Cyclones Tropicaux
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Cyclones Tropicaux
Cyclones Tropicaux Frank ROUX (Laboratoire d’Aérologie, Observatoire Midi-Pyrénées) • • • • • Climatologie Cyclogénèse Structure à maturité Changements d’intensité Evolution climatique 1 DEFINITION Selon le « Vocabulaire Météorologique International » de l’OMM , un cyclone tropical (ouragan, typhon) est une perturbation : • d’échelle synoptique (qq 100 à qq 1000 km) , • non-frontale (masse d’air homogène) , • se produisant sur les océans tropicaux ou subtropicaux , • avec une activité convective organisée , • une circulation cyclonique des vents de surface. Catastrophes naturelles extrêmes : 2 x >300 000 morts (Bangla Desh , 1970 & 1991) >120 milliards de $ de dommages (Katrina, 2005) 2 ECHELLES D’INTENSITÉ (1) Perturbation Tropicale : région d’intense activité convective avec des vents de surface d’intensité modérée, et un début de rotation cyclonique. Dépression Tropicale : Circulation fermée avec des vents (moyennés sur 1 à 10 min) <17 ms-1 (61 km/h) 800 km Tempête Tropicale : vents compris entre 17 et 32 ms-1 (61-115 km/h) Cyclone Tropical (Ouragan, Typhon) : formation d’un œil, vents >32 ms-1 (115 km/h) Cloud Top Temperature (°C) 3 ECHELLES D’INTENSITÉ (2) Echelle de Saffir-Simpson (1977, à partir de dommages observés … ) Classification N Atl & NE Pac (1-min avg) Indian Maximum Ocean Wind Speed (10-min avg) (m/s) (km/h) Minimum Pressure (hPa) Storm Surge (m) Damage Level Tropical Depression Weak TD <17 < 61 Not Applicable Not Applicable None or Minimal Tropical Storm Weak TS 17-32 61-117 Not Applicable Not Applicable Minimal 33-42 118-153 > 980 1.0 - 1.7 Minimal 43-49 154-177 965 - 979 1.8 - 2.6 Moderate 50-58 178-209 945-964 2.7 - 3.8 Extensive 59-69 210-248 920 - 944 3.9 - 5.6 Extreme >69 > 248 < 920 > 5.6 Catastrophic Category 1: Hurricane / Typhoon Category 2: Major Hurricane /Typhoon Category 3: Major Hurricane /Typhoon Category 4: Major Hurricane /Typhoon Category 5: Major Hurricane /Super Typhoon Strong TS Tropical Cyclone Intense Tropical Cyclone Very Intense Tropical Cyclone 4 Echelle de Dvorak (à partir d’images satellites) ECHELLES D’INTENSITÉ (3) 1975 : VIS, 1984 : VIS + IR ! Calibrée uniquement sur N Atl & NW Pac Current Intensity (CI) Vmax <1 min> (km/h) Vmax <10 min> (km/h) 1 40 35 TD 1,5 50 44 TD 2 60 53 1009 1000 TD 2,5 70 62 1005 997 TS 3 80 71 1000 991 TS 3,5 95 85 994 984 TS 4 115 100 987 976 1 4,5 140 125 979 966 1 5 165 145 970 954 2 5,5 190 165 960 941 3 6 215 190 948 927 4 6,5 235 205 935 914 4 7 260 230 921 898 5 7,5 290 255 906 879 5 8 330 290 890 858 55 Pmin (N Atl) Pmin (NW Pac) SaffirSimpson CLIMATOLOGIE (1) 6 CLIMATOLOGIE (2) Annuellement & globalement : 80-90 tempêtes tropicales 40-50 cyclones tropicaux7 Hémisphère Nord (Jun-Nov) 30 NOV 01 NOV 30 AVR SW Indian NW Pacific TDs SE Indian TCs NE Pacific 30 NOV N Atlantic 01 NOV 30 AVR SW Pacific 01 JUN CLIMATOLOGIE (3) 01 JUN North Indian Hémisphère Sud (Nov – Avr) 8 CLIMATOLOGIE (4) Sur un même bassin, l’activité cyclonique varie en nombre, en intensité et en localisation selon la saison. JUIN AOUT OCTOBRE JUILLET SEPTEMBRE NOVEMBRE 9 CLIMATOLOGIE (5) Le nombre annuel global de Tempêtes Tropicales et de Cyclones Tropicaux varie de ±10% , mais la variabilité interannuelle est beaucoup plus forte sur les différents bassins océaniques (jqà ± 50%) en réponse aux perturbations « locales » 1996 : 13 tempêtes & cyclones, 1997 : 7 tempêtes & cyclones, La Niña 47 « jours cycloniques » El Niño 10 9 « jours cycloniques » CYCLOGENESE TROPICALE (1) • La température de l ’océan (en surface et sur ≈50 m de profondeur) doit être supérieure à 26°C → l ’humidité évaporée à la surface de l ’océan sature les basses couches atmosphériques et les rend convectivement instables (cumulonimbus) • La vitesse du vent doit être faible dans toute la troposphère (0-15 km d ’altitude) → des vents trop forts ou variables avec l’altitude inclinent le tourbillon et empêchent l’équilibre du « vent thermique » 11 CYCLOGENESE TROPICALE (2) • La troposphère (0-15 km d ’altitude) doit être humide, surtout entre 4 et 8 km → l ’évaporation des précipitations dans l ’air sec refroidit les basses couches et réduit leur instabilité • Un mouvement convergent et cyclonique doit être présent en-dessous de 10 km d’altitude → la latitude doit être > 5 → lien avec les perturbations de grande échelle de l’atmosphère tropicale 20°N 10°N 12 CYCLOGENESE TROPICALE (3) • Un mouvement divergent et anticyclonique doit être présent au-dessus de 10 km d ’altitude → faciliter l ’évacuation en altitude, souvent sous la forme de « jets » dirigés vers le pôle → rôle mal connu des « thalwegs tropicaux d’altitude » 13 CYCLOGENESE TROPICALE (4) Houze 2010 MWR, 138, 293-344 (a)Les « vortical hot towers » VHTs sont de puissants nuages convectifs accompagnés d’un fort mouvement de rotation dû à la concentration du tourbillon ambiant. 14 Une VHT observée par radar aéroporté lors de la cyclogenèse du cyclone tropical Ophelia (2005) Reflectivité y = 19 km Tourbillon relatif z = 8 km 15 Houze 2010 MWR, 138, 293-344 CYCLOGENESE TROPICALE (5) Houze 2010 MWR, 138, 293-344 (b) Les VHTs se dissipent en qq heures alors que d’autres se forment. Leurs tourbillons cycloniques persistent au sein des masses pluvio-nuageuses stratiformes sous la forme d’un « mesoscale convective vortex » MCV. (c) Le MCV peut rester actif plusieurs heures après la dissipation complète des VHTs. 16 CYCLOGENESE TROPICALE (6) Houze 2010 MWR, 138, 293-344 (d) Le processus d’ « axisymétrisation » redistribue les composantes tourbilonnaires des VHTs et des MCVs en un mouvement cohérent autour du centre dépressionnaire, phase préalable à la mise en place d’une circulation cyclonique organisée qui va ensuite s’intensifier. 17 STRUCTURE A MATURITE Bandes externes Mur de l ’OEil Œil Circulation primaire : tangentielle (qq 10 m/s) Circulation secondaire: radiale et verticale (qq m/s) 18 LA CIRCULATION PRIMAIRE L ’accélération du vent tangentiel ( ) équilibre la force centripète vers la dépression centrale (D D) ; Cette dépression hydrostatique (D) est due à la présence d ’air chaud en altitude ; → EQUILIBRE DU VENT THERMIQUE D D 19 LE CYCLONE COMME UNE MACHINE THERMIQUE (1) : Le « Cycle de Carnot » équivalent (Emanuel 1986, Nature, 323, 483-485) Altitude « Source Froide » à T=TTROPO Rayonnement infrarouge ⇒ θE ↓ Circulation de grande échelle ⇒ Μ ↑ Dans le Mur de l ’Œil : θE1> θE0 et M1< M0 Humidité de l ’air → Chaleur + Précip. D<100 km : 10 cm/jour ⇔ 3000 W/m2 [ 1 cyclone ≈ 2500 centrales nucléaires ] Pmin, Vmax = f (Tocéan,Ttropo, Latitude) « Source Chaude » à T=TOCEAN Flux d ’humidité ⇒ θE ↑ Frottement sur la surface ⇒ Μ ↓ Energie thermique: θE0 Moment angulaire: M0 Distance au centre 20 LE CYCLONE COMME UNE MACHINE THERMIQUE (2) : Pompage de la chaleur océanique (a) 13-20 Août 1999 21-24 Août 1999 21 LE CYCLONE COMME UNE MACHINE THERMIQUE (3) : Pompage de la chaleur océanique (b) Diminution d’intensité de Rita avant l’arrivée sur la côte texane Diminution de l’energie thermique disponible dans le golfe du Mexique 22 LE CYCLONE COMME UNE MACHINE THERMIQUE (4) : Intensité Maximum Potentielle (MPI) « climatologique » Pmin, Vmax = f (Tocéan,Ttropopause, Latitude) NB : très peu de cyclones atteignent cette MPI !!! 23 LE CYCLONE VU COMME UNE MACHINE THERMIQUE (5) : Intensité Maximum Potentielle [ Pmin , Vmax ] , latitude = 20° Changement climatique ? ACTUEL (300 km/h) (250 km/h) (200 km/h) (150 km/h) (100 km/h) 24 LA CIRCULATION SECONDAIRE (1) 25 LA CIRCULATION SECONDAIRE (2) Jorgensen 1984 (J. Atmos. Sci., 41, 1287-1311) : A conceptual model for the inner core of Hurricane Allen (1980) 26 LA CIRCULATION SECONDAIRE (3) Liu et al. 1999 (Mon. Wea. Rev., 127, 2597-2616) : Structure axisymétrique simulée (maille horizontale 6-km) d’un cyclone : • Flux entrant (sortant) en couche limite (haute troposphère) • Ascendance dans le mur de l’œil où le vent tangentiel est le plus fort • Inversion dans l’œil avec de l’air très chaud et sec au-dessus, et de l’air humide plus frais en dessous Wind & reflectivity Tangential wind Radial wind Vertical velocity Temperature perturbation Relative humidity 27 LA CIRCULATION SECONDAIRE (4) composite of airborne Doppler observations Rogers et al. 2012 Mon. Wea. Rev., 140, 77-99 28 28 Quels facteurs contrôlent l’intensité réelle d’un cyclone par rapport à son intensité maximum potentielle ? • Facteurs internes : dynamique du Mur de l’Œil et des bandes externes, … • Facteurs externes : température de l’océan, cisaillement 29 de vent, zones sèches, structures d’altitude, … LA CIRCULATION SECONDAIRE (5) : Sources « convectives » dans un environnement en équilibre du vent thermique Willoughby et al. 1982 J. Atmos. Sci., 39, 395-411 Source de chaleur Source de moment 30 LA CIRCULATION SECONDAIRE (6) : Evolution Vitesse tangentielle (m/s) Augmentation de la vitesse Diminution de la vitesse 31 LA CIRCULATION SECONDAIRE (7) : Cycle de remplacement des Murs de l ’Œil (a) 32 LA CIRCULATION SECONDAIRE (7) : Cycle de remplacement des Murs de l ’Œil (b) 33 LA CIRCULATION SECONDAIRE (7) : Cycle de remplacement des Murs de l ’Œil (c) 34 LA CIRCULATION SECONDAIRE (7) : Cycle de remplacement des Murs de l ’Œil (d) 35 INFLUENCES EXTERNES • Cisaillement de vent • Air sec • Perturbations d’altitude • Arrivée sur les terres • Transition extra-tropicale •… 36 CHANGEMENTS CLIMATIQUES • Variabilité passée • Evolution future 37 VARIABILITÉ PASSÉE (1) Difficultés : Des données fiables ne sont disponibles que depuis peu de temps (au sens climatologique … ) >1850 : Relevés d’observations sur terre et en mer (N Atl, N Pac) >1945 : Réseau de radiosondages & missions aéroportées ( Atlantique Nord & Pacifique Nord-Ouest jusqu’à 1987 ) >1965 : Satellites météo LEO ( VIS & IR) >1975 : Satellites météo GEO ( VIS & IR, SW Indien >1998 ) >1990 : Imageurs & sondeurs micro-ondes, diffusiomètres, radars, … !!! Des bases de données climatologiques inhomogènes peuvent induire des artefacts d’évolution décennale … !!! Les techniques satellite validées sur l’Atlantique Nord (et le Pacifique Nord-Ouest) sont appliquées à l’identique sur les autres bassins … 38 VARIABILITÉ PASSÉE (2) Webster et al. 2005 Science, 309, 1844-1846 La température de surface des océans tropicaux a augmenté d’environ 0.5°C entre 1970 et 2004 39 VARIABILITÉ PASSÉE (3) Webster et al. 2005 Science, 309, 1844-1846 Les données globales ne montrent pas de tendance statistiquement significative. On remarque en revanche une forte variabilité interannuelle à multidécennale. 40 VARIABILITÉ PASSÉE (4) Webster et al. 2005 Science, 309, 1844-1846 Individuellement, les différents bassins ne montrent pas de tendance significative à long terme. Seul l’océan Atlantique révèle une plus grande activité depuis 1995 (compensée par une réduction sur le Pacifique NW). 41 VARIABILITÉ PASSÉE (5) Webster et al. 2005 Science, 309, 1844-1846 Emanuel 2005 Nature, 436, 686-688 Le nombre de cyclones de catégorie SS ≤3 a diminué, mais ceux de catégorie 4 et 5 ont fortement augmenté en nombre et en proportion, sur tous les bassins. 42 VARIABILITÉ PASSÉE (6) La variabilité des températures de surface de l’Atlantique tropical est dominée par l’ “Oscillation Multi-décennale Atlantique” Phase + : ∆SST>0 [0-25°N, 40-60°N] 1870-1900, 1925-1965, 1995-… Activité cyclonique ↑ Phase - : ∆SST<0 [0-25°N, 40-60°N] 1900-1925,1965-1995, Activité cyclonique ↓ Goldenberg et al. 2001 Science, 293, 474-479 Temporal reconstruction of the mode-related SST variability Perturbations de SST associées à l’ « Oscillation Multidécennale Atlantique » 43 LES CYCLONES DU FUTUR (1) Evolution de la température moyenne globale de surface 5e Rapport du GIEC (2013) : le réchauffement prévu pour le 21e siècle dépasse les précédents historiques …44 LES CYCLONES DU FUTUR (2) Les cyclones sont identifiés dans les modèles numériques de climat par : • le comptage de tourbillons tropicaux à cœur chaud • la présence de conditions favorables d’environnement Mais : • les méthodes sont calibrées sur des simulations du présent • il y a des variations entre modèles et selon les méthodes • la plus haute résolution (<50 km) donne de meilleurs résultats 45 LES CYCLONES DU FUTUR (3) : activité • Il est vraisemblable que l’activité cyclonique globale reste inchangée ou diminue dans les décennies à venir. • Pour la fin du XXIe siècle, les modèles indiquent une diminution de -5 to -35% du nombre annuel de cyclones. • Cela est lié à un affaiblissement de la convection tropicale à cause du plus fort réchauffement de la haute troposphère et de l’assèchement relatif de la basse et moyenne troposphère. • Le seuil de température de l’océan (actuellement 26°C) pour la formation des cyclones augmente avec le réchauffement global. 46 LES CYCLONES DU FUTUR (4) : activité • La décroissance de l’activité cyclonique devrait être plus marquée dans l’hémisphère sud à cause d’un moindre réchauffement océanique et d’un accroissement du cisaillement de vent. • Des variations locales de la température de l’océan (dépendant des modèles et des scénarios) pourraient moduler plus fortement l’activité des différents bassins. • Il faut également prendre en compte l’influence de la variabilité naturelle pluri-annuelle à multi-décennale, superposée au réchauffement global 47 LES CYCLONES DU FUTUR (5) : intensité • Tous les modèles à haute résolution (≤50 km horizontalement) indiquent une tendance à l’intensification. • Globalement, les vents les plus forts pourraient augmenter de +2 à +10% (soit une diminution de -5 à -20% de la pression centrale). • Mais sur les différents bassins, les résultats varient de ±15% ou plus. • La tendance est à une plus grande proportion d’évènements intenses (et à un moindre nombre d’évènements faibles), mais pas forcément sur tous les bassins. 48 LES CYCLONES DU FUTUR (6) : précipitations • L’atmosphère plus chaude peut contenir plus d’humidité. Les précipitations devraient donc être plus fortes. • Les cyclones tropicaux plus intenses du futur pourraient renforcer ce phénomène en accroissant les flux océanatmosphère. • Les modèles climatiques à haute résolution indiquent une augmentation globale des pluies cycloniques de +5 à +40%. • Cela peut concerner l’intensité des précipitations ou l’extension des zones précipitantes … 49 LES CYCLONES DU FUTUR (7) : impacts • Les zones exposées aux cyclones tropicaux ne devraient pas beaucoup changer. Peut-être un décalage vers les latitudes sub-tropicales ? • L’Europe de l’Ouest pourrait-elle être indirectement plus exposée ? Des « cyclones » pourraient-ils de développer en Méditerranée ? • La vulnérabilité des îles et des régions côtières au risque cyclonique augmente en raison : • de l’élévation du niveau de la mer ; • des cyclones plus intenses (vent & pluie) • des populations plus nombreuses et des infrastructures plus complexes … 50 51
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homogènes, il est très difficile
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une augmentation...