulateur pour les assureurs étrangers imposent des critères de taille et d’âge. Les candidats potentiels sont donc de facto, et pour l’essentiel de grands groupes internationaux. Cf liste des assureurs étrangers en annexe. 35 L’implantation de la première filiale chinoise d’AIG date de 1992. Source : CIRC CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 25 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine - Pas de réseaux de distribution existants : 3 L’assurance étant une activité récente en Chine, les réseaux de distributions sont encore très limités. Les nouveaux entrants sur le marché sont donc contraints à investir lourdement dans la constitution de réseaux de distribution, soit en propre (agents, salariés) soit par la constitution de partenariat avec des intermédiaires existants (courtiers, entreprises d’autres secteurs…) Dans le premier cas, les compétences sont encore rares, et dans le deuxième les intermédiaires existants le sont tout autant36. Ce facteur sera limité cependant à la note de 3, car il n’est que temporaire. - Peu de compétence RH : 5 Pour les même raisons que pour le facteur précédent, les compétences spécialisées en assurance sont très rares sur le marché du travail chinois, notamment pour les postes de management.37 La note attribuée à ce facteur est de 5, car plus durable que le facteur précédent, et générateur d’inflation des coûts salariaux à moyen/long terme. - Réglementation récente pas encore interprétée : 3 La réglementation et la mise en place de l’autorité de contrôle des assurances sont saluées par l’ensemble des acteurs et commentateurs. Cependant, à l’époque, les retours d’expérience quant à l’interprétation de la réglementation par la CIRC sont peu nombreux 38 . De même, il est difficile de prévoir le comportement de cette dernière dans l’exercice de ses fonctions. Ce « sentiment d’inconnu » dans la pratique réglementaire justifie la note de 3 à ce facteur. - L’assurance pas encore entrée dans les mœurs chinoises : 3 Comme pour la plupart des marchés peu matures, l’assurance est méconnue et le « réflexe » de s’assurer n’existe que peu, tant pour les particuliers que pour les entreprises. Cet élément est bien entendu commun à la plupart des pays émergents, et s’estompe naturellement alors que les institutions d’assurance deviennent de plus en plus visibles, et crédibles39. Cependant il faut noter que les réseaux d’affaire et d’entraide (guanxi), très présents dans la culture chinoise, peuvent être perçus comme une alternative à l’assurance. Ceci motive la note de 3 à ce facteur. 36 Source : Cummins & Venard, Handbook of international insurance Source : PWC, Foreign insurance companies in China 2007 38 Source : Asian Development Bank, Strengthening the insurance industry regulatory and supervising system. 39 Source : swiss re, sigma 5/2004, exploiting the growth of emerging insurance market Ŕ China and India in the spotlight 37 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 26 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine - La chine réputée être un marché assez difficile : 3 Faire des affaires en Chine n’est pas aussi simple que le laissent à penser les taux de croissance impressionnants du pays. Le pays est classé autour de la 90e place du classement IFC « doing business project » 40 sur 183 pays, soit en milieu de classement, loin derrière des pays de la région comme Hong Kong, Singapour et le japon quant à eux bien placés. La note sera limitée à 3, pour refléter ce classement plutôt médiocre que mauvais. 1.1.5 Les facteurs défavorables endogènes - Coût : 5 La pénétration du marché chinois par un assureur étranger peut se concrétiser par la création d’une filiale, d’une co-entreprise avec un partenaire chinois (obligatoire en vie), ou d’une participation minoritaire inférieure à 5% 41 au capital d’un assureur chinois. Dans tous les cas il s’agit d’un investissement qui mobilise d’importants fonds propres. Par ailleurs, quel que soit le cas de figure, il s’agit d’un investissement dans une entreprise en phase de démarrage sur un marché dynamique en fort développement. Il est donc fort probable qu’elle nécessite des recapitalisations régulières pour financer la croissance. Il sera également difficile d’atteindre le seuil de rentabilité rapidement, les conditions de démarrage et du marché nécessitant d’importants coûts fixes (mise en place des réseaux de distribution, embauche de personnels, mise en place de systèmes informatiques, création de produits, etc.) Tous ces éléments ont donc un impact sur la rentabilité à court terme du groupe, ce qui justifie la note de 5 à ce facteur. - Prise de risque : 5 Nouvelle affaire équivaut à nouveaux risques. Pour l’assureur étranger cet investissement génère de nouveaux risques opérationnels, financiers, et techniques, sur un marché qu’il ne maîtrise pas et, qui plus est, sur lequel il ne peut capitaliser qu’en fonction des retours d’expériences de ses confrères. Le niveau de risque est donc jugé élevé, justifiant la note de 5. - Différences culturelles : 2 40 Source : World Bank, IFC, doing business 2010 Loi du 27/12/1999. Le taux concerne la prise de participation maximum d’un seul et unique actionnaire étranger. La limite de participation de l’ensemble des actionnaires étrangers étant de 25 %. La limite unitaire a été relevée par la suite. 41 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 27 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Les grands assureurs internationaux en mesure de s’implanter en Chine à l’époque sont pour l’essentiels occidentaux42. L’investissement en Chine les confrontera à des différences culturelles qui peuvent être importantes. Ceci est de nature à ralentir le développement. Cependant la note sera limitée à 2, les grands groupes ayant l’habitude de gérer ces différences. 1.1.6 Résultat : le marché chinois est perçu comme une opportunité Le verdict est sans équivoque : avec les critères retenus et ainsi évalués, le rapport est de 60% de facteurs favorables pour 40% de facteurs défavorables43. Cette analyse a postériori confirme donc qu’au début des années 2000, le marché chinois de l’assurance est attractif, voire très attractif, pour les assureurs étrangers. L’étude valide ainsi les analyses propres à chacun à cette époque, ayant amené au mouvement constaté d’augmentation significative du nombre d’assureurs étrangers ayant obtenu une licence en Chine, passant d’une vingtaine en 2001 à une cinquantaine aujourd’hui44. 42 Cf liste des assureurs étrangers en Chine, en annexe 2. Cf Tableau 7 : analyse d’opportunité en 2001 44 Cf Tableau 4 : Evolution du nombre de compagnies d'assurance domestiques et étrangères en Chine 43 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 28 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Tableau 11 : analyse d'opportunité en 2001 Facteurs Endogènes Facteurs Exogènes Facteurs Favorables Note Forte croissance du marché Jeunesse du marché : - peu de concurents - manque d'expérience des compagnies locales - besoin de l'expertise de compagnies étrangères Accession à l'OMC => engagement à l'ouverture du marché Mise en place d'une régulation conforme aux standards internationaux Projection de croissance économique très favorable Projection de développement des classes moyennes très favorables Viellissement de la population 5 Besoins de relais de croissance Mutualisation géographique des risques Présence à Hong Kong et Taiwan Expérience / crédibilité internationale Niveau technique 5 3 3 3 4 3 2 3 5 3 5 5 3 Facteurs Défavorables Note Jeunesse du marché : - manque de recul et d'analyse d'expérience - pas de réseaux de distibution existants - peu de compétences RH - règlementation récente pas encore "interprétée" - assurance pas encore dans culture ; concurrence de l'entraide 5 3 5 3 3 Chine = marché réputé difficile tous secteurs confondus 3 Coût / besoin en fonds propres Prise de risque Différences culturelles 5 5 2 52 60,47% CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 34 39,53% Florimon DELALANDE 29 Favorable Défavorable Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Le passage par cette formalisation permet en outre, avant même de passer à la suite, de poser les quelques remarques et questions suivantes : Le résultat repose davantage sur des critères exogènes qu’endogènes (65% contre 35%)45. Or, Les critères exogènes profitent à tous les acteurs du marché, pas seulement les étrangers. Tableau 12 : matrice en pourcentage de l'analyse d'opportunité de 2001 Exogènes Endogènes favorables 40% 21% 60% défavorables 26% 14% 40% 65% 35% 100% Dès lors, une question importante se pose : Quel(s) est (sont) l’(les)avantages comparatif(s) des assureurs étrangers ? De l’analyse, il ressort que ceux ci sont expérimentés, et possèdent une expertise technique que n’ont pas, a priori les assureurs chinois, débutant leur activité sur un marché récent. Si ces avantages peuvent être jugés importants, ils demeurent néanmoins fragiles : - Aucune de ces expériences et expertises n’ont été acquises sur le marché chinois, Ces avantages sont amenés à diminuer voire disparaître au fil de l’acquisition d’expérience des compétiteurs autochtones. Enfin une autre question se pose dès maintenant : qu’apportent les assureurs étrangers au marché chinois ? Leur expérience et leur technicité, à savoir leur avantage comparatif. N’y at-il pas là un risque, au mieux, de voir les autorités freiner les ardeurs des compagnies étrangères pour protéger les compagnies domestiques, ou au pire, de voir ces dernières bâtir des stratégies pour capter l’avantage des compagnies étrangères à leur profit ? De poser ces quelques remarques et interrogations, à voir les germes des futurs défis et difficultés qui attendent les assureurs étrangers sur le marché chinois, il n’y a qu’un pas… Explorons donc désormais quelle est la réalité du terrain pour les enthousiastes compagnies étrangères. 45 Cf Tableau 8 : matrice en pourcentage de l’analyse d’opportunité de 2001 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 30 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 1.2 2001-2010 : une décennie à l’épreuve du front Alors que beaucoup d’assureurs étrangers ont donc pris la décision, dès le début des années 2000, d’investir sur le marché chinois, ceux-ci sortent de leur phase d’analyse d’opportunité pour se confronter à la (parfois dure) réalité de ce marché. Il est donc temps désormais de voir ce qu’ont concrètement rencontré les assureurs étrangers en Chine. Ceci étant l’occasion de dresser un inventaire des principaux obstacles dont ils se plaignent. 1.2.1 Les problématiques réglementaires Le premier obstacle commun à tout entrepreneur ou investisseur, est bien entendu les contraintes réglementaires qui régissent l’établissement et la vie des entreprises. Ces contraintes peuvent être lourdes, notamment dans les secteurs réglementés comme c’est le cas de l’assurance en Chine. D’ailleurs, à la question « quels sont selon vous, les principales difficultés auxquelles vous êtes confrontés en Chine, et comment les classeriez vous par ordre d’importance », tous les assureurs rencontrés dans le cadre de cette étude ont unanimement placé les contraintes réglementaires en première position. Par ailleurs, l’enquête annuelle menée par PricewaterhouseCoopers sur les assureurs étrangers en Chine fait systématiquement ressortir les questions réglementaires comme facteur clé de la dynamique du marché chinois46. 1.2.1.1 Organisation et principales références En Chine, comme dans la plupart des grandes économies, le secteur de l’assurance, réglementé, est encadré par des lois et règlements et est contrôlé par un organisme dédié : la China Insurance Regulatory Commission (CIRC) (中国保险监督管理委员会). Les assureurs étrangers sont donc soumis en Chine à ces règles et contrôles comme pour leurs confrères locaux. Cependant, ceux-ci font également l’objet de règles spécifiques notamment quant à leur autorisation d’entrée sur le marché et sur l’obtention des licences territoriales. Ils sont également soumis au contrôle de la CIRC par un département dédié. Notons également qu’en Chine, les activités vie et non vie sont nécessairement séparées. Les principaux textes de référence encadrant le marché de l’assurance et/ou concernant les assureurs étrangers sont les suivants47 : 46 47 Loi nationale sur l’assurance du 13/01/2000 PricewaterhouseCoopers (Foreign insurance companies in China 2008) Source : Xu Guojian, Lu Guoming, Tee Pek Siong (insurance law in China) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 31 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine - Règlement du 12/12/2001 : sur l’administration des compagnies d’assurance à capitaux étrangers Règlement du 29/04/1996 : relatif à l’établissement des bureaux de représentation Règlement du 27/12/1999 : concernant les limites à l’acquisition de titres de participation de compagnies chinoises par des investisseurs étrangers Toutes les affirmations de ce paragraphe (1.2.1) relatives à la réglementation du secteur de l’assurance, à défaut d’autres précisions, se réfèrent à ces textes et aux règlements de la CIRC disponibles sur le site internet de la CIRC. 1.2.1.2 Les lourdes conditions d’entrée sur le marché Trois options s’offrent aux assureurs étrangers souhaitant pénétrer le marché chinois : - La création d’une filiale à 100% ou succursale, (option impossible pour l’assurance vie) La création d’une coentreprise à 50%/50% avec un partenaire chinois, (option obligatoire pour l’assurance vie) La prise de participation au capital d’un assureur chinois. Les processus de chacune de ces options seront présentés sous forme de schémas mettant en évidence les contraintes et risques réglementaires associés. La création d’une filiale à 100 % CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 32 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Figure 1 : Processus de création d'une filiale à 100 % - impacts réglementaires Temps Pression réglementaire Etude d’opportunité Phase d’étude interne Conséquences Déroulement de la procédure No GO Abandon GO Filtre Critères d’exigibilité Pas OK Réglementaire Exclusion Contraintes & contrôle Décision CIRC Bureau de représentation Demande de licence Pas OK Ajournement 6 mois Processus d’implantation 2 ans min. OK OK Développement Conditions de capital Création compagnie BUSINESS Source : établi par l’auteur à partir de l’ensemble des textes cités au 1.2.1.1 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 33 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Dans la situation de la création d’une filiale, l’assureur étranger est soumis à deux « tests » et deux « pressions » : - Test 1 : les critères d’exigibilité, avant même le lancement de la procédure d’implantation Pression 1 : les contraintes et les contrôles relatifs au bureau de représentation Test 2 : l’attribution de la licence soumise à la décision de la CIRC Pression 2 : les conditions de capital minimum à la création de la compagnie Test 1 : le filtre de critères d’exigibilité « N’importe qui » ne peut prétendre à pénétrer le marché chinois. Il faut au préalable répondre aux critères suivants : - Avoir 30 ans d’ancienneté dans le métier de l’assurance Avoir plus de 5 Milliards USD d’actifs au dernier exercice comptable Pression 1 : Les contraintes du bureau de représentation et son contrôle Une des conditions indispensables pour obtenir une licence, est la présence en Chine depuis au moins deux ans par un (au moins un) bureau de représentation (BR). Si les modalités d’établissement d’un BR sont relativement aisées, celui-ci est soumis à des contraintes de fonctionnement, et de contrôle. Le BR doit notamment être dirigé par une personne physique, le représentant principal (Chief representative), qui doit demeurer en Chine et ne peut cumuler d’autres fonctions. Tout changement de représentant est également soumis à l’accord de la CIRC. Enfin, le BR est tenu d’établir un rapport annuel d’activité, et il est soumis à un devoir d’information auprès des autorités. Celles-ci ont notamment le pouvoir de demander au BR des informations financières relatives à la compagnie d’origine. Test 2 : La demande de licence soumise à l’appréciation de la CIRC L’activité d’assurance en Chine est soumise à l’octroi de licences par l’autorité de contrôle. Pour les filiales à capitaux étrangers, ces licences sont limitées territorialement. Au début des années 2000, la limitation se faisait ville par ville. Aujourd’hui l’échelle de référence est la province. Notons également que la durée de prise de décision de la CIRC est de l’ordre de 6 mois. Pression 2 : Les minimums de fonds propres Pour l’ouverture de la compagnie il est nécessaire d’apporter 200 millions de yuans (RMB), sous forme de capital (filiale à 100 %) ou de fond de roulement (succursale). Conséquences : Un processus long et discriminant pour les assureurs étrangers Le passage obligé par la « case » BR ralenti considérablement la phase d’implantation. Ainsi, en raison des contraintes réglementaires, la durée minimum entre la décision d’entrer sur le marché, et l’ouverture de l’activité est de plus de 2 ans. Par ailleurs, la compagnie postulante, peut être confrontée soit à l’exclusion du marché si elle ne répond pas aux critères d’exigibilité, soit à un ajournement de la demande de licence, rallongeant d’autant la date du début de l’activité. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 34 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Ceci est d’autant plus difficile que ces barrières à l’entrée sont spécifiques aux compagnies à capitaux étrangers. Les nouvelles compagnies chinoises ne sont soumises ni aux critères d’exigibilité ni à l’obligation du bureau de représentation. Dès lors, les nouvelles compagnies chinoises entrent plus facilement sur le marché, et surtout beaucoup plus rapidement que leurs consœurs étrangères. La création d’une coentreprise CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 35 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Figure 2 : Processus de création d'une JV - impacts réglementaires Temps Pression réglementaire Conséquences Déroulement de la procédure Phase d’étude interne Etude d’opportunité No GO Abandon GO Critères Filtre d’exigibilité Pas OK Réglementaire Exclusion Bureau de représentation 2 ans min. Contraintes & contrôle Processus d’implantation Recherche d’un Vie: obligation partenaire local Pas OK Réglementaire Ajournement OK 6 mois Projet commun Décision Demande de licence Pas OK CIRC Ajournement OK Développement Conditions de capital Création compagnie BUSINESS Source : établi par l’auteur à partir de l’ensemble des textes cités au 1.2.1.1 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 36 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Dans cette hypothèse, l’assureur étranger est soumis à deux « tests », deux « pressions », et une « épreuve » : - Test 1 : les critères d’exigibilité, avant même le lancement de la procédure d’implantation Pression 1 : les contraintes et les contrôles relatifs au bureau de représentation Epreuve : la recherche d’un partenaire chinois Test 2 : l’attribution de la licence soumise à la décision de la CIRC Pression 2 : les conditions de capital minimum à la création de la compagnie Les deux tests et deux pressions sont identiques à ceux de la création d’une filiale à 100 %, et génèrent donc les mêmes conséquences. Epreuve : La recherche du partenaire chinois La création d’une nouvelle société d’assurance vie par une compagnie étrangère ne peut s’effectuer que sous la forme d’une joint venture avec un partenaire chinois. Celui-ci n’est pas nécessairement assureur. Conséquences : Un processus encore plus long et discriminant pour les assureurs étrangers La recherche d’un partenaire local a pour conséquence de ralentir encore plus le processus. Il convient en effet préalablement à tout projet, de tisser des liens et bâtir des rapports de confiance avec le probable partenaire. Ceci ajoute également le risque d’échec des négociations avec ce partenaire. Auquel cas l’assureur étranger est contraint soit d’abandonner son projet d’implantation en Chine soit de rechercher un nouveau partenaire. Enfin imposer une JV avec un partenaire local limite l’intérêt de l’assureur étranger au futur business : - Sa participation sera limitée à 50% Il devra partager la gestion de la JV. Il devra notamment bâtir un consensus sur la stratégie de développement, Il s’expose au risque de blocage inhérent à la structure capitalistique 50/50 ne dégageant pas de majorité possible. Ainsi plus en vie qu’en non vie, les barrières réglementaires à l’entrée sont importantes et discriminantes, les compagnies vie chinoises n’étant pas soumises à ces dispositions. La prise de participation au capital d’une compagnie chinoise Les compagnies d’assurance chinoises peuvent avoir des actionnaires étrangers. Cependant cette disposition est soumise à des limites : - La part de capital détenue par l’ensemble des actionnaires étrangers est limitée à 25 % Un actionnaire étranger ne peut détenir plus de 25 % du capital de la compagnie chinoise CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 37 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Tableau 13 : part autorisée des actionnaires étrangers au capital d’une compagnie chinoise 25% Part minimum des actionnaires chinois Part maximum de l'ensemble des actionnaires étrangers 75% Par cette disposition le régulateur chinois protège les assureurs chinois de toute prise de contrôle par des capitaux étrangers. Dés lors, l’influence de l’assureur étranger choisissant cette méthode d’investissement, sur la gestion et la stratégie de la compagnie, est limitée. 1.2.1.3 Les non moins lourdes conditions au développement L’étape du lancement de l’affaire étant atteinte, il convient désormais de développer celle-ci. Mais dans cette nouvelle phase, les contraintes réglementaires n’ont pas pour autant disparu. Les limites des licences Rappelons que l’obtention de licence est attribuée territorialement, et par type de produit. La première licence donne droit à l’ouverture de l’exploitation sur un territoire limité uniquement (aujourd’hui à une province). La compagnie souhaitant étendre son champ géographique devra réitérer la procédure décrite au point 1.2.1.2 pour chaque nouvelle implantation ; à savoir elle devra ouvrir un BR pendant 2 ans dans la province avant de pouvoir y demander une licence auprès de la CIRC. De même pour pouvoir élargir son offre de produit elle sera contrainte de multiplier les demandes de licences. La discrimination à l’entrée se poursuit donc dans la phase de développement, car les licences accordées aux assureurs chinois, sont, elles, de portée nationale. En conséquence, l’expansion des nouveaux assureurs chinois est favorisée par rapport aux étrangers via ces limites géographiques. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 38 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine L’exclusion de l’assurance obligatoire Une autre disposition réglementaire de taille, discriminante à l’égard des assureurs étrangers, est sans conteste l’interdiction pour eux de souscrire des contrats obligatoires 48. Aujourd’hui, une seule assurance obligatoire existe en Chine : la responsabilité civile automobile. Si le champ de l’exclusion peut sembler limité, celui-ci constitue en volume l’essentiel du marché non vie en Chine (73% du marché en 2008) 49 . De plus, le marché automobile complémentaire est tout naturellement capté par les assureurs proposant des contrats obligatoires. Les assureurs étrangers sont donc de facto très largement exclus du marché de l’assurance automobile, branche essentielle « tirée » par la dynamique du marché automobile chinois devenu en 2009 le premier au monde50. Les difficultés de co-gestion des JV Comme évoqué au 1.2.1.2, la structure de coentreprise, imposée pour l’assurance vie, n’est pas optimum en termes de gestion. S’ensuivent notamment des risques de conflits avec le partenaire chinois, les intérêts stratégiques des deux partenaires pouvant différer. L’exemple de la CNP illustre à propos ce point de difficulté. La CNP, premier assureur vie Français, a créé un JV avec la poste chinoise (中国邮政, China Post), à l’image du business model de son pays d’origine, où elle distribue ses produits à travers le réseau des agences postales et des caisses d’épargne. Ainsi la JV (中法人寿保险有限责任公司, Sino French Life) conçoit et gère des contrats vie distribués par la China Post à Pékin. Cependant ces liens n’ont pas empêché cette dernière de créer sa propre filiale d’assurance qui distribue ses produits sur le même réseau. Le partenaire est désormais également concurrent ! Cette déconvenue semble d’ailleurs illustrer un malaise assez généralisé à en croire la remarque du rapport 2009 de PricewaterhouseCoopers : « When asked to reflect on their own joint venture relationship, foreign life insurers comments were rather muted. However, when participants were asked to comment on joint venture at an industry level, they reviewed that many domestic joint venture partners would like to leave their relationships »51. 1.2.1.4 Un contrôle spécifique réservé aux compagnies étrangères 48 A l’heure où sont écrites ces lignes des rumeurs font état de l’étude par la CIRC de l’ouverture aux assureurs étrangers à l’assurance obligatoire. Source = AGEFI du 06/08/2010 (par Benoit Menou). Si celles-ci se confirment l’argument présent serait alors à limiter à ses conséquences passées jusqu’à la date d’ouverture, à savoir le retard « imposé » aux assureurs étrangers sur le marché automobile. 49 Source : CIRC, yearbook of china’s insurance 2009 50 Source : The Economist 23/10/2009 51 Source : PWC, Foreign insurance companies in China 2009 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 39 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine La CIRC dispose d’un département de contrôle dédié aux compagnies étrangères (filiales et JV) : le CIRC international department ( 国 际 部 ). Le contrôle « adapté » exercé sur les compagnies étrangères peut donc s’avérer différent, plus « tatillon » peut être, que celui réservé aux compagnies locales. S’il est difficile de le démontrer de manière factuelle, c’est en tous les cas le ressenti des assureurs ayant répondu à l’enquête de PWC qui se plaignent « d’inégalités de traitement ». Ceci étant illustré par l’anecdote rapportée par une personne interviewée à l’occasion de cette étude, où pendant un temps, durant la crise de 2008, la CIRC réclamait aux assureurs étrangers un reporting de solvabilité deux fois par jour ! 1.2.1.5 La déroutante échelle chinoise des pouvoirs Le pouvoir politique et administratif en Chine se réparti en une échelle de différents niveaux hiérarchiques nationaux puis locaux. Ainsi, par exemple, la CIRC est un organisme dépendant directement du gouvernement central ( 中华人民共和国国务院, state council), et se subdivise lui-même en bureaux locaux au niveau provincial. 52 Ce système simple peut s’apparenter à ceux en vigueur dans d’autres pays, notamment occidentaux. Cependant, la Chine est un pays à parti unique : le Parti Communiste Chinois (中国共产党) (PCC). Celui-ci répond également à la même échelle hiérarchique territoriale 53. Or, le PCC dispose d’un pouvoir sur l’administration, et chaque niveau territorial du PCC a son « mot à dire » sur les décisions de l’administration de même niveau54. S’ensuit donc une double échelle de pouvoir, l’une verticale, et l’autre horizontale. Alors que l’échelle verticale de l’administration est « visible » pour son usager, les liaisons horizontales entre l’administration et le PCC le sont moins, notamment pour les étrangers n’ayant pas l’expérience de ce type de fonctionnement administratif où la ligne de force du pouvoir est implicitement oblique. Or ce mode d’organisation a entre autre pour conséquence des prises de décisions parfois contradictoires entre différents organismes : la décision d’une autorité peut être remise en cause par une autre55. Cette organisation, si elle a toute sa légitimité en Chine, est très certainement difficile à appréhender pour toute entreprise étrangère habituée à des systèmes administratifs qui leur sont plus intelligibles. Les risques pour elles sont donc de se méprendre sur l’interprétation des conséquences de ce fonctionnement, et sur l’attitude à adopter vis-à-vis des autorités. 1.2.2 Les problématiques de ressources humaines 52 Source : CIRC (www.circ.gov.cn) Source : Chine Informations (www.chine-informations.com) 54 Source : Jean Luc Domenach (Où va la Chine ?) 55 Source : Jonathan Story, China uncovered (2010) 53 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 40 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Les assureurs étrangers qui ont entamé leur activité en Chine se sont heurtés à des difficultés de recrutement et de fidélisation des talents. Si trouver les compétences s’annonçait difficile, eu égard à l’état de jeunesse du secteur de l’assurance en Chine, cette difficulté est d’autant plus profonde qu’elle se manifeste sur des postes particulièrement sensibles et importants pour une start-up. En effet les assureurs étrangers disent éprouver les plus grandes difficultés à recruter des dirigeants, des actuaires, et managers (cadres intermédiaires)56. Par ailleurs sur d’autres postes clés pour une société en phase de démarrage, si ce n’est le recrutement qui est problématique, ce sont les compétences qui le sont, comme c’est le cas pour les forces de vente et le marketing. De plus, s’ajoute à ces obstacles un turn-over très important. Les taux rapportés par les assureurs étrangers sont en moyenne compris entre 10% et 20 % et peuvent même monter à plus de 40% sur un an pour quelques compagnies !57 Tous ces facteurs combinés aboutissent à une inévitable inflation salariale, qui de surcroit n’est qu’une réponse incomplète à ces phénomènes. Les assureurs étrangers font en effet face à un déficit d’attractivité évident vis-à-vis de leurs grands homologues Chinois qui, grâce à leur taille déjà acquise et leur dynamisme, offrent davantage de perspectives de carrière. Par ailleurs, les compagnies chinoises sont plus à même d’apporter des réponses propres aux besoins des salariés chinois tels que, par exemple, l’obtention des « passeports intérieurs » (Hukou), indispensables pour accéder au système de protection social, et à beaucoup d’autres services publics. Pour illustrer ce point, un des assureurs interrogé précise : « Il nous est souvent très difficile de recruter du personnel chinois pour des raisons futiles comme celle de l’obtention du hukou qui deviennent inextricables pour nous ». Cette insuffisance d’attractivité n’est d’ailleurs pas spécifique au secteur de l’assurance : le dernier classement des sociétés les plus attractives pour les jeunes diplômés classe 46 entreprises chinoises dans le top 5058. Il s’agit donc là de difficultés quotidiennes majeures dont l’impact sur le développement des assureurs étrangers en Chine est conséquent. 1.2.3 La dimension culturelle Commençons, pour aborder ce point, par une petite anecdote : La CIRC organise des sessions de formations, notamment à destination des dirigeants des compagnies d’assurance. Ces formations sont naturellement dispensées en langue chinoise (mandarin) ; et moult dirigeants de filiales et JV étrangères s’y étant rendu, se sont présentés avec des interprètes. Ces étrangers là ne parlent visiblement pas la même langue que les chinois. Ceci pouvant être vu au premier degré ; mais qu’en est-il au second degré ? Comme le rappelle Jonathan 56 Source : PWC, foreign insurance companies in China 2008 Source : PWC, foreign insurance companies in China 2007, 2008, 2009 58 Source : Global Times (6/08/2010) 57 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 41 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Story, « China is different »59. La chine est en effet plus qu’un pays, plus qu’une nation, c’est une civilisation, un « Etat-civilisation » pour reprendre l’expression créée par Martin Jacques, « dont les caractéristiques, attitudes et valeurs sont antérieures à son existence comme étatnation ». 60 L’ancrage de sa culture millénaire est donc profond à tous les niveaux de la société, et le monde des affaires n’échappe pas à la règle. Les assureurs étrangers, tout comme leurs collègues des autres secteurs, pour réussir leur intégration en Chine, ont donc l’obligation de comprendre ces fondements. Et cela n’est certainement pas une sinécure. Les Guanxi Alors que les occidentaux ont coutume d’user de réseaux pour tisser les relations de confiance indispensables au bon déroulement des affaires, ceux ci rencontrent en Chine un « concurrent » des réseaux, ou plutôt un complément aux réseaux d’affaires « traditionnels » : les intraduisibles (incompréhensibles) guanxi (关系). Etymologiquement, le terme est composé des deux caractères suivants : - 关 (guan) qui signifie « barrière » ou « porte » lorsqu’il est employé comme nom, et « fermer » en tant que verbe, - 系 (xi) à savoir « système » comme nom et « lier » comme verbe. Le guanxi peut se définir comme une relation privilégiée, particulière, entre deux personnes qui soumises aux sentiments de connexion ( 感情 , ganqing) et de devoir de maintien de bonnes relations ( 人 情, renqing), s’engagent à s’échanger des faveurs qui doivent être retournées sous peine du déshonneur, de « perdre la face » ( 面子, mianzi) 61 . Et, ce lien d’honneur donne accès à toutes les autres connexions similaires des deux personnes ainsi liées, par le biais de mises en relation. Le système guanxi est donc bien complémentaire au réseau. Une personne intégrée à un réseau n’étant pas nécessairement en relation « mode guanxi » avec tous les membres de ce réseau. Les guanxi diffèrent également du réseau sur certains points : dans le guanxi la relation personnelle est obligatoirement tissée avant les liens d’affaires, et il n’y a pas de distinction entre affaires et relation personnelle. L’apprentissage du bon usage des guanxi est donc difficile pour le novice, tant le fondement même des guanxi est à la fois proche et éloigné des réseaux pratiqués communément ailleurs qu’en Chine. Les risques de « passer à coté », d’erreurs d’interprétation, ou d’erreurs de comportement sont donc considérablement accrus pour le non chinois ne 59 Jonathan Story, China uncovered Martin Jacques, When China rules the world 61 Cette définition est établie à partir de l’opinion de l’auteur forgée à partir de divers échanges personnels sur le sujet et de l’étude de textes de référence : - Ying Fan, Questionning guanxi : definition, classification and implication (dans International Business review du 5/10/2002) - Chris Torrens, Doing business in China (2010) - Jonathan Story, China uncovered (2010) - Jean Luc Domenach, Où va la Chine ? (2002) 60 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 42 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine maîtrisant pas cet aspect culturel profond, et rendent donc la tâche des personnels expatriés d’autant plus complexe voire périlleuse. Par ailleurs, remarquons que ce mode de fonctionnement peut parfois s’avérer être comme un substitut à l’assurance. Les échanges de faveurs pouvant être échanges de protections ou de garanties financières. Il faut bien sûr reconnaître que l’influence des guanxi dans le monde des affaires chinois tend à diminuer, du fait notamment de la mise en place de structures légales s’apparentant à celles d’un état de droit (dont la mise en œuvre d’un marché de l’assurance réglementé et structuré fait parti), ainsi que la lutte contre la corruption par les autorités centrales62. Les guanxi ont en effet souvent mauvaise presse, car ils sont des vecteurs favorables aux pratiques de favoritisme et d’obtention de privilèges illégitimes. Ces conséquences décriées et combattues aboutissent donc probablement au déclin des guanxi. Il ne faudrait cependant pas ignorer que leurs fondements culturels, quant à eux, demeureront, et influenceront encore les modes de relations sociales y compris dans les milieux d’affaires. Les usages contraires aux règles et valeurs des groupes internationaux Le risk management n’est pas encore une pratique courante en Chine, bien qu’elle commence à s’y développer. 63 « Quasiment tout reste à faire en matière de risk management en Chine » affirme un risk-manager interviewé. Par ailleurs, la priorité des assureurs en Chine est avant tout de croître, favorisant ainsi le chiffre d’affaires à la qualité des affaires souscrites. Cette attitude étant plus marquée par les assureurs locaux qu’étrangers. Ces derniers disposent en effet souvent de procédures de groupe qui leur « imposent » une sélection plus rigoureuse des risques. Celle-ci étant plus difficile en Chine du fait du peu de données disponibles, les étrangers ont donc tendance à s’infliger une contrainte supplémentaire en comparaison à leurs homologues chinois qui acceptent plus facilement « tous les risques ». Si cette attitude est certainement favorable à long terme pour la rentabilité des assureurs étrangers, elle constitue néanmoins un obstacle au développement visible à court terme. Par ailleurs, dans le même ordre d’idées, il convient de remarquer un ressenti intéressant des assureurs étrangers, illustrant bien l’état d’esprit actuel de l’environnement du marché en contradiction avec les valeurs éthiques propres aux groupes internationaux. Dans l’étude de PWC 2009, plus 70% de dirigeants de JV étrangères vie, considèrent leurs agents et 62 La Chine se situe dans la moyenne des classements mondiaux relatifs à la corruption, en meilleure place que la plupart des autres grands pays émergeants (79e place du classement Transparency international sur 180, avec un indice IPC de 3,6 en 2009, source : transparency international). Ceci étant en relative contradiction avec de nombreux commentaires, qui ne sont toutefois que rarement étayés par des études précises et sérieuses, laissant à penser que la corruption soit endémique en Chine. Les assureurs étrangers ne se plaignent pas particulièrement de tels phénomènes, ce point ne sera pas développé davantage. 63 Source : KPMG, entreprise risk management for insurers : China Survey (2010) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 43 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine courtiers comme source de fraude. Un chiffre bien devant les assurés autour de 40%. Le phénomène est identique dans une moindre mesure pour les filiales non vie. Les valeurs des intermédiaires sont donc loin de coller à celles des compagnies. Les raisons de ce phénomène sont difficiles à déterminer de manière objective. On peut néanmoins soulever les manques de compétences déjà évoquées, et les probables sentiments de cupidité qu’ils peuvent favoriser, soutenus en cela par le climat social chinois propice à l’affichage d’une réussite sociale rapide. 1.2.4 La concurrence redoutable des assureurs chinois Alors que l’on pouvait penser que les assureurs étrangers bénéficiaient d’avantages comparatifs conséquents face notamment aux assureurs chinois, en raison de leurs tailles mondiales, et leurs savoir-faire techniques, l’expérience montre qu’il se heurtent en Chine à des concurrents redoutables qui réussissent à capter pour leur compte l’essentiel des parts de marché. La compétitivité des assureurs locaux constitue d’ailleurs, actuellement, la plus importante menace pour les assureurs étrangers selon les résultats de l’enquête PWC 2009. De même les assureurs étrangers cèdent à leurs homologues locaux les meilleures places à quasiment tous les classements de performance, y compris sur des critères à priori « acquis » aux étrangers expérimentés, tels que la qualité des produits, l’innovation, les stratégies marketing, la gestion de la marque, et la responsabilité sociale d’entreprise. 64 Les assureurs étrangers n’ont donc pas su exploiter ce qui devait être leurs avantages comparatifs, qui sont désormais devenus ceux de leurs compétiteurs locaux. Laurent Cochet, du courtier Saci Saint Honoré, abonde dans le sens de cette analyse en précisant que « Les acteurs locaux sont vraiment très compétitifs et les compagnies étrangères ont peut être sous estimé cet élément » 65 , et précise que de fait, en Chine, son cabinet écarte les compagnies étrangères pour travailler exclusivement avec les compagnies chinoises. Du coté des assureurs locaux, l’heure est d’ailleurs à la satisfaction. Forts de leurs résultats, ils ne craignent pas (plus) la concurrence de leurs compétiteurs étrangers. Ainsi le président de Ping An, Ma Mingzhe, estime que les compagnies locales vont probablement encore dominer le marché dans 10 années à venir66. Que penser également de la pique de Wu Yan (Président de la PICC), parlant d’une éventuelle ouverture du marché obligatoire aux étrangers : « les gens crient au loup, mais regardez leurs parts de marché »67 ! 1.2.5 L’entrée en scène des banques sur le marché de l’assurance 64 Source : PWC, Foreign insurance companies in China 2009 Source : AGEFI hebdo du 17 au 23/06/2010 (par Thomas Carlat) 66 Source : AGEFI hebdo du 17 au 23/06/2010 (par Thomas Carlat) 67 S’adressant à l’occasion d’une interview par Reuters. Source : AGEFI du 06/08/2010 (par Virginie Deneuville) 65 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 44 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Si tous ces malheurs ne suffisaient pas aux assureurs étrangers, voilà qu’une « tempête » déferle sur le marché chinois de l’assurance chinoise. Les autorités ont levé en 2008 l’interdiction faites aux banques de détenir des participations dans les compagnies d’assurance68 : la bancassurance est officiellement autorisée en Chine. Les « Big four », à savoir les quatre grandes banques chinoises que sont la Bank of China ( 中 国 银 行 ) (BOC), la China Construction Bank ( 中 国 建 设 银 行 ) (CCB), la Industrial and Commercial Bank of China (中国工商银行) (ICBC), et l’Agricultural Bank of China (中国农业银行股 份有限公司) (ABC), et d’autres banques plus petites se saisissent de l’occasion pour se lancer dans l’assurance, en nouant des partenariats capitalistiques avec des assureurs. Ceci est un réel bouleversement car les banques disposent de réseaux de distributions gigantesques en comparaison des réseaux en propre des compagnies d’assurance. D’ailleurs, les banques constituent déjà le principal canal de distribution pour les produits d’assurance vie, via des partenariats commerciaux entre elles et les assureurs69. Et, en plus de disposer des réseaux, les banques, notamment les big four, lèvent des fonds considérables sur les marchés financiers pour pouvoir accompagner leur développement. La récente IPO d’ABC, de plus de 20 milliards de dollars (USD), s’annonce être la plus importante de l’histoire de la finance mondiale, dépassant celle d’ICBC réalisée en 2006.70 Ces banques auront donc les moyens de leurs appétits dans l’assurance en vue de bâtir de nouveaux géants des services financiers intégrés. Cette nouvelle donne ne fait qu’alourdir la situation des assureurs étrangers qui voient là de nouveaux concurrents de poids sur un marché qui leur est déjà difficile, et/ou selon les cas, des partenaires commerciaux dont les intérêts stratégiques sont désormais modifiés. A tout cela s’ajoute l’incertitude quant à la future forme de la bancassurance « à la chinoise ». Quel sera le business model de référence de ce secteur, quels seront les équilibres entre banquiers et assureurs ? Autant de questions qui restent pour le moment sans réponse mais qui annoncent de grands mouvements dans la finance chinoise ; les « petits » assureurs étrangers y trouveront il une place ? 1.2.6 Synthèse De cet inventaire il ressort que le pire des scenarii envisagé au 1.1 (Analyse d’opportunité de 2001), semble s’être réalisé. Les assureurs étrangers sont en effet confrontés à un régulateur très protecteur des assureurs locaux, certains disent même protectionniste, vis-àvis des concurrents étrangers, à travers des barrières réglementaires discriminantes. Cellesci le sont d’ailleurs autant à l’entrée sur le marché, qu’aux conditions d’exploitations. Le développement des assureurs étrangers est donc ralenti alors que leurs intérêts au marché chinois sont également limités par la contrainte des JV sur le secteur vie. L’existence de ces JV étant, de plus, menacée par le souhait, à priori généralisé, des partenaires chinois de vouloir quitter ces partenariats. 68 Source : CIRC (www.circ.gov.cn) Source : L’argus de l’assurance 05/02/2010 (Par Jérémie Marais) 70 Source : Bloomberg 69 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 45 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Or, à ces contraintes s’ajoutent de lourdes difficultés de gestion quotidienne, commune à toute entreprise étrangère exerçant en Chine, pays à histoire millénaire, où la culture et les traditions, y compris dans les milieux d’affaires, sont très singulières. L’adaptation et l’intégration, ne sont donc pas toujours aisées pour des groupes d’assurance de taille mondiale, régulés par des procédures et des valeurs parfois en contradiction avec cette culture. Cette difficulté est d’autant plus marquée que la Chine connaît, dans le sillage de son dynamisme économique, des mutations sociales sans précédent rendant la gestion des hommes probablement plus complexe que partout ailleurs. De surcroit, toutes ces difficultés s’accompagnent d’un environnement financier lui aussi en mutation. Le marché chinois de l’assurance en est tout naturellement affecté comme en témoigne le mouvement d’entrée des banques sur le marché, qui redéfinit tous les repères au sein de celui-ci. Dans ce contexte, il est bien évident que les acteurs chinois, soutenus par les autorités, sont les mieux positionnés pour trouver la solution de l’équation de la réussite sur le marché de l’assurance, et de fait, sur la décennie passée, les assureurs étrangers ont été confinés à se partager les miettes de ce gâteau prometteur. Mais, de tout cela il ne s’agit que de conséquences, d’un constat. Dresser des conclusions à ce stade serait trop hâtif. Il convient en effet au préalable de déterminer les causes qui ont amené à cette situation, ce qui est l’objet du point suivant. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 46 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 1.3 2010 : premier bilan et détermination des causes Après avoir relevé les conditions réelles auxquelles ont été confrontés les assureurs étrangers en Chine durant la décennie 2000, l’heure est maintenant à un premier bilan d’ensemble. Il s’agit là de formaliser la situation actuelle du marché chinois sous le prisme de la même méthode utilisée pour déterminer le niveau d’attractivité du marché chinois en 2001. L’intérêt d’utiliser la même méthode est de permettre, à la lumière des développements précédents (point 1.2), de déterminer les évolutions pour chacun des facteurs favorables et défavorables, et d’en faire ressortir les nouveaux. C’est donc l’attractivité du marché aujourd’hui qui sera ainsi évaluée et qu’il sera possible de comparer à celle d’hier. Tous les éléments seront ainsi en notre possession pour juger des raisons de la situation d’échec des assureurs étrangers en Chine. 1.3.1 Les facteurs favorables exogènes 1.3.1.1 - Anciens facteurs Accession à l’OMC : 0 Tous les engagements pris par la Chine, relatifs à l’ouverture de son marché de l’assurance aux acteurs étrangers, ont été tenus selon le calendrier prévu. L’accession à l’OMC n’entraine donc plus aujourd’hui de quelconque dynamique favorable aux assureurs étrangers en Chine. La Note est donc fixée à 0 - Projections de croissance économique : 5 Même en dépit de la crise financière puis économique mondiale, les taux de croissance de la Chine restent plus que très robustes en comparaison de ceux des autres pays du monde. Il a été de 9% en 2008, de 8,5% en 2009, et de 11% sur les 6 premiers mois de l’année 201071. Cette année, le PIB chinois a même dépassé le PIB japonais, propulsant la Chine au rang de seconde économie mondiale derrière les USA72. Par ailleurs les projections évoquées plus haut dans l’introduction et le point 1.1.2 sont toujours d’actualité. La note de ce facteur est donc maintenue à 5 - Projection de croissance des classes moyennes : 5 Comme pour le facteur précédent, les projections de croissance des classes moyennes sont toujours aussi favorables. La note est donc elle aussi maintenue à 5. 71 Source : National Bureau of Statistics Source : National Bureau of Statistics (annonce du PIB estimé 2010 du 20/1/2011 (www.stats.gov.cn/english/newsandcomingevents/t20110120_402699463.htm) 72 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 47 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine - Vieillissement de la population : 3 La décennie passée n’a pas été marquée par quelque phénomène démographique modifiant substantiellement cette tendance. La note reste donc au niveau de 3 - Forte croissance du marché de l’assurance : 5 Comme pour la croissance économique globale, la croissance du marché de l’assurance maintient toujours son rythme. La encore la note reste au même niveau de 5 - Peu de concurrents : 1 Le nombre de compagnies d’assurance a fortement augmenté, tant pour les compagnies étrangères que locales. Le total des compagnies est passé de 35 à plus de 130 aujourd’hui. Le facteur avait été tempéré à 3 du fait de son caractère non durable, ce qui est confirmé dans les faits. Aujourd’hui il est donc impossible de maintenir ce facteur à un niveau favorable de 3. Celui-ci est rabaissé à 1, le nombre d’acteurs pouvant être encore limité sur certaines niches. - Manque d’expérience des compagnies locales : 0 Comme évoqué au point 1.2.4, les compétiteurs chinois se sont dans les faits montrés très compétitifs. L’avantage lié à leur manque d’expérience relatif, ne s’est donc pas manifesté. De plus, après ces dix ans qui nous séparent de l’époque de l’accession à l’OMC, certains assureurs chinois « de la première heure » nés dans les années 80/90 capitalisent désormais une expérience significative de leur marché domestique. La note est donc rabaissée à 0. - Besoin d’expertise des compagnies étrangères : 1 Ce besoin semble ne pas avoir été capitalisé par les compagnies étrangères. De plus les compagnies locales ayant grossi et acquis davantage d’expérience, elles n’ont plus besoin d’expertise extérieure que pour des niches ou lignes de business encore mal dotées. La note est donc baissée à 1 - Mise en place d’une réglementation conforme aux standards internationaux : 1 Ce facteur n’engendre plus de dynamique particulière. La note est baissée à 1. 1.3.1.2 Nouveaux facteurs Aucun nouveau facteur favorable exogène n’a été décelé en 2010. 1.3.2 Les facteurs favorables endogènes 1.3.2.1 Anciens facteurs CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 48 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine - Recherche de relais de croissance : 5 Les compagnies internationales sont toujours à la recherche de relais de croissance. La crise ayant accentué encore ce besoin, alors que les marchés matures des pays développés sont touchés par ces effets. La note est donc maintenue à 5 - Mutualisation géographique des risques : 3 Aucune dynamique particulière n’a modifié cet avantage que présente le marché chinois pour les assureurs étrangers. La note reste donc au niveau de 3 - Présence à Hong Kong et Taiwan : 3 La présence sur les marchés périphériques de Hong Kong et de Taiwan présente toujours les mêmes intérêts, les liens des réseaux d’affaires avec la Chine continentale étant toujours les mêmes. La note est maintenue 3 - Expérience, crédibilité internationale : 2 La note est abaissée à 2. Si les assureurs étrangers sont toujours plus crédibles à l’international que les assureurs chinois, leur pauvre réussite sur ce marché tempère cet avantage. - Niveau technique : 2 La concurrence forte des assureurs locaux a montré que ceci ne constituait pas un avantage comparatif décisif sur le marché Chinois, d’autant que les acteurs locaux acquièrent à leur tour une expertise technique adaptée à leur marché. La note est baissée à 2. 1.3.2.2 Nouveaux facteurs Aucun nouveau facteur favorable endogène n’a été décelé en 2010. 1.3.3 Les facteurs défavorables exogènes 1.3.3.1 - Anciens facteurs Manque de recul et de retours d’expérience : 3 Les données et les retours d’expériences se multiplient naturellement, d’autant plus que les statistiques d’ensemble du marché ainsi que les comptes de chacun des assureurs présents sur le marché sont publiés annuellement par la CIRC. La note de ce facteur très défavorable en 2021 est donc limitée à 3 - Pas de réseaux de distribution existants : 3 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 49 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine La difficulté à mettre en place et développer des réseaux de distributions est toujours aussi marquée. La note de ce facteur est donc maintenue à 3. - Peu de compétence RH : 4 Le recrutement reste une problématique importante. La note reste donc à un niveau élevé, mais est malgré tout légèrement abaissée à 4, en raison de la dynamique engendrée par les efforts de formation et l’expérience. - Réglementation récente pas encore interprétée : 2 La réglementation est de moins en moins récente, et le comportement de la CIRC est avec le temps de plus en plus lisible. La note de ce facteur est donc diminuée à 2. L’assurance pas encore entrée dans les mœurs chinoises : 2 - Les taux de pénétration de l’assurance étant à la hausse, l’impact de ce facteur tend à diminuer. Sa note est donc baissée à 2. - La chine réputée être un marché assez difficile : 3 La position de la Chine au classement IFC se situe toujours autour de la 90 e place sur 130. La note est donc maintenue à 3. 1.3.3.2 Nouveaux facteurs Ces nouveaux facteurs ont été relevés et détaillés dans le point 1.2. Les arguments évoqués plus haut justifient les notes suivantes : - Turn over endémique : 4 Forte concurrence des compagnies locales : 4 Discrimination réglementaire : 5 Contrôle spécifique de la CIRC : 3 1.3.4 Les facteurs défavorables endogènes 1.3.4.1 - Anciens facteurs Coût : 5 L’implantation en Chine est toujours coûteuse. Les réseaux de distributions étant à développer, les coûts RH tendent à augmenter. Même si les résultats de la plupart des assureurs étrangers sont décevants en part de marché, ils doivent néanmoins financer une forte croissance. Les besoins en capitaux propres sont donc importants, la note est donc maintenue à 5. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 50 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine - Prise de risque : 4 Les repères sur le marché chinois sont désormais un peu plus visibles que 10 ans auparavant. Les premiers retours d’expériences, des assureurs étrangers et locaux, ainsi que du régulateur, et le développement du risk management, permettent de mieux connaitre la nature des risques chinois. Le niveau de prise de risque est donc à pondérer, la note est abaissée à 4. - Différences culturelles : 2 Ce facteur est inchangé. Les différences culturelles demeurent, et il convient toujours de les gérer. La note est maintenue à 2. 1.3.4.2 Nouveaux facteurs Dans le 1.2, ces nouveaux facteurs défavorables ont été décrits et justifiés. Les notes attribuées sont les suivantes : - Turn over endémique : 4 Forte concurrence des compagnies locales : 5 Discrimination réglementaires : 5 Contrôle CIRC spécifique aux compagnies étrangères : 3 Pratiques de marchés contradictoires aux règles et procédures groupes : 3 1.3.5 Résultat : le marché chinois est moins attractif aujourd’hui Le résultat de l’analyse n’a plus le même éclat que celle de 2001. La tendance s’est même inversée, à 57 % de facteurs défavorables. Ce retournement est dû à une forte diminution des facteurs favorables (-16), alors que de nouveaux facteurs fortement défavorables sont apparus. L’analyse se fait ainsi l’écho des résultats décevants des assureurs étrangers sur le marché : leurs parts de marchés très faibles, et leur rentabilité toujours pas atteinte évoquée dès l’introduction. L’apparition de nombreux facteurs défavorables, dont la note est élevée, conjuguée au fait qu’aucun nouveau facteur favorable ne soit apparu, laisse penser à une sous estimation des risques en 2001. Le comportement de la CIRC a été très certainement mal anticipé en raison d’une lecture trop optimiste des engagements pris par la Chine à l’OMC. Par exemple, la levée des barrières géographiques ne conférait pas la délivrance de licences de portée nationale. Les accusations de protectionnisme, et de non respect des engagements à l’OMC, que l’on entend parfois, ne reflètent elles pas un décalage d’interprétation quant à ces engagements ? CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 51 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Tableau 14 : Analyse de la situation des assureurs étrangers en 2010 2010 Note 2001 r Forte croissance du marché Jeunesse du marché : - peu de concurents - manque d'expérience des compagnies locales - besoin de l'expertise de compagnies étrangères Accession à l'OMC => engagement de l'ouverture du marché Mise en place d'une régulation conforme aux standards internationaux Projection de croissance économique très favorable Projection de développement des classes moyennes très favorables Viellissement de la population 5 5 0 1 0 1 0 1 5 5 3 3 2 3 5 3 5 5 3 -2 -2 -2 -5 -2 0 0 0 Besoins de relais de croissance Mutualisation géographique des risques Présence à Hong Kong et Taiwan Expérience / crédibilité internationale Niveau technique 5 3 3 2 2 5 3 3 3 4 0 0 0 -1 -2 36 52 -16 Facteurs Endogènes Facteurs Exogènes Facteurs favorables 42,86% CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 2010 Note 2001 r Jeunesse du marché : - manque de recul et d'analyse d'expérience - pas de réseaux de distibution existants - peu de compétences RH - règlementation récente pas encore "interprétée" - assurance pas encore dans culture ; concurrence de l'entraide Chine réputée marché difficile tous secteurs confondus 3 3 4 2 2 3 5 3 5 3 3 3 -2 0 -1 -1 -1 0 Turn over endémique Forte concurrence des compagnies locales Discrimination règlementaire Contôle CIRC spécifique 4 5 5 3 0 0 0 0 4 5 5 3 Coût / besoin en fond propres Prise de risques Différences culturelles 5 4 2 5 5 2 0 -1 0 Pratiques de marchés contradictoires aux règles et procédures groupes 3 0 3 48 34 14 Facteurs défavorables Favorable 57,14% Florimon DELALANDE Défavorable 52 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine L’apparition, comme facteur (très) défavorable, de la forte concurrence des compagnies locales, montre également à la fois, la sous-estimation des concurrents locaux, et la surestimation des avantages des étrangers sur ce marché, alors qu’ils sont restreints par la réglementation contraignante. Cette sur-estimation de leurs propres capacités trouve d’ailleurs écho, dans le malaise ressenti au sein des JV vie. Quelles ont été les promesses des assureurs étrangers à leurs partenaires chinois à l’époque de la mise en place de la JV ? Si elles prenaient appui sur des projections trop optimistes dues à cette mauvaise anticipation des risques et des difficultés du marché, il est fort probable qu’elles aient été bien trop ambitieuses. La déception, voire la défiance, des partenaires chinois est alors inéluctable. Ainsi le rapport des assureurs étrangers face à leurs difficultés se trouve biaisé par la fragilité de leurs stratégies reposant sur une analyse du marché erronée. Les multiples écueils paraissent d’autant plus difficiles, voire insurmontables, que les assureurs étrangers s’y sont mal préparés. Pour oser une métaphore, les assureurs étrangers sont un peu comme les soldats français à Dien Bien Phu : sous le feu de « l’ennemi », alors qu’ils se sont « enfermés » sur un terrain périlleux, suite à une erreur d’analyse des risques, à une surestimation de leurs forces et une sous estimation de celles de l’ennemi. 1.4 Conclusion Les assureurs étrangers ont donc abordé le marché chinois de manière erronée, et se retrouvent dans une situation difficilement tenable : la rentabilité n’est pas atteinte, alors que les parts de marché sont faibles voire minimes. Les pressions des parties prenantes sont donc importantes : les partenaires chinois déçus, les actionnaires qui doutent de leur intérêt à investir en Chine alors que le ROE est toujours négatif au bout de bientôt 10 ans. A l’heure actuelle, les assureurs étrangers ne sont donc pas en mesure de tirer profit du marché chinois. Ils sont plutôt relégués au rôle de spectateurs de l’émergence des grands assureurs chinois qui seront, peut être, leurs futurs concurrents sur d’autres marchés dans le monde, alors que les assureurs chinois sont déjà actifs sur le marché de M&A en asie. Le verdict d’aujourd’hui est donc : oui, les assureurs étrangers se sont trompés, l’investissement en Chine est bien plus difficile que prévu, le marché chinois est un bourbier. La question se pose alors de savoir si les assureurs étrangers doivent envisager un repli, s’ils doivent quitter la Chine. Certaines rumeurs laissent à penser que l’option soit étudiée par certains. Mais, avant de se replier (précipitamment), sous la pression, alors que l’on connait désormais les vrais raisons de cet enlisement, ne devrait-on pas plutôt retourner aux cartes d’état major pour dresser un plan d’ensemble plus large de la situation (partie 2), permettant d’étudier les possibilités de mouvement plus appropriées… de réadapter les stratégies (partie 3). CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 53 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine PARTIE 2 : Un autre regard sur la situation. « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté » (Winston Churchill) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 54 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 2.1 Etudes comparatives 2.1.1 Etrangers vs Chinois Comparaison territoriale Les constats dressés jusque là se contentaient notamment de comparer, le critère de part de marché des assureurs étrangers avec celui des assureurs locaux sur des données d’ensemble. Cependant nous avons vu que les assureurs étrangers pâtissent d’une réglementation contraignante limitant leur développement géographique et freinant également l’ouverture de nouvelles lignes de produits, alors que cela n’est pas le cas pour les chinois. Dès lors, comparer les résultats des assureurs étrangers et des assureurs locaux revient à comparer deux éléments par nature différents. Bien que les comparaisons précédentes soient pertinentes pour juger du degré de pénétration, de la place des assureurs étrangers sur le marché national, et de l’évolution de celle-ci, elles le sont moins lorsqu’il s’agit de juger de leurs performances commerciales. Pour cela Il s’avère en effet nécessaire d’effectuer également des comparaisons à périmètre comparables ; à savoir au niveau local. Les assureurs étrangers, en effet, ne sont pas implantés « en Chine », mais dans une, deux, voire plusieurs provinces chinoises uniquement. La CIRC publie les parts de marché de chaque assureur par province. Il est ainsi possible de déterminer, par province, le nombre d’assureurs étrangers présents, et de déterminer ce nombre en pourcentage du nombre total d’assureurs de la province. De plus il est possible de déterminer une part de marché agrégée de l’ensemble des assureurs étrangers par province, ainsi que de ressortir les parts individuelles de marché de chacun des assureurs par province. Les résultats de ces calculs effectués pour les marchés Non vie et vie, sont retranscrits dans les tableaux suivants : - TABLEAU 15 : NOMBRE D'ASSUREURS, ET PART DE MARCHE DES ETRANGERS PAR PROVINCE OU VILLE (NON VIE). TABLEAU 17 : NOMBRE D'ASSUREURS, ET PART DE MARCHE DES ETRANGERS PAR PROVINCE OU VILLE (VIE) A ces résultats sont également joints deux graphiques comparant, pour chaque province, le nombre d’assureurs étrangers (en pourcentage de l’ensemble des assureurs), et la part de marché agrégée des assureurs étrangers. - TABLEAU 16 : COMPARAISON NOMBRE D'ASSUREURS ETRANGERS / PART DE MARCHE (NON VIE) TABLEAU 18 : COMPARAISON NOMBRE D'ASSUREURS ETRANGERS / PART DE MARCHE (VIE) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 55 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Tableau 15 : nombre d'assureurs, et part de marché des étrangers par province ou ville (non vie) Province SHANGHAI GUANGDONG SHENZHEN BEIJING TIANJIN DALIAN JIANGSU CHONGQING SICHUAN nbre chinois nbre étrangers 24 18 22 24 18 14 24 17 20 8 2 3 4 1 1 1 1 1 Nbre étrangers (% du nbre total d'entreprises) 25% 10% 12% 14% 5% 7% 4% 6% 5% part marché étrangers 14,71% 2,19% 2,44% 2,22% 0,43% 1,68% 0,12% 2,78% 0,16% Source : calculé par l’auteur à partir des données de CIRC, yearbook of China’s insurance 2009 Tableau 16 : comparaison nombre d'assureurs étrangers / part de marché (non vie) 30% 25% 20% 15% Nbre étrangers (% du nbre total d'entreprises) 10% 5% part marché étrangers 0% Source : réalisé par l’auteur à partir des données de CIRC, yearbook of China’s insurance 2009 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 56 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine En non vie, il apparaît que les assureurs étrangers sont présents dans 9 provinces uniquement. La situation à Shanghai est la plus significative. C’est en effet dans cette municipalité que se regroupent le plus d’assureurs étrangers (8). Or c’est à Shanghai que la part de marché agrégée des assureurs étrangers est la plus importante. Elle est même 15 fois supérieure à la part de marché nationale ; environ 15 % contre 1 %. Toujours à Shanghai, il faut noter les 5 e place d’AIG, 6e place de Mitsui Sumitomo, et 7 e place de Tokio Marine au classement selon le critère de la part de marché (3,46%, 2,87% et 2,85%)73. Et, dans une moindre mesure la 7 e place (2,78%) de Liberty à Chongqing est également remarquable. Par ailleurs, en comparant, par province, la proportion d’assureurs étrangers et leur part de marché, on constate une certaine corrélation : plus le nombre d’assureurs étrangers est important (en proportion), plus leur part de marché agrégée est importante, même si elle reste limitée. Cela se vérifie pour toutes les provinces à l’exception de Pékin (Beijing). Dès lors, il est possible de conclure que les assureurs étrangers réussissent à prendre des parts de marché à leurs concurrents chinois, et, que la faible part de marché nationale s’explique davantage par les contraintes réglementaires que par la compétitivité des assureurs étrangers. Tableau 17 : nombre d'assureurs, et part de marché des étrangers par province ou ville (vie) Province SHANGHAI GUANGDONG SHENZHEN BEIJING TIANJIN LIAONING DALIAN JIANGSU ZHEJIANG NINGBO FUJIAN SHANGDONG QINDAO HENAN HUNAN HUBEI CHONGQING SICHUAN ANHUI HEBEI GUANGXI XIAMEN nbre chinois 19 13 9 24 11 14 11 22 18 11 16 20 12 19 15 15 11 16 16 14 9 9 nbre étrangers 17 13 11 17 4 5 2 16 10 7 4 8 3 2 1 3 2 7 1 1 1 2 Nbre d'étrangers (% du nobre total d'entreprises) 47,2% 50,0% 55,0% 41,5% 26,7% 26,3% 15,4% 42,1% 35,7% 38,9% 20,0% 28,6% 20,0% 9,5% 6,3% 16,7% 15,4% 30,4% 5,9% 6,7% 10,0% 18,2% part marché étrangers 17,8% 11,4% 13,3% 16,3% 11,0% 2,5% 7,7% 4,5% 2,7% 2,8% 1,5% 3,1% 5,9% 0,5% 1,0% 0,9% 3,2% 3,5% 0,0% 0,8% 0,2% 2,1% Source : calculé par l’auteur à partir des données de CIRC, yearbook of China’s insurance 2009 73 Source : CIRC, Yearbook of China’s insurance 2009 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 57 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Tableau 18 : comparaison nombre d'assureurs étrangers / part de marché (vie) 60,0% 50,0% 40,0% 30,0% 20,0% 10,0% 0,0% part marché étrangers Nbre d'étrangers (% du nobre total d'entreprises) Source : réalisé par l’auteur à partir des données de CIRC, yearbook of China’s insurance 2009 En vie, des constats similaires s’imposent, alors que la présence des assureurs étrangers est plus étendue (dans 22 provinces ou villes). On constate que la part de marché des assureurs étrangers dépasse les 10 % dans cinq provinces : Shanghai (17,78%), Guangdong (11,35%), Shenzhen (13,35%), Beijing (16,32%) et Tianjin (11,02%). Ces chiffres étant 2 à 3 fois supérieurs à la part de marché nationale de 5 %. En vie encore plus qu’en non vie, des performances individuelles (sur le critère de part de marché) sont à remarquer : AIG, 7e à Shanghai (4,87%), 6e dans le Guangdong (3,95%), 7 e à Shenzhen (6,05%), Sun Life 5e à Tianjin (4,95%), Nissay SVA 6 e à Tianjin (4,89%) et ING, 3e à Dalian (7,60%).74 La corrélation remarquée plus haut en non vie, se manifeste également en vie, même si elle y est moins flagrante en raison de plusieurs exceptions comme à Pékin (Beijing), Dalian, dans le Jiangsu, le Ningbo et le Qingdao. Les conclusions tirées de l’étude du marché non vie, s’appliquent donc également au marché vie : la faible part nationale de marché ne trouve pas sa source dans un manque de compétitivité des assureurs étrangers. Les barrières territoriales réglementaires restent alors le principal facteur de la faible pénétration des assureurs étrangers sur l’ensemble du territoire chinois. 74 Source : CIRC, Yearbook of china’s insurance 2009 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 58 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Comparaison des rentabilités Après cette analyse de performance commerciale, à périmètre comparable, il s’avère également nécessaire de se pencher sur un autre critère fondamental de la performance : la rentabilité. A l’heure actuelle, la rentabilité des assureurs en Chine est plutôt une exception. 66% des compagnies sont en effet déficitaires. On peut distinguer la répartition de la profitabilité entre locaux et étrangers comme suit : Tableau 19 : Proportion de compagnies rentables Compagnies locales Joint Ventures Filiales étrangères Total toutes compagnies BénéficiairesDéficitaires 40% 60% 13% 88% 40% 60% 34% 66% 75 Source : Calculé par l’auteur à partir des données de CIRC, Yearbook of China’s insurance 2009 Il ressort qu’en proportion, autant de compagnies locales que de filiales étrangères sont déficitaires (60%). Seules les joint ventures sont moins performantes que les compagnies locales (88% d’entre elles sont déficitaires) : peut être peut on voir là l’expression des difficultés de management inhérentes à la structure capitalistique « 50/50 », et/ou l’explication des déceptions et impatiences des partenaires chinois de ces JV notées dans la première partie. Ressortons désormais le niveau de rentabilité des compagnies bénéficiaires en calculant leur retour sur investissement (ROE)76 des compagnies vie puis celui des compagnies non vie. 75 Ces chiffres incluent les compagnies de réassurance (domestiques et étrangères), les holdings de groupe des compagnies domestiques, ainsi que les filiales d’asset management des compagnies locales. 76 Le terme « Retour sur investissement » se réfère ici au ratio résultat net / capitaux propres (équivalent en anglais de Return On Equity, ROE), et non au taux de rentabilité du portefeuille d’actifs. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 59 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Compagnies vie Tableau 20 : ROE des compagnies vie bénéficiaires Compagnie Chinoises : China Life Taiping Life CP Life New China Life Taikang Life JV : Manulife Sinochem Pacific Antai CIGNA CMC Succursales d'AIG : AIA Guangdong AIA Shenzhen AIA Beijing ROE 8% 10% 14% 133% 27% 14% 0% 20% 22% 19% 26% Source : Calculé par l’auteur à partir des données de CIRC, Yearbook of China’s insurance 2009 Tout d’abord, on dénombre 5 compagnies vie chinoises bénéficiaires sur 26, soit un taux de 19 %. 3 JV vie de groupes étrangers sont bénéficiaires sur un total de 23, soit un taux de 13 %. Les « mauvais » résultats des JV sont donc tout relatifs en comparaison de ceux des compagnies vie chinoises. Par ailleurs, les ROE de Manulife-Sinochem, et de CIGNA CMC sont parmi les plus élevés de l’ensemble des compagnies vies bénéficiaires. (Le ROE de New China Life étant dû à des opérations exceptionnelles77). Il est de plus intéressant de souligner que les 3 succursales bénéficiaires d’AIG dégagent des ROE eux aussi parmi les plus élevés. En conséquence les assureurs vie étrangers sont tout aussi performants (si ce n’est plus), en termes de rentabilité, que leurs homologues chinois. Compagnies non vie La CIRC rapporte que 11 compagnies non vie chinoises sur 34 sont bénéficiaires, soit un taux de 32%, ainsi que 5 filiales étrangères sur 16 soit 31 %78. Là encore les résultats sont tout à fait équivalents. Par ailleurs si l’on filtre les compagnies chinoises comparables en taille aux compagnies étrangères (en mettant un filtre sur le niveau de capitaux engagés, inférieurs à 2 700 millions RMB), le taux de compagnies bénéficiaires est même inférieur (27 %) à celui des compagnies étrangères. 77 78 Source : CIRC, yearbook of China’s insurance 2009 Source : CIRC, yearbook of China’s insurance 2009 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 60 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Enfin, concernant les ROE des compagnies non vie, il est possible de dresser le podium suivant, assez évocateur : Tableau 21 : ROE compagnies non vie Rang 1er 2e 3e ROE 17% 8% 6% Compagnie Statut Samsung Etranger Ping An Local Huatai Local Remarque Actionnaire minoritaire de référence : HSBC (17%) Actionnaire minoritaire de référence : ACE (21%) Source : Calculé par l’auteur à partir des données de CIRC, Yearbook of China’s insurance 2009 La meilleure rentabilité du secteur est en effet réalisée par un assureur étranger (Samsung), et les deux suivantes sont réalisées par des compagnies chinoises qui ont lié des partenariats stratégiques avec des actionnaires étrangers, HSBC groupe financier britannique né en Chine, et ACE, assureur de droit bermudien. Malgré toutes les difficultés décrites dans la partie précédente, et une situation globalement décevante pour les assureurs étrangers, les réussites existent donc, tant au niveau commercial qu’au niveau de la performance financière. D’ailleurs, financièrement, les assureurs étrangers ne souffrent d’aucune comparaison, et sont parfois même meilleurs que leurs compétiteurs chinois. En un mot, globalement, des assureurs étrangers réussissent à surmonter leurs handicaps vis-à-vis des assureurs domestiques, et un seul de ces handicaps leur est pour le moment « insurmontable » : les limites réglementaires. Il est donc à noter que sous une faible, voire insignifiante, part de marché, pour un grand groupe international, peut en fait se cacher une véritable réussite. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 61 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 2.1.2 Comparaisons internationales Si la Chine est un pays dynamique et attirant pour les investisseurs étrangers, dont les assureurs, d’autres pays le sont également, notamment les autres « BRIC » (Brazil, Russia, India, China). Ceux-ci peuvent être vus, pour l’investisseur en quête de relais de croissance à l’international, comme des alternatives à la Chine. L’inde, notamment, bénéficie de taux de croissance comparables à la Chine, et les projections font de l’Inde la troisième économie mondiale à l’horizon de 205079. Il semble donc utile d’étudier succinctement la situation des assureurs étrangers dans ces pays, pour juger du potentiel de ces alternatives, élément indispensable pour juger plus tard de la pertinence des éventuelles stratégies de retrait du marché chinois. 2.1.2.1 Le Brésil, ou le contre exemple de la Chine Comme en Chine, le marché de l’assurance brésilien connait une très forte croissance. Si celui-ci est plus petit que le marché Chinois, 13 699 Millions USD de primes (2006), soit la 24e place mondiale 80 contre la 8e place pour la Chine avec 45 092 Millions USD de primes81, il connait des taux de croissance tout aussi spectaculaires. Entre 2001 et 2007, le taux d’évolution annuelle des primes varie entre 9,4% et 20,3%. Et, sur l’ensemble de cette période, il a progressé de plus de 124 %82. Par ailleurs, les projections économiques du Brésil sont également des plus prometteuses, laissant à penser à une poursuite de la dynamique du marché de l’assurance dans le futur. 83 Les autorités brésiliennes ont ouvert le marché de l’assurance aux investisseurs étrangers en 199684. Et il s’agit là, à la différence de la Chine, d’une ouverture totale : la participation à 100% d’un investisseur étranger est possible pour toute compagnie de droit brésilien85. Les groupes étrangers ont donc la possibilité de créer des filiales brésiliennes qu’ils contrôlent à 100%, ou de racheter des parts de capital, sans limite, de compagnies locales. Aucune règle discriminante n’affecte les assureurs étrangers au Brésil. Les conditions réglementaires sont donc très largement plus favorables qu’en Chine, et les résultats commerciaux des assureurs étrangers du Brésil le montrent : leur part de marché agrégée est de 35 %86, nettement supérieure aux 5% en vie et 1% en non vie en Chine. De même on compte 4 assureurs étrangers dans le top 10 des assureurs brésiliens, avec des parts de marché individuelles dépassant les 4%. 79 Sources : Goldman Sachs ; Pwc Source : FENASEG ; Swiss Re, sigma 4/2007 81 Source : Swiss Re, sigma 4/2007 82 Source : FENASEG 83 Les projections à l’horizon 2050 placent l’économie Brésilienne (PIB) à la 4e place mondiale, derrière la Chine (1), les USA (2), l’Inde (3). Sources : Goldman Sachs ; PwC 84 Source : Cummins & Venard (handbook of international insurance) 85 Source : Cummins & Venard (handbook of international insurance) 86 Source : Rating de seguros 80 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 62 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Tableau 22 : assureurs étrangers au top 10 brésilien rang 4e 6e 7e 8e part de marché 6,85% 4,17% 3,98% 3,69% compagnie Unibanco - AIG Mapfre Tokio Marine Caixa Seguros statut JV filiale filiale JV Maison Mère/Partenaire AIG Mapfre Tokio Marine CNP Pays origine USA Espagne Japon France Source : Rating de Seguros Cette part de marché est d’ailleurs en constante croissance, et est passée de 5% en 1994 à 35 % en 200687. L’exemple brésilien nous montre donc qu’il existe dans le monde, y compris sur des marchés à haut potentiel, des réglementations plus accueillantes pour les assureurs étrangers qu’en Chine. Ceux-ci, dans leurs stratégies de développement international, peuvent donc être tentés d’arbitrer plus facilement en faveur de ces pays et ainsi se détourner des « sirènes » chinoises. Cependant, un autre enseignement, probablement plus important encore dans le cadre de cette étude, ressort de la situation du marché brésilien. Alors que le marché est totalement ouvert, la part de marché des assureurs étrangers reste largement minoritaire, et aucun assureur étranger, ni même une JV, n’y a jusqu'à maintenant obtenu de position « dominante ». Les 6,85% de la JV d’AIG sont en effet très loin des 26,30 % du leader brésilien Bradesco88. Ceci soulève alors les questions suivantes : - Un assureur étranger est il en mesure d’être un leader sur un grand marché étranger même totalement ouvert ? Les mesures protectionnistes sont elles nécessaires ? L’objet de l’étude n’est pas de répondre à ces questions. Des premiers éléments de réponse pourront néanmoins ressortir de la suite de notre analyse empirique. Et, ceux-ci alimenteront la suite du développement dans le cadre de la situation chinoise. 2.1.2.2 L’Inde, ou l’exemple inversé de la Chine « L’autre géant asiatique », titrent souvent les commentateurs de la géopolitique asiatique en parlant de l’Inde, qui par son gigantisme et son dynamisme économique est en effet tout à fait comparable à la Chine, et est peut être même rivale de la Chine. Les investisseurs étrangers se tournent donc naturellement vers l’Inde pour y trouver des opportunités de développement. Et les assureurs ne sont pas en reste, attirés par un marché local croissant à un rythme annuel de 15 à 20%, supérieur à la croissance économique globale autour de 8%89, et par l’ouverture du marché entreprise depuis 2000. 87 Source : FENASEG Source : Rating de Seguros 89 Source : Kannan & Thangavel, Overview of Indian insurance sector (Academic open internet journal) 88 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 63 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Parmi les résultats de la trentaine d’assureurs étrangers, certains sont d’ailleurs encourageants, comme la part de marché de la JV vie de Prudential, supérieure à 5%, et celles de Sun Life et Allianz, supérieures à 2 %90. Ce marché est également marqué par la rapidité des phases de création et de démarrage d’une nouvelle activité, ainsi que par la rentabilité rapidement atteinte par les nouveaux entrants91. Ces retours d’expérience semblent donc très séduisants pour tout groupe à la recherche de croissance et de retour investissement rapide. Mais ces résultats ne doivent pas être dissociés de « la face cachée » de ce tableau. Si les contraintes à l’entrée sont faibles, c’est en raison d’une limitation (très) importante de la part autorisée aux investisseurs étrangers au capital de toute compagnie exerçant dans le pays, à savoir 26 % 92 . Autrement dit l’assureur étranger ne peut détenir que 26% d’une JV avec un ou plusieurs partenaires indien. Ainsi si certains résultats sont jugés bons, la part revenant aux investisseurs étrangers est, elle, très faible. Par ailleurs, le marché reste toujours « dominé » par les compagnies détenues par l’état, qui constituaient l’ancien monopole en vie, et l’ancien oligopole en non vie 93. Et l’état reste peu prompt à desserrer la limitation de 26 % imposée aux étrangers94. Lord Levene, président de Lloyd’s of London, juge ainsi le marché indien comme très difficile, et n’hésite pas à critiquer la réglementation qu’il considère très protectionniste.95 L’Inde apparaît donc plus fermée que la Chine aux assureurs étrangers, comme en témoigne T. Prakash Rao, chief executive du courtier Singapourien JB Boda : « China is opening up at a faster pace to foreign stakes as compared to India », soutenu en ce sens par Lord Levene, « In China you need patience, in India you need more patience »96. Est il alors envisageable de voir l’Inde comme une alternative à la Chine pour les assureurs étrangers ? S’il est difficile de répondre dans une optique de long terme, la situation présente laisse à penser que non ; or quel endroit dans le monde, à part l’Inde peut laisser présager autant de potentiel que la Chine ? 2.1.2.3 La situation actuelle des pays développés : le futur de la Chine ? Après avoir effectué des comparaisons sur la situation des assureurs étrangers dans d’autres pays émergents que la Chine, il est également possible de tirer des enseignements de la situation actuelle des assureurs étrangers au sein des pays développés. En effet, le marché chinois de l’assurance est amené, dans le futur, à être comparable en de nombreux points à ceux des pays développés d’aujourd’hui. La situation de ces marchés peut donc servir de référence comme projection d’une situation possible en Chine à l’avenir. Par ailleurs les assureurs étrangers présents en Chine sont originaires pour leur quasi-totalité de ces pays. La vision qu’ont les Chinois, notamment le régulateur, peut être influencée par la 90 Source : Kannan & Thangavel, Overview of Indian insurance sector (Academic open internet journal) Source : Knowledge@wharton, insurance : Indian and foreign firms test positive for growth steroid 92 Source : Cummins & Venard (Handbook of international insurance) 93 Source : Kannan & Thangavel, Overview of Indian insurance sector (Academic open internet journal) 94 Source : Financial Times du 4/03/2010 (par Michiyo Nakamoto) 95 Source : Financial Times du 4/03/2010 (par Michiyo Nakamoto) 96 Source : Financial Times du 4/03/2010 (par Michiyo Nakamoto) 91 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 64 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine vision que renvoient ces marchés d’origine. Ceci étant d’autant plus probable que l’ouverture du marché chinois de l’assurance, s’est inscrite dans l’entrée de la Chine à l’OMC, et des discussions bilatérales qui ont accompagné cette adhésion. Dés lors, l’état chinois est en position légitime pour corréler ses dispositions « protectionnistes » à la situation effective des assureurs étrangers des pays désormais partenaires au sein de l’OMC. Or si les législations des grands marchés développés sont souvent très ouvertes vis-à-vis des assureurs étrangers, force est de constater que dans la « réalité » économique ceux-ci restent assez, voire très fermés. Au japon, 96 % du marché non vie sont captés par 9 grands assureurs locaux97. Les 4 % restants étant partagés par 21 autres assureurs japonais et les 21 assureurs étrangers présents au Japon98. La part de marché des assureurs étrangers au Japon est tout à fait comparable à celle de 1% en Chine. De même, la situation est tout à fait similaire en Vie, où seuls 4 grands groupes locaux captent l’essentiel du marché, les acteurs étrangers se répartissant une part insignifiante du marché.99 Aux Etats Unis, le montant des « importations » d’assurance se limite à 127 millions USD en comparaison de la taille globale du marché de 1,6 trillion USD100. Dans ce contexte, seuls deux acteurs étrangers sont « visibles » sur le marché de la Vie : ING et Aegon, avec des parts de marché respectives de 5%101. Et, en non vie, seul Zurich, avec une part de marché d’environ 6% 102 apparaît sur les classements au milieu des autres assureurs américains dominant le marché. Là encore ces chiffres ne souffrent pas de la comparaison avec ceux de la Chine énoncés dans la première partie. La situation des marchés en Europe pourrait sembler beaucoup plus favorable. En France, par exemple, deux assureurs étrangers, Allianz et Generali, se classent dans le top 5 des assureurs103. Pourtant dans le cadre d’une comparaison avec la Chine il convient d’analyser la situation du marché européen dans son ensemble. En effet, les négociations bilatérales à l’OMC sont effectuées au niveau européen. Par ailleurs, bien que l’intégration européenne des marchés nationaux de l’assurance ne soit pas encore achevée, il n’est pas incohérent de comparer le marché européen dans son ensemble à d’autres marchés mondiaux, notamment sur le point spécifique de la place des assureurs étrangers. Or, si dans certains marchés nationaux, des assureurs étrangers ont parfois des parts de marché significatives, ces assureurs étrangers sont généralement des assureurs européens. Ainsi, la présence des assureurs non européens est tout à fait anecdotique, à l’exception du très singulier marché londonien. Le nombre de sociétés d’assurance non européennes en Europe est de 357104, dont 355 uniquement au Royaume Uni !105 De même seules 99 succursales de compagnies étrangères106 exercent dans au moins un pays européen, dont 58 dans le seul Royaume 97 Source : GIAJ (Factbook 2009) Sources : GIAJ (Factbook 2009), Mizuho (list of insurance companies, www.mizuho-sc.com) 99 Sources : Cummins & Venard, Handbook of international insurance ; LIAJ, Life insurance business in Japan 2008-2009 100 Source : NAIC (Annual statement database. Chiffres de 2008) 101 Source : NAIC (Annual statement database. Chiffres de 2008) 102 Source : NAIC (Annual statement database. Chiffres de 2008) 103 Source : CEA (European insurance in figures 1999 Ŕ 2008) 104 Source : CEA (European insurance in figures 1999 Ŕ 2008) 105 Source : CEA (European insurance in figures 1999 Ŕ 2008) 106 Source : CEA (European insurance in figures 1999 Ŕ 2008) 98 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 65 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Uni107. Tous ces chiffres sont à rapprocher du nombre de 4.700 compagnies d’assurances européennes 108 . Enfin, pour compléter ce propos, il n’y a que 2 compagnies non européennes qui accèdent au top 5 des assureurs dans un marché national européen : AIG au Royaume Uni (3e position), et Zurich au Portugal (5 e position)109. Ainsi à l’exception du marché de Londres, le marché européen de l’assurance est très largement dominé par les assureurs européens, et les acteurs étrangers n’y sont pas visibles tout comme aux Etats Unis, au Japon… et en Chine. Enfin, à cette situation sur les principaux grands marchés développés, il convient de rajouter la remarque suivante. Si, sur ces marchés, les réglementations actuelles n’imposent pas ou peu de limites protectionnistes vis-à-vis des assureurs étrangers, ceux-là se caractérisent aussi par un coût à l’entrée très important en raison de leurs maturités très avancées. Par exemple, le projet de directive solvabilité II en Europe aura pour conséquence une augmentation des besoins en fonds propres des compagnies 110. Autrement dit, s’il n’y a pas de barrière réglementaire à proprement parlé, il existe néanmoins une barrière économique, de fait, à l’entrée. Or quels assureurs chinois ont les moyens aujourd’hui de se développer sur ces marchés matures, alors que la plupart d’entre eux sont en phase de développement sur leur marché domestique et n’ont pas encore atteint l’équilibre financier ? La Chine est donc légitimement en position d’opposer ces faits aux éventuelles critiques de sa réglementation restrictive à l’égard des assureurs étrangers dans le cadre des négociations commerciales internationales. La récente mésaventure de Ping An vient d’ailleurs conforter cette idée. Ping An qui fait partie des rares assureurs chinois en position de pouvoir envisager un développement à l’international, de part sa taille et sa solidité financière, a acquis une participation dans Fortis peu de temps avant la crise financière111. Celle-ci ayant conduit à la quasi faillite de Fortis, et à son démantèlement face auquel Ping An n’a pas réussi à s’opposer112. A cette occasion, la valeur de l’actif de Ping An n’est plus que de 1 milliard de yuans, alors que l’investissement initial avait été de 23,8 milliards de yuans.113 2.1.3 Leçons à tirer Alors que dans la première partie nous avons vu que la Chine est un marché difficile, ces études comparatives font ressortir les points suivants : - Les assureurs étrangers ne sont pas sous performants, à périmètre comparable par rapport à leurs concurrents locaux. La marché chinois n’est pas si fermé que ne le laisse penser la seule règlementation encore restrictive vis-à-vis des opérateurs étrangers. 107 Source : CEA (European insurance in figures 1999 Ŕ 2008) Source : CEA (European insurance in figures 1999 Ŕ 2008) 109 Source : CEA (European insurance in figures 1999 Ŕ 2008) 110 Source : FFSA (www.ffsa.fr) 111 Source : News Banque (www.news-banques.com) 112 Sources : People’s Daily (french.peopledaily.com.cn), News Banque (www.news-banques.com) 113 Source : People’s Daily (french.peopledaily.com.cn) 108 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 66 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine - Dans aucun grand marché national au monde, un assureur d’origine étrangère n’est en position de leader. Réussir en Chine est donc difficile, mais possible, notamment si les critères de réussite (les objectifs stratégiques) sont adaptés à la situation d’acteur étranger (« cantonnement » territorial, taille modérée, etc.) Ainsi tout assureur déjà implanté en Chine, avant toute décision, soit de retrait, soit de poursuite de son implantation, doit s’assurer que ces éléments sont en adéquation avec la politique générale et la stratégie de la compagnie. Le critère de taille, notamment, ne semble pas, en tout les cas à l’heure actuelle, être un objectif réaliste pour un assureur étranger. Celui-ci doit accepter d’être petit ou minoritaire pour pouvoir tirer profit du marché chinois. (Le classement des meilleurs rentabilités en non vie, illustre d’ailleurs bien cette thèse, cf. TABLEAU 21 : ROE COMPAGNIES NON VIE). Si ces conditions sont acceptables pour la compagnie étrangère, celle-ci devra alors analyser les dynamiques actuelles du marché pour pouvoir en tirer parti. 2.2 La dynamique réglementaire Les contraintes réglementaires ont été largement commentées lors de la première partie, et il est admis qu’elles constituent l’ensemble des freins les plus contraignants pour les assureurs étrangers. Ce seul constat ne suffit pas si l’on veut s’adapter au mieux à ces contraintes, et surtout anticiper leurs évolutions. Il convient en effet de savoir pourquoi ces restrictions ont été mises en place, et dans quel contexte. Il sera alors possible, à la lumière des évolutions déjà constatées et de l’environnement d’aujourd’hui, de définir la tendance des évolutions réglementaires et de projeter le cadre règlementaire probable de demain. 2.2.1 Raisons des contraintes réglementaires Afin de saisir les raisons de la réglementation restrictive chinoise, il convient de revenir, encore une fois, à l’époque de l’adhésion de la Chine à l’OMC ; mais cette fois-ci avec l’œil des autorités chinoises. L’expansion économique fulgurante de la Chine des années 1980 et 1990 associée à son modèle économique fondé sur l’exportation114, pousse naturellement le pays à une adhésion à l’OMC, afin de favoriser les échanges commerciaux avec le reste du monde. Cette adhésion, si elle constitue certainement, un avantage pour l’économie chinoise, celle-ci n’est pas sans contreparties, notamment quant à l’ouverture du marché intérieur chinois. Or, comment est vécue, à l’époque, par le marché local et son régulateur, une possible ouverture totale du marché de l’assurance aux acteurs étrangers ? 114 Les exportations comptent pour 40% du PIB chinois. Source : The economist (pocket world in figures 2009) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 67 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine A coup sur comme un danger pour les assureurs locaux, et comme le risque de voir des opérateurs étrangers dominer ce marché considéré « sensible » (stratégique) par les autorités chinoises115. Ceci pour deux raisons essentielles : - - Le retard du marché local de l’assurance en comparaison du niveau de développement de l’économie116 fait que la plupart des compagnies locales sont très jeunes et peu nombreuses (21 compagnies chinoises en 2001) 117 . Ainsi leurs pratiques managériales, commerciales, et leurs expertises techniques sont très loin d’atteindre le niveau de leurs consœurs étrangères. Dès lors, les compagnies locales feraient face à des compétiteurs étrangers beaucoup plus puissants, qui, s’ils investissent des capitaux conséquents seraient en mesure, grâce à leurs nombreux avantages comparatifs, de prendre des positions dominantes. L’histoire récente de la Chine qui ajoute à cette analyse une dimension émotionnelle et politique. La finance, dont l’assurance, dans la Chine du début du 20e siècle sous influence étrangère depuis les traités inégaux du 19 e siècle, était effectivement dominée par des compagnies étrangères118. Or le rejet de ces influences à été l’une des raisons qui ont amené aux combats contre le pouvoir impérial et a favorisé l’émergence des régimes nationaliste en 1911, puis communiste en 1949. Et aujourd’hui encore, « les chinois, (…), continuent à la (domination étrangère) considérer comme un scandale non encore réparé.119 C’est donc cette crainte de voir des groupes internationaux « conquérants » prendre leurs positions sur un marché encore naissant, en ne laissant aucune chance aux jeunes pousses nationales de pouvoir se développer à armes égales, qui a motivé les autorités à maintenir une réglementation restrictive. Le président de la CIRC en 2001, Ma Yongwei, a d’ailleurs lui-même annoncé, que la Chine se concentrera d’abord sur l’ouverture domestique du marché de l’assurance avant de l’ouvrir aux entreprises étrangères.120 C’est alors dans ce contexte que les négociations à l’OMC ont eu lieu, et ont amené à des engagements spécifiques de la part de la Chine pour le secteur de l’assurance : à savoir des engagements quant à une levée progressive de certaines barrières à l’entrée pour les assureurs étrangers121. En contrepartie la Chine a accordé à l’occasion de l’adhésion un nombre défini de licences à des assureurs Européens (7), Américains (3), Japonais (2), et Sud Coréen (1)122. 115 e Source : www.business-internet-chine.com citant le 11 plan quinquennal : « l’assurance est reconnue comme un secteur stratégique au soutient des objectifs nationaux de croissance durable et de société "harmonieuse » 116 Cf Tableau 3 Cf Tableau 4 118 Source : Jacques Charbonnier, L’assurance en Chine des origines à Mao 119 Jean Luc Domenach, dans “Où va la chine ?”. 120 Source : Asian Development Bank, Strengthening the insurance industry regulatory an supervising system 121 Source : CIRC (Commitment to China’s Insurance Sector after entry into WTO) 122 Source : Zeying Zhao (Le marché chinois d’assurance : opportunités pour les assureurs étrangers) 117 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 68 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 2.2.2 Bilan des engagements de l’accession à l’OMC Désormais, il est donc légitime de vérifier si les engagements de la Chine à l’occasion de l’accession à l’OMC ont été respectés, si les levées promises l’ont été. Tableau 23: Bilan des engagements OMC Engagements123 “The PRC will permit foreign property and casualty firms to insure large-scale risks nationwide immediately upon accession, and will eliminate all geographic limitations for future licenses over 5 years, allowing access to the key cities of priority United States (US) interests in 2 to 3 years.” “The PRC will expand the scope of activities for foreign insurers to include group health and pension lines of insurance, which represent about 85% of total premiums, phased in over 5 years after joining WTO.” “The PRC will allow 50% foreign ownership and remove joint-venture requirements on foreign life insurers, and phase out internal branching restrictions.” “For nonlife insurance, the PRC will allow 51% foreign ownership upon accession to WTO.” “The PRC will award licenses for insurance business solely on the basis of prudential criteria, with no economic needs test or quantitative limits on the number of licenses issued.” Tenu / Non tenu Tenu. Les réassureurs étrangers ont la possibilité de couvrir des risques à amplitude nationale. Les assureurs étrangers peuvent demander une licence dans n’importe quelle province chinoise. Tenu. Partiellement tenu La structure joint venture est toujours requise, mais l’engagement n’est pas assorti d’une limite temporelle. Tenu. Pour la non vie, il est même possible pour un étranger de détenir une filiale à 100% Tenu Les critères factuels d’exigibilités sont de nature prudentielle. Si d’autres éléments discrétionnaires sont pris en compte par les autorités, il est impossible de le vérifier. En conclusion il est possible d’affirmer que les engagements ont globalement été tenus. Les restrictions réglementaires qui touchent actuellement les compagnies étrangères en Chine n’entraient pas dans le cadre des engagements de la Chine : Par exemple les demandes de licences par province, ou l’interdiction de souscrire des assurances obligatoires (RC automobile). 2.2.3 Les évolutions constatées L’exemple des barrières territoriales, est assez significatif de la tendance des évolutions réglementaires chinoises vis-à-vis des assureurs étrangers. Ceci est d’autant plus appuyé, 123 Sources : Asian Development Bank (Strengthening the insurance industry regulatory an supervising system) et CIRC (Commitments to China’s Insurance Sector after entry into WTO) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 69 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine que ces contraintes constituent, comme évoqué auparavant, l’une des principales entraves au développement que subissent les étrangers. La règle qui prévaut aujourd’hui n’a pas toujours été la même, et a connu des modifications depuis l’époque de l’adhésion de la Chine à l’OMC. Ces évolutions peuvent se résumer à celles présentées dans le schéma suivant. Figure 3 : Evolution des contraintes territoriales 2003 2001 : 2004 Adhésion OMC OOMC Champ territorial limité à 5 villes chinoises. Elargissement du champ à d’autres villes « côtières ». Elargissement du champ des licences au niveau provincial Aucun territoire fermé aux étrangers Sources : établi par l’auteur à partir des informations dans « Insurance law in China » (Guojian Xu, Guojian Lu, Pek Siang Tee) et « commitment to China’s insurance sector after entry into WTO » (CIRC) La situation était très fermée à l’origine : il n’était possible de postuler à une licence que dans 5 villes à travers tout le pays (Shanghai, Guangzhou, Dalian, Shenzhen, Foshan) 124 . Ce champ a été élargi à d’autres villes développées du pays 2 ans après l’accession à l’OMC (Beijing, Chendu, Chongqing, Fuzhou, Suzhou, Xiamen, Ningbo, Shenyang, Wuhan, Tianjin)125. Chaque licence ne donnait, dès lors, le droit d’exercer que sur un territoire limité à une seule ville126. Aujourd’hui, une licence donne le droit d’exercer dans une province entière sans qu’aucune province ne soit inaccessible aux étrangers 127. Il convient là de rappeler qu’à l’échelle du pays, une province constitue un ensemble géographique et démographique de taille conséquente, comparable à de grands pays européens. Le Guangdong, par exemple, avec 95 millions d’habitants est plus peuplé que l’Allemagne 128. Par ailleurs, les demandes de licences peuvent être sollicitées, et attribuées, pour un assureur étranger, dans toutes les provinces. En l’espace de 10 ans, l’évolution de la contrainte territoriale est notable, même si d’aucuns regrettent qu’il y ait encore contrainte, et que l’évolution se fasse lentement, trop progressivement à leurs yeux. 124 Source : CIRC (Commitment to China’s insurance sector after entry in WTO) Source : CIRC (Commitment to China’s insurance sector after entry in WTO) 126 Source : Guojian Xu, Guojian Lu, Pek Siang Tee (Insurance law in China ) 127 Source : Guojian Xu, Guojian Lu, Pek Siang Tee (Insurance law in China ) 128 Source : Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Guangdong, http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_d'Europe_par_population) 125 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 70 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Dans le cadre des engagements pris au moment de l’adhésion du pays à l’OMC, la réglementation évolue donc dans le sens d’une plus grande ouverture aux acteurs étrangers. Il est à noter que le mouvement a toujours été en ce sens et semble vouloir aller au-delà des seuls engagements nationaux contractuels. Les récentes rumeurs qui laissent à penser que l’ouverture aux étrangers de l’activité R.C. auto obligatoire soit à l’étude illustrent bien cette tendance de fond qui s’est toujours vérifiée depuis 2001. 2.2.4 L’évolution culturelle du régulateur Il s’agit là de mettre en lumière un nouvel élément, subjectif, mais d’importance dans les raisons du comportement des régulateurs qui à l’époque de l’accession de la Chine à l’OMC ont décidé de maintenir une politique restrictive à l’égard des assureurs étrangers. Rappelons encore une fois que dans les années 90, le marché chinois de l’assurance est encore balbutiant, et que la CIRC n’est née qu’en 1998. Le prédécesseur de cet organisme étant la banque centrale du pays. Jusqu’à cette époque l’assurance n’existait qu’à travers le monopole public de la PICC, le marché de l’assurance était donc, de fait, inexistant. La notion même d’assurance n’avait que peu de sens et encore moins de rôle dans une économie socialiste planifiée. Ainsi les « assureurs débutants » étaient, comme déjà évoqué plus haut, face au défi de créer un marché « partant de rien », sans expérience. Mais il en allait de même pour le régulateur devant « inventer » la régulation d’un marché naissant, sans avoir de connaissance sur la nature même de ce marché. Les personnels de la CIRC à l’époque de ses débuts ne pouvaient alors avoir de culture du métier, de culture de l’assurance, voire de culture du monde des affaires et de la finance. Les seules compétences humaines dont pouvait disposer la CIRC à l’époque ne pouvaient venir que : - de l’ancien monopole d’état, donc des personnes sans expérience d’un marché de l’assurance ouvert, concurrentiel, de l’étranger. Ainsi, si les autorités chinoises se sont intéressées, se sont inspirées, et continuent d’ailleurs toujours aujourd’hui à observer attentivement les pratiques et les évolutions des régulations dans le monde, et de s’en inspirer129, les dirigeants et les cadres historiques de la CIRC étaient des pionniers dont les bagages culturels, très administratifs, étaient (très) éloignés des nouveaux territoires du marché ouvert qu’ils découvraient. Ainsi les décisions de la CIRC étaient biaisées par ce « décalage » culturel. De là s’explique probablement une certaine incompréhension réciproque entre CIRC et acteurs occidentaux, habitués à des régulateurs « matures » dans leurs marchés d’origine. Certains assureurs 129 Source : CIRC, www.circ.gov.cn CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 71 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine étrangers se plaignent en effet parfois de décisions « irrationnelles », voire d’un manque de visibilité du comportement de l’autorité de contrôle chinoise 130. Mais qu’en est il aujourd’hui, et qu’en sera-t-il demain ? La CIRC a maintenant plus de 10 ans d’existence. Elle accumule l’expérience, les contacts et les échanges avec tous les acteurs du marché, et continue à suivre les pratiques de ses consœurs étrangères. Par ailleurs, elle recrute. Or désormais les profils formés à l’assurance, à l’économie financière de marché, et les personnes d’expérience dans ces domaines existent, ce qui n’était pas le cas 20 ans auparavant131. Les universités chinoises dispensent des formations spécialisées dans la finance et l’assurance totalement adaptées à l’économie de marché mondialisée 132 . De même de nombreux étudiants chinois étudient ces disciplines dans les universités les plus prestigieuses de par le monde. Ainsi une nouvelle génération d’assureurs arrive sur le marché chinois, fournissant également les rangs des cadres du régulateur. Ainsi, tous ces mouvements, peu visibles, tendent néanmoins à une réelle modification voire à une transformation culturelle du régulateur, plus professionnelle, et mieux adaptée à l’environnement du marché ouvert d’aujourd’hui. 2.2.5 Quelle réglementation demain ? Il a été vu dans le point 2.2.1, quelle était la raison essentielle qui justifie la mise en place et le maintien partiel de limites à l’accès au marché de l’assurance aux opérateurs étrangers. La maturité du marché et des assureurs locaux n’étant pas encore atteinte, les grands groupes internationaux sont jugés, par les autorités, dangereux pour l’équilibre concurrentiel dans la mesure où ils bénéficient, eux, d’une plus grande maturité acquise sur d’autres marchés dans le monde. Ainsi, à l’image des engagements pris lors de l’accession à l’OMC, qui formalisent une ouverture graduelle du marché aux étrangers, les barrières « tombent » au fil du temps et de l’émergence d’acteurs locaux matures et solides. Or, on assiste actuellement à l’émergence de grands assureurs chinois tels PICC, China life, Ping An, China Pacific qui ont acquis des parts de marchés importantes et, pour ceux d’entre eux qui sont cotés, une valorisation boursière majeure133. 130 Source : Pwc, Foreign insurance companies in China 2009 Source : CIRC (yearbook of China’s insurance 2009) 132 Source : CIRC (yearbook of China’s insurance 2009) 133 Les capitalisations boursières de China Life et Ping An figurent parmi les 3 plus élevées au monde pour le secteur de l’assurance (source : Financial Times, classement global 500) 131 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 72 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Tableau 24 : Part de marché des principaux assureurs chinois (2009) Non Vie Compagnie Part de marché PICC 40% Ping An 13% China Pacific 12% Vie Compagnie Part de marché China Life 38% Ping An 17% China Pacific 9% Source : calculé par l’auteur à partir des données de la CIRC Par ailleurs, comme évoqué au point 2.2.4, l’évolution culturelle du régulateur tend vers un esprit moins « protectionniste » et plus en phase avec la culture financière internationale. Les conditions à une plus grande ouverture aux étrangers, au delà des seuls engagements pris à l’OMC, sont donc plus que jamais réunies. Associées à la tendance constatée, et à cette désormais « tradition », de mutation progressive, il est alors possible de prédire que la réglementation sera dans le futur moins, et de moins en moins, restrictive à l’égard des opérateurs étrangers. Les commentaires, ainsi que l’ensemble des personnes interrogées à l’occasion de cette étude abondent d’ailleurs dans ce sens. L’inconnue réside plutôt quant au calendrier de cette mutation et à sa limite. Quand interviendront les ouvertures, et jusqu’où ? C’est donc finalement ce questionnement qui aujourd’hui demeure la principale contrainte, plus que la contrainte règlementaire elle même, car il constitue un facteur d’incertitude, alors que l’idée d’une plus grande ouverture du marché est quasiment acquise. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 73 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 2.3 Les nouvelles dynamiques du marché 2.3.1 La bancassurance, menace ou opportunité ? L’autorisation donnée aux banques à détenir des filiales d’assurance bouleverse les rapports de force sur le marché. En effet, les banques arrivent sur le marché avec la force de frappe de leurs réseaux de distribution bien développés. Elles jouissent donc d’une marque connue, d’une bonne visibilité, et d’un portefeuille de clients déjà établi, alors même qu’elles distribuent déjà 49% des produits d’assurance en Chine134. Elles constituent donc une menace pour les assureurs traditionnels, à l’image des exemples de certains pays européens comme la Belgique ou la France où la bancassurance a « vampirisé » des pans entiers du marché (notamment l’assurance vie) au détriment des assureurs traditionnels 135 . Face aux avantages dont disposent les banques chinoises, cette menace peut être jugée d’autant plus forte pour de petits acteurs qui peinent à trouver leur visibilité sur le marché. Or, les assureurs étrangers font bien évidemment partie de cette catégorie. L’émergence de la bancassurance chinoise forme donc, pour eux, un challenge de premier ordre. Cependant, la création ex-nihilo d’une compagnie d’assurance par les banques se heurte à des difficultés tant techniques que de coût. Il apparait plus simple et plus rapide pour les banques de prendre des participations ou de nouer des partenariats stratégiques avec des assureurs déjà établis, et qui disposent d’un catalogue de produits existants, de plates formes de gestion, etc. Certaines opérations récentes d’envergure vont d’ailleurs dans ce sens. Or il faut remarquer que certaines d’entre elles concernent des assureurs étrangers, comme le partenariat entre Bank of China et standard life ou celui entre ICBC et AXA. Dans ce modèle de bancassurance, les assureurs étrangers bénéficient en effet de certains atouts ; car ils disposent d’éléments d’attractivités pour les banques chinoises qui se lancent dans cette stratégie de bancassurance : - - L’assureur étranger est de petite taille sur le marché chinois. A l’inverse, la banque est de taille importante. Elle dispose donc du pouvoir de négociation et peut facilement obtenir le contrôle de la filiale commune à naitre du partenariat. (dans les deux exemples énoncés plus haut, c’est effectivement le cas). La banque ne disposerait pas du même pouvoir de négociation si elle nouait un partenariat avec un grand assureur chinois ; il s’agirait dès lors plutôt d’une fusion « entre égaux ». L’assureur étranger, bien que de petite taille en Chine, est en principe, un grand acteur au niveau international, mature, ayant acquis une expérience et une expertise technique, parfois y compris dans la bancassurance, sur d’autres marchés mondiaux. 134 Source : L’argus de l’assurance 5/02/2010 (par Jérémie Marais) Source : News Assurance.com (Une brève présentation de la Bancassurance) www.newsassurances.com 135 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 74 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Pour la banque, s’associer avec un assureur étranger, c’est donc s’associer avec un partenaire « fiable » et solvable, qui a déjà fait ses preuves et dont la stratégie est visible. Ceci est moins évident quand il s’agit de nouer un partenariat avec un assureur local de petite taille ; qui par nature, est une jeune compagnie en phase de démarrage avec tous les risques que cela comporte. Ainsi, pour les banques chinoises, nouer un partenariat avec un assureur étranger, leur offre l’occasion de contrôler l’activité d’assurance tout en limitant les risques vis-à-vis du partenaire. La place grandissante de la bancassurance en Chine, peut donc aussi constituer un champ d’opportunités pour les assureurs étrangers, qui peuvent leur ouvrir les portes à de vastes réseaux de distributions. 2.3.2 Vers un modèle d’assurance à la Chinoise ? Il est coutume de qualifier le modèle de développement de la Chine comme le celui de « l’usine du monde ». Celui-ci est basé sur la production industrielle, via la fabrication sous licence pour le compte de sociétés internationales, la copie des productions internationales, et les transferts de technologie. Dés lors la Chine moderne est perçu comme une terre «de fabrication » en opposition à une terre d’innovation, ce qui serait l’apanage des grands pays développés. Cette conclusion souvent admise est pourtant trop hâtive. Celle-ci est vue sous le biais du seul modèle de développement industriel des 30 dernières années ; or celui-ci cache une réalité bien différente. L’innovation est en fait un élément profond de la culture chinoise. Marc Giget aime à rappeler que le leadership de l’innovation de l’occident n’est que récent à l’échelle de l’humanité puisque qu’il date de la renaissance en Europe136. Auparavant c’est en Asie et en Chine en particulier que sont nées les principales innovations techniques de l’humanité. La boussole, le papier, l’imprimerie, le canon, pour ne citer que ces inventions majeures ont été imaginées et créées en Chine dès l’antiquité137. Aujourd’hui encore la fibre de l’innovation technologique perdure en Chine : combien sont ceux qui savent que la clé USB est une invention chinoise ? 138 De fait l’occident perçoit mal les innovations qui trouvent leurs sources en Chine (et dans d’autres pays d’Asie, comme l’Inde), car le modèle traditionnel d’innovation asiatique est différent des modèles occidentaux, et est fondé sur des valeurs différentes. En Europe, la recherche scientifique est à la base de l’innovation, et c’est le découvreur qui tire (doit tirer) profit de son innovation (principe de la protection intellectuelle). En Asie l’innovation nait d’une culture de l’improvisation 139 au service et au profit de 136 Source : Marc Giget (conférence du 4/01/10 « les modèles d’innovation chinois et indien », cnam) Source : John M.Hobson (The Eastern Origins of Western Civilization) 138 Source : IPEXL (www.ipexl.com) 139 Source : Knowledge@wharton : China’s growing talent for innovation 137 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 75 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine l’utilisateur (principe de l’open source) 140 . Ce décalage culturel occulte donc la vision de l’esprit de créativité qui existe en Chine. Or, cette culture de l’essai, de l’improvisation, n’est pas une prérogative aux techniques industrielles. Comme toutes les composantes culturelles elle s’exprime dans l’ensemble du champ social, et donc dans tous les secteurs économiques. L’assurance n’échappe pas à la règle. Cette culture de l’innovation s’y manifeste notamment via une audacieuse créativité actuarielle débouchant sur des produits uniques. « Les chinois n’ont pas de limites dans la création produit » rapporte un des interviewés de cette thèse, appuyant ainsi les résultats de l’enquête 2009 de PWC dans laquelle l’innovation est jugée, par les assureurs étrangers, comme un facteur de performance des compagnies chinoise 141. Par ailleurs, à ce fondement culturel s’ajoute aujourd’hui une volonté politique d’engager la mutation du modèle économique chinois. Le 11 e plan quinquennal de 2006 a pour objectif de faire de la Chine « une société orientée vers l’innovation » à l’horizon de 2020, et l’un des leaders mondiaux des « économies innovantes »142. La conjugaison de ces fondements culturels et de cette nouvelle volonté politique affichée vont donc, à coup sur, avoir un impact déterminant dans le futur de l’économie chinoise. Qu’en sera-t-il au niveau de la finance et de l’assurance en particulier ? Les inventions technologiques sont en effet éloignées des techniques d’assurance. Pourtant un élément nouveau met l’accent sur l’innovation et la créativité en matière financière en Chine : la crise financière de 2008. L’ampleur et les conséquences de cette dernière ont mis à mal la confiance et la crédibilité portées au « système financier » international d’essence occidentale. Cette défiance semble avoir trouvé écho au plus haut de l’échelle des pouvoirs chinois : « Hu143 said China should take the international financial crisis as an opportunity to restructure the financial industry and enhance independent innovation so as to shift the pattern of economic growth »144. Des facteurs forts sont donc aujourd’hui réunis pour que l’industrie financière chinoise se tourne vers l’innovation, qu’elle se (ré) invente indépendamment des influences occidentales. De plus, comme il a déjà été évoqué plus haut, la nature de la société chinoise contemporaine, fortement empreinte des conséquences de la politique de l’enfant unique, suscite un ensemble de besoins en matière de protection tout à fait particuliers à la Chine. Cette caractéristique de la demande, combinée à cet environnement favorable à l’innovation de l’offre, forme une assise favorable à l’émergence d’un marché de l’assurance créatif, d’un nouveau modèle d’assurance autochtone affranchi des influences des autres grands marchés mondiaux. La Chine est probablement en train « d’inventer » un nouveau modèle d’assurance : son propre modèle d’assurance. 140 Source : Marc Giget (conférence du 4/01/10 « les modèles d’innovation chinois et indien », cnam) Source : PWC (Foreign insurance companies in China 2009) 142 Source : OCDE (OECD review of innovation policy Ŕ China Ŕ synthesis report) 143 Hu Jintao : président Chinois 144 Source : xinhua (news-xinhuanet.com) 141 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 76 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Figure 4 : L'émergence d'un modèle chinois d'assurance Crise financière internationale Volonté politique Culture d'innovation Besoins de protection spécifiques Emergence d'un modèle chinois d'assurance CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 77 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 2.4 Projection du marché de 2020 Les points précédents de cette seconde partie ont permis de déterminer, les réalités de long terme, à travers les études comparatives (2.1), ainsi que les processus, facteurs de changement, à court et moyen terme via l’analyse des dynamiques réglementaires (2.2) et de celles des autres forces du marché (2.3). A partir de l’association, de ces nouveaux éléments avec ceux de l’analyse de la situation actuelle des compagnies étrangères, effectuée dans la première partie (1.3), il est possible de « se risquer » à une projection de ce que sera, pour les assureurs étrangers, le marché chinois à l’horizon de 2020. Dans un souci de cohérence et de comparabilité, la même méthode que celle utilisée dans la première partie sera employée, mais cette fois ci non pas comme outil analytique d’une situation présente mais comme outil de prospective. Chaque notation correspondra à ce que l’auteur anticipe comme future réalité pour chacun des facteurs, tant favorables que défavorables aux opérateurs étrangers, qui caractérisent la situation actuelle (cf tableau 15), ainsi que les éventuels nouveaux facteurs qui pourront apparaitre. 2.4.1 Les facteurs favorables 2.4.1.1 Les facteurs exogènes Anciens facteurs Forte croissance du marché : 5 Si l’on se réfère à la dynamique de « rattrapage » de son marché de l’assurance chinois, ainsi qu’à l’émergence des nouveaux besoins de protections liés à la mutation de la société chinoise, il est fort probable que la taille du marché soit amenée à croitre encore rapidement dans les 10 prochaines années. La note est donc fixée à 5 Jeunesse du marché : 0 Dans 10 ans le marché ne pourra plus être considéré comme naissant. Les compagnies chinoises, au moins les plus importantes d’entre elles, auront atteint un niveau de maturité certain, avec une expérience de 25-30 ans pour la plupart. Par ailleurs il est peu probable qu’il demeure des niches encore inexploitées dans 10 ans alors que le nombre d’opérateurs continue à augmenter aujourd’hui. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 78 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Toutes les notes sont donc ramenées à 0 : - Peu de concurrents : 0 Manque d’expérience des compagnies locales : 0 Besoin de l’expertise des compagnies étrangères : 0 Mise en place d’une régulation conforme aux standards internationaux : 0 Déjà aujourd’hui, la CIRC tend à se rapprocher des pratiques des autres régulateurs des grands marchés matures. Il n’y a donc plus de dynamique favorable, la mise en place étant achevée. La note est abaissée à 0. Projection de croissance économique très favorable : 3 Les anticipations de croissance du PIB chinois à 10 ans sont très prometteuses. Ce facteur positif reste donc fort. Cependant, cet exercice est soumis à un degré important d’incertitude. Par ailleurs, alors que la taille de l’économie chinoise est de plus en plus grande, le niveau de sa croissance tend naturellement à « se tasser ». Les futurs taux annuels de croissance, anticipés, sont ainsi inférieurs à 10%. Ainsi après 2020, la croissance économique chinoise sera très certainement encore diminuée. Pour cette raison la note est ramenée à 3. Projection de développement des classes moyennes très favorables : 4 En écho aux estimations de croissance du PIB, du PIB par habitant qui reste aujourd’hui très faible, et aux transformations sociales du pays, l’émergence de la classe moyenne chinoise se poursuivra encore très probablement en 2020. Ce facteur ayant une forte influence sur la demande d’assurance, la notation reste très élevée. Elle est cependant légèrement pondérée à 4 pour tenir compte de l’influence du tassement de la croissance économique sur le rythme d’évolution de la classe moyenne. Vieillissement de la population : 3 En raison de la politique de l’enfant unique, la population chinoise vieillit. Bien que les commentateurs de la vie politique chinoise supposent que les autorités étudient l’assouplissement de cette politique, actuellement, aucun agent concret n’influe à revers de cette tendance. Si des dispositions légales peuvent intervenir dans la décennie à venir, leurs effets ne pourront avoir d’impact qu’à long terme. Ainsi ce facteur favorable à la demande de certaines branches (vie, santé, dépendance, etc.) demeurera en 2020. La note est donc maintenue à 3. (La pondération reflète toujours l’incertitude quant à l’influence des politiques publiques qui sont traditionnellement structurantes sur ces lignes d’activité). CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 79 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Nouveaux facteurs Un modèle en voie de stabilisation : 3 Le marché Chinois évolue aujourd’hui au grès des mutations de ses acteurs (assurés, assureurs, régulateur) et du génie innovateur de l’offre. Le modèle d’assurance chinois est en gestation comme démontré au 2.3.2. Avec le temps celui-ci deviendra de plus en plus affirmé. La forme du marché se stabilisera alors, et sera de plus en plus lisible pour les investisseurs, notamment étrangers. La note de ce facteur favorable est donc fixée à 3. 2.4.1.2 Les Facteurs endogènes Anciens facteurs Besoins de relais de croissance : 5 A ce jour, aucun élément factuel ne laisse supposer que les besoins de relais de croissance des compagnies internationales diminuent à l’avenir. Les projections d’activité des pays développés ne présupposent pas une accélération des taux de croissances économiques. Ainsi à l’exception, peut être, de cas isolés, ou de l’émergence de nouvelles niches, il est donc peu probable que d’ici à 10 ans les marchés matures de l’assurance connaissent un renouveau dynamique qui suffira aux appétits de développement des grands assureurs. L’attractivité des marchés émergeants se poursuivra donc à l’avenir. La note est donc maintenue à 5. Mutualisation géographique des risques : 3 Cet élément constitutif d’un besoin structurel de l’activité d’assurance ne pourra qu’être maintenu. L’analyse reste donc la même et la note est maintenue à 3. Présence à Hong Kong et Taiwan : 1 Si ce facteur présentait un avantage jusqu’à aujourd’hui, il est peu réaliste que cela continue à l’avenir. Les exemples hongkongais et taïwanais peuvent avoir une influence en Chine continentale tant que le modèle chinois n’a pas pris son essor. En 2020, le modèle chinois se sera très certainement affirmé et sera spécifique à la Chine continentale. L’avantage de l’implantation à HK et Taïwan perdra donc de son intérêt à l’avenir. La note est donc abaissée à 1. Expérience / crédibilité internationale : 2 Ce facteur sera soumis à l’avenir à des interprétations contradictoires : CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 80 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine - L’expérience et la crédibilité internationale perdront de leur intérêt vis-à-vis du régulateur et des assurés sur un marché qui aura trouvé son modèle. Les compagnies et banques Chinoises seront dans 10 ans probablement tentées d’entamer des aventures internationales alors que la croissance du marché local diminuera. Or pour cela, s’associer à un partenaire international reconnu constitue un atout. La note est donc maintenue à 2. Niveau technique : 1 Déjà en 2010 il ne constitue plus un avantage prépondérant. La tendance ne pourra que se poursuivre alors que les assureurs locaux acquerront de l’expérience au fil de leurs essais créatifs. Seule l’expertise de certains sur quelques niches pourra encore constituer une prérogative déterminante. La note est donc baissée à 1. Nouveaux facteurs Aucune tendance actuelle ne permet de déterminer l’apparition de nouveaux facteurs endogènes favorables aux assureurs internationaux quant à leur implantation et développement en Chine. 2.4.2 Les facteurs défavorables 2.4.2.1 Les facteurs exogènes Anciens facteurs Jeunesse du marché : 0-1 Les facteurs liés à l’état de jeunesse du marché chinois qui prévalent encore aujourd’hui tendent naturellement à s’estomper avec le temps. Ainsi disparaîtront le manque de recul et de retours d’expériences, alors qu’en 2020, les plus anciens assureurs étrangers du marché cumuleront plus de 20 ans de présence en Chine. Les deux seuls éléments qui pourront encore subsister sont le faible maillage des réseaux de distribution et la rareté des compétences RH. Cela ne sera, bien entendu pas le cas, dans les zones très avancées de la Chine côtière et urbaine. Mais le territoire Chinois étant très vaste il est fort probable qu’en 2020 encore, la plupart des régions rurales restent des zones mal desservies par les réseaux de distribution de produits financiers. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 81 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Les notes sont donc les suivantes : - Manque de recul et d’analyses d’expérience : 0 Pas de réseaux de distribution : 1 Peu de compétence RH : 1 Réglementation récente pas encore « interprétée » : 0 Assurance pas encore entrée dans la culture : 1 Chine réputée marché difficile tous secteurs confondus : 2 Le développement économique, l’ouverture progressive de la Chine, et l’émergence d’une élite formée aux standards économiques libéraux, devraient probablement conduire à l’amélioration de la position de la Chine au classement IFC (aujourd’hui à la 90 e place). Ce facteur défavorable est donc pondéré à 2. Turn-over endémique : 2 Le temps joue également positivement pour ce facteur. Le marché se stabilisant, les profils formés et expérimentés étant naturellement de plus en plus nombreux, le marché du travail devrait lui aussi tendre vers la stabilisation. Les taux de turn-over devraient donc diminuer. La principale incertitude qui demeure est le devenir de l’attractivité des compagnies étrangères vis-à-vis de leurs consœurs autochtones. La note est donc diminuée à 2. Forte concurrence des compagnies locales : 5 Ce facteur est déjà au plus haut niveau. Rien ne présuppose que la compétitivité des assureurs locaux soit amenée à diminuer par rapport à celle des étrangers, alors qu’ils sont eux-mêmes les artisans de l’émergence des standards du marché. La note est donc maintenue à 5 Discrimination réglementaire : 2 Comme démontré au 2.2.5, la réglementation vis-à-vis des assureurs étrangers évolue progressivement, lentement, mais toujours dans le sens favorable aux étrangers. Le niveau défavorable de ce facteur très élevé aujourd’hui est donc assuré de diminuer fortement à l’échelle de la décennie à venir. La note est donc diminuée à 2. Contrôle CIRC spécifique : 1 Dans la même dynamique que le point précédent, le contrôle spécifique des assureurs étrangers perdra en intérêt pour les autorités. Dès lors, même s’il subsiste toujours en 2020, CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 82 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine le traitement des compagnies étrangères se rapprochera sans doute de celui des assureurs chinois. Ainsi la note est abaissée à 1 Nouveaux facteurs Aucune dynamique décelée à ce jour, ne permet de déterminer de nouveaux facteurs exogènes influant à l’encontre des assureurs étrangers. 2.4.2.2 Les facteurs endogènes Anciens facteurs Coût / besoins en fonds propres : 5 La forte croissance du marché chinois est amenée à se poursuivre à l’avenir. Dés lors les besoins de financement liés aux investissements de développement seront donc eux aussi en augmentation. Ce facteur gardera donc probablement un degré défavorable comparable à celui d’aujourd’hui. La note est maintenue à 5. Prise de risques : 2 Le marché sera plus « lisible » au fur et à mesure qu’il se stabilisera à l’avenir et que les acteurs, dans leur ensemble, bénéficient de retours d’expériences. Les incertitudes liées aux multiples inconnues qui caractérisent encore le marché chinois vont donc s’estomper avec le temps. La note est donc abaissée à 2. Différences culturelles : 1 Elles devraient peser un peu moins, en raison de la diffusion de plus en plus grande de la culture chinoise à travers le monde. A l’instar de cette thèse professionnelle, la Chine est observée et étudiée. Les différences culturelles demeureront certainement, mais elles sont amenées à être encore mieux intégrées et gérées qu’elles ne le sont aujourd’hui. La note est donc diminuée à 1 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 83 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Pratiques de marché contradictoires aux règles et procédures groupe : 2 Comme exposé au 2.3.2, la Chine tend à faire éclore un nouveau modèle d’assurance. Les pratiques de marché resteront certainement différentes de celles des marchés occidentaux. Cependant il est possible d’espérer que les mauvaises pratiques éthiques encore rencontrées aujourd’hui diminuent alors que le régulateur se professionnalise et que les acteurs influents ont intérêt, pour la pérennité de leurs affaires, à fixer des règles strictes à cet égard. Ainsi pour l’étranger, même si certains usages resteront différents de ceux de ces process habituels, les risques liés seront diminués. La note est donc abaissée à 2. Nouveaux facteurs Aucun nouveau facteur défavorable endogène n’est pressenti à ce jour. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 84 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Tableau 25 : Projection des conditions de 2020 2020 Note 2010 r Forte croissance du marché Jeunesse du marché : - peu de concurents - manque d'expérience des compagnies locales - besoin de l'expertise de compagnies étrangères 5 5 0 0 0 0 1 0 1 Mise en place d'une régulation conforme aux standards internationaux Projection de croissance économique très favorable Projection de développement des classes moyennes très favorables Viellissement de la population Modèle en voie de stabilisation 0 3 4 3 3 1 5 5 3 0 -1 0 -1 0 -1 -2 -1 0 3 Besoins de relais de croissance Mutualisation géographique des risques Présence à Hong Kong et Taiwan Expérience / crédibilité internationale Niveau technique 5 3 1 2 1 5 3 3 2 2 0 0 -2 0 -1 30 36 -6 Facteurs Endogènes Facteurs Exogènes Facteurs favorables 55% CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 2020 Note 2010 r Jeunesse du marché : - manque de recul et d'analyse d'expérience - pas de réseaux de distibution existants - peu de compétences RH - règlementation recente pas encore "interprétée" - assurance pas encore dans culture ; concurrence de l'entraide Chine réputée marché difficile tous secteurs confondus 0 1 1 0 1 2 3 3 4 2 2 3 -3 -2 -3 -2 -1 -1 Turn over endémique Forte concurrence des compagnies locales Discrimination règlementaire Contôle CIRC spécifique 2 5 2 1 4 5 5 3 -2 0 -3 -2 Coût / besoin en fond propres Prise de risques Différences culturelles 5 2 1 5 4 2 0 -2 -1 Pratiques de marchés contradictoires aux règles et procédures groupes 2 3 -1 25 48 -23 Facteurs défavorables Favorable 45% Florimon DELALANDE Défavorable 85 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 2.5 Conclusion L’éclairage de cette seconde partie montre que la Chine, bien qu’elle soit un marché difficile pour les assureurs étrangers, n’est pas un territoire hostile. Les opérateurs étrangers sont loin d’être sous performant en Chine. En termes de rentabilité, il n’y a pas d’avantage à être un assureur local. De même, en termes de performance commerciale, si l’on fait les comparaisons à périmètre comparable (en tenant compte des restrictions qui pèsent sur les étrangers), force est de constater que les résultats des étrangers sont plutôt corrects. Ainsi outre les limites réglementaires il n’y pas de rejet vis-àvis des assureurs étrangers. Par ailleurs, la vision internationale nous montre qu’exercer le métier d’assureur sur un marché étranger, quel qu’il soit, est difficile. Le bourbier décrit en première partie doit donc être relativisé. De plus, les mutations en cours sur le marché chinois apparaissent plutôt favorables aux acteurs étrangers : la réglementation évolue dans un sens de moins en moins restrictif, et de nouvelles forces du marché, comme les banques, leurs offrent de nouvelles opportunités. Tous ces changements sont autant d’espoirs quant à une future réussite des assureurs étrangers en Chine. Il reste alors à déterminer, dans la 3e partie, comment ils doivent se diriger dans ce nouvel environnement qui s’apparente à l’émergence d’un nouveau modèle d’assurance, singulier, et propre à la Chine. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 86 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine PARTIE 3 : Les bonnes stratégies et tactiques « Un gouvernement quelconque est toujours entouré de forces hostiles, l’habilité consiste à les orienter pour ne pas avoir à les combattre". (Gustave Le Bon) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 87 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 3.1 So What ? Quel état d’esprit pour (ré) aborder le marché chinois ? Il a été vu dans les deux parties précédentes deux approches différentes du marché chinois applicables aux compagnies étrangères. La première fait le bilan de ce que l’on peut considérer globalement comme « l’échec » des assureurs étrangers sur le marché chinois, et la seconde qui propose une vue plus large, et une analyse différente de la situation et qui tente d’en extrapoler des perspectives qui s’avèrent finalement plus positives. Mais que retenir de tout cela qui puisse donner aux acteurs, victimes de la situation, la matière à changer les choses, à ne plus être spectateurs de leurs propres échecs au milieu de cet océan d’opportunités ? Que doit-t-il ressortir du « so what mindset »145 du lecteur de ces constats et analyses ? En réponse, il sera choisi les éléments jugés immuables et porteurs de conséquences ayant un ou plusieurs impacts directs soit : - sur la nature même des assureurs internationaux souhaitant pénétrer le marché chinois sur la manière de faire des affaires et d’exercer le métier d’assureur étranger en Chine Ainsi de ce filtre il est possible de ressortir les grands principes suivants qui singularisent la condition d’assureur étranger en Chine qui constituent « le prisme de l’assureur étranger en Chine ». A. Les grands acteurs et les maîtres du jeu en Chine sont et seront toujours chinois. Il a été démontré dans la seconde partie que la régulation restrictive à l’égard des assureurs étrangers avait pour raison d’être la protection de l’émergence de « champions » nationaux suffisamment solides pour ne pas souffrir de toute concurrence déloyale de la part d’acteurs plus expérimentés contrôlés par des capitaux étrangers. De même on constate que dans tous les grands marchés de l’assurance au monde, les acteurs dominants sont toujours des assureurs locaux. Enfin la place sensible et stratégique de l’assurance, associée à la culture politique chinoise de nature nationaliste, confère au régulateur une vigilance particulière de l’influence des compagnies étrangères sur ce marché. Ainsi même si la régulation s’ouvre de plus en plus largement aux opérateurs étrangers, il n’est pas envisageable que ceux-ci atteignent une part de marché agrégée majoritaire. Et, individuellement les assureurs étrangers resteront de taille 145 Mark Magnaca (So what ?) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 88 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine modeste, en comparaison des grands assureurs chinois déjà nés ou à naître, qui pour certains, ont déjà acquis des positions dominantes. B. La vision du marché chinois est à long terme. Dans les première et deuxième parties il a été mis en avant l’idée que le marché chinois de l’assurance est un marché jeune, réellement né il y a à peine 15 ans environ. Par ailleurs son développement est exponentiel, tant par le volume d’affaires que par l’évolution du nombre de preneurs de risques. Les business models ne sont pas encore clairement définis, tant sont nombreuses les jeunes compagnies qui, portées par le marché croissant, sont focalisées sur le développement commercial au détriment de la qualité des affaires souscrites et donnent au marché un caractère très concurrentiel. Enfin il reste beaucoup d’océans (bleus)146 encore inexplorés sur le marché chinois, et la taille globale du marché est encore loin d’avoir atteint un niveau de maturité tant les taux de pénétration sont encore très faibles. Le marché est donc encore en phase de décollage, n’est pas stabilisé, et peu d’assureurs sont en mesure d’être rentables aujourd’hui. L’horizon du marché est donc encore lointain à ce jour. C. Le marché de l’assurance chinois est un modèle en gestation, un laboratoire. Comme rappelé dans les points A et B, le potentiel du marché chinois est très important, sa place est jugée stratégique par les autorités, celui-ci est donc « protégé », d’autant plus qu’il doit répondre à de nombreux défis de la société chinoise. Le développement économique rapide du pays, les mutations sociales liées à l’urbanisation, aux exodes intérieurs, aux conséquences de la politique de l’enfant unique, le vieillissement de la population, etc., agissent comme des multiplicateurs de demandes de protection aussi variées que le pays est vaste, et auxquels l’assurance doit répondre : le modèle assurantiel chinois est encore à trouver. Par ailleurs, le modèle économique chinois évolue, de l’atelier du monde, à une économie à valeur ajoutée. Les conditions de l’émergence du « génie » chinois sont réunies (Culture de l’innovation, R&D, qualité des universités, etc.). Dans cet environnement, la mise en place d’un modèle assurantiel sera certainement davantage inspiré par la créativité chinoise que par les apports de l’étranger. Les assureurs étrangers ont donc peu à apporter au marché chinois, mais pourront y apprendre beaucoup. 146 Comprendre ici l’idée de « blue ocean » de W. Chan Kim et Renée Mauborgne (Blue ocean strategy) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 89 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Figure 5 : Le prisme de l'assureur étranger en Chine B C A Ce prisme de l’assureur étranger en Chine constitue donc l’ensemble des idées maîtresses que doit avoir à l’esprit l’assureur étranger avant d’entamer une démarche d’implantation, ou un bilan de sa présence dans ce pays. C’est éclairé de ces principes qu’il devra alors se poser les bonnes questions. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 90 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 3.2 Options et questions associées Chine ? Pas de présence opérationnelle Y aller Présence opérationnelle Ne pas y aller Mettre en place une stratégie FUIR ? Test de « sinocompatibilité » CNAM IIM Ŕ ENASS Rester Partir Pourquoi ? Pour qui ? Modifier la stratégie en place MAINTENIR ? Maintenir la stratégie en place Pourquoi ? Pour qui ? Comment ? REAGIR ? Test « d’adaptabilité stratégique » MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 91 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 3.2.1 Fuir ou ne par fuir ? Pourquoi ? Pour qui ? Le test de « sino compatibilité » « L’eau forme son cours en épousant les accidents du terrain »147 nous dit Sun Tzu. La compagnie implantée en Chine ou désireuse de le faire, peut faire sienne cette idée en considérant devoir se comporter comme l’eau. A savoir, agir (former son cours), dans un espace délimité par des forces qui s’imposent à elle, (les accidents du terrain), et qu’elle doit utiliser voire mettre à profit (épouser). A défaut, d’aucuns l’imaginent aisément, elle se heurtera à ces forces et sera contrainte à l’inaction, elle deviendra une eau stagnante, elle subira son environnement. Partant de ce postulat, avant de mener quoi que ce soit, il est donc nécessaire de définir cet espace, d’en faire ressortir ses frontières, ces « accidents de terrain » qui à la fois s’imposent et sont les outils de l’entreprise qui s’engage dans cet espace. Quel est donc « l’espace chinois » des compagnies d’assurance étrangères, quelles en sont les frontières ? La réponse à ces questions réside dans le prisme de l’assureur étranger en Chine qui fait ressortir trois idées fortes (A, B, C) qui permettent de définir deux frontières à l’espace chinois ; une frontière stratégique, et une frontière culturelle. Pour rappel les trois idées sont : A = Les chinois sont et resteront les maitres de leur marché, B = La vision du marché chinois est à long terme. C = Le marché de l’assurance chinois est un modèle en gestation, un laboratoire. De ces trois idées, il est possible de définir une frontière stratégique en trois points : A = L’assureur étranger doit accepter d’être, sur le territoire chinois, petit ou minoritaire. B = L’investissement en Chine doit être un investissement de positionnement stratégique de long terme. C+A = L’assureur étranger doit s’adapter à la Chine, il y apprendra plus qu’il n’y enseignera. Ainsi qu’une frontière culturelle déterminée par trois valeurs : 147 A+C = humilité (nécessaire pour s’accorder à sa place et sa position d’apprenant) B+C = patience (savoir agir et apprendre sur le long terme) A+B+C = persévérance (ne jamais renoncer à s’ouvrir à son environnement quelque soit son humble position) Source : « l’art de la guerre », Sun Tzu. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 92 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Figure 6 : L'espace chinois Frontière Stratégique L’assureur étranger en Chine ne peut être que petit ou minoritaire. L’investissement en Chine ne peut être qu’un investissement stratégique de long terme L’assureur étranger doit s’adapter à la Chine (il apprendra plus de la Chine qu’il n’y enseignera) CNAM IIM Ŕ ENASS Frontière Culturelle A- Les grands acteurs et les maîtres du jeu en Chine sont et seront toujours les chinois. Humilité Patience Persévérance B- La vision du marché chinois est à long terme. C- Le marché chinois est un modèle en gestation, un laboratoire. MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 93 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Il n’est donc possible pour l’assureur étranger d’agir qu’à l’intérieur de cet espace chinois ainsi déterminé et bordé. La question qui se pose désormais est de savoir si l’entreprise se situe à l’intérieur de cet espace. Il s’agit là du test de « sino compatibilité » dont l’objectif est de vérifier que la compagnie est intrinsèquement compatible avec les forces qui caractérisent l’espace chinois. C’est donc contrôler que la compagnie ne se heurte pas à ces deux frontières stratégique et culturelle, mais qu’au contraire, les éléments qui constituent ces frontières sont également des caractéristiques de la stratégie de l’entreprise et de sa culture. Ceux-ci, étant comme les « accidents de terrain » évoqués par Sun Tzu, qui limitent le territoire de l’eau mais sont aussi les forces sur lesquelles elle s’appuie pour former son cours. Ainsi ce test se résume en deux questions que doit se poser l’assureur étranger : - Pourquoi j’investis en Chine ? (ou, quelle est ma vision stratégique, quels sont mes objectifs, comment la Chine s’intègre dans ma stratégie globale, etc. ?) Cette question doit permettre de vérifier que la stratégie de la compagnie est en accord avec les principes de la frontière stratégique. La réponse à cette question ne doit donc souffrir aucune contradiction avec les trois caractéristiques de cette frontière (Petit ou minoritaire, long terme, adaptation) - Qui suis-je ? (Autrement dit, quelle est ma culture ? Comment je conçois mon métier et de faire des affaires, quelles sont mes valeurs, etc. ?) Cette deuxième question vérifie, quant à elle, que la culture de l’entreprise s’accorde des trois valeurs de la frontière culturelle (humilité, patience, persévérance). C’est donc si les réponses aux deux questions simultanément sont les bonnes (qu’elles sont compatibles avec chacune des deux frontières) que l’entreprise peut se considérer « sino compatible ». Si tel est le cas, l’entreprise a confirmé qu’elle a bien sa place en Chine, et qu’elle dispose de forces suffisantes pour y réussir. A l’inverse, une compagnie qui ne répond pas positivement au test de sino compatibilité, doit écarter l’option de s’installer en Chine, ou doit envisager de la quitter. En effet, ce résultat signifie qu’elle ne dispose pas de certaines des forces indispensables pour agir, à fortiori pour réussir sur ce marché. Ces forces intrinsèques manquantes devenant même des contraintes externes de premier ordre mettent la compagnie « sino incompatible » sous risque dans un environnement qui lui devient hostile. Dès lors « Nous (l’entreprise) n’avons rien à faire en Chine » comme le résume Marc Simoncini148, justifiant le retrait de Chine de sa société (meetic). Il s’agit là d’appliquer l’un des principes mis en avant par Peter Druker, selon lequel, la bonne conduite des affaires c’est aussi savoir dire non aux fausses opportunités149. 148 Source : Marc Simoncini (interview, émission « Parlons net », France Info, 18/06/2010, http://www.dailymotion.com/video/xdq7wt_1-2-parlons-net-avec-le-patron-de-m_news) 149 Source : Tim Hindle (management ideas and gurus) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 94 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Figure 7 : Test de sino compatibilité Pourquoi j’investis en Chine ? Qui suis-je ? (Quelle est ma vision stratégique ?) (Quelle est ma culture, quelles sont mes valeurs ?) Contradiction avec - Petit ? - Long terme ? - Adaptation ? CNAM IIM Ŕ ENASS Stratégique Sino compatible MAINTENIR MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 oui REAGIR Florimon DELALANDE 95 Frontière FUIR non Culturelle Sino Incompatible + non Frontière oui Contradiction avec - Humilité ? - Patience ? - Persévérance ? Sino Incompatible FUIR Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Dans le cas où la fuite s’impose, celle-ci doit-elle pour autant être totale ? « Aller ou ne pas aller en Chine ? » ; ce à quoi le test de sino compatibilité a répondu, se résume-t-il à y aller pour y faire ou ne pas y faire des affaires ? En effet, la Chine d’aujourd’hui, pour quelque agent économique que se soit, se limite-t-elle à un marché ? Comme Alain Peyrefitte l’avait anticipé 150 151 , la Chine est en passe de devenir une « superpuissance » émergente152. Et Martin Jacques, aujourd’hui, nous rappelle que « when a country is on the rise, a virtuous circle of expanding influence tends to develop. »153 L’influence de la Chine est donc croissante dans le monde. Or, comme démontré plus haut, la Chine est en train de créer son propre « modèle d’assurance ». Comme pour d’autres secteurs économiques, l’assurance chinoise est un laboratoire créatif. Ces deux tendances conjuguées laissent à penser que la créativité chinoise en matière d’assurance trouve écho dans le reste du monde ; que l’assurance mondiale se sinise, à l’image du management mondial qui s’est américanisé tout au long du 20 e siècle 154 . La maxime de Jean Pierre Raffarin : « vous avez une part de votre avenir qui est en Chine »155, s’applique à coup sûr, aussi, pour les compagnies d’assurance. Ainsi ne pas faire d’affaires en Chine, n’exclut pas une présence en Chine dont la fonction devrait (doit) être cette veille « métier » et/ou « managériale » : le marché chinois, à défaut d’être générateur d’affaires nouvelles, peut être source d’inspiration. Certains d’ailleurs, dans d’autres secteurs d’activité, ont déjà entrepris des démarches dans ce sens, comme BNP Paribas, qui a implanté l’un des 3 bureaux mondiaux de sa cellule de veille (L’Atelier) à Shanghai156. 150 Source : Alain Peyrefitte (Quand la Chine s’éveillera) Source : Alain Peyrefitte (La Chine s’est éveillée) 152 Source : Michel Aglietta, Yves Landry (La Chine vers la superpuissance) 153 Source : Martin Jacques (When China rules the world) 154 Source : Jonathan Zeitlin, Gary Herrigel (Americanization and its limits) 155 Source : Jean Pierre Raffarin, interview par l’expansion.com du 4/11/2010 156 Source : http://atelier.net/ 151 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 96 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 3.2.2 Qui doit se maintenir, qui doit réagir, pourquoi ? Le test « d’adaptabilité stratégique » Après avoir vérifié que l’assureur a bien sa place sur le marché chinois, la question qui se pose désormais est de savoir comment utiliser ses atouts, et comment les conjuguer avec l’ensemble des autres forces et faiblesses de la compagnie dans l’environnement chinois. Pour les compagnies déjà actives en Chine, cette question se traduit par « est-ce que ma stratégie est la bonne ? Dois-je la maintenir ou dois je réagir ?» Il s’agit donc d’évaluer la qualité et/ou la pertinence de la stratégie mise en place. Encore faut il que la méthode d’évaluation soit, elle aussi, pertinente, en ce sens qu’elle doit être adaptée à la nature de l’objet évalué. Ce dernier étant une stratégie de développement en un territoire précis, donc une stratégie intégrée à une stratégie globale de la compagnie, et qui s’inscrit nécessairement sur le long terme comme il a été démontré précédemment. Le seul contrôle des résultats, d’atteinte ou non des objectifs fixés lors de la mise en place de la stratégie, n’est donc pas suffisant. Car, il ne tient pas compte des aspects dynamiques, et des perspectives, qu’il convient de juger dans ce contexte de long terme et de sous ensemble intégré. C’est donc l’objectif du « test d’adaptabilité stratégique », qui ambitionne de vérifier que la stratégie de développement appliquée en Chine, est adaptée, tant à l’entreprise qu’à son environnement. Ainsi, il devrait permettre de déterminer s’il convient de : - Maintenir en état la stratégie, Faire des ajustements tactiques, pour recadrer certains points « déviants », Effectuer des mouvements stratégiques, pour réajuster une stratégie inadaptée. La méthode consiste à répondre par « oui », « partiellement », ou « non », aux quatre questions suivantes : Figure 8 : Test d'adaptabilité stratégique Résultats présents Perspectives Vue interne Objectifs atteints ? Stratégie intégrée à la stratégie globale ? Vue externe Dynamique positive engagée ? Stratégie intégrée à l’évolution du marché ? CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 97 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Objectifs atteints : Vérifier que les objectifs qui avaient été fixés lors de la mise en œuvre de la stratégie ont bien été atteints. Ceux-ci sont nécessairement chiffrés, il s’agit donc de déterminer les écarts entre objectifs et résultats obtenus. Dynamique positive engagée : Il ne s’agit plus de contrôler la réalisation des objectifs, mais de constater les éléments tangibles qui permettent d’affirmer que les dispositions mises en place fonctionnent correctement dans le sens souhaité. Il s’agira donc de faire ressortir des indicateurs chiffrés mesurant des évolutions. Les indicateurs peuvent être des éléments de croissance de chiffre d’affaire, d’affaires nouvelles, de nombre de contrats… Il peut être intéressant d’ajouter aussi des indicateurs sociaux à ce stade afin de juger de l’implication et de la dynamique des équipes (exemple, taux de turn over, résultats d’enquêtes d’attractivité…) Stratégie intégrée à la stratégie globale : Il convient de vérifier que les dispositions et objectifs stratégiques de développement dans le territoire étudié soient toujours en accord avec les dispositions et objectifs stratégiques globaux de développement international de la compagnie. Exemple, la stratégie qui avait été adoptée en Chine était la prise de participation minoritaire au capital d’une compagnie chinoise, mais la nouvelle stratégie globale de développement est de valoriser une marque unique. Y a-t-il compatibilité ? Stratégie intégrée à l’évolution du marché : Il s’agit d’analyser les évolutions et de déterminer les tendances du marché local, et de vérifier que les objectifs et dispositions stratégiques permettent de répondre à ces tendances, aux nouveaux défis du marché. Exemple : Suite aux récentes dispositions réglementaires, les réseaux bancaires chinois, bien établis et denses développent rapidement la distribution d’offres d’assurances. Dans ce contexte, la stratégie mise en place de développement d’un unique réseau propriétaire estelle toujours adaptée ? Si la réponse est OUI aux 4 questions, la stratégie mise en œuvre est assurément adéquate : - Elle a permis d’atteindre les objectifs fixés Les résultats reposent sur une dynamique positive Elle est en cohérence avec les objectifs et la stratégie du groupe Elle répond aux tendances du marché local CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 98 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Elle a donc fait ses preuves et devrait permettre de poursuivre sur la voie de la réalisation de bonnes performances. Si certaines réponses sont PARTIELLEMENT et les autres OUI, il ressort une fragilité de la stratégie appliquée. Il convient alors de s’interroger sur l’opportunité d’apporter des ajustements tactiques. Si certaines réponses sont NON, la stratégie comporte des failles. Il faut alors mettre en œuvre des ajustements tactiques et/ou stratégiques pour les corriger. Si la réponse est NON aux 4 questions, la stratégie est totalement inadaptée, elle doit donc impérativement être modifiée. Il convient même à ce stade de s’interroger à nouveau sur la sino-compatibilité de l’entreprise et envisager un retrait, ou rebâtir une toute nouvelle stratégie, « repartir de zéro ». Figure 9 : les deux alternatives au test d'adaptabilité stratégique Test d’adaptabilité stratégique CNAM IIM Ŕ ENASS OK réponse oui aux 4 questions Pas OK au moins 1 réponse différente de oui MAINTENIR REAGIR MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 99 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 3.3 Comment réagir : Les mouvements stratégiques Il convient donc, pour certains, dans certain cas, de réagir ; de concevoir différemment la méthode de pénétration du marché chinois de l’assurance. Quelles sont donc les bonnes réactions, les stratégies gagnantes en Chine ? 3.3.1 Quels outils ? Par essence, il n’existe pas de stratégie gagnante clé en main. Chacune doit s’adapter à la fois à une entreprise unique et au milieu particulier où elle s’exerce157. Il n’est donc pas possible de définir les plans types, pour un assureur étranger en Chine, auxquels se rattacher pour adapter une stratégie jugée fragile à la lumière du test d’adaptabilité stratégique. Néanmoins, il est possible de dresser un inventaire synthétique des grands outils stratégiques dont disposent tous les assureurs étrangers sur le marché chinois. Comme vu dans la première partie, il existe trois portes d’entrée pour s’insérer sur le marché chinois : les trois formes juridiques ouvertes aux assureurs étrangers : la filiale, la jointventure, et la participation minoritaire. Elles constituent donc les outils stratégiques communs à tous les assureurs étrangers qui entrent sur le marché chinois. Figure 10 : les trois outils stratégiques Filiale Joint Venture Participation minoritaire A chaque outil ses avantages et ses inconvénients. Il convient donc d’en dresser l’inventaire, et surtout de définir à qui ils s’adaptent. Filiale (non autorisé pour l’assurance vie) - 157 Avantages La compagnie a la totale maîtrise du son business chinois. Il n’y a pas de risque de conflits d’intérêts avec un partenaire local. La gestion d’une filiale est plus simple que pour les autres formes. Cela offre à la - Inconvénients Devant « partir de rien », tout est à bâtir en Chine pour la compagnie (réseaux de distribution, infrastructures techniques, etc. Elle est donc confrontée à un problème de « time to market », et des coûts d’investissement élevés. Source : Michael Porter (The competitive strategy) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 100 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine compagnie une meilleure flexibilité stratégique et tactique. - - L’absence de partenaire confère un manque d’accompagnement dans un marché difficile. La compagnie est seule face à ses réseaux de distribution, aux autorités, ses salariés… à l’environnement chinois, sans repère et sans soutien d’un partenaire intégré à cet environnement. Par ailleurs, elle ne peut bénéficier des réseaux d’affaire existant d’un partenaire local. Agir seul c’est renoncer à « s’atteler » aux puissantes dynamiques commerciales des grands acteurs locaux. Pour qui : Pour toute compagnie qui dispose d’un réel avantage comparatif qui fait sens sur le marché chinois. Cet avantage, suffisant à donner à la compagnie l’élan commercial nécessaire pour amortir les coûts d’investissement, sans soutien d’un partenaire local. Joint Venture CNAM IIM Ŕ ENASS Risques : Emprisonnement dans un business model. Vulnérabilité à la « copie », alors que les nouveaux entrants sont nombreux sur le marché. L’avantage comparatif doit donc être attaché à une réelle expertise. - La compagnie bénéficie des - Cette forme expose la atouts de son partenaire : compagnie à des risques de ses réseaux d’affaires, sa conflits d’intérêts avec son connaissance et son partenaire. Ce problème est expertise du marché local, de d’ailleurs assez récurent en ses liens avec les autorités. Chine, tous secteurs confondus (ex : CNP, - Si le partenaire est assureur, Danone). la compagnie dispose de réseaux de distribution - La gestion est existants, et peut bénéficier obligatoirement de la dynamique consensuelle, et est sujette commerciale de son à des risques de blocages. partenaire. La flexibilité nécessaire au marché chinois « mouvant » - Le partenaire est un « soutien » dans un marché est donc altérée. dans lequel la compagnie n’a - Les bénéfices sont à pas de repères. partager. - Le choix d’un partenaire est long, difficile et porteur de risques. (Par ex. en cas d’échec des négociations, rechercher un nouveau partenaire est il réaliste ?) Pour qui : Les joint-ventures ne peuvent réussir que si la confiance entre les deux partenaires est inébranlable, et si la joint venture apporte à l’un et à l’autre, MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 101 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine plus qu’une vision, une réelle valeur ajoutée. Participation minoritaire Risques : Les promesses et le temps sont les ennemis des joint-ventures. Par ailleurs, les seuls intérêts chinois de l’un et l’autre partenaire suffisent ils à nouer cette communauté d’intérêt, et ce degré de confiance indispensable à cette forme de business ? - La compagnie étrangère - La limite de 25 % réduit la bénéficie de la structure, des prise d’intérêt. positions, des réseaux, de la - La compagnie étrangère n’a dynamique de la compagnie pas de maitrise sur la chinoise. Elle se laisse porter conduite des affaires. par un acteur spécialiste de son marché. - Toutes les problématiques liées à l’état d’étranger sont exclues avec la prise de participation minoritaire : de fait, on devient actionnaire d’une compagnie chinoise. Pour qui : Pour ceux qui ont les moyens de prendre une participation financière stratégique à un coût d’entrée encore limité. Ceux qui outre leur apport en capital, peuvent apporter un « plus » à l’entité chinoise (une expertise, une marque etc.). Ceux qui envisagent devenir un actionnaire de référence d’une société chinoise cotée au capital dilué. Risques : Le sort de la participation est lié à la réussite, ou l’échec, de la gestion de la compagnie chinoise. 3.3.2 Quels mouvements, pourquoi ? Tous les assureurs étrangers déjà installés en Chine ont donc choisi l’une de ces formes, voire plusieurs simultanément (ce qui est souvent le cas, avec une filiale pour l’activité non vie, et une joint venture pour l’activité vie)158. Ainsi, il convient désormais de déterminer les combinaisons de mouvements entre ces trois formes qui s’offrent aux assureurs étrangers qui bien que « sino compatibles », sont en situation « d’échec » et donc dans l’obligation de « réagir ». Autrement dit, quelles sont les options de mouvement stratégique qui s’offrent : - 3.3.2.1 158 Aux filiales en échec Aux JV en échec Aux participations minoritaires. Options ouvertes aux filiales en échec Source : Pwc (foreign insurance companies in China, 2009) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 102 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Deux possibilités s’offrent aux assureurs étrangers qui souhaitent modifier leur approche du marché non vie, qu’ils avaient abordé via une filiale. - Transformer la filiale en Joint Venture, en s’associant avec un partenaire local, Céder la filiale à un groupe local de taille plus importante, et prendre une participation minoritaire dans ce groupe en retour. Transformation de la filiale en JV Avant (situation de la filiale) - Difficultés commerciales Freins nombreux dus à la condition d’assureur étranger (restrictions réglementaires) - « solitude » dans un marché difficile (pas d’accompagnement par un partenaire local, réseaux à construire, etc.). Cumul de toutes les difficultés, pas de partage des risques. Après (situation et perspectives sous forme de JV) - La « solitude » est rompue. L’assureur étranger peut désormais s’appuyer sur un partenaire local disposant de ses réseaux, de sa connaissance, sinon du marché, de la culture dans laquelle il se situe. - Le risque est désormais partagé avec le partenaire chinois. De nouveaux leviers commerciaux et d’influence s’offrent à la nouvelle entité qui, de plus, évolue de manière plus « sécurisée ». Conditions à accepter La contrainte majeure est d’accepter la forme Joint Venture qui comporte des risques de conflits d’intérêt et de blocage. Cette solution ne peut donc être envisagée « volontairement » qu’au cas où la confiance entre les deux partenaires est déjà acquise, et forte, avant même que l’opération soit lancée. Cession de la filiale en échange d’une participation minoritaire Avant (situation de la filiale) Idem tableau précédent Après (situation et perspectives sous forme de JV) - L’assureur étranger devient actionnaire d’une entité domestique qui n’a pas les contraintes liées à l’état de compagnie étrangère. - L’assureur étranger se laisse porter par la gestion et le dynamisme de la compagnie chinoise. Il n’a plus à gérer toutes les autres difficultés exposées dans la première partie. - Le risque est limité au montant de la participation (qui ne peut excéder 25 %). L’assureur étranger se laisse porter par la dynamique du marché chinois. Conditions à accepter Il faut accepter la perte de contrôle de la stratégie de développement et de la gestion CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 103 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine de l’entité chinoise. Il s’agit dés lors, de la transformation d’une démarche entrepreneuriale en un investissement financier adossé à un puissant partenariat stratégique. 3.3.2.2 Options ouvertes aux JV en échec Les risques d’échec des joint-ventures sont encore plus élevés que pour les filiales, car en plus des risques d’échecs commerciaux s’ajoutent les risques de conflits avec le partenaire local. Il existe trois alternatives, théoriques, pour modifier une JV : - Le changement de partenaire (peu réaliste), L’arrêt du partenariat, à savoir transformer la JV en filiale (peu réaliste), La modification de la relation en acceptant un nouveau partenaire. Les deux premières sont en effet peu réalistes, même en faisant abstraction des contraintes réglementaires en de telles situations : - - Changer de partenaire, équivaut plus à « tout arrêter » et « tout recommencer ». Il faut en effet renoncer à tous les apports du partenaire. Ou, éventuellement, à les racheter (à quel prix ?) s’il s’agit d’apports tangibles tels que des fichiers clients, des ressources techniques ou humaines. De plus il faut retrouver un nouveau partenaire. Comme évoqué en première partie, cette démarche est longue et difficile. Une longue période de transition s’imposerait donc dans ce cas de figure, ce qui annihilerait tous les acquis nés du partenariat précédent. Transformer la Joint Venture en filiale ne serait possible que pour le cas (très rare) de JV non vie. Cette hypothèse reste donc avant tout théorique. Par ailleurs, s’il advenait que ce cas de figure soit mis en œuvre, sa réalisation serait coûteuse (rachat des apports du partenaire), et difficile (continuer seul alors que tous les acquis l’on été à plusieurs). Ainsi la seule alternative réellement envisageable reste la troisième : l’ouverture du capital de la JV, soit du point de vue de l’assureur étranger, la transformation de la JV en participation minoritaire. Notons à nouveau que dans ce cas de figure la participation sera limitée à 25%, et que la nouvelle compagnie deviendra domestique. Avant (situation de la JV) - Conflit d’intérêt avec le partenaire chinois Situation commerciale non satisfaisante La structure chinoise (JV), « passe à coté » du dynamisme du marché chinois, alors que l’étranger est « accompagné » par un partenaire local. CNAM IIM Ŕ ENASS Après (situation et perspectives sous forme de participation minoritaire) - Résolution des problèmes de blocage. (Les majorités sont possibles à partir de trois partenaires). - Malgré la perte d’influence limitée à la participation de 25% la compagnie étrangère gardera une influence notable dans la nouvelle structure, d’autant plus que le capital sera dilué en de possibles multiples actionnaires chinois. MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 104 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine - Bénéficiant de son statut de compagnie domestique, la nouvelle structure ne sera plus entravée par les contraintes liées au statut de compagnie étrangère. L’assureur étranger devient assureur domestique, et se laisse porter par la dynamique du marché chinois. Conditions à accepter Les contraintes majeures à cette manœuvre consistent à accepter : - L’intérêt limité à 25 % dans la nouvelle structure, - La perte de la maîtrise de la stratégie de développement, - La perte de la maîtrise de la gestion de la structure, - Etre de fait un « sleeping partner », ne conservant qu’une influence notable Cette forme de gestion plus financière qu’entrepreneuriale s’adapte donc davantage aux grands groupes privilégiant, à l’approche technique, l’approche financière de leur développement. Cependant l’aspect « investissement financier » peut être, également, accompagné d’un partenariat technique créant de fait une communauté d’intérêts plus forte. Si cette méthode présente les avantages précités, il semble que certains s’engagent déjà dans cette voie comme l’illustrent les deux exemples récents suivants : - - Fin 2009, Standard life a annoncé être entré en discussion avec Bank of China159 en vu de céder une partie de sa participation à la Joint-venture Heng An Standard Life. Les rumeurs récentes laissent à penser que l’accord des autorités est tout proche, et aboutirait à un contrôle de la nouvelle entité par Bank of China. Les deux anciens partenaires Standard Life et TEDA restant actionnaires minoritaires du nouvel ensemble devenant de fait compagnie de droit chinois, la part de l’investisseur étranger étant ramené à 25%. 160 AXA a annoncé en Octobre 2010, un accord de participation avec Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) dans l’actuelle JV, AXA Minemetals. ICBC prendrait le contrôle de l’entité, et AXA et Minemetals conserveraient une participation minoritaire.161 L’opération doit désormais être soumise à l’accord des autorités de contrôle. Un point marquant lie d’ailleurs ces deux exemples : Dans les deux cas une banque entre au capital de ce qui était la JV. De fait cette méthode permet de répondre, rapidement, à la fois - aux difficultés (voire l’impasse) que rencontre la JV, 159 Source : Communiqué de presse Standard Life du 10/09/2009 (www.standardlife.com) Source : Sky news 8/11/2010 (par Kleiman www.blogs.news.sky.com/kleiman) 161 Sources : Communiqué de presse AXA du 28/10/2010 (www.axa.com), Bloomberg (article du 28/10/2010, « ICBC takes control of AXA China insurance venture ») 160 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 105 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine - et à l’adaptation à la recomposition du marché chinois due à l’entrée des banques sur le marché de l’assurance. 3.3.2.3 Options et perspectives ouvertes aux participations minoritaires Les deux points précédents ont fait ressortir l’intérêt que représente la participation minoritaire dans une compagnie de droit chinois, dans le cas d’une nécessaire restructuration d’une filiale ou d’une JV aux performances décevantes. Cependant, « l’option » participation minoritaire n’est pas nouvelle ; elle constitue elle aussi une des portes d’entrée au marché Chinois. C’est ainsi que certains ont préféré choisir cette méthode pour aborder la Chine, plutôt que la filiale ou la JV. Les retours d’expérience de ces participations minoritaires existent donc. Il convient donc de voir ce qu’il en est, afin de consolider la pertinence des choix précités, aux deux points précédents, mettant en avant la participation minoritaire. Il est possible de faire ressortir les principales participations minoritaires notables, par des intérêts étrangers, au capital d’assureurs chinois non vie de grande ou moyenne taille : Tableau 26 : Principales participations étrangères (non vie) Compagnie PICC Ping An CPIC P&C Alltrust Huatai Etranger minoritaire AIG HSBC Carlyle162 Fairfax Financial Holding ACE Origine minoritaire USA UK USA Canada Nature minoritaire Assureur Banque / Assureur Fond Investissement Fond Investissement Bermudes Assureur Part minoritaire 9,9% 16,8% 17,3% 15,0% 21,3% Source : établi par l’auteur à partir des données CIRC (Yearbook of china’s insurance 2009) Cet inventaire permet de remarquer que trois des plus grands groupes d’assurance chinois cotés (PICC, Ping An, CPIC), accueillent des investisseurs étrangers au sein de leur capital. Or, trois de ces investisseurs ne sont pas de purs apporteurs de capitaux comme Carlyle et Fairfax, mais sont de réels assureurs ou bancassureurs de taille mondiale (AIG, HSBC, ACE). Dès lors il est permis de s’interroger sur l’intérêt de ces investisseurs étrangers ramené à l’échelle du marché chinois. A savoir de calculer la part de marché que détiennent ces investisseurs étrangers via leur participation minoritaire. Ce calcul est possible pour l’ensemble des participations relevées dans le tableau 24, à partir des données publiées par 162 Fin décembre 2010, pendant la redaction de ces lignes, Carlyle a annoncé vouloir céder 2,5 % de sa participation dans PICC. Le montant de la part de 17,3% est donc amené à diminuer. Source : lefigaro.fr, flash éco du 30/12/2010 (http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2010/12/30/9700220101230FILWWW00367-carlyle-cede-25-de-china-pacific.php) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 106 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine la CIRC sur l’ensemble du marché non vie (total de primes de 43.820 MM USD en 2009163) et du chiffre d’affaire, de chacune des compagnies, ramené au niveau de la participation minoritaire de l’investisseur étranger. Ainsi la part de marché agrégée des minoritaires étrangers (PMM), est égale à la somme des parts de marché des groupes chinois (PM), multipliées par les taux de participation minoritaires dans chacun de ces groupes (tx). Appliquée aux cinq groupes ressortis dans le tableau 24, il est possible de déterminer les résultats suivants : Tableau 27 : Part de marché des minoritaires (non vie) Compagnie Etranger minoritaire Part minoritaire Part en primes 2009 (MM USD) Part marché du minoritaire 2009 (%) Variation primes 2006 – 2009 (%) PICC AIG 9,9% 1731,61 4,0% 68% Ping An HSBC 16,8% 946,51 2,2% 128% CPIC P&C Carlyle 17,3% 866,90 2,0% 89% Alltrust Fairfax 15,0% 90,60 0,2% 815% Huatai ACE 21,3% 90,53 0,2% 97% 8,50% 84% TOTAL 3726,15 Source : calculé par l’auteur à partir des données de la CIRC (yearbook of China’s insurance 2009) Il ressort de ce calcul une part de marché de 8,50 % des étrangers détenant une participation minoritaire au sein de ces cinq groupes chinois. (6,5 % pour les seules participations d’assureurs). Ce chiffre est à corréler avec la part de marché de 1 % de l’ensemble des filiales non vie des groupes étrangers en Chine ! Et, de là à dire que la part de marché « réelle », en non vie, des étrangers est d’environ 10%, il n’y a qu’un pas. A la lumière de cette analyse, les avantages de la participation minoritaire, décrits dans les points 3.3.1 et 3.3.2, sont donc bien porteurs de réussite, en termes de développement, pour les investisseurs étrangers qui ont déjà choisi cette option. Cependant, le seul bilan des participations minoritaires d’aujourd’hui suffit-il à appuyer la pertinence de cet outil de pénétration du marché chinois pour des investisseurs limités à la modeste part de 25 % ? Aux crédits actuels, il faut également faire ressortir les perspectives de la participation minoritaire en tentant de les projeter dans l’avenir. - 163 Lorsqu’il s’agit de participations dans des groupes cotés, il est important de noter que le capital ouvert engendre plus facilement la dilution du capital en « d’infinis » actionnaires. Dés lors les participations même minoritaires peuvent être, ou devenir, des participations très influentes. Détenir 25 % peut suffire à être, sinon majoritaire, Source : CIRC (yearbook of China’s insurance 2009) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 107 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine un actionnaire de référence, dont le pouvoir politique au sein de la compagnie, est de fait plus important que son intérêt au capital. Investir dans une participation minoritaire d’un grand groupe d’assurance chinois coté, peut donc être une stratégie visant à bénéficier de cet effet de dilution et à maintenir ou augmenter son influence dans cette compagnie. - - Au-delà de cet effet, la participation minoritaire peut se voir aussi comme un outil stratégique de plus long terme. Plus qu’un apport en capital, ces participations minoritaires peuvent constituer de réels partenariats entre un assureur étranger et la compagnie chinoise. Les cas de Huatai (ACE), les récentes opérations d’AXA, de Standard Life, sont affirmés comme tels 164 . Or, à terme, certaines compagnies chinoises se tourneront probablement vers l’international pour poursuivre leur développement et diversifier l’étendue de leurs risques. Ainsi le partenariat déjà noué avec un acteur de taille international pourra être un levier favorisant ces opérations. Les participations minoritaires d’aujourd’hui peuvent donc être vues comme les bases de partenariats stratégiques globaux. Il a été vu, dans la seconde partie, que les évolutions réglementaires étaient lentes, mais que jusque-là, elles ont toujours été dans le même sens : celui d’une plus grande ouverture aux acteurs étrangers. Dans ce contexte, la limite de 25 % pour les participations minoritaires est-elle immuable ? Il n’est certainement pas farfelu d’imaginer un scénario où cette limite soit relevée à un plus fort pourcentage dans le futur. L’annonce du projet d’accord entre ICBC et AXA Minemetals fait état d’une participation résiduelle d’AXA de 27,5 % ! Ainsi dans le cas où la limite des 25 % serait relevée, les conclusions portées par les deux points précédents seront alors renforcées. Par ailleurs, les participations déjà acquises seront alors autant de capitaux investis à moindre coût ; puisque les capitalisations des groupes chinois tendent à augmenter au gré de leur développement 165 , augmentant de facto les goodwills des acquisitions futures. De tout ceci il est possible de conclure que, outre l’intérêt immédiat que représente la participation minoritaire, elle constitue un « positionnement stratégique » cohérent, pour l’investisseur étranger. Celui-ci étant, en effet, bien adaptée au courant d’évolution du marché chinois tant dans sa dimension réglementaire qu’économique et financière. A titre d’illustration, le comportement du groupe AIG vient appuyer cette analyse. Dans la situation difficile où il se trouve suite à la crise financière de 2008, il est contraint de sacrifier des actifs166. En Chine AIG avait le choix entre deux actifs : sa filiale AIA, et sa participation minoritaire dans PICC. En cédant AIA, pourtant un actif « historique » et pan-asiatique du 164 Sources : Communiqué de presse ACE du 28/05/2002 (www.aceusa.com), Communiqué de presse Standard Life du 10/09/2009 (www.standardlife.com), Communiqué de presse AXA du 28/10/2010 (www.axa.com). 165 Les cours de PICC sont passés de 2,23 HKD au 1/1/2006 à 11,64 HKD au 1/12/2010, avec un plus haut « pré crise » à 15,98 HKD le 10/11/2007. Les cours de Ping An, sont passés de 14,20 HKD le 1/1/2006 à 91,00 HKD le 1/12/2010 avec un plus haut « pré crise » à 101,50 HKD le 25/09/2007. Sources : Bloomberg (www.bloomberg.com/apps/quote) 166 Source : Reuters, article du 24/02/2009. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 108 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine groupe 167 , et en conservant sa participation dans PICC 168 , AIG, de fait, « priorise » la participation minoritaire « stratégique », au détriment de la filiale. D’ailleurs, à comparer la « PMM » de 4% (cf TABLEAU 27 : PART DE MARCHE DES MINORITAIRES (NON VIE)) à la part de marché d’AIA en Chine de 0,27 % 169 , il est possible de conclure que la participation minoritaire offre de meilleurs perspectives que la filiale en termes de pénétration du marché. 167 Source : Agefi hebdo du 17 au 23/06/2010, Les assureurs étrangers à la peine en Asie (par Thomas Carlat) 168 A l’époque de la rédaction de cette thèse professionnelle, aucune information disponible n’indique l’éventualité d’une cession totale ou partielle de la part d’AIG au capital de PICC. 169 Source : CIRC (yearbook of China’s insurance 2009) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 109 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 3.4 Comment réagir : Les facteurs clés de la réussite Après avoir défini le prisme des assureurs étrangers en Chine (3.1), et déterminé quelques outils de décision stratégique adaptés à l’environnement chinois (3.2, 3.3), il reste à « mettre en musique » tous ces acquis, à trouver l’inspiration indispensable à toute stratégie réellement créatrice de valeur 170 . Il reste à savoir quelles sont les dispositions tactiques adaptées à cet environnement stratégique précédemment dessiné. Les adaptations tactiques jugées éventuellement nécessaires à l’occasion du test d’adaptabilité stratégique doivent donc être en harmonie avec l’ensemble de ces facteurs clés de réussite. Outre le fait d’avoir confirmé la place, en Chine, de la compagnie « sino compatible », le test de sino compatibilité lui a également indiqué certains éléments inhérents à elle-même, qui lui permettent de bâtir une stratégie adéquate. Il s’agit des six points, issus du prisme de l’assureur étranger en Chine, qui déterminent les deux frontières stratégiques et culturelles, qui, en référence à la pensée de Sun Tzu, sont également des forces sur lesquelles s’appuyer pour agir. Ainsi, au-delà de la concordance à ces valeurs et l’acceptation de ces contraintes, il s’agit dans l’environnement chinois d’en faire de réelles forces à exploiter sur ce marché singulier. D’ailleurs, si l’on se réfère à la pensée classique chinoise, l’ensemble de ces six items ont une place de choix au catalogue des facteurs clés de toute réussite, comme en témoignent ces quelques appréciations d’auteurs : Tableau 28 : Frontières stratégique et culturelle, dans la pensée classique chinoise Frontière stratégique Petit : « Celui qui déplace une montagne commence par déplacer de petites pierres »171 Long terme : « Qui ne se préoccupe pas de l’avenir lointain, se condamne aux soucis immédiats »173 Adaptation : « Ne répétez pas les mêmes tactiques victorieuses mais adaptez vous aux circonstances chaque fois particulières »175 Frontière culturelle Humilité : « L’humilité sert à agir avec puissance »172 Patience : « Une petite impatience ruine un grand projet »174 Persévérance : « Cherchez et vous trouverez »176 Dés lors, la compagnie, sino compatible, et dotée des bons outils stratégiques, dispose du minimum d’atouts indispensables, pour évoluer sur le marché chinois, pour y « former son cours » avec succès. Autrement dit pour y trouver sa voie, son « dao » (道)177. 170 Source : Henry Mintzberg, Bruce Ahlstrand, Joseph Lampel (Strategy bites back) Source : Confucius (Entretiens) 172 Source : Lao Tseu (Livre de la Voie et de la Vertu) 173 Source : Confucius (Entretiens) 174 Source : Confucius (Entretiens) 175 Source : Sun Tzu (l’art de la guerre) 176 Source : Mencius (Mencius) 177 Chinois pour « voie et vertu », dans le sens mis en exergue par Lao Tseu. 171 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 110 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 3.4.1 Le Dao (道) de l’assureur étranger CONFIANCE Figure 11: Le Dao de l'assureur étranger en Chine 4 3 Patience Long terme Autorités - S’adapter - Petite taille - Humilité - Long terme Adaptation B Persévérance CNAM IIM Ŕ ENASS C Assureur étranger 2 Réseaux - S’adapter - Humilité - Long terme - Patience Talents - S’adapter - Long terme - Patience CONFIANCE Partenariats - S’adapter - Humilité - Long terme 5 A Humilité Petite taille 1 MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 111 Clients - S’adapter - Long terme - Patience - Persévérance Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Si ce paradigme philosophique chinois est séduisant, il ne répond pas à la question de savoir pourquoi il s’applique à l’assureur étranger en Chine ? A savoir, pourquoi les éléments constitutifs des frontières stratégiques et culturelles sont également les forces nécessaires à exploiter dans cet environnement ? Parce qu’ils constituent les principales attentes de l’ensemble des parties prenantes à cet environnement vis-à-vis de la compagnie. Ces parties prenantes ont été décrites dans les première et seconde parties, en ce sens où elles sont souvent génératrices de difficultés pour les compagnies étrangères. Il est possible d’en dresser la liste suivante : - Les autorités (la CIRC, ainsi que toutes les instances politiques exerçant un pouvoir sur les acteurs économiques notamment les assureurs), Les réseaux, si spécifiques en Chine et dont le poids est essentiel, Les partenaires (partenaires de JV, des réseaux de distribution etc.), Les ressources humaines, Les clients. - Comme il est montré dans le schéma, et qui sera détaillé dans les points suivants, chacun de ces acteurs du marché chinois de l’assurance attend de l’assureur, pour le moins en partie, qu’il corresponde à l’ensemble de ces six caractéristiques précitées. C’est donc la combinaison de ces six qualités qui permettra de créer la zone confiance entre l’assureur et chacune de ces parties prenantes. L’usage de ces forces permettront alors de construire le climat favorable à l’émergence de perspectives positives à la relation entre la compagnie étrangère et chacun des acteurs du marché. Ainsi, la voie de l’assureur étranger en Chine est d’y construire sa légitimité, à savoir bâtir la confiance avec son environnement en faisant de ses caractéristiques ses propres atouts. 3.4.2 La relation aux réseaux Figure 12 : Conditions aux bonnes relations aux réseaux 1 Attentes / Forces en jeu Long terme S’adapter Patience Humilité CNAM IIM Ŕ ENASS Perspectives Maintien constant de l’intérêt commun MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 112 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Comme il a été vu dans la première partie, les réseaux d’affaires en Chine tiennent une place importante dans l’univers chinois. La réussite économique en Chine passe nécessairement par le soin apporté aux relations d’affaires qu’entretient la compagnie, qu’entretiennent les dirigeants et les cadres de la compagnie. Même si l’impact des Guanxi tend à diminuer en raison de la « professionnalisation » du secteur de l’assurance, il ne faut certainement pas négliger la nature singulière de la notion de réseau en Chine. La dimension personnelle reste forte, bien qu’elle soit déconnectée de l’aspect « sentimental » (amical), ce qui reste bien différent des coutumes occidentales. Si la dimension sentimentale n’entre pas dans la relation, la confiance doit se forger de manière différente. Il s’agit en l’occurrence de toujours travailler à montrer que le maintien de la relation alimente la communauté d’intérêts. A doit toujours « prouver » à B, via des actes d’entraide, des attentions, et des actions concrètes, que c’est dans l’intérêt de B que d’entretenir la bonne relation avec A, et vice versa. On comprend donc que le travail sur les réseaux en Chine est, bien entendu, un exercice de longue haleine (long terme, et patience), mais qu’il implique également la dimension d’adaptation et d’humilité (A doit toujours s’adapter à B). La confiance n’étant pas scellée dans la dimension sentimentale, mais dans la seule communauté d’intérêt, qui par nature est mouvante. Par ailleurs, les réseaux ne sont pas composés de personnes morales, mais de personnes physiques. Les réseaux de la compagnie sont les réseaux des personnes qui la composent. Ainsi les personnes qui doivent entretenir leurs réseaux d’affaire pour la bonne marche de la compagnie, doivent être en mesure de répondre à ces impératifs. Cela signifie que seuls des locaux, ou des expatriés qui ont vocation à rester en Chine sur le long terme, peuvent exercer ces fonctions clés de « relations publiques ». 3.4.3 La relation aux autorités Figure 13 : Conditions aux bonnes relations aux autorités 2 Attentes / Forces en jeu S’adapter Petit Humilité Long terme Perspectives Œuvrer dans l’intérêt chinois Il a été démontré dans les première et deuxième parties que le comportement de la CIRC vis-à-vis des assureurs étrangers, est d’abord un comportement protecteur vis-à-vis des CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 113 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine assureurs locaux. Par ailleurs, il a également été montré que le pouvoir administratif en Chine est sous contrôle du pouvoir politique à chaque échelon territorial. L’intérêt des autorités est donc double : Que l’assureur étranger n’empêche pas le développement des autres assureurs chinois, Que l’implantation de l’assureur étranger serve l’intérêt général. - Le premier point implique donc que l’assureur étranger reste petit, et fasse preuve d’humilité. Le second suppose qu’il s’adapte aux besoins du marché chinois et que son implantation en Chine s’inscrive dans la durée. L’assureur étranger devra donc toujours travailler vis-à-vis des autorités, en faisant ressortir qu’il œuvre pour apporter un service de qualité aux chinois, et non pour prendre des parts de marchés aux compétiteurs locaux. Il est a noter que les relations avec les autorités doivent être soignées et ne pas se contenter de la relation administrative. Sans entrer dans la relation de corruption (sévèrement réprimée en Chine), il convient d’entretenir de bonnes relations personnelles avec des membres de l’administration et du PCC. C’est en effet via ces relations que la compagnie sera en mesure de bâtir son image d’entreprise au service des intérêts chinois, et également, en retour, de juger de l’évolution des besoins et craintes des autorités. Il ne s’agit pas simplement de respecter la loi et les règlements, il faut aussi nouer une réelle relation de confiance avec les autorités. 3.4.4 Les partenariats Figure 14 : Conditions aux bonnes relations de partenariat 3 Attentes / Forces en jeu S’adapter Humilité Long terme Perspectives Maintien constant de l’intérêt commun Les partenariats peuvent être les partenariats de joint-venture, mais également les partenariats de réseaux de distribution, de plateforme de gestion, etc. Ils sont donc divers mais dans quasiment tous les cas tiennent une place centrale dans le dispositif stratégique de l’assureur en Chine. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 114 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Les partenariats sont donc généralement bordés par des contrats qui délimitent la relation, le rôle et les responsabilités de chacun. Cependant, ces partenariats sont établis, souvent, avec des chinois, en Chine. La nature de la relation avec le partenaire obéit donc aux principes de la relation d’affaire chinois. On rejoint ainsi les points évoqués quant à la relation aux réseaux. Le contrat n’est que la matérialisation à un moment donné de la relation, et il n’est donc, de fait, jamais figé. Le ciment de la relation n’est pas le contrat, mais la communauté d’intérêts. Ainsi ce qui compte vis-à-vis du partenaire est de toujours lui montrer que son intérêt est de maintenir la relation. Le partenariat ne peut donc s’envisager qu’à long terme, mais nécessite également de rester humble face à la relation, et de s’adapter aux évolutions d’intérêts du partenaire, afin de maintenir constant l’intérêt commun entre les deux partenaires. 3.4.5 Les ressources humaines Figure 15 : Conditions à la bonne gestion des ressources humaines 4 Attentes / Forces en jeu S’adapter Long terme Patience Perspectives Faire progresser les talents La gestion des ressources humaines est complexe en Chine. La croissance économique rapide du pays confère, sur le marché du travail, l’avantage aux salariés disposants de certaines compétences et qualifications. Il est donc très difficile de fidéliser les talents les plus prometteurs, les jeunes diplômés et les profils expérimentés, à qui la concurrence promet toujours plus, toujours mieux. Ce problème étant à conjuguer avec le manque d’attractivité des assureurs étrangers par rapport à leurs grands confrères locaux, en raison du manque de perspectives d’évolution inhérent à la petite taille de ces structures. Ainsi pour espérer freiner le turn-over, souvent endémique, et attirer les meilleurs profils chinois, l’assureur étranger devra travailler à s’adapter aux forces du marché du travail chinois. Il devra veiller à toujours mettre en avant les meilleurs potentiels chinois, et à les promouvoir. Il faut montrer aux salariés chinois qu’ils ont toute leur place au sein du groupe, et leur donner l’espoir de pouvoir progresser professionnellement sur le long terme à l’échelle du groupe. Les assureurs étrangers devraient très certainement favoriser les mobilités internationales des cadres chinois et favoriser l’entrée des meilleurs d’entre eux CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 115 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine dans des instances dirigeantes du groupe. C’est en effet en faisant réussir les salariés chinois que les assureurs étrangers obtiendront leur confiance. Or, la dimension internationale et la renommé des compagnies étrangères est un atout, dont ne disposent pas encore leurs concurrentes chinoises, qu’elles doivent utiliser dans la gestion de leur actif humain chinois. Ceci en ayant à l’esprit d’éviter le syndrome de « l’ancien colon », et d’équilibrer le rapport à la Chine et aux chinois en fonction de l’ambition de la compagnie en ce pays. S’implanter en Chine n’est pas s’imposer en Chine, mais c’est accepter de devenir en partie chinois. 3.4.6 Le client Figure 16 : Conditions aux bonnes relations client 5 Attentes / Forces en jeu S’adapter Long terme Patience Persévérance Perspectives Répondre aux besoins, apporter une valeur ajoutée. Toute compagnie, où qu’elle soit, est au service de ses clients. Or leurs besoins diffèrent selon les caractéristiques économiques, sociales et culturelles. La nécessité d’adaptation est donc assez évidente, alors qu’elle est paradoxalement difficile dans un pays où la culture de l’assurance est assez faible. Les besoins, en matière d’assurance sont souvent non ressentis ou alors, mal exprimés. Vendre de l’assurance en Chine c’est donc aussi faire œuvre pédagogique. L’acte commercial doit être assorti d’une dimension de conseil dans le but de montrer au prospect son intérêt à être bien assuré. Les assureurs étrangers, de part leur statut d’étranger, ont un handicap culturel. N’étant pas Chinois, il leur est plus difficile de ressentir les besoins profonds de la population et des acteurs économiques chinois. Cependant ils disposent probablement d’un avantage en Chine quant à cet aspect conseil et pédagogique. La concurrence sur les marchés matures pousse naturellement les assureurs à développer ce pan du métier pour défendre leurs parts de marché. Les compagnies issues de ces pays, disposent donc d’un bénéfice d’expérience. Ainsi, si leurs réseaux de distribution le permettent, les assureurs étrangers doivent mettre CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 116 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine en avant une offre « différente », via sa dimension pédagogique, qui apporte une valeur ajoutée supplémentaire à celles de la concurrence. La pédagogie, œuvre de patience et de persévérance doit être la « marque de fabrique » des assureurs étrangers, et c’est elle qui participera à la construction de la confiance des clients. Or cet exercice ne sera réussi que s’il s’intègre bien à la culture du pays. L’adaptation à celle-ci, via les partenariats et une gestion humaine adéquate, ainsi qu’à l’écoute du marché est donc primordiale pour y réussir son intégration. La compagnie doit en effet être proactive vis-à-vis de ses clients. Elle ne doit pas se contenter de se laisser porter par la dynamique positive actuelle du marché. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 117 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine CONCLUSION Les assureurs étrangers qui ont choisi de s’implanter en Chine voient leur développement bridé, notamment, par un traitement discriminant émanant des autorités. Ceci est d’autant plus « douloureux », que le marché de l’assurance de ce grand pays émergent est en très forte croissance. Les compagnies étrangères se sentent donc largement exclues de cet eldorado annoncé. A cette contrainte essentielle, viennent également, s’ajouter toutes les difficultés inhérentes au lancement d’une activité dans un pays étranger, qui plus est dans un pays très éloigné culturellement, et dont le monde des affaires est caractérisé par de multiples singularités. (A ce jour, la majorité des assureurs étrangers présents en Chine sont d’origine occidentale). Si l’on peut considérer que beaucoup de ceux qui ont choisi la Chine, comme terre de développement international, sont en situation d’échec en ce pays, les raisons ne se limitent, pourtant, certainement pas à ces seules contraintes exogènes. Tout d’abord, ces entraves ne sont pas exceptionnelles en comparaison avec d’autres marchés mondiaux. Par ailleurs, les réussites d’opérateurs étrangers en Chine existent bel et bien. Encore faut il savoir regarder la situation à travers le spectre adapté, et en effectuant les analyses comparatives dans le périmètre idoine, qui tienne compte des particularités restrictives de ce cadre national. De plus, les contraintes discriminantes ne sont pas issues du comportement déloyal des autres acteurs du marché, mais des limites réglementaires. Elles constituent donc la « règle du jeu » admise par l’assureur étranger dès son entrée sur le marché. Cette règle est, certes, interprétable, et sa pratique au quotidien n’est pas toujours lisible. Cependant, l’essence, ainsi que les raisons de cette réglementation sont connues car clairement affichées par les autorités : Il s’agit de limites temporaires, que d’aucuns peuvent juger opportunément « protectionnistes », afin d’assurer l’indépendance d’un secteur jugé stratégique. Dès lors les plans des compagnies étrangères qui souhaitent développer leurs activités en Chine ne peuvent occulter la portée de ces limitations. Ainsi, la responsabilité de l’échec revient davantage aux assureurs eux-mêmes qu’à des facteurs extérieurs, fussent ils issus d’une réglementation locale trop restrictive. C’est alors une approche erronée du marché Chinois qui pèse dans les résultats globalement décevants d’aujourd’hui. La surestimation de leurs propres avantages a surement été déterminante en ce sens, pour avoir favorisé la déception des partenaires locaux, alors que bâtir des partenariats et des réseaux solides est une condition première à quiconque veut faire des affaires dans l’empire du milieu. De même, les commentaires d’aujourd’hui laissent peu de place au doute : les assureurs étrangers ont également sous évalué les capacités de leurs concurrents locaux. Ceux-ci sont en effet devenus très rapidement compétitifs, y compris sur les terrains à priori acquis aux grands groupes internationaux forts de leurs expertises techniques et marketing internationales. De fait, les assureurs étrangers se retrouvent à CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 118 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine lutter avec des moyens inadaptés face à des compétiteurs bien armés, alors que, comme prévu, ils étaient déjà handicapés par un terrain réglementaire défavorable. C’est donc pour beaucoup, la « lecture », biaisée, de l’environnement Chinois qui a conduit à la situation difficile de maintenant. L’analyse et la compréhension de celui-ci est donc la condition préalable à toute décision qui s’impose pour mettre fin à la situation d’enlisement que beaucoup subissent. Il convient en quelque sorte de repartir de zéro dans le cheminement analytique, en préambule à la décision de retrait ou de maintien sur le marché, pour ensuite déterminer l’opportunité d’un changement de stratégie. Or, si ce cadre Chinois se caractérise par tous les fardeaux précités, il ne faut surement pas occulter les tendances de fond actuelles du marché, qui sont autant d’opportunités pour les compagnies étrangères. Citons en ce sens, l’évolution culturelle des autorités qui accompagne une ouverture, progressive, mais toujours de plus en plus grande aux étrangers, et, la montée en puissance de la bancassurance qui offre de nouvelles perspectives de partenariats. Dès lors, les assureurs étrangers sont loin d’être exclus de Chine, même s’il faut pour chacun d’eux, avant de vouloir y venir, ou d’y rester, se poser la question de savoir s’ils ont leur place en ce marché. Car, en effet, toutes les compagnies n’ont pas nécessairement vocation à être en Chine. Au-delà des limites légales, les fondements culturels chinois imposent aux acteurs économiques certaines qualités et valeurs qui peuvent être incompatibles avec celles de la compagnie étrangère, et/ou en contradiction avec ses objectifs. Les autres, seront, elles, suffisamment armées pour relever le défi de leur développement au sein de la seconde économie mondiale. Pour autant, rien n’est acquis. Leur réussite ne se concrétisera que si elles arrivent à construire leur légitimité sur un marché sur lequel elles n’ont pas d’influence, et ne sont pas considérées comme référence, quelque soit, au demeurant, leurs expertises et succès sous d’autres cieux. Le marché chinois s’invente, en effet, lui-même, au fil de l’expression de la créativité des acteurs locaux qui, sans cesse, tentent de répondre aux besoins particuliers et grandissants d’une société en pleine mutation. Ce n’est donc certainement pas en important les recettes d’ailleurs, que les assureurs étrangers réussiront en Chine, mais en cherchant constamment à s’adapter et à apprendre. C’est aussi en restant « à leur juste place » qu’ils acquerront la confiance de l’ensemble des parties prenantes du marché et construiront ainsi les conditions de leur succès. Dans cet esprit le choix de la forme de l’entité chinoise est primordial. Car, c’est à travers soit la filiale, soit la joint venture, soit la participation minoritaire, que la compagnie étrangère construira sa relation avec son réseau et ses partenaires, en plus d’être visible et contrôlée par les autorités. Ainsi c’est uniquement si le choix de structure est cohérent avec les objectifs stratégiques et avec cette nécessaire humilité, que l’assureur étranger acquerra la confiance de ses partenaires et des autorités. Ainsi il convient de comprendre ces formes juridiques comme de réels outils de positionnement stratégique. Cela, y compris pour la participation minoritaire qui ne doit pas être seulement considérée comme une simple opération financière : elle constitue à coup sur, dans de nombreux cas, une bonne solution pour envisager la pénétration du marché chinois et bénéficier pleinement de ses dynamiques à grande échelle. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 119 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Ainsi il est clair qu’investir sur le marché chinois bouleverse certaines habitudes, certains fondements… l’ordre établi, qui a cours au sein de nombreuses compagnies internationales construites, pour la plupart, autour des principes issus des modèles économiques et de management occidentaux encore dominants aujourd’hui. Mais la « ré-émergence » de la Chine s’accompagne aussi de l’apparition d’un nouveau modèle, Chinois, qui se décline également à l’échelle de l’assurance. S’implanter en Chine, c’est donc se confronter directement à cette nouvelle référence naissante. C’est aussi anticiper l’appropriation de nouvelles influences qui s’imposeront certainement davantage à l’avenir. La Chine nous oblige à penser et à agir autrement : elle nous offre l’occasion de nous réinventer. From outside China: http://insureinchina.blogspot.com From China: http://blog.sina.com.cn/insureinchina CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 120 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine BIBLIOGRAPHIE ACE ACE and Huatai announce a powerful strategic partnership for business in China // Communiqué de presse. - 2002. Aglietta Michel and Landry Yves La Chine vers la superpuissance [Book]. - [s.l.] : Economica, 2007. Agricultural Bank of China [Online]. - http://www.abchina.com. 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CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 129 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine TABLE DES MATIERES REMERCIEMENTS ............................................................................................................................2 PRINCIPALES ABREVIATIONS ........................................................................................................3 AVERTISSEMENTS ...........................................................................................................................4 RESUME ............................................................................................................................................5 EXECUTIVE SUMMARY ....................................................................................................................6 SOMMAIRE ........................................................................................................................................7 LES ASSUREURS ETRANGERS FACE A LEURS DIFFICULTES EN CHINE. FUIR, SE MAINTENIR, OU REAGIR ?..........................................................................................................................................8 INTRODUCTION ................................................................................................................................9 PARTIE 1 : LE BOURBIER CHINOIS ? ............................................................................................ 19 1.1 RETOUR EN 2001 : ANALYSE D’OPPORTUNITE DU MARCHE CHINOIS ........................................... 20 1.1.1 Méthode utilisée : BOSS Matrix™ .................................................................................. 20 1.1.2 Les facteurs favorables exogènes .................................................................................. 21 1.1.3 Les facteurs favorables endogènes ................................................................................ 23 1.1.4 Les facteurs défavorables exogènes .............................................................................. 25 1.1.5 Les facteurs défavorables endogènes ............................................................................ 27 1.1.6 Résultat : le marché chinois est perçu comme une opportunité....................................... 28 1.2 2001-2010 : UNE DECENNIE A L’EPREUVE DU FRONT ............................................................... 31 1.2.1 Les problématiques réglementaires ................................................................................ 31 1.2.1.1 Organisation et principales références ................................................................................ 31 1.2.1.2 Les lourdes conditions d’entrée sur le marché ..................................................................... 32 La création d’une filiale à 100 % ...................................................................................................... 32 Test 1 : le filtre de critères d’exigibilité ......................................................................................... 34 Pression 1 : Les contraintes du bureau de représentation et son contrôle ..................................... 34 Test 2 : La demande de licence soumise à l’appréciation de la CIRC ........................................... 34 Pression 2 : Les minimums de fonds propres .............................................................................. 34 Conséquences : Un processus long et discriminant pour les assureurs étrangers ......................... 34 La création d’une coentreprise ........................................................................................................ 35 Epreuve : La recherche du partenaire chinois .............................................................................. 37 Conséquences : Un processus encore plus long et discriminant pour les assureurs étrangers ...... 37 La prise de participation au capital d’une compagnie chinoise .......................................................... 37 1.2.1.3 Les non moins lourdes conditions au développement .......................................................... 38 Les limites des licences .................................................................................................................. 38 L’exclusion de l’assurance obligatoire.............................................................................................. 39 Les difficultés de co-gestion des JV................................................................................................. 39 1.2.1.4 Un contrôle spécifique réservé aux compagnies étrangères ................................................ 39 1.2.1.5 La déroutante échelle chinoise des pouvoirs ....................................................................... 40 1.2.2 1.2.3 Les problématiques de ressources humaines ................................................................. 40 La dimension culturelle .................................................................................................. 41 Les Guanxi ......................................................................................................................................... 42 Les usages contraires aux règles et valeurs des groupes internationaux .............................................. 43 1.2.4 1.2.5 La concurrence redoutable des assureurs chinois .......................................................... 44 L’entrée en scène des banques sur le marché de l’assurance ........................................ 44 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 130 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine 1.2.6 Synthèse ....................................................................................................................... 45 1.3 2010 : PREMIER BILAN ET DETERMINATION DES CAUSES ........................................................... 47 1.3.1 Les facteurs favorables exogènes .................................................................................. 47 1.3.1.1 1.3.1.2 1.3.2 Les facteurs favorables endogènes ................................................................................ 48 1.3.2.1 1.3.2.2 1.3.3 Anciens facteurs ................................................................................................................ 48 Nouveaux facteurs ............................................................................................................. 49 Les facteurs défavorables exogènes .............................................................................. 49 1.3.3.1 1.3.3.2 1.3.4 Anciens facteurs ................................................................................................................ 47 Nouveaux facteurs ............................................................................................................. 48 Anciens facteurs ................................................................................................................ 49 Nouveaux facteurs ............................................................................................................. 50 Les facteurs défavorables endogènes ............................................................................ 50 1.3.4.1 1.3.4.2 Anciens facteurs ................................................................................................................ 50 Nouveaux facteurs ............................................................................................................. 51 1.3.5 Résultat : le marché chinois est moins attractif aujourd’hui ............................................. 51 1.4 CONCLUSION ....................................................................................................................... 53 PARTIE 2 : UN AUTRE REGARD SUR LA SITUATION. .................................................................. 54 2.1 ETUDES COMPARATIVES ....................................................................................................... 55 2.1.1 Etrangers vs Chinois ...................................................................................................... 55 Comparaison territoriale ...................................................................................................................... 55 Comparaison des rentabilités .............................................................................................................. 59 Compagnies vie.............................................................................................................................. 60 Compagnies non vie ....................................................................................................................... 60 2.1.2 Comparaisons internationales ........................................................................................ 62 2.1.2.1 2.1.2.2 2.1.2.3 Le Brésil, ou le contre exemple de la Chine......................................................................... 62 L’Inde, ou l’exemple inversé de la Chine ............................................................................. 63 La situation actuelle des pays développés : le futur de la Chine ? ........................................ 64 2.1.3 Leçons à tirer ................................................................................................................. 66 2.2 LA DYNAMIQUE REGLEMENTAIRE ............................................................................................ 67 2.2.1 Raisons des contraintes réglementaires ......................................................................... 67 2.2.2 Bilan des engagements de l’accession à l’OMC ............................................................. 69 2.2.3 Les évolutions constatées .............................................................................................. 69 2.2.4 L’évolution culturelle du régulateur ................................................................................. 71 2.2.5 Quelle réglementation demain ? ..................................................................................... 72 2.3 LES NOUVELLES DYNAMIQUES DU MARCHE .............................................................................. 74 2.3.1 La bancassurance, menace ou opportunité ? ................................................................. 74 2.3.2 Vers un modèle d’assurance à la Chinoise ? .................................................................. 75 2.4 PROJECTION DU MARCHE DE 2020 ......................................................................................... 78 2.4.1 Les facteurs favorables .............................................................................................. 78 2.4.1.1 Les facteurs exogènes ....................................................................................................... 78 Anciens facteurs ............................................................................................................................. 78 Forte croissance du marché : 5 ................................................................................................... 78 Jeunesse du marché : 0.............................................................................................................. 78 Mise en place d’une régulation conforme aux standards internationaux : 0 ................................... 79 Projection de croissance économique très favorable : 3 ............................................................... 79 Projection de développement des classes moyennes très favorables : 4 ...................................... 79 Vieillissement de la population : 3 ............................................................................................... 79 Nouveaux facteurs.......................................................................................................................... 80 Un modèle en voie de stabilisation : 3 ......................................................................................... 80 2.4.1.2 Les Facteurs endogènes .................................................................................................... 80 Anciens facteurs ............................................................................................................................. 80 Besoins de relais de croissance : 5 ............................................................................................. 80 Mutualisation géographique des risques : 3 ................................................................................. 80 Présence à Hong Kong et Taiwan : 1 .......................................................................................... 80 Expérience / crédibilité internationale : 2 ..................................................................................... 80 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 131 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Niveau technique : 1 ................................................................................................................... 81 Nouveaux facteurs.......................................................................................................................... 81 2.4.2 Les facteurs défavorables .............................................................................................. 81 2.4.2.1 Les facteurs exogènes ....................................................................................................... 81 Anciens facteurs ............................................................................................................................. 81 Jeunesse du marché : 0-1 .......................................................................................................... 81 Chine réputée marché difficile tous secteurs confondus : 2 .......................................................... 82 Turn-over endémique : 2............................................................................................................. 82 Forte concurrence des compagnies locales : 5 ............................................................................ 82 Discrimination réglementaire : 2 .................................................................................................. 82 Contrôle CIRC spécifique : 1....................................................................................................... 82 Nouveaux facteurs.......................................................................................................................... 83 2.4.2.2 Les facteurs endogènes ..................................................................................................... 83 Anciens facteurs ............................................................................................................................. 83 Coût / besoins en fonds propres : 5 ............................................................................................. 83 Prise de risques : 2..................................................................................................................... 83 Différences culturelles : 1............................................................................................................ 83 Pratiques de marché contradictoires aux règles et procédures groupe : 2..................................... 84 Nouveaux facteurs.......................................................................................................................... 84 2.5 CONCLUSION ....................................................................................................................... 86 PARTIE 3 : LES BONNES STRATEGIES ET TACTIQUES .............................................................. 87 3.1 SO W HAT ? QUEL ETAT D’ESPRIT POUR (RE) ABORDER LE MARCHE CHINOIS ? ............................ 88 3.2 OPTIONS ET QUESTIONS ASSOCIEES ...................................................................................... 91 3.2.1 Fuir ou ne par fuir ? Pourquoi ? Pour qui ? Le test de « sino compatibilité » ................... 92 3.2.2 Qui doit se maintenir, qui doit réagir, pourquoi ? Le test « d’adaptabilité stratégique » .... 97 3.3 COMMENT REAGIR : LES MOUVEMENTS STRATEGIQUES .......................................................... 100 3.3.1 Quels outils ? ............................................................................................................... 100 3.3.2 Quels mouvements, pourquoi ?.................................................................................... 102 3.3.2.1 3.3.2.2 3.3.2.3 Options ouvertes aux filiales en échec .............................................................................. 102 Options ouvertes aux JV en échec .................................................................................... 104 Options et perspectives ouvertes aux participations minoritaires ........................................ 106 3.4 COMMENT REAGIR : LES FACTEURS CLES DE LA REUSSITE ...................................................... 110 3.4.1 Le Dao (道) de l’assureur étranger ............................................................................... 111 3.4.2 La relation aux réseaux ................................................................................................ 112 3.4.3 La relation aux autorités ............................................................................................... 113 3.4.4 Les partenariats ........................................................................................................... 114 3.4.5 Les ressources humaines ............................................................................................ 115 3.4.6 Le client ....................................................................................................................... 116 CONCLUSION................................................................................................................................ 118 BIBLIOGRAPHIE ........................................................................................................................... 121 TABLE DES MATIERES ................................................................................................................ 130 TABLE DES ILLUSTRATIONS....................................................................................................... 133 ANNEXES ...................................................................................................................................... 135 ANNEXE 1 : Carte administrative de la République Populaire de Chine ................................... 135 ANNEXE 2 : Liste des assureurs étrangers en Chine (au 31/12/2009) ..................................... 136 ANNEXE 3 : Liste des entretiens ............................................................................................. 138 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 132 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine TABLE DES ILLUSTRATIONS Figures Figure 1 : Processus de création d'une filiale à 100 % - impacts réglementaires ..................33 Figure 2 : Processus de création d'une JV - impacts réglementaires ....................................36 Figure 3 : Evolution des contraintes territoriales ...................................................................70 Figure 4 : L'émergence d'un modèle chinois d'assurance .....................................................77 Figure 5 : Le prisme de l'assureur étranger en Chine ...........................................................90 Figure 6 : L'espace chinois ...................................................................................................93 Figure 7 : Test de sino compatibilité .....................................................................................95 Figure 8 : Test d'adaptabilité stratégique ..............................................................................97 Figure 9 : les deux alternatives au test d'adaptabilité stratégique .........................................99 Figure 10 : les trois outils stratégiques ...............................................................................100 Figure 11: Le Dao de l'assureur étranger en Chine ............................................................ 111 Figure 12 : Conditions aux bonnes relations aux réseaux...................................................112 Figure 13 : Conditions aux bonnes relations aux autorités ..................................................113 Figure 14 : Conditions aux bonnes relations de partenariat ................................................114 Figure 15 : Conditions à la bonne gestion des ressources humaines .................................115 Figure 16 : Conditions aux bonnes relations client .............................................................. 116 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 133 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Tableaux Tableau 1 : Taux d’équipement des ménages urbains............................................................9 Tableau 2 : les principaux marchés mondiaux d'assurance en 2005 ....................................11 Tableau 3 : Evolution PIB / Evolutions primes en Chine .......................................................11 Tableau 4 : Evolution du nombre de compagnies d'assurance domestiques et étrangères en Chine....................................................................................................................................12 Tableau 5 : Evolution du nombre de salariés des compagnies étrangères et JV ..................12 Tableau 6 : Evolution des primes des assureurs étrangers en Chine (Millions RMB)............13 Tableau 7 : Evolution de la part de marché des assureurs étrangers en Chine ....................14 Tableau 8 : Rentabilité des assureurs étrangers sur le marché chinois ................................14 Tableau 9 : Principales capitalisations boursières 2009 (secteur assurance) .......................16 Tableau 10 : Barème de notation..........................................................................................20 Tableau 11 : analyse d'opportunité en 2001 .........................................................................29 Tableau 12 : matrice en pourcentage de l'analyse d'opportunité de 2001 .............................30 Tableau 13 : part autorisée des actionnaires étrangers au capital d’une compagnie chinoise .............................................................................................................................................38 Tableau 14 : Analyse de la situation des assureurs étrangers en 2010 ................................52 Tableau 15 : nombre d'assureurs, et part de marché des étrangers par province ou ville (non vie) .......................................................................................................................................56 Tableau 16 : comparaison nombre d'assureurs étrangers / part de marché (non vie) ...........56 Tableau 17 : nombre d'assureurs, et part de marché des étrangers par province ou ville (vie) .............................................................................................................................................57 Tableau 18 : comparaison nombre d'assureurs étrangers / part de marché (vie) ..................58 Tableau 19 : Proportion de compagnies rentables................................................................59 Tableau 20 : ROE des compagnies vie bénéficiaires ............................................................60 Tableau 21 : ROE compagnies non vie ................................................................................61 Tableau 22 : assureurs étrangers au top 10 brésilien ...........................................................63 Tableau 23: Bilan des engagements OMC ...........................................................................69 Tableau 24 : Part de marché des principaux assureurs chinois (2009) .................................73 Tableau 25 : Projection des conditions de 2020 ...................................................................85 Tableau 26 : Principales participations étrangères (non vie) ...............................................106 Tableau 27 : Part de marché des minoritaires (non vie) ......................................................107 Tableau 28 : Frontières stratégique et culturelle, dans la pensée classique chinoise..........110 CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 134 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine ANNEXES ANNEXE 1 : Carte administrative de la République Populaire de Chine Source : Wikipedia CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 135 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine ANNEXE 2 : Liste des assureurs étrangers en Chine (au 31/12/2009) Vie : Compagnie (groupe étranger) nature origine partenaire local AIA (AIG) 100% USA n/a Generali China Life (Generali) Huatai Life (ACE) Aviva Cofco (Aviva) CITIC Prudential (Prudential) Sino US metlife (Metlife) Allianz China Life (Allianz) JV JV JV JV JV JV Italie Suisse UK USA USA Allemagne China Life AEGON CNOOC Life (Aegon) Heng An Standard Life (standard Life) Manulife Sinochem Life (Manulife) Pacific Antai (ING) United Metlife (Metlife) ING CAP (ING) JV JV JV JV JV JV Pays Bas UK Canada Pays Bas USA Pays Bas CNOOC CIGNA-CMC (CIGNA) AXA Minmetals (AXA) Skandia BSAM (skandia) Cathay Life (Cathay Life) Haier New York life (New York Life) Nissay Great wall Life (Nipon Life Insurance Cie) Sino French Life (CNP) Great Eastern (Great Eastern) Samsung Air China (Samsung) King Dragon Life (Taiwan Life) China Life CMG (Colonial Mutual) Shin Kong Life (Shin Kong Life) HSBC Life (HSBC) Taiping Pension (Fortis Intl NV) JV JV JV JV JV USA France Suède/UK Taiwan USA China Merchants Group JV Japon JV JV JV JV JV JV JV JV France Singapour Corée Sud Taiwan Australie Taiwan UK Pays Bas Huatai Cofco CITIC Capital Airport Holding Cie CITIC TEDA Investment Holding Sinochem China Pacific Shanghai Alliance Investment Ltd Beijing Capital Group Minmetals BSAM China Eastern Haier Great Wall Asset Managment Corp. China Post Chongqing Land Properties Air China Xiamen C & D Investment China Life HNA Group National Trust Taiping pension Sources : CIRC (yearbook of China’s insurance, www.circ.gov.cn) Remarque : Les commentaires des professionnels interviewés affirment que de nombreux projets et mouvements de restructuration des JV ont été engagés en 2010. Ce tableau est donc amené à changer dans les prochains mois. CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 136 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine Non vie : Compagnie (groupe d'origine) nature Origine Chartis (AIG) Tokio Marine (Tokio Marine) Mitsui Sumitomo (Mitsui Sumitomo) Samsung Fire & Marine (Samsung) Allianz (Allianz) Liberty Insurance (Liberty Mutual Group) Winterthur (AXA) Sun Alliance (RSA) Sompo Japan (Sompo Japan) Zurich (Zurich) Chubb (Chubb) Generali (Generali) Hyundai Property (Hundai) Groupama (Groupama) Aioi (Aioi) Cathay Property (Cathay Property) LIG (LIG) Nipponkoa (Nipponkoa) 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% JV 100% 100% 100% 100% 100% 100% USA Japon Japon Corée Allemagne USA Suisse / France UK Japon Suisse USA Italie Corée France Japon Taiwan Corée Japon Sources : CIRC (yearbook of China’s insurance, www.circ.gov.cn) CNAM IIM Ŕ ENASS MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Florimon DELALANDE 137 Les assureurs étrangers face à leurs difficultés en Chine ANNEXE 3 : Liste des entretiens Plusieurs entretiens ont été réalisés avec des professionnels dont le travail quotidien est en relation directe avec le sujet de cette étude, ainsi qu’avec des chercheurs travaillant sur les problématiques de l’assurance chinoise. Ces interviews ont été menées de décembre 2009, à janvier 2011 à Paris, Pékin, et Shanghai. Date de l’entretien Lieu de l’entretien Personne rencontrée 10/12/2009 Paris Yuyi FANG 09/04/2010 Paris Bin GAO 30/04/2010 Paris Xiuli YU BORIUS Professor C.U.F.E School of insurance 30/04/2010 Paris Bruno BORIUS Directeur technique AXA 12/05/2010 Shanghai Quanhau LU Deputy Manager Matrix consulting 12/05/2010 Shanghai Corentin MAURICE Head of SH office AXA corporate solution 13/05/2010 Shanghai Gregory LOUVEL Avocat Norton Rose 15/05/2010 Beijing Yisheng GUAN C.U.F.E School of insurance 16/05/2010 Beijing Bob LI 17/05/2010 Beijing Zeying ZHAO Associate Professor Business Analysis Manager Chief Representative 18/05/2010 Beijing Freeman ZHANG Vice President XL Capital 18/05/2010 Beijing Qing MI 18/05/2010 Beijing François ZHANG 03/06/2010 Paris Milly ZHANG 27/07/2010 Paris Yuyi FANG 10/01/2011 Paris Yuyi FANG 25/01/2011 Beijing Qinq MI 28/01/2011 Shanghai Quanhau LU CNAM IIM Ŕ ENASS Fonction Société Directeur zone Asie Chargée mission Chine Chief Representative Chief Representative Account manager Directeur zone Asie Directeur zone Asie Chief Representative Deputy Manager MBA Manager d’entreprise d’assurance 2009-2011 Groupama AXA Mondial Assistance SCOR Groupama Gan Vie Groupama AON Benfield Groupama Groupama Groupama Gan Vie Matrix consulting Florimon DELALANDE 138 Thèse soutenue en février 2011 pour l’obtention du MBA Manager d’entreprise d’assurances Sous la direction de : Yuyi FANG Président du Jury : François EWALD Une école est un lieu de production et de diffusion de connaissances. L’Ecole nationale d’assurances s’organise pour répondre le mieux possible à cette mission en direction de ses élèves d’abord, mais aussi de la profession de l’assurance et de ses partenaires : • les « séminaires innovation » animés par les auditeurs du Centre des Hautes Etudes d’Assurance (CHEA), permettent aux professionnels de suivre les grandes innovations en assurance telles qu’on peut les observer à l’étranger ; • les « dialogues de l’Enass » éclairent l’actualité par le débat avec une personnalité remarquable ; • « les travaux de l’Enass », que nous lançons aujourd’hui, sont destinés à faire bénéficier la profession des travaux menés au sein de l’Enass par ses professeurs et ses élèves, à tous les niveaux, dans la mesure où les jurys qui les ont évalués ont noté leur qualité et leur originalité. Ces travaux vous seront adressés par Internet, certains d’entre eux pouvant faire l’objet d’un tirage sur papier ou même, être édités. Nous souhaitons que toutes ces initiatives vous soient profitables. François Ewald Directeur de l’Ecole nationale d’assurances